ABERRATIONS ET VICES DE CONFORMATION DE L'UTÉRUS
est divisée, de haut en bas, en deux parties par une cloison membraneuse longitudinale.
Ce cloisonnement peut être complet ou incomplet.
Les observations de cloisonnement complet de l'utérus, chez les femmes adultes sont fort rares dans la science, ce qui fait présumer à bon droit que l'anomalie elle-même est loin d'être commune.
Quant au cloisonnement incomplet, il a été observé plus souvent, et nos collections anatomiques en possèdent des exemples.
Dans ce cas, la cloison n'occupe que la cavité du corps utérin ou même seulement la moitié supérieure de cette cavité.
Le cloisonnement de la matrice n'est un obstacle ni à la menstruation, ni à la fécondation ; mais il peut apporter une gêne sérieuse à l'évolution régulière du fœtus. Si la cloison est assez mince pour être déchirée par le fait même du développement de l'œuf, la marche de la grossesse ne subit aucun échec ; si, au contraire, la cloison est dense, épaisse, résistante, elle s'oppose à l'ampliation utérine et à l'expansion de l'œuf; il en résulte un avortement spontané.
Chose digne de remarque, la plupart des femmes sur lesquelles l'utérus cloisonné a été observé étaient mortes de péritonite. Nous ne voulons rien conjecturer de ce fait, mais nous pensons qu'il mérite d'être signalé.
Comment reconnaître sur le vivant le cloisonnement de l'utérus?
S'il existe un cloisonnement du vagin, il y a de grandes présomptions pour qu'il existe concurremment un cloisonnement de la matrice. Dans ce cas, le cloisonnement utérin est toujours ou presque toujours complet.
Chez une femme dont le vagin n'est point cloisonné, le diagnostic offre plus de difficultés ; mais on peut déjà présumer un cloisonnement utérin à des fausses couches réitérées ou au développement irrégulier de la matrice pendant la gestation. On acquerra la certitude de l'existence de cette anomalie par une exploration directe de la cavité utérine, pendant l'état de vacuité, bien entendu, exploration qui se pratique, soit avec la sonde ou avec l'hystéromètre, soit avec le doigt indicateur, après avoir au préalable dilaté le col de la matrice à l'aide d'une éponge préparée suivant le procédé de M. Marion Sims.
Faut-il tenter une opération pour détruire le cloisonnement de la matrice ?
Il n'est pas sans danger de pratiquer dans la cavité utérine une opération sanglante. Aussi croyons-nous sage de s'abstenir de toute intervention prématurée ou intempestive; or, nous considérons comme telle une opération qui ne serait point justifiée par des accidents antérieurs, tels que des fausses couches répétées, et par le désir formel de la femme d'être débarrassée d'une anomalie qui équivaut pour elle à une cause de stérilité.
En d'autres termes, on opérera s'il est notoire que le cloisonnement du vagin apporte un obstacle réel à la parturition.
L'opération se fait en deux temps : le premier, tout préparatoire, consiste à dilater suffisamment le conduit cervico-utérin et ses deux orifices, soit par le catéthérisme, soit par l'éponge préparée, soit même par l'incision bilatérale; — le second temps consiste à inciser la cloison ou avec un bistouri boutonné, ou mieux encore avec des ciseaux mousses, peu tranchants, de manière à déchirer ou à mâcher le tissu plutôt qu'à l'inciser, afin d'éviter une hémorrhagie.
Si cet accident survient, on y remédie en touchant les surfaces saignantes avec un pinceau de charpie imbibé d'une solution de perchlorure de fer.
Pour ne pas rendre l'opération vaine, il faut soigneusement veiller à ce que les bords de la plaie, venant à s'affronter, ne contractent point entre eux d'adhérences, d'oii résulterait la reproduction du cloisonnement. On doit, dans ce but, empêcher le contact des surfaces, ou détruire les adhérences à mesure qu'elles viennent à se former.
Le repos absolu est indispensable jusqu'à ce que la cicatrisation des deux plaies soit complète. C'est le plus sûr moyen de prévenir une métro-péritonite, la seule complication grave que puisse entraîner le débridement du cloisonnement utérin.
IlL Utérus bicorne. — Cette anomalie est comme une exagération de la précédente. Les deux moitiés du corps de l'utérus, au lieu d'être accolées et simplement séparées par une cloison commune, sont ici nettement divisées, écartées à angle aigu plus ou moins ouvert. A leur point de jonction, elles se continuent avec le col utérin, qui présente extérieurement sa conformation normale. La matrice s'oftre ainsi sous l'aspect d'un organe à la fois
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simple efc double : simple dans sa portion inférieure ou cervicale, double ou bifurqué en deux lobes divergents dans sa portion supérieure correspondante au corps.
Les deux cornes utérines sont tantôt d'un volume égal, tantôt d'une grosseur différente ; dans ce dernier cas, la plus petite corne est comme atrophiée ou rudimentaire, ainsi que la trompe et l'ovaire du même côté.
La cavité du col utérin est quelquefois unique, comme à l'état normal; mais parfois elle est divisée par une cloison longitudinale en deux canaux parallèles qui aboutissent à chacune des cornes utérines.
Le vagin aussi est tantôt simple, tantôt cloisonné, d'une manière complète ou incomplète, au niveau de son raphé.
La menstruation ne subit généralement aucun trouble appréciable chez les femmes ayant un utérus bicorne. Le flux menstruel provient le plus souvent des deux lobes utérins. La menstruation s'effectuant à des époques différentes pour les deux utérus a été observée par Godard.
■ La grossesse est simple dans les cas où la fécondation de l'ovaire s'opère d'un seul côté; dans les cas assez fréquents où la fécondation a lieu des deux côtés la grossesse est gémellaire.
Le plus souvent la gestation suit son cours régulier et l'accouchement s'accomplit à terme, sans accidents. Mais il peut arriver aussi que la marche de la grossesse soit entravée, soit par le défaut d'ampliation de l'utérus, soit par la rupture de ses parois. Cette rupture a lieu quelquefois pendant le travail de l'accouchement.
IV. Utérms double. — Ce vice de conformation, caractérisé par une séparation complète des deux moitiés de l'utérus et du vagin, avec ectropie de la vessie, est extrêmement rare. Il paraît incompatible avec la vie extra-utérine, et jusqu'à présent il n'a été rencontré que sur des fœtus monstrueux. C'est un cas tératologique dont nous n'avons pas à nous occuper plus longuement dans cet ouvrage.
V. tJ(érns unîcorne. — La matrice, par suite d'un arrêt de développement ou d'une atrophie de l'un des canaux de Muller, se trouve quelquefois réduite à une seule moitié.
:jonât et un as. 11
Cet organe incomplet affecte le plus souvent une forme globuleuse ou conique, à sommet supérieur.
Son volume est variable : parfois il ne représente que la moitié de la grosseur d'un utérus normal ; mais, en général, l'utérus unicorne, par une sorte de compensation physiologique, acquiert un volume équivalent à celui de la matrice entière.
Ordinairement, la trompe correspondante est normalement développée, ainsi que l'ovaire.
La seconde trompe manque assez souvent; dans quelques cas elle existe, mais à l'état rudimentaire.
Lorsque l'utérus unicorne est pourvu (ce qui arrive généralement) d'une cavité sufiîsante, les phénomènes de la menstruation n'en subissent aucune atteinte, et la conception est possible. Chez quelques femmes, la grossesse suit régulièrement son évolution;, arrive à terme et se termine par un accouchement normal; mais chez d'autres, l'utérus incomplet se prête mal au développement fœtal, et une série de fausses couches ne viennent que trop démontrer son inaptitude à la parturition.
Quelquefois la grossesse est menée à bonne fin ; mais le travail de l'accouchement est laborieux, et l'utérus se rompt par suite d'efforts disproportionnés à la force de résistance de son tissu.
11 importe de ne pas perdre de vue ces diverses éventualités^ de manière à montrer toujours une sage réserve dans le pronostic d'une grossesse commencée dans de telles conditions, et à prendre les précautions et les mesures nécessaires pour conjurer les accidents d'un accouchement malheureux.