INFLAMMATION DU DOI\D LIBRE DES PAUPIÈRES
sulter, le i« février 18o9, pour un ulcère cancéreux siégeant au côlé du nez, près de l'angle interne de l'œil gauche. Il avait largement la dimension d'une pièce de quatre penny, était d'une forme irrégulière, recouvert d'une croûte et entouré de bords durs el élevés. Les papilles et la caroncule lacrymales, ainsi que la conjonctive palpéhrale, étaient enflammées, et la maladie paraissait s'étendre dans la direction de ces parties. Convaincu que le mal résisterait aux applications calmantes, ayant appris par expérience que ces sortes d'altérations, détruites par l'instrument tranchant, se reproduisent souvent, alors même qu'une cicatrice solide semble en indiquer la cure radicale, je me résolus à essayer lavaleurescliaroliquedu sulfate dezinc, recommandé par ledocteurSimpson d'Edimbourg. Je privai quelques grains de sulfate de zinc de leur eau de cristallisation, au moyen de la chaleur, el après les avoir réduits en poudre, j'en fis, à l'aide de la glycérine, une pâle épaisse dont je recouvris la croûte el les bords durs de l'ulcère, puis je mis par-dessus un peu de charpie sèche. Le lendemain, on constata que l'application avait déterminé peu de douleur; néanmoins elle avait presque complètement délruil les bords durs de l'ulcère el débarrassé de sa croûte toute la surface, qui était d'une couleur rouge vif et d'apparence saine. Deux ou trois applications de la même pâle furent encore faites sur les bords, puis on laissa la plaie se cicatriser. Le 24 mars, la cicatrice était solide et offrait une bonne coloration.
SECTION XI
INFLAMMATION DU BORD LIBRE DES PAUPIÈRES OU OPHTHALMIA TARSI, OPIITHALMIE TARSIENNE. (P. 193.)
Syn. — Blepharitis ciliaris. — Tinea tarsi, CritchclL — Blcpharilis marginalis, Ellinger.
Rien n'indique mieux l'ignorance où l'on est de la nature d'une maladie, que la multiplicité de ses noms et des remèdes qu'on conseille d'y opposer. Maccall Anderson (1) dit que la blépharo-adénite ou ophthalmia tarsi, selon que ce sont les glandes ciliaires ou celles de Meïbomius qui sont affectées, n'est autre chose qu'un eczéma pustuleux ou un impétigo. Pour Kuchenmeister (2) c'est un parasite végétal ou favus de la face.
Quoi qu'il en soit, la maladie commence par la formation, à l'orifice des follicules pileux, de pustules qui se transforment en croûtes, au-dessous desquelles on découvre de petits ulcères; puis, lorsque la maladie est complètement développée, il survient des démangeaisons, de l'infiltration, des exsudations, qui sont les symptômes ordinaires de l'eczéma. Dans les cas depuis longtemps négligés, tous les éléments de la paupière sont pris.
Souvent cette affection se présente sur plusieurs membres de la même famille, ce qui a fait supposer qu'elle pourrait bien être contagieuse; le fait est qu'on la voit fréquemment se propager d'un enfant à l'autre. Dans tous les cas, elle est d'ordinaire d'autant plus difficile et longue à guérir, qu'elle remonte à une date plus ancienne; clléa,
(1) On Eczcma. London, I8G3, p. 107.
(2) Virchow's Arch., B. 23, S. 449. Berlin, 1862. Euiscnn, Pilzc bei blephnrilie ciliaris.
MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES
d'autre pari, une grande tendance à récidiver, quand on en abandonne trop tôt le traitement.
