‹ Traité pratique des maladies de l'oreilleChapitre 65 sur 106 · STATISTIQUE DES DIVERSES VARIÉTÉS D'OTITES · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DES DIVERSES VARIÉTÉS D'OTITES

1° Statistique des otites catarrhales.

Nous venons de décrire longuement dix observations d'otites catarrhales internes et externes empruntées au registre de notre clinique. Nous allons en donner le tableau sommaire, en y en ajoutant vingt-trois autres qui complètent la série, avanî d'exposer les déductions qui en découlent naturellement.

Sur ces trente-trois observations, l'âge a été noté trente-trois fois; le plus jeune des malades avait -4 ans et le plus âgé 60 ans. Faisant deux catégories de 4 à 30 ans et de 30 à 60 ans. nous avons : de 4 à 30 ans, 21 malades ; de 30 à 60 ans, 12 malades.

Le sexe a été noté trente-trois fois. Nous avons 8 femmes ou jeunes filles ; 25 hommes ou jeunes garçons.

Quant à la profession, nous la trouvons mentionnée vingt et une fois (une fois non indiquée) par exemple; celle de giletière, commis, ébéniste, concierge, rentière, dessinateur, mécanicien, journalier, employé, blanchisseuse, étudiant en médecine, marchand des quatre saisons, pharmacien, marchand de vins, employé aux vins, graveur en relief, couturière, militaire et négociant. Il faut remarquer que, sur ces trente-trois malades, il y a onze enfants au-dessous de 16 ans, et qui se trouvent par conséquent dans l'âge où la profession n'est point encore décidée.

La constitution a également fixé mon attention, et ce point d'étiologie est de la plus haute importance : sur nos trente-trois observations, la constitution a été notée trente et une fois et deux fois par ces mots : assez forte, assez bonne, mais fatiguée.

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On trouve notée neuf fois la constitution lymphatique ; seize fois la constitution lymphatico-sanguine ; une fois la constitution lymphatico-nerveuse; trois fois la constitution sanguine; une fois la constitution anémique et une fois le tempérament biliososanguin.

Tels sont les documents que nous avons recueillis en ce qui concerne les causes prédisposantes. Quant aux causes déterminantes, elles ont été notées trente-trois fois et nous trouvons sur ces trente-trois fois :

Le froid et ses influences, coryzas, angines, notées seize fois. L'hérédité figure huit fois. Puis nous trouvons une fois une fluxion de poitrine, un soufflet sur l'oreille, des gourmes à la tête, un furoncle à la tempe droite; deux fois une syphilis antérieure; une fois une fièvre cérébrale ; une fois la rougeole dans l'enfance; et un malade avec des chancres; c'est celui qui figure à l'observation 63.

Quant à la date de la maladie, nous trouvons onze malades dont la maladie datait depuis huit jours jusqu'à un mois, et tous les autres souffraient avec des exacerbations plus ou moins fréquentes, depuis un mois jusqu'à 15 et 25 ans.

La douleur a été notée seize fois seulement ; et vingt et une fois les malades entendaient des bruits ou des chants bizarres dans leur oreille (variétés de bourdonnements).

La gorge a été trouvée saine treize fois, et, dans les vingt autres cas, on a constaté une angine chronique, soit granuleuse, pharyngienne ou tonsillaire avec hypertrophie. Je dois par avance dire que, dans ce dernier cas, la résection des amygdales a toujours été pratiquée au commencement du traitement.

Les symptômes anatomiques peuvent se résumer ainsi : dixneuf fois l'écoulement a été noté. L'écoulement était tantôt purulent, couleur verdâtre, sanguinolent, et trois fois strié de sang.

Dans une observation, le sang s'écoulait même par l'oreille en quantité assez notable à chaque époque des règles.

Le tympan a été trouvé perforé ou détruit quatorze fois; sept fois l'état du tympan n'est pas noté ; cinq fois on l'a trouvé transparent, et dans les sept autres cas, il présentait une certaine opacité.

Quant à la surdité initiale, elle a été notée trente-trois fois :

elle varie depuis la surdité complète ou cophose jusqu'à 5 et 20 centimètres, distance à laquelle la montre était entendue.

Nous arrivons au traitement.

Le traitement a été local et général.

