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DE LA DÉVIATION DBS RÈGLES

Nous devons ajouter que ces hémorrhagies peuvent se faire aussi par des veines variqueuses, par des plaies, des ulcères, et qu'enfin on les a vues se produire dans le tissu cellulaire et même parfois dans les membranes séreuses et le parenchyme des viscères.

Dans un cas cité par la Gazette médicale de Paris (1862), l'hémorrliagie s'est effectuée dans la chambre antérieure de l'œil. M. Jacquemier a cité l'observation d'une femme chez laquelle, au moment de Tapparition des règles, on voyait se former des tumeurs sanguines fluctuantes aux cuisses et au ventre. M. Courty rapporte un fait d'hémorrhagie supplémentaire s'opérant par les parois de l'estomac, avec cette curieuse particularité que le sang séjournait souvent plusieurs mois dans la cavité gastrique, et qu'il était rendu sous la forme de caillots plus ou moins anciens provenant de l'accumulation successive d'hémorrhagies antérieures et survenues à diverses époques.

Ordinairement, l'hémorrhagie supplémentaire se produit dans uu seul point du corps; mais, comme Pinel et M. Gcndrin en ont obs-ervé chacun un exemple, elle peut avoir lieu dans plusieurs points simultanément ou alternativement.

Causes et pathogénie. — L'éliologie de la déviation des règles est encore très-obscure.

Les femmes douées d^'une grande susceptibilité nerveuse paraissent plus disposées que les autres à contracter cette affection. Chez les jeunes femmes, on l'observe plus souvent que chez les femmes d'un âge plus avancé.

Toutes les causes capables de produire la suppression brusque des règles peuvent amener la déviation du flux menstruel. Mais nous ne saurions dire pourquoi les mêmes causes ne sont pas toujours suivies des mêmes effets.

L'aménorrhée est quelquefois aussi une cause de déviation des règles. On conçoit que, l'hémorrhagie utérine n'aj^ant pas lieu ou étant accidentellement supprimée, le molimen hémorrhagique se porte et agisse sur un autre point de l'organisme, et que, sous l'influence de ce molimen, une hémorrhagie se produise tantôt dans une région, tantôt dans une autre.

Certaines conditions organiques locales peuvent agir comme causes adjuvantes et contribuer à fixer le siège de l'hémorrhagie supplémentaire. Ainsi on a remarqué que ces hémorrhagies s'opèrent de pré-

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férence dans les tissus ou les organes qui sont préalablement le siège d'un travail d'irritation, d'hypéréniie ou d'inflammation. Telles sont celles qui se manifestent du côté des bronches, de la conjonctive ou de la plèvre, chez des malades atteintes de bronchite, de conjonctivite ou de pleurésie. Ce phénomène a été observé plusieurs fois par M. le docteur Dieulafoy dans le cours du traitement de la pleurésie purulente par l'aspiration pneumatique. C'est par la même raison que les plaies, les ulcères, les cicatrices, deviennent quelquefois le siège de prédilection de ces sortes d'hémorrhagies.

Le plus souvent l'utérus a été trouvé exempt d« toute lésion. M. Puech a cité 42 cas de déviation des menstrues dans lesquels Tutérus était absent ou à l'état fœtal; et 11 cas, dans lesquels il y. avait une atrésie des voies génitales.

La déviation des règles soulève une très-intéressante question de physiologie pathologique, celle de savoir s'il existe entre Tovulation et les hémorrhagies supplémentaires le même rapport qu'entre la ponte spontanée périodique et l'hémorrhagie utérine.

Il est hors de doute que l'ovulation joue, dans ces deux cas, le même rôle. Cette vérité est établie sur des faits incontestables. D'une part, M. Pueeh a eu l'occasion de constater par l'autopsie la déchirure récente d'une vésicule de Graaf chez une femme atteinte de déviation des règles. D'autre part, des faits nombreux attestent que la fécondation peut avoir lieu malgré la déviation des menstrues^ MM. Brierre de Boismont, Pauly, Molinetti, Henry (d'Auxerre) et Courty, rapportent des observations de femmes atteintes d'hémorrhagies supplémentaires et qui ont eu, néanmoins, une ou plusieurs grossesses.

Un autre trait de ressemblance entre la déviation des règles et la menstruation normale, c'est que la première est suspendue, aussi bien que la seconde, par la grossesse et par l'allaitement.

Diverses théories ont été émises pour expliquer le phénomène de la déviation des règles.

