CANCER DE LA VL'LVE
Cette affection se montre très-rarement dans cette région, et l'on en trouve peu d'exemples dans les auteurs. Nous en avons observé trois cas, chez des femmes âgées de quarante-cinq à soixante-huit ans. Il n'est pas douteux que le cancer vulvaire puisse apparaître à d'autres époques de la vie ; mais nous croyons que les jeunes femmes y sont moins sujettes que celles qui sont arrivées à l'âge de la ménopause.
Le siège le plus ordinaire de cette lésion est l'une des grandes lèvres ; très-rarement les deux lèvres sont atteintes d'une manière simultanée.
Les caractères et la marche du cancer de la vulve ne diffèrent pas de ceux du cancer de la bouche, de l'anus et des autres orifices extérieurs. Il appartient le plus souvent à la variété du canci'oïde ou cancer épithélial.
Il débute soit par une induration circonscrite ou diffuse, soit par un bouton ferme, violacé et douloureux, soit encore par une ulcération de peu d'étendue, à base dure, à bords taillés à pic, ù surface inégale et rugueuse. Cette première période peut avoir une longue durée et se prolonger pendant plusieurs mois sans inquiéter les malades, et même sans fixer leur attention.
Mais peu à peu la lésion s'étend, provoque des douleurs vives et lancinantes. L'induration et l'ulcération s'agrandissent, gagnent en profondeur, donnent lieu b. un écoulement abondant, ichoreux, fétide et irritant pour les tissus voisins. Les ganglions inguinaux sont engorgés; le côté de la vulve primitivement envahi est transformé en une masse fongueuse et saignante ; l'orifice vulvaire est déformé, tantôt élargi par une perte considérable de substance, tantôt rétréci ou oblitéré par des tractus cancéreux. La dégénérescence se propage de proche en proche, soit en dehors vers les cuisses, soit en haut vers la commissure antérieure de la vulve, le clitoris, le méat urinaire et le vagin, soit en arrière vers le périnée et la région anale. A cette période, les douleurs sont intolérables et les rapprochements sexuels impossibles; l'émission de l'urine s'opère avec de grandes souffrances, les efforts de défécation sont extrêmement douloureux aussi; la marche devient de plus en plus pénible, et parfois la surface ulcérée est le siège d'hémorrhagies abondantes qui, en se répétant, contribuent à l'épuisement des forces. Tous les signes de la cachexie cancéreuse se manifestent, et les malades finissent par succomber dans le marasme au bout d'un temps variable, toujours proportionné
à l'étendue de la lésion et à la rapidité de sa marche. Une des malades que nous avons observées a vécu trois ans encore à dater du jour où elle s'est aperçue des premiers symptômes du mal.
L'ulcération cancéreuse pourrait être confondue au début avec l'ulcère syphilitique; mais les antécédents, la marche de la lésion, ses caractères anatomiques, la nature de la sécrétion et son odeur spéciale, les douleurs significatives du cancer, sont autant d'éléments différentiels qui serviront à distinguer les deux maladies. Dans les cas douteux, le traitement viendrait dissiper toute incertitude.
Inutile d'insister sur la gravité du pronostic. Le cancer véritable, quelque siège qu'il affecte, est une lésion incurable, et qu'on voit toujours se terminer par la mort, après une ou plusieurs récidives.
Dans les premières périodes de son évolution, lorsque le cancer n'a pas encore acquis une étendue et une profondeur trop grandes, il faut recourir à son ablation.
L'opération peut se pratiquer, soit avec des caustiques énergiques, — pâte de Vienne, pâte de Canquoin, pâte arsenicale, acide azotique anhydre, — soit avec l'instrument tranchant. En général, les caustiques sont préférables quand la lésion est encore superficielle; mais il importe de détruire non-seulement toute la partie affectée, mais encore les tissus sous-jacents et circonvoisins, c'està-dire au delà des limites du mal. Pourtant, malgré ces précautions, la récidive est encore la règle.
A une période plus avancée, alors qu'il serait téméraire et dangereux de tenter une opération, on doit se borner à l'emploi des moyens palliatifs : soins de propreté, pansements avec des topiques calmants, détersifs et désinfectants; combattre les hémorrhagies, notamment avec le perchlorure de fer; soutenir les forces, et lutter contre la cachexie à l'aide des toniques, d'un régime fortifiant et de toutes les ressources d'une bonne hygiène.