Les poils que Ton enlève par 1 epilalion se présentent sous trois étals : 1° Ils sont sains, vivaces et ne se laissent pas arracher sans douleur; 2° leur racine est atrophiée et leur bulbe a la forme d'une pyramide ou d'un cône tronqué; il est corné, ratatiné, n'a plus d'enveloppe radicale adhérente, et n'est recouvert que par un épithélium très-rare; le poil et la substance médullaire sont atrophiés, immédiatement au-dessus du bulbe; on peut l'arracher sans causer de douleur, et il est plus profondément situé que les suivants; 5° les poils longs et épais se laissent arracher facilement et sans douleur; leur racine n'offre qu'une pointe courte, continuation du poil, sans renflement. Elle est entourée de la gaine interne de la racine, qui contient une petite goutte de liquide, rassemblée à l'extrémité centrale du sac ou gaine qui entoure la racine. Lorsqu'on ouvre le sac dans le premier cas, on y trouve un liquide incolore, avec un petit nombre de cellules épithéliales bien formées. L'autre kyste ne s'ouvre pas facilement; ce n'est qu'en le déchirant et en le mélangeant avec de l'eau qu'on en rend visibles les amas épais d'épilhélium, mélangés de champignons (favi).
Ces formations parasitaires se rencontrent assez constamment chez certains individus, sur un dixième peut-être des malades qu'on examine; chez ceux qui n'en offrent pas, l'aspect n'est pas différent pour cela. Chez un certain nombre, les champignons ciliaires sont beaucoup moins nombreux que dans le favus, bien que, sous le rapport de la structure, ils ressemblent complètement à ceux qu'on observe dans cette dernière affection ; seulement, ils offrent rarement plus d'une ou deux branches, avec de longs sporocystes.
De nouvelles observations seraient nécessaires à la détermination du siège exact du parasite et de sa transmissibilité, de même que pour conslatersi sa présence dans la blépharite est primitive ou secondaire. Sa présence implique l'urgence de l'entretien, pendant plusieurs mois, d'une extrême propreté des yeux, et d'un traitement dans lequel les douches, l'épilalion et les escharoliques sont indiqués (Ellinger). Dans les cas graves, il ne faut pas se fier à ces moyens seuls, ni en continuer trop longtemps l'usage. Si l'on y a recours tous les soirs pendant plusieurs semaines, ils occasionnent du gonflement, de l'inflammation de la peau des paupières, et parfois une éruption eczémateuse de celle-ci.
L'épilalion , déjà indiquée depuis longtemps, a encore été recommandée par MM. Lawrence, Ellinger et Crilchett, mais elle doit être faite avec soin et se borner à l'extirpation des cils malades, qui cèdent facilement quand on les saisit avec une pince : il faut se garder d'arracher les cils sains, parce qu'on s'expose à en enflammer
VITIL1G0 DES PAUPIÈRES.
les follicules, el à y introduire de la matière provenant des follicules balades et portant le germe de la maladie. M. Strealféild enlève les croûtes avec des pinces et touche les surfaces ainsi mises à nu au moyeu du crayon de nitrate d'argent, après avoir coupé les cils très courts (1). M. Critchett fait de même. Le docteur Macmillan, de Hull, peint, tous les trois ou quatre jours, tout le bord de la paupière avec un pinceau chargé de teinture d'iode, et en maintient dans l'intervalle les bords humides par l'application continuelle, jour et nuit, de la glycérine pure (2). Maccall Anderson fait usage d'une solution de potasse caustique. C'est un remède assez hasardeux, même à la dose de 10 grains par once qu'il conseille, el que le médecin doit toujours appliquer lui-même (5). Un bon moyen consiste à appliquer une mixture composée de quinze parties d'huile de foie de morue et deux de super-carbonate de soude. Toutefois, il ne faut pas oublier que tous ces moyens n'ont d'efficacité réelle que pour autant qu'ils sont appliqués sur des surfaces débarrassées de leurs croûtes : une bonne pratique consiste à en faire précéder l'usage de l'application, pendant une heure ou deux, soit de fomentations émollientes, soit de cataplasmes de farine de riz, qui permettent d'enlever facilement toutes les croûtes ainsi parfaitement ramollies. Une décoction d'althœa, contenant un grain de sublimé sur 8 onces de véhicule, est un topique excellent à cet effet. Un soin essentiel à prendre encore est de veiller à empêcher le développement d'un enlropion, d'un ectropion ou d'un phimosis palpébral.
SECTION XI V
V1TILIG0 DES PAUPIÈRES, (p. 203.) De vitio, infector. A vitulo (4).
