‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 70 sur 159 · DE LA MÉTRITE AIGUË NON PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

DE LA MÉTRITE AIGUË NON PUERPÉRALE

Anatomie pathologique. — La métrite aiguë simple et non puerpérale se termine si rarement par la mort, que la science ne possède guère que des documents insuffisants pour tracer les caractères anatomiques de cette affection. Quant à nous, dans tout le cours de notre pratique, nous n'avons pas trouvé une seule occasion de faire une autopsie de ce genre, et nous croyons que la plupart des observateurs sont réduits à un pareil aveu. Cependant voici les lésions observées dans les rares circonstances où des femmes, atteintes de métrite aiguë, ont succombé à une autre maladie grave intercurrente, le plus souvent étrangère à la phlegmasie utérine.

Dans quelques cas l'inflammation était bornée à la muqueuse. On trouvait alors dans la cavité utérine une quantité variable de mucus épais et filant, tantôt pur, tantôt mélangé de sang ou de pus. La membrane muqueuse, débarrassée de ce produit de sécrétion, paraissait rouge et finement injectée. On y rencontrait aussi çà et là, mais exceptionnellement, des ulcérations très-superficielles. Enfin quelques auteurs ont signalé la présence de fausses membranes sur

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la face interne de l'utérus. La muqueuse, boursouflée et plus friable, se détachait plus aisément qu'à l'état normal du tissu sous-jacent.

Dans les cas oii l'inflammation franchit l'épaisseur de la muqueuse et gagne le tissu propre de la matrice, l'organe tout entier est augmenté de volume et de poids {métrite parenchymateusé) . Le parenchyme utérin est plus dense et plus friable qu'à l'ordinaire : il est d'un rouge plus ou moins foncé, suivant le degré d'hypérémie dont il est le siège.

Du pus a été trouvé dans le tissu propre de la matrice enflammé. Ce liquide était tantôt infiltré^ tantôt réuni en un ou plusieurs foyers^ dont le volume variait depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'une grosse noix. La collection purulente était, ou enkystée dans l'épaisseur même des parois utérines, ou en communication avec la cavité de l'organe. Le tissu utérin était rainolli et d'une couleur grisâtre ou sanieuse.

M. Scanzoni a cité un cas d'abcès développé dans les parois de l'utérus et ouvert à la paroi antérieure de l'abdomen. M. Bird a rapporté, dans le the Lancet (1843), un exemple d'abcès de la paroi postérieure de l'utérus ouvert dans le rectum. De pareils faits ne doivent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire; et le mode d'ouverture des abcès nous Jjorte à penser qu'il s'agissait plutôt iel de phlegmasies péri-utérines suppurées : -^ soit pelvi-péritonite^ soit ovarite, soit phlegmon rétro-utérin.

Bien que nous venions de signalei% sur la foi des auteurs, la présence du pus dans la métrite parenchymateusé aiguë simple, nous ne l'admettrons qu'avec une réserve excessive, tant nous considérons cette lésion comme rare en dehors de l'état puerpéral. En eff'et, la suppuration se montre Surtout dans la métrite des femmes en couches, dont nous parlerons dans l'article suivant.

Symptomatoiogie. — Gomme toutes les maladies inflammatoires aiguës, la métrite s'annonce par des frissons, auxquels succède une réaction générale, caractérisée par la chaleur de la peau, l'accélération du pouls, la perte de l'appétit, et ordinairement une soif vive. Presque aussitôt le bas-ventre devient tendu et douloureux. La douleur, bornée d'abord à la région utérine, ne tarde pas à se répandre dans les flancs, dans les reins, et à envahir tout l'abdomen. Elle acquiert parfois une telle acuité, qu'elle rend toute pression et même tout contact insupportables.

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Le vagin est le siège d'une chaleur acre et brûlante, principalement dans le voisinage de l'utérus. Très-souvent le toucher vaginal est impossible en raison de l'excès des souffrances qu'il provoque. Alors il est prudent de ne pas insister sur une exploration qui serait sans utilité pour le médecin et qui ne serait pas sans danger pour la malade.

L'hyperesthésie morbide des parois abdominales et du vagin ne permet donc point d'apprécier convenablement les dimensions de l'utérus ; mais si la phlegmasie est intense et si elle envahit à la fois tous les éléments anatomiques de l'organe, il est à présumer que son volume s'est accru, conformément à cette loi de physiologie pathologique en vertu de laquelle toute inflammation s'accompagne de la tuméfaction des tissus malades.

