‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 149 sur 159 · OBSERVATIONS DE MÉTRITE INTERNE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE MÉTRITE INTERNE CHRONIQUE

Observation I.

métrite interne. — Antélïexîon. — Douleurs névralgiques symptoniatiques. — Cathétérisme utérin. — Cautérisation întra-utcrine.

— Cautérisation transcurs-cnte. — Calmants. — Bains. — Repos.

— Guérisou.

Madame Duv. .., âgée de vingt-huit ans, d'un tempérament nerveux, d'une constitution assez bonne, mais très-dëbilitée par la souffrance, était malade depuis cinq ans, à la suite d'une couche. Elle ressentait de vives douleurs dans le bas-ventre, des deux côtés; ses règles étaient douloureuses, et elle perdait abondamment en blanc. Depuis deux mois et demi, ses souffrances avaient acquis le plus haut degré d'intensité et revenaient chaque jour, par crises violentes, qui quelquefois même se répétaient à plusieurs reprises dans la journée. Malgré l'emploi des bains, des calmants, du repos, des injections, les accidents n'avaient fait que s'aggraver de plus en plus.

M. le docteur Beylard, qui lui donnait des soins, me fit appeler en consultation, le 11 janvier 1857. Voici dans quel état je trouvai la malade. Elle était pâle, décolorée, un bruit de souffle se faisait entendre dans les carotides; elle offrait, en un[mot,':ious les symptômes de la chloro-anérnie. Sa physionomie exprimait la tristesse, l'abattement; le ventre était un peu gonflé, tendu, d'une sensibilité extrême des deux côtés. Le toucher vaginal fut très- douloureux par suite de l'extrême sensibilité des parois du vagin. L'utérus était en antéflexion, un peu abaissé et très-sensible à la pression. Des douleurs très-vives se faisaient sentir de chaque côté, au niveau des ligaments larges, qui n'offraient aucune trace d'engorgement. Ces douleurs s'irradiaient de la région utérine dans les reins et dans les cuisses. Des matières blanches, analogues à du blanc d'œuf. s'écoulaient par la vulve. Garderobes douloureuses et envie très-fréquente d'uriner.

Yu au spéculum, le col était rouge, injecté, baigné de mucosités abondantes provenant de l'orifice utéro-vaginal.

La pression sur les points douloureux du bas-ventre provoquait des élancements pénibles dans les côtes et les bras, et la pression de ces régions

retentissait à son tour dans le bas-ventre. L'appétit était modéré; les digestions un peu difficiles; pas de fièvre, du reste.

Le cathétérisme fut pratiqué immédiatement et provoqua de vives douleurs, qui, au moment où la sonde franchit l'orifice cervico-utérin, devinrent plus intenses que celles que la malade éprouvait à l'époque des règles. Quatre jours après, le cathétérisme fut de nouveau pratiqué, mais il 'se fît facilement et ne fut pas très-douloureux.

Le 17 janvier, frappé du caractère névralgique des douleurs ressenties par la malade, je fis sur le bas-ventre une cautérisation transcurrente superficielle avec le fer rouge, qui amena un grand soulagement. Le 19, je pratiquai, avec le porte-caustique de Lallemand, une cautérisation intrautérine, qui fut suivie, le jour même, du retour des règles, avec une avance de dix jours. Des souffrances aiguës se manifestèrent après cette cautérisation et persistèrent pendant tout le temps des règles. — Inhalations de chloroforme ; pilules d'opium; cataplasmes laudanisés et chloroformés; lavements émollients.

Le U février, huit jours après la cessation des règles, nouvelle cautérisation intra-utérine ; mêmes accidents que la première fois. Le lendemain, cautérisation transcurrente superficielle, et traitement calmant ut suprà. — Amélioration rapide. Diminution de la leucorrhée.

Le 12 février, ti'oisième cautérisation intra-utérine, qui est mieux supportée que les précédentes. — Bains.

Le 18, les règles se montrent avec beaucoup moins de douleurs. La leucorrhée est moins abondante.

Dans les premiers jours de mars, quatrième et dernière cautérisation intra-utérine, suivie de douleurs passagères. — Bains et calmants.

A dater de cette époque, l'état delà malade s'améliore de plus en plus; l'utérus perd peu à peu sa sensibilité morbide ; les règles reviennent sans souffrance; la leucorrhée est réduite à un écoulement muqueux insignifiant; les douleurs névralgiques du ventre, des reins et des mem- (bres disparaissent pour toujours; l'appétit renaît; les digestions se rétablissent; la malade reprend des forces et de l'embonpoint, et depuis deux ans la guérison ne s'est pas démentie.

Observation II.

Méfrîte interue. — An<éflcxiou. — Douleurs lombo-ovariques à gauche. — Gastralgie. — Émissions sanguines. — Cathétérisuie utérin. — Cautérisation transcnrrente. — Calmants. — Guérison.

Madame Th.... (de Châtillon), âgée de trente-cinq ans, d'un tempérament sanguin-nerveux et d'une bonne constitution, me fit appeler au mois de mai 1856. Depuis quatorze ans elle perdait en blanc et souffrait dans le bas-ventre, surtout à gauche. Elle avait consulté plusieu)-s médecins, qui lui avaient conseillé des bains, des injections vaginales, et, en outre, lui avaient fait un grand nombre de cautérisations sur le col de la matrice avec le nitrate d'argent fondu. Ces divers moyens n'avaient été suivis d'aucun soulagement.

Jusque dans ces derniers temps, les douleurs s'étaient montrées peu intenses : mais depuis quelques mois elles avaient acquis une grande violence, surtout à l'époque des règles. Les digestions sont difficiles, accompagnées d'éructations gazeuses et d'aigreurs, parfois même de vomissements. L'appétit est capricieux^, les garderobes rares, pénibles et quelquefois très-douloureuses. Il existe un sentiment continuel de pesanteur dans le bas-ventre et de tiraillement dans les reins.

L'utérus est en antéflexion. Ls col, peu développé et conique, dirigé dans l'axe du vagin et un peu abaissé. Le corps, fléchi en avant sur le col, est placé derrière le pubis, un peu incliné à gauche, douloureux à la pression. On ne découvre aucune trace d'engorgement dans les ligaments larges. Au spéculum, le museau de tanche est rouge, injecté, baigné par un liquide visqueux et analogue à du blanc d'œuf.

Je cautérisai le col de l'utérus avec le nitrate d'argent, et, quoique la malade fût plus souffrante après cette première opération, je la répétai trois fois à huit jours d'intervalle. Les douleurs devinrent de plus en plus vives. Je cessai les cautérisations. Deux saignées de 100 grammes à dix jom's de distance, bains, cataplasmes, nourriture légère et repos absolu. Diminution des souffrances.

Vers la fin de mai, je pratiquai le cathétérisme utérin, qui fut très-douloureux, surtout au moment où la sonde franchit l'orifice cervico-utérin; aussi, en vue de prévenir les accidents inflammatoires, je fis immédiatement une saignée de 150 grammes. Quatre jours après, une nouvelle saignée fut pratiquée. Je revins au cathétérisme utérin, qui offrit moins de difficultés et fut moins douloureux que la première fois.

En juin, je fis appliquer des ventouses scarifie'es, qui produisirent un grand soulagement. Vers la fin du mois, madame Th...., qui, malgré mes conseils, continuait à se lever une partie de la journée, fut prise de douleurs très-aiguës dans le ventre, dans les reins, dans les espaces intercostaux. L'exagération de la sensibilité était telle dans tous les membres que la moindre pression arrachait des cris à la malade. La respirati,on était gênée, la face plombée, l'anxiété extrême, le pouls fréquent. Je pratiquai alors la cautérisation transcurrente superficielle. Cette opération eut un plein succès, et immédiatement après, les douleurs disparurent comme par enchantement. Le surlendemain, je trouvai la malade dans les meilleures conditions; elle avait de l'appétit, digérait bien, ne ressentait plus aucune souffrance.

A dater de ce jour, et malgré une profession pénible et fatigante, madame Th n'a plus éprouvé jamais de douleurs; ses règles apparaissent

régulièrement et sans souffrance, et les pertes blanches sont presque nulles.

Au bout de quelques mois, la malade devint enceinte, et j'ai appris qu elle est accouchée heureusement.

Depuis lors elle continue de bien se porter.

Observation III.

Mélrîte în<eriie. — Douleurs lombo-ovarîques à gauche. — Rétroversion. — Catliétérisme utérin. — Émissions snnguincs. — Repos. — Cautérisations intra-utérines. — Cinérison.

Camille Roche, âgée de vingt-huit ans, fleuriste, est entrée à la Pitié, salle Saint-Charles, n° 28, le 31 octobre 1855. Elle a été réglée à douze ans, régulièrement, et n'a pas eu d'enfants. Depuis trois ans elle souffre dans le bas-ventre à gauche, et perd en blanc. La marche et le mouvement rendent les souiïrances plus vives. Les règles sont précédées et suivies d'une recrudescence des douleurs. La malade fut traitée d'abord par Sandras, qui lui prescrivit des toniques, une bonne nourriture et des calmants, sans s'occuper de l'affection utérine. Ces moyens n'ayant amené aucun soulagement, la malade alla consulter Valleix, qui essaya de redresser l'utérus avec la sonde de Simpson. Le cathétérisme utérin fut répétéj tous les trois jours, pendant deux mois : en même temps, régime tonique] vin de quinquina, pilules de Vallet, bicarbonate de soude : bains, injeci tions avec l'eau de feuilles de noyer. Les pertes blanches ont un peu di^ minué, ainsi que les douleurs.

PREMEKRE SERIE. 1073

Deux mois après, les accidents reparurent avec une nouvelle intensité', ■et la malade vint réclamer mes soins.

État actuel ; Pâleur chloro-anémique; embonpoint ordinaire; aucun trouble des fonctions digestives. Écoulement par le vagin de matières semblables à du blanc d'oeuf; douleurs dans le bas-ventre à gauche, dans les reins, dans le flanc gauche et dans la fesse du même côté : sentiment de pesanteur dans les lombes; tiraillements dans les reins. Aucune douleur à droite. Utérus abaissé et en rétroflexion ; il est douloureux à la pression, ainsi que le ligament large gauche. Nulle trace d'engorgement périutérin. Le cathétérisme de la matrice est douloureux, surtout au niveau -de rorifîce cervico-utérin. La sonde pénètre à 7 centimètres et demi.

Cette opération est suivie de vives douleurs dans le bas-ventre et dans les reins, d'un accroissement de la sensibilité de l'utérus; le col est devenu plus rouge, plus engorgé, et on sent des battements artériels plus intenses; les pertes blanches ont augmenté; en outre, la malade éprouve «n sentiment de malaise général plus prononcé : repos, bains, calmants, l'égime doux; deux saignées du bras de 125 grammes chacune, à quel- ■ques jours d'intervalle. Soulagement très-marqué et persistant. Au bout «d'un mois, tous les accidents avaient disparu.

Mais la malade fut reprise de douleurs à la suite d'une vive frayeur, et elle se décida à entrer dans ma division, le 31 octobre 1855. Il y avait déjà une grande amélioration dans son état : elle ne ressentait presque plus d'élancements dans les reins. Au bout de huit jours, je trouvai le col moins rouge et moins engorgé que la première fois. Il s'écoulait par l'orifice utérin une matière muqueuse, transparente comme du blanc d'oeuf. Je portai dans le col, puis dans la cavité du corps de l'utérus, un pinceau imbibé d'une solution de nitrate d'argent : cette opération amena un léger écoulement de sang. La douleur ne persista que quelques heures : j'insistai d'ailleurs sur les calmants et sur les boissons émollientes. La malade continua à aller de mieux en mieux. Je répétai quatre fois la même cautérisation, et chaque fois la malade n'accusa que peu de souffrances. Enfin, le vendredi 7 décembre, je pratiquai la cautérisation intrautérine avec le porte-caustique de Lallemand, sans provoquer ni d'écoulement sanguin, ni beaucoup de douleur : le lendemain, la malade déclara être bien soulagée. Les pertes blanches diminuèrent de plus en plus; et le 11 décembre elle quitta l'hôpital, parfaitement guérie.

J'ai eu l'occasion de revoir cette malade le 28 juillet 1857, et j'ai constaté que la guérison s'est très-bien maintenue.

KONAT ET LINAS. 68

Observation IV.

INLétrite interne. — Rétroversion. — Rétrécissement de l'orîflce utéro-vaginal. — Divers traitements dirigés sans snccès conti'e la déviation. — Calmants. — Cautérisation transcarrente. -— Débrldement dn col. — Amélioration.

Joséphine Richelet, coloriste, âgée de trente ans, est entrée dans mon service, à la Pitié, le 25 avril 1855. Depuis sa dernière couche, en 18Zi5, elle éprouva dans le bas-ventre et dans les reins des douleurs qui l'obligèrent, en IS/tS, à réclamer les soins d'un médecin. Elle fut traitée chez elle sans résultat, pendant deux ans. En 18i9, elle entra à l'hôpital Beaujon, dans le service de Huguier, qui la soumit successivement aux divers moyens de traitement suivants : sangsues et ventouses scarifiées sur le bas-ventre; cautérisation du col utérin avec le nitrate d'argent; cathétérisme utérin et tentatives de dilatation ; résection partielle du col de la matrice; introduction répétée de grosses mèches de charpie dans le rectum, afin de refouler la matrice en avant et de remédier à la rétroversion; injections de chloroforme dans le vagin; douches vaginales froides. Au bout de dix-sept mois, la malade quitta l'hôpital Beaujon aussi souffrante qu'à son entrée.

En 1852, elle fut traitée, pendant huit mois, par Malgaigne à l'hôpital Saint-Louis; puis elle entra à THôtel-Dieu dans le service de Jobert (de Lamballe), qui cautérisa quatre fois le col de la matrice avec le fer rouge. La malade n'en éprouva aucun soulagement, non plus que de l'application de vésicatoires morphines sur le bas-ventre, d'une saignée du bras et de bains froids répétés.

Les fomentations de chloroforme, les lotions froides sur le bas-ventre, les cautérisations du col utérin, mises en usage par Michon, n'eurent pas de meilleurs résultats.

En désespoir de cause, la malade se mit entre les mains d'un homœopathe qui ne changea rien à son état. Elle désespérait de sa guérison quand elle vint me consulter, le 17 avril 1855.

Je trouvai une exaltation extrême de la sensibilité dans tout l'appareil génital. L'utérus était en rétroversion ; et les douleurs que provoquait la pression sur cet organe s'irradiaient dans la région lombo-sacrée, dans les ~ nerfs intercostaux, dans les cuisses et dans les bras. Ces phénomènes étaient beaucoup plus marqués à droite qu'à gauche, et s'accompagnaient d'une diminution remarquable de la sensibilité cutanée.

