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CHAPITRE V

DE L'OTITE, OU DE L'iSFLAMMATION AIGLE ET CHRONIQUE DE LA TROMPE DEUSTACHE ET DE LA CAISSE.

Remarques préliminaires.

Les phlegmasies de l'oreille moyenne ont des caractères qui les rapprochent tellement des inflammations de la membrane du tympan; leur existence simultanée, sur le même malade; les symptômes précédemment décrits ont une telle analogie ; le traitement même offre tant de ressemblance, qu'il semble inutile d'en donner ici une longue description. Cependant l'otite aiguë ou l'inflammation de la membrane muqueuse de la cavité du tympan, est une des affections les plus douloureuses et les plus graves. Un la rencontre à toutes les périodes de la vie, mais surtout dans la jeunesse et dans l'âge adulte. Cette maladie, le plus souvent, est causée par le froid ou les différentes causes qui produisent l'inflammation du tympan.

D'après Wylde, c'est presque toujours dans le milieu de la nuit que le patient commence à sentir les premières douleurs; elles sont violentes, arrachent dv> cris et peuvent déterminer des convulsions, chez les enfants. Cette douleur a des intermittences ; son siège principal est l'oreille, mais elle peut s'étendre dans la tête et tout le long du col. Le malade, dans les moments de

calme, éprouve un sentiment de brûlure dans l'oreille. Au début, le malade est sensible aux plus petits bruits. Mais lorsque le mucus ou le pus vient à s'accumuler dans la caisse, la surdité est complète. Les mouvements de toux, de mastication, de déglutition augmentent la douleur. Le tintement est sourd, et ressemble au bruit d'un marteau.

Signes physiques. — Couleur rouge-brun de la membrane du tympan, qui se présente souvent en saillie, du côté du méat: mais la vascularisation est rarement aussi prononcée que dans l'inflammation propre du tympan. — L'air ne peut pénétrer dans la cavité de la caisse, et dans les efforts que le malade accomplit pour obtenir ce résultat, la douleur devient plus violente. La membrane du conduit auditif externe participe souvent aussi à l'inflammation et son gonflement ne permet pas de voir le tympan : le pavillon lui-même présente dans certains cas des traces de phlegmasie; il peut même devenir œdémateux et livide.

Quand la maladie a duré quelques jours, l'apophyse mastoïde est gonflée et douloureuse au toucher.

La paralysie faciale peut quelquefois accompagner l'otite.

A ces symptômes locaux, se joint une fièvre plus ou moins vive; la langue est blanche; le pouls est rapide; la peau sèche : il y a constipation. L'urine est chargée; la soif médiocre; le malade ne peut goûter de repos ; il est très-agité : à cette période, le délire, dans certains cas graves, ne tarde pas à se montrer.

Alors l'inflammation s'est étendue jusqu'à l'oreille interne et au cerveau et le coma peut survenir, comme symptôme des plus fâcheux.

Le diagnostic précis, dans ces cas, a une grande importance: et l'attention doit principalement se porter sur les complications.

La maladie peut se terminer de trois manières :

1° Par résolution. Les mucosités, accumulées dans la caisse, sont résorbées, peu à peu, ou bien évacuées par la trompe d'Eustache.

2° Dans la deuxième terminaison , les matières trouvent une issue à travers le tympan déchiré, et le malade est soulagé à l'instant.

3° La troisième terminaison est toujours dangereuse et souvent fatale, et le chirurgien doit redoubler d'attention; dans ce cas,

il se forme un abcès à l'apophyse mastoïde; on doit l'ouvrir de bonne heure, pour éviter les complications du côté du cerveau, les fusées purulentes dans le labyrinthe, le col. Le diagnostic différentiel de l'otite et de l'inflammation aiguë du tympan, réside principalement dans l'examen de l'apophyse mastoïde. Dans le premier cas, cette éminence est douloureuse et ce signe a une grande valeur.

Le traitement est le même que celui de l'inflammation du tympan, avec les modifications que réclament les accidents ou complications survenus du côté de la cavité tympanique ou des cellules mastoïdiennes.

ARTICLE PREMIER

OTITE INTERNE, CATARRHE INTERNE (aLARD).

On donne le nom d'otite interne, à l'inflammation de la caisse du tympan. Cette inflammation est aiguë ou chronique, simple ou spécifique, idiopathique ou symptomatique : elle peut siéger d'un seul côté, ou occuper les deux à la fois. Elle est épidémique (1).