Le traitement local a consisté en injections astringentes avec le sucre de saturne, les fumigations émollientes, résineuses, l'ablation des amygdales, la cautérisation de la gorge, les ventouses derrière les oreilles, le cathétérisme des trompes d'Eustache, les gargarismes alumineux.

Le traitement général a consisté en sirop de ménianthe, iodure de potassium, tisane de gentiane.

Un régime sec, avec de la viande, du pain grillé.

Pour les sujets chez lesquels la constitution était lymphatique et sanguine, le même traitement local, et au traitement général, on a ajouté les ventouses et d'un jour l'autre les pilules aloétiques purgatives.

Du reste, nous allons en donner le résumé sommaire, appuyé sur des chiffres :

Au début, et quand il y avait de la douleur, on a appliqué :

Dans dix cas des sangsues, soit au niveau du tragus, soit derrière l'oreille ; le point le plus douloureux était choisi de préférence pour cette application. Et en général, j'ai fait mordre chaque fois, quatre, cinq ou six sangsues, au lieu indiqué, et afin que les malades ne vinssent pas à se tromper, j'avais soin de marquer avec une plume l'endroit précis où les sangsues devaient être posées. Les sangsues étaient placées l'une après l'autre, de manière à obtenir un écoulement de sang continu.

Dans sept cas, j'ai fait appliquer une et deux ventouses scarifiées à la région mastoïdienne. J'ai donné la préférence aux ventouses, toutes les fois que la douleur n'étant pas limitée au tragus, permettait l'emploi des ventouses sur une large surface, comme l'apophyse mastoïde, par exemple.

Dans un cas où la céphalalgie était violente , huit sangsues furent appliquées à l'anus, et dans un autre cas, on dut recourir à une saignée du bras.

Concurremment avec les saignées locales, des fumigations ont été pratiquées, tantôt avec les espèces émollientes, les fleurs de sureau, neuf fois. — Et un peu plus tard, trois fois, les fumigations avec la résine de Tolu, succédaient aux fumigations émoi-

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lientes. Chez trois malades, des bains de pieds sinapisés ont été les adjuvants utiles.

Une seule fois , un cataplasme fut appliqué sur l'oreille malade.

Des injections d'eau tiède simples ont été faites dans treize cas et dans les deux conduits, quatre fois des injections de guimaure et pavot, cinq fois d'eau d'orge miellée.

Dans douze cas ont été pratiquées les injections suivantes :

N" i. — Eau de roses ou de mélilot 100 grammes.

Sucre de Saturne 0,50, GO centigr.

Miel rosat. , 30 grammes.

ou bien, d'après la formule suivante :

\° 2. — Eau d'orge 200 grammes.

Collyre de Lanfranc 8 —

et dans un cas :

No 3. — Eau distillée 100 grammes.

Teinture d'iodure 10 —

Iodure de potassium 0,30 centigr.

pour être injectés et par la fistule mastoïdienne et par le conduit auditif externe, — sur le déclin de la période aiguë ou dans la période chronique.

Je trouve que sept fois des cautères ont été appliqués à l'apophyse mastoïde, soit avec la pâte de Vienne ou la potasse caustique; quatre fois les frictions stibiées. Deux fois un bouton de feu a été appliqué au même endroit et dans un cas rebelle. Quatre fois seulement le vesicatoire fut employé. — Les amygdales hypertrophiées ont été extirpées treize fois, et toujours des deux côtés, à l'exception d'un enfant chez lequel il fut impossible d'enlever la seconde.

Quatre fois on cautérisa le pharynx et les amygdales, avec l'alun en poudre ou le nitrate d'argent.

Une fois le gargarisme avec l'eau vinaigrée, et une autre fois l'alun remplaça le vinaigre.

Vingt-cinq fois les trompes fuient sondées et reçurent des douches d'air tiède; deux foison injecta des vapeurs d'éther, une autre fois celles de chloroforme et seulement vers la tin de la cure.

Dans six cas, les injections potassiques furent poussées dans les trompes, avec la solution dont la formule sera donnée (au chapitre de la surdité nerveuse).

Quatre perforations du tympan furent cautérisées avec le nitrate d'argent et guéries dans l'espace d'un mois.

Quand, vers la fin du traitement, le méat restait sec; six fois on instilla de l'huile tiède, pour rendre aux membranes leur souplesse; et chez trois malades le baume acoustique d'Itard remplaça l'huile, — sans autre effet qu'une irritation vive du méat. — Cinq fois, un tampon de coton simple ou musqué fut maintenu au bord du conduit pour éviter l'impression du froid.

