EXEMPLES DU QUELQUES-UNES DES ESPÈCES D'AMÀUROSE
L'amaurose causée par le tabac s'observe presque exclusivement parmi les gens du peuple, qui ne consommcni guèie que du tabac de mauvaise qualité. C'est à cetle dernière circonstance qu'il faut attribuer la prédilection que nous signalons. On s'est assuré, en effet, que c'est le tabac le plus commun, celui, par conséquent, qui coule le moins cber, qui contient la plus forte proportion de nicotine (1).
Le traitement de l'amaurose causée par le tabac varie selon le degré de la maladie et ses complications. Les émissions sanguines, indiquées dans les cas bien marqués de congestion cérébro-oculaire, seront, au contraire, funestes dans ceux ou celle congestion est passive el ancienne : Ici, l'on fera bien d'employer d'abord un traitement très légèrement antipblogislique et dérivatif, pour en venir, bientôt après, aux excitants externes, tels que vésicatoires, frictions spirilueuses et aromatiques, strychnine, etc. Les fomentations des yeux fermés et du front avec de l'eau fraîche, les pédiluves irritants, les ventouses sèches et les synapismes volants, promenés aux extrémités inférieures, sont conseillés par M. Sichcl comme étant d'utiles auxiliaires.
La plupart des grands fumeurs abusent en même temps des liqueurs fermenlées. Ceux-là offrent presque toujours des désordres gastriques, tels que des acidités, des vomi luri lions le malin, la perle de l'appétit et, par suite, une nutrition insufflante. 11 faut aviser à faire cesser ces symptômes par de légers minoialifs, tels que de petites doses de rhubarbe el de magnésie (15 à 25 cenligr. de chacun), administrées deux fois par jour, une heure avant les repas. M. Siebel conseille, dans ces cas, les pilules suivantes : Gomm. ammbn., suif, polass., de chaque 5 grammes; aloès des Bardaiies, de 2 à 3 gram.,pour 50 pilules. M. Desmarres prescrit à ces malades un demigrain à deux grains d'opium, soir et malin, dans la prévision que ce remède agit ici comme dans le deliiium iremens (2). — Si, comme il arrive souvent, le sujet csl anémié, l'usage du fer longtemps continué el à des doses de plus en plus élevées, donne des succès vraiment remarquables. Il ne faudra donc jamais le négliger (5).
§ XXX. Amaurose hystérique.
Les femmes hystériques sont sujettes à divers degrés d'anesthésie. rétinienne, que M. Briquet a fort bien décrits (4). « Lorsque, dit
(,) Proposions de nicotine contenue, dans , l« ^{tJ^ôi1^» S- - J-C *0,, de ,00.
- Obs. d'empoUonnemenl par le tabac (in .iisl. Med. Joun.. 180*. IVov. o.) (4) P. BniQUKT. Traité de l'bystéric, p. 295.
AMAUnOSE.
cet auteur, l'anesthésie est modérée, la vue n'est qu'affaiblie; la malade voit mal, les objets ne dessinent pas nettement leur image; les draps du lit et le papier blanc paraissent gris, les caractères d'un livre ne semblent pas d'un beau noir, et ils sont souvent si peu distincts que les malades ne peuvent pas les lire; elles voient sur le livre du gris plus foncé sur du gris moins foncé. Cette faiblesse de la vue ne permet pas aux femmes de travailler à l'aiguille. Quand l'œil reste quelque temps fixé sur un objet, il se produit dans l'orbite un sentiment pénible de fatigue. A ce degré, les malades savent rarement ce qu'elles ont; comme un seul œil est atteint, celui qui est sain supplée à l'autre, et elles ne se plaignent que d'un affaiblissement de la vue qui ne leur permet pas de voir les objets d'une manière bien nette. C'est celle anesthésie que les auteurs ont ignorée. Cependant, pour la constater, il suffirait de fermer l'œil sain. Ce degré de l'anesthésie peut se dissiper avec les autres accidents hystériques ; mais bien souvent il persiste, et il subsisterait longtemps si la médecine n'intervenait pas.
