CORPS ÉTRANGERS ACCIDENTELS INANIMÉS
§ 3.— Corps étrangers accidentels inanimés.
La liste des corps étrangers de cette nature, qu'on a trouvés dans l'oreille, est plus longue que celle des corps étrangers animés. Ceux qui se rencontrent le plus souvent sont des boules de verre, des pois, de petits cailloux, des noyaux de cerise, etc.
Nous trouvons, dans Fabrice de Hilden, l'observation d'une jeune fille qui s'était introduit dans l'oreille une fausse perle : des chirurgiens furent appelés, et, en cherchant à retirer le corps étranger, ils le brisèrent. Les fragments implantés dans les parois du conduit, et même quelques-uns s'étant enfoncés dans la membrane du tympan, Fabrice de Hilden parvint, non sans peine, à les extraire, au moyen d'une petite curette (1).
M. Deleau a cité l'observation d'un enfant qui s'était introduit dans l'oreille un pois ; sous Finfluence de l'humidité, le pois s'était gonflé et distendait le conduit en donnant lieu à des douleurs atroces. L'extraction fut pratiquée avec un instrument analogue au tire-balles.
Une autre fois, il eut à pratiquer l'extraction d'un petit caillou que les efforts d'autres chirurgiens avaient fait pénétrer jusque dans la caisse, et il parvint à chasser le corps étranger à l'aide d'une injection d'eau poussée avec force dans la trompe d'Eustache.
Nous trouvons encore dans Pelletan une observation intéressante. Il s'agit d'un enfant qui s'était introduit dans l'oreille une flèche de papier à pointe très-aigue. Lorsqu'on voulut la retirer, on ne put y parvenir à cause des douleurs qu'occasionnaient ces tentatives. Les personnes qui lui donnèrent les premiers soins brisèrent la flèche et ne purent en retirer qu'une partie. Des chirurgiens furent appelés et augmentèrent le dégât. Enfin, la malade mourut et Ton trouva, à l'autopsie, que la pointe de la flèche avait traversé la membrane du tympan et avait pénétré dans la caisse, dans le labyrinthe ; et même, par une fissure du rocher, elleétait arrivée jusqu'au cerveau, devenu le siéged'une méningite.
Indépendamment de ces observations, on en trouve un grand nombre dans les auteurs. Du reste, c'est là un accident qu'on a assez souvent l'occasion de rencontrer dans la pratique. Le diagnostic en est facile, les commémoratifs ne manquent ici presque
(1) Loc. cit.
jamais. Puis on doit, sans retard, faire avec soin l'examen de l'oreille.
Le pronostic est toujours grave, plus grave que pour les concrétions cérumineuses, mais moins grave que pour les corps étrangers animés. Ici, en effet, nous avons une cause d'inflammation de moins, c'est l'absence de mouvements du corps étranger. Mais, par cela seul qu'il est corps étranger, il n'en doit pas moins déterminer dans l'oreille un certain degré de phlegmasie, qui va en augmentant toujours si on n'enlève pas le corps dont la présence excite cette inflammation.
Certains corps sont plus nuisibles que d'autres : ce sont les corps qui augmentent de volume sous l'influence de la chaleur et de l'humidité, tels que les pois, les haricots, etc. Ils distendront le conduit auditif et causeront des douleurs telles qu'ils pourront nécessiter l'intervention de l'air dans un bref délai.
Le traitement consiste dans l'extraction. Les procédés varieront à l'infini, suivant la nature du corps étranger, son volume, sa forme. Quelquefois, il faudra le broyer; d'autres fois, un tirefond pourra l'amener au dehors; d'autres fois, il faudra avoir recours à une curette, soit une curette simple, soit une curette articulée comme celle de Fabrice de Hilden.
Après l'extraction du corps étranger, il restera un peu d'inflammation. On la traitera par les moyens antiphlogistiques ordinaires : des injections émollientes toujours tièdes, et l'on empêchera l'entrée de l'air froid dans le conduit auditif, à l'aide d'un tampon de coton.