Cette affection a une certaine ressemblance avec celle que M. Laycock a appelée stearrhœa (5), qui consiste dans un flux de matière sébacée onctueuse, qui lui a fait donner son nom, et dont il y aurait trois variétés : « stearrhœa flavescens, nigricans et cerulea. » Cet auteur pense toutefois que ces deux maladies sont tout à fait différentes et que, dans le vililigo,les tissus afléetés diffèrent complètement de ceux de la « stearrhœa flavescens. » Dans cette dernière afléclion, les glandes sébacées, surtout celles de la joue, versent en excès un
(1) Ophlhalmic Uospilal. Reports 18fi0, Vol. II, p. 52.
(2) Med. Times and Gaz. 1 8ii8, Juh. 12, p. 600.
(3) On Eczéma, p. 108.
(4) Proplcr ejns mcinbrana; condorem, quâ nascilur involutus. Celse, lib. V, cap. 28, § 19.
(5) Lavcock. Briiish el For. med. cbir. Revicw. 1861, Jan. et Aug., pp. 185, 457.
MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES
lluide sébacé coloré en jaune, ces glandes n'étant que de simples enfoncements du derme et contenant, par suite, un tissu coloré, qui est l'épiderme. Ce fluide épanché se dessèche sur les joues sous forme de croûtes jaunes. Dans le vililigo, dit-il, le derme proprement dit, dans lequel les glandes sont contenues, est altéré dans sa nutrition ou atrophié, et devient blanc, parce qu'il est à la fois privé de vaisseaux sanguins et des tissus qui renferment la matière colorante : de là son nom, parce qu'on le comparait à la chair blanche du veau; mais la peau y est lisse, sèche et sans aucun flux.
SECTION XIV bis.
CHROMHIDROSE DES PAUPIÈRES (l).
Syn. — Nigredo cutis. Facial nigrilies, Laycock. Blcpliaral melasma. Pityriasis nigra. Stearrhaeâ nigricans, Ncligan. Blcpharo-melcena, Lava. Slelaslearrhée, Ginlrac. Chromocrinie, Le Roy de Méricourt, de y$û>\i.<i et xpîvsiv, séparer. (De /pûjxa, couleur, et lôpù;, sueur.)
Fig. Bled. Chir. Trans. Vol. XXVIII, p. 611, Lond. 184ÎJ.
La chromhidrose ou chromocrinie des paupières, bien que signalée depuis un grand nombre d'années, n'est que depuis peu de temps admise dans le cadre nosologique. Les travaux importants publiés à son sujet nous commandent d'en donner une description détaillée, que nous emprunterons au mémoire de M. Le Roy de Méricourt (2), son historien moderne.
Symptômes. — La chromhidrose ou chromocrinie cutanée est une sécrétion anormale, par les orifices cutanés, d'une matière colorante
(1) Cas observés : James Yonge. Philos. Trans. 1790, 4, 521, Vol. XXVI.— Le Cat, Traité de la peau humaine, 1765, Obs. 5, p 136. — Gallot. Journ. de méd. et de chir. Déc. 1775, 2. 44, p. 524.— Billard d'Angers. Arch. gén. de méd. 1851, t. XXVI, p. 455.— Boosquet. Mém. Acad. méd. 1854, t. XVIII, p. 559.— Teevan. Med. Chir. Trans. 1845, Vol. XXVIII, p. 611, et Sied. Times, Vol. XII, p. 295.— Quinan. Neligan. Dubl. Quart. Journ. Slai 1855, Vol. XIX, p. 295.— Law. ld. p. 297. — BIac Intyre. Diseases oftheSlu'n. Erasmus Wilson. Lond. 1857, 4<= Ed. p. 553, g 582. — SIacker. Gaz. méd. Slrasb. 26 nov. 1858. — Banks. Dubl. Quart. Journ. Slai 1858. — Harvey. Id. Féb. 1859. — Blaise. Gaz. des Hôp. 6 nov. 1858. — A. Lirons. Dubl.llosp. Gaz. Slai 1858. — Kirchberg. Gaz. des Hôp. 12 mars 1859. — Barensprung. Dieilautkruuklicilcn. Erlnngen. 1859, p. 42. — Fauvel. — Union méd. 21 mars 1860. — Hardy. Id. 10 mars 1860. — Larrey. Bull. Acad. méd. 1" sept. 1861. — Duval. Gaz. Hebd. 14 juin 1861. — Godi:froid. Annales d'Oculislique, 1865, t. L, p. 172.— C. James. Slondc Hermal. Gaz. méd.— Casasse. Gaz. méd. Alg.25 Janv. 1865. — Warlomont. Annales d'Oculislique, 1864, t. LU, p. 97.— De Sloonloose. Id. p. 205. — Ch. Robin. Journ. de l'anal, et de la physiologie. \™ année, 1864, p. 2!l!l.