Dans le principe, aucun écoulement ne s'opère par la vulve ; mais, à mesure que la phlegmasie augmente, il s'écoule une quantité variable de muco-pus, parfois mêlé de sang.

Quand le travail inflammatoire atteint ce degré d'intensité, les souffrances se montrent plus vives ; et de continues qu'elles étaient au début, elles se manifestent par des exacerbations et des crises violentes, avec tous les caractères des douleurs dites expulsives. En même temps les malades éprouvent des pesanteurs dans le bassin et y sentent des battements profonds, isochrones aux pulsations artérielles. Tantôt les envies d'uriner sont fréquentes et la miction est douloureuse; tantôt il y a rétention d'urine. Ce liquide est ordinairement peu abondant, épais, d'une teinte rouge briquetée.

La constipation est habituelle et les garderobes provoquent ou augmentent les douleurs,

La métrite aiguë s'accompagne souvent de nausées et de vomissements.

La peau est chaude ; le pouls accéléré, moins petit, moins concentré que dans la péritonite, comme l'avaient observé déjà les anciens. Ces caractères du pouls appartiennent à la fois à la métrite et aux phlegmasies péri-utérines aiguës. La respiration est gênée, anxieuse, plus fréquente qu'à l'état normal.

marche, durée, terminaisons. — Tous CCS phénomènes persistent avec la même intensité pendant plusieurs jours ; puis, vers la fin du premier ou du second septénaire, ils vont en diminuant, et se dissipent à la fin du deuxième ou du troisième septénaire.

Quand les symptômes locaux et les signes de réaction générale vont ainsi en déclinant, parallèlement et d'une manière régulière, on peut prévoir que la métrite se terminera par résolution ou par le passage à l'état chronique.

La résolution s'annonce par la complète disparition des symptômes morbides : mais si, au lieu de se dissiper entièrement vers la fin du troisième septénaire, ces phénomènes persévèrent, pendant quelque temps encore, à un faible degré, il est à craindre que la métrite ne revête la forme chronique.

La métrite aiguë non puerpérale peut-elle se terminer par suppuration ou par gangrène? Nous ne voulons pas nier la possibilité de ces deux autres modes de terminaison, mais nous n'en connaissons pas d'exemple.

Diagnostic. — La métrite aiguë peut être confondue avec les phlegmasies péri -utérines (ovarite, pelvi-péritonite, phlegmon périutérin), et avec la cystite.

Il importe de bien distinguer la métrite aiguë d'avec la péritonite, non pas en vue du traitement, qui doit être à peu près semblable dans les deux cas, mais en raison des conséquences si différentes qu'entraînent ces deux affections. En effet, la péritonite, convenablement traitée, aboutit à une entière guérison et se termine le plus souvent par une résolution franche ; tandis que la métrite a plus de tendance à prendre la forme chronique. Si l'on ne surveille attentivement le déclin de la maladie, ce passage à l'état chronique peut s'effectuer d'une manière latente et sans être soupçonné. Il est donc de toute nécessité de s'assurer, par une exploration directe, s'il existe une métrite, dès que les douleurs du début sont calmées et que le toucher vaginal peut se pratiquer sans danger.

On distingue la métrite aiguë de la péritonite partielle, en ce que, dans cette dernière affection, la douleur est plus vive, plus aiguë et plus superficielle; la paroi du ventre est plus tendue; le pouls est moins élevé, plus fréquent et surtout plus concentré. Dans la péritonite, il n'y a jamais ce sentiment de douleurs expulsives, généralement suivies d'un écoulement, par la vulve, de matières mucopurulentes, et parfois sanguinolentes, qu'on observe dans la métrite aiguë.

Dans le phlegmon péri-utérin ou dans l'ovarite aiguë, la douleur peut se généraliser; mais elle est habituellement partielle au début.

et, au lieu de commencer dans la région utérine même, sur la partie moyenne de l'hypogastre, elle part d'un des côtés, ou bien encore elle y présente son maximum d'intensité. Cependant la douleur peut siéger sur la ligne médiane, quand le phlegmon est rétro-utérin. Mais dans cette dernière phlegmasie, comme dans la péritonite, on n'observe point de douleurs expulsives ni d'écoulement vaginal caractéristique, à moins que le phlegmon ne se complique de métrite aiguë, ce qui n'est pas rare.

La cystite se distingue de la métrite aiguë par les troubles fonctionnels propres à la vessie et par les altérations chimiques de l'urine, pathognomoniques de l'inflammation de la muqueuse vésicale.

Pronostic. — La méfrite aiguë non puerpérale n'a pas beaucoup de gravité par elle-même, mais elle peut en acquérir par les lésions qui l'accompagnent et surtout par la péritonite, qui est la plus fréquente et la plus sérieuse de ces complications. On comprend, du reste, que la gravité de cette affection doit varier suivant qu'elle envahit une partie seulement ou bien la totalité de l'utérus. Si elle n'atteint que le col, par exemple, elle est bien moins sujette à se compliquer de péritonite que si elle occupe le corps.

Traitée d'une manière convenable, la métrite aiguë se termine par résolution dans le plus grand nombre des cas. Abandonnée à ellemême ou soumise à un traitement insuffisant, elle passe à l'état chronique. Nous n'avons jamais vu la métrite aiguë non puerpérale, sans complications, se terminer par la mort.

Thérapeutique. — Le traitement de la métrite aiguë consiste d'abord et généralement dans l'emploi des émissions sanguines, qu'il faut proportionner toujours à la force du sujet, à l'intensité des phénomènes locaux et de la réaction générale. — Au début, on doit avoir recours à la saignée générale, toutes les fois qu'elle n'est point contre-indiquée par la faiblesse de la constitution des malades. Une ou deux saignées de 200 à 300 grammes, suivies, si c'est nécessaire, de quelques applications de sangsues sur l'hypogastre^ suffisent très-souvent pour enrayer la marche des accidents. Si la malade est faible, on doit préférer les sangsues aux saignées gé-^ nérales. Les ventouses scarifiées peuvent être utiles vers la fin du traitement, lorsque les saignées et les sangsues ne paraissent plus avoir d'action sur la marche de la maladie. En même temps

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il eoîivient de faire pratiquer sur le bas-ventre des onctions avec l'onguent naereuriel belladone (125 à 200 grammes, en vingt-quatre heures).

Les éraollients sont aussi d'un emploi très-avantageux, soit au moment où la réaction commence à tomber, soit dès le début, pour suppléer aux émissions sanguines quand les forces de la malade ne permettent pas d'y recourir.

Les bains, les calmants à l'intérieur et à l'extérieur, les laxatifs, les lavements adoucissants, les boissons délayantes, la diète absolue, le repos, la position horizontale, sont autant de moyens qui trouvent parfaitement leur application dans le traitement de la métrite aiguë comme dans celui de la plupart des phlegmasies abdominales.

11 est quelquefois nécessaire aussi de faire usage des dérivatifs et môme des révulsifs, lorsque les autres médications restent insuffisantes. Cependant les révulsifs conviennent principalement au déclin de la maladie, surtout au moment où la métrite tend à passer à l'état chronique.

Si des vomissements se manifestent, on les combattra par les raoyens ordinaires : la glace, la potion de Rivière et l'eau de Seltz,

Quand la maladie se termine par une résolu liojQ franche^ on s';âittîiche à relever les forces de la malade à l'aide d'un régime de plus en plus substantiel, qu'il convient quelquefois d'associer à l'administration des toniques.

Lorsqu'au contraire la phlegmasie semble devoir prendre la forme chronique, il ne faut pas se hâter de nourrir les malades et de les soumettre à un régime analeptique ; il est prudent de les tenir encore à un régime suffisamment sévère^ et de provoquer la résolution trop lente de l'inflammation par l'usage répété des topiques fondants et résolutifs.

Ajoutons que, dans la métrite aiguë, comme dans toutes les phlegmasies des organes intra-pelviens, on ne saurait surveiller avec trop de soin l'époque menstruelle, qui, en déterminant une fluxion sanguine exagérée vers l'utérus et les ovaires, est assez souvent, pour les phlegmasies de ces organes, l'occasion de recrudescences ou de redoublements plus ou moins prononcés^

Si ces recrudescences sont faibles, le repos, lesémollients, les câlttiants, iUn régime (modéré, suffisent généralement pour les dissiper^ Si les accidents présentent une plus grande intensité, et surtout si les règles viennent à manquer ou si elles sont peu abondantes, il est

utile de recourir aux émissions sanguines modérées, locales ou générales. Une simple application de sangsues sur l'hypogastre ou sur le col de Tutérus exerce quelquefois, dans ces circonstances, l'influence la plus prompte et la plus efficace. Ces émissions sanguines suppléent le flux menstruel et amènent le dégorgement des vaisseaux utérins.

ARTICLE II

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