CORPS ÉTRANGERS ACCIDENTELS ANIMÉS
les observations relatées dans les auteurs (1). Dans ces observations, il est question surtout de chenilles et de vers; on y voit souvent mentionnés les vers qu'on trouve dans les viandes putréfiées.
Ces observations présentent toutes ceci de particulier, que les malades étaient ordinairement atteints de suppurations de Yoreille durant déjà depuis longtemps. En effet, le pus qui s'écoule de l'oreille, les croûtes formées à l'entrée du méat attirent ces grosses mouches carnassières qui déposent leurs œufs sur les viandes en état de putréfaction. L'odeur de la suppuration les excite à se poser sur le pourtour de l'orifice externe du conduit auditif, et elles y déposent leurs œufs. Ces œufs peuvent être repoussés dans le conduit auditif, soit par une injection, soit même par les doigts du malade; ils peuvent y séjourner, s'y développer, éclore et donner naissance à de petits vers.
Telle est l'explication bien simple de toutes ces histoires fabuleuses qu'on trouve dans certains auteurs et de tout le merveilleux dont ils ont enveloppé leur narration.
Les symptômes que peuvent déterminer ces corps étrangers sont excessivement graves. Ils causent quelquefois des douleurs intolérables, des douleurs qui arrachent des cris aux malades et les privent complètement de sommeil. Souvent le cerveau est affecté sympathiquement ; il y a du délire ou du coma, et même quelquefois de véritables léthargies, comme on le voit dans une observation de Bertrand de Méry-sur-Seine (2 .
Il s'agit, dans cette observation, d'une jeune fille dont le conduit auditif contenait plusieurs petits vers blancs. Ce médecin fut appelé fort tard pour cette malade, et alors qu'elle était près de mourir. La malade, dit-il, n'était pas encore complètement morte, mais elle était étendue comme une morte, immobile, dans une léthargie complète, et sans un peu de respiration qui sortait encore de sa bouche, elle eût passé pour être entièrement morte. Comme on avait dit à Bertrand que la malade avait accusé des douleurs très-violentes dans l'oreille, il eut la curiosité d'y regarder, et il aperçut au fond du conduit iuditil un petit corps blanc ; il le toucha avec un stylet et vit que ce
(1) Voyez aussi les Observations consignées dans le Bulletin de l'Académie de médecine, t. IX, p. 311.
(2) Itard, t. II.
petit corps se mouvait. Une injection fut alors pratiquée clans le conduit auditif, et le petit corps, entraîné par l'injection, fut lancé très-loin. En tombant sur le plancher, il exécuta des mouvements tellement bizarres que toute l'assistance fut saisie de terreur. Le chirurgien s'arma de courage, et à l'aide de quelques injections, il parvint à extraire six vers pareils au premier. La malade revint à elle et guérit complètement.
Le diagnostic des corps étrangers animés de l'oreille ne sera pas plus difficile que celui des obstructions cérumineuses. On aura ici, pour commémoratifs, une suppuration de l'oreille existant déjà depuis quelque temps; l'habitation à la campagne, surtout pendant l'été. C'est alors, en effet, que les malades dorment dans les champs et que les insectes peuvent le plus facilement pénétrer dans le conduit auditif.
Après les commémoratifs, on aura encore la ressource de l'examen direct, à l'aide du spéculum, qui permettra de reconnaître la présence d'un corps étranger.
Le traitement de cette affection est bien simple. Il faut extraire ou tuer ces insectes à l'aide d'un liquide approprié, l'huile, par exemple.
Toutes les fois qu'on le pourra, on les extraira, soit avec des pinces, soit avec un instrument analogue à l'instrument de Fabrice de Hilden.
Mais lorsque cette extraction sera trop difficile, il ne faudra pas insister trop longtemps, et il vaudra mieux recourir aux moyens capables de les tuer sur place. On injectera dans le conduit auditif un peu d'huile, un mucilage, une dissolution de calomélas, une décoction d'armoise, d'absinthe, de mousse de corse, un anthelmintique quelconque.
A l'aide de cette injection, qu'on aura soin de laisser séjourner quelque temps dans le conduit auditif, en engageant le malade à garder quelque temps la tête inclinée du côté opposé à l'oreille malade, on parvient sûrement à tuer l'insecte introduit dans l'oreille. Dès lors tous les accidents cesseront, car ils n'étaient occasionnés que par les mouvements de l'animal; et, en même temps, l'extraction deviendra très-facile une fois que l'insecte ne s'attachera plus au tympan et aux parois du conduit auditif.
Ces détails suffisent à l'étude des corps étrangers animés. Nous arrivons maintenant aux corps étrangers inanimés.