SYMPTOMATIQUES DES AFFECTIONS UTÉRINES
Observation XXXI.
Phlegmasie pérl-istérine chronique clti côté ganchc et dans la cloison rctro-iïtêrîne. — Métrorrliagîe. — Accidents intercurrents et métro-pérltonltc algnë. — TronMcs gastriques sjmptomatiques. ■ — Émissions sanguines. — Vésîcatoires volants. — Cataplasmes éniollients. — BSaIns. — Réginsc sévère. — Repos. — ^uérison.
Madame Lap. .,, âgée de trente-six ans, douée d'un tempérament sanguin et d'une bonne constitution, eut, à l'âge de vingt-deux ans, une grossesse qui se termina heureusement; cependant elle ressentit, depuis lors, à des intervalles plus ou moins éloignés, des douleurs dans le bas-ventre, surtout à gauche; mais ces douleurs étaient supportables. En 1843, à la suite d'une émotion morale très-pénible, madame Lap..., fut prise d'une métrorrhagie abondante, qui s'accompagna de fièvre et de douleurs plus vives dans l'hypogastre. Les émissions sanguines, les éniollients et le repos mirent fin à cet accident, et, au bout de six semaines, la malade put reprendre ses occupations.
A dater de ce moment, les règles furent moins régulières que do coutume, tantôt avançant, tantôt retardant. La quantité de sang fut aussi très-variable. Chaque époque était accompagnée de douleurs trèsvives dans le bas-ventre du côté gauche. Les pertes blanches, qui existaient depuis douze ans, devinrent plus abondantes; cependant il n'y avait encore jusque-là rien de très-grave. Mais, au mois de mars 18i5, (madame Lap... fut prise de tous les symptômes d'une métro-péritonite aiguë, à la suite d'une époque menstruelle. Les émissions sanguines répétées, les onctions mercurielles, les bains, etc., ne tardèrent pas à amener une amélioration très-grande. Trois semaines après l'invasion de la métropéritonite, quand le ventre fut moins douloureux, je fis l'examen des organes génitaux.
Je constatai l'existence d'une tumeur considérable dans le bas-ventre, dépassant le pubis de cinq travers de doigt, et qui me parut formée par un engorgement de l'utérus. Sous l'influence du repos, du régime, des
bainSj des cataplasmes émoUients, le volume de la tumeur diminua un peu; mais, quatre mois après, émotion morale, inime'diatement suivie d'une rechute. Cette fois, les souffrances furent plus vives à droite qu'à gauche et bientôt gagnèrent la hanche, la jambe et même le pied : Émissions sanguines. — Persistance de l'engorgement ; concentration des douleurs dans le bas-ventre ; fièvre permanente ; vomissements incoercibles; règles presque nulles et fort douloureuses; leucorrhe'e abondante et fétide ; amaigrissement progressif; ensemble des symptômes d'une affection cancéreuse, pendant cinq mois.
Lisfranc et Serres furent appelés en consultation, et tous les trois nous fûmes d'avis, malgré l'épuisement de la malade, de faire une saignée de 30 grammes, que je pratiquai immédiatement. Cette émission sanguine fut suivie d'un grand soulagement, d'une diminution de la fréquence du pouls, ainsi que des vomissements. Au bout de six semaines, après une seconde saignée, les vomissements cessèrent complètement. A partir de ce moment, la malade alla de mieux en mieux, et, deux mois et demi plus tard, elle entrait en convalescence, après un an environ de ti'aitement.
La tumeur a diminué peu à peu de volume, et a fini par disparaître tout à fait, sous l'action d'un traitement composé d'émissions sanguines, saignées et sangsues, de vésicatoires volants sur le bas-ventre, de cataplasmes et du repos. Madame Lap... se rétablit si bien qu'elle devint pléthorique et qu'il fallut lui pi^atiquer tous les ans une petite saignée.
En 1851, cette malade fut prise de nouveaux accidents; les vomissements reparurent comme la première fois, mais les douleurs du bas-ventre furent beaucoup moins intenses. Un de nos honorables confrères de- Poitiers essaya sans succès différents moyens, pendant trois mois : régime varié ; eau de Seltz, de Vichy ; calmants, etc. La malade continua de souffrir de l'estomac, elle devint très-pâle, très-maigre, et au mois de janvier 1852, elle revint à Paris.
L'insuccès de ces médications me fit présumer que les accidents gastriques étaient liés de nouveau à une affection de l'utérus; et, ce qui me confirma dans cette pensée, c'est que les vomissements devenaient plus fréquents à l'époque des règles. Je trouvai, en effet, l'utérus douloureux à la pression, le corps un peu augmenté de volume et en rétroversion, les artères utérines plus développées que de coutume, et des pertes blanches analogues à du blanc d'œuf. Aucune trace d'engorgement en dehors de l'utérus.
Malgré la faiblesse de la malade, je lui pratiquai une saignée du bras, de 125 grammes, qui amena un soulagement immédiat. Dès le lendemain,
Ii;i0 OBSERVATIONS.
les vomissements diminuèrent ; deux jours après, nouvelle saignée, nouveau soulagement. Je répétai ainsi la saignée (70 à 80 gr.), tous les deux ou trois jours. Au bout d'une semaine, les bouillons et les potages étaient très-bien supportés. Quinze jours plus tard, la malade était en état de supporter des aliments plus substantiels, et bientôt elle rentrait graduellement dans ses habitudes ordinaires. En un mois, après neuf saignées^, la guérison était complète.
Madame Lap a continué de jouir d'une excellente santé, et n'a
jamais ressenti ses anciennes douleurs.
Observation XXXII.
Métrite întcs'Bic clironîqwe. — Phlegmasie péri-utérine à gauche. — Kétvo-latéro-antéflexîoii. — Dyspepsie symptomatique. — Émissions sanguines. — Curette. — Cautérisations intra-utérines. — Cautérisation transcurrente. — Guérison.
Mademoiselle Carp..., âgée de vingt-trois ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament sanguin, bien réglée depuis l'âge de quatorze ans et demi, fut prise, au mois de janvier 1850, d'une dyspepsie intense, contre laquelle diverses médications avaient été employées sans succès par le médecin ordinaire de la malade.
Le 12 mars, mademoiselle Carp... vint réclamer mes conseils. Je la trouvai dans l'état suivant : sentiment de douleur et de pesanteur dans la région de l'estomac, surtout après les repas ; éructations fréquentes de gaz ; dégoût prononcé pour les aliments ; les bouillons, les échaudés et les pommes de terre, pris en petite quantité, étaient seuls tolérés par l'estomac. D'ailleurs jusqu'ici pas de vomissements.
Yésicatoires volants sur l'épigastre, huile de croton tiglium en onctions sur le ventre, alimentation légère à une température différente, eaux de Seltz el de Bussang, continuées pendant deux mois et demi, qui n'eurent aucune action sur les phénomènes dyspeptiques.
Je soupçonnai alors que les troubles gastriques avaient leur origine ailleurs que dans l'estomac, et je présumai que l'utérus n'y était pas étranger.
J'appris, en effet, que mademoiselle Carp... souffrait, depuis cinq ans, dans le bas-ventre, à gauche, surtout à l'époque des règles ; qu'elle perdait beaucoup en blanc depuis la même époque, et que sa jambe gauche était un peu affaiblie.
CINQUIÈME SÉUIE. llZjl
Je m'assurai ensuite, par le toucher rectal, qu'il existait dans le ligament large gauche une tumeur grosse comme une noix, douloureuse à la pression, solide, non fluctuante.
Du l^' août au 15 septembre 1850, huit saignées de 80 à 90 grammes, cataplasmes laudanisés, repos absolu.
Chaque saignée fut suivie d'un grand soulagement, et, immédiatement après la seconde saignée, les digestions devinrent plus faciles. Augmentation graduelle des aliments, qui furent de mieux en mieux tolérés. Enfin, au bout de six semaines, les phénomènes dyspeptiques avaient entièrement disparu.
La malade se considéra comme guérie, et elle partit pour la campagne. Le mieux continua pendant trois mois ; puis, à la suite d'une émotion morale, retour des douleurs du bas-ventre, à un faible degré. Longtemps les souffrances restent peu intenses; plus tard, elles prennent de l'accroissement et elles obligent la malade à venir réclamer de nouveau mes soins.
Le 1'^'' janvier 1852, dix-huit mois après cette rechute, je soumis mademoiselle Carp.. . à un second traitement, que je continuai jusqu'au mois de juillet, et qui ne réussit pas aussi bien que le premier.
Grâce aux émissions sanguines, aux calmants, au repos et à un régime sévère, je parvins encore à obtenir une guérison apparente.
En 1853, deuxième rechute, qui céda aux mêmes médications. (Dix saignées de 60 grammes, quatre applications de ventouses scarifiées, trois vésicatoires volants, régime sévère.)
En 185Ù, troisième rechute, plus grave que les précédentes, à la suite d'une vive émotion morale. Cette fois, la saignée générale n'amène aucun soulagement; les ventouses scarifiées produisent un effet plus favorable.
En janvier 1855, nouvelle recrudescence inflammatoire. (Ventouses scarifiées, calmants, chloroforme, opiacés, vésicatoires.) Malgré ces médications, l'état de la malade s'aggrave de plus en plus; tout à coup abolition presque complète des mouvements dans les membres inférieurs; hyperesthésie musculaire, anesthésie cutanée générale.
J'eus alors recours à la cautérisation transcurrente superficielle avec un succès complet. Immédiatement après l'opération les douleurs disparurent, et la malade, qui, un instant auparavant, pouvait à peine remuer les membres inférieurs, fut en état de se lever et de faire quelques pas.
Chaque fois que les douleurs revinrent, la même médication fut employée avec le même avantage.
Persuadé que le retour des accidents était lié à la métrite interne, je
11^2 OBSERYATIONS.
fis comprendre à la malade et à sa mère qu'il était nécessaire de combattre directement cette affection. Elle y consentit enfin, après bien des hésitations.
A dater de ce moment, je pratiquai successivement le cathétérisme utérin, le raclage delà surface interne de l'utérus, et, en dernier lieu, je fis une douzaine de cautérisations intra-utérines. Ces opérations furent d'abord très-douloureuses; mais elles finirent par amener la cessation complète des souffrances et de la leucorrhée.
En 1856, mademoiselle Carp... est allée à la campagne, et depuis lors elle a continué de jouir d'une bonne santé.
Observation XXXIII.
Métrîie BMterne clia'Oiiiique. — Rctro-antéffllexioii. — Douleurs Inmboovnriques à gauche. — Hoquet et dyspepsie symptomatiqucs. — Emissions sanguines. — Calmants. — Véslcatoîres . — Régime sévère. — Cautérisation transcurrente. — Cautérisations intrantérincs. — ffiuérâson incomplète.
Mademoiselle P.,., âgée de dix-neuf ans, d'un tempérament lymphatique nerveux, d'une constitution peu forte, souveot malade dans son enfance, a été réglée à quatorze ans et demi.
A dix-huit ans, réaction fébrile avec douleur dans le bas-ventre, à gauche, qui céda promptement à une application de quelques sangsues.
Deux mois après, mademoiselle P... fut prise d'un hoquet spasmodique. Cet accident, d'abord peu intense et passager, ne tarda pas à devenir permanent : — Calmants; antispasmodiques; révulsifs sur la région de l'estomac, glace, aliments très-légers. J'insistai sur ces médications pendant trois mois sans obtenir aucune amélioration; les digestions étaient toujours pénibles, et le hoquet conservait la même intensité.
Comme dans d'autres cas analogues, l'insuccès du traitement destiné à combattre l'affection de l'estomac me conduisit à chercher aUlem-s l'origine du hoquet et des phénomènes dyspeptiques.
J'interrogeai avec soin la malade, et je pus acquérir bientôt la conviction que ces accidents étaient sous la dépendance d'une lésion de l'utérus. Les douleurs dont le bas-ventre était le siège depuis six ans, les pertes en blanc, analogues à du blanc d'œuf, qui existaient depuis la même époque, la dysménorrhée et l'engourdissement de la jambe gauche, ne pouvaient laisser aucun doute à cet égard.
L'intégrité de la membrane hymen ne me permit pas de préciser
CINQUIÈME SÉRIE. lll^S
<lavantage le diagnostic. — Le 25 juillet 1850, saignée de 90 grammes.
Dès le lendemain, le hoquet était moins fréquent j et, au bout de quinze jours, après trois autres saignées de 60 grammes, ce phénomène disparut complètement. Deux saignées de 60 grammes furent encore pratiquées dans l'espace de cinq semaines. La malade se crut guérie et ne voulut pas continuer le traitement.
La guérison n'était qu'apparente, comme je l'avais prévu, et le li novembre 1850, mademoiselle P... fut reprise des mêmes accidents. J'eus de nouveau recom's aux émissions sanguines. Cette médication ne réussit pas aussi bien que la première fois. Le hoquet diminua peu à peu, mais il ne cessa entièrement qu'au bout de quatre mois, après douze saignées de 60 à 80 grammes.
De 1851 à 185^, mademoiselle P... alla bien, ses digestions étaient faciles, et le hoquet ne reparut qu'à de rares intervalles.