Quant au traitement général, il a consisté en tisanes de saponaire, de gentiane neuf fois; le sirop de ménianthe huit fois, de gentiane une fois; huile de foie de morue une fois.

Quatorze fois, une solution iodurée fut administrée à la dose d'une cuillerée le matin, dans une tasse de tisane amère.

Eau distillée 200 grammes.

lodure de potassium 8 —

Dans deux cas d'embarras gastrique, un éméto-cathartique fut administré avec succès.

Cinq malades ont fait usage des pilules aloétiques d'Anderson, huit autres ont pris des doses suivantes, d'après la formule :

Scammonée l gramme.

Calomélas 0,30 centigr.

en deux doses.

Le fer, uni au quassia amara, a été employé une fois chez une chlorotique.

Une fois des pilules de proto-iodure, dans un cas d'accidents syphilitiques du voile du palais;

Deux tois, poudre Saint-Ange.

Le régime est noté six fois seulement :

Quatre fois, régime tonique ;

Deux fois, régime lacté ;

Deux fois, repos au lit.

Eviter le froid, une fois ;

Eau de Balaruc, une fois ;

Un bain sulfureux.

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Réunissant ensemble nos trente-trois observations, nous avons :

22 guérisons complètes ;

6 malades n'ont pas suivi le traitement, ou ne sont pas revenus après deux ou trois séances; 1 malade a perdu l'ouïe du côté malade ; 4 malades ont été améliorés.

Total égal : 33 malades.

La durée du traitement est indiquée vingt-neuf fois. — Quatre malades n'ont pas été traités. — Nous trouvons vingt malades dont le traitement a duré de trois jours à un mois ; six malades dont le traitement a duré de un à trois mois ; trois malades ont été traités : l'un quatre mois et demi, l'autre six mois, et le troisième pendant dix-huit mois.

Nous pouvons encore formuler le tableau suivant :

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malades

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1,180 jours.

Ces chiffres nous donnent un moyenne de trente-cinq jours pour le traitement de chaque malade guéri ou amélioré.

Le résultat définitif du traitement a été noté, à l'aide de la montre, dix fois, et nous avons les chiffres suivants : des malades qui, avant le traitement n'entendaient pas du tout, ou bien qui n'entendaient la montre qu'à 4, 5 et 6 centimètres, ont bien entendu, après le traitement, à la même distance de l'oreille malade que de celle restée saine.

2° Statistique des otites strumeuses.

Chez les sujets lymphatiques, principalement les enfants et les eunes gens, l'otite catarrhale prend certains caractères, qui m'engagent à lui réserver le nom de strumeuse dans ce cas particulier : pour ne point fatiguer l'esprit du lecteur, je citerai trois de ces observations, et j'analyserai les autres succinctement :

63e Observation. — Otite strumeuse avec perforation du tympan droit, avecépaississement de celui du côté gauche. Surdi-mutité. — Le 7 juillet, cet enfant, d'une constitution lyrnphatico-sanguine, nous est amené par une dame qui nous donne les détails suivants : depuis trois ans à peu près on remarqua qu'il était plus dur d'oreilles. Toutefois, il avait eu assez de peine à apprendre les premiers mots de l'enfance. Et vers l'âge de trois ans, il parlait très-peu et il fallait élever considérablement la voix pour se faire entendre. Cette dureté d'oreilles a beaucoup augmenté depuis un an et surtout pendant l'hiver rigoureux de 1855.

Etat actuel. — C'est un enfant de six ans, assez bien développé pour son âge, un peu maigre, avec les chairs blanches : on trouve les glandes du cou un peu plus grosses que d'habitude. Il ne tousse point, il s'enrhume rarement.

Dans la gorge on voit les traces de plusieurs esquinancies passées inaperçues, les tonsilles présentent l'aspect fibreux qui leur est habituel en pareil cas. On nous fait remarquer qu'à différents intervalles il a eu quelques boutons au fond du méat, lesquels, après quelques jours d'une douleur violente, ont donné naissance à du pus.

