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ESTHIOMÈNE DE LA VULVE

Le mot est/iiomène a été employé par Alibert pour désigner le lupus exedens ou rongeant de la face. Par analogie, M. Huguier a décrit sous le même nom une lésion de la vulve, d'origine strumeuse et de nature cachectique, et qui présente une très-grande ressemiDlance avec le lupus.

L'estliiomène vulvaire est assez rare pour avoir pu longtemps échapper à l'attention des observateurs^ et pour ne s'offrir encore que d'une manière très-exceptionnelle à leur examen. Pour notre compte, nous avouons n'en avoir jamais rencontré un seul cas; et nous ne sachons pas que jusqu'à ce jour cette maladie ait été vue par d'autres que par M. Huguier et par M. Alph. Guérin. Encore ce dernier déclare-t-il n'en n'avoir observé qu'un seul exemple pendant les quatre ans qu'il a passés à Lourcine.

C'est donc d'après M. Huguier que nous tracerons l'histoire de l'esthiomène de la vulve.

C'est une affection de l'âge adulte; elle se manifeste chez les femmes de vingt à cinquante ans, c'est-à-dire pendant la période de l'activité menstruelle. Il n'existe pas dans la science d'exemples d'esthioraène vulvaire chez les enfants ou chez les vieilles femmes.

Le tempérament lymphatique, une constitution entachée du vice scrofuleux ou herpétique, les mauvaises conditions hygiéniques de régime et d'habitation, toutes les causes de débilité ou de délabrement de l'organisme, doivent figurer dans l'étiologie de l'esthiomène.

Cette lésion se montre le plus ordinairement sur les petites lèvres et sur la face interne des grandes lèvres; assez souvent elle s'étend vers le mont de Vénus, les plis génito-cruraux ou le périnée.

M. Huguier, conformément aux divisions adoptées par les dermatologues pour le lupus, a décrit trois espèces principales d'esthiomène vulvaire ; nous adoptons cette classification éminemment pratique et tr.ès-justifiée d'ailleurs par la marche et la physionomie de l'altération pathologique.

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ARTICLE PREMIER

ESTHIOMKNE SUPERFICIEL.

On eu distingue deux variétés : l'esthiomène superficiel énjlhémateux, l'esthiomène superficiel tuberculeux.

1° L'esthiomène érythémateux est caractérisé par une ou plusieurs saillies, papuleuses au début, qui plus tard s'étendent et s'aplatissent sous forme de plaque plus rouge il la circonférence qu'au centre. Lorsque cette plaque disparaît, elle laisse à sa place une tache luisante, violacée ou bleuâtre, justement comparée aux stigmates d'une brûlure légère. Cette forme d'esthiomène n'occasionne aucune sensation douloureuse ni incommode; quelquefois cependant elle donne lieu à des démangeaisons plus ou moins vives à l'époque des règles, après le coït, à la suite d'une longue course, d'une promenade h cheval, d'un voyage prolongé en voiture, etc.

2" L'esthiomène tuberculeux est constitué par la présence de petites élevures superficielles, arrondies, d'une teinte violacée, à peine sensibles au toucher, tantôt isolées, tantôt réunies en groupes.

Ces tubercules, indolents au début, deviennent plus tard le siège de démangeaisons vives et fréquentes, parfois même de douleurs lancinantes très-pénibles , surtout sous l'influence d'une cause d'excitation générale ou locale. En môme temps la rougeur s'étend et envahit les parties voisines du tégument ; l'épithélium ou l'épiderme se détache en squames lamelleuses, le sommet du tubercule se ramollit et s'ulcère. Les ulcérations ainsi formées marchent avec une extrême lenteur, entamant quelquefois toute l'épaisseur du derme jusqu'au tissu cellulaire sous-muqueux, s'étendant en surfîice de manière à empiéter les unes sur les autres, fi se confondre et à former des découpures irrégulières et des sillons serpigineux. La surface ulcérée est livide, inégale, granuleuse, mollasse, presque fongueuse, et saigne avec une extrême facilité. Il s'en écoule sans cesse une sérosité sanieuse peu abondante. Les] bords de l'ulcération sont indurés, et la muqueuse ou la peau qui les entoure est d'un rouge foncé, comme dans la plupart des ulcères indolents et torpides. Les parties sont boursouflées dans le voisinage et souvent œdématiées.

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La guérison de l'esthiornènc tuberculeux s'opère avec une extrême lenteur, quand l'art n'intervient pas pour arrêter la marche envahissante dos ulcérations et hftter le travail cicatriciel.

ARTICLE IL

ESTHIOMÈNE rROFOND.

Suivant M. Huguier, cette variété de l'esthiomène vulvaire a son siège de prédilection, non point sur les grandes ou les petites lèvres, comme la forme superficielle, mais sur le vestibule, le méat urinaire, l'orifice du vagin et la fourchette.

Dès le début, les parties attcctées se tuméfient, s'engorgent, deviennent rouges et douloureuses ; puis elles se couvrent d'ulcérations qui gagnent et détruisent avec une étonnante rapidité les parties sous-jacentes, d'où le nom d'esthiomène perforant donné i\ cette variété de la maladie par M. llugtiier. Il résulte de cette marche envahissante des désorxlres graves et profonds intéressant non-seulement la vulve, mais encore le vagin et le périnée jusqu'au rectum.

Le fond de l'ulcère est grisâtre et granuleux; ses bords sont épais, boursouflés et blafards, les tissus ambiants pâles et bouftis, les ganglions inguinaux engorgés.

D'après le témoignage de M. Huguier, les malades, à cette période de la lésion, n'éprouvent que peu ou point de douleurs ; tandis que la femme observée par M. Alph. Guérin « ressentait des douleurs intolérables » que rien ne pouvait calmer.

L'extension si rapide de l'esthiomène perforant, la profondeur de ses atteintes, l'importance des organes sur lesquels il porte ses ravages, dénoncent suffisamment toute la gravité de cette maladie. Elle a peu de tendance à guérir spontanément, et elle est quelquefois rebelle aux moyens de traitement les plus énergiques. Si l'on parvient à arrêter ses progrès, elle laisse des traces ineffaçables, des cicatrices difformes, parfois des rétrécissements de la vulve, du vagin ou de l'anus. Quand elle ne cède pas à l'intervention active et opportune de l'art, les malades succombent en général à l'épuisement cachectique.

ARTICLE III

ESTHIOMÈNE HYPERTROPHIQUE .

Cette variété ne diffère pas essentiellement des deux précédentes. Elle ne s'en distingue que par la saillie plus grande des tubercules, par l'épaississement plus marqué du derme, par une tuméfaction plus considérable des tissus sous-jacents, et par la marche plus lente de ses phénomènes pathologiques.

M. Huguier s'est efforcé d'établir le diagnostic différentiel de l'esthiomène de la vulve et des lésions syphilitiques et cancéreuses de cette région. Quelles que soient les raisons qu'il ait données à l'appui de cette distinction, il est permis de conserver encore quelques doutes sur la véritable nature de l'esthiomène. L'époque de vingt à cinquante ans, que M. Huguier indique comme étant celle oîi il a constamment observé cette maladie, n'est pas précisément la période de la vie où se développent habituellement les manifestations de la scrofule; c'est, en effet, avant la vingtième année que se montrent les phénomènes de cette diathèse, et le lupus, 'qui est une de ses formes les plus tardives, apparaît habituellement de seize à vingt ans. La période de vingt à cinquante ans nous paraît mieux correspondre aux manifestations de la syphilis et de la diathèse cancéreuse.

D'ailleurs, la description des différentes variétés de l'esthiomène vulvaire, sa marche et son évolution, nous sembleraient de nature à confirmer ces présomptions Nous avons observé notamment des cancers de la vulve qui se sont comportés d'une manière analogue à celle de l'esthiomène perforant.

Pour le traitement de l'esthiomène, M. Huguier conseille l'extirpation par l'instrument tranchant. Ce moyen ne doit être employé que dans les premières périodes, alors que la lésion n'a pas encore acquis une grande profondeur.

Pour Testhiomène superficiel, on peut avec avantage recourir aux onctions avec la pommade au biiodure de mercure (parties égales d'axonge et du sel mercuriel), telle qu'on l'emploie contre le lupus facial.

Quant à l'esthiomène profond, il exige l'application des caustiques

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