‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 53 sur 159 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

VAGINISM*.

On entend par vaginisme l'hyperesthésie de la muqueuse vaginale, avec ou sans contracture du sphincter du vagin.

On doit distinguer deux sortes de vaginisme : l'un, symptomatique; l'autre, idiopathique.

1" Le vaginisme symptomatique se lie à des lésions diverses de la vulve ou du vagin, et particulièrement à des affections éruptives ou inflammatoires de ces organes. Les érosions et les fissures de la muqueuse vulvaire ou vaginale donnent quelquefois lieu aussi à cette sensibilité exagérée et à la contraction spasmodique du sphincter du vagin ; il se passe alors un phénomène analogue à celui qui se produit dans la fissure à l'anus.

Nous n'insisterons pas plus longuement sur le vaginisme symptomatique, dont l'histoire se rattache naturellement à chacune des lésions qui lui donnent naissance.

Son diagnostic et son traitement n'offrent, d'ailleurS;, aucune difficulté sérieuse, puisqu'il y a là des altérations matérielles que l'on peut constater de visu et traiter par des moyens directSi

2° Le vaginisme idiopathique est une véritable névrose. Les investigalions les plus minutieuses ne permettent de découvrir aucune lésion capable d'expliquer l'hyperesthésie de la muqueuse vaginale.

Les douleurs ne sont point spontanées ; cependant on a vu quelquefois l'écoulement des règles suffire pour éveiller des souffrances assez vives*

VAGINISME. 1&3

Mais c'est le contact d'un corps étranger, et surtout l'introduction du doigt, du pénis ou même d'une simple sonde ou bougie dans le vagin, qui met enjeu cet excès de sensibilité anormale. Les douleurs provoquées par ces tentatives sont quelquefois si aiguës, qu'elles arrachent des cris aux malades et rendent absolument impossibles les approches conjugales.

Nous avons donné nos soins à une jeune dame chez laquelle ces souffrances s'accompagnaient d'un hoquet spasmodique des plus opiniâtres et des plus pénibles. Une autre était prise d'un état convulsif général, avec agitation des membres, mouvements désordonnés, troubles de la respiration et de la circulation, perte de connaissance, comme on l'observe dans les plus violentes attaques d'hystérie ou d'éclampsie.

La thérapeutique du vaginisme idiopathique emprunte ses indications principales à la nature nerveuse de la maladie.

Le traitement local est d'autant plus difficile à instituer, que les organes ne peuvent tolérer le contact d'un spéculum ni même d'une sonde.

On doit donc chercher d'abord à modérer l'excès de sensibilité morbide du vagin par l'usage de bains de siège (eau de son, morelle, jusquiame, tilleul), ou de bains entiers, composés des mêmes substances et suffisamment prolongés.

On y joindra des lavements calmants et antispasmodiques de valériane, d'asa fœtida, de castoréum, de têtes de pavot, de laudanum, d'extrait thébaïque, de belladone, etc.

11 faut en même temps prescrire, 'soit en pilules, soit en potions^ les préparations narcotiques d'opium, de belladone, de jusquiame, d'aconit, et les antispasmodiques proprement dits : éther, chloroforme, valériane, oxyde de zinc, etc.

Lorsque l'hyperesthésie a été diminuée à l'aide des moyens précé-* dents, il convient de recourir au traitement local. Il doit consiste!' d'abord dans l'emploi des injections adoucissantes et calmantes (eau de guimauve, de graine de lin^ d'amidon, de têtes de pavot, avec ou sans addition de laudanum, de chloroforme). Plus tard, quand la sensibilité est suffisamment apaisée, on peut conseiller l'usage d'injections faiblement astringentes de feuilles de noyer, de roses de Provins, de feuilles de ronce. Si ces moyens restent insuffisants, il est permis de chercher à modifier la sensibilité de la

muqueuse vaginale à l'aide d'injections de teinture d'iode additionnée de laudanum et étendue d'eau au sixième.

Le traitement hydro-thermal d'Ussat (Ariége), de Bagnères de Bigorre (Hautes-Pyrénées), dé Néris et de Luxeuil, convient aux personnes atteintes de vaginisme^ surtout lorsque cette maladie affecte la forme chronique et se montre rebelle aux médications ordinaires.

Cependant il est des cas réfractaires contre lesquels toutes les ressources ordinaires de la thérapeutique échouent.

On peut alors recourir, soit à l'incision sous-cutanée du sphincter du vagin, soit à la dilatation forcée. Ce dernier procédé nous paraît préférable; il a été employé avec succès par Ghomel, par Michon, par M. Eugène Perrin. La dilatation se pratique, comme celle du sphincter anal, avec les doigts, après que la malade a été préalablement anesthésiée par l'éther ou le chloroforme.

Récemment M. le docteur Gaffe a imaginé un instrument (espèce de spéculum) destiné à dilater l'orifice vulvo-vaginal et à rendre possibles les rapports sexuels, dans le cas de vaginisme.

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