Signes anatomiques, — A gauche, pavillons bien conformés, assez grands, transparents, insérés à angle ; on trouve quelques déhris de cérumen, mais non la trace des boutons dont on a parlé. Le tympan apparaît ridé, plissé, bleuâtre, mollasse. Du côté droit, le tympan est presque détruit ; on aperçoitdes hypertrophies mamillaires qui semblent les papilles de la membrane muqueuse hypertrophiées. Pas de douleur aux régions mastoïdienne et anlilragienne.— Ganglions du col engorgés.

Signes physiologiques. — Peu ou point de douleur, excepté toutefois quand son oreille a présenté des traces de suintement ; il y a quelques sifflements; pas d'éréthisme,- quant à la surdité, il est difficile d'en apprécier l'intensité, parce que le malade ne se rend pas bien compte de ce que l'on exige de lui. Il n'entend pas la parole et ne parle presque plus.

Traitement. — Tisane de gentiane. — Sirop de ménianthe. — Eau distillée, 200 gr. — Iodure de potassium, 5 gr., en prendre une cuillerée le soir. On enlèvera les deux amygdales dans la prochaine séance.

L'enfant ayant refusé de se soumettre à cette opération, nous com-

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mençons par le cathétérisme des trompes d'Euslache. — Il supporte cette opération non sans quelque difficulté. — Après la première séance, il entend la montre à 2 centimètres de chaque côté.

Le 9 juillet. — Les deux amygdales sont enlevées. — Dès le lendemain les parents purent constater qu'il y avait une amélioration assez notable.

Le 14. — Les deux plaies sont recouvertes de fausses membranes blanchâtres, que je cautérise légèrement avec un pinceau trempé dans l'acide chlorhydrique. — La trompe gauche seule est sondée. — Guérison. — A gauche, 1 mètre. — A droite, 0,04 cent. L'enfant a recouvré l'ouïe et la parole .

64e Observation. — Otite double, strumeuse avec pannus du tympan. — 14 juillet i854. Voici les renseignements qui nous sont donnés d'une manière douteuse par la grand'mère :

Il y a quatre ans, cette enfant, en montant en omnibus, fut prise d'un coup de vent ; quelque temps après, environ deux mois, on remarqua un écoulement des deux oreilles qui a continué presque continuellement jusqu'à ce jour.

Etat actuel. — C'est une jeune fille de treize ans non encore nubile, assez bien formée du reste pour son âge, le teint est pâle, il y a quelques glandes au cou et sous la mâchoire : les dents sont belles, rien à la gorge. sauf la grosseur un peu prononcée de l'amygdale gauche, la droite est aussi un peu plus volumineuse qu'à l'état normal. Les ganglions du col sont engorgés.

Signes anatomiques. — Des deux côtés , pavillons bien conformés, transparents, le méat présente quelques traces de suppuration non fétide, quoiqu'elle l'ait été autrefois profondément, on ne voit plus le tympan nacré qui est remplacé par une membrane mollasse, brillante, rouge, vasculaire. Dans l'expiration forcée on entend dans la caisse droite un peu de bruit muqueux ; à gauche on n'entend rien : pas de ganglions auriculaires, pas de douleur à la région tragienne.

Signes physiologiques. — La douleur existe parfois; les bourdonnements sont intermittents ; pas d'éréthisme.

Traitement. — Eau de roses, 200 gr. ; miel rosat, 40 gr. ; sucre de Saturne, 50 cent, en injection (régime : pain grillé, viandes grillées) ; iodure de potassium, 6gr. ; eau, 200 gr. —En prendre chaque malin une cuillerée, et le soir une, de sirop de trèfle d'eau. — Tous les deux jours cathétérisme des trompes.

Le 24. — Elle entend à droite à 22 cent. — A gauche, à 18.

I/écoulement est bien diminué, et a perdu sa fétidité.

Le 31 . — Ablation des deux amygdales. — La surface de section se recouvre le lendemain d'une exsudation blanche. — Cathétérisme tous les jours. — Insufflations d'air.

Le 2 août. — Amélioration prononcée. — Plus d'exsudation plastique blanche sur les amygdales. — Suintement séreux au lieu de pus.

Le 4. — A droite, 16. — A gauche, 14.

Le 20. — Guérison complète. — Elle entend à un mètre de chaque côté.

65e Observation. — Otite des phthisiques (1). — Un jeune homme de vingt-cinq ans,corroyeur, d'une constitution délicate, entra à l'hôpital de la Charité en octobre 1848, service de M. Rayer.

