COMMUNES
Maladies non sécrétantes.
Rougeur fugace.
Éry thème.
Urticaire.
Roséole.
Intertrigo non sécrétant.
Couperosé érythémateuse.
RoüGEI R PERSISTANTE.
Purpura.
Scorbut.
Roigeur arrondie avec furfures.
Herpès circiné.
Herpès nummulaire.
Rougeur diffuse avec furfures.
Pityriasis.
Coloration jaune verdâtre.
Pityriasis versûolor.
Coloration brune.
Pityriasis nigra.
Déco: oration.
Achromie.
Furfures.
Pityriasis.
Squames avec épaississement de la peau et rougeur.
Psoriasis.
Lepra vulgaris.
Squames sans rougeur.
Ii hihyo e.
Papules avec rougeur.
Lichen aigu.
Strophulus,
Papules avec rougeur et squames.
Lichen pilaris.
Papules sans rougeur.
Lichen chronique.
Prurigo.
Tubercules.
Sycosis tuberculeux.
Lupus.
Productions végétales.
Fa vus.
Herpès tonsurant.
Porrigo decalvans.
j Productions animales.
Pcdiculus.
Pulex.
Àcarus.
PRONOSTIC
ecthyma. Reportez-vous alors aux caractères distinctifs de ces deux affections, et vous reconnaîtrez facilement celle à laquelle vous avez affaire Eli bien, j’ai p is la, à desst i *, un des cas les j l as compliqués.
Si nous nous adressons à la catégorie des maladies non sécrétantes, nous verrons que le médecin doit tenir compte de phénomènes divers. La rougeur de la surface malade qui ne se dessine que par ce phénomène ; la coloration jaune verdâtre , brune , ou la décoloration : ce sont des conditions qui frappent tout d’abord; mais pour la rougeur il faut voir si elle est persistante ; ou si elle disparaît sous une pression très légère du doigt ; si sa forme est nettement circonscrite et régulière , ou si, au contraire, elle est diffuse. Sont-ce des squames ou des papules ou des tubercules qui frappent tout d’abord a la vue delà maladie, voila autant de catégories d’affections dans lesquelles on trouve une ou deux maladies, et par conséquent le diagnostic en est d'autant plus facile.
Seulement, en procédant au diagnostic ce tableau a la main, il faut que le médecin résolve nettement la question de sécrétion ; et il ne s’agit pas ici d’une sécrétion temporaire, accidentelle, d’un moment, mais d’une sécrétion qui a une certaine durée et qui a été sensible pour le malade. Celle première question vidée, il faut bien observer, ou la nature de la sécrétion, et la caractériser, ou le phénomène apparent du mal dans l’affection non sécrétante. Nous ne doutons pas qu’avec quelque soin le médecin ne puisse facilement arriver au diagnostic: or, dans l’état actuel de la pratique médicale, c’est, suivant nous, rendre un grand service que de mettre les médecins en état de connaître à quelle affection cutanée ils ont affaire, afin de ne pas formuler une prescription banale contre une dartre , ainsi qu’on l’a fait si souvent jusqu’alors.
Y. PRONOSTIC
Envisagées au point de vue du pronostic, les maladies de la peau en général sont rarement mortelles, surtout en ne comprenant que les maladies propres à nos climats. En effet, si l’on excepte le pem~ phigus diutinus , le rupin, V ècthg rua çachecticum elle pityriasis rubra , la presque totalité des autres affections de la peau ne porte pas une
PATHOLOGIE GENERALE
atteinte réelle à la santé. Mais le pemphigus diutinus chronique est toujours grave, et d’autant plus grave qu’il naît d’une cause générale asthénique physique et le plus souvent morale et que nous n’avons aucune médication interne bien efficace à lui opposer ; que nos moyens externes, étant tous plus ou moins résolutifs, tendent à supprimer une éruption bulleuse et une sécrétion abondante de la peau, qui, dans la généralité des cas, se reporte alors sur la membrane muqueuse intestinale, et y fait naître une sécrétion diarrhéique considérable qui épuise rapidement les forces du malade et le conduit au tombeau.