Le museau de tanche était fortement hypéi'émié; l'orifice utéro-vaginal, assez étroit, donnait issue à un liquide visqueux, transparent, analogue au blanc d'œuf, et caractéristique d'une métrite interne. Le conduit ittérin ne pouvait admeiti'e que la petite sonde de Simpson, qui provoqua des douleurs très-vives, en franchissant l'orifice cervico-utérin. Les règles s'accompagnaient de douleurs expulsives et de crises nerveuses d'une grande violence. Miction pénible, garderobes douloureuses, constipation habituelle, peu d'appétit, digestions difficiles; quelquefois vomissements; pas de fièvre; pâleur des traits, maigreur prononcée, diminution des forces.

Je portai le diagnostic suivant; 1° métrite interne; 2° exaltation de la sensibilité de l'utérus et de ses annexes; 3° névralgies sympathiques et symptomatiques dans difTérentes régions du corps; 4° rétroversion de la matrice.

J'eus recours au traitement suivant : 1° trois saignées générales de 50 à 60 grammes; 1° inhalations de chloroforme; 3° cataplasmes chloroformés et laudanisés sur le bas-ventre et bains entiers; hP régime sévère.

Sous l'influence de ces moyens^ l'hyperesthésie des organes génitaux diminua au point que je pus bientôt pratiquer le cathétérisme utérin sans trop de souffrance. L'introduction de la sonde étant insuffisante pour dilater le conduit utérin, je pratiquai à plusieurs reprises le débridemcnt du col, qui fut toujours suivi d'un soulagement marqué. Plus tard je me servis de l'éponge préparée.

Au bout de deux mois, lorsque l'exaltation de la sensibilité utérine fut dissipée et le canal utérin suffisamment dilaté, je prévins la malade que j'allais commencer le traitement direct de la métrite interne; mais elle s'y refusa obstinément.

En vue de combattre les douleurs névralgiques des reins, des cuisses, et des parois thoraciques, je pratiquai deux ou trois fois la cautérisation transcurrente superficielle avec le fer rouge; mais ce fut en vain : preuve bien évidente que ces douleurs étaient sympathiquement liées à la métrite interne.

La malade sortit, sur sa demande, dans un état d'amélioration trèsnotable.

Observation V.

Métrîte intersie chronique du col et du corps. — Rétroversion de la matrice. — Chloro«anéniîe. — Douleurs névralgiques symptomatiques. — Émissions sanguines. — Calmants. — Cautérisation transcurrente. — Pas de traitement direct de la métrite. — Gùérison.

Mademoiselle Fleur..., âgée de dix -sept ans, d'un tempérament lymphatique, d'une constitution délicate, vint me consulter dans les premiers jours de novembre 1855.

A l'âge de quatorze ans elle eut ses règles, et fut prise en même temps de douleurs dans le bas-ventre, très-intenses du côté gauche; peu de temps après, elle eut xme leucorrhée abondante, des douleurs d'estomac et des digestions difficiles.

Mademoiselle Fleur... avait déjà suivi divers traitements, consistant surtout dans l'emploi des toniques et des ferrugineux. Cependant, les accidents n'avaient fait que s'aggraver.

Lorsque je vis la malade, elle était d'une grande pâleur; elle éprou- ~vait dans le bas-ventre, et surtout à gauche, des douleurs qui s'irradiaienl dans les reins, dans les flancs et dans la cuisse gauche, dans l'estomac, dans le dos, et dans les espaces intercostaux. Ces souffrances s'exaltaient, a l'époque menstruelle, au point de déterminer de véritables crises; les règles étaient suivies de pertes blanches très-abondantes.

L'intégrité de l'hymen ne me permit pas de fixer le diagnostic par l'exploration directe; toutefois l'ensemble des phénomènes me fit soupçonner l'existence d'une métrite interne chronique avec exaltation de la sensibilité de l'utérus, spécialement de l'orifice cervico utérin. Je basai mon diagnostic : 1° sur la présence d'un flux leucorrhéique analogue à du blanc d'œuf; 2° sur les douleurs expulsives qui accompagnaient la sortie du sang menstruel ou des matières contenues dans l'utérus.

La malade était tellement faible que j'hésitai à recourir immédiatement aux émissions sanguines. J'essayai d'abord de combattre les phénomènes de chloro anémie, et les accidents gastralgiques ; mais, loin d'y réussir, je vis les souffrances et la leucorrhée s'accroître d'une telle manière, que je ne reculai plus devant l'emploi des antiphlogistiques, dans le but do triompher de la métrite interne.

Par le toucher rectal, je m'assurai qu'il n'y avait point d'engorgement péri-utérin et que l'utérus était en rétroversion.

Les deux premières saignées (de ^i5 à 50 gr.), pratiquées à quinze jours d'intervalle, furent suivies immédiatement d'un soulagement de courte durée, auquel succéda une exacerbation des douleurs. — Cataplasmes laudanisés sur l'abdomen j lavements calmants; manuluves sinapisés; régime sévère.

Le 10 décembre : apparition des règles; crises nerveuses d'une grande violence; douleurs excessives, se généralisant dans tous les membres. — Narcotiques et calmants ; applications de chloroforme intus et extra.

Deux jours après la cessation des règles, saignée de 45 grammes ; soulagement passager; puis, applications répétées de ventouses, soit sèches, soit scarifiées, sur les fesses et sur les reins, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.

Les émissions sanguines, tant locales que générales, n'amenaient qu'un amendement de courte durée, qui était suivi de souffrances plus vivesqu'auparavant.

Au bout de six semaines, l'état de la malade semblait s'être fort aggravé. Le ventre était tendu comme dans la péritonite; des nausées et des vomissements fréquents rendaient impossible l'ingestion des aliments et des boissons ; les garderobes et la miction étaient très-douloureuses ; les. crises nerveuses se succédaient jour et nuit presque sans interruption ;. l'hyperesthésie était tellement grande que la malade ne pouvait exécuter le plus petit mouvement sans pousser des cris. Plus tard, la peau devint insensible sur presque toute la surface du corps; mais les muscles conservèrent une extrême sensibilité.

Tous les moyens usités en pareil cas, aneslhésiques, opiacés, antispasmodiques, ne procurèrent aucun soulagement. Pendant deux mois.^ mademoiselle Fleur... ne prit que du bouillon froid et de la glace.

Je fis alors, sur les cuisses et sur le ventre, une cautérisation transcurrente superficielle, qui amena, dans ces parties, une diminution passagère des douleurs. Deux autres cautérisations transcurrentes de la peau, pratiquées à huit jours de distance, produisirent un grand, soulagement.

La quatrième et dernière cautérisation transcurrente, pratiquée ving. jours après la précédente, fut suivie d'un succès complet. Les douleurs, diminuèrent aussitôt, et la malade put soulever les jambes, que depuis, trois mois elle n'osait ni ne pouvait mouvoir.

A dater de cette époque, sans le secours d'aucune médication, l'appétit est revenu, les forces se sont relevées, les règles ont cessé d'être douloureuses, et les pertes blanches ont presque entièrement disparu.

Six semaines après la dernière cautérisation^ mademoiselle Flem'. .. ptït se lever et marcher dans sa chambre ; puis elle fit quelques promenades au dehors. Au mois de juillet, elle est allée aux bains de mer, qui, avec un régime tonique et un air pur, ont favorisé son rétablissement. A son retour des eaux, elle est partie pour la campagne, d'où elle est revenue dans un état très-satisfaisant. Depuis lors, la guérison ne s'est pas démentie.

Observation VI.

Métrîte interne. — Phleguiasle îséri-utérîne chroni(|ue à gaiiclie. — Douleurs lombo-ovai'iques du même côté. — firanuSatioias intrautérines. — - Anté-Iatérofflexion à gaiaclie. — Émissions sanguines. — Cautérisation intra-utérine. — Bâclage de la face interne de l'utérus. — Guérison.

Himonel (Marie), femme de chambre, âgée de vingt-quatre ans, d'une bonne constitution, entra à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Charles, n" 5, le 7 novembre 1854. Elle s'est très-bien portée dans son enfance; ses règles ont paru il y a sept ans, et pendant les trois premières années elles sont venues régulièrement, sans souffrance. Au bout de trois ans, à la suite d'une grande fatigue souvent répétée (frottage de grands appartements), la menstruation devint douloureuse. Dans le principe, les souffrances commençaient et finissaient avec les menstrues : plus tard, la malade ressentit des douleurs dans Tintervalle des règles, avec des exacerbations marquées aux époques menstruelles.

Pendant deux ans, elle put continuer de vaquer à ses travaux ; mais bientôt les douleurs devinrent assez intenses pour l'obliger à suspendre ses occupations. Quoi qu'il en soit, c'est toujours du côté gauche que les souffrances se manifestaient avec le plus d'intensité. La malade se décidaia alors à consulter un médecin, qui lui prescrivit des boissons amères, dui quinquina, des poudres ferrugineuses, une alimentation substantielle,] et, en outre, des injections vaginales astringentes avec l'eau de feuilles] de noyer et d'écorce de chêne. Ces moyens n'amenèrent aucun sou-^ lagement. Les douleurs du bas-ventre, les pertes blanches, avaientj plutôt augmenté que diminué. La malade, voyant son état s'aggravei chaque année, vint à Paris dans l'espoir d'y trouver une place moins] pénible; mais au bout de quelques mois, en raison de l'accroissement d&j ses souffrances, elle fut de nouveau contrainte d'interrompre ses occupa-

tions^ et entra à l'hôpital de la Charité, dans le service de M. Briquet. Bains de siège froids (deux par jour, d'une demi-heure chacun); introduction, dans le vagin, de quelques fragments de glace. La malade se trouva d'abord un peu mieux, mais l'amélioration ne fut pas de longue durée; il y eut bientôt une recrudescence des douleurs dans les reins et le bas-ventre ; les règles se supprimèrent tout à fait. Plus tard, en vue de rappeler le flux menstruel, on eut recours aux bains de pieds, aux applications de sangsues à la vulve, aux boissons amères, aux ferrugineux, à une alimentation substantielle, et on conseilla à la malade de prendre de l'exercice. Celle-ci suivit exactement ces prescriptions, à l'exception, toutefois, de la marche, que les souffrances rendaient impossible. Ce traitement n'ayant eu aucun succès, et môme les souffrances allant toujours croissant, on fit trois cautérisations du col de la matrice avec le nitrate d'argent; ces cautérisations amenèrent une recrudescence des douleurs. On essaya alors de remédier au déplacement de l'utérus, et, dans ce but, d'après les indications de M. Briquet, un pessaire à air fut appliqué par M. Gariel lui-même. La présence de cet instrument fat bientôt suivie de douleurs intenses qui obligèrent de le retirer au bout de sept jours. Après un traitement de quatre mois, la malade, souffrant de plus en plus, malgré les moyens précédents et d'autres encore, tels que : pilules de valériane, de belladone, d'opium, de mica panis, etc., etc., quitta l'hôpital dans un état moins satisfaisant qu'au moment de son entrée. Un mois après sa sortie, elle entra dans ma division, et voici dans quel état je la trouvai, le 8 novembre 1854 :

Rien, dans sa physionomie, ne traduisait ses souffrances; son teint é.tait assez coloré : peu ou pas d'altération de la nutrition générale ; langue humide, d'une conleur naturelle, appétit conservé, digestions bonnes, seulement douleurs d'estomac une demi-heure après les repas ; en un mot, la plupart des fonctions s'accomplissaient régulièrement; mais la malade éprouvait profondément, dans le bas-ventre, des douleurs, qui s'irradiaient dans les reins, dans la hanche et (dans la jambe du côté gauche. La vulve et le vagin étaient le siège d'une grande exaltation de la sensibilité; le col utérin était petit, conique et un peu abaissé. Dans le ligament large gauche, il existait un noyau d'engorgement du volume d'une noix, très- sensible à la pression. Leucorrhée abondante; mucosités utérines analogues à du blanc d'œuf. Aménorrhée depuis trois mois; garderobes douloureuses; pas de fièvre.

Du 9 au 22 novembre : saignée de 125 grammes, 15 sangsues, une application de ventouses scarifiées, un vésicatoire sur le bas-ventre ; eau-

térisation transcurrente superficielle sur la fesse gauche. 11 en résulte une grande amélioration.

Le 22 novembre, cathélérisme utérin, qui est très-douloureux. Le 27^ nouvelle cautérisation transcurrente sur le bas-ventre, le flanc et les reins., à gauche. Soulagement immédiat.

Le 5 décembre, la malade ne souffre plus à la pression dans les points cautérisés; mais, dans la profondeur du bassin, les douleurs sont aussi vives qu'avant la cautérisation. — Bains, cataplasmes laudanisés, lavements calmants et laxatifs.

Le 10 décembre, je constatai l'existence d'une fissure à l'anus, dont j'obtins la guérison à l'aide de la dilatation forcée.

Le 24 décembre, examen au spéculum, et cautérisation de la cavité du col utérin avec le nitrate d'argent : recrudescence passagère des douleurs^ Le lendemain, amélioration.

Zi janvier, ventouses scarifiées. Le 5, nouvelle cautérisation intra-utérine» Le 8, quatorze sangsues sur le bas-ventre.

Les règles paraissent le 10 janvier, après cinq mois d'aménorrhée^ s'accompagnant d'une recrudescence des douleurs des reins et du basventre, qui dure jusqu'au] 27. Après les règles, quinze sangsues sur l'hypogastre.

Le 27, examen au spéculum : le col de l'utérus est moins rouge. — Cautérisation au nitrate d'argent liquide dans la cavité du col utérin. Amélioration marquée, moins de douleurs dans les reins.

Le 3 février, les règles reviennent et sont encore suivies d'une recrudescence.

Du 8 février au 30 avril : cathétérisme gradué et deux cautérisations de la cavité utérine ; deux fois les ventouses scarifiées sur les reins. Les règles ont apparu chaque mois avec moins de douleurs; la leucorrhée a diminué. Amélioration notable sous tous les rapports.

Du 1^'' mai au 16 août, j'insistai sur les mêmes moyens sans obtenir des progrès sensibles dans l'amélioration notée plus haut. Le cathétérisme utérin était toujours très-douloureux ; les pertes blanches persistaient au même degré; les époques menstruelles avaient des retours irréguliers et de plus en plus rapprochés, elles duraient plus longtemps et revêtaient l'aspect de véritables ménorrhagies. Toutes ces raisons me déterminèrent à opérer le raclage de la cavité utérine à l'aide de la curette de Récamier ; je ramenai quatre granulations d'un gris Irougeâtre du volume d'un grain de chènevis. Cette opération fut suivie d'un grand soulagement. Les douleurs du bas-ventre et des [reins diminuèrent rapide-

ment, et les fonctions de l'utérus s'accomplirent avec plus de re'guladté. Du 22 août au 10 novembre : cinq cautérisations intra-utérines avec le porte-caustique de Lallemand; deux applications de ventouses scarifiées j deux vésicatoires sur le bas-ventre : bains, calmants, etc., pour combattre les effets immédiats de la cautérisation. L'état de la malade va s'améliorant ; et, après avoir été soumise, pendant près de trois mois, aux ferrugineux, aux toniques et à un régime réparateur, elle est sortie entièrement guérie, le 27 novembre 1855. La malade étant affectée d'une antéflexion très-prononcée avec un peu d'abaissement de l'utérus, je lui conseillai l'usage d'une ceinture hypogastrique avec pelote périnéale.

