PARALYSIE ET AFFAIBLISSEMENT ARTIFICIELS DE L'ACCOMMODATION
loi — Les premiers éléments de l'étude de ces états pathologiques doivent évidemment être cherchés dans l'analyse expérimentale physiologique, qui va nous la fournir presque complète dans le tableau de l'action des mydriatiques (mydriase, afiuopoî, obscur).
§ I. Des mydriatiques et de leur action en général.
De tous les mydrialiquts, le plus puissant, le plus régulier dans son action est l'atropine ou mieux encore son sulfate neutre.
Étudions d'abord les effets d'unesolution forte: à savoir dans la proportion de 7^; une goutte de celle solution produisant son plein effet en un temps facile à mesurer.
Les phénomènes principaux qui suivent l'instillation de cette solution sont les suivants :
1° L'accroissement ou la dilatation de l'ouverture pupillaire, puis 'immobilité de l'iris (mydriase) ;
2° La diminution et bientôt la perte totale de l'accommodation : le punctum proximnm recule jusqu'à se confondre avec le punctum remolum, lequel demeure sensiblement invariable.
L'action sur l'iris s'accomplit dans un temps qui varie entre quinze et vingt-cinq minutes ; celle sur l'accommodation suit la première et prend de vingt-cinq minutes à deux heures.
Le retour à l'état primitif commence après quarante minutes et quelques heures ; mais n'est complet qu'après un temps qui varie de dix à quatorze jours. Cependant, dès le quatrième jour, les effets ont cessé d'être pénibles.
2 II. Effets spéciaux des mydriatiques sur l'accommodation.
152. — 1° Léger recul du punctum remotum. — Nous venons de dire que le punctum remolissirnum demeurait invariable ; ce n'est pas tout à fait exact, car il est certain qu'il recule aussi parfois quelque peu, de 1/60 environ chez l'emmétrope, ou plus généralement chez les sujets habitués à une tension habituelle de l'accommodation, comme, par exemple, chez les hypermétropes, les astigmaliques, quelques amblyopes.
M. de Graefc pense que, chez l'emmétrope, ce recul va même souvent jusqu'à 1/30.
m. Il
CXXII DIOPTIUQUE PATHOLOGIQUE.
2° Micropie. — En même temps que s'affaiblit le pouvoir accommoda tif, et lant que sa paralysie n'est pas complète, il arrive que le sujet voit les objets plus petits qu'ils ne lui apparaissent ordinairement : c'est un état connu depuis longtemps, sous le nom de micropie.
On se rend facilement compte du mécanisme de ce phénomène: Quand on instille le mydrialique dans un œil affecté de tension accommodatrice, celle tension, effet de l'habitude spasmodique acquise, se voil annulée. L'allenlion du sujet se portant sur un objet, la vue de cet objet ne peut être nelte qu'au moyen d'un effort dont le malade a conscience, effort plus grand que d'habitude et qui correspond à un éloignement de l'objet, moindre que l'éloignemenl réel. Il y a donc erreur du sensorium sur la dislance, laquelle s'accuse à lui plus petite. D'autre part, l'objet n'a pas varié de lieu; l'angle visuel est donc demeuré le même. Or, la notion de grandeur des objets repose sur deux éléments: l'ouverture de l'angle visuel et la dislance supposée de l'objet. La première demeure ici constante, mais la seconde est supposée moindre: l'objet doit donc paraître plus pelii. Une hauteur de un centimètre à un pied de distance, el une de deux centimètres à deux pieds, soustendent, en effet, le même angle visuel ; la notion de leur grandeur ne dépend donc que du jugement porté sur la distance de ces objets.
3° Après l'instillation des mydrialiques, et indépendamment des cercles de diffusion, les objets paraissent plus éclairés. Chaque foyer n'est-il pas formé par un cône lumineux d'une plus grande section?
g III. Effets de la naydriase suivant les divers états de la réfraction
statique.
153. — Il est facile de comprendre que le trouble apporté par la mydriase artificielle variera avec la condition première de l'œil, avec son étal de réfraction statique.
Chez Y emmétrope, par exemple, le punclum proximum est seul à subir un effet marqué de la part du mydriatique : le recul du point p annulera la vue nette pour les objets plus ou moins rapprochés, tandis que la presque invariabilité du point r ne changera rien, ou du moins bien peu, à la netteté des objets distants.
Quant au myope et à l'hypermétrope, les effets seront chez eux tout différents : par le recul du point p jusqu'en r, le myope n'y verra plus nettement qu'en ce dernier point; en deçà et au delà, vision trouble et grands cercles de diffusion. Mais si r n'est pas très distant, c'est-àdire si la myopie est assez forte, le sujet pourra continuer ses occupations et ne sera que médiocrement gêné par la paralysie accommodalive : c'est la mydriase seule qui le troublera.
Le plus grand trouble sera éprouvé par Y hypermétrope. Ce dernier, quand l'accommodation est paralysée, a son point r au delà de l'horizon : il ne peut donc à aucune dislance voir nettement sans verres convexes, et il en demande de différents pour la vue distante et la vue rapprochée. La mydriase, qui ne porte que sur un œil, est plus pénible que celle qui affecte les deux yeux, et obligesouven(,à cause de l'inégalité de l'éclat des images, à se réduire à la vision uni-oculaire.