C’est d’ailleurs dans des conditions analogues, c’est-à-dire par le fait d’une diarrhée non provoquée, que le malade succombe ; c’est là le phénomène contre lequel il faut lutter sans cesse dans le cours de la maladie ; qu’il faut prévenir, qu’il faut arrêter à tout prix quand il se manifeste.
Mais si la généralité des affections cutanées n’est pas grave, on peut établir comme proposition générale que la disparition brusque, répercussion accidentelle provoquée ou non provoquée , de la plus simple maladie de peau, est un fait d’une grande gravité.
11 se manifeste alors des phénomènes généraux ou locaux variables suivant la force et la constitution du sujet, suivant son idiosyncrasie, c’est-à-dire suivant qu’il a ou qu’il a eu un organe souffrant, ou enfin un organe plus faible, et vers lequel se reflète la répercussion, comme se reflète la douleur d’une impression morale vive.
Le danger de la répercussion dépendra, soit de l’état général développé, soit de l’importance de l’organe affecté. En fait d’état général il est difficile de le décrire : il s'annonce par la fièvre, mais sans intensité, de l’abattement, du malaise, de l’affaissement ; un état, en un mot, qui n’est pas franchement dessiné et qui se rapproche un peu de ces formes insidieuses typhoïdes que l’on voit survenir sous l’influence d’une tout autre cause. Le cerveau et les organes gastriques sont pris à la fois ; ce n’est pas une arachnitis avec fièvre, délire, etc., c’est un état de somnolence fébrile qui dénote que le cerveau et ses enveloppes sont malades. Qui n’a vu, par exemple, les conséquences funestes de la suppression brusque des poux chez un enfant? Celui-ci est à deux doigts de sa perte, si dans
PRONOSTIC
quelques cas même il ne succombe. Vous employez des sangsues, de la glace sur le front, des vésicatoires aux extrémités, les moyens
les plus énergiques, et dans certains cas vous n’enrayez pas les accidents. Eh bien, la suppression d’une sécrétion à la surface d’une petite étendue de peau malade peut amener le même état que la suppression des poux.
Ici ce sera le tube intestinal qui se prendra, là les organes biliaires, ailleurs les poumons, mais jamais d’état plîlegmasique nettement dessiné. Et comme je le faisais observer précédemment pour les poumons, ce sont des congestions à moitié sanguines, à moitié séreuses, subinflammatoires, que les antiphlogistiques ne font qu’exaspérer ; et l’on ne guérit généralement ces affections qu’en rappelant à la peau l’éruption là où elle existait , et cela par des moyens artificiels, à la tète desquels je place l’huile de croton tiglium , parce que cette huile développe toujours une inflammation sécrétante. Heureux encore quand la révulsion peut être opérée ; dans quelques cas j’ai employé en vain l'huile de croton, la pommade épispastique, les sinapismes répétés, les vésicatoires. Il semble que la peau soit tombée dans un état d’insensibilité qui la rende inaccessible aux irritants les plus énergiques.
Singulier phénomène que celui de la répercussion ou de la métastase, car il peut y avoir l’une ou l’autre, suivant les circonstances. Ainsi un malade sort d’un bain chaud ; il reçoit l’impression de l’air froid, l’affection cutanée disparaît ou s’atténue notablement: il y a répercussion. Mais dans beaucoup de cas, sans cause appréciable connue, la maladie cutanée s’éteint pour être remplacée par un état morbide général ou local plus ou moins grave : c’est alors de la métastase dont la cause nous échappe.
C’est ici le lieu de faire connaître un fait que nous avons établi presque en axiome depuis quelques années : à savoir, que toute maladie de peau disparait ou peut disparaître sous l’influence d’un état morbide général de l’économie. Et, chose remarquable, si cette affection cutanée donne lieu à quelque production animale ou végétale, tous les insectes ou les productions organiques disparaissent à un tel point que le malade se croit guéri de sa maladie de peau, et que le médecin est disposé à entrer dans cet ordre d’idées. Ainsi,
plus de traces de gaie ou d’acarus, ou de poux, si la maladie était la gale ou une affection pédiculaire; plus de productions végétales de la teigne , de Y herpès tonsurant , si ces affections préexistaient à l’état fébrile général. Les maladies sécrétantes et non sécrétantes sont dans le même cas.