A cette époque, il présentait déjà tous les signes d'une affection pulmonaire très-avancée. Les deux oreilles, et la droite plus particulièrement, étaient en outre le siège d'un écoulement purulent dont la consistance et la quantité ont souvent varié depuis lors.

Les détails fournis par le malade, sur l'origine et les premiers symptômes de l'affection de poitrine, ne sont pas aussi complets qu'on pourrait le désirer, à cause de son état de surdité. En outre, l'intelligence semble participer à la faiblesse générale.

Il y a un an environ, qu a la suite de travaux pénibles, ce jeune homme fut pris de froid. La toux devint fréquente, et bientôt l'état de malaise et la débilité qui survinrent l'obligèrent à quitter son atelier.

Au commencement du mois de septembre 1848, neuf mois après les premiers symptômes de la maladie de poitrine, de nouveaux accidents vinrent s'ajouter aux premiers.

1° Il éprouva des céphalalgies violentes, des bourdonnements et des élancements dans l'intérieur des oreilles.

2° Bientôt un écoulement purulent se manifesta par le conduit auditif externe.

Nous n'avons pu savoir exactement le nombre de jours qui s'écoulèrent entre les premières douleurs d'oreille et la suppuration, les souvenirs du malade n'ayant rien de précis à cet égard.

Jusqu'à l'époque où commença la maladie de poitrine, sa santé avait été excellente.

A son entrée dans les salles de M. Rayer, ce malade, quoique n'entendant qu'avec difficulté les questions qu'on lui adressait, offrait cependant une sensibilité très-vive dans l'appareil de l'audition.

Tout bruit fait près du pavillon de l'oreille exagérait cette sensibilité et parfois la changeait en douleur. Ces symptômes disparurent en quelques jours et la surdité devint complète, malgré l'emploi des vésicatoires, de la pommade stibiée, etc.

(l) Je. donne ici une seule relation d'autopsie, les autres que je possède étant de tous points semblables.

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L'écoulement purulent continua et prit une odeur fétide. Nouveaux et rapides progrès de la phthisie. Cavernes au sommet du poumon droit. La faiblesse et rabattement augmentèrent, et le malade succomba dans les derniers jours de décembre 1848.

A l'autopsie, on trouva les lésions suivantes :

1° Cavernes pulmonaires à droite.

2° Tubercules ramollis du côté gauche.

Sens de l'ouïe. — De chaque côté, le conduit auditif externe offre encore la trace de la matière qui s'écoulait pendant la vie. A droite, le rocher est si friable qu'il se brise sous la moindre traction et sans aucun effort.

En procédant de dehors en dedans, nous avons trouvé des lésions communes à droite et à gauche, c'est-à-dire:

1° La membrane du conduit auditif externe tuméfiée, comme fongueuse, le périoste décollé.

2° La membrane du tympan n'existe plus; la cavité de la caisse communique largement avec l'extérieur ; elle est remplie d'un liquide jaune, épais, visqueux, fétide, qui présente beaucoup d'analogie avec la matière des clapiers phlegmoneux.

3° Les cellules mastoïdiennes, les trompes d'Euslache sont également baignées par le même liquide et en grande quantité.

4° Des deux côtés encore, destruction presque complète des osselets tympaniques; on trouve çà et là, au milieu du pus, quelques minces esquilles de la grosseur d'une pointe d'épingle qui semblent être leurs faibles débris. On peut distinguer, du côté gauche, un tout petit fragment à deux branches qui rappelle assez bien rétrier dont la base aurait été enlevée.

Du côté gauche, les cellules mastoïdiennes sont tellement amincies qu'elles ressemblent à une gaze transparente. La membrane ténue qui les tapisse à l'étal normal a disparu entièrement.

Le plus grand nombre des trabécules qui les composent sont frappées de nécrose : aussi le stylet le plus fin, promené à leur surface, donne la sensation d'une multitude de petites fractures.

Du côté droit, le membrane existe partout, mais couverte du liquide jaunâtre dont nous avons parlé.

Ici, les cellules ont l'épaisseur et la consistance qui leur son! propres.

Des deux côtés, les fenêtres ronde et ovale sont ouvertes et pleines du liquide : des deux côtés, lescavités labyrinlliiques, ou plutôt l'espèce de clapier qui est à leur place, en est également rempli.

A gauche, les canaux demi-circulaires et le limaçon sont complètement détruits : on n'en trouve plus de tract1.