Comme pour l'otite externe, nous distinguerons trois variétés :

1° L'otite catarrhale;

2° L'otite phlegmoneuse;

3° L'otite des fièvres graves.

Ces trois otites diffèrent entre elles , par leurs causes , leurs symptômes et leur traitement.

Nous réunirons pour plus de clarté et pour éviter des répétitions, la description des deux otites catarrhales et phlegmoneuses.

| 1. — Utile interne catarrhale et ulilegmoneuse.

1° L'otite interne catarrhale, reconnaît principalement pour causes idiopathiques : le froid, l'humidité, les changements brusques de température. Toutes ces causes agissent, en premier lieu, sur les muqueuses des voies respiratoires, et provoquent des coryzas, des bronchites, et surtout des phlegmasies de la muqueuse du pharynx-, et, comme la muqueuse du pharynx

(1) Pendant 1rs épidémie! catan haies de 1732, 1780, la membrane muqueuse de l'oreille fut aussi affectée (Saillant, Tabl. des épid. catarrhales).

se continue avec celle de la trompe d'Eustache et de la caisse, l'inflammation se propage à ces deux muqueuses, qui offrent, du reste, les mêmes caractères que celle du pharynx. C'est ainsi que la phlegmasie parvient dans la caisse et y détermine l'otite interne catarrhale.

2° L'otite phlegmoneuse reconnaît plutôt des causes générales. Elle survient le plus ordinairement à la suite des fièvres graves, fièvre typhoïde, rougeole, scarlatine, petite vérole. D'autres fois, elle est sous l'influence de causes diathésiques : syphilis, scrofule, scorbut.

Dans l'otite catarrhale, la sécrétion de la muqueuse est exagérée et la caisse est bientôt pleine de mucosités.

Dans l'otite phlegmoneuse on trouve, au lieu de mucosités, un épanchement purulent; c'est du pus mal lié, sanieux, grumeleux, souvent mélangé de sang; et enfin, lorsque l'économie est sous l'influence du scorbut, ou qu'elle a été épuisée par une fièvre grave, on peut trouver, au début, un épanchement sanguin suite d'une hémorrhagie passive.

Les altérations anatomiques de l'otite interne doivent être étudiées, dans l'otite catarrhale et dans l'otite phlegmoneuse.

Dans l'otite catarrhale, on trouve sur la muqueuse de la caisse une rougeur diffuse avec de petites granulations dont le volume peut aller jusqu'à celui d'une petite tête d'épingle. Ces granulations ne sont autre chose que les glandes mucipares, enflammées et hypertrophiées. On voit, déplus, que la muqueuse a été dépouillée de sa couche épithéliale.

Les mucosités que sécrète la muqueuse, à l'état normal, sont changées, et dans leur qualité et dans leur quantité.

Elles sont sécrétées en plus grande abondance. Au lieu d'être transparentes, peu épaisses, filantes, nous les trouvons brunes, visqueuses ; elles sont devenues trop épaisses pour traverser la trompe d'Eustache, rétrécie par le boursouflement inflammatoire de la muqueuse qui la tapisse; alors elles s'accumulent dans l'oreille moyenne et remplissent complètement cette cavité.

Dans l'otite phlegmoneuse, les altérations anatomiques sont différentes. On voit encore une rougeur diffuse de la muqueuse ;

mais l'altération la plus remarquable, c'est l'épaississement de la muqueuse, épaississement qui peut aller jusqu'à oblitérer la caisse dans toute son étendue.

Dès le début, il se fait, à la surface de la muqueuse, une exhalation de sang, qui est bientôt remplacée par une sécrétion de pus. Ce pus se mêle au sang, et on trouve dans la caisse un liquide, couleur chocolat, mélangé souvent de petits caillots.

C'est principalement chez les scorbutiques et les malades convalescents de fièvres graves, qu'on observe ces épanchements de sang dans la caisse du tympan.

Après les lésions de la caisse du tympan, nous trouvons encore d'autres altérations du côté de l'apophyse mastoïde, de la membrane du tympan et des osselets de l'oreille.