En novembre 185i, retour des douleurs dans le bas-ventre et dans la jambe du côté gauche; règles très-douloureuses, pertes blanches abondantes.
Quatre saignées de 90 grammes et la cautérisation transcurrente amenèrent un grand soulagement.
En mai 1855, recrudescence des douleurs du bas-ventre à gauche, qui me parurent dépendre d'une métrite interne.
Avec l'assentiment de la malade et de sa mère, je pratiquai le toucher vaginal Utérus en rétro-antéflexion, très -douloureux à la pression : — Cathétérisme utérin et cautérisations intra-utérines.
Ces opérations provoquèrent de vives douleurs, mais bientôt elles furent suivies d'une diminution des souffrances et des pertes blanches. Les règles devinrent moins douloureuses.
Vers la fin de 1855, mademoiselle P... était assez bien.
En 185Ô, le mieux continue, mais la leucorrhée- ne cesse pas complètement.
En 1857, retour des accidents, douleurs dans le bas-ventre des deux côtés, hoquet et dyspepsie. Depuis lors, la malade, affaibhe par la souffrance, n'a pu supporter un nouveau traitement.
Je me bornai à modérer les douleurs, soit à l'aide des opiacés et du •chloroforme, soit à l'aide de la cautérisation transcurrente.
L'histoire de cette malade nous offre un exemple remarquable d'un hoquet nerveux et symptomatique d'une lésion de l'utérus. Tout concorde avec cette interprétation des faits. Supposant d'abord qu'il s'agissait d'une affection de l'estomac, j'employai, pendant deux mois et demi, des
moyens destinés à combattre cette affection. Je modifiai le régime alimentaire, j'eus recom-s à la glace, aux calmants, aux révulsifs appliqués sur l'épigastre; cependant, le hoquet persista au même degré.
Je soupçonnai alors que les troubles gastriques étaient liés intimement à une phlegmasie chronique de Tutérus, et j'instituai le traitement de cette dernière affection, qui fut suivi promptement de la cessation du hoquet et des autres accidents gastriques.
Si le premier traitement de la phlegmasie utérine n'avait pas été interrompu, je ne doute pas que la malade n'eût été à l'abri des nombreux accidents qui se sont développés dans la suite.
Observation XXXIV.
Métrîte interne chronique. — Toux nerveuse et douleurs névralgiques s^iuptoniatiques. — Ciiloro-ancniie. — Émissions sanguines.
— Vésicatoires. — Bains. — Cataplasmes. — Calmants. — Repos.
— Régime sévère. — Guérîson.
Mademoiselle Lab..., âgée de quinze ans et demi;, d'une assez bonne constitution, d'un tempérament sanguin-lymphatique, fut réglée à onze ans et demi, et, peu de temps après, elle éprouva des douleurs dans le bas-ventre, pai'ticulièrement du côté gauche, avec des pertes blanches continuelles. Ces phénomènes, ayant augmenté pendant trois années malgré un traitement tonique, exercèrent une influence fâcheuse sur le caractère de la malade qui devint sombre, taciturne et perdit à la fois le goût du plaisir et du travail.
Au mois de décembre 1853, mademoiselle Lab... fut prise de douleurs très-aiguës dans la région du cœur, accompagnées de palpitations, de dyspnée et de fièvre. Son médecin ordinaire crut à l'existence d'une endocardite et pratiqua deux saignées, qui produisirent un soulagement itnmédiat et de courte durée. La fièvre cessa ; mais bientôt les douleurs reparurent avec intensité et se propagèrent sur le trajet des nerfs intercostaux.
Appelé en consultation, au mois de février, six semaines après l'invasion de ces accidents, je crus, après un mûr examen, devoir les attribuer à l'état chlorotique, et j'instituai un traitement approprié. . Mais, au bout de trois semaines, un changement s'opéra dans la marche des accidents ; les palpitations cessèrent et firent place à une toux nerveuse, spasmodique, incessante, qui fut combattue sans succès par les
opiacés, les antispasmodiques, les vésicatoires morphines sm* la poitrine, les boissons chaudes de diverse nature, les sinapismes sur les membres supe'ricurs, etc.
L'insuccès de ces moyens me fît soupçonner que les troubles nerveux étaient dus à une affection inflammatoire de l'utérus. La leucorrhée, les douleurs du bas-ventre, des reins et des cuisses, l'exacerbation de ces phénomènes à chaque époque menstruelle, venaient confirmer mes présomptions.
Convaincu de l'existence d'une métrite interne chronique, accompagnée de troubles nerveux symptomatiques, et ne pouvant chez la jeune malade recourir au traitement direct de la phlegmasie utérine, j'instituai la médication indirecte, et, malgré l'appauvrissement du sang, j'eus recours aux émissions sanguines.
Dans l'espace de quinze mois, mademoiselle Lab... fut soumise au traitement suivant :
Dix-huit saignées de 60 à 80 grammes, — ■ quinze applications de ventouses scarifiées sur les lombes, sur les fesses ou sur les reins; une application de six sangsues sur le bas-ventre, du côté gauche; dix vésicatoires sur le bas-ventre et sur la fesse gauche. — Bains entiers ; — cataplasmes laudanisés ou chloroformés; — inhalations de chloroforme'; — sinapismes sur les membres supérieurs; — calmants; — lavements; — régime peu substantiel.
La toux nerveuse céda définitivement dès la première saignée.
Pendant les cinq premiers mois, la saignée générale a été constamment suivie de soulagement; puis, ayant cessé d'être efficace, je l'ai remplacée par les ventouses scarifiées, dont la malade s'est toujours bien trouvée. Quant aux sangsues, elles n'ont eu aucun résultat avantageux. Les vésicatoires ont beaucoup contribué à achever la guérison, qui ne s'est pas démentie depuis le mois de mai 1855.
A la suite de ce traitement, mademoiselle Lab... a pris les bains de mer, elle a suivi un régime analeptique qui lui a rendu l'embonpoint, les forces et la plénitude de la santé.
Observation XXXV.
Phlegmasie pérî-aitérÎBie cîiromîqaie à droite. — Métaùte întcime. —
Anfélatérowersioia a. droite. — Toux sèche et agiliOBiie syiMptomjitiqucs. — ÉiMÎssiosBS sanguines. — Calmants. — lIsaSEss. — IScgînic sévèr/B. — Cautérisation transeurremtc. -^ ©aiérlson,
Bouillette, Amélie, âgée de vingt-deux ans, lingère, d'un tempérament lymptiatique, d'une constitution peu forte, entra dans ma division à la Charité, le 29 janvier 1859.
Réglée à dix-sept ans, sans accidents, elle avait joui d'une bonne santc jusqu'à l'âge de vingt et un ans; à cette époque, elle devint enceinte. Pendant sa grossesse, elle accusa des douleurs dans le bas-ventre, des deux côtés, mais surtout à droite. Accouchement très-pénible. Le 15 janvier, suppression des lochies, douleurs vives dans le bas-ventre :" — sangsues sur les fosses iliaques.
Un mois après, retour des règles, métrorrhagie pendant vingt-cinq jours, recrudescence des douleurs : application de quatre sangsues sur le bas-ventre et sur le col utérin. Amélioration marquée. — Le 15 janvier 1859, mêmes souffrances avec le retour du flux menstruel; en outre, toux sèche, fatigante, accompagnée d'enrouement, puis d'aphonie complète. Jamais (et cette particularité mérite d'être notée) la malade n'a éprouvé d'accidents hystériques.
État actuel. 2k janvier : persistance de l'aphonie, et de la toux sèche spasmodique, revenant par quintes; rien à l'auscultation ni à la percussion du côté des organes respiratoires; hypogastre tendu, douloureux, surtout à droite ; de ce point s'irradient des douleurs dans les reins et dans les cuisses; la station debout ou assise est pénible.
Toucher vaginal très-douloureux, col utérin dans l'axe du vagin, porté à droite, et parcouru par des artères grosses comme la moitié de la radiale ; pertes blanches abondantes, analogues à du blanc d'œuf ; absence de fièvre; chloro-anémie. — Onctions calmantes sur le ventre, boissons adoucissantes, bouillons, potages, repos absolu.
25 janvier, même état : — saignée de 60 grammes. Pas de soulagement.
26 janvier, 15 sangsues sur la fosse ihaque droite. Amélioration prononcée.
Du 28 au 30 janvier, ventre moins douloureux : ~ onctions mercurielles belladonées.
k février, nouvelle exploration vaginale : je constate l'existence d'une tumeur péri-ute'rine à droite, ayant le volume d'un œuf de pigeon, et présentant inférieurement une artère grosse comme les deux tiers de la radiale.
8 février, les règles paraissent sous forme de perte ; douleurs moins intenses.
12 février, cessation du flux menstruel : — saignée de 90 grammes, onctions opiacées et chloroformées sur le bas-ventre.
13 février, douleurs plus intenses dans la cuisse droite, qui est le siège de contractures, et entraînée dans une flexion forcée. Ces phénomènes cèdent momentanément au chloroforme.
Le 20 avril, cinq jours après la cessation des règles, la cuisse di'oite est toujours dans le même état; en outre, elle est le siège d'une anesthésie cutanée, qui occupe aussi le bas-ventre et les reins du même côté. — Cautérisation transcurrente superficielle sur la cuisse et sur les reins à di'oite, avec le secours du chloroforme.
Immédiatement après l'opération, la malade est prise d'mie surexcitation nerveuse qui ne cesse que vers la fin de la joumée.
Le lendemain, 21 avril, amélioration très-grande : la cuisse a recouvré ses mouvements, les contractures ont disparu, ainsi que l'aphonie.
Du 25 avril au 1" mai, le mieux continue, les douleurs sont beaucoup moins intenses et Tanesthésie se dissipe rapidement.
5 mai, l'apparition des règles est suivie d'une légère recrudescence des douleurs du bas-venti'e, sans contracture de la cuisse droite : — saignée de Zi5 grammes.
17 mai, soulîrances un peu plus intenses : — saignée de Zi5 grammes.
25 mai, la malade se trouve mieux, elle peut se lever et marcher sans •difficulté.
Diminution très-mai'quée de Tengorgement péri-utérin et de l'artère qui rampait à sa surface infériem-e. Utérus toujours en antéflexiou.
Peu de jours après, le 10 juin, à la suite d'une vive secousse morale, la malade fut contrainte de quitter l'hôpital. L'aphonie ayant alors reparu, on pouvait redouter une rechute; mais heureusement ces appréhensions ne se sont pas réalisées, et, comme nous avons pu le constater, les accidents n'ont pas tardé à se dissiper.
Observation XXXVI.
Phlegmasie péri-utérîne chronique du côté droit. — Slétrîte interne chronique. — Cris nerveux symptoniatiqnes. — Émissions sanguines. — Repos absolu. — Alimentation peu substantielle. — Guérison.
Madame G... S. -H., âgée de trente-huit ans, d'un tempérament lymphatique et nerveux, d'une constitution peu forte, me fut adressée par mon savant maître et ami, le professeur Serres.
Mariée à vingt ans, elle fut prise, au bout de quelques années, à la suite d'émotions très-pénibles, d'accidents nerveux, qui, depuis quinze ans, se succédaient à des intervalles plus ou moins rapprochés, et dont la plus légère cause provoquait le retour. Depuis un an, ces accidents consistaient en cris aigus et perçants; dans les derniers temps même, ces cris étaient devenus si fréquents, que la malade était condamnée à vivre dans un isolement complet.
Pendant ces quinze années, on avait épuisé en vain toutes les ressources de la thérapeutique pour atténuer les troubles nerveux : calmants de toute nature, antispasmodiques, bains de rivière, bains de mer, exercice modéré, distractions de toute espèce.
Le 20 mars 1850, madame G... S.-H..., étant venue me consulter, exposa avec une précision parfaite l'histoire de sa maladie et me fit remarquer que son état s'aggravait à l'époque des règles. Persuadé que les accidents morbides étaient sous la dépendance d'une affection de l'utérus ou de ses annexes, je me disposais à examiner les organes génitaux, lorsque la malade fut prise d'une crise violente et se mit à pousser des cris déchirants. Un instant après, je pus procéder à cet examen, qui fut trèsdouloureux et amena une seconde crise, qui dura quelques minutes.
Je trouvai les lésions suivantes : utérus en antéversion, un peu augmenté de volume et sensible au toucher ; dans le ligament large droit, une tumeur grosse comme une pomme d'api, lisse, solide, nettement circonscrite, douloureuse à la pression; écoulement, par la vulve, d'un liquide analogue à du blanc d'oeuf; règles douloureuses ; marche pénible ; digestions assez bonnes ; constipation habituelle ; léger appauvrissement du sang.
Je prescrivis une nourriture peu substantielle, le repos, les bains, et des topiques calmants sur l'abdomen. Ces moyens procurèrent du soulagement, mais n'empêchèrent pas les crises de se produire.
CINQUIÈME SÉRIE. Hi9
Le 5 avril, je fis pratiquer une première saignée du bras de 100 grammes; j'abaissai la nourriture, et je prescrivis un repos absolu. La saignée fut suivie d'un soulagement immédiat, mais passager. Quinze jours après, nouvelle saignée de 100 grammes: même soulagement. Je répétai la saignée à huit ou dix jours d'intervalle (60 à 80 grammes); j'ordonnai, en outre, des bains, tantôt à l'eau de son, tantôt à l'eau salée, -deux fois par semaine.
