DES ORGANES GÉNITAUX INTERNES
1° Utérus ou matrice. — L'utérus est l'organe de la gestation. Il est aux ovq-ires ce que la vésicule biliaire est au foie, ce que la vessie est aux reins. Il reçoit le produit de la conception et lui sert de réceptacle, jusqu'à ce que le fœtus ait acquis assez de force pour supporter la vje extérieure.
Il est situé dans l'excavation pelvienne, sur la ligne médiane^, entre la vessie et le rectum; il s'y trouve maintenu, de chaque côté, par les ligaments ronds et par les ligaments larges, auxquels il est comme suspendu. Libre à sa partie supérieure, il est embrassé inférieurement par l'extrémité supérieure du vagin (fig. 1).
L'utérus est dirigé de haut en bas et d'avant en arrière, de sorte que son axe se confond avec celui du détroit supérieur du bassin. Il existe pourtant une déviation oblique de haut en bas et de droite à gauche, qui paraît tenir à la présence du rectum sur le côté gauche du bassin et qui est si fréquente qu'on la considère comme normale.
Les connexions de l'utérus sont très-lâches et très-extensibles ; il en résulte que cet organe flotte, pour ainsi dire, dans l'excavation pelvienne, et qu'on ne saurait lui assigner un axe fixe, ainsi que M. Cruveilhier le fait observer avec raison; aussi peut-il exécuter, dans tous les sens, des mouvements plus ou moins étendus. Gela nous explique pourquoi cet organe subit des changements dans sa position normale, sans qu'il s'ensuive aucun accident. Les viscères qui l'entourent;, nécessitaient cette mobilité : la vessie est-elle rem^ plie, elle repousse sans inconvénient l'utérus en arrière ; si des matières fécales sont accumulées dans le rectum, l'utérus se trouve porté en avant sans douleur; des tumeurs peuvent le déjeter impunément soit d'un côté, soit d'un autre. Mais c'est surtout en vue de la grossesse qu'il fallait à l'utérus la possibilité de se développer et de se mouvoir dans tous les sens.
Quel est normalement l'axe propre de la matrice? Jusque dans ces dernières années, on admettait que l'utérus était droit, c'est-à-dire
ANATOMIE DE l'aPPAREIL GÉNITAL DE LA FEMME. 35
que le corps et le col de cet organe étaient dirigés suivant la même ligne. Dans leurs thèses inaugurales, M. Piachaud (1852) et M. Boullard (1853) ont soutenu que cet organe est le plus souvent infléchi en avant, chez le fœtus, les filles vierges et les femmes nullipares ; mais que cette antéflexion, qu'ils considèrent comme la règle, disparaît ordinairement après la gestation. Nous ne saurions nous ranger entièrement à cette opinion, malgré l'appui que M. Verneuil lui a prêté devant la Société de chirurgie. D'une part^ nous pensons, avec M. Depaul, que la majorité des cas d'antéflexion , cités par M. Boullard et observés par lui à l'amphithéâtre, pouvaient bien dépendre d'un effet cadavérique; d'autre part, nous avons constaté un trop grand nombre de fois l'antéflexion sur des femmes ayant eu des enfants, pour pouvoir admettre que cette disposition prétendue native de l'utérus soit corrigée parla grossesse^ comme le veulent les auteurs des travaux précités. Nous admettons donc, avec M. le professeur Richet, que l'utérus, sans être toujours rectiligne, comme l'enseignent la plupart des anatomistes, ni toujours antéfléchi, comme le prétendent MM. Piachaud, Boullard, et Verneuil, a est le plus souvent légèrement et régulièrement incurvé en avant, et que son axe semble suivre la direction du canal pelvien. Or, comme le bassin décrit une courbe à concavité antérieure, l'axe de la matrice est dirigé dans le Qiême sens. »
Si l'on considère l'utérus dans les différents âges, on voit qu'il a un volume très-variable. Dans l'âge de la puberté, au moment où il a pris tout son développement normal, ses dimensions sont les suivantes :
'J o Chez les nullipares, 2o Chez les multipares.
Longueur 60 millimètres. 70 à 80 millimètres.
Largeur 38 — lib —
Épaisseur 17 — 23
Les dimensions relatives du col et du corps de l'utérus diffèrent suivant les âges. Dans l'enfance, le col forme les trois cinquièmes de la longueur totale de l'organe; plus tard, ces proportions sont renversées, et à l'époque de la puberté le corps utérin forme les trois cinquièmes de la longueur de la matrice.
Son poids, dans l'état de vacuité, varie entre 32 et 55 grammes. Il est en moyenne, de a2 grammes.
Le volume et le poids de la matrice augmentent sous l'influence
de la menstruation^ en raison de la congestion sanguine qui s'opère, au moment des règles, dans le tissu utérin.
A dater de l'époque de la ménopause, la matrice, n'étant plus sujette à ces afflux sanguins périodiques, diminue de volume et de poids à mesure que la femme avance en âge.
L'utérus a été souvent comparé à une poire aplatie d'avant en arrière. Onpeutencore le considérercomme formé de deux cônes dont es sommets se touchent et dont les bases sont opposées. A l'union des deux cônes existe un étranglement plus ou moins prononcé qui divise l'organe en deux parties: l'une supérieure, le corps; l'autre inférieure, le col.
Le péritoine, après avoir tapissé la ^essic, se réfléchit sur la face antérieure du corps de la matrice en formant le cul-de-sac antérieur et les ligaments vésico-utérins ; puis il s'applique sur le bas-fond de l'organe, descend sur sa face postérieure, passe sur la partie supérieure du vagin, et se réfléchit de nouveau vers le rectum, en formant le cul-de-sac postérieur et les ligaments recto-utérins (11g. 1).
Le cul-de-sac péritonéal antérieur descend moins bas que le culde-sac postérieur '. aussi^ dans son quart inférieur, la face antérieure de l'utérus est-elle unie à la vessie par un tissu cellulo-vasculairc assez lâche, cloison vésico-utérine, qui joue un grand rôle dans les circonstances nombreuses oh l'utérus vient à subir des déplacements, soit en haut, soit en bas^ et qui n'est pas d'une moindre importance dans certaines opérations chirurgicales où il est nécessaire d'attirer en bas la matrice.
Le péritoine, après avoir coitïé, pour ainsi dire, l'utérus, réunit ses deux feuillets sur les côtés de l'organe, et forme ainsi deux replis connus sous le nom de ligaments larges, qui vont gagner les parois latérales du bassin. Les feuillets de ces ligaments sont séparés l'un ^de l'autre par un tissu cellulaire très-lâche et par un grand nombre de vaisseaux sanguins. La texture cellulo-vasculaire de ce tissu nous aidera à comprendre la fréquence et la nature des congestions qui s'y développent (fig, 2).
D'après ce que nous venons de dire, on voit que l'utérus n'affecte avec le rectum aucun rapport immédiat. Aussi, des engorgements inflammatoires ne peuvent se développer entre l'utérus et le rectum que par suite du refoulement du cul- de-sac péritonéal postérieur.
Enfin, par son extrémité inférieure^ le col de la, matrice fait dans le vagin une saillie variable suivant les sujets. Cette partie saillante
est désignée sous le nom de museau de tanche. La membrane muqueuse du vagin, en se réfléchissant sur le museau de tanche, forme les culs-de-sac vaginaux, distingués par les noms (V antérieur, postérieur et latéraux.
Fio. 2.
A. Cavité du corps utérin.
B. Col utérin.