A droite, le limaçon existe seul, mais complet.

Des deux côtés, les nerfs auditif et facial peuvent être suivis jusqu'au fond du conduit auditif interne, mais non au delà.

La face supérieure et interne de chaque rocher n'offre pas de lésion notahle.

La dure-mère est un peu amincie à gauche, mais sans décollement (1).

Sur seize observations d'otites strumeuses, empruntées au registre de notre clinique, l'âge a été noté seize fois : le plus jeune des malades avait vingt-sept mois et le plus âgé cinquante-quatre ans. Faisant deux catégories : de vingt-sept mois à trente ans, et de trente à cinquante-quatre ans, nous avons :

De 27 mois à 30 ans 9 malades.

De 30 à 50 ans 7 —

Le sexe a été noté seize fois. Nous avons :

5 femmes ou jeunes filles.

U hommes ou jeunes garçons.

Quant à la profession, nous la trouvons neuf fois (trois femmes malades n'en ayant aucune). Parmi les professions mentionnées, nous voyons figurer celles de peintre sur porcelaine, chaudronnier, typographe, tailleur, tourneur, cordonnier, concierge et grainetier. Il faut remarquer que sur ces seize malades, il y a quatre enfants au-dessous de treize ans et qui se trouvent par conséquent dans l'âge où la profession n'est point encore décidée.

La constitution a également fixé mon attention et ce point d'étiologie est de la plus haute importance. Sur nos seize observations, la constitution a été notée quinze fois et une fois par ce mot : délicate.

On a trouvé notée sept fois la constitution lymphatico-sanguine; une fois la constitution strumeuse; cinq fois la constitution lymphatique; une fois la constitution lymphatico-anémique, et une fois le tempérament bilioso-nerveux.

Tels sont les documents que nous avons recueillis en ce qui concerne les causes prédisposantes. Quant aux causes déterminantes, elles ont été notées seize fois et nous trouvons sur ces seize fois :

Des écrouelles au bras, maux de gorge fréquents et rhumes

(1) Comme je l'ai dit p. 65-56, il n'y avait point de tubercules, ni de matière tuberculeuse.

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habituels, notés sept fois. Deux fois on a noté tout simplement l'exposition au vent et au froid ; une fois, chez un jeune garçon, l'apparition de l'otite a coïncidé avec des convulsions, deux autres fois avec le carreau, l'apparition de glandes et de gourmes au cou et à la tête ; et un de nos malades, âgé de cinquante-quatre ans, a aussi été atteint de convulsions dans son enfance. Chez une malade âgée de cinquante-quatre ans également, l'otite a pris un développement marqué à chacune de ses grossesses et est devenue considérable à l'époque de la ménopause.

Dans un cas, nous trouvons l'hérédité signalée comme cause déterminante: et dans l'autre, l'époque des règles est notée comme ayant coïncidé avec l'apparition de l'écoulement.,

Seize fois nous avons cherché quelle avait été la part de l'hérédité dans le développement de la maladie, et nous n'avons vu son influence bien démontrée qu'une seule fois.

La douleur a existé neuf fois ; par conséquent sept fois ce symptôme a manqué.

Neuf fois, les malades entendaient des bruits, des chants bizarres dans leur oreille (variétés de bourdonnements).

Onze fois, la gorge était saine et belle. Une fois l'état de la gor^e n'est pas noté. Une fois l'amygdale droite était gonflée et le pharynx granuleux. Une fois les deux amygdales présentaient un léger développement et deux fois l'état de la gorge n'est pas indiqué.

Les symptômes anatomiques peuvent se résumer ainsi : douze fois, un écoulement d'un liquide sanieux, fétide, abondant ; dans les quatre autres fois, l'écoulement, qui était insignifiant, n'a pas été noté. Deux fois le ganglion auriculaire existait. Dans tous les cas, les ganglions du cou étaient engorgés et volumineux. Une seule fois, le gonflement de la région tragienne a été considérable.

Douze fois, la maladie existait d'un seul côté ; deux fois les oreilles étaient également affectées. Une fois, il y avait otite strumeuse à droite et surdité nerveuse du côté gauche, avec une complication dyspeptique.

Une fois, il y avait otite, avec perforation d'un tympan et épaississement du côté opposé.