» Lorsque l'anesthésie est portée au dernier degré, elle donne lieu à l'amaurose, ainsi que le prouvent des observations de Pomme, de Telinge (1), du docteur Allègre (2), du docteur Landouzy (3), de Hocken (4). J'ai rencontré, pour ma part, trois femmes hystériques qui, au nombre des divers accidents dont elles avaient été assaillies, avaient élé, pendant quelque temps, prises d'amaurose complète. Le plus souvent l'amaurose avait occupé les deux yeux ; et dans les cas où elle avait été bornée à un œil, il s'est trouvé qu'elle avait attaqué indifféremment l'un ou l'aulre de ces organes.
» Chez quelques hystériques, l'amaurose n'intéresse qu'une portion de la rétine, et, le plus ordinairement, l'une de ses portions latérales, soit la moitié externe, soit la moitié interne, et alors les malades ne voient que les objets qui peignent leur image sur son côté sain, tout un côlé des corps qui se trouvent dans le champ de la vision restant inaperçu
» Le plus ordinairement, l'amaurose a paru brusquement après une attaque d*hyslérie, après une émotion morale vive, et quelquefois après la disparition de quelque symptôme hystérique important. Dans quelques cas, son apparition avait été brusque et sans aucun signe précurseur. Ainsi, M. Landouzy rapporte que, chez l'une des jeunes filles chez lesquelles il avait observé l'amaurose, la perle de la vue avait frappé les deux yeux pendant qu'elle se les frottait. Il est lorl probable qu'avant d'élre complète, l'anesthésie existait déjà à un
il} t",X\rn- de m6J- clc obir- 01 de Pi»»™. 1771, t. XXXVI. p. 437.
(2) 1 hèsc sur l'hystérie cl sur l'épilepeio, 1833, n» 64.
(3) Traité de l'hystérie, p. 120.
(4) Journ. de Méd. de Schraidt, 1844, p. 246
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES ULS ESPÈCES d'aMAUROSE. 5$)
degré modéré, car celle jeune fille se plaignait depuis quelque temps de troubles de la vue. Hoekcn parle de malades chez lesquelles l'amaurose n'avait paru qu'après des troubles de la vue qui exislaiem depuis longtemps. Quelquefois les malades distinguent le jour de la nuit; mais, le plus souvent, elles ne voient rien; la pupille reste dilatée et immobile comme dans les amauroses ordinaires. Les phospbèues, sur lesquels M. Serre d'Uzès a fait des recherches si curieuses, ne peuvent se produire, mais il n'y a pas d'injection dans l'œil. Hocken parle du mouvement convulsif des paupières et de la photophobie, phénomènes qui doivent dire rares, atlendu que l'anesïhésîe est un état de dépression plutôt que d'exallalion nerveuse. Je l'ai vue s'accompagner d'un affaissement inégal des muscles droits et obliques de l'œil.
» Ordinairement, dans l'aneslhésie de l'œil, la conjonctive oculaire et quelquefois la conjonctive palpébrale ne sentent pas le contact des corps; on peut loucher le blanc de l'œil avec le doigt ou avec la téle d'une épingle sans que les malades en aient conscience, et surtout sans qu'elles éprouvent de sensalion pénible. Comme aux époques où les faits d'amaurose ont été observés, on ne connaissait ni l'aneslhésie de la peau ni celle des muqueuses, les ailleurs ont omis de parler de l'étal de sensibilité des paupières et du globe de l'œil, ('liez ces diverses malades, il avait existé, soit avant, soit pendant l'existence de l'amaurose, des paralysies diverses des membres.