Les anciens considéraient les hémorrhagies supplémentaires comme un effet de la force médicatrice, qui substituait à rhémorrhagie utérine une hémorrhagie dans un autre organe. D'autres auteurs ont invoqué la théorie des métastases,

M. Scanzoni expose, en la développant, une explication déjà an-cienne : « Ces hémorrhagies, dit-il, siégeant dans des organes indépendants de ceux de la génération, sont toujours occasionnées par

[de la déviation des règles. 9^

une prédisposition résultant d'une anomalie de la structure de ces organes, anomalie qui consiste principalement en une ténuité insolite et une grande fragilité des vaisseaux. Sous l'influence de l'excitation vasculaire générale qui se manifeste, à l'époque des règles, chez le plus grand nombre des femmes, le sang, dont la tension est plus énergique et la circulation accélérée, se fraye une voie^ à l'extérieur, sur les parties où \a faiblesse anormale des vaisseaux lui offre le moins de résistance. L'hémorrhagie qui en résulte agit sur les organes génitaux à la manière d'une saignée révulsive. Si elle est assez abondante pour faire cesser complètement la congestion utérine, il n'y aura pas d'écoulement sanguin par la matrice; si, au contraire, elle est peu copieuse, l'hémorrhagie supplémentaire pourra s'accompagner d'un faible suintement sanguin par les parties sexuelles. »

M. Gourty fait remarquer, avec raison, que le lieu de la déviation des règles n'est pas déterminé seulement par la structure de l'organe, et qu'une autre cause plus importante motive cette détermination, c'est la tendance que l'organe peut avoir à être l'aboutissant de la fluxion déviée et le siège d'une congestion et même d'une hémorrhagie. La déviation des règles tiendrait donc, suivant le professeur de Montpellier, au transport de la fluxion sanguine détournée de l'utérus par une cause quelconque sur un autre organe, anatomiquement, physiologiquement ou pathologiquement disposé k devenir Faboutissant^ le pars recipiens de cette fluxion. Le retour et la périodicité du phénomène tiennent aux mêmes causes d'habitude vitale qui entretiennent la périodicité de la fluxion utérine avec son type normal.

Raciborski attribue la déviation des règles à une perturbation nerveuse spéciale ou à une névrose. « Quant au lieu oii se fait l'hémorrhagie, il semble subordonné, dit-il, au hasard ou à quelques sympathies cachées, méconnues, dont le secret se perd dans les conditions de l'innervation créées accidentellement. »

Ce dernier système nous paraît une hypothèse obscure et sans fondement. Les théories de M. Scanzoni et de M. Gourty, quoique beaucoup plus simples et plus conformes à l'observation clinique nous semblent encore insuffisantes pour donner l'explication de tous les phénomènes de la déviation des règles.

Symptomatologie. — Les hémorrhagies supplémentaires survien-

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nent périodiquement, chaque mois, à l'époque des règles. Elles se produisent rarement d'emblée et d'une manière brusque et inattendue. Le plus souvent leur apparition s'annonce par une série de symptômes précurseurs qui ont leur siège, d'une part, dans les organes génitaux, et, d'autre part, dans les organes où l'hémorrhagie doit se montrer.

Les symptômes du côté des organes génitaux sont les mêmes qui se manifestent habituellement à l'époque menstruelle et qui se rattachent au travail de l'ovulation : sensation de chaleur, de tension, de pesanteur, de battements ou d'élancements dans le bas-ventre et dans les reins.

Du côté des parties où l'hémorrhagie va se produire, on observe des phénomènes de congestion, qui varient suivant les tissus ou les organes. Ainsi, lorsque les seins doivent être le siège de l'hémorrhagie supplémentaire, ils se tuméfient, deviennent sensibles et même douloureux : les malades éprouvent un sentiment de chaleur, des battements artériels, des picotements, etc. Si l'hémorrhagie doit se faire par les bronches, elle est précédée d'une sensation de chaleur dans la poitrine, d'oppression, de dyspnée, d'accès de toux, etc.

Au bout d'un temps variable, mais généralement assez court, l'hémorrhagie apparaît; et, en même temps, tous les phénomènes congestifs et prodromiques que nous venons de signaler diminuent graduellement et ne tardent pas à disparaître spontanément. , La durée du flux sanguin n'est pas toujours la même ; elle est sujette aux mêmes variations que les règles elles-mêmes.

Le plus souvent, l'hémorrhagie supplémentaire se fait au dehors, soit par la peau, soit par les muqueuses; mais quelquefois elle donne lieu à des ecchymoses ou à des collections sanguines.

Dans les cas exceptionnels, l'hémorrhagie n'a pas lieu, et la déviation des règles ne se traduit que par des phénomènes congestifs.

Comme nous l'avons déjà dit, la déviation des règles entraîne le plus souvent la cessation complète des menstrues ; mais dans quelques cas, le flux menstruel ne fait pas complètement défaut, il est simplement diminué.

La déviation des règles n'est pas un obstacle à la fécondation. On cite des exemples authentiques de grossesses survenues et arrivées à terme chez des femmes atteintes de cette anomalie menstruelle. Ordinairement, les hémorrhagies supplémentaires, de même que le flux menstruel, cessent pendant la grossesse et pendant l'allaitement.

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