DE LA DÉVIATION DES RÈGLES
Le plus souvent la déviation des menstrues se reproduit après l'accouchement. Plus rarement on a vu, dans ce cas, cesser les hémorrhagies supplémentaires et les règles reprendre leur cours naturel.
Les hémorrhagies supplémentaires cessent d'elles-mêmes, comme les menstrues, à l'époque de la ménopause.
La suractivité fonctionnelle qui se manifeste, dans certaines glandes, à l'époque des règles, chez quelques femmes affectées d'aménorrhée, a conduit à admettre que la menstruation pouvait être remplacée par l'hypersécrétion de la salive, de la sueur, de l'urine, du mucus intestinal, etc. Nous ne nions pas qu'il puisse en être ainsi quelquefois. Mais des observations plus nombreuses et plus précises nous paraissent nécessaires pour mettre ce fait hors de toute contestation.
Diagnostic. — Les hémorrhagies symptomatiques d'une déviation des règles ne doivent pas être confondues avec les hémorrhagies étrangères au travail de la menstruation. Ce qui caractérise essentiellement les hémorrhagies supplémentaires, c'est leur liaison étroite avec l'ovulation, leur retour périodique aux époques où les règles doivent paraître, et enfin leur durée qui est la même que celle des menstrues.
Marche, durée, terminaisons. — La déviation menstruelle peut cesser d'elle-même, soit après plusieurs mois, soit après plusieurs années; elle peut aussi persister pendant toute la vie génitale et ne disparaître qu'à la ménopause, comme les règles.
Ordinairement, lorsque la déviation des menstrues n'a qu'une courte durée, elle procède de causes accidentelles et passagères. Mais lorsqu'elle se prolonge jusqu'à l'âge critique, elle dépend de causes plus profondes et se rattache à des conditions plus générales de l'organisme, à une sorte d'état constitutionnel. On peut alors considérer la déviation des règles comme une habitude physiologique.
Pronostic. — Le pronostic de la déviation des règles est généralement sérieux. En elfet, le changement de direction que prend le flux menstruel offre toujours par lui-même des inconvénients ou des dangers.
La gravité du pronostic varie suivant l'importance de l'organe qui est le siège de l'hémorrhagie, suivant l'abondance de la déperdition sanguine, et aussi suivant l'état sain ou malade des tissus ou des viscères dans lesquels l'hémorrhagie s'effectue.
Les hémorrhagies supplémentaires qui se produisent par les bronches, les reins ou l'estomac sont plus graves que celles qui ont lieu par la muqueuse nasale, la conjonctive ou la peau.
Si ces hémorrhagies sont peu abondantes, elles n'apportent aucun trouble notable dans l'ensemble des fonctions et n'offrent aucune gravité. Mais lorsqu'elles sont abondantes, elles amènent l'appauvrissement du sang et toutes les conséquences de l'anémie; elles peuvent occasionner l'épuisement de l'organisme, l'état cachectique et même la mort.
On comprend que les hémorrhagies supplémentaires oilVent une gravité plus grande quand elles s'effectuent dans des tissus malades que dans des tissus sains. Ainsi les hémoptysies supplémentaires sont plus redoutables chez les sujets atteints ou menacés de tubercules pulmonaires que chez ceux dont les poumons ne sont pas altérés. Ce que nous disons des poumons s'applique aux autres viscères.
Les hémorrhagies supplémentaires peuvent-elles, à la longue, déterminer des désordres ou des lésions dans les organes qui en sont le siège ? On cite des exemples où la déviation des règles peut persister pendant longtemps sans amener dans ces organes aucune atteinte profonde. Il n'en est pas toujours ainsi, et dans un certain nombre de cas les hémorrhagies supplémentaires ont été le point de départ de lésions très-graves et même mortelles.
Thérapeutique. — Deux indications principales dominent le traitement de la déviation menstruelle : l'une consiste à rappeler le molimen hémorrhagique vers l'utérus, dans le but de rétablir le flux menstruel ; l'autre consiste à traiter l'hémorrhagie elle-même, si par son siège ou par son abondance elle compromet la santé ou menace la vie.
On remplit la première indication à l'aide des moyens propres à combattre l'aménorrhée et que nous avons fait connaître longuement en parlant du traitement de cette affection (page 939). On doit insister particuhèrement sur l'emploi des toniques, des ferrugineux, et recourir aux topiques irritants et aux révulsifs appliqués sur les
TQembres inférieurs. Ces divers moyens doivent, être employés quelques jours avant l'époque des règles.
Pour satisfaire à la seconde indication, on a recours aux hémostatiques directs et aux médications générales usitées dans le traitement des hémorrhagies. Cependant ces moyens doivent être employés avec une grande prudence; car, dans la plupart des cas, il y aurait un grave danger à supprimer complètement l'hémorrhagie supplémentaire. On a rapporté des observations de malades chez lesquelles cette suppression, opérée brusquement et d'une manière inopportune, a entraîné des accidents rapidement mortels. Ce précepte est particulièrement applicable aux hémorrhagies supplémentaires qui ont pour siège des ulcères de la peau ou des tumeurs développées à Textérieur. Dans cette circonstance, on doit se borner à modérer l'hémorrhagie, sans chercher à en supprimer la cause locale.