‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 61 sur 159 · ARRÊTS DE DÉVELOPPEMENT DE L'UTÉRUS · texte numérisé non relu

ARRÊTS DE DÉVELOPPEMENT DE L'UTÉRUS

Les arrêts de développement de l'utérus peuvent présenter deux degrés : l'un, extrême, caractérisé par le défaut absolu de l'organe; — l'autre, par la présence d'un organe délicat et [chétif, qui n'a point dépassé la période fœtale de son évolution.

De là deux formes distinctes sous le rapport anatomique : 1" Vabsence de l'utérus; 2° Vétat rudimentaire ou fœtal de cet organe. Physiologiquement et cliniquement^ ces distinctions sont sans importance, puisqu'elles aboutissent^ en somme, aux mêmes conséquences et se traduisent par les mêmes signes négatifs.

Les arrêts de développement de l'utérus doivent être distingués nettement de l'atrophie de cet organe et décrits séparément. L'atrophie est une lésion acquise, un cas pathologique qui suppose l'existence préalable d'une matrice à Tétat normal, mais modifiée 'ultérieurement dans sa forme et dans ses dimensions.

L'absence et l'arrêt de développement de l'utérus représentent un état congénital; ils ne répondent pas, à proprement parler, à une lésion morbide; ce sont des anomalies anatomiques, des vices de conformation, des difformités originelles.

L Absence de rutérns. — Bien que cette anomalie ne soit pas commune, elle a été observée encore assez souvent pour que son histoire laisse peu à désirer.

Elle est le résultat de l'atrophie et de l'arrêt de développement, pendant la vie embryonnaire ou fœtale, de la partie moyenne des

canaux de MûUer, qui sont, comme on le sait, destinés à former le vagin, la matrice et les trompes.

En raison de cette communauté d^origine, il arrive fréquemment que l'absence de l'utérus, au lieu d'être isolée, se complique de l'absence du vagin et des trompes ; dans ce cas, l'arrêt de développement et l'atrophie ont porté non-seulement sur la partie moyenne, mais encore sur la totalité des canaux de Millier.

Lorsque le vagin existe, il est généralement rudimentaire, étroit et court, réduit à un cul-de-sac, au fond duquel, ni le doigt ni le spéculum ne parviennent à rien déceler qui figure ou qui rappelle le museau de tanche. L'absence de l'utérus se reconnaît de la manière la plus positive aux signes négatifs obtenus par les divers modes d'exploration: palpation abdominale, toucher vaginal et toucher rectal, pratiqués isolément ou mieux simultanément.

L'absence de l'utérus peut être complète ou incomplète.

Dans l'absence complète, on ne découvre aucun vestige des éléments de l'organe. Ce cas est rare.

Dans l'absence incomplète, qui est la plus fréquente, on trouve, soit les traces des canaux de Mûller atrophiés, soit quelques rudiments de fibres musculaires, soit un corps membraneux, un cordon cellulo-fibreux, dans la région occupée habituellement par l'utérus.

Nous avons dit que le vagin et les trompes peuvent faire défaut en même temps que l'utérus. Les ovaires manquent quelquefois aussi, mais plus rarement. On le comprend, d'ailleurs, puisque ces organes procèdent d'une autre origine que la matrice, les trompes et le vagin, ceux-ci venant des canaux de Mûller, et les ovaires des corps de Wolf.

IL État rudimentaire ou fœtal de l'utérus. — Chez certains

sujets, l'utérus s'arrête dans son développement, soit dans les derniers temps de la vie fœtale, soit dans les premières années qui suivent la naissance.

L'organe présente alors sa configuration normale; seulement ses dimensions sont tellement exiguës, qu'on croirait avoir sous les yeux un utérus en miniature. Son volume est celui d'un haricot, d'une amande, d'une noix tout au plus, et ses dimensions en longueur varient de 3 à 5 centimètres.

La capacité de la cavité utérine est en rapport avec les dimensions extérieures de l'organe. Quelquefois le canal cervical existe seul et

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son calibre est si étroit^ qu'il ne peut guère admettre qu'une soie de sanglier. Dans des cas plus rares, il n'existe aucune trace, ni de canal, ni de cavité. Kussmaul a décrit ce vice de conformation sous le nom de utérus fœtalis imperforatus.

Le vagin, les trompes et les ovaires peuvent participer à l'arrêt de développement de l'utérus, et rester, comme lui, à l'état rudimentaire. Néanmoins il n'est pas rare de rencontrer, avec un utérus fœtal, un vagin bien conformé, des ovaires et des trompes assez développés.

Les signes physiques fournis par les différents modes de toucher et par l'examen au spéculum permettent de reconnaître facilement la difformité dont il s'agit, et même de constater approximativement le volume de la matrice. Nous ne croyons pas utile dMnsister sur ce point. La combinaison méthodique de l'exploration hypogastrique avec le toucher vaginal, ou de celui-ci avec le toucher rectal, ne saurait laisser aucune incertitude à un observateur attentif.

L'état rudimentaire de l'utérus, aussi bien que l'absence de cet organe, sont des cas absolus et irrémédiables de stérilité.

Beaucoup de femmes atteintes de ces anomalies sont pourvues d'une conformation extérieure irréprochable. Elles portent au dehors tous les attributs de leur sexe : des seins bien développés, des organes vulvaires régulièrement conformés, souvent même, ainsi que nous l'avons dit, un conduit vaginal suffisant pour admettre des rapprochements sexuels et compléter l'illusion.

Ces femmes ont les sentiments, les instincts, les désirs et les penchants de leur sexe; mais une fonction fait défaut, c'est la menstruation. Elle manque d'une manière absolue chez celles qui sont privées d'ovaires en même temps que de trompes et d'utérus; mais nous avons vu qu'elles formaient Texception. Quant aux femmes chez lesquelles l'absence ou l'état rudimentaire de la matrice ne se compliquent pas d'absence des ovaires, elles éprouvent les phénomènes intimes de la menstruation, sans en présenter les signes extérieurs habituels. Chaque mois, à partir de l'époque de la puberté, elles sont sujettes à des malaises, à des douleurs lombo-abdominales, quelquefois à des symptômes généraux, qui ne permettent pas de douter que l'ovulation périodique ne s'accomplisse avec la congestion ovarienne qui l'accompagne d'ordinaire. La déplétion utérine et l'écoulement sanguin qui en résultent font seuls défaut, ce

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qu'explique surabondamment l'absence ou l'état rudimentaire de la matrice.

Inutile d'ajouter que l'art n'a rien à faire contre des anomalies de la nature de celles qui viennent d'être décrites.

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