DE L IMPUISSANCE ET DE LA STÉHILITÉ CHEZ LA FEMME
dite en produisant, par l'absence des sensations voluptueuses, une sorte d'inertie de l'utérus et en empêchant les contractions et les mouvements synergiques que cet organe exécute pendant le coït, et qui ont pour effet de favoriser la réception et l'ascension du liquide spermatique.
L'étiologie de la frigidité est encore entourée d'obscurité. Cependant M. Roubaud cherche à la rattacher à cinq ordres de causes principales : la frigidité naturelle ou par vices de conformation, consistant dans l'absence ou l'atrophie des agents de la sensibilité génitale, clitoris et glandes bulbaires; la frigidité idiopathique , résultant de la paralysie ou du peu de sensibilité de ces organes ; la frigidité symptomatique, liée soit à un état physiologique (l'âge, la constitution, le tempérament), soit à un état pathologique général (névroses, épilepsie, hystériCj catalepsie, etc.,) ou local (toutes les lésions des organes sexuels capables d'émousser ou d'anéantir la sensibilité génitale); la frigidité consécutive ^ qu'on observe quelquefois à la suite de raccouchement, des excès vénériens,, des excès alcooliques, de l'ingestion des stupéfiants, des anesthésiques, des narcotiques et en particulier de l'opium; enfin la frigidité sympathique, qui serait mieux nommée antipathique ou morale^ et qui reconnaît pour cause l'antipathie profonde ou la répulsion irrésistible qu'un époux inspire à sa femme. Les mariages mal assortis sont la source ordinaire de ce genre de frigidité, qui peut avoir pour l'avenir les conséquences les plus fâcheuses. On a vu des femmes, mariées dans ces conditions, rester stériles pendant toute la durée de leur premier mariage et»devenir fécondes à la suite d'un second mariage plus conforme à leurs goûts.
De la fécondation artificielle. — Lorsqu'après un examen trèsattentif et des investigations réitérées, on ne découvre aucune lésion capable d'expliquer la stérilité, ou lorsque la cause de la stérilité réside uniquement dans une direction anormale du col de l'utérus, peut-on et doit-on recourir à la ressource extrême de la fécondation artificielle?
C'est Swammerdam d'abord et Rœsel ensuite qui, dans le courant du siècle dernier, conçurent l'idée de tenter la fécondation artificielle sur les animaux; leurs expériences n'eurent aucun succès.
Vers la fin du même siècle, Spallanzani réussit à féconder artificiellement des amphibies, des ovipares et des vivipares. II parvint
même à produire la fécondation artificielle sur une chienne, ce qui fit concevoir à Rossi l'espérance de voir appliquer cette opération à l'espèce humaiue.
Le premier exemple de fécondation artificielle chez la femme a été rapporté, en 1799, par Hunter dans ses Transactions philosophiques.
Cette question paraissait tombée dans l'oubli lorsqu'elle fut soulevée .de nouveau, en 1865, par M. le docteur Dehaut, dans une brochure oia l'auteur expose la théorie et la pratique de la fécondation artificielle dans l'espèce humaine, sans citer aucun fait à l'appui.
En 1866, M. Sims, dans son Traité de chirurgie utérine, revient et insiste longuement sur cette opération ; il cite même un cas de succès ; mais c'est la seule fois qu'il ait réussi sur les six tentatives qu'il a faites dans l'espace de deux ans. Le professeur Georges Harley, de l'Université de Londres, a fait aussi plusieurs essais qui ont constamment échoué.
On trouve dans la Réforme médicale deux observations de fécondation artificielle suivies d'heureux résultats, l'une appartenant au docteur Lesueur, l'autre au docteur Gigon (d'AngouIême), cette dernière remontant à l'année 1838.
Enfin, en 1868, le docteur Girault réunit, dans V Abeille 'médicale^ dix cas de fécondation artificielle chez la femme, dont le premier datait de 1838.
M. Roubaud ayant fait l'analyse et le relevé de ces observations, au nombre de douze, les répartit de la manière suivante, au point de vue des causes de la stérilité.
Longueur exagérée du col et étroitesse de l'orifioe cervical. ... k
Écoulements divers de l'utérus et du vagin 2
Engorgement des lèvres du museau de tanche 2
Descente de la matrice 1
Antéversion et leucorrhée 1
Cause inconnue 1
Dans le douzième cas, la stérilité provenait de l'homme, et était due à un hypospadias.
Rien que M. Sims ait entièrement renoncé à pratiquer la fécondation artificielle chez la femme, M. Roubaud, se fondant sur le trèspetit nombre de succès obtenus, est d'avis que cette opération peut
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être tentée encore dans certains cas déterminés, et sur la demande expresse des époux.
Bien que nous ne soyons pas partisans de cette opération, nous croyons devoir donner une description succincte du procédé suivi par M. Siras.
Il faut s'assurer d'abord que le liquide spermatique est parfaitement normal et qu'il ne peut pas pénétrer dans Tutérus parla voie naturelle. Ce liquide, déposé préalablement dans le vagin par le mari, est immédiatement aspiré par l'opérateur à l'aide d'une seringue analogue à celle de Pravaz et injecté dans le conduit cervical de l'utérus, à la dose d'une demi-goutte à une goutte. M. Roubaud a fait construire par M. Mathieu un instrument de précision qui, en même temps, aspire le sperme et le projette dans la cavité utérine. L'opération est ainsi réduite à un seul coup de piston, et l'instrument n'est pas changé de place.
Nous croyons répondre au sentiment général en disant de la fécondation artificielle dans l'espèce humaine qu'elle exige des manœuvres qui répugnent à nos mœurs, et qu'elle n'offre, en compensation, que de bien faibles chances de réussite. Aussi doutons-nous qu'elle entre jamais dans le domaine de la chirurgie utérine.
11 va sans dire que si l'on ne trouve chez la femme aucune cause de stérilité, il faut rechercher s'il n'existe pas chez l'homme quelques lésions locales ou générales auxquelles on puisse l'attribuer.