Dans les cas de « facial nigrilies » Laycock a trouvé du pigment libre dans le sang (Dublin Sied. Press, 1856, Jun. 16, p. 382).— Consultez : Laycock. Clin. Lccl. (Sied. Times, 1858, réimprimées dans Dubl. Sied. Press. 1858, Jun. 16, p. 581). Voyez aussi ses « Clinical Researches sur les changements apportés an teint par une pigmenta lion morbide. Brit. and For. Med. Chir. Rev. 1861, Jan. et Avril, pp. 185, 457.— Le Cat. Traité de la peau humaine, pp. 108 cl suiv.
(2) Slémoire sur la chromhidrose ou chromocrinie cutanée, suivi de l'Etude microscopique et chimique de la substance colorante de la chromhidrose, par Ch. Robin, et d'une noie sur le môme sujet, par Ordonez. Ann. d'Ocul., 1865, t. L, et J.-B. Buillierc ; Paris 1864.
CIIR0.MI1IDR0SE DES PAUPIÈRES.
d'u u bleu foncé, ayant des caractères microscopiques propres. La production de celle sécrétion, sur une surface limitée de la peau, donne lieu à des taches d'étendue variable, dont le siège d'élection est aux paupières inférieures. Ces taches peuvent être enlevées complètement, à l'aide d'un linge imprégné d'huile; parfois, mais rarement, au moyen de lotions aqueuses, jamais à sec. Elles reparaissent de nouveau, après un temps plus ou moins long.
Cette anomocrinie coïncide le plus souvent avec des troubles plus ou moins sérieux de la santé. Chez les femmes, qui en ont été de beaucoup le plus fréquemment atteintes, il paraît exister ordinairement un certain rapport avec les dérangements de la menstruation. La chromhidrose peut se montrer subitement, sans cause déterminante appréciable, au milieu des apparences de la santé. Mais, le plus souvent chez les femmes, il exisle depuis un temps variable un état de chloro-anémie, de la dysménorrhée, de l'aménorrhée et les conséquences ordinaires du trouble de la menstruation. Dans les trois cas observés chez l'homme, la santé générale avait été profondément débilitée antérieurement.
Quelle qu'en soit l'étendue, quelles que soient les régions successivement occupées par la sécrétion colorée, les deux paupières en ont toujours élé le siège primitif. (Un seul cas sur vingt-cinq a fait exception, et encore, cette fois, la tache s'est montrée au-dessus du sourcil gauche). Lorsque la maladie tend à disparaître et que les surfaces anormalement colorées se limitent de plus en plus, toujours ce sont les paupières inférieures qui reprennent, en dernier lieu, leur aspect naturel . Tous les observateurs s'accordent à signaler les deux paupières comme envahies en même temps.
Les régions atteintes successivement sont, par ordre de fréquence : les paupières inférieures, les supérieures, les joues, le front, les ailes du nez, toute la face, la région sternale, la poitrine, le ventre, presque toule la surface antérieure du corps, les mains. Jamais les oreilles n'ont présenté la sécrétion colorée. Lorsque les quatre paupières sont le siège de l'exsudation accidentelle, les deux inférieures sont de beaucoup plus colorées que les deux supérieures.