La malade eut une nouvelle crise, huit jours après le commencement du traitement ; cette crise fut la dernière. Au bout de deux mois et demi, je fis appliquer huit sangsues sur le bas-ventre, du côté droit. Contrairement à ma prescription, la malade laissa couler les piqûres des sangsues, depuis huit heures du matin jusqu'à quatre heures du soir, elle éprouva un tel soulagement que, suivant son expression, elle sentit ses nerfs couler avec son sang. Elle eut une défaillance momentanée, et, dès le lendemain, elle se trouvait beaucoup mieux.
A dater de ce moment, l'amélioration a été croissant, de jour en jour et, au bout de quatre mois, les souffrances avaient complètement disparu; les règles venaient sans douleur; les pertes blanches avaient beaucoup diminué. Quant à la tumeur, elle n'existait plus, et le toucher A'^aginal n'était plus douloureux. Je soumis la malade à un régime plus substantiel, je lui permis de se lever et de prendre un exercice modéré.
En septembre, un mois après la cessation du traitement, madame G... S. -H... se rendit à la campagne pour achever son rétablissement. Mais, au bout de trois semaines, sous l'influence d'une émotion morale, elle poussa un cri aigu, involontaire, sans éprouver aucune douleur dans le bas-ventre. Effrayée, elle revint à Paris, et réclama mes soins. Craignant une rechute, je lui fis px'atiquer une saignée de 80 à 90 grammes et je conseillai un repos absolu. Deux ou trois saignées, deux applications de ventouses, des bains, des calmants, un régime peu substantiel, tel fut l'ensemble des moyens qui suffirent, dans l'espace de deux mois, pour triompher de cette rechute et amener une guérison définitive.
Depuis neuf ans, aucun des accidents signalés plus haut ne s'est reproduit, et madame G... S.-H... apu reprendre sa vie habituelle et ses relations sociales.
Observation XXXVII.
Métrite inscrne claroBalque. — Phlegmasle péri-ntérîiae chroaalqMe h gaucbe. — Doiilewffs névralgiques symptomaiiques . — 'ffraîtcmeiiî antiplilogistîqsie. — Cautérisations iaitra-Mtérlmes. Caiatérisatlons SranscMrreaates. "— Calmants, etc. • — GaBérîson.
Bunkler, Eugénie, âgée de vingt-huit ans, couturière, entra à la Pitié le 29 avril 1854, dans ma division.
Elle a été réglée à seize ans. A dix-neuf ans, elle eut des pertes blanches, accompagnées de symptômes de dyspepsie. Depuis trois ans, la malade souffre dans le bas-ventre à gauche, dans les reins, dans le flanc et dans la jambe du même côté. Depuis onze mois, les douleurs sont devenues de plus en plus vives, et elles ont fini par empêcher les mouvements delà jambe gauche. Aux époques menstruelles, les souffrances augmentent et provoquent des crises nerveuses. Digestions pénibles, garderobes douloureuses, ténesme vésical, parfois même ischurie.
Divers traitements depuis neuf ans : — purgatifs, amers, ferrugineux, vésicatoires sur la poitrine, sur la région du cœur, sur l'estomac, sur les côtés; digitale, belladone, morphine; et différents emménagogues pour combattre l'aménorrhée. De toutes les médications employées, la saignée seule a procuré du soulagement.
Cependant la malade, souffrant de plus en plus, vint à Paris, et entra d'abord dans le service de Michon, le 28 mars 185/i. Cinq cautérisations ont été faites sur le col de la matrice avec le nitrate d'argent fondu. Chacune d'elles a été suivie de douleurs vives et même de crises nerveuses très-violentes.
Quelques jours après sa sortie du service de Michon, elle entra dans ma division (30 avril 1854).
État actuel : l'utérus est en antélatéroversion gauche ; le ligament large du même côté est le siège d'un engorgement peu volumineux, très-douloureux à la pression et présentant des battements artériels ; pas de fièvre : — saignée de 125 grammes. Les règles, qui étaient en retard de douze jours, ont paru dans l'après-midi. La malade se trouve soulagée.
Le 2 mai : nouvelle saignée de 125 grammes. Le 3 et le 6, deux saignées nouvelles de 125 grammes chacune ; le 8, ventouses scarifiées; le 10, autre saignée de 125 grammes.
Le 12 mai, examen au spéculum. Des matières analogues au blanc d' œuf s'écoulent par l'oriQcede l'utérus; le col est rouge, mais sans ulcé-
ration. Le cathétérisme, pratiqué avec la sonde de Simpson, est extrêmement doulom'eux et amène une syncope qui dure deux heures : — bain, ventouses scaritie'es sur les reins; chloroforme. Diminution des douleurs.
13 mai, la malade urine facilement.
19 mai, crises avec suffocation : — quinze sangsues sur l'hypogastre.
22 mai, retour des douleurs : — six ventouses scarifiées.
L'emploi répété des émissions sanguines amena, au bout de quatre mois, la résolution de l'engorgement péri-utérin. Mais la métriie interne persistait, la sensibilité utérine était devenue excessive et les douleurs névralgiques symptomatiques avaient atteint un très -haut degré d'intensité.
Après avoir essayé en vain, durant plusieurs mois, toutes les ressources delà médication antiphlogistique et calmante, je pratiquai sur les irradiations douloureuses (reins et membres du côté gauche) la cautérisation transcurrente superficielle (27 septembre 185Zi).
Le lendemain, la malade se trouve très-soulagée; les mouvements de la jambe sont devenus plus faciles et plus étendus; la sensibilité, depuis longtemps émoussée, est en grande partie rétablie.
Le 30 septembre et le 2 octobre, la cautérisation transcurrente est pratiquée de nouveau sur les cuisses, les reins et les membres supérieurs, toujours avec le même succès.
Du 3 octobre au 22 novembre, cautérisation intra-utérine; ventouses scarifiées; puis, vin de quinquina, pilules de lactate de fer : deux portions. Le mieux se soutient; l'époque menstruelle n'amène qu'une recrudescence légère.
A la suite des règles, les douleui's du bas-ventre se réveillent avec une certaine intensité : suppression des toniques et des ferrugineux ; ventouses scarifiées, et, plus tard, cautérisation transcurrente superficielle.
Du 23 novembre au 2^ décembre, une application de ventouses scarifiées sur les reins; quinze sangsues sur le bas-ventre; cautérisation transcurrente sur la fesse et les lombes à gauche; plusieurs bains sulfureux. Soulagement temporaire: les douleurs se dissipent, puis reparaissent, mais avec beaucoup moins d'intensité. Cependant, le 25 décembre, les règles viennent abondamment et sans souffrances.
Janvier : trois cautérisations transcurrentes sur la cuisse gauche, le basventre et les reins; deux cautérisations intra-utérines; deux applications de sangsues sur l'abdomen. Les règles paraissent sans douleur.
Février : deux cautérisations sur les régions endolories (lombes et flanc gauches).
Mars : dix sangsues sur le l)as-\entre ; deux applications de ventouses scarifiées sur les reins; cautérisation transcurrente entre les épaules, sur les reins et à l'hypogastre; cautérisation intra-utérine avec la solution de nitrate d'argent. Diminution plus durable des douleurs, leucorrhée moins abondante ; règles faciles. La cuisse gauche conserve encore un certain degré d'engourdissement et de faiblesse.
Avril-: cautérisation transcurrente de la cuisse gauche; deux bains sulfureux ; cautérisation intra-utérine.
Mai : retour des douleurs et des pertes blanches; coliques utérines trèsvives. Deux applications de vésicatoires volants sur le côté gauche de l'hypogastre et sur les reins; bains sulfureux.
Juin : l'état de la malade s'améliore assez rapidement ; les douleurs du bas-ventre et des membres se dissipent; les jambes prennent de la force, et la marche est facile; les règles sont régulières et ne s'accompagnent plus d'aucun phénomène morbide; la leucorrhée persiste à un faible degré.
Eugénie Bunkler sort dans un état satisfaisant, le 20 juin 1856.
J'ai revu cette malade depuis, et sa santé ne laisse rien à désirer.
Observation XXXVIII.
Plilegmasic péri-utérine chronique s^ gauche. — Métrite interne chronique. — Antéflexîon. — Douleurs névralgiques. ■ — Émissions sanguines. — Vésîcatoîres. — Bains. — Calmants. — Cautérisation transcurrente. — Guérison.
David (Élisa), dix-huit ans, d'un tempérament sanguin-lymphatique, d'une constitution moyenne, entre dans ma division, à la Pilié, le 20 juin 1855.
A dix-sept ans, elle fit une chute dans un escalier, et, depuis cet accijient, douleurs dans le bas-ventre, dans les reins et dans la jambe du côté gauche. Règles abondantes, sous forme de métrorrhagie, pendant cinq mois; plus tard, pertes en blanc, analogues à du blanc d'œuf.
La malade avait déjà subi trois traitements dans ma division, pour la même affection; chaque fois elle avait été soulagée, mais elle n'avait pas tardé à être reprise des mêmes accidents.
Comme les premières fois, je constatai une tumeur inflammatoire périutérine à gauche; cette tumeur était grosse comme une noix, douloureuse, solide, non fluctuante; l'utérus était en antéflexion; douleurs
névralgiques dans la jambe gauche, qui était frappée de paralysie incomplète. Les souffrances retentissaient jusque dans le bras gauche.
Applications successives de sangsues et de ventouses scarifiées plusieurs fois répétées; bains, calmants, vésicatoires volants.
Après quatre mois de traitement, le 10 octobre, je m'assurai que l'engorgement péri-utérin avait disparu. Mais les douleurs persistaient avec une grande opiniâtreté. J'étais sur le point de demander l'admission de la malade à la Salpêtrière, comme incurable, lorsque j'eus recours à la cautérisation transcurrente superficielle, qui m'avait réussi chez une autre malade. Le llj, je pratiquai la cautérisation transcurrente sur la jambe, sur la cuisse, le ventre et les reins. Dès le 12, les douleurs sont notablement diminuées. Le 17, une angine est survenue et a produit une exacerbation des accidents. Six ventouses scarifiées amènent un grand soulagement. On les répète le 20. Les règles, qui surviennent le 22, sont bien moins douloureuses qu'avant la cautérisation transcurrente. 11 n'y a plus de douleurs dans la cuisse, mais la région lombaire gauche est encore un peu douloureuse à la pression, ainsi que le côté droit du bas-ventre. Le 31, les douleurs ont disparu et la malade sort complètement guérie.
Trois ans après, j'ai eu l'occasion de revoir cette malade : la guérison s'était maintenue.
ObservatioiN" XXXIX.
Métrîte interne chronique. — Douleurs et crises nerveuses sympiomatiqucs. — Saignées, — Calmants. — Cautérisations inti-a-
ntérlncs. ■ — Cautérisation transcum'ente. — Bains. — Stepos. — Régime sévère. — CSuérison,
Madame Champ..., âgée de quarante et un ans, d'un tempérament sanguin-nerveux, et d'une bonne constitution, fut réglée à treize ans. Elle eut deux enfants, l'un à vingt et un ans, et Tautre à vingt-quatre ans. Depuis sa dernière couche, elle perd en blanc et ressent des douleurs dans le bas-ventre, à droite, surtout à l'époque des règles. Ces douleurs reviennent assez souvent sous forme de crises très-intenses. Constipation habituelle. Pendant six ans, on employa vdnement les bains simples, les bains sulfureux, alcalins, émollients, les bains de siège, les injections variées, les calmants, les antispasmodiques; la cautérisation souvent répétée du col de la matrice.
Souffrant de plus en plus, la malade vint me consuller au mois de juin 1852.
NONAT ET LIMAS. 73
115i OBSERVATIONS.
L^utérus était augmenté de volume et recourbé en S italique; le col utérin, rouge et injecté; son orifice plus ouvert que dans l'état normal. Écoulement leucorrhéique, filant, analogue à da blanc d'oeuf, et mêlé de muco-pus.
• Juin. — Une saignée du bras de 150 grammes; lavements ou purgatifs légers; bains, calmants, repos modéré. La malade se trouve un peu soulagée;
• Juillet. ■ — Deux saignées de 60 à 80 grammes. Vers la fin de ce mois, les règles parurent à l'époque ordinaire, furent très-douloureuses, et accompagnées de crises violentes et d'attaques convulsives fréquemment répétées.
Quelques jours après les règles, une troisième saignée fut pratiquée. La malade en éprouva beaucoup de soulagement.
Dans le mois d'août, je pratiquai quatre fois le cathétérisme utérin.
Madame Champ... fut obligée de quitter Paris ; elle était dans un état assez satisfaisant.
. Elle revint l'année suivante, et je la soumis au traitement suivant ; — Du mois d'août au mois de décembre 1853, huit saignées de 60 à 80 grammes chacune; plusieurs applications de ventouses et de sangsues sur le basventre et les reins ; bains, lavements et laxatifs répétés; repos et alimentation légère.