Du côté de l'apophyse mastoïde, l'inflammation envahit les cellules dont la réunion forme cette apophyse. La muqueuse qui tapisse ces cellules se boursoufle. Elle sécrète du pus en même temps qu'on rencontre, à sa surface, une exhalation sanguine. De sorte qu'on trouve dans les cellules mastoïdiennes le même liquide que dans la caisse du tympan. La nécrose ou la carie ne tarde pas à envahir les lamelles osseuses, si minces, qui séparent les cellules les unes des autres: ces lamelles tombent et bientôt l'apophyse mastoïde ne forme plus qu'une seule cavité, remplie de pus. La couche osseuse qui revêt la partie extérieure de l'apophyse mastoïde s'amincit par la chute des lamelles osseuses nécrosées: le pus soulève les lamelles externes et l'on peut sentir une petite tumeur fluctuante, qui crépite sous le doigt. Si Ton n'ouvre pas cette tumeur, elle s'ouvre d'elle-même et le pus s'épanche dans le tissu cellulaire sous-cutané, et même dans la gaine du sterno-mastoïdien. Lorsque la communication des cellules mastoïdiennes avec la caisse du tympan est restée libre, la suppuration peut se faire jour du côté du tympan et perforer cette membrane.

Des désordres, non moins graves, se voient encore du côté des osselets. L'épaississement de la muqueuse qui les recouvre peut aller jusqu'à les déplacer; et, lorsqu'il se fait une perforation du tympan, ils sont ordinairement entraînés par la suppuration. Souvent leur chute a lieu au moment où se fait la perforation de la cloison ; d'autres fois, ils ne tombent que beaucoup

plus tard, et on peut les retrouver sur les linges qui ont servi aux pansements de l'oreille malade.

Au milieu de ces lésions, la trompe d'Eustache est toujours oblitérée. Cette oblitération n'est d'abord due qu'à la tuméfaction inflammatoire de la muqueuse; mais, plus tard, des dépôts de lymphe plastique s'organisent, de sorte, qu'hypertrophiée et indurée, elle ne peut jamais revenir à l'état normal, et cette oblitération de la trompe d'Eustache peut persister indéfiniment.

La membrane du tympan est très-souvent perforée par le pus, qui tend à se faire jour à l'intérieur. D'autres fois, au contraire, elle résiste et s'épaissit, en même temps qu'elle s'indure.

Les symptômes anatomiques correspondent aux lésions que nous venons de décrire; les signes physiologiques diffèrent, suivant que l'otite est catarrhale ou phlegmoneuse.

Dans l'otite catarrhale, il n'y a pas de douleur, ou du moins la douleur est très-faible. Dans l'otite phlegmoneuse, la douleur est, au contraire, très-forte : elle existe dès le début et dure autant que la maladie.

La surdité et les bourdonnements existent dans l'une et dans l'autre forme; seulement, la surdité de l'otite catarrhale arrive peu à peu, et elle diminue ou même disparaît complètement, ainsi que les bourdonnements, lorsque la température devient sèche et chaude, pour reparaître avec la saison froide et humide.

Dans l'otite phlegmoneuse, on n'observe pas ces variations, la surdité est complète dès le début, et jamais elle ne décroît; alors même que l'inflammation n'existe plus, on voit disparaître les bourdonnements; mais le malade ne recouvre pas l'ouïe, du moins dans le plus grand nombre des cas.

Dans l'otite catarrhale. nous ne trouvons jamais de trouble des fonctions cérébrales, jamais non plus de fièvre, à moins que l'otite, comme il arrive quelquefois, ne vienne à coïncider avec une violente angine. Dans ce cas, on observe un mouvement fébrile, mais cette fièvre est symptomatique de l'angine, et n'a aucun rapport avec la maladie de l'oreille. L'otite phlegmoneuse s'accompagne toujours d'une réaction fébrile intense, avec frissons, et il n'est pas rare de voir survenir, dans le cours de cette affection, quelques désordres du côté du cerveau : délire, coma, et même la mort, à la suite d'une méningo-encéphalite.

Si vous venez à faire le catliétérisme de la trompe d'Eustache et à y insuffler de l'air, vous avez dans l'otite catarrhale une amélioration instantanée, passagère, il est vrai, mais bien marquée. Le malade entend mieux. L'auscultation de l'apophyse mastoïde, pendant la douche d'air, fait entendre un bruit de crépitation, à bulles fines, bruit semblable à celui de la pluie, qui tombe sur des feuilles sèches.

Si vous répétez la même opération sur un malade atteint d'otite phlegmoneuse, la surdité ne sera nullement diminuée, la douleur deviendra plus vive, et l'auscultation de l'apophyse mastoïde laissera percevoir un bruit de gargouillement, dû au mélange des bulles d'air avec le pus qui remplit la caisse.

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