Des faits renfermés dans cette première série, et d'un grand nombre d'autres analogues, que l'espace ne nous permet pas de citer, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :

I. La métrite interne chronique est beaucoup plus commune qu'on ne le croit généralement.

II. Cette affection n'est pas seulement propre aux femmes mariées ou ayant eu des enfants; mais on l'observe aussi chez des femmes nullipares et chez des filles vierges {pbs. III, V, VI).

IIL La leucorrhée provenant de la cavité utérine n'est pas un flux catarrhal, une simple lésion de sécrétion, comme l'admettent la plupart des médecins; mais elle se rattache, sans contredit, à un étal phlegmasique de la muqueuse; elle est un phénomène constant de métrite interne, ainsi que nous l'avons avancé dans nos généralités; elle cède aux mêmes moyens que la phlegmasie utérine, qui en est la source.

IV. Non-seulement la métrite interne chronique se traduit par des signes locaux, tels que : douleurs, leucorrhée, dysménorrhée, etc.; mais encore elle donne lieu très-souvent à des phénomènes éloignés, à des troubles sympathiques de l'estomac ou du système nerveux [obs. I, II, IV, V).

V. La métrite interne est rarement simple; elle se complique assez souvent soit des phénomènes sympathiques dont nous venons de parler, soit d'une autre lésion de l'utérus ou de ses annexes (déviations, rétrécissements du conduit utérin, hystéralgie, métrite parenchymateuse, métrite granuleuse du col, phlegmasies péri-utérines, vaginite, etc.)

VI. On a beaucoup exagéré, dans ces derniers temps surtout, l'importance de quelques-unes de ces complications, telles que les

déviations et la métrite externe^, dont on a fait, pour ainsi dire, les affections dominantes de l'utérus. Ces lésions ne sont, en général, que secondaires, ou même parfois insignifiantes, et la majeure partie des accidents qu'on leur a attribués à tort doivent être rapportés et appartiennent, en réalité;, à la méirite interne chronique.

Ce qui le prouve principalement, c'est que, dans tous les cas, nous avons triomphé de ces accidents, sans nous préoccuper de la déviation ou de la lésion du museau de tanche, et en traitant seulement la métrite interne.

VII. Deux modes de traitement sont applicables à cette affection : 1° Le traitement antiphlogistique et indirect (émissions sanguines, révulsifs, bains, etc.); 2° le traitement substitutif ou direct (cautérisations intra-utérines).

VIII. Toutefois, ces deux modes de traitement ne doivent pas être employés indifféremment dans tous les cas.

1° Il convient de recourir au traitement général chez les filles vierges, afin de respecter, s'il est possible, l'intégrité de la membrane hymen, qui est un obstacle à l'institution du traitement local {obs.Y).

2" Le traitement antiphlogistique est formellement indiqué dans les cas de métrite interne aiguë ou subaiguë, et dans ceux de métrite interne chronique, compliquée soit de métrite parenchymateuse, soit d'une phlegmasie péri-utérine {obs. III, IV^ VI).

3° Dans certains cas le traitement antiphlogistique suffit pour guérir entièrement la métrite interne et ses complications (oès.V, VI).

h° Dans d'autres cas, il est nécessaire de faire suivre le traitement général de l'emploi des moyens locaux ou directs, pour obtenir une guérison complète {obs. II, III, VI).

5° On ne doit cesser le traitement général, pour entreprendre le traitement local, que lorsqu'on a triomphé des lésions qui réclamaient essentiellement l'emploi des antiphlogistiques (métrite aigoë ou subaiguë, phlegmasie péri-utérine, métrite parenchymateuse). La stricte observation de ce précepte met à l'abri des accidents graves qui ont été signalés quelquefois à la suite des cautérisations intempestives de la cavité ulérine.

6° L'état anémique des malades n'est pas une contre-indication absolue du traitement antiphlogistique. Les émissions sanguines conviennent dans les cas oti la réaction locale est intense, et surtout

dans ceux où les artères utérines battent avec force et présentent un grand surcroît de volume [obs. III, IV, V).

7° Le traitement local et direct suffit et peut être employé seul et d'emblée, lorsque la raétrite interne affecte une forme franchement chronique, qu^elle ne présente qu'un faible degré, et qu'elle n'est point compliquée de phlegmasie péri-utérine {obs. 1, IV. X).

IX. Dans les cas de métrite interne chronique compliquée de névralgie utérine, il est quelquefois avantageux de pratiquer le cathétérisme utérin, avant de cautériser la muqueuse utérine, afin d'émousser la sensibilité de cette membrane [pbs. I, III, VI).

X. Dans les cas de métrite interne compliquée de rétrécissement du conduit utérin, il faut préalablement détruire la eoarctation, soit par l'introduction de sondes graduées, soit même par ledébridement, s'il esc nécessaire {obs. III, IV, VI).

■ X[. Dans les cas compliqués de déviation utérine, il est toujours inutile, et très-souvent dangereux, de chercher à redresser l'utérus par des moyens mécaniques : redresseurs intra-utérins, pessaires vaginaux {obs. III, IV, IV). Nous ne saurions trop le répéter, la métrite interne est la lésion principale; c'est elle seule qu'il faut combattre. Dans la grande majorité des cas^ nous avons traité la métrite interne sans nous préoccuper de la déviation utérine; et les malades ont guéri parfaitement, malgré la persistance de la lésion mécanique.

XII. Ce que nous venons de dire des déviations utérines pourrait s'appliquer aux lésions superficielles du museau de tanche, décrites sous les noms de métrite externe, granuleuse et ulcéreuse. Souvent nous avons vu des granulations ou des ulcérations du col utérin céder au traitement de la métrite interne, tandis qu'elles avaient résisté à un traitement direct longtemps prolongé, à des cautérisations énergiques et répétées. Dans les cas de ce genre, la lésion du museau de tanche est déterminée et entretenue par le contact des matières qui s'écoulent de la cavité utérine. Il est clair que pour la guérir, il f mt d'abord combattre la métrite interne, qui est la source de cet écoulement {obs. IV, VI).

XIII. Quant aux complications éloignées, telles que dyspepsie, accidents gastralgiques, crises nerveuses, paralysies, etc., elles ne peuvent disparaître aussi qu'à la condition d'avoir triomphé au préalable de la métrite interne, dont elles procèdent {obs. I, IV, V).

108/4 OBSEUVAïIONS.

DEUXIÈTIE SÉRIE

OBSERVATIONS DE PHLEGMASIES PÉRT-UTÉRINES

, Observation Vil.

Phlegmasie péri-utérine chronique, à gauciic et en arrière. — Antéversion de la matrice. — Mctrite interne. — Douleurs lonibo> ovariques à gauche. — Émissions sanguines. — ■ "Vésicatoîres. — lodure de potassium. — Régime sévère. — Guérison de l'engorgement. — Persistance de la niétrite interne.

Madame Crit..., trente-quatre ans, d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, avait joui d'une santé excellente, lorsqu'à l'âge de dixsept ans, elle fut prise, à la suite d'une couche^ d'accidents de métropéritonite aiguë, avec prédominance des douleurs dans la région ovarique gauche. Sous l'influence d'un traitement antipblogistique, cette affection se dissipa au bout de trois mois. Depuis lors : douleurs continuelles dans le bas-ventre, à gauche; leucorrhée abondante; menstrues douloureuses et accompagnées de temps en temps de véritables métrorrhagies, qui avaient pour elîet d'exaspérer les douleurs et d'amener une recrudescence inflammatoire. Ces accidents étaient combattus avec avantage par la saignée, les bains et les cataplasmes sur l'abdomen ; mais ils ne tardaient pas à reparaître avec la même intensité.

Trois ans après, en 1836, appelé à donner des soins à la malade, je constatai un engorgement considérable du col et du corps de l'utérus, une métrite granuleuse et une antéversion, sans m'expliquer pourquoi les souffrances étaient plus vives à gauche qu'à droite. J'instituai alors un traitement conforme aux préceptes de Lisfranc : — saignée révulsive du bras (90 grammes) après la cessation des règles ; bains, cataplasmes émollients, repos absolu, régime sévère. Je renouvelai ces moyens toutes les fois qu'il survenait une recrudescence.

Au bout de trois semaines, quand les douleurs se furent calmées, j'examinai la malade au spéculum. Le col de l'utérus était rouge, engorgé, et présentait à sa surface, principalement au pourtour de l'orifice utérovaginal, plusieurs érosions et des granulations folliculeuses. — Bains prolongés, injections émoUientes, et plus tard, cautérisations de la surface du museau de tanche avec une solution de nitrate d'argent.

Diminution des pertes blanches, mais persistance de l'engorgement.

Cependant, depuis lors^ la malade n'a pas cessé de souffrir dans le côte gauche, particulièrement à l'époque des règles; et chaque année elle éprouvait une ou deux recrudescences inflammatoires qui cédaient à l'emploi des antiphlogistiques.

Dans la suite, les érosions et les granulations du col ayant reparu, je. les cautérisai de nouveau ; mais je fus obligé de renoncer aux cautérisations, en raison des accidents inflammatoiies dont elles étaient chaque fois suivies.

En 18/i8, deux ans après avoir commencé mes recherches sur les tumeurs phlegmoneuses des ligaments larges, je soupçonnai que les souffrances opiniâtres que la malade ressentait dans le bas-venire, depuis quinze ans, pouvaient bien dépendre d'une affection de cette nature. Ayant exploré soigneusement l'utérus et ses annexes, je ne tardai pas à reconnaître que la grosseur qui remplissait la cavité pelvienne n'était point, comme je l'avais supposé d'abord, formée uniquement par l'utérus engorgé, mais qu'elle était constituée en grande partie par une tumeur développée en dehors de cet organe, dans le ligament large du côté gauche et dans la cloison recto-utérine. Cette tumeur, qu'un sillon séparait de l'utérus, était adhérente à la paroi du bassin; une artère du calibre de la radiale se faisait sentir à sa base, au fond du cul-de-sac vaginal. Rien de semblable n'existait à droite.

La matrice était portée en antéversion.

L'utérus et la tumeur étaient douloureux à la pression, et les douleurs s'irradiaient dans le flanc gauche et sur le trajet du nerf sciatiquè du même côté.

Envies fréquentes d'uriner; miction difficile, douloureuse. Sentiment de pesanteur dans le bas-ventre; faiblesse des membres inférieurs, plus prononcée à gauche qu'à droite; marche pénible; station debout difficile. Phénomènes gaslralgiques peu intenses; digestions assez bonnes. Embonpoint conservé ; diminution des forces.

Malgré l'ancienneté de la maladie, je crus devoir mettre en usage les moyens qui m'avaient déjà réussi souvent dans des cas analogues : — émissions sanguines générales et locales; vésicatoires volants; bains: régime peu substantiel; repos absolu; iodure de potassium; pommade d'iodure de plomb.

Au bout de six mois de traitement et après vingt saignées de 60 à 90 grammes, quatre applications de ventouses scarifiées, soit sur les

lombes, soit sur rabdomen, la tumeur péri-utérine avait complètement disparu, ainsi que les douleurs du bas-ventre.

Sous rinfluence d'un régime substantiel, madame Crit... ne tarda pas à recouvrer ses forces. Les règles devinrent moins douloureuses, mais les pertes blanches persistèrent, à un moindre degré, il est vrai.

L'état de la malade resta le même pendant deux ans. Puis tout à coup, sous l'iijfluences de vives émotions morales et à la suite de grandes fatigues physiques, les douleurs se réveillèrent du côté gauche de l'hypogastre, la leucorrhée reparut avec soa abondance primitive, les règles s'accompagnèrent de nouveau de grandes souffrances : en un mot, une recrudescence venait d'éclater. Ne trouvant pas la raison de cette rechute dans l'engorgement péri-utérin qui ne s'était pas reproduit, et tenant compte, en outre, de la nature des douleurs utérines qui étaient expulsives, je fus naturellement conduit à rattacher ces nouveaux accidents à la métrite interne.

Je revins alors aux émissions sanguines. Mais je n'osai pas attaquer directement la métrite interne et je me contentai de la médication générale; aussi, après huit mois de traitement, n'ai-je obtenu qu'une guérison imparfaite : la leucorrhée a beaucoup diminué, les règles sont devenues plus régulières et moins douloureuses; la malade a pu reprendre sans inconvénients ses occupations habituelles ; et depuis onze ans, l'amélioration ne s'est pas démentie. Cependant, madame Crit... souffre encore de temps en temps du côté gauche de l'abdomen. Une ou deux saignées par an suffisent pour maintenir l'amélioration et empêcher le retour de nouveaux accidents.

Cette observation nous semble devoir prouver :

1° Qu'il y a eu primitivement, une erreur de diagnostic et qu'il a dti exister dès le principe un engorgement inflammatoire péri-utérin en même temps que tous les symptômes d'une métro-péritonite. La fixité de la douleur à gauche ne peut laisser à cet égard aucun doute dans notre esprit;

2° De quelle importance il eût été de reconnaître dès l'origine l'engorgement péri-utérin, en vue d'instituer un traitement plus convenable;

2° Que le traitement proposé et adopté par Lisfranc contre la métrite chronique est demeuré insuffisant contre l'engorgement péri-utérin;

4° Que la phlegmasie péri-utérine, après dix ou quinze ans de durée, peut encore être combattue avec succès, à l'aide d'un traitement approprié;

0° Que le traitement si efficace contre l'engorgement péri-utérin est parfois insuffisant contre la métrite interne, qui réclame l'emploi de moyens directs, et en particulier de topiques substitutifs;

6° Que les cautérisations dirigées contre la métrite externe du col sont impuissantes ou même nuisibles, alors que cette affection se complique de métrite interne et d^un engorgement péri-utérin : d'où le précepte de s'abstenir de ces cautérisations, quand il existe quelqu'une de ces complications ;

7° Que la phlegmasie péri-utérine exerce une influence très-grande sur la localisation de la douleur de la métrite interne, de telle sorte que, si la métrite persiste, la douleur concomitante reste fixée encore au même endroit, c'est-à-dire dans le lieu même occupé par l'engorgement inflammatoire, malgré la disparition de la tumeur périutérine.

Observation VIII.

Phlegmasie péri-utérine chronique à droite. — Métrite interne. — Antéversion de la matrice. — - Dyspepsie. — Émissions sanguines. — Calmants. — Bains. — Régime sévère. — Guérison.

Madame Vign..., âgée de vingt et un ans, d'un tempérament lymphatique-sanguin, d'une assez bonne constitution, vint réclamer mes soins au mois de février 18^1. Accouchement il y a un an ; et, depuis cette époque : douleurs plus ou moins intenses dans le bas-ventre, principalement à droite; pertes blanches abondantes, règles douloureuses, digestions difficiles ; et, consécutivement, amaigrissement et diminution remarquable des forces. En raison du siège des douleurs, mon attention se porta de suite du côté des organes génitaux; mais l'excessive sensibilité des parois vaginales ne me permit pas de faire un examen aussi complet que je le désirais. Je constatai seulement l'existence d'une vaginite et d'un engorgement inflammatoire du col et du corps de l'utérus. — Cataplasmes émoUients et calmants, injections vaginales adoucissantes, bains souvent répétés à l'eau de son, repos absolu et alimentation appropriée aux forces digestives de l'estomac.