La couleur de la sécrétion anormale varie suivant les cas, et quelquefois chez un même sujet, du noir profond au bleu-indigo. La teinte noire a été, de beaucoup, plus fréquemment observée. Dans presque tous les cas, il y a à peu près égalité de ton entre les deux côtés, quand les taches occupent des régions symétriques et qu'elles ont élé, bien entendu, sécrélées depuis le même temps. Une seule fois le phénomène ne s'est montré que vers l'angle externe d'un œil, au-dessus du sourcil, pour reparaître plus tard sur la joue du côté opposé.
Lorsque la sécrétion colorée n'occupe que les paupières, elle imprime à la physionomie un aspect très-différent, suivant les cas, sui-
MALADIES DU SOUBGIL ET DES PALPIÈRES.
vaut les époques, chez un même sujet. Si la teinle est peu foncée, si elle ne couvre qu'une zone étroite près du bord ciliaire des deux paupières inférieures, reflet produit n'est pas disgracieux, le regard peut en acquérir plus d'éclat. C'est ce qui explique pourquoi, au théâtre, les actrices, et môme dans la vie privée, certaines femmes emploient un cosmétique coloré en noir pour tracer, à l'exemple des femmes de l'Orient, une ligne étroite qui a surtout pour but de prolonger l'angle externe de l'œil. Mais si les quatre paupières sont couvertes d'une couche d'un noir profond, si le front, les joues, toute la face enfin prend celte couleur, l'effet produit est horrible. Il n'est plus possible alors d'invoquer un artifice de coquetterie ; à toute vue, la personne atteinte de chromhidrose à ce degré paraît avoir d'énormes lunettes noires; elle ne peut circuler hors de son domicile sans être l'objet de l'attention la plus importune et la plus pénible, pour une femme surtout.
Si, dans un petit nombre de cas, la santé générale aconlinuéàétre normale, depuis comme avant l'apparition de la chromocrinie, il est loin d'en être de même pour tous.
Les symptômes morbides concomitants signalés par les différents observateurs sont les suivants : Une toux sèche, quinleuse, dont aucune lésion appréciable à l'auscultation ne pouvait rendre compte ; des hémoplysies; des déjections contenant une matière colorante; une céphalalgie intense ; la sensation de froid aux extrémités inférieures.
Les taches formées par l'exsudation colorée sont généralement noires, lorsque la sécrétion est abondante ou qu'elle est restée un certain temps exposée à l'air sans avoir été essuyée. Quand elle est peu abondante, récemment produite, elle donne souvent aux surfaces qu'elle recouvre, surtout sur leurs limites, une teinte bleue plus ou moins foncée. Dans le seul cas où il ait été donné à l'observateur de voir reparaître la sécrétion accidentelle à mesure qu'il l'enlevait, l'exsudation étaild'abord bleu-indigo, puis passait au noir, soit parle fait de l'accumulation, soit par l'influence de l'air. Dans quelques cas, les surfaces envahies ont été franchement bleues.
En examinant avec soin et de près les portions de la peau anormalement colorées, on voit qu'elles sont recouvertes comme d'une légère effiorescence rappelant celle qui se trouve sur certains fruits. Si la transpiration est assez abondante pour les humidifier sensiblement, elles peuvent alors avoir un aspect reluisant.
Jamais les taches ne rappellent l'idée de l'application d'une substance colorante artificielle ayant un corps gras pour excipient. En examinant les taches à la loupe, on voit que les corpuscules colorés sont surtout accumulés dans les plis de flexion de la peau. On peut constater, surtout en suivant la réapparition delà substance colorante
ClinOMIIIDROSE DES PAUPIÈRES,
sur les paupières supérieures, qui habituellement en sont beaucoup inoins chargées, que cette disposition est due aux mouvements de clignement de ces voiles membraneux. Les plis de flexion sont alors dessinés en noir bleuâtre par des lignesd'une délicatesse extrême, surtout si Ton vient à tendre légèrement les téguments. Ce sont aussi les mouvements des paupières qui font que des amas de matière colorée se rassemblent vers l'angle interne de l'œil, près du bord ciliaire. A la loupe, on reconnaît que les poils légers qui composent le duvet de la peau ont leur couleur blonde ou blanche, et nesont nullement colorés. En promenant la pulpe d'un doigt, à nu ou enveloppée d'un linge blanc et lin, on enlève une très légère quantité de matière colorante. Un linge mouillé d'eau ne parvient pas, même à l'aide d'un frottement assez énergique, à rendreàla peau son aspect ordinaire. La glycérine permet de charger plus fortement de substance colorante le linge fin qui eu estimprégné; maisla tachenedisparaîlpasencore entièrement ; il reste une nuance d'un noir bleuâtre, due à une innombrable quantité de petits points noirs qui donnent à la surface l'aspect qu'offre la peau du menton fraîchement rasée, chez les hommes à barbe noire et bien fournie.