» L'amaurose hystérique a une durée qui varie de quelques jouis à quelques mois, jamais au delà. Elle cesse ordinairement aussi rapidement qu'elle a paru. Dans l'observation de M. Allègre, la jeune fille, qui élait amaurolique et paraplégique (oui à la fois, eul un jour une attaque d'hystérie, et aussitôt elle put se lever else promener dans le dortoir de la Salpètrière, voyant parfaitement bien les objeis. Chez l'une des malades dont j'ai pris Pi.istoire, l'amaurose élait survenue brusquemenl après unealiaque; elleavaii durédeux moiseï availcessé, après une autre altaquc, aussi brusquemenl qu'elle était venue. Il est des malades chez lesquelles l'amaurose est revenue à plusieurs reprises. »
C'esl surtout à titre de renseignement et pour appeler l'attention des ophthalmologues sur cet intéressant sujet que nous avons emprunté celte longue cilalion au savant ouvrage du docteur Briquet. Il n'échappera à personne que, dans aucune des observations, il n'a élé fait usage des méthodes si précises d'exploration de l'ophlhalmologie actuelle; or, chacun sait à quel point les dires di s hystériques sonl propres à égarer le médecin, quand il n'a pas à sa disposition des signes physiques qui lui permettent de constater les symptômes subjectifs accusés par les patientes. M. Teslclin a eu l'occasion d'examiner une malade de celle catégorie. Il s'agissait d'une jeune dame
AMAUKOSE.
qui avait eu depuis assez longtemps, ainsi que le déclarait son médecin, divers accidents hystériques parmi lesquels n'avaient figuré ni paralysies ni anesthésies. Elle affirmait ne plus rien voir absolument de son œil gauche depuis plus de quinze jours. Celui-ci ne différait absolument en rien du droit, ni à l'inspection extérieure ni à l'examen ophlhalmoscopique. Malgré les aflîrmations si positives de la malade et l'absence reconnue de tous motifs de simulation, il conserva des doutes, porta un pronostic favorable et ne conseilla que des moyens insignifiants. M. Testelin D'à pas revu la malade, mais son médecin lui a dit qu'elle avait parfaitement récupéré la vue sans rien faire de sérieux. Il a pensé comme lui, que les dires de la malade pouvaient fort bien ne pas avoir été conformes à la vérité. M. Bouchul a eu deux fois l'occasion de voir à l'ophlhalmoscope le fond de l'œil chez des personnes accusant une amaurose hystérique, dont l'invasion n'était pas encore fort éloignée. Dans ces deux cas, il n'y avait aucune altération appréciable des milieux de l'œil ni de la papille optique. Le fond de l'œil était normal (1).
§ XXXI. Amaurose dans l'épilepsie.
Les troubles visuels qui accompagnent fréquemment l'épilepsie s'expliquent par les diverses altérations ophthalmoscopiques dont les yeux des épileptiques peuvent être le siège. Parfois cependant, leur cécité doit être attribuée à une cause centrale qui échappe à toutes les investigations. Voici les conclusions auxquelles s'est arrêté M. Bouchut(2), à la suite de l'examen à l'ophlhalmoscope des yeux d'un grand nombre d'épilepliques :
1° Dans l'intervalle des attaques d epilepsie essentielle, il n'y a aucune altération de la papille du nerf optique.
2° Après une attaque d'épilepsie, on voit toujours dans le fond de l'œil une dilatation des veines de la réline qui diminue peu à peu au bout de quelques jours.
3° Chez beaucoup d'épilepliques, il y a une anomalie vasculaire du fond de l'œil ou angioplanie, ou une augmentation de diamètre et de nombre des veines de la réline (hypérangie rétinienne), et si ces vices d'organisation des vaisseaux oculaires correspondent à une semblable anomalie du cerveau, ce qui est possible, on pourra, dans ces lésions, trouver la cause de certaines épilepsies, jusqu'à ce jour considérées comme essentielles.
4° Il y a souvent avec l'épilepsie des atrophies choroïdiennes, des réiiniles pigmcntaircs, des macérations du pigment, des exsudais rétiniens et des hémorrhagies de la réline, qui sont évidemment sous la dépendance de celle maladie.
(1) Du diagnostic des maladies du système nerveux par l'ophllmlmoseopc, I8GG, p- M"-
(2) Lac. ch., p. 5H8.
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o° Dans les épilepsies symplomatiques, l'ophlhalmoscopic fait presque toujours découvrir une infiltration séreuse et une atrophie de la papille du nerf optique.