Six mois après l'emploi de ces moyens, amélioration. Lisfranc, appelé

en consultation, partage mon sentiment sm* la natm'e de la maladie, et il esl d'avis de continuer le même traitement et d'y joindre l'administration de quelques toniques amers.

Au bout d'un an, madame Vian... allait mieux; elle put sortir et faire quelques promenades à pied. C'était assurément un grand pas vers la guérison, mais cela n'était point suffisant. En effet, les souffrances du bas-ventre, la leucorrhée, l'augmentation du volume de l'utérus, la sensibilité exagérée de ses parois, persistaient presque au même degré qu'auparavant, et dénotaient que la matrice était toujours le siège d'une subinflammation.

Fallait-il combattre directement cette subinflammation? Je n'osai le faire, et je donnai à la malade le conseil de se rendre à la campagne, où elle passa deux ans.

A son retour, en ISlih, madame Vign. .. était toujours souffrante; mais ses digestions étaient faciles et ses forces s'étaient relevées d'une manière sensible.

Je lui pratiquai alors une saignée de 60 grammes, le lendemain de la cessation des règles, et je répélai cette émission sanguine, une fois par mois, pendant les trois mois qu'elle passa à Paris.

Je revis la malade tous les ans pendant l'hiver, et je mis en usage la même médication, à laquelle je joignis l'application de quelques vésicatoires volants sur l'hypogastre. Ces moyens produisirent constamment de bons effets ; mais ils ne firent point disparaître les douleurs du basventre, et ils n'eurent presque aucune action sur la leucorrhée.

En 18-'i6, d'après les conseils d'un médecin d'Orléans, la malade alla prendre les eaux de Vichy, qui ne lui réussirent pas, ainsi qu'il était facile de le prévoir.

En février 18Zi9, madame Vign... souffrait moins que de coutume; je pratiquai l'examen au spéculum. Le museau de tanche était rouge, injecté, et présentait quelques érosions superficielles; il y avait en outre un écoulement vaginal d'un blanc jaunâtre, mêlé de mucosités visqueuses analogues à du blanc d'oeuf.

A huit jours d'intervalle, six cautérisations de la surface externe du col avec le nitrate d'argent fondu.

Au mois de juillet de la même année, la malade retourna à la campagne, près d'Orléans. Je l'adressai à mon confrère M. Debrou, qui lui pratiqua seize nouvelles cautérisations. Sous l'influence de ce traitement, les pertes blanches diminuèrent, mais les douleurs du bas-ventre s'accrurent.

Au mois de février 1850, madame Vign... revint à Paris, et réclama mes conseils. Soupçonnant alors que la persistance des douleurs n'était pas due seulement à la métrite, j'explorai de nouveau l'utérus et ses annexes, et, com.me je l'avais prévu, je trouvai dans le ligament large du côté droit une tumeur dure, solide, non fluctuante, adhérente à l'utérus et à la paroi du bassin. Cette tumeur était douloureuse à la moindre pression ; un sillon distinct la séparait de l'utérus ; une artère du volume de la radiale rampait à sa base. Les douleurs accusées par la malade s'irradiaient dans la hanche, dans les reins et dans la cuisse du même côté, et elles étaient accompagnées de la sensation d'une chaleur brûlante.

Rien de semblable ne se rencontrait à gauche.

En vue de combattre l'engorgement péri-utérin, j'eus recours au traitement suivant : douze saignées du bras de 60 à 90 grammes, dix applications de ventouses scarifiées (Zi5 à 60 grammes), quatre vésicatoires volants, cataplasmes émollients, grands bains à l'eau de son, repos absolu, régime sévère.

Au bout de six mois, la tumeur péri-utérine avait complètement disparu; les pertes blanches avaient beaucoup diminué, et les douleurs du basventre ne se faisaient plus sentir.

Depuis ce dernier traitement, dont nous croyons inutile d'indiquer tous les effets, madame Vign... habite constamment la campagne, et elle y jouit d'une bonne santé.

Observation IX.

Phlegnaasîe péri -utérine chronique à gauche. — Chloro-anémie. — itntéversion. — Emissions sanguines. — Vésicatoires. — Bains. — Calmants, etc. — Guérison.

Chassaignac (Denise), âgée de vingt-huit ans, d'un tempérament sanguin lymphatique, d'une constitution assez forte, réglée à dix-huit ans, est accouchée à l'âge de vingt ans. Depuis cette époque, elle a toujours été souffrante, et elle n'a pas cessé de perdre en blanc. Elle entra en 18/j7 à l'hôpital Cochin, dans mon service.

Le bas-ventre était très -douloureux; l'utérus un peu engorgé et en antéversion. Il existait une petite tumeur dans le ligament large du côté gauche, et elle paraissait avoir pour siège l'ovaire. La constipation était

NOKAT ET LTNAS. 69

1090 OBSERYATIONS.

habituelle; les règles douloureuses ; enfin la malade pre'sentait tous les symptômes de la chloro-anémie.

Je me bornai à combattre la chlorose, à l'aide des préparations ferrugineuses, sans oser recourir aux émissions sanguines. Au bout de six semaines, la malade quitta l'hôpital sans aucune amélioration du côté de l'utérus.

Elle'rentra dans ma division en I8/18. Depuis un an, ses règles étaient peu abondantes et peu colorées. Les douleurs du bas-ventre étaient devenues très-vives, surtout aux époques menstruelles; la tumeur péri-utérine avait augmenté de moitié. Je n'hésitai plus alors -à attaquer l'engorgement péri-utérin par les émissions sanguines, malgré la constitution chloroanémique de la malade. — Saignée de 60' grammes, suivie d'une diminution marquée des douleurs pelviennes; lavements et purgatifs, calmants^ repos; nourriture peu substantielle.

Douze jours plus tard, nouvelle saignée de 60 grammes. A la fin, de la semaine, les règles apparurent avec assez d'abondance et durèrent pendant trois jours. Retour de l'appétit, constipation opiniâtre qui nécessite l'emploi fréquent des purgatifs.

L'année suivante, 1849, la malade revint, pour la troisième fois, à l'hôpital. L'engorgement péri-utérin avait considérablement augmenté et avait envahi le tissu cellulaire rétro-utérin et le ligament large du côté droit. — Dans l'espace de sept mois : vingt saignées de 50 à 60 grammes, dix applications de ventouses scarifiées ou de sangsues, six vésicatoires volanls sur la fosse iliaque gauche, et, comme moyens adjuvants : bains, cataplasmes, repos absolu, alimentation peu substantielle. Le soulagement se manifesta rapidement, et les douleurs perdirent toute l'intensité qu'elles avaient reprise. La tumeur diminua sensiblement de volume, et elle finit par disparaître entièrement.

Depuis lors, la malade a toujours joui d'une excellente santé, et aucun accident n'est venu troubler la guérison. Sous l'influence d'un régime tonique, tous les signes de la chloro-anémie ont disparu.

Observation X. «1

Phlegmasie péri-utérine à gauche et en arrière, entre l'utérus et le rectum. — Antéversîon. — Métrîie interne. — Abaissement de la matrice. • — Émissions sanguines. — Révulsifs. — Calmants. — — Guérison.

Madame Rue...., âgée de trente-six ans, douée d'une bonne constitution et d'un tempérament sanguin, fut réglée à seize ans et demi et

mariée à vingt-deux ans. A vingt-sept ans, elle ressentit tout à coup, sans cause connue, les premiers symptômes de l'affection dont je vais traceil'histoire.

Des douleurs se manifestèrent dans le bas-ventre du côté gauche, et presque en même temps apparurent des pertes blanches. Un peu plus tard les règles s'accompagnèrent de souffrances insolites. Depuis lors la malade n'a pas cessé de souffrir plus ou moins.

P'endant deux ans elle ne suivit aucun traitement; puis, d'après les conseils de son médecin ordinaire, elle prit des bains, des lavements, des boissons amères, et fit quelques injections vaginales, soit émollientes, soit astringentes. Sous l'influence de ces moyens, les accidents diminuèrent.

Plusieurs années s'écoulèrent ainsi; puis, les douleurs s'étant accrues dans le courant de l'année, la malade consulta un éminent chirurgien qui, s' attachant surtout à combattre l'abaissement de l'utérus et la leucorrhée, conseilla une ceinture hypogastrique, des injections vaginales avec une décoction de roses de Provins dans du gros vin.

Les douleurs ne firent qu'augmenter, et, au bout de quinze jours, madame Rue.... fut obligée de renoncer à ce traitement.

Enfin, au mois de juin 1850, au moment où la malade, découragée, commençait à désespérer de sa guérison, elle vint me consulter, et je la trouvai dans l'état suivant :

Rien dans son extérieur ne trahissait les souffrances qu'elle éprouvait; elle avait conservé de l'embonpoint et de la fraîcheur. En l'interrogeant avec soin, j'appris qu'elle souffrait depuis longtemps dans le bas-ventre, et je procédai à l'examen des organes génitaux. L'utérus était abaissé, le col dirigé en arrière et un peu augmenté de volume, l'orifice utéro-vaginal arrondi et d'un diamètre étroit, le corps incliné en avant et un peu engorgé. A gauche de la matrice existait une tumeur volumineuse, solide; sensible à la pression, parcourue par une artère grosse comme les deux tiers de la radiale. Cette tumeur passait derrière l'utérus, adhérait à sa paroi. postérieure, à son côté gauche et à la paroi du bassin; elle s'élevait un peu au-dessus du détroit supérieur du bassin.

Pertes blanches abondantes, analogues à du blanc d'œuf. Douleurs lombo-ovariques à gauche; engourdissements dans la jambe du même côté.

Après quatre mois de traitement (8 saignées de 100 à 125 gr,; cataplasmes émollients; bains; repos; régime sévère), il y eut une amélioration très-grande : l'engorgement péri-utérin avait diminué de moitié ;

il n'adhérait plus à la paroi du bassin et la matrice avait repris sa mobilité normale. Tout allait très-bien et la guérison semblait prochaine^ lorsque la malade prit un lavement additionné, par mégarde, de plus de 80 gouttes de laudanum et s'empoisonna. Bientôt les accidents furent conjurés, et, au bout de trois semaines, il ne restait plus aucun signe de cette fâcheuse complication qui nous avait forcé d'interrompre le traitement de la phlegmasie péri-utérine.

11 fut repris au mois de novembre : saignée de U5 grammes. Même traitement les mois suivants. La malade était dans un état satisfaisant^ quoique les règles ne fussent pas revenues, lorsqu'une nouvelle méprise amena un second empoisonnement par le laudanum, dans le mois de février 1851. Mêmes troubles gastriques pendant deux mois. En avril, |e pus recommencer le traitement de la phlegmasie péri-utérine.

Au mois de juin la guérison était complète, sans le secours de l'iodure de potassium, qui ne put être toléré par l'estomac. La tumeur avait entièrement disparu, et la leucorrhée était presque nulle. La malade alla à la campagne, d'où elle revint très-bien portante. A partir du mois demai, les règles reparurent régulièrement et sans douleurs.

Pendant sa convalescence, madame Rue — a fait seulement quelque? injections émollientes, pris du fer, du quinquina, et suivi un régime substantiel. Malgré la persistance de l'antéversion, madame Rue n'a plus

éprouvé d'accidents du côté du bas-ventre, et depuis huit ans la guérisora ne s'est pas démentie.

Observation; XI.

Plilfgniaisîe péi*i-aslé»'îne chronî€|ne ù gauclie et en arrière.

Antcversîon de la matrice avec engorgemeast dn col et du corps-

— Slctrîie interne. — Émissionis sanguines. — Vésîcatoires.»^

— Calmants. — lodure de potassium. — Repos. — Régime sévère. — Guérison.

La nommée Stratcwiez, trente-quatre ans, d'un tempérament sanguinnerveux et d'une assez bonne constitution, réglée à quatorze ans et demi; malade depuis quatorze ans, à la suite d'une couche. Douleurs dans le bas-ventre, à gauche; pertes blanches; dysménorrhée.

Aucun traitement pendant onze ans.

Depuis trois ans : toniques, amers, ferrugineux, injections astrin-j gentes, bains, cautérisations, etc. Homœopathie pendant un an (Pétroz}i — En dernier heu, traitement par la curette. Aggravation des accidenlsi

La malade entre dans mon service, à l'hôpital Cociiin, en octobre 1850. JÉtof actuel: pâleur de la face, altération des traits, amaigrissement marqué, douleurs dans le bas-ventre à gauche, s'irradiant dans les flancs, les reins, les cuisses et la vulve. Utérus augmenté de volume et en antévei-sion au 3" degré, dilatation de l'orifice utéro-vaginal. A gauche, au fond du cul-de-sac vaginal, tumeur très-A'olumineuse, solide, non fluctuante, douloureuse à la pression, adhérente à la paroi de l'utérus et à celle du bassin, se prolongeant en arrière entre l'utérus et le rectum, s'avançant jusque dans le ligament large du côté droit, et dépassant le pubis de quatre travers de doigt, parcourue enfin, inférieurement, par ■une artère du volume de la radiale.

Diminution de l'appétit, digestions difficiles, garderobes douloureuses, ■envies d'uriner fréquentes ; pertes blanches abondantes; règles douloureuses et suivies de crises violentes. En outre, tous les signes delà chloroanémie.

Traitement. — Vingt-deux saignées (de 80 à 90 gr.), et dix fois les ventouses, dans l'espace de huit mois; alimentation modérée, repos absolu; ^mollients et calmants; bains, une ou deux fois par semaine.

Sous l'influence de ce traitement, les douleurs diminuèrent peu à peu, tout en présentant, aux époques menstruelles, des recrudescences qui turent combattues avec succès par la saignée. Vers le quatrième mois du traitement, plusieurs vésicatoires sur le bas-ventre produisirent de trèshons effets. La tumeur diminua peu à peu de volume, et, au bout de huit mois, la malade sortit en voie de guérison. La tumeur était réduite au volume d'une noix et ne se prolongeait plus entre l'utérus et le rectum. La malade continua chez elle l'iodure de potassium, que je lui prescrivais depuis quelques semaines à la dose de 50 centigrammes, et plus tard je constatai que la tumeur avait complètement disparu.

Plusieurs mois après la disparition de la tumeur, je combattis la métrite parenchymateuse du col à l'aide de la potasse caustique de Filhos. Deux cautérisations suffirent pour en obtenir la guérison.

A dater de ce moment, les pertes blanches devinrent beaucoup moins abondantes et les règles cessèrent d'être douloureuses. La malade, sousnise à un régime réconfortant, ne tarda pas à recouvrer ses forces et son embonpoint. Je l'ai revue au bout de neuf ans, et jamais la guérison ne â'est démentie.

109i OBSERYATIONS.

Observation XII.

Phlegmasîe péï'î-MtéPÎne chronique à ganclie. — Antéversion de la matrice. — Traitement dirigé sans fsueeès contre l'engorgement de l'utérus. — Émissions sanguines. — ÉmollientS; etc. — - Amélioration.

Madame Clau..., âgée de cinquante-cinq ans, douée d'une torte constitution, d'un tempérament sanguin-bilieux, était malade depuis trente ans, et, malgré les divers traitements qu'elle avait suivis, elle n'avait jamais cessé de souffrir dans le bas-ventre, du côté gauche. En 1826, la malade consulta en premier lieu Lisfranc, qui la fit admettre dans son service, à la Clinique, et lui pratiqua l'amputation du col de la matrice. L'opération n'eut point de suites fâcheuses, mais elle n'exerça aucune influence sur la marche des accidents. Depuis lors Lisfranc continua de donner des soins à madame Clau Il eut recours aux saignées révulsives, aux bains, aux boissons amères. Après chaque émission sanguine^ la malade se trouvait soulagée^ mais ses douleurs ne tardaient pas à renaître.

Au bout de quinze ans, madame Clau... a été traitée, pendant dix ans, par le docteur Pauli, qui, à différentes reprises, cautérisa le col de la matrice, et insista sur les bains, les cataplasmes, les injections émollientes et astringentes.

Ces moyens ne firent point disparaître la douleur que la malade ressentait dans le bas-ventre à gauche.

Enfin, depuis cinq ans, elle avait renoncé à toute espèce de traitement^ lorsqu'au mois de juin 1855 elle vint me consulter.

Etat actuel (12 juin). — Expression naturelle de la face, appétit conservé, digestions faciles; constipation; à gauche, douleur dans le basventre, les reins, le flanc et la cuisse.

Utérus en antéversion, à peine engorgé ; tumeur grosse comme une pomme d'api dans le hgament large gauche. Cette tumeur adhère à. la paroi latérale- gauche de la matrice; elle est solide, non fluctuante; elle présente en bas une artère dont le volume égale celui de la moitié de la radiale. Elle est douloureuse à la pression.

Vu au spéculum, le col utérin est un peu rouge, mais il ne présente ni granulations, ni ulcérations. Leucorrhée peu abondante.

Les règles ont cessé depuis quatre ans.

Saignée de 100 grammes, émollients, calmants^ bains; quelques laxatifs.

Ces médications soulagèrent la malade j mais, en raison de l'ancienneté de son affection, je ne crus pas devoir tenter un traitement curatif.

On comprend pourquoi la maladie, de madame Clau.... s'est. montrée rebelle aux divers moyens employés soit par Lisfranc, soit par Pauli. L'amputation du col de la matrice, la cautérisation utérine, ne pouvaient avoir aucun succès.

Ce fait prouve . qu'un diagnostic incertain conduit à une thérapeutique vague, incertaine aussi, et que, si la guérison s'obtient, elle est un effet du hasard.

Ainsi j'ai pu retrouver, au bout de trente ans, la lésion qui a été, à mon avis, la cause de tous les accidents.

Nul doute que, si cette lésion eût été reconnue par Lisfranc, il eût en recours à un mode de traitement tout différent, qui aurait, sans aucun doute, amené de meilleurs résultats.

Observation XIIL

Phlegmasic pérî>ntéri::e clxroniqnc à gauche et dajns le tissu cellalaîre rétro-iités'în. — EngorgenieBit du eol et du corps de l'utérus, — Antéversîon. — Émiîssîons sanguines. — Cataplasmes. — • lodure de potassium. — Repos. — - Maeuluves. — Kégîme sévère. Guérîson.

Madame Div..., âgée de quarante-huit ans, d'une bonne constitution., d'un tempérament sanguin, mère de trois enfants, habituellement bien réglée, jouissait en apparence d'une bonne santé. Cependant elle éprouvait, depuis une douzaine d'années, des douleurs dans le bas-ventre, du côté gauche j mais, jusqu'au mois de janvier 1850, ces douleurs ne revinrent qu^à des intei-valles assez éloignés, et ne l'obligèrent pas à garder le repos.

Au mois de janvier 1850, madame Div... fut prise tout à coup de tous les symptômes d'une métropéritonite aiguë, qui céda, au bout d'un mois, à l'emploi des émissions sanguines, des onctions mercurielles, etc. Maisla malade continua de souffrir dans le bas-ventre, du côté gauche, et, vers le mois denmi, les douleurs s'accrurent et se répandirent dans la cuisse gauche. Madame Div... consulta Chorael, qui lui conseilla des bains de Plombières artifieiels. Un mois après, en juin, lamalade souf-

frant davantage, consulta de nouveau Choniel, qui reconnut l'existence d'une tumeur dans la cavité pelvienne, du côté gauche, et fut d'avis de ne rien faire.

A partir de cette époque, l'état de madame Div... ne fit que s'aggraver, et ses douleurs devinrent plus vives et plus étendues, au point de rendre la marche et le sommeil impossibles.

Les règles étaient très-abondantes et accompagnées de vives souffrances. Les forces de la malade diminuaient de jour en jour; les digestions se faisaient mal et l'appétit était presque nul.

Au mois d'août, un de mes anciens internes, M, le docteur Boyer (de Draguignan) , m'adressa la malade, et, après un examen attentif, je reconnus l'existence d'une tumeur péri-utérine, occupant le ligament large du côté gauche et la cloison rétro-utérine. Cette tumeur descendait presque au niveau du museau de tanche, adhérait à la paroi du bassin et à l'utérus, remontait jusqu'au détroit supérieur, de telle sorte qu'elle était nettement perçue à l'hypogastre. Elle était solide, dure, non fluctuante, douloureuse au toucher, parcourue par des élancements qui s'irradiaient dans le flanc et jusque dans la jambe. A sa surface rampait une artère grosse comme la radiale et qui se rendait au col de l'utérus. Ce dernier était engorgé, plus ferme que dans l'état normal. Le corps, en antéversion, était hypertrophié aussi, Rien à droite. Leucorrhée peu abondante. Constipation opiniâtre. Pouls régulier; point de chloro-anémie.

Le traitement fut commencé dans les derniers jours d'août.

Je pratiquai d'abord une saignée de 90 gr., qui fut suivie d'une amélioration immédiate ; mais les souffrances reparurent bientôt. Nouvelle saignée, suivie du même soulagement. Dans le premier mois, cinq saignées de 80 à 90 gr. Avant le retour des règles, la malade se trouvait beaucoup mieux ; mais le lendemain de leur apparition, les douleurs revinrent. Dès qu'elles eurent cessé, nouvelle saignée de 125 gr. Les douleurs se * calmèrent peu à peu, sous l'influence de quelques saignées de 60 à 90 gr., pratiquées dans l'espace de cinq mois.

A cette époque, la malade se trouva si bien qu'elle voulut cesser le traitement. Mais, au bout de cinq semaines, elle réclama de nouveau mes soins. Depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'août, dix saignées furent pratiquées et toutes procurèrent un soulagement immédiat. Chaque époque menstruelle réveillait des douleurs intenses, qui cédaient à une émission sanguine. Au mois de juillet survint une recrudescence des plus vives. Trois saignées furent encore pratiquées pendant le mois d'août, et les

règles vinrent à l'époque habituelle et sans douleur. Plus de souffrances dans le bas-ventre ni dans la jambe gauche ; plus de pertes blanches. La tumeur avait complètement disparu.

J'ai administré, à plusieurs reprises, l'iodure de potassium, mais j'ai été obligé, chaque fois, d'en suspendre l'usage, parce que cette médication était suivie d'une exacerbation des douleurs.

Depuis le mois d'août 1851, après un an de traitement, la guérison s'est maintenue. La malade a traversé l'âge critique sans accidents; elle a aujourd'hui soixante-treize ans, et jouit d'une excellente santé.

ObservatjOxN: XIV.

Phlegniasie péri-utérine chronique à gauche. — Antéversion de la matrice. — lusuceès du redresseur de Simpson. — Enaissions sanguines. — Calmants. — Bains. — Guérison.

Ferron (Louise), âgée de trente-trois ans, d'une constitution robuste, d'un tempérament sanguin-nerveux et impressionnable à l'excès, a été réglée à dix-neuf ans : elle a eu deux enfants; le premier à vingt-deux ans, le deuxième à vingt-quatre ans et demi. Elle rapporte l'origine de sa maladie à une fausse couche qui remonte à six ans. Les douleurs se sont montrées dans le bas-ventre, du côté gauche, et en même temps dans la région de l'estomac. La malade fut traitée successivement par Yelpeau (sangsues et larges vésicatoires à l'hypogastre) ; par Robei't (deux saignées, trois ou quatre applications de ventouses scarifiées, bains sulfureux, une cautérisation de l'utérus) ; et par Huguier (sangsues et cautère sur le bas-ventre); le tout sans succès. Enfin elle a été soignée à Beaujon et à la Pitié par Valleix, pendant huit mois, à partir d'octobre 1851 ; la malade a porté le redresseur intra-utérin de Simpson soixante-dix jours, à huit reprises différentes. L'application de cet instrument était suivie chaque fois d'une aggravation des accidents, de douleurs plus vives et de métrorrhagie.

Ayant eu l'occasion d'examiner cette malade avec Valleix, je reconnus un engorgement péri-utériu, et j'affirmai que le redresseur serait impuis- :sant à amener la guérison. En effet, des accidents nouveaux ne tardèrent pas à se manifester avec une telle intensité, qu'il fallut les combattre par des moyens énergiques (sangsues, vésicatoires). Au bout d'un mois, la malade souffrant de plus en plus, réclama sa sortie et vint, à quelque temps de là, dans ma division.

Elle éprouvait des douleurs très-vives dans le bas-ventre, dans, les reins et dans la hanche du côté gauche,. des élancements, un sentiment de chaleur, de déchirement et de pesanteur dans le rectum, un peu au-dessus de l'anus. La surface du museau de tanche était lisse, non granuleuse, et par son orifice s'écoulait un liquide transparent, filant comme. du blanc d'œuf. Le corps était très-douloureux à la pression, et à peine hypertrophié : au fond du cul-de-sac vaginal gauche, on sentait, entre la matrice et la paroi du bassin, une tumeur du volume d'une petite orange, aplatie, qui contournait l'utérus auquel elle était adhérente : elle était lisse à sa surface, dure, non fluctuante, très-douloureuse au toucher et traversée à sa partie inférieure par une artère grosse comme les deux tiers de la radiale. Cette tumeur s'élevait jusqu'au niveau du détroit supérieur du bassin. La malade éprouvait des phénomènes névralgiques, et l'ingestion des aliments réveillait les douleurs du bas-ventre. Les urines et les garderobes étaient douloureuses. Pas de fièvre, pouls à 80. Chloro-anémie.

Madame Ferron est restée six mois dans mon service. Pendant les trois premiers mois, les douleurs, beaucoup plus vives qu'auparavant, se sont répandues dans les cuisses, dans la hanche et dans le bras, dans les parois thoraciques du côté gauche : ce n'est qu'à partir du troisième mois qu'elle a commencé à éprouver. du soulagement.

Traitement. — Vingt saignées, de 60 à 100 gr. chacune ; trois fois les sangsues sur le bas-ventre; huit fois les ventouses scarifiées; quatre fois les sangsues sur le col de la matrice ; trois vésicatoires sur le ventre et sur l'estomac. Les vésicatoires ont toujours augmenté .les douleurs du basventre. La malade a quitté mon service, débarrassée de sa tumeur périutérine et de ses douleurs, autrefois si intenses.

Madame Ferron est venue ensuite .à ma consultation. Elle a été cautérisée, pendant deux mois, avec. le crayon de nitrate d'argent. Ces cautérisations détermiaèrent un léger rétrécissement de l'orifice utero- vaginal, qui fut sans conséquence.

' J'ai revu cette malade, au bout de six ans : laguérison s'était parfaitement maintenue.

Observation XV,

Plilegmasie pcrl-ntérîne chronicpie. — Méirîte interne dm col et dn corps. — Engorgement de l'utérns. — A.ntéversîon. — Émissions sanguines. — Émollients. — "Vésîcatoîres. — Bains. — lodnre de potassium. — Repos absolu et réginae sévère. — Cautérisations intra-utérines. — Guérison.

Madame Bond..., âgée de quarante-cinq ans, a eu deux enfants, dont le plus jeune avait vingt-deux ans à l'époque où elle réclama mes soins. Elle est d'une constitution peu forte, d'un tempérament lymphatique et nerveux. Depuis longtemps, dix ans au moins, elle est sujette à des douleurs dans le bas-ventre ; elle a des pertes blanches et de la dysménorrhée. Peu à peu ces accidents ont augmenté au point de rendre les mouvements et la progression pénibles, les garderobes difficiles, etc.

Le 15 juillet 1852, le docteur LaudiLert m^adressa madame Bond... Indépendamment des symptômes précités, je trouvai la région hypogastrique tendue et très-sensible au niveau de la fosse iliaque gauche ; on y sentait une tumeur s' élevant à gauche jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de l'ombilic, et à droite jusqu'à quatre travers de doigt seulement ; vers le milieu, elle dépassait le pubis de 6 ou 7 centimètres.

Parle toucher vaginal, je retrouvai la même tumeur occupant les deux ligaments larges et la cloison rétro-utérine. De chaque côté et en arrière, elle refoulait le cul-de-sac du vagin presque jusqu'au niveau du museau de tanche; de toutes parts elle adhérait à la paroi du bassin et à l'utérus, qui n'était libre que par sa face antérieure, et qu'elle repoussait contre le pubis et un peu au-dessus du détroit supérieur. Cette tumeur présentait partout une consistance presque aussi ferme que celle des corps fibreux ; elle était peu sensible à la pression. De chaque côté, une artère volumineuse rampait à sa surface inférieure, celle du côté gauche plus grosse que celle du côté droit. La malade sentait battre ces artères dans la région utérine.

Les douleurs que madame Bond... éprouvait dans le bas-ventre s'irradiaient dans les flancs, les hanches, lesjambes et surtout la cuisse gauche. Les membres étaient tous un peu engourdis et plus faibles qu'autrefois. Du reste, pas de fièvre, pas de bruit de souffle dans les troncs vasculaires du cou.

Malgré l'ancienneté de la tumeur, malgré sa consistance solide et

presque fibreuse, je ne désespérai pas d'en obtenir la résolution à l'aide du traitement qui m'avait déjà réussi dans des cas analogues.

En conséquence, je prescrivis une saignée de 125 grammes, une alimentation très-modérée et le repos absolu. — Soulagement passager.

Au bout de huit jours, saignée de 90 grammes : même soulagement.

Les règles vinrent, après ces deux saignées, à leur époque ordinaire, mais elles ne durèrent que deux jours au lieu de trois. Immédiatement après, la malade éprouva une légère recrudescence : troisième saignée.

Quinze jours plus tard, autre saignée de 70 à 80 gr. Prompt soulagement. Mais, au bout de quelques jours, nouvelle recrudescence caractérisée par des douleurs plus intenses, une augmentation du volume de la tumeur, une tension plus grande du ventre et une accélération du pouls.

Ce changement subit dans l'état de la malade me donna lieu de craindre qu'elle ne fût menacée de très-graves accidents; et, vu la faiblesse de son organisation, je me décidai à suspendre le traitement. Je permis à madame Bond... de faire quelques pas dans sa chambre et de prendre une nourriture plus substantielle. Les règles apparurent à leur époque habituelle, et, en même temps, les douleurs du bas-ventre prirent une nouvelle intensité. Après les règles, les accidents s'aggravèrent encore et revêtirent les caractères d'une métropéritonite aiguë : ventre météorisé; pouls fréquent, filiforme; nausées, vomissements, etc. — Saignée de 125 gr. ; vingt sangsues sur le bas-ventre ; onctions mercurielles à haute dose. Chomel et Laudibert furent appelés en consultation et approuvèrent les moyens que j'avais employés. L'état de la malade devenant de plus en plus inquiétant, je couvris tout l'hypogastre d'un large vésicatoire, et, dès le lendemain, l'amélioration était sensible. Peu à peu, le ventre devint moins douloureux, moins tendu ; les vomissements cessèrent, le pouls perdit sa fréquence. Au bout de huit jours, j'étais maître des accidents, et bientôt la recrudescence fut complètement vaincue.

La fièvre cessa et la malade put prendre un peu d'aliments. A partir de ce moment, la tumeur péri-ulérine, qui avait pris un volume considérable dans l'espace de quelques jours, diminua d'une manière graduelle sous l'influence d'un traitement bien simple. Ce traitement consista dans l'emploi des moyens suivants : six petites saignées du bras, trois applications de sangsues [U ou 5 chaque fois) ; deux applications de ventouses scarifiées, grands bains, quatre vésicatoires volants, onctions calmantes; iodure de potassium (10, 15, 20 centigrammes); frictions avec une pom-

made d'iodure de plomb; lavements et légers laxatifs; alimentation graduelle.

Sous l'influence de ces moyens, l'engorgement péri-utérin disparut ;i droite en huit mois, et à gauche, en quatorze mois, et depuis lors la guérison s'est maintenue.

La matrice était encore volumineuse et en antéversion.

L'année suivante, je pratiquai sept ou huit cautérisations intra-utérines avec le nitrate d'argent ; mais il ne m'a pas été possible de faire cesser complètement les symptômes de la métrite interne. Toutefois la leucorrhée avait beaucoup diminué, et les règles n'étaient plus douloureuses. La malade se trouvait bien sous tous les autres rapports.

Observation XVJ.

Phlegniasie pévi-utérine chronique. — Métrite interne. — Traitement antîphlogistique. — Bains. — Calmants. — Yésicatoires. — lodure de potassium. — Cuérîson.

La nommée X.... trente-huit ans, tempérament sanguin-bilieux, forte constitution, entre à la Pitié dans e mois de mars 1853. Habituellement bien réglée, mère de trois enfants.

Depuis sa dernière couche, qui date de six ans, cette femme souffre dans le bas-ventre, surtout à gauche, et perd beaucoup en blanc. Pendant les trois dernières années, elle a été soumise par M. Ricord au traitement suivant : injections émollientes et astringentes ; cautérisations multipliées du col utérin ; régime fortifiant ; amers et ferrugineux.

La malade souffre de plus en plus et continue d'avoir une leucorrhée abondante.

D'après les conseils de M. Ricord u -même, a malade vint réclamer mes soins.

Elle se plaignait des douleurs signalées plus haut. Je trouvai dans le ligament large gauche une tumeur solide, du volume d'un œuf de poule, adhérente à l'utérus et à la paroi du bassin, envoyant un petit prolongement derrière la matrice et remontant jusqu'au niveau du pubis. Une artère ayant le tiers du volume de la radiale rampait à la face inférieure de la tumeur et se rendait au col utérin.

l.e côté droit était sain.

L'écoulement leucorrhéique était muco-purulent; le col de la matrice

tuméfié, rouge> couvert de quelques granulations ; l'orifice utéro-vaginal dilaté.

Les douleurs lombo-ovariques s'exaltaient à l'époque des règles. Elles s'irradiaient à gauche dans la hanche et dans la jambe et rendaient la marche très -pénible.

Digestions assez bonnes. — Pas de fièvre.

Traitement. — Dans l'espace de quatre mois, douze saignées de 100 à 125 gr. chacune; — émolhents ; — régime sévère; — bains; — cataplasmes sur l'abdomen ; — trois vésicatoires volants sur la fosse iliaque gauche.

Sous l'influence de cette médication, les douleurs diminuent, Tengorgement péri-utérin se résout graduellement, l'artère signalée autour delà tumeur s'atrophie peu à peu.

Dans les deux derniers mois : — iodure de potassium (de 25 à 50 centigrammes) ; — frictions avec la pommade d'iodure de plomb ; alimentation pluasubstantielle.

Au bout de quatre mois et demi, l'engorgement péri-utérin a complètement disparu.

La leucorrhée persiste, mais beaucoup moins abondante. J'institue alors le traitement direct de la métrite interne. Après sept ou huit cautérisations intra-utérines avec la solution concentrée de nitrate d'argent, la malade quitte l'hôpital en voie de guérison (juillet 1853). — Depuis lors j'ai pu m' assurer que la guérison s'est confirmée.

Dans cette série d'observations, comme dans la première, j'aurais pu multiplier le nombre des faits ; mais ceux que je viens de rapporter me paraissent suffisants pour établir les propositions suivantes :

T. Dès l'année 1847, j'ai reconnu l'existence du phlegmon périutérin chronique, non puerpéral, et je me suis occupé de Tétude de cette affection bien avant qu'elle ne fi^ât l'attention des autres pathologistes, ainsi que le démontrent les observations VII, VIII et IX de cet ouvrage, et les faits rapportés dans la thèse de M. le docteur Boyer, un de mes anciens internes,

II. Ce n'est qu'après de nombreux tâtonnements, après une observation soutenue, laborieuse et persévérante, que je suis parvenu à déterminer le siège et les caractères anatomiques de cette alfection, à saisir les principaux faits qui la distinguent, à préciser le diagnostic et à poser les bases d'une thérapeutique rationnelle.

On peut voir, en parcourant les observations VII, VIII et IX,

combien il m'a a été difficile d'arriver à la solution des différentes questions qui se rattachent à Thistoire nosologique du phlegmon pérr-utérin. C'est pour mieux faire ressortir aux yeux du lecteur ces difficultés, que j'ai cru devoir rapporter les observations de cette série dans l'ordre chronologique. Les premiers faits témoignent des incertitudes, des hésitations du début, ainsi que de la timidité thérapeutique qui était la conséquence de ces doutes. On verra, par exemple, dans les observations VII, YIII et IX, que ce n'est qu'après plusieurs années d'un traitement infructueux que je me suis décidé à instituer une médication plus active et plus efficace, arrêté que j'étais d'abord, soit par l'incertitude du diagnostic dans certains cas, soit parles conditions générales des malades, et principalement par l'état chloro-anémique-

III. Le phlegmon péri-utérin chronique est une afTection très-commune. On le désigne aujourd'hui sous le nom plus général de phlegmasie ou inflammation péri-utérine, dénomination dont je me suis servi moi-même depuis longtemps.

IV. Souvent l'engorgement péri -utérin se développe spontanément et hors de l'état puerpéral {obs. IX et X).

V. Il peut se montrer non-seulement chez les femmes mariées, mais encore chez les jeunes filles vierges.

VI. Il est très-rarement simple. Dans l'immense majorité des cas if est compliqué, soit d'une lésion de l'utérus (métrite interne, déviation, etc.), soit de divers accidents nerveux (névralgies, hystérie, paralysies, entérite glaireuse, etc.), ainsi que le prouvent la plupart des observations précédentes et toutes celles de la troisième série.

VIL L'engorgement péri-utérin chronique reste habituellement stationnaire pendant de longues années. Abandonné à lui-même, il n'a de tendance ni à suppurer, ni à se terminer par résolution {obs. VII [quinze ans], VllI [neuf ans], IX [quinze ans], XII [trente ans]).

VIL Cette affection réclame d'abord l'emploi des émissions sanguines, proportionnées à la force des sujets, à l'étendue de la lésion, à son ancienneté et au développement des artères qui alimentent la tumeur.

L'état chloro-anémique n'est pas une contre-indication formelle du traitement antiphlogistique. Seulement il est essentiel de n'employer les saignées qu'à très-petite dose, de manière à pro-

duire un effet dérivatif plutôt que déplétif [obs. IX, XI et XVI], Au début de mes recherches, redoutant l'appauvrissement du sang, je n'osais pas recourir aux émissions sanguines; et je ne parvenais, qu'à soulager les malades, sans obtenir la résolution de l'engorgement péri-utérin. Plus tard, frappé de l'insuccès de la médication palliative, j'ai appliqué aux sujets anémiques le traitement antiphlogistique qui m'avait réussi chez les malades bien constituées {obs. YIIL IX, XI et XVI).

IX. Dans quelques cas exceptionnels, j'ai pu obtenir la résolution de l'engorgement jpéri-utérin, sans le secours des émissions sanguines.

TROIlSlEnE SERIE

OBSERVATiONS DE MÉTRITE INTERNE, COMPLIQUÉE DE PHLEGMASIE PÉRI-UÏÉRINE

Observation XVII.

Métrîte interne. — Phlegmasîe péri>Htérine à gauche. — Antéves*" sion. — Douleurs lombo-ovariques. — Vaginite. — Traitement anliphlogistîque. — Cautérisation intra-utérine. — Cautéri'^ sation transcurrente. — Guérison.

La nommée Linst..., âgée de vingt-six ans, d'un tempérament lymphatique, femme de chambre, est entrée à la Pitié, dans ma division, le li juillet 1855. Elle a été réglée à treize ans et demi, régulièrement, jusqu'en 1850; perles blanches peu abondantes depuis plusieurs années.

En 1850, la malade, à la suite de grandes fatigues, fut prise de vomis- *sements, de fièvre et de douleurs dans le ventre. Elle entra à Necker, oi» elle fut traitée pour une affection intestinale. Elle en est sortie sans avoir éprouvé aucun soulagement. Les vomissements continuaient,

De retour chez elle, la malade fut mise sans relâche à l'usage des ferrugineux ; puis on lui administra pendant trois ou quatre mois des vomitifs et des purgatifs. Les règles venaient toujours régulièrement, mais avec de grandes douleurs, qui duraient huit jours avant l'époque et quinze jours après.

Après ce laps de temps, environ en 1851, cette femme, se voyant de

plus en plus malade, entra à la Charité, dans le service de Cruveilhier, et y resta six semaines, pendant lesquelles elle subit le tiaitenient suivant : vésicatoires sur la région épigastrique ; potions calmantes; glace à l'intérieur ; diète, l.es vomissements ont diminué; mais les douleurs du bas-ventre ont augmenté et même ont envahi toute l'étendue de l'abdomen. Des réparations dans la salle forcèrent la malade d'entrer chez M. Piorry, où elle resta quinze jours. Ce médecin la traita pour un engorgement de la rate et pour une atîection du cœur (six vésicatoires morphines; bains de pieds sinapisés tous les jours; eau de Spa). Du service de M. Piorry, la malade passa dans la division de M. Briquet, et v resta deux mois. Tous les jours on lui appliqua des sinapismes sur le dos, le ventre et l'estomac. Elle prenait chaque matin un verre d'eau de chaux pour combattre les aigreurs qui suivaient les repas. Les règles venant difficilement, on pratiqua la faradisation des organes génitaux. Cette médication, sans remédier à la dysménorrhée, détermina dans ces organes des douleurs qui ont persisté jusqu'à présent. Il survint en outre des étouffements nerveux, se reproduisant par crises trois ou quatre fois par jour; on les combattit par les opiacés et les boissons froides.

La malade se sentant un peu soulagée, sortit au bout de deux mois ; mais elle ne tarda pas à être reprise des mêmes accidents. Cinq mois après, elle rentra chez M. Briquet, présentant la même série de symptômes que la première fois.

Les douleurs névralgiques, qui occupaient particulièrement la région abdominale, furent combattues tour à tour par des vésicatoires, des sinapismes, des bains presque froids; l'usage des ferrugineux, des préparations de belladone; la faradisation, et en dernier lieu, les compresses de chloroforme, qui seules soulagèrent un peu la malade.

Elle quitta l'hôpital et put reprendre ses travaux pendant quelque temps.

En 1853, elle prit des bains de mer qui la soulagèrent beaucoup. Puis, en raison de la dysménorrhée, on lui prescrivit des fumigations locales aromatiques et des infusions d'armoise; le tout sans résultat.

Le 27 février 1855, elle entra de nouveau dans le service de Cruveilhier : douleurs excessives dans le ventre et dans la jambe gauche, progression difficile, claudication. Deux fois des ventouses scarifiées dans le dos, deux fois sm- les reins; une fois les sangsues sur le côté gauche du ventre; sept vésicatoires sur l'abdomen, le dos et l'estomac; peu de soulagement. Au bout de quatre mois, la malade sort de l'hôpital. Mais les douleurs devinrent bientôt assez intenses pour rendre la marche

^ONAT ET LINAS.

impossible. Au mois de juin, elle entra pendant huit jours dans le service de Gibert : ventouses sur le ventre; sinapismes, régime lacté. Ensuite elle vint à la Pitié dans le service de Maisonneuve,. qui lui prescrivit des pilules de Vallet, des bains, des cataplasmes de fécule. Enfin, le JZj juillet, elle entra dans ma division.

État actuel (15 juillet 1855) : ventre très-sensible au toucher, douleurs névralgiques le long du rachis, augmentant à la pression ; garderobes pénibles j chloi'o-anémie ; toucher vaginal très-douloureux, utérus en an lélatéro flexion; perles blanches abondantes et analogues à du blanc d'oeuf. Engorgement péri-utérin avec pulsations d'une artère volumineuse à gauche : saignée de 90 grammes ; sous-nitrate de bismuth; cataplasmes; une portion. — Le 17, la malade se trouva soulagée par la saignée : compresses de chloroforme, qui calment un peu les douleurs générales, sans diminuer toutefois celles du ventre. — Le 19, nouvelle saignée de 100 grammes, non couenneuse, qui produit un excellent effet: les selles deviennent plus faciles. — Le 21, céphalalgie; la pression sur le ventre est encore douloureuse, six ventouses scarifiées sur cette région; et dès le lendemain, la malade se trouve beaucoup mieux; le ventre est moins sensible au toucher; la physionomie est meilleure. L'amélioration persiste jusqu'au 27, où la malade est un peu plus souffrante, à cause de l'approche des règles. — Le 30, apparition des menstrues; douleurs plus vives, moins intenses cependant qu'au début. Mouvement fébrile léger. Après la cessation des règles (l'"'' août), six ventouses scarifiées qui améliorent encore Pétat général. Jusqu'au 9, le ventre n'est presque plus endolori et la fièvre a disparu. A cette époque, une angine intercurrente amène une recrudescence des douleurs. — Le 10, quatre ventouses scarifiées sur les reins à gauche. — Le 11, douleurs à droite, quinze sangsues : dès le lendemain la physionomie est meilleure; le ventre est moins sensible. — Le 12, après quinze sangsues, le mieux persiste. — Le ^li, le toucher est bien moins douloureux; la malade affirme que les sangsues la soulagent plus que les ventouses. L'amélioration continue jusqu'au 25, et la progression s'opère sans difficulté; la menstruation s'accomplit sans fièvre et sans douleur, mais non sans quelques crises hystériformes, beaucoup moins fortes pourtant qu'auparavant; elle dure jusqu'au 31 août. — Le 3 septembre, cinq ventouses; soulagement; mais le lendemain {k septembre], retour des douleurs sous l'influence d'une émotion morale; ventouses scarifiées, compresses imbibées de chloroforme. — Le 9 septembre, un peu de soulagement; toucher vaginal moins douloureux. L'engorgement péri-utérin est diminué; l'abaissement

persiste, mais la métrite interne est moins intense; l'utérus est toujours incliné à gauche et en avant. Cathétérisme; douleurs vives pendant l'opération ; la sonde pénètre à 7 centimètres. Pendant la journée, applications de chloroforme et de ventouses scarifiées. Le 11, la malade n'éprouve plus qu'un sentiment de pesanteur dans l'hypogastre, mais la marche est devenue plus difficile qu'avant le cathétérisme.

Le toucher vaginal provoque toujours des souffrances excessives; on emploie le chloroforme, et pour la première fois on pratique la cautérisation transcurr ente sur le ventre et sur la cuisse gauche. Dès le 17, la marche est beaucoup plus facile ; une deuxième cautérisation transcur rente est pratiquée sur les reins, les lombes et l'hypogastre. Le lendemain la pression ne réveille pas de douleurs. La malade est assez bien jusqu'au 22, où les règles viennent, presque sans souffrance. Rien de remarquable ne se passe pendant un mois, jusqu'au 20 octobre, époque où le flux menstruel apparaît de nouveau : l'état général s'est amélioré; la marche est de plus en plus facile. Pourtant le 24 octobre, des crises assez fortes surviennent, accompagnées de doulem's dans le ventre, à l'épigastre et dans les cuisses. Vésicatoire volant; inhalations de chloroforme. Les accidents disparaissent et le mieux se soutient jusqu'au 6 novembre. A cette époque, on pratique de nouveau le cathétérisme; le passage de la sonde est plus facile ; on constate encore l'existence de l'antéflexion. Il n'existe plus de douleur que sur la partie médiane du bas-ventre, où l'on applique un vésicatoire volant.

La sensibilité du vagin étant moins prononcée, examen au spéculum ; vaginite ; rougeur et granulations du col de la matrice : cautérisation du col utérin et de la muqueuse vaginale avec le nitrate d'argent. — Le 15 novembre, les menstrues se montrent sans douleurs et dm'ent quatre jours ; il ne reste plus qu'une hyperesthésie légère dans les parties génitales externes. — Le 19, nouvelle cautérisation de l'intérieur du col et du vagin. Le 30, en raison de l'ancienneté de la leucorrhée et de l'écoulement sanguin produit par chaque cautérisation, je crus devoir appliquer la curette de Récamier, qui détermina des douleurs assez vives et ramena cinq ou six granulations. Le lendemain, la malade a perdu beaucoup de sang; cependant elle a peu souffert et elle marche facilement. Jusqu'au 10, elle va bien et les pertes blanches ont diminué. Le 10, nouvelle application de la curette, qui ne ramène plus de granulations. Les règles viennent sans souffrances le 15 décembre; la malade se trouve trèsbien.

Le 2! , le toucher vaginal ne provoque plus de douleurs qu'à la vulve ;

nos OBSERVATIONS.

cautérisation de la surface interne de l'utérus avec le porte-caustique de Lallemand.

Jusqu'au mois de janvier, l'état de la malade va s'améliorant de plus en plus ; mais les garderobes sont rendues très-douloureuses par une fissure à ranus, que j'opérai^ le Zi janvier, au moyen de la dilatation forcée. Aussitôt les douleurs diminuent et la malade se trouve bien. Le 13 janvier^ les menstrues apparaissent, trois jours avant l'époque, sans souffrance. Elles cessent le 15, et le 17 des douleurs névralgiques peu vives reparaissent dans la hanche et dans la cuisse; persistance de la vaginite;, cautérisations au nitrate d'argent, répétées tous les huit jours. — Le 23^ recrudescence des douleurs abdominales; application de quatre ventouse* scarifiées, répétées le lendemain. Diminution des douleurs. — Le 1"^'' février, la vaginite est très-sensiblement améliorée, et elle disparaît graduellement. — Le 23, je cautérise l'intérieur du carps utérin; les battements des artères utérines sont moins forts. — Le 9 mars, vésicatoire volant sur l'hypogastre, et le 10, ventouses scarifiées sur les lombes.

La malade sort guérie le 15 mars 1856.

Observation XVIIL

S!6<rî<e interne chronique. — Plilegniasie pcri-u<érine chronique. — Anté'verslon et ahs&îssement «le l'tjtérus. — Mauvais effets du redresseur îistra-utêrin. — Antiphlogistiques. — Cautérisatio» inti-a-utérine. — Cautérisation transeurrente. — <nnêrison.

Madame Bul..., âgée de vingt-six ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament nei'veux et sanguin, fut réglée à l'âge de quinze ans, et mariée à seize. Deux ans après, elle eut un enfant. Huit mois après sa couche, la malade contracta une inflammation du bas-ventre à gauche. Deux saignées et deux applications de sangsues, des bains et le reposamenèrent bientôt la cessation des accidents. Six mois après, la même affection se reproduisit et elle céda aux mêmes moyens. Plus tard la malade eut quatre ou cinq fausses couches sans accidents.

Pendant quatre ans, les l'ègles furent assez régulières, ne durèrent qu'un jour ou deux ; mais elles s'accompagnèrent toujours de douleurs assez vives.

En 185i, la malade éprouva de grandes fatigues, et à leur suite, elle eut une suppression des menstrues qui devint l'origine de nouvelles douleurs très-aiguës dans le bas-ventre, du côté gauche, s'irradiant dans lesreins et autour de l'anus.

A la fin de janvier 1855^ madam^e Bul... vint me consulter. Je trouvai un engorgement dans le ligament large du côté gauche. Cet engorgement, douloureux à la pression, formait une tumeur grosse comme une petite orange, accolée à l'utérus et adhérente à la paroi du bassin, dont elle dépassait le détroit supérievu" ; elle était solide, lisse, et ne présentait aucune trace de fluctuation. L'utérus était en antéflexion, et de plus on trouvait tous les symptômes de la métrite interne.

Avant de songer à combattre cette dernière affection, il était nécessaire de faii'e disparaître la tumeur péri-utérine. En conséquence, je conseillai à la malade l'emploi des antiphlogistiques, des cataplasmes émollients, des bains et des injections vaginales.

Dès son retour à Troyes, madame Bul... commença le traitement sous la direction de son médecin ordinaire, conformément à mes prescriptions. Trois semaines après, il y avait déjà un soulagement marqué, lorsque le médecin crut devoir apporter quelques modifications au traitement. Il cautérisa prématurément à plusieurs reprises le col de l'utérus, et les douleurs du bas-ventre ne tardèrent pas à reparaître avec une plus grande intensité.

Un autre médecin fut appelé et suivit pendant quelque temps avec une ■grande exactitude toutes mes indications. Puis, de son propre mouvement, il institua une médication tonique. La malade, soumise à ce régime, perdit en peu de temps le bien qu'elle avait gagné, et toutes les souffrances reparurent. Au bout de trois mois, cet honorable praticien, qui partageait les idées de Valleix, pensa que les accidents tenaient à la déviation de l'utérus, et il fit porter à madame Bul... le redresseur de Simpson; mais les douleurs pelviennes devinrent tellement intenses qu'il fallut retirer l'instrument trois jours après son application. Une seconde fois, le redresseur fut appliqué; mais cette dernière tentative fut suivie des mêmes accidents -que la première, et il fallut renoncer complètement à l'emploi de cet instrument.

Vers le miheu de juin 1855, quatre mois et demi après ma première consultation, je revis madame Bul..., et je trouvai son état notablement aggravé.

Je la soumis alors à un traitement consistant dans l'emploi des émissions sanguines, des vésicatoires volants, des bains, des injections vaginales, de Tiodure de potassium, du repos et d'un régime sévère.

Je pratiquai, en juin, deux saignées du bras, de 150 grammes; en juillet, quatre saignées de 125 grammes; en août, deux saignées de 90 grammes; en septembre, deux saignées également de 90 grammes. En

octobre, je fis poser deux fois des ventouses scarifiées ; en novembre, une fois. En décembre, plusieurs ventouses furent appliquées de nouveau.

Quand, à l'aide de ces moyens, j'eus obtenu la résolution de la tumeur péri-utérine, j'abordai le traitement de la métrite interne.

Dans ce but, je pratiquai d'abord le cathétérisme utérin et je le répétai quatre ou cinq fois, à quaire jours de distance; puis je cautérisai la surface interne de l'utérus avec le nitrate d'argent fondu. Je fis successivement six cautérisations intra-utérines, au moyen du porte -caustique de Lallemand. Ces opérations, répétées tous les huit jours, produisirent les meilleurs résultats. A la fin du traitement, je recourus à la cautérisation transcurrente superficielle sur le bas-ventre, les reins et la fesse du côté gauche. Cette cautérisation fut employée deux fois, et fit disparaître les douleurs qui s'irradiaient dans ces différentes régions.

Après sept mois de traitement, la malade put retourner à Troyes enbonne voie de guérison. La tumeur péri-utérine avait totalement disparu, les pertes blanches étaient presque nulles ; les douleurs du bas- ventre ne se manifestaient plus. La malade pouvait marcher sans fatigue à l'aide d'une ceinture abdominale munie d'une pelote périnéale en caoutchouc. La menstruation n'était plus douloureuse. En un mot, l'état de la malade était aussi satisfaisant que possible. L'air de la campagne et un régime réparateur ne devaient pas tarder à rendre à madame BuL.. ses forces, affaiblies par de longues souffrances. Depuis lors la guérison s'est bien maintenue.

Observation XIX.

Plilegmasie péri-utérine clironique à gauche. — Antéversion de la matrice. — Méte-ite interne. — Emploi prolongé de la cautérisation, des astringents, des irrigations froides. — Bains &e mer. — Cautères sur le bas-ventre. — Raclage de la surlace interne de la matrice, par Récamier. — En dernier lieu, émissions sanguines. — Alimentation légère. — Repos absolu. — CSuérison.

Madame de Bel..., âgée de vingt-neuf ans, d'un tempérament nerveux,, d'une constitution assez bonne, mais affaiblie par de longues souffrances, vint me consulter au mois de février 1850. Elle avait eu quatre enfants ; et c'est à la suite de sa troisième couche, dont le travail fut long et pénible, qu'elle ressentit les premiers symptômes de sa maladie. Depuis lors, en effet, madame de Bel... n'a pas cessé de se plaindre d'une douleur plus ou moins intense dans le bas-ventre, du côté gauche; des pertes blanches ont paru à la même époque et n'ont pas cessé depuis. Quelques-

mois après l'invasion de ces accidents, la malade consulta M. Hetvez de Chégoin, qui la cautérisa avec le nitrate d'argent fondu. Cette opération fut répétée tous les quinze jours, pendant trois mois. Chaque cautérisation était suivie d'une recrudescence marquée des douleurs pelviennes. Madame de Bel..,, étant devenue enceinte pour la cinquième fois, cessa tout traitement et garda le repos sur une chaise longue. Néanmoins, elle accoucha très-heureusement et elle eut la prudence de ne se lever qu'au bout de trois mois.

Cependant, les mêmes douleurs de Thypogastre ne tardèrent pas à revenir avec une égale intensité et la leucorrhée reparut. De nouvelles cautérisations furent pratiquées par M. Hervez de Chégoin , sans plus de succès. La malade fut prise de pertes sanguines aux époques menstruelles, et elle commença à ressentir les premières atteintes des crises qui, depuis lors^ n'ont pas cessé de se manifester cinq ou six jours après les règles, avec plus ou moins de violence. Ces crises duraient habituellement vingt-quatre heures.

Madame de Bel..., n'allant pas mieux, consulta M. le professeur J. Cloquet. Ce chirurgien distingué lui donna des soins pendant deux ans, jusqu'en janvier 18^9, et mit en usage divers moyens qui n'amenèrent aucune amélioration : cautérisations du col, irrigations froides ; calmants, révulsifs cutanés; huile de croton tiglium; cautères sur l'abdomen; boissons astringentes (ratanhia), quinquina, houblon, petite centaurée, etc. Les bains de mer, qui avaient été conseillés aussi, amenèrent une recrudescence des douleurs; madame de Bel... fut obligée de quitter promptement Dieppe, et elle eut pendant son rétour une crise trèsviolente.

Madame de Bel... est allée en outre consulter Paul Dubois, Cruveilhier, Marjolin, qui tous furent d'avis de continuer la médication précédemment conseillée.

Cependant, comme elle n'éprouvait encore aucun soulagement, elle cessa tout traitement. Cinq mois après (juin 1849), elle fut prise d'accidents, qu'on attribua à une fièvre inflammatoire, et qui durèrent trois mois. Pendant ce temps-là, madame de Bel... garda le repos, fut sou-, mise à un régime sévère et, chose digne de remarque, la malade s'aperçut qu'à la suite de cette affection, elle n'avait presque plus de douleurs dans le bas-ventre. Puis, à mesure que la convalescence fit des progrès, et que le retour des forces lui permit de prendre de l'exercice et des aliments, ses douleurs revinrent au même degré qu'auparavant, et les crises ne tardèrent pas à reparaître.

Le flux menstruel a manqué deux ou trois fois à la suite de la fièvre inflammatoire.

Au mois de novembre 18Zt9, madame de Bel..., souffrant de plus en plus, alla consulter Récamier. Cet éminent praticien prescrivit des injections d'amidon, qui amenèrent une exaspération des douleurs pelviennes. Au bout de huit jours, après un deuxième examen, Récamier pratiqua avec sa durette le raclage de la face interne de la matrice. Cette opération, qui dura une demi-heure, fut accompagnée de douleurs trèsaiguës et suivie d'une hémorrhagie peu abondante pendant vingt-quatre heures.

C'est alors que madame de Bel... me fut adressée. Je la trouvai dans l'état suivant : elle était pâle, amaigrie et portait sur sa physionomie l'expression de la souffrance; elle désespérait de sa guérison, car ses douleurs étaient plus vives que jamais, et les crises se répétaient à chaque époque menstruelle avec une très-grande intensité : l'appétit avait diminué, les digestions étaient difficiles, les selles rares et douloureuses ; la jambe gauche était engourdie, faible et comme demi-paralysée; le sang appauvri, les forces prostrées ; un bruit de souffle continu s'entendait ■dans les carotides : le pouls était petit et assez fréquent, à 88.

Au toucher vaginal, je trouvai la matrice en antéversion, le col très engorgé et douloureux. Je constatai ensuite la présence d'un noyau d'engorgement dans l'épaisseur du ligament large du côté gauche, entre l'utérus et le bassin. Cet engorgement formait une tumeur du volume d'un œuf de pigeon, solide, non fluctuante, douloureuse à la pression; un sillon très-prononcé séparait nettement la tumeur de l'utérus. La malade éprouvait de fréquentes envies d'uriner.

Malgré l'appauvrissement du sang, je pratiquai une saignée du bras de ■90 grammes, le 2 mars 1850. Il en résulta un soulagement notable, mais de courte durée. — Le lendemain, k mars, nouvelle saignée de 80 gram. La malade se sent un peu mieux, mais les douleurs ne tardent pas à 'renaître. — Le 8 mars, petite nouvelle saignée, suivie du même soula- :gement. — Le 12 mars, saignée de 60 grammes. Les menstrues paraissent le lendemain de la saignée. — Le 16, retour de la crise, qui survient à la suite des règles et qui est caractérisée, comme les précédentes, par des douleurs générales et atroces, la perte de la voix et l'accélération du pouls : cinq sangsues sur le bas -ventre à gauche. Dès que les sangsues eurent commencé à prendre, les douleurs allèrent en diminuant et ne tardèrent pas à cesser. Cette crise fut la dernière. A partir de ce moment, je revins aux applications de sangsues, au nombre de 2 ou 3,

répétées douze fois dans l'espace de quatre mois; je recommandai, en même temps, le repos absolu et un régime très-sévère.

La malade était affaiblie, mais beaucoup moins souffrante; et, le 10 juillet, elle fut en état de retourner à Versailles. Depuis cette époque, je prescrivis une ou deux fois des ventouses scarifiées. Au bout de huit mois, la malade ne souffrait plus; elle put alors reprendre ses habitudes.

En février 1851, je procédai à un nouvel examen, et je pus constater que la tumeur avait disparu entièrement. Je dois faire remarquer que la malade continua de perdre la voix à la suite des règles, après une émotion, et sous l'influence de toutes les causes qui rappelaient le sang vers les organes pelviens. Elle a encore de temps en temps des crises légères, des douleurs peu vives et des pertes blanches, dépendant de la métrite interne et qu'il ne m'a pas été possible de combattre directement, à cause des répugnances invincibles de la malade pour toute opération intrautérine, depuis le traitement de Récamier.

En 1851, vers la fin de juillet, j'ai envoyé madame de Bel... prendre les bains de mer à Trouville. Cette fois, l'opportunité de la médication fut justifiée par les bons effets qu'en éprouva la malade. Elle revint des bains de mer dans un état très-satisfaisant.

Observation XX.

Phlegmasie péri-utérine chronique à droite et en arrière, entre l'utérus et le rectum. — Engorgement du tissu cellulaire de la fosse iliaque droite. — Rétroversion. — Métrite interne. — Emissions sanguines. — Bains. — Calmants. — Vcsicatoires. — r Cathétérisme utérin et cautérisations intra-utérines. — Guérison.

Hudrauf (Dorothée), âgée de trente-six ans, cuisinière, douée d'un tempérament sanguin-lymphatique et d'une assez forte constitution, entra à l'hôpital de la Pitié le 12 novembre 1851.

Cette femme a eu trois enfants, et sa dernière couche remonte à dix ans. A cette époque, elle fut prise d'une douleur dans le bas-ventre, du côté droit, laquelle fut combattue par les émissions sanguines locales, les bains, les frictions mercurielles, le repos absolu. Ce traitement amena un i50ulagement de peu de durée ; quelque temps après, les douleurs reparurent, mais avec peu d'intensité. En octobre 1861, les souffrances ont repris tout à coup un grand accroissement, et la malade est entrée à la Pitié, dans le service de Requin. — Sangsues à plusieurs reprises sur le bas-ventre, bains, frictions mercurielles. Ces moyens amenèrent peu de

llli OBSERVATIONS.

soulagement. Au bout de deux mois, je succédai à Requin, et je trouvai la malade dans l'état suivant : elle était pâle, amaigrie, très-manifestement anémique, avec bruit de souffle carotidien bien marqué.

Elle accusait dans le côté droit de l'abdomen une douleur intense , exagérée par la pression et s'irradiant dans les reins, dans les flancs et dans les cuisses. Ces souffrances rendaient la marche et même la station prolongée impossibles. Au niveau du point douloureux, le bas-ventre était tuméfié et tendu; on y sentait une tumeur solide, non fluctuante, à surface lisse, égale. Cette tumeur me sembla située au-devant du muscle iliaque et s'enfoncer dans la cavité pelvienne. Il me fut impossible de pousser plus loin l'exploration, à cause de la doulem' vive que faisait naître la moindre pression. La malade perdait en outre un peu de sang par le vagin et avait une diarrhée légère. Le pouls, petit et dépressible, donnait à peine 65 pulsations : saignée de 150 grammes le 26 janvier. Dans les quatre jours qui suivirent, il n'y eut pas d'amélioration sensible, mais la métrorrhagie fut arrêtée. — Nouvelle saignée de 150 grammes, cataplasmes, lavements émollients, potages et bouillons. — 30 janvier, le toucher vaginal est encore trop douloureux pour me permettre de porter un diagnostic précis : cataplasmes laudanisés ; quart de lavement avec dix gouttes de laudanum. — Le 3 février, vomissements et douleurs épigastriques : application de ventouses scarifiées sur les reins ; eau de Seltz, bouillons. — Le 5 février, les douleurs abdominales sont moins intenses; la malade se plaint de palpitations et de battements de cœur, qu'elle dit avoir depuis deux ans, et qui tiennent à son état chloro-anéuiique : ventouses. -- Du 5 au 11 février, rien de particulier. — Du 12 au 17 février, règles très-douloureuses; leucorrhée abondante; saignée de 120 grammes après les règles. ~ Le 18, encore des vomissements et des douleurs épigastriques; eau de Seltz; manuluves. — Le 20, même état : vésicatoire volant sur l'estomac, avec 2 centigrammes de chlorhydrate de morphine : les troubles gastriques se calment. Cependant l'état général n'est rien moins que satisfaisant; le souffle carotidien a augmenté d'intensité; le pouls est petit et dépressible, et il existe toujours de la diarrhée : lavements laudanisés, bouiUons, potages, manuluves. — 8 mars, pertes uté rines qui durent depuis trois jours : trois ventouses scarifiées ; dès le lendemain, le mieux se produit.

Le 11 mars, quinze sangsues sur la fosse iliaque droite, qui fournissent une quantité considérable de sang et amènent une syncope. Le pouls est à 72, faible et dépressible. — Le 15 mars, deux vomissements; la faiblesse est extrême; douleurs épigastriques ; vertiges. Les règles sont en

retard de quatre jours. Douleur très-prononcée du côté du lobe gauche du foie. L'exploration ne permet d'y rien constater. — Le 16, vésicatoire volant sur la fosse iliaque droite, qui est devenue de plus en plus douloureuse ; soulagement léger. — Le 23, ventouses scarifiées. Les vomissements ont bien diminué, mais les douleurs épigastriques persistent. — Le 25, les vomissements ont reparu avec une nouvelle intensité; coliques; selles fréquentes : dix sangsues, julep diacodé. Les douleurs, moins intenses , permettent enfin l'exploration vaginale. L'utérus est dur, augmenté de volume et douloureux : tilleul, cataplasmes laudanisés, bain sur place.

Le 2 avril, les règles se montrent de nouveau et réveillent les douleurs,

avec une céphalalgie intense, des vomissements opiniâtres, des étouffements

continuels. — Le 7 avril, tous ces phénomènes disparaissent, ou à peu

près, sous l'influence d'uiae saignée de 100 gr. — Le 15 avril, je trouve

l'utérus dans l'état précédemment décrit. L'exploration par le rectum, qui

avait été impossible jusqu'à ce jour, me permet de sentir manifestement

une tumeur volumineuse, doulom^euse, située en arrière de l'utérus, et

semblant se prolonger à droite ; je fais appliquer six ventouses scarifiées

sur les reins et J'insiste sur les émissions sanguines à petite dose, les

cataplasmes, les lavements émollients, les bains et une alimentation peu

substantielle. La malade arrive sans accidents nouveaux jusqu'au 25 juillet,

époque à laquelle je pus constater que la tumeur rétro-utérine avait

sensiblement diminué de volume et n'était presque plus douloureuse.

Cependant l'état général n'est pas modifié ; les forces sont affaissées, et des

phénomènes nerveux se manifestent avec une intensité remarquable, se

traduisant par des pleurs, des plaintes, une sensibilité morale exagérée,

avec une abolition presque générale de la sensibilité. Cette anesthésie est

bientôt suivie de douleurs insupportables, qui ont leur siège dans les

tissus profonds. — Le 26 juillet, deux applications de chloroforme sur les

membres, suivies d'un soulagement assez prompt. Des bains sur place,

des applications éthérées et une alimentation légère firent disparaître

entièrement ces accidents. — Le 30 août, la tumeur ne se sentait presque

plus, et la malade avait recouvré l'appétit. — Le 31 août, le cathétérisme

fut pratiqué pour la première fois et amena un grand soulagement. On

recourut encore plusieurs fois à cette opération jusqu'au 8 septembre,

afin d'obtenir la dilatation du col et de faciliter l'écoulement des règles.

Celles-ci reparurent le 8 et sans douleurs, après une suspension de trois

mois. Elles durèrent jusqu'au 11. — Le 12, une saignée de 100 gram. —

Le 15, le cathétérisme de l'utërus fut recommencé et répété plusieurs

fois. Avant la fin du mois, l'ouverture du col était assez largement dilaté-^

pour permettre le libre écoulement des mucosités utérines. — Le 7 octobre, les règles reparurent régulièrement et sans la moindre douleur ; cependant il se manifesta encore quelques troubles du côté de l'estomac, qui disparurent au moyen d'un vésicatoire volant et par l'usage de l'eau de Seltz. — Nouvelle saignée le 11 octobre 1852. Tout symptôme inflammatoire du côté de l'utérus et de ses annexes ayant disparu, il ne reste plus que de la faiblesse, jointe à une extrême sensibilité nerveuse. Enfin, le 20 octobre, la malade sortit de l'hôpital entièrement guérie.

Observation XXI.

Phlegmasie péi*î-utéi*îne clironîque des deux côtés, passant ensuite à l'état aigu. — Métrîte interne. — Antcversîon. — Saignées. — Ventouses. — - Vésicatoîres. — Bain«i. — Cautérisations intrautérines. — Cautérisation transeurrente. — Guérison.

Désirée Lacoste, âgée de trente-sept ans, a depuis longtemps des menstrues difficiles, douloureuses, qui s'accompagnent de crises nerveuses, se terminant par l'expulsion de matières floconneuses et blanchâtres.

Cette femme a eu trois enfants et une fausse couche, il y a dix-sept ans. Elle souffre depuis cette époque. Elle a été soumise à divers traitement qui l'ont un peu soulagée : bains, cautérisations au nitrate d'argent, toniques, fer, etc. 11 y a un an, elle fut soignée par M. Laugier, qui lui fit appliquer trois fois des sangsues sur le bas-ventre et qui pratiqua un débridement incomplet du museau de tanche. Quelque temps avant l'entrée delà malade dans mon service, j'avais eu l'occasion de constater qu'elle avait une tumeur péri-utérine.

Du 1^ août, jour de son entrée, jusqu'au 22, je prescrivis trois fois les sangsues (quinze chaque fois); trois saignées (chacune de 150 gr.); des cataplasmes et la diète. Les règles paraissent assez abondamment le 28 ; la malade va mieux. Elle a des pertes blanches abondantes. Le col utérin est engorgé, abaissé et dirigé d'avant en arrière. Quand on déprime la paroi abdominale, on sent, au-dessus du pubis, une tumeur faiblement adhérente à l'utérus et au bassin, non fluctuante, située dans le cul-de-sac rétro-utérin et dans le ligament large gauche, et parcourue inférieurement par une artère assez volumineuse. Le corps de la matrice est un peu hypertrophié. Les matières qui s'écoulent de sa cavité ressemblent à du muco-pus.

Le 30 août, la physionomie de la malade est bonne : les douleurs ont diminué. — Le 3 septembre, à la suite d'une chute, la malade éprouve derechef des douleurs assez vives pour lesquelles on applique vingt-cinq sangsues : amélioration. — Le 15 septembre, règles peu abondantes et douloureuses. — Le 19, quinze sangsues sur le bas-ventre. — Le 29, le cathétérisme, pratiqué avec la sonde de Simpson, est douloureux et difficile : la sonde pénètre à 6 centimètres et demi. L'utérus est en rétroversion. Le col est très-rouge, surtout à l'orifice. Cautérisation intra-utérine avec le porte-caustique de Lallemand. — Le 6 octobre, nouvelle cautérisation, accompagnée de douleurs. Le lendemain, cinq ventouses scarifiées ; soulagement. — Le 13 octobre, la sonde passe facilement, bien qu'avec un peu de douleur. La cautérisation éveille peu de souffrances. — Le 16, ventouses ; néanmoins la douleur persiste. — Le 2 novembre, une cautérisation transcurrenle est suivie d'un grand bien-être. Cette cautérisation a été faite sur la fesse gauche, la partie supérieure de la cuisse et la hanche,

La malade, sur sa demande, sort de l'hôpital très-soulagée.

Il résulte des faits qui précèdent :

1° Que très-souvent la métrile interne et l'inflammation périutérine chronique coexistent et se compliquent mutuellement ;

2° Que ces deux aifections peuvent naître, soit simultanément, sous l'influence des mêmes causes; soit l'une après l'autre, par la propagation du travail inflammatoire de la muqueuse utérine au tissu cellulaire péri-utérin et vice versa;

3° Que ces deux phlegmasies exercent l'une sur l'autre une influence réciproque, ayant pour effet d'augmenter la gravité des symptôme^, le retour des recrudescences et la durée de la maladie;

k° Que rengorgeaient péri-utérin détermine toujours le siège de la douleur, au point que l'existence de la douleur, ou sa prédominance, dans un des côtés, peut faire soupçonner presque à coup sûr la présence d'un engorgement inflammatoire dans le côté correspondant;

5° Que le traitement des phlegmasies péri-utérines doit toujours précéder celui de la métrite interne;

6° Que le traitement de l'inflammation péri-utérine guérit quelquefois et améliore toujours la métrite interne;

7° Que le traitement, dans les cas compliqués, est plus long, plus

difficile, et qu'il jouit d'une efficacité moins sûre et moins prompte que dans les cas d'engorgement simple. C'est à cette circonstance qu'il faut attribuer la nécessité des émissions sanguines, si souvent répétées chez plusieurs de nos malades.

QLATRIÈmE SÉRIE

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