Tant que durera cet état morbide interne, qui pourra être avec ou sans fièvre, l’affection de la peau sera maintenue à l’état de disparition : ainsi, soit une fièvre typhoïde, qui dure cinq à six septénaires, la gale, la teigne ou toute autre maladie cutanée, auront complètement disparu durant ce laps de temps.
Le malade vient- il à entrer en convalescence, celle-ci n’est réellement franche que lorsque l’affection de là peau reparaît. J’ai pris pour exemple la gale et la teigne, parce qu'il est fort surprenant qu’une maladie produite par un insecte s’anéantisse durant une maladie générale pour se réveiller ensuite à la convalescence : telle est donc la puissance de cet état général quelle enchaîne F évolution même d’un animal parasite ; à plus forte raison enchaîne-t elle l’évolution d’une maladie de la peau. Mais dans l’un comme dans l’autre cas la maladie sommeille , que l’on me passe cette expression ; puis à la convalescence elle se montre avec les mêmes caractères, sauf l’intensité, qui généralement est moindre.
Telle est d’ailleurs la ténacité de certaines affections cutanées chroniques, qu’une maladie exanthémateuse n’en fait pas toujours justice, et cependant c’est une nouvelle affection cutanée générale , succédant à une affection cutanée toute locale et limitée à une très petite surface. L’exemple suivant en est une démonstration bien évidente.
Un homme est depuis trois mois traité dans nos salles pour une urticaire chronique datant de dix huit mois; il est pris de phénomènes généraux ou prodromes d’une affection exanthémateuse, et, en effet, au bout de deux jours on voit apparaître une roséole générale. Néanmoins Y urticaire persiste, les prodromes ne cèdent cependant pas, et le surlendemain apparaît un purpura aigu ; puis au cinquième jour se montre une variole confluente: alors cesse l’urticaire. La variole parcourt toutes ses phases, et sa gravité est si grande, qu’elle met les jours du malade en danger à cause des phé~
PRONOSTIC. 63
nomènes cérébraux qui accompagnent la fièvre de suppuration. Deux larges vésicatoires aux cuisses en font justice, et la convalescence s’établit. La desquamation arrive. Le malade se croyait débarrassé de son urticaire diurne , ce dont il se réjouissait beaucoup, lorsqu’un matin, à la visite, il nous montre des petites plaques rosées et surélevées au-dessus du niveau de la peau, qui se sont développées à l’état discret: c’était l’urticaire qui revenait, et qui peu à peu a repris son intensité première.
Ce cas est fort remarquable; il prouve toute l’influence de la chronicité sur la continuité des maladies delà peau. Et que l’on ne suppose pas qu’il existait chez cet homme une cause interne, un organe souffrant qui perpétuât l’affection cutanée. Non, la santé générale a toujours été excellente et les organes digestifs avaient pu supporter sans inconvénient plusieurs médications énergiques.
Après un tel exemple, qu’on ne soit pas surpris non plus de la disparition des dartres durant une maladie générale quelconque ; alors toute l’économie est en souffrance et l’état local cède en présence de l’état général.
Disons actuellement que cet état général est le plus souvent un bien pour la maladie de la peau, et dans quelques cas même il en diminue très notablement l’intensité, il en permet la guérison dans un espace de temps beaucoup plus court. C’est ce qui a lieu même pour les maladies les plus rebelles: l’érysipèle de la face, par exemple, contribue puissamment à la guérison du lupus; et si dans le cours d’un traitement de lupus il se montre deux, trois érysipèles, chacun d’eux procure au malade un certain bénéfice pour la guérison. Nous avons été à même d’observer très fréquemment ces faits à l’hôpital Saint-Louis. Si l’érysipèle n’y est pas épidémique, il est cependant des saisons où il se montre sur beaucoup d’individus à la fois, surtout chez ceux qui séjournent h l’hôpital. Il est rare que dans une salle de cent lits, quand des érysipèles se déclarent, ils n’affectent pas successivement sept, huit ou dix malