ULCÉRATION SYPHILITIQUE DES PAUPIÈRES. (P
Obs. 31. — Ulcère syphilitique primaire de la paupière, chez un enfant de huit mois, embrassé par une personne affectée de symptômes secondaires. Maladie communiquée à sa mère par l'enfant (2). — Le 11 septembre 1860, un enfant de huit mois est admis au traitement de M. Vose Solomon. Cet enfant a depuis 15 jours un petit ulcère de mauvaise nature avec une base indurée, situé à l'extrémité interne de la paupière inférieure, tout contre la racine des cils. Cet enfant, quoique un peu slrumeux, paraissait bien nourri, et on ne pouvait dire qu'il fût maladif. Le père et la mère examinés ne présentaient aucun symptôme de syphilis; aussi, bien que M. Solomon crût à la nature syphilitique de l'ulcère, il se borna à des pansements adoucissants, mais il ne survint aucune amélioration. Une tante qui lui avait donné des soins fut alors amenée ù l'hôpital ; elle avait la peau couverte de taches cuivrées, et ses amygdales étaient le siège d'ulcères avec écoulement. On avait attribué aux bains de mer la cause de ces symptômes cl on ne les avait pas combattus. M. Solomon conclut de cet examen que la tante avait infecté l'enfant en l'embrassant. Suivant son expérience, l'extrémité interne de la paupière, près du bord muco-culané, est la partie de la paupière la plus susceptible de syphilis primaire. Aucun médecin ayant vu un tubercule syphilitique de la paupière, ne pourrait le confondre avec un ulcère primaire. On prescrivit alors deux rois par jour de petites doses de mercure avec la poudre de Dover et du sucre. Néanmoins, le 28 septembre, six semaines après le début de l'affection primaire, qui se trouvait alors guérie, les fesses de l'enfant se recouvrirent de taches syphilitiques bien marquées; et le 2 octobre un ulcère profond, assez étendu et d'un mauvais aspect, avait envahi une des grandes lèvres. On ajouta au mercure du
(1) Briiish Mcd. Chir. Rcview. 18GI, Jan., p. 2G8, cl Gaz. Hebdomad. 18G4, n° U.
(2) i. Vose Sc-LOMojt. Briiish Médical Journal, 1863, Mars 7, p. 25G.
MALADIES DU SOUBCIL ET DES PAUPIÈRES
sirop d'iodure de fer. Au boni d'un certain temps, une fissure se montra à la commissure buccale; puis il survint à la mère un ulcère de la mamelle, lequel ulcère fut suivi de symptômes secondaires.
SECTION X
CANCER DES PAUPIÈRES (P. 182.) Syn. — Ulcère de Jacob. — Ulcère rongeant.
Il importe de distinguer l'ulcère rongeant ou de Jacob de Tépithélioma. M. Leberl comprend l'ulcère rongeant dans le cancroïde ; M. Paget le sépare du cancer épithélial. Les paupières sont sujettes à ces deux maladies. Dans l'ulcère rongeant, les bords ne sont pas très-saillants ; la surface est unie. L'épilhélioma a l'aspect plus verruqueux; il attaque plutôt les lèvres que les paupières, et se propage au système lymphatique, ce que l'ulcère rongeant ne fait pas. Celui-ci ne contient ni élément épithélial, ni élément cancéreux. Tous deux sont sujets à reparaître quand on en a fait l'ablation (1). C'est M. Hulchinson qui a, le premier, fait ressortir les différences qui existent entre ces deux maladies (2).
Si l'ablation d'une tumeur squirheuse ou cancéreuse exige qu'on enlève une partie considérable de la paupière, soit supérieure, soit inférieure, et que l'on puisse conserver le bord libre, il peut être bon de remplacer les tissus enlevés par un lambeau emprunté à la tempe ou à la joue. Sans celte précaution, on s'expose à voir s'établir un eclropion qui, plus tard, exigerait une nouvelle opération.
Obs. 32(3). — Le 29 octobre 1860, j'extirpai une portion squirheuse de la paupière inférieure gauche, dont la surface interne était renversée au dehors et ulcérée. Le bord de la paupière était verruqueux, dur et irrégulier. Bien que j'eusse coupé profondément, en examinant au microscope, je trouvai que le bord du cartilage dénudé, et les follicules de Meïbomius offraient une surface dure, granuleuse, d'un blanc jaunâtre, d'un caractère suspect; j'en examinai quelques raclures au microscope et j'y reconnus en abondance des cellules cancéreuses de diverse dimension, rondes et pourvues de noyaux, et peu ou pas de corpuscules épilhéliaux. Deux mois plus lard, le sujet vint me revoir, la plaie était solidement cicatrisée et il n'y avait presque pas de difformité. Mais la paupière inférieure droite élait affectée de la même façon ; je l'extirpai aussi.
Obs. 33. — Ulcération cancéreuse situéeprès du canthus interne, traitée avec succès parla pâte au sulfate de zinc (4). — Un malade, âgé d'environ 55 ans, vint me con-
(1) Consultez : Laurence. On Cancer, 2e Ed.; IIutciiwson. Mcd. Times and Gaz. 1S60, Ocl. 6. — Paget. Lecl., Vol. II, pp. 452, 478.
(2) Oplilh. Ilosp. Rep. 1860, Vol. II, p. 5. (5) Mackenzie. Inédite.
Autres faits. Ablation d'un cancer épithélial situé près de l'œil, etc., par TtioMrson (Lancct, 1857, Nov. 14, p. •'«97. — Obs. de Cancer de la paupière et de l'orbite, ablation, par Muoue. (Dnbl. Mcd. Press. 1862, Scpt.6, p. 257.)
(/(.) Mackenzie. Oplit. Ilosp. Rep. 1839-1860. Vol. II, p. 5. — Voyez, sur le sulfate de zinc anhydre, Simpson (Med. Times and Guz. 1857, Jan. 17, p. 55.)