L'huile seule a, jusqu'à présent, permis de nettoyer rapidement et parfaitement la peau. Après un lavage bien fait avec cette subslanee grasse, il est impossible de retrouver, en examinant à l'aide d'une forte loupe, le moindre corpuscule noir.
Souvent les surfaces qui sont le siège de la chromocrinie sont d'une sensibilité exagérée. La surface essuyée est aussi plus facilement congestionnée que ne le seraient les paupières d'autres personnes, par suite d'un frottement aussi léger. Sous l'influence de ces deux phénomènes, sensibilité et hypérémie, les yeux se remplissent de larmes, et le clignement devient très-énergique et très-fréquent. '
Le développement exagéré du réseau veineux cutané superficiel, qui se rencontre dans presque tous les cas, mérite de fixer toute l'attention; les paupières inférieures surtout sont parcourues par des veines bleues très apparentes.
Au bout d'un temps très variable (depuis quelques minutes jusqu'à douze et vingt-quatre heures, plusieurs jours même), la matière colorante reparait, en quantité égale ou moindre, suivant que la maladie est récente ou ancienne, que les règles sont sur le point de paraître ou ont paru; toutes les causes susceptibles de congestionner momentanément le visage paraissent avoir une influence accélératrice sur la rapidité de la^sécrétion, du moins dans la plupart des cas. Chez plusieurs sujets, la matière colorante se manifestait d'abord sur un point très limité, pour s'étendre de là peu à peu et occuper, au bout d'une à plusieurs heures, les portions de téguments habituellement envahies.
MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES
Celte réapparition spontanée est le symptôme carasléristique, c'est le point capital à constater. Aussi, toutes les fois qu'il sera possible de le faire, faudra-t-il s'en assurer par l'examen direct, ou, si des obstacles s'opposent à cette constatation, recourir à l'examen microscopique et chimique de la substance colorante recueillie avec précaution. Un linge huilé, promené quelques instants sur les paupières anormalement colorées, offre des marques semblables, pour peu que la sécrétion soit abondante, à celles qui résulteraient du nettoyage d'une cheminée de lampe qui a fumé. La matière exsudée a une grande puissance colorante.
Une goutte exprimée d'un pinceau imprégné de glycérine et promené quelques instants sur les régions noircies, offre une coloration d'un gris-bleuâtre, quand on place sur un papier blanc la lamelle de verre sur laquelle on l'a déposée. Et cependant cette même goutte, examinée au microscope, ne présente que des corpuscules colorés, disséminés au milieu du liquide. Si le pinceau a été trempé dans l'huile, la goutte qu'on en exprime est d'un noir profond. Si l'on réunit dans un godet de porcelaine le résultat de plusieurs lavages des paupières,
on peut obtenir ainsi une assez grande quantité de matière qui, par le repos, se sépare en partie du corps gras.
LaNinalière colorante offre l'aspect suivant : (fîg. 5).
Ce sont des corpuscules, ayant l'apparence lamelleuse , ressemblant à des fragments brisés de vernis desséché, représentant, en général de petits bà- (Fis- 50 lonnets,ou des frag-
ments, très sinueux sur leurs bords, rappelant les contours géographiques des îles sur les cartes.
En parcourant avec attention la gouttelette de glycérine colorée placée sous le microscope, on rencontre, en nombre variable, suivant les personnes qui ont fourni la substance, et suivant les jours chez une même personne, des corpuscules ordinairement très petits, ayant les formes décrites déjà, mais d'une coloration bleu-azur.