Dans onze cas, il y avait déchirure, perforation ou destruction du tympan. Dans trois cas, le tympan n'a pas été vu. Dans deux autres, le tympan était couvert de granulations.

Les trompes ont été sondées chez quatorze malades; elles étaient facilement perméables à l'air, à l'exception de deux cas dans lesquels le résultat du cathétérisme a paru douteux. Comme contre épreuve dans les efforts d'expiration forcée, on voyait l'air sortir en formant des bulles à travers les tympans perforés.

Quant à la surdité initiale, elle a été notée quatorze fois. Elle varie depuis la surdité complète ou cophose jusqu'à 10 et 30 centimètres, distance extrême à laquelle la montre était entendue.

Nous arrivons au traitement.

Le traitement a été local et général.

Le traitement local a consisté en injections astringentes avec le sucre de Saturne, les fumigations émollientes, l'ablation des amygdales, la cautérisation de la gorge, le cathétérisme des trompes d'Eustache. Du reste, voici le résultat sommaire, avec les chiffres à l'appui.

Dans un seul cas, il y avait une céphalalgie violente, cinq sangsues furent appliquées derrière chaque oreille.

Les injections d'eau tiède simples ont été employées sept fois : une fois d'eau de sureau, une fois à l'eau blanche, une fois à l'eau de guimauve tiède et une fois à Teau d'orge miellée.

Dans un seul cas, je trouve employée une fumigation de pavot et morelle. Dans quatre cas, une solution de sulfate de cuivre fut injectée, d'après la formule suivante :

Eau. 30 grammes.

Sulfate de cuivre 1 —

Dans deux cas, la formule suivante fut adoptée :

Eau de roses 200 grammes.

Sucre de Saturne 0,50 centigr.

Miel rosat 40 grammes.

Mêlez.

Dans un autre cas, la solution suivante fut employée avec un égal succès :

Eau distillée 1 00 grammes.

Teinture d'iode 10 —

Iodure de potassium. 0,50 centigr.

Mêlez.

Dans un cas, des gouttes de teinture d'iode étaient instillées dans le méat et dans une fistule mastoïdienne.

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Un cautère au bras fut appliqué une fois.

Une fois du coton musqué dut être maintenu dans le conduit.

La pommade stibiée fut employée deux fois en frictions derrière l'oreille. Deux fois des injections potassiques furent faites dans les deux trompes.

Le pharynx a été cautérisé une fois avec le nitrate d'argent.

Je trouve un gargarisme alumine une fois: une fois à l'eau d'orge miellée.

Dans onze cas, les amygdales ont été réséquées ; et dans un cas l'opération fut refusée.

Dans un cas, chez un enfant, la surface de section des amygdales se recouvrait, après vingt-quatre heures, d'une fausse membrane blanchâtre, très-adhérente : et l'on dut pratiquer une cautérisation légère avec un pinceau de coton, chargé d'acide chlorhydrique.

Dans tous les cas, les trompes des malades reçurent la sonde et la douche d'air, comme je l'ai dit plus haut.

Dans un cas, une perforation peu étendue du tympan fut touchée trois fois avec le nitrate d'argent et guérie.

Le traitement général suivant a été prescrit dans tous les cas :

Dans six cas, la tisane de gentiane ; deux fois celle de houblon ; une fois lequassia amara; une fois l'eau de Seltz.

Trois fois, l'huile de foie de morue; une fois le sirop antiscorbutique; six fois le sirop de ménianthe: une fois le sirop de goudron ; une fois les pilules aloétiques d'Anderson : une fois l'éponge calcinée, en pilules : 30 grammes pour 100 pilules.

Dans six cas, la solution iodurée dut être employée d'après la formule :

Eau distillée 200 grammes.

Iodure de potassium 10 —

Mêlez.

Une cuillerée dans une tasse de tisane amère, le matin ou le soir, avant les repas.

Dans un cas, où un érysipèle vint compliquer l'affection de l'oreille, la solution de sulfate de fer en topique et un émétocathartique ont été conseillés.

Dans un cas où il y avait une complication de dyspepsie, les prises suivantes ont été suivies de succès :

Bi-carbonate de soude 4 grammes.

Magnésie calcinée 2 —

Sucre pulvérisé 32 —

Mêlez et divisez en 12 paquets, à prendre quatre par jour, dans un verre d'eau.

Un régime sec, composé de viandes rôties, de pain grillé, de vin pur, a été l'adjuvant utile du traitement.

Quant au résultat définitif, sur seize malades, sept n'ont pas suivi le traitement ou ne sont pas revenus; un jeune homme a succombé à une phthisie aiguë (obs. 65).

Sur les huit autres malades, je trouve quatre guérisons, trois améliorations notables ; — et dans un cas, recueilli par un de mes élèves dans un service d'hôpital, il n'y a pas d'indication.

Chez ces sept malades guéris ou notablement améliorés, la durée du traitement a été la suivante :

4 jours , 1 malade.

8 id. i id.

15 id. 2 id.

30 id. 2 id.

60 id. 1 id.

117 jours au total.

Nous avons ainsi une moyenne de dix-sept jours, pour le traitement de chaque malade guéri ou amélioré (1).

3° Statistique des otites dans les fièvres graves.

Je vais citer quelques observations relatives au traitement des otites dans les fièvres graves ; puis je résumerai les autres dans une courte description.

66e Observation. — Otite rubéolique avec perforation centrale des deux tympans.— 27 mars 1855. Ce jeune homme, d'une constitution

(1) Depuis que cette série est close, j'ai recueilli six autres observations de guérison, qui viennent sensiblement élever mes chiffres.

Dans les cas de perforation considérable et persistante du tympan, j'ai essayé plusieurs fois la boulette de coton mouillé du docteur Yearsley, mais je dois dire que les malades n'en ont retiré aucun profit, sous le rapport de l'amélioration de l'ouïe; — et quelques inconvénients m'ont paru dignes d'être notés : ainsi l'écoulement du pus était empêché ; la stagnation le rendait fétide. L'application d'un tympan artificiel a été plus utile. (V. p. 199, obs. 34.)

lymphatique, nous raconte qu'il a eu la rougeole dans son bas âge et un écoulement de l'oreille gauche, écoulement dont il n'a pu préciser la durée.

Depuis cette époque, l'ouïe de ce côté est perdue. L'oreille droite, qui était restée bonne jusqu'alors, a été tout à coup affectée de cophose dans la nuit du 13 au 14 mars 1854. — Sans écoulement préalable ou consécutif. Mais il nous raconte qu'après un traitement par le baume acoustique de Mène-Maurice, ses oreilles ont coulé faiblement.

Tous les autres sens sont en bon état. La respiration est seulement un peu courte.

La muqueuse des fosses nasales est belle, avec un peu de rougeur sur la cloison.

Celle de la gorge est rouge et présente des granulations. Les amygdales sont petites.

Signes anatumiques . — Pavillons bien conformés. — Méats sans cérumen avec quelques croûtes jaunâtres. — Les tympans présentent des perforations centrales. — Large à droite, moins à gauche.

L'air, en passant du côté droit, fait entendre un sifflement. — A gauche, pas de bruit.

Signes physiologiques. — La douche d'air produit le même phénomène. — Pas de douleur ni de bourdonnements ; la surdité seule existe. La montre n'est pas entendue.

Traitement. — Iodure de potassium. — Sirop de raénianthe. — Injections astringentes.

29 mars 1855. — Rien de nouveau à gauche ; à droite, il entend le battement de la montre à 0,03. — Injection potassique à gauche qui cause quelque douleur dans la trompe d'Eustache, une douche d'air à droite.

31,6°, sec. — Injection potassique adroite, douche d'air à gauche.

3 avril, temps froid. — L'oreille droite coule beaucoup. Il n'a pas souffert sensiblement dans la journée du 31, jour de l'injection potassique. Aujourd nui, il entend encore la montre à 3 centimètres du côté droit; à gauche, à 0. De ce côté l'air ne passe pas dans les efforts d'expiration. Après l'insufflation, il entend du côté gauche.

5. — A droite, il entend la îMontreà 0,00; à gauche, douteux.

7. — A droite, entre 0,07 et 0,08. — En examinant le tympan du côté droit, on le trouve couvert d'une couche de suppuration. Quelques gouttes d'eau tiède permettent de le voir complètement, et on constate une petite perforation centrale, qui est encadrée par de petites grannlaiions rougeàtres, vascuiaires, — La peau du fond du méat qui encadre le tympan prébente également la même altération phleg-

masique. — Deux injections potassiques. — Une insufflation SO3 CuO dans l'oreille droite. — Pommade stibiée, en frictions derrière chaque oreille.

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