Du mois de janvier au mois de mars 185/j., cathétérisme graduel de l'utérus deux fois par semaine, puis cautérisation intra-utérine avec la solution de nitrate d'argent, suivie de douleurs très-intenses, et répétés tous les six ou sept jours pendant cinq mois.
Diminution très-sensible des douleurs et des pertes blanches; cessation des crises nerveuses; les règles viennent sans souffrances.
Quelques cautérisations intra-utérines furent encore pratiquées de temps en temps, pendant six mois, et le 15 mai 1855, madame Champ... retourna dans son pays en bonne voie de guérison.
, Au mois de novembre suivant, les pertes blanches ayant reparu, quatre nouvelles cautérisations intra-utérines, à peine douloureuses, suffirent pour en triompher^
Cependant les douleurs des reins, des cuisses et des espaces intercostaux reparurent quelquefois encore; elles cédèrent promptement à deux cautérisations transcurrentes superficielles.
Depuis lors, madame Champ... continue de se bien porter; mais, pour prévenir le retour de la coarctation utérine, elle est soumise, tous les trois ou quatre mois, à l'opération du cathétérisme.
Observation XL.
Métrsie interne clironîqaie. — Phicgmasie pérî-ntérlne chronique.
— Crises nerveuses hystériformes. — Troubles digestifs symptomatiqnes. — Émissions saBagnSmes. — Caaitérîsatsom transenrrente. — Bains. — Calmants. — ISégîme sévère. — Repos. — Cathétérîsme» — Carette. — Cautérisation intra-utérine. — ^uérlson.
Théron (Rosine), âgée de trente-deux ans, d'une constitution affaiblie par la souffrance, d^un tempérament nerveux et d'un caractère très-impressionnable, est entrée le 30 avril 1857, dans mon service, à la Charité.
Elle a été réglée à Fâge de treize ans. La menstruation, régulière d'abordj se dérangea, au bout de quelques mois, sans cause appréciable. La malade éprouva des retards de deux, trois^ quatre mois et plus, et même une suppression qui dura un an. Cette aménorrhée s'accompagna de phénomènes gastralgiques, de douleurs dans le bas-ventre et dans les reins, d'un état de malaise général et de faiblesse extrême, avec altération des traits et décoloration des tissus. Le retour capricieux et imprévu des règles dissipait ces phénomènes, qui ne tardaient pas à reparaître avec une nouvelle aménorrhée.
La malade ne ressentit aucune amélioration des pédiluves sinapisés et du régime tonique auquel on la soumit pendant longtemps. Au commencement de l'année 1855, les douleurs de l'estomac et du bas-ventre devinrent plus intenses, surtout à l'époque des règles; puis survinrent des vomissements.
Huguier fit suivre un traitement approprié à la gastralgie. Cependant les accidents prirent, à quatre reprises, une telle intensité que la malade fut contrainte de garder le lit pendant un mois. En octobre 1856, après quelques semaines de soulagement, l'époque menstruelle ramène ■de nouvelles crises, plus violentes que les anciennes, avec des vomissements incoercibles, des attaques de nerfs fréquentes, des coliques, des efforts expulsifs, des maux de reins, des démangeaisons, des picotements, des fourmillements et une sensation de tiraillement dans toute la moitié inférieure du rachis; enfin des douleurs jusque dans les cuisses et les jambes, surtout du côté gauche, etc.
Mademoiselle Théron consulta successivement plusieurs médecins : Raciborski, qui chercha à combattre les phénomènes gastriques; M. Bossu, qui crut à une maladie de la moelle épinière et fit appliquer des
vésicatoires sur la colonne vertébrale ; M. Sellier, qui prescrivit, dans le même but, des applications de sangsues, de vésicatoires et de cautères tout le long des reins. Enfin, au mois de janvier 1857, la malade entra à la Charité, dans le service de M. Briquet, qui la traita comme hystérique d'abord, et plus tard comme hypochondriaque. Au bout de deux mois et demi, mademoiselle Thérou sortit beaucoup plus souffrante qu'à son entrée. '
Admise dans mon service, le 30 avril ISf)?, la malade présentait l'état suivant : coloration jaune terne de la face, amaigrissement général, diminution notable des forces, profond découragement, nausées, vomissements assez fréquents après les repas, perte de l'appétit, douleurs continuelles dans le bas-ventre, principalement à gauche. Ces douleurs retentissent dans les membres inférieurs et s'irradient jusqu'aux parties supérieures du tronc, sous forme de fourmillements et d'élancements dans le dos, le long du rachis et du cou. Elles s'exaspèrent quelquefois au point de provoquer des crises nerveuses hystériformes de la plus grande violence, qui durent de quinze à trente minutes, et surviennent tantôt une ou plusieurs fois par jour, tantôt une fois seulement en quarante-huit heures. Constipation opiniâtre, garderobes très-douloureuses; leucorrhée datant de l'âge de dix-sept ans, devenue très-abondante depuis la dernière époque menstruelle (15 avril). L'intégrité de l'hymen m'empêche de pratiquer le toucher vaginal. L'exploration par le rectum, suivie d'une attaque de nerfs très-intense, me permet de constater un empâtement assez prononcé dans les deux ligaments larges. Le diagnostic sera mieux précisé plus tard.
Le 1*^'^ mai, malgré l'état anémique et les accidents provoqués par l'examen superficiel des organes génitaux : — saignée de 90 grammes, lavements émollients, cataplasmes laudanisés sur l'abdomen, une portion.
Le 3 mai, légère améhoration, qui continue après une application de ventouses scarifiées sur les reins, et l'usage de quelques bains simples. (Sous l'influence de l'eau de Sehz, les digestions deviennent moins pénibles. Jusqu'au 9 mai, une seule crise hystériforme, qui ne dure que cinq minutes. Le 9 mai, retour de douleurs intenses dans les reins, cautérisation transcurrente loco dolenti, suivie d'une attaque de nerfs, pendant laquelle la malade conserve assez de discernement pour indiquer une augmentation de souffrances dans l'abdomen. Le 12 mai, l'état général est plus satisfaisant : les douleurs sont partout moins vives et moins fréquentes.
Du 15 au 20 mai, apparition des règles, réveil des douleurs, sans acci-
dents nouveaux. Le 21, ventouses scarifiées sur les reins. Amélioration marquée. Le 22, un bain qui, loin de soulager la malade, ranime les douleurs. Cependant, il n'y a plus de vomissements, ni de nouvelles attaques : — potion calmante, vin de quinquina, deux portions.
Aucun changement jusqu'au 28 : quinze sangsues amènent un léger soulagement de quelques heures; puis les douleurs reparaissent. Le i" juin, attaque de nerfs, précédée de souffrances extrêmes dans tout le bas- ventre. La constipation n'est peut-être pas étrangère à cette recrudescence, qui diminue après l'administration de 30 grammes d'huile de ricin. 7 juin: soulagement complet, sous l'influence d'une apphcation de ventouses sur les reins.
9 juin : à la suite d'une vive contrariété, douleurs extrêmement vives dans le bas-ventre et les reins, agitation continuelle, attaque de nerfs vers le soir. Les cataplasmes chloroformés ne font qu'exalter la sensibilité nerveuse : saignée de 30 grammes.
Le 11 juin, même état j ventre ballonné et très-sensible à la pression, vomissements, pas de nouvelles attaques de nerfs : diète absolue.
Le 12 juin, légère amélioration jusqu'au 25 juin. Pendant ce temps, la malade n'a pris que des bouillons et des potages ; enfin une portion dans les deux derniers jours. Des onctions d'axonge et de laudanum, et des lavements émollients ont réussi souvent à calmer les douleurs.
La contrariété éprouvée par la malade n'a-t-elle pas pu retarder le flux menstruel qui devait paraître du 12 au 15 juin, et ce retard, par contrecoup, n'a-t-il pas donné lieu à la recrudescence que nous venons de signaler? Nous n'hésitons pas à le croire.
Le 25 juin, les règles se montrent, après une exagération momentanée des douleurs, suivie d'une attaque de nerfs. Elles sont d'une couleur pâle, fort douloureuses et accompagnées de coliques expulsives. Le 1" juillet, après leur cessation, cinq ventouses scarifiées sur- les reins: diminution sensible, mais passagère, des douleurs, qui reparaissent le lendemain avec une nouvelle intensité, à la suite d'une exploration des organes génitaux par le rectum. Cette recrudescence dure huit jours et cède à quatre applications de ventouses scarifiées, à l'emploi des cataplasmes chloroformés sur l'abdomen et des lavements émoUients.
Le 27 juillet, nouvelle crise accompagnée de douleurs qui persistent jusqu'au 2 août, et cessent avec l'apparition des règles. La malade ne se plaint plus de cette sensation de fourmillement qu'elle accusait dans les reins.
Le 17 août, crise nerveuse. Le 19, cautérisation transcurrente sur les
1158 OBSERYATIONS.
reins et sur le flanc gauche pour combattre les douleurs névralgiques; attaque de nerfs immédiate, déterminée surtout par l'émotion que la malade éprouve un instant avant l'opération.
Le lendemain, les douleurs ont entièrement disparu sur les points cautérisés.
Le 22 août, saignée de 30 grammes, suivie d'une amélioration durable. Du 2 au 9 septembre, sous l'influence de la coogestion menstruelle, retour des mauvaises digestions, des souffrances du bas-ventre et des reins, sans crises hystériformes. Les règles, qui durent du 9 au 15 septembre, amènent un grand bien-être, augmenté encore par une application de sangsues.
Octobre. — Deux vésicatoir es volants sur le creux de l'estomac, contre la gastralgie ; une onction avec l'huile de croton tiglium sur l'abdomen, contre l'entérite glaireuse. Mademoiselle Théron souffre à peine du bas-ventre et des reins; ses digestions se font assez bien, son teint est plus frais et plus animé; elle descend au jardin et marche sans douleurs ; enfin, aucune crise nerveuse n'est survenue depuis le 19 août.
Le 25 octobre, les règles viennent et ne produisent qu'une très-faible recrudescence : six sangsues sur le bas-ventre, et, quelques jours après, cautérisation transcurrente superficielle sur les reins.
Le 10 novembre, sous l'influence d'une forte émotion morale, les douleurs reparaissent avec une grande acuité. Saignée de 30 grammes. Dans la nuit, violente attaque de nerfs, pendant dix minutes. Deux applications de sangsues et une cautérisation transcurrente superficielle sur les reins, du 10 novembre au U décembre, procurent un soulagement trèssensible, mais momentané. Nouvelle recrudescence à l'époque des règles (du 15 au 20 décembre). L'entérite glaireuse a reparu; elle est de nouveau combattue avec succès par des onctions d'huile de croton tiglium sur l'abdomen.
A cette époque, la malade ayant consenti à une exploration vaginale, je ( m'assurai par un examen direct qu'il existait dans les deux ligaments larges, et derrière la matrice, un engorgement plilegmoneux, à la surface duquel on sentait une artère grosse comme la moitié de la radiale. Le corps de l'utérus était en antéflexion et, sur le col, arrondi, conique, on sentait quelques granulations.
Aucun accident ne suivit cette exploration, et la malade alla de mieux en mieux, jusque dans les premiers jours de janvier 1858. Cinq applications de sangsues, une application de ventouses et une cautérisation transcurrente superficielle ont été faites pendant ce mois.
Le 6 janvier, après une nouvelle contrariété, mademoiselle Théron est prise d'une attaque d'hystérie très-violente, et de tous les accidents déjà signalés: les crises nerveuses se répètent tous les deux jours, une ou deux fois dans les vingt-quatre heures. — Sangsues, ventouses, cautérisation transcurrente ; bains, bouillons et potages : pas d'amélioration. Les règles apparaissent le 20 janvier, après quinze jours de retard.
Cependant le toucher vaginal est devenu moins douloureux; je constate une notable diminution de Tengorgement des ligaments larges, et la disparition de l'engorgement rétro-utérin.
Mieux sensible pendant le mois de février.
Mars. — Cautérisation transcurrente superficielle sur le bas-ventre et les reins : diminution des douleurs lombaires. Une application de ventouses scarifiées sur les lombes et deux applications de sangsues sur le bas-ventre, font presque entièrement cesser les autres douleurs. L'appétit renaît; les pertes blanches diminuent ; les attaques nerveuses se réduisent à quelques rares tressaillements musculaires.
L'engorgeriient péri-utérin ayant disparu^ et l'état nerveux étant suffisamment atténué, j'ai cru devoir, pour achever laguérison, traiter directement la métrite interne.
Du 9 avril au mois d'août 1858 : cathétérisme utérin, répété deux fois par semaine, pendant vingt jours; raclage de la face interne de l'utérus avec la curette, qui ramène cinq granulations du volume d'un grain de chènevis ; six cautérisations intra-utérines avec le nitrate d'argent liquide; trois applications de ventouses scarifiées ; bains.
Ce dernier traitement a été suivi d'une guérison complète, qui s'est maintenue jusqu'à ce jour.
ObskrvatioiN- XLL
PhlegiMasîe 'pérî-uférîne clironique. — Mélrîte interne. — Antéflexion. — Réfention d'urine. — Crises nerveuses liystcriformes symptonsatiques. — Émissions sanguines. — Vésicatoîres. — Calmants. — Bains. — Cautérisations transcnrrentes. — Repos. — Régime sévère. — Gaérîson.
Adèle R.. ., âgée de vingt et un ans, d'un tempérament lymphatiquenerveux, d'une assez bonne constitution, réglée àdLx-sept ans, fut prise, il y a trois ans, de douleurs dans le bas-ventre, à gauche, avec dysménorrhée et pertes blanches assez abondantes ; digestions difficiles et fré-
lUU) OBSERVATIONS.
quemment suivies de vomissements; dysm-ie, et depuis deux ans rétention fréquente d'urine; enfin, il y a six mois, par suite de la suppression des règles, recrudescence des douleurs du bas-ventre et crises nerveuses hystériformes. Ces crises se répétaient une et même deux fois par jour, sous l'influence du calliétérisme vésical ou d'une vive émotion morale.
Divers moyens (bains simples, alcalins et sulfureux, calmants, antispasmodiques, amerS;, ferrugineux) avaient été successivement employés sans succès, lorsque la malade me fut adressée par un de mes anciens élèves, M. le docteur Defaucanberge (de Gien).
Le 20 juin 1857, je trouvai Adèle R... dans l'état suivant : rien de particulier dans l'expression de la face; bas-ventre tendu, douloureux, surtout à gauche; distension de la vessie par l'urine, qui forme à l'hypogastre une tumeur globuleuse, mate et rénitente.
Une sonde introduite dans la vessie donne issue à un litre et demi d'urine un peu foncée en couleur, mais ne présentant d'ailleurs aucune altération. Le passage de la sonde a été très-douloureux, à cause de l'ex- -trême sensibilité de -l'urèthre; et, au moment où j'ai retiré l'instrument, je me suis aperçu qu'il était fortement serré par la contraction spasmodique du col de la vessie.
Malgré l'hyperesthésie de l'urèthre, la malade affirme que jamais elle n'éprouve le sentiment du besoin d'uriner.
En raison des pertes blanches et des douleurs accusées par la malade dans le bas-ventre, j'explorai avec soin les organes génitaux.
Toucher vaginal très-douloureux; utérus en antéflexion, sensible à la pression, d'un volume normal; derrière le fpubis, noyau d'engorgement gros comme une noix, solide, mobile et situé entre l'utérus et la vessie. De chaque côté, dans les ligaments larges, engorgement de même consistance, formant deux tumeurs grosses comme un œuf de pigeon. Ces tumeurs sont douloureuses, non fluctuantes, distinctes del'utérus, et elles offrent à leur base une artère qui égale la moitié de la radiale.
Col utérin petit, conique, très-rouge et injecté ; leucorrhée abondante ^et analogue à du blanc d'œuf; engourdissement et faiblesse de la jambe gauche, garderobes difficiles; chloro anémie, abaissement des forces; pas de fièvre.
' J'essayai d'abord de combattre la rétention d'urine, en dirigeant un double courant électrique sur la vessie. Cette médication, répétée tous les matins pendant sept jours, par M. Bonnefin, ne fit qu'augmenter les •souffrances.
J'eus ensuite recours aux prdparalions de belladone, aux injections d'eau froide dans la vessie, au cathéterisme gradué, aux douclies froides générales, sans plus de succès.
En dernier lieu, je combattis l'engorgement péri-utérin, à l'aide des moyens suivants : — Six saignées de Zi5 à 90 grammes, quatre applications de ventouses scarifiées sur les reins, cinq applications de quinze sangsues, trois vésicatoires volants, quatre cautérisations transcurrentes; calmants, bains, repos, régime sévère. Sous l'influ-ence de cette méditation, les accidents diminuèrent graduellement ; et, au bout de cinq mois, les douleurs du bas-ventre avaient disparu, ainsi que la rétention d'urine et les crises hystériformes; les règles, qui étaient supprimées depuis longtemps, vinrent à leur époque accoutumée, le 19 octobre. Depuis ce moment, elles ont continué de paraître très-régulièrement. . J'ai pu m'assurer que les crises nerveuses étaient, comme je l'avais pensé, intimement liées à la phlegmasie péri -utérine; car, à mesure que l'engorgement péri-utérin marcha vers la résolution, les douleurs du basventre allèrent elles-mêmes en diminuant, les urines reprirent peu à peu leur cours naturel, les crises s'éloignèrent et elles finirent par cesser complètement. Depuis que la malade est sortie de l'hôpital, sa guérison ne s'est pas démentie.
Observation XLII.
Métritc interne chronique. - — Phlegmasie péri-ntérîne chroni(|uc.
fi Crises iiystérif ormes. — Paraplégie et dysurîe symptosnatiques. Émissions sanguines. — Cathéterisme ntërin. — Repos. — Cautérisation transeurrcnte superficielle. — Toniques, ferrugineux. — Élcctrisation. — Guérison.
Rosalie Thouvignon, couturière, âgée de vingt-deux ans, d'un tempérament lymphatique-nerveux et d'une assez bonne constitution, soutirait depuis deux ans dans le bas-ventre et dans l'estomac, avant d'être réglée. A l'âge de seize ans, les règles apparurent, et furent suivies de douleurs plus intenses.
A vingt et un ans, Rosalie Thouvignon eut une grossesse pénible et un accouchement difficile. Six semaines après ses couches, elle enti'a à l'hôpital JSÎeckcr, éprouvant des élancements continuels et violents dans la région ovarique droite, avec une leucorrhée très-abondante, des digestions difficiles, suivies de nausées, de vomissements, de pesanteur insolite dans l'estomac, etc. Monneret cautéiisa huit ou [dix fois le col de l'utérus
1162 OBSERTATIONS.
avec le niti'ate d'argent et prescrivit du sous-nitrate de bismuth et de l'iodure de fer; mais les souffrances s'accrurent encore et amenèrent des crises nerveuses hyste'riformes.
Ros. Thouvignon entra à la Charité, dans mon service^, le 6 juillet 1857, onze mois après son accouchement. Elle était pâle, affaiblie, anémique. Elle éprouvait dans le bas-ventre un sentiment de pesanteur et des douleurs très-intenses, surtout à droite^ qui s'irradiaient dans les membres inférieurs, dans la région sacro-coccygienne, dans les lombes, les espaces intercostaux et les aisselles. La jambe droite était très-faible, presque paralysée. Ces phénomènes prenaient plus d'intensité à l'époque menstruelle. Leucorrhée abondante ; miction difficile, douloureuse; garderobes rares et très-pénibles; digestions laborieuses, vomissements, perte de l'appétit; céphalalgie incessante.
Toucher vaginal douloureux, ainsi que la pression hypogastrique; rétroversion avec abaissement de l'utérus. A gauche, petite grosseur située derrière le ligament de Fallope et paraissant formée par l'ovaire congestionné. En arrière et à droite, tumeur assez volumineuse, solide, nettement séparée de l'utérus par un sillon, non fluctuante, douloureuse à la pression.
Le 7 juillet, saignée de 150 grammes, sans soulagement. Le lendemain, cinq ventouses scarifiées sur les reins. Les règles paraissent le 10, beaucoup moins douloureuses qu'auparavant.
Le 16 juillet, cathétérisme utérin, très- douloureux et suivi d'une paralysie complète du mouvement de la jambe droite.
Une application de sangsues le 19, et une application de ventouses le 20 juillet, font disparaître celte paralysie en cinq ou six jours.
Le 3 août, le cathétérisme est de nouveau pratiqué sans accident. Le 10, les règles viennent sans douleurs. Après leur cessation, cinq ventouses scarifiées sur les reins. Le cathétérisme, pratiqué le 2k et le 28 août, n'amène rien de particulier.
' Le 2 septembre, douleurs et faiblesse dans la jambe droite, que la malade a peine à mouvoir ; souil'rances du bas-ventre très-vives ; émission de l'urine très-pénible. Une cautérisation transcurrente, faite le 1/i septembre sur les reins, le bas-ventre et les cuisses, détermine un soulagement immédiat, mais passager. Le 16 septembre, les soufTrances ont repris leur intensité; la jambe gauche est très-faible; la jambe droite est paralysée. — Saignée de 125 grammes.
Le lendemain, la jambe droite peut exécuter des mouvements peu étendus. Mais, le 18, les souffrances sont revenues avec la paralysie.
Cette recrudescence ne peut être attribuée qu'à l'influence de l'époque menstruelle.
Les règles apparaissent, peu abondantes, le 20 septembre, après un retard de huit jours. La jambe droite est moins paralysée et moins douloureuse que les jours précédents. Le 26, après^la cessation des menstrues, douleurs lancinantes dans les deux jambes. — Quinze sangsues sur l'hypogastre, le 28 septembre. Trois jours après, vésicatoires volants sur les deux fosses iliaques.
Le 5 octobre, plus de douleurs dans le bas-ventre, lodure de potassium, 0'%25. Cependant, la paralysie des membres inférieurs va en augmentant. Le 12 octobre, la jambe gauche et la jambe droite sont entièrement privées de mouvement et de sensibilité. L'hypogastre est également frappé d'anesthésie. Ces accidents, loin de diminuer aujourd'hui sous rinfluence des émissions sanguines, augmentent au contraire à mesure que le sang s'appauvrit; car ils ne dépendent plus seulement de l'affection utérine, comme au début, mais ils se rattachent aussi à un ,état anémique et hystérique très-prononcé. D'ailleurs, l'engorgement péri-utérin a beaucoup diminué de volume. Les douleurs lombo-ovariques se sont dissipées, et les pertes blanches ont presque totalement disparu.
Du 13 au 25 octobre : — pilules de Vallet; iodure de potassium; manuluves ; cataplasmes chloroformés ; quelques lavements émoUients et laudanisés.
Du 25 au 28 octobre, les règles paraissent sans amener aucun changement.
Le 3 novembre, rétention d'urine avec ténesme vésical; le cathétérisme devient nécessaire, matin et soir, La pression sur l'abdomen et le toucher vaginal sont très-douloureux.
Du 9 au 30 novembre, électrisation des membres inférieurs et de la paroi hypogastrique; cathétérisme, puis faradisation de la vessie; continuation du traitement tonique. Les mouvements et la sensibilité reviennent progressivement dans les membres paralysés, après neuf séances d' électrisation.
A la fin de ce mois, les règles ont apparu normalement, et Rosalie Thouvignon sortit guérie, le 7 décembre.
Observation XLIII.
Phlcgmasie péri-utériiie chronique à droite. — némlplégic s^mptomutique du même côté. — Emissions saiaguines. — SSaîns. — Calmants. — Vésîcatoîs*es. — lodnre de potassium. — CîuvrisoM.
Adèle Laurent, âgée de \ingt-huit ans, est entrée à l'hôpital Cochin le 26 août 1848. Cette femme, nuUipare, souffre depuis un an dans le basventre à droite; tout le corps du même côté, à l'exception de la face, -est frappé d'une paralysie du mouvement, coïncidant avec une exaltation extrême de la sensibilité dans les mêmes régions. Elle a été traitée pour une affection de la moelle épinière, au moyen de cautères appliqués le long du rachis, de bains sulfureux, de noix vomique ; le tout sans aucune amélioration. Elle fut ensuite soignée à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de Malgaigne, pour [une névralgie du col de l'utérus. La section de cet organe fut suivie d'une perte assez abondante de sang et d'un soulagement marqué; mais, au bout de quelques jours, les accidents revinrent avec la même intensité, et la malade entra à Cochin, dans ma division.
Je présumai que la paralysie était étrangère à une maladie de la moelle «pinière, m'appuyant sur ce fait que, depuis un an, elle était localisée et n'avait pas envahi le côté opposé ; et je pensai que tous les accidents avaient pour origine une lésion de l'utérus ou de ses annexes. En effet, je trouvai dans le ligament large du côté droit une tumeur solide, non fluctuante, douloureuse à la pression, du volume d'un œuf de poule, adhérente à la paroi latérale droite de l'utérus, dont elle était séparée par un sillon assez profond. Les douleurs, réveillées par la pression exercée sur la tumeur, s'irradiaient du bas-ventre dans les membres paralysés, ce qui vint prouver la relation qui existait entre cette maladie et la pa- 4'alysie.
Douze saignées de 60 à 80 grammes, trois applications de quinze sangsues, cinq vésicatoires volants sur le bas-ventre; iodure de potassium ; bains, repos, régime sévère.
Sous l'influence de celte médication, au bout de quatre mois, la malade était complètement guérie. Chose digne de remarque, à mesure que l'affection du bas-ventre diminuait, la paralysie elle-même diminuait dans le même rapport.
J'ai eu l'occasion de revoir cette malade, dont la guérison s'est parfaitement maintenue.
Observation XLIV.
Métrîie înterne. — Phlegeîaasie péri-utérine chronique. — Paralysie syniptoniatîque du mouvement de la jambe gauche. — Incontinence d'urine. — Émissions sanguines. — l^ésicatoires, etc. — Cautérisation transcnrrente superficielle. — Cautérisation intrantérlne. — Catliétérisnie utérin. — Bains sulfureux, etc. — Amélioration .
Marie W..., lingère, âgée de trente ans, d'vme forte constitution et d'un tempérament sanguin, réglée à treize ans, a eu deux enfants, l'un à seize, l'autre à dix- huit ans.
A vingt-quatre ans, fausse couchede sept mois; à vingt-huit ans, accouchement très-pénible.
Trois ou quatre mois après, la malade est surprise par un orage : ses règles s'arrêtent brusquement et restent supprimées pendant onze mois.
Au mois de mars 1856, douleurs Irès-vives et continuelles dans le basventre : pertes blanches abondantes. Un peu plus tard, sentiment de faiblesse dans la jambe gauche, et bientôt paralysie complète du mouvement; incontinence d'urine.
Au mois de juin 1856, Marie W... entra à la Pitié, dans le service de M. Marrotte. Bains sulfureux, applications de sangsues, pilules ferrugineuses, vin de quinquina, faradisation répétée tous les deux jours, pendant trois mois, le long de la jambe paralysée, tout resta sans effet. La malade alla à la campagne, et revint dans le même état.
Le 11 août 1856, elle 'entra à la Charité, dans la division de Rayer. Les préparations de strychnine, les bains sulfureux, la faradisation, un traitement antisyphilitique, continués pendantdixmois, n'amenèrent aucun résultat favorable.
Le 12 juin 1857, après un séjour de quelques semaines à la campagne, Marie W... entra dans mon service.
État actuel. — Bonne physionomie ; embonpoint conservé ; habitude extérieure satisfaisante ; digestions faciles, appétit excellent.
Douleurs gravatives dans le bas-ventre ; sentiment de constriction pénible autour des reins; jambe gauche entièrement paralysée du mouvement; jambe droite seulement engourdie; incontinence d'urine permanente.
Toucher vaginal peu douloureux; utérus en rétroflexion, engorgé; orifice utéro-vaginal largement ouvert; leucorrhée abondante. Dans le
ligament large gauche, tumeur inflammatoire grosse comme un œuf de poule, avec une artère d'un assez petit volume.
Le cathétérisme utérin détermine, au niveau de l'orifice cervico-utéiin, une douleur assez vive, qui retentit dans le côté gauche de l'abdomen.
13 juin, ventouses scarifiées sur les reins du côté gauche, cataplasmes laudanisés en permanence sur l'hypogastre, manuluves; une portion.
Le li, quinze sangsues sur le bas-ventre, à gauche.
1 5 juin, amélioration graduelle, qui continue même pendant la menstruation. Le lendemain des règles, qui durent du 18 au 21, saignée de 90 grammes, suivie de bons effets.
Du 22 juin au 20 août, quatre applications de sangsues ; deux vésicatoires volants sur les fosses iliaques. Diminution notable des phénomènes morbides ; menstruation facile et régulière.
Le 21 août, la jambe gauche devient très-douloureuse; les mouvements sont moins étendus et moins faciles que les jours précédents.
Le 23, cautérisation transcurrente superficielle sur les reins et sur la jambe gauche. Les douleurs de reins se dissipent entièrement. Les douleui's et la paralysie de la jambe droite disparaissent aussi subitement, mais seulement d'une manière momentanée.
Le 28 août, dix sangsues à l'hypogastre.
Du 1^'' au 5 septembre, règles sans accident.
Le 9 septembre, cautérisation transcurrente superficielle sur la jambe gauche, le bas-ventre et les reins. Amélioration très-sensible et plus durable que la première fois. La malade retient bien ses urines, et |recouvi'e la sensation du besoin d'uriner.
Du 10 septembre au 1^' décembre : trois applications de sangsues sur le bas-ventre ; six cautérisations transcurrentes sur les reins, le bas-ventre et la jambe gauche; deux applications de ventouses scarifiées: résultats très-satisfaisants ; la malade imprime à la jambe gauche toutes sortes de mouvements; elle marche avec lenteur et précaution, il est vrai, mais elle n'éprouve plus qu'un peu de faiblesse, et de temps en temps des élancements douloureux dans le membre malade.
Décembre : une application de sangsues et de ventouses scarifiées, une cautérisation transcurrente, une saignée de 90 grammes, dans le but de combattre les élancements douloureux.
Je m'assure par le toucher vaginal que l'engorgement péri-utérin a disparu.
Janvier : retour de tous les accidents, sous l'influence d'une vive contrariété. Ventouses scarifiées sur les reins ; cautérisation transcurrente
sur le bas-ventre, les lombes et la jambe gauche. Lesdouleurs disparaissent, mais la paralysie ne se dissipe qu'incomplètement. Plusieurs tentatives d'électrisation sur la jambe paralysée demeurèrent sans effet.
Je revins à la cautérisation transcurrente superficielle. Je pratiquai à plusieurs reprises le cathétérisme utérin et la cautérisation intra-utérine, d'abord avec la solution de nitrate d'argent, puis avec le porte-caustique de Lallemand.
Les symptômes de la métrite interne furent ainsi combattus avec succès ; en même temps les phénomènes de paralysie diminuèrent d'une manière très-notable. Plus tard, sous l'influence des toniques, des bains, des ferrugineux, l'état de la malade s'améliora, aupoint qu'elle put sortir de l'hôpital, en voie de guérison, dans le courant du mois de novembre 1858.
Observation XLV.
Phlegmasie péri-utérine des deux côtés. — Métrite interne chronique. — Dyspepsie. — Insuccès de la cautérisation du col utérin avec le fer rouge. — Émissions sanguines. — Bains. — Calmants. — "Vésicatoires. — Repos. — Régime sévère. — En voie de guérison. — Application d'un pessaire. — Gangrène consécutive des parois vaginales. — Péritonite. — Mort.
Marie Quénot, domestique, âgée de trente-quatre ans, d'un tempérament sanguin-lymphatique, d'une bonne constitution, réglée à quinze ans et demi, a eu quatre enfants. Il y a onze ans, à la suite d'une couche, elle fut prise de douleurs dans le bas-ventre, avec pertes en blanc analogues à du blanc d'oeuf : — cataplasmes, injections émollientes, bains, repos.
Au bout de trois mois, la malade se trouva mieux et put reprendre ses occupations. Depuis lors, persistance de la leucorrhée, et douleurs, de temps en temps, dans le bas-ventre.
Il y a huit mois, recrudescence marquée des souffrances et pertes abondantes aux époques menstruelles. Entrée de la malade à la Pitié , dans le service de Becquerel : — deux applications de sangsues, purgatifs répétés; amélioration légère. Plus tard, à cinq reprises différentes, cautérisation au fer rouge du col utérin. Augmentation des douleurs du bas-ventre. Sortie "de la malade, le 15 novembre, après [six mois de traitement.
Le 3 décembre 1857, elle entra dans ma division, à la Charité.
État actuel, k décembre ; — douleurs intenses et parfois expulsives dans
le bas-ventre des deux côtés, principalement à gauche ; retentissement des souffrances dans les reins, dans les flancs et dans les cuisses; sentiment de pesanteur au-dessus de l'anus, tiraillements dans les reins ; envies fre'quentes d'uriner ; garderobes quelquefois douloureuses; digestions pénibles, pas de nausées, ni de vomissements. Ghloro-anémie,
Utérus en antéversion, un peu abaissé et légèrement augmenté de volume. -Tumeur inflammatoire péri-utérine dans les deux ligaments larges. Chacune de ces tumeurs a le volume d'un œuf de pigeon ; elle est oblongue, mobile, douloureuse au toucher, non fluctuante et présente, à sa base, une artère grosse comme la moitié de la radiale. Saignée de 90 grammes; cataplasmes laudanisés; une portion. Soulagement rapide.
12 décembre. — Retour des douleurs du bas-ventre : vésicatoires sur les fosses iliaques. Mieux sensible.
21 décembre. — Apparition des règles, qui s'accompagnent des mêmes douleurs que précédemment. Au bout de quelques jours, les douleurs se calment en partie,
8 janvier. — Recrudescence des douleurs du bas-ventre. Cautérisation transcurrente, répétée deux fois et suivie, chaque fois, d'une prompte diminution des souffrances.
15 janvier : même état : — quinze sangsues sur l'hypogastre.
22 janvier, les règles paraissent à leur époque habituelle et se montrent normales sous tous les rapports. A dater de ce moment, l'état de la malade s'améliore chaque jour. — J'insiste sur les manuluves, les bains, les calmants.
12 février : le mieux se soutient, l'engorgement péri-utérin a presque entièrement disparu; mais il existe encore un peu de douleur dans le basventre, surtout à gauche. Deux applications de ventouses scarifiées, faites à huit jours d'intervalle, amènent la cessation des souffrances. ,
22 février : retour des règles, sans douleur.
La malade allait de mieux en mieux; elle commençait à recouvrer des forces, lorsque, le 26 février, elle fut obhgée de quitter ma division.
Dénuée de toutes ressources, Marie Quénot passa dans la division d'un de mes collègues, qui, pour remédier à l'antéverslon de la matrice, fit appliquer un pessaire à air en caoutchouc, du docteur Gariel.
Les deux premiers jours, la malade se trouva bien; mais, dès le troisième jour, elle ressentit des douleurs dans le bas-ventre, et, le lendemain, ses souffrances avaient tellement augmenté, qu'il fallut retirer le pessaire. Dès ce moment, les accidents s'aggravèrent de plus en plus;
bientôt apparurent tous les symptômes d'une métro-péritonite aiguë, et, liuit jours après l'invasion de ces accidents, Marie Quénot rentra, sur sa demande, dans ma division.
Son état avait singulièrement empiré ; la face était profondément abattue, altérée; le ventre tendu, douloureux à la moindre pression; écoulement, par la vulve, de matières putrides exhalant une odeur gangreneuse. Je trouvai les parois du vagin très-épaissies, inégales, indurées; le col utérin augmenté de volume, mais lisse au toucher. Vomissements de matières bilieuses, verdâtres; pouls très -fréquent, très-petit, concentré, comme dans la péritonite aiguë.
Les accidents s'aggravent de plus en plus, et, au bout de huit jours, la malade succombe, épuisée par les souffrances et par la diarrhée colliquative, malgré Remploi des onctions mercurielles, des cataplasmes, des injections émoUientes, et des moyens de désinfection.
Autopsie (16 juin, trente-six heures après la mort). — On trouve un épanchement de pus dans le péritoine. Ce liquide occupe surtout la cavité pelvienne; il est épais, bien lié et phlegmoneux; des fausses membranes récentes se remarquent à la face interne de la séreuse.
Les parois du vagin sont inégales, rugueuses, indurées, couvertes et imprégnées d'un liquide brun foncé, sanieux et très-fétide. Leurs couches superficielles sont ramollies et réduites en un détritus noirâtre, gangreneux; leurs couches profondes ont une consistance ferme et crient sous le scalpel. Ces lésions s'étendent depuis la vulve jusqu'au col de l'utérus. Ce dernier est hypertrophié, mais il a conservé son aspect lisse, et n'est pas envahi par la gangrène qui, comme nous venons de le dire, occupait toute l'étendue des parois vaginales.
Le corps utérin lui-même est sensiblement augmenté de volume.
La membrane muqueuse qui tapisse la cavité de l'utérus est un peu injectée, mais elle n'offre aucune altération dans sa consistance.
Les ligaments larges sont épaissis et indurés; le ligament large gauche est plus altéré que celui du côté opposé ; ils étaient tous deux injectés et parcourus par un grand nombre de vaisseaux sanguins.
Le cul-de-sac péritonéal rétro-utérin est comme efifacé [par de nombreuses adhérences.
La capsule de l'ovaire gauche était épaissie, cartilagineuse ; elle avait un millimètre environ d'épaisseur; le tissu propre des ovaires était gorgé de sang.
Rien de particulier dans les autres organes ,
NONAT ET LINAS.
Des faits consignés dans celte cinquième série d'observations, nous croyons pouvoir tirer les conclusions suivantes :
I. Les phlegmasies utérines et péri-utérines peuvent donner lieu à des accidents symplomatiques très-variés, et dans des organes très-différents.
il. Ces accidents sont, en général, de nature nerveuse.
m. Ce sont des phénomènes : 1° à'mntation sécrétoire (dyspepsie, entérite glaireuse); 2" névralgiques (gastralgie, douleurs lombo-ovafîques, sciatiquès, névralgies intercostales, etc.); 3° convulsifs (hoquet, toux, crises hystériformes, etc.) ; 4° paralytiques (aphonie, paralysies musculaires, anesthésie, etc.).
Ces phénomènes sont : 1° tantôt localisés (dyspepsie et gastralgie; entérite glaireuse; hoquet; toux; cris; aphonie; hémiplégie; paraplégie);— 2° tantôt généralisés (crises névralgiques; attaques hystériques; paralysies).
IV. La relation de ces accidents avec l'affection utérine ou péri-utérine est généralement méconnue. De là une source d'erreurs que les praticiens les plus éminents n'ont pas toujours su éviter; de là ces traitements si longs, si variés et toujours infructueux, qui, au lieu de s'attaquer à la cause du mal, ne s'adressent qu'à ses effets.
V. Quelle que soit la forme, quel que soit le siège de ces accidents, on ne peut espérer d'en triompher qu'en combattant directement la lésion utérine ou péri-utérine, qui en est le point de départ.
VI. Le plus souvent, le traitement de la cause suffit pour faire disparaître concurremment les accidents symptomatiques qu'elle provoque et qu'elle entretient.
VII. Dans certains cas, ces accidents ne sont qu'atténués par le traitement de la phlegmasie utérine ou péri-utérine; il faut, pour en venir définitivement à bout, recourir à un traitement particulier et toujours approprié à la nature des symptômes : cautérisation transcwrcnte superficielle, faradisation (névralgies, paralysies); vésicatoires morphines (gastralgie, névralgie intercostale); antispasmodiques, calmants, hydrothérapie (attaques hystériques); onctions avec l'huile de croton tiglium (entérite glaireuse).
SlXiE.UK SÉRIE. H71i
SLVIÈAIE SÉRIE
OBSERVATIONS D'HÉMATOCÈLE PÉRI-UTÊRÏNE
Observation XLYI.
Grossesse extra-utérine. — Hématocèle intra-péritoncale. — Oblitération des deux trompes utérines. — Métrorrhagie. — Signes de péritonite snraiguë. — Mort^ deux jours après l^entrée de la nialade. — Autopsie.
Adélaïde G..., âgée de trente-deux ans, domestique, entre dans mon service, à la Pitié, le 3 septembre 1855. Il y a trois semaines, après un retard de quinze jours dans l'apparition des règles, elle fut prise d'une perte utérine, faible dans le début, mais devenue très-abondante depuis quatre jours. En outre, des douleurs de plus en plus vives se font sentir dans le bas-ventre, principalement du côté droit. La malade compare ses souffrances à celles qui précèdent l'accouchement.
État actuel {k septembre). - Pâleur et décoloration des tégumeïits, comme dans une anémie profonde; regards abattus; intelligence conservée; réponses nettes et précises. — Perte de l'appétit, nausées, vomissements; selles douloureuses; soif ardente; pouls petit et fréquent (145), l'espiratioii gênée; prostration des forces; menaces de syncope, métrorrhagie abondante. Ventre augmenté de volume, tendu partout, mais surtout en bas, douloureux à la plus légère pression, comme dans la péritonite aiguë» La percussion de l'abdomen rend un son clair dans les deux tiers supérieurs, et un son moins clair dans ie tiers inférieur : immédiatement au-dessus du pubis le son est même tout à fait mat.
La partie supérieure du corps utérin ne peut être explorée, à cause de la douleur accusée par la malade. Le toucher vaginal est très-douloureux; le col de l'utérus, entr' ouvert, admet l'extrémité du doigt indicateur ; il fait peu de saillie dans le vagin, il est refoulé en avant, dirigé d'avant en arrière, et un peu abaissé ; le corps est lui-même repoussé en avant ; derlièrele pubis, il est plus incliné à gauche qu'à droite. Au fond du vagin, on rencontre une tumeur énorme, qui contourne l'utérus en demicercle, à gauche, en arrière et à droite. Le cul-de-sac vaginal postériêuf est refoulé en bas par cette même tumeur, qui est fluctuante et fait une forte saillie dans le vagin. Au niveau du ligament large droit, on
trouve une tumeur plus résistante, dans laquelle un ne constate pas de fluctuation.
Le toucher rectal est aussi très-douloureux. Le doigt porté dans le rectum permet de sentir l'énorme tumeur qui contourne l'utérus et remplit la cavité pelvienne, et de constater, dans cette région, une fluctuation des plus évidentes. La malade présente, en outre, dans l'aine droite une grosseur du volume d'uri œuf de poule, dont elle s'est aperçue il y a deux ans.
Je diagnostiquai une hématocèle péri-utérine ; mais, soupçonnant que l'épanchement sanguin avait son siège dans la cavité péritonéale, je crus devoir m' abstenir de la ponction et je me bornai à prescrire le traitement suivant: Sinapismes, manuluves; glace; eau de Seltz; cataplasmes laudanisés presque froids. — Dans la journée, l'hémorrhagie utérine devient un peu moins abondante.
5 septembre. — L'état de la malade s'est aggravé de plus en plus, la face est très-abattue, les yeux sont enfoncés et présentent un cercle noirâtre; le pouls est à 160, petit, filiforme, presque insensible.
Le 6, la malade est dans une situation désespérée, et en effet, elle meurt à deux heures de l'après-midi.
Autopsie, quarante-deux heures après la mort. — Les intestins sont remplis de gaz et refoulés en haut. Dans la cavité péritonéale, au-dessus du bassin, on trouve environ trois ou quatre verres de sang noir et liquide. La masse intestinale étant enlevée, à l'exception de l'S iliaque et du rectum, on constate que les organes contenus dans l'excavation pelvienne sont unis aux parois abdominales antérieure et postérieure, immédiatement au-dessus du détroit supérieur, par des caillots sanguins, abondants, noirâtres; quelques-uns, mais en très-petit nombre, sont fibrineuxet présentent une coloration blanchâtre. Ces adhérences se détachent facilement. Des caillots semblables existent dans le cul-de-sac vésico-utérin. Les caillots contenus dans le cul-de-sac rétro-utérin sont plus nombreux que les précédents, et refoulent en avant le col de l'utérus. Tous ces caillots, dont le poids est environ de 750 grammes, étant enlevés, on voit à droite du corps de l'utérus, un peu en avant de l'aileron postérieur du ligament large droit, une tumeur ovoïde, recouverte par le péritoine, et qui est manifestement en dehors de sa cavité et dans l'épaisseur du même ligament.
L'utérus est plus volumineux qu'à l'état normal ', sa hauteur extérieurement est de 0™, 105; sa largeur, 0"',075 ; sa cavité est agrandie, ainsi que l'orifice utéro-vaginal.
La région ovarique droite est occupée par une tumeur énorme, ovoïde, demi-fluctuante, verticalement dirigée, dont la grosse extrémité regarde en haut. Elle est divisée en deux parties par un sillon, à la réunion des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur : la partie supérieure est lisse, tapissée par le péritoine et quelques fausses membranes, et l'inférieure constituée par du sang noir, coagulé. En arrière, cette tumeur est aplatie, inégale et couverte de fausses membranes et de caillots adhérents. Le poids de cette tumeur est environ de 400 grammes; ses dimensions sont de C^ilS dans le diamètre vertical, et de 0'",18 dans le diamètre transverse.
A gauche, on trouve l'ovaire creusé d'un foyer hématique qui communique assez largement avec la cavité du péritoine. L'ouverture de communication est large de 6 millimètres environ ; ce foyer ne contient que quelques caillots sanguins. A l'extérieur, les trompes utérines paraissent diminuées de volume et atrophiées ; près de leur extrémité ovarique, elles sont oblitérées à tel point qu'un stylet ne peut y être introduit. Cette oblitération fut encore constatée par l'inspection directe, en incisant avec soin leurs parois.
Après avoir séjourné pendant quinze jours dans l'alcool, la tumeur que je viens de signaler à droite, a beaucoup diminué de volume, par suite de la dissolution d'une grande partie du sang qu'elle contenait.
On trouve, à l'extérieur, des caillots fibrineux assez consistants, qui forment une espèce de coque, au centre de laquelle existe une autre tumeur liquide semblable à un œuf. Celle-ci se présente sous l'aspect d'une masse brunâtre, allongée parallèlement au grand diamètre de la tumeur principale; elle est recouverte d'une membrane pellucide, transparente, excessivement mince, envoyant, par sa face externe, quelques petits prolongements dans l'épaisseur des caillots fibrineux qui l'entourent. Incisée, elle renferme dans sa cavité un embryon, dont la tête, les bras, les mains et l'abdomen, sont assez bien développés : les membres abdominaux ne sont qu'à l'état d'appendices très-courts. Cet embryon peut avoir environ deux mois.
Observation XLVIL
némntocèle péri-utérine extra-péritonéale. — Incision. — Injec— tiuns. — €>aéri$on.
Vautrin (Adèle), âgée de trente-cinq ans, d'un tempérament sanguinbilieux, d'une bonne constitution, entra dans ma division, à la Pitié, le
117 'l OBSERVATIONS.
11 avril 185i. Elle avait eu antérieurement quatre fausses couches, et était accouchée, il y a trois semaines, d'un enfant à terme. Jusqu'à ce dernier accouchement elle s'était bien portée; mais, dès le lendemain, elle ressentit dans la profondeur du bassin et autour de l'anus une douleur assez intense, qui continua de s'accroître les jours suivants et obligea la malade à réclamer son admission à l'hôpital.
État actuel, 12 avril : — Le bas-ventre est le siège d'une douleur qui se fait sentir principalement à gauche et se répand dans la hanche et dans la cuisse du même côté, et jusqu'à l'anus,
Par le toucher vaginal, tumeur volumineuse, oblongue, dirigée suivant l'axe du vagin et descendant jusqu'à 3 centimètres au-dessous de l'orifice vulvaire. Cette tumeur est lisse, molle, fluctuante, douloureuse avec ou sans la pression ; elle repousse à droite le vagin et le rectum et refoule en avant l'utérus, dont le col est caché derrière la symphyse pubienne.
L'extrême sensibilité de la région hypogastrique ne m'a point permis d'explorer, comme je voulais le faire, la partie supérieure de la tumeur. Écoulement par la vulve d'une certaine quantité de sang chaque jour 3 pouls à 96, soif asssez intense, appétit nul, constipation opiniâtre.
L'invasion subite des accidents, le siège de la tumeur pelvienne, sa consistance et-ses divers caractères, me firent soupçonner qu'il s'agissait d'une tumeur sanguine.
Ponction exploratrice par le vagin, qui donna issue à du sang noir et liquide. Soulagement immédiat.
Le 14, incision des parois de la tumeur par le vagin, à l'aide d'un lithotome. L'ouverture, de 25 millimètres, donne issue à deux verres de sang noir, liquide, visqueux, mêlé de grumeaux. L'incision a été maintenue au moyen d'une canule. Le lendemain, à part quelques frissons, Tétat de la malade est bon. Le 16, même état; — trois injections d'eau tiède dans le foyer. , Le 17, la malade a eu quelques coliques. L'écoulement par la vulve a pris une odeur fétide, la tumeur est revenue sur elle-même ; = les parois de la poche sont épaisses et l'ouverture en est rétrécie : — continuation des injections.
Le 21, cautérisation des lèvres de la plaie avec le crayon de nitrate d'argent, pour empêcher leur adhérence : — on continue les injections et on retire la sonde qui avait été placée à demeure.
^ Le 22, l'écoulement vaginal a beaucoup diminué. La malade a pu rester levée quelques heures et elle se trouve bien.
Le 28 mai, le mieux persiste ; la tumeur diminue de volume et n'est plus formée que par les parois du kyste revenues sur elles-mêmes. Depuis le jour de sa sortie, qui eut lieu le 25 mai, aucun accident n'est venu entraver la guérison qui, comme nous avons pu nous en assurer, ne s'est point démentie dans la suite.
Observation XLYIU,
Hématocèle pérî>utérine extra-pérîtonéale. — Incision. — Injections aqueuses e( iodées. — Gnérîson.
Marie X.,., âgée de trente-deux ans, d'un tempérament sanguinrlymphatique, d'une bonne constitution, entra dans nia division, à la Pitié, le 12 avril 1855. La veille, trois jours après l'apparition des règles, sans cause appréciable, la malade avait éprouvé une douleur intense et brusque dans le ba§-ventre, avec métrorrliagie abondante^ sentiment de pesanteur au-dessus de l'anus, efforts expulsifs comme pour accoucher ou pour aller à la garderobe, nausées, vomissements, pâleur générale, abaissement rapide des forces.
j!itat iwésent, 1 3 avril : décoloration généi^ale de la peau ; ventre tuméfié, tendu, très-douloureux, mat dans toute la région hypogastrique, où l'on sent une tumeur qui remonte jusqu'à l'ombilic, et s'enfonce dans la cavité pelvienne, Cette tumeur est rénitente et elle donne partout la sensation de la fluctuation. Le cul-de-sac postérieur du vagin est refoulé fortement en bas par la même tumeur qui est molle et fluctuante, doulom;euse à la pression, et qui descend dans la paroi recto-vaginale à mie distance de l'anus de 4 centimètres seulement.
On retrouve la même tumeur pai' le rectum, dont la paroi antérieure est déprimée.
Le col utérin est refoulé en avant contre la symphyse pubienne.
Le corps de la matrice est placé au devant de la tumeur et dépasse le pubis de trois travers de doigt ; il a son volume normal.
Teinte violacée de la paroi postérieure du vagin, constatée directement avec le spéculum.
La malade continue d'éprouver dans le bas-ventre les douleurs que j'ai signalées plus haut. Envies fréquentes d'uriner; nausées, vomissements des boissons, constipation, pouls fréquent à 112 : — vingt sangsues sur le bas-ventre, cataplasmes émollients, limonade, eau de Seltz, glaçey diète, sinapismes sur les poignets. Soulagement de peu de durée.
14 avril : les accidents s'aggravent, les souffrances sont de plus en plus aiguës ; la malade est très-affaiblie et découragée.
Persuadé que j'avais affaire à une hématocèle extra-péritonéale, je fis d'abord une ponction exploratrice par le vagin, et, immédiatement après m'être assuré que la tumeur était de nature sanguine, j'incisai largement ses parois j aussitôt il s'écoula une grande quantité de sang liquide ou en caillots. ,
Soulagement rapide, diminution des souffrances du bas-ventre, plus de nausées ni de vomissements, fièvre moins intense ; — bouillon ; le reste ut supra.
A partir de ce jour, la malade alla de mieux en mieux. Sortie d'une grande quantité de sang par la vulve. Les jours suivants, l'écoulement prend une teinte noirâtre et une odeur fétide. Sonde à demeure dans le foyer, qui facilite l'écoulement des liquides contenus dans sa cavité et qui permet de faire des injections répétées plusieurs fois par jour dans la tumeur.
Pour soutenir les forces de la malade, je lui prescrivis des aliments substantiels et des boissons toniques.
Au bout de cinq jours, j'eus recours aux injections iodées, et j'augmentai graduellement la dose des aliments, vin de Bordeaux et vin de quinquina. Le mieux continua, le liquide provenant du foyer s'écoula librement, il devint moins fétide et d'une couleur moins foncée.
Au bout d'un mois, il ne s'écoule plus par la sonde qu'une très-petite quantité de pus, qui va diminuant ehaque jour, et qui finit par prendre les qualités d'un liquide séreux, transparent. Je retirai définitivement la sonde, à la fin de la sixième semaine, et la malade sortit, le 2 août, dans un état très-satisfaisant.
Observation XLIX.
flématocèle péri-utérine extra-péritonéale. — Incision. — Injec* ' tions aqueuses et iodées. — Gnérîson.
Cécile Boussard, tapissière, âgée de vingt-six ans, d'un tempérament lymphatique et d'une assez bonne constitution, est entrée dans ma division, à la Charité, le 9 mars 1857.
Cette femme, réglée à quinze ans, l'a toujours été régulièrement jusqu'à présent. Elle a eu trois enfants, et ses couches ont été heureuses. Depuis la dernière (août 1856), elle éprouve quelquefois des tiraillements légers dans les reins, et des douleurs sourdes dans le bas-ventre.
A partir de novembre (môme année), la menstruation devient un peu irrégulière.
Le 16 janvier 1857, règles plus abondantes que de coutume, pendant huit ou dix jours, et qui diminuent sans cesser complètement jusqu'à l'époque menstruelle suivante (16 février).
Depuis lors, la malade n'a pas cessé de perdre en rouge, tantôt plus, tantôt moins. Elle consulta un médecin qui lui prescrivit des bains et des injections, sans aucune amélioration.
Le 10 mars, la malade se plaignait de douleurs intenses dans le basventre, plus vives à gauche qu'à di'oite, de tiraillements et de pesanteur dans les reins, de lassitude et de faiblesse dans les jambes, et d'une constipation opiniâtre.
Toucher vaginal douloureux ; utérus augmenté de volume et incliné à gauche et en avant; orifice du museau de tanche béant. A droite, au fond du cul-de-sac vaginal, tumeur mobile, libre de toute adhérence, oblongue, du volume d'un œuf de poule, s' étendant en bas presque au niveau du museau de tanche, et en haut jusqu'à quatre travers de doigt au-dessus du pubis. Sa surface est lisse, et ne présente aucune trace de battements artériels. — Métrorrhagie abondante ; caillots volumineux.
Je soupçonnai que la tumeur péri-utérine était ou un épanchement sanguin ou une grossesse extra-utérine.
Le 10, la perle est diminuée. — Manuluves; cataplasmes; deux portions. — Rien de particulier jusqu'au 16.
Le 16, jour de l'époque menstruelle, la métrorrhagie augmente, sans recrudescence des douleurs du bas-ventre.
Le 18, saignée de 90 grammes, Soulagementetdiminution delà perte. La tumeur n'augmentant pas de volume, j'écarte l'idée d'une grossesse extra-utérine. L'amélioration se soutient jusqu'au 23.
Le 23, dans la soirée, douleurs très-violentes dans le bas-ventre avec efforts expulsifs, revenant par crises nombreuses, suivies de la sortie, par la vulve, de caillots volumineux. Ces accidents ont duré toute la nuit, avec des rémissions très-courtes.
Le lendemain, depuis six heures du matin jusqu'au moment de la visite, les souffrances sont devenues de plus en plus vives ; face décomposée, oppression, vomissements répétés; fièvre intense : pouls petit, fréquent (130); ventre volumineux, tendu et douloureux. On sent, à travers l'abdomen, une tumeur énorme, qui s'élève de deux travers de doigt audessus de l'ombilic. Sur les parties latérales droites, on retrouve la première tumeur, ayant la même forme oblongue, le même volume, la
ii78 OBSERVATIONS.
même consistance ; elle a été entraînée par la seconde au-dessus de l'ombilic. Conduit vaginal toujours très-sensible au toucher, A 5 centimètres de la vulve, une tumeur soulevant la paroi postérieure du vagin, remplissant toute la cavité pelvienne, placée entre l'utérus et le rectum, forme, dans le vagin, un relief considérable. La paroi recto -vaginale est envahie par la tumeur dans une étendvie de 0,02 à 0,03 centimètres. Cette tumeur, douloureuse au toucher, d'une consistance molle, donne une sensation de fluctuation des plus évidentes. Elle refoule fortement la matrice contre la symphyse pubienne, au point qu'il est difficile d'atteindre avec le doigt le col de l'utérus.
D'après le siège et les différents caractères de la tumeur, je n'hésitai pas à admettre qu'elle était due à un épanchement sanguin dans le tissu cellulaire péri-utérin.
En raison des souffrances si aiguës qu'elle provoquait et de la gravité des accidents, je pratiquai sur-le-champ une ponction exploratrice qui donna issue à quelques cuillerées de sang. Le diagnostic se trouvant ainsi confirmé, je procédai aussitôt, à l'aide d'un spéculum, à l'incision de la paroi postérieure du vagin, à 0,02 ou 0,03 centimètres en arrière du col utérin; puis j'agrandis l'ouverture transversalement, à gauche et à droite, avec un bistouri boutonné.
L'opération fut suivie de l'écoulement de deux cuillerées de sang liquide, et d'un soulagement immédiat. En introduisant le doigt dans la plaie, je pénétrai dans une vaste poche remplie de sang coagulé. J'aurais pu chercher à extraire une partie de ces caillots sanguins; mais, dans la crainte que cette manœuvre ne fut trop douloureuse, je jugeai plus prudent de m'en abstenir. — Potion calmante ; cataplasmes chloroformés.
Le 25, écoulement de sang peu abondant; les crises ont cessé. La malade est très- affaiblie; sa figure est moins anxieuse ; le pouls est à 110, le ventre est moins tendu : — injection d'eau tiède, matin et soir, dans le fpyer, au moyen d'une sonde, en vue d'entraîner une partie du sang; elle amène des débris de caillots. — Eau de Seltz, cataplasmes laudanisés; diète.
Vers le soir, la malade est prise de vives souffrances, et le ventre est redevenu gonflé et douloureux.
Le 26, la face est abattue, les forces déprimées ; le pouls fréquent, à 118; nausées, vomissements. La tumeur est remontée au-dessus de l'ombilic, et descend à 0™,06 de la vulve. Je soupçonnai que l'ouverture s'était oblitérée en partie, et qu'une nouvelle hémorrhagie avait eu lieu dans le foyer principal. Il existait une matité complète dans tout l'hypo-
gasfre. Après avoir essayé en vain de faire pénétrer le doigt dans la plaie, j'en agrandis l'ouverture avec un bistouri boutonné; j'écrasai avec le doigt quelques'uns des caillots, et je pratiquai des injections d'eau tiède, qui entraînèrent une assez grande quantité de matières sanieuses d'une odeur fétide. — Eau vineuse; glace; cataplasmes; sinapismes sur les membres supérieurs.
Le 27, l'opération a produit du soulagement. Injections, matin et soir, dans la tumeur. Dans la journée, une certaine quantité de sang continue à s'écouler par la vulve, ,
Le 29, amélioration sensible; plus de vomissements; douleurs sourdes et rares; physionomie meilleure; pouls à 108; ventre moins tendu. La tumeur est descendue de deux travers de doigt au-dessous de l'ombilic. — Traitement, ut supra; onctions sur l'abdomen avec 200 grammes d'onguent mercuriel.
L'amélioration continue les jours suivants.
Le 31, diarrhée intense depuis la veille, selles involontaires et fétides ; douleurs vives ; miction difficile, grande anxiété. — Injection, qui entraîne des détritus très- fétides. Une sonde dégomme élastique est placée à demeure dans le foyer. — Bouillon, gomme sucrée ; potion calmante, glace ; onctions mercurielles, sinapismes aux extrémités supérieures ; vin de Bordeaux, 100 grammes.
Le 1" avril, la diarrhée a cessé ; la miction se fait bien ; le ventre est moins tendu; la tumeur a encore diminué de 0™,02 à 0"',03.
Le mieux augmente jusqu'au 8.
Le 8 avril, la malade est plus faible et plus abattue que les joursprécédents ; elle présente tous les symptômes de l'infectiou putride. — Cataplasmes chlorurés; injections chlorurées répétées trois fois par jour; 'vin de Bordeaux, café ; poulet ; bain.
A partir du 9, les matières ramenées par les injections deviennent de moins en moins fétides ; la poche diminue de volume, et le mieux fait des progrès rapides.
Le 16 avril, jour qui répond au retour des règles, se passe sans aucun accident. Rien de particulier pendant les quatre jours suivants.
Le 20, les injections n'entraînent qu'une eau roussâtre peu fétide ; le liquide qui s'écoule dans l'intervalle des injections est plus noir que les jours précédents. — Injection iodée (1 p. d'iode pour 8 p. d'eau).
Les jours suivants, deux injections iodées par jour.
Du 22 au 30, le mieux va croissant; la physionomie est meilleure, plus colorée ; le pouls descend à 70. L'appétit et les forces renaissent. Le li-
quide qui s'écoule par la sonde est peu abondant et devient purulent. On ne sent plus la tumeur au-dessus du pubis. L'utérus a repris sa position normale, et l'ouverture faite dans le cul-de-sac vaginal est très-rétrécie. L'injection ramène un liquide mêlé de pus non fétide.
Le 30, la malade est très-bien; il ne sort plus que de la sérosité par la sonde. La proportion d'iode dans les injections est portée à 3 p. sur 8 d'eau. '
Le 5 mai, pas d'injection iodée; le liquide qui s'écoule, en très-petite quantité, par la sonde, est albumineux et filant.
Le 7, dernière injection iodée.
Le 8, la sonde est retirée.
Le 22, après six jours de retard, les règles paraissent avec abondance, sans douleurs, sans réaction fébrile.
Les règles continuent jusqu'au 25, sans déterminer aucun malaise. Les forces se relèvent peu à peu, et la malade sort de l'hôpital, le 11 juin, complètement guérie.
Des observations qui précèdent, nous croyons pouvoir conclure :
I. Qu'il existe, relativement à son siège, deux variétés d'hématocèle péri-utérine : l'une intra-pérùonéale, l'autre extra- on sous-périfonéale, comme nous l'avons établi dans nos généralités sur cette affection;
IL Que la seconde variété, bien que contestée par certains auteurs, et en particulier par Nélaton, dont M. le docteur Voisin a reproduit les opinions dans sa thèse inaugurale, est plus fréquente et beaucoup moins grave que la première ;
III. Que cette distinction est de la plus haute importance, au point de vue pratique; car c'est sur elle, en grande partie, qu'est basé le pronostic et que reposent les indications thérapeutiques ;
IV. Que l'hématocèle péri-utérine, abandonnée à elle-même, se termine le plus souvent par résolution;
V. Qu'on peut cependant favoriser ce travail de guérison spontanée par des émissions sanguines, et surtout par la saignée générale, proportionnée à la force des sujets;
VI. Qu'il ne faut recourir à l'ouverture du foyer que dans les cad'hémalocèle sous-péritonéale, et lorsque l'intervention chirurgicale est commandée par la violence des douleurs, le volume de la tumeur et la gravité de l'état général;
VII. Qu'il est nécessaire d'ouvrir largement la tumeur, de placer
dans le foyer une sonde à demeure, et d'y pratiquer des injections fréquentes, aqueuses d'abord, détersives ensuite, soit avec de l'eau chlorurée^ soit, de préférence, avec la teinture d'iode.
Les observations qui précèdent ont été empruntées à la première édition de cet ouvrage. Elles remontent à l'époque oiî je commençais mes recherches cliniques sur les maladies utérines et péri-utérines, et où j'essayais d'établir les bases de la thérapeutique qui leur convient. J'employais alors, dans le traitement des inflammations péri-utérines, les émissions sanguines plus fréquemment que je ne le fais depuis plusieurs années. Aujourd'hui, que je suis parvenu à mieux en fixer les indications, j'y ai recours le moins souvent possible, seulement dans des cas bien déterminés, et suivant des règles qui ont été soigneusement tracées dans les parties de ce livre consacrées au traitement des phlegmasies de l'utérus et de ses annexes. C'est dans ces chapitres que l'on trouvera l'exposé exact des méthodes thérapeutiques auxquelles je me suis définitivement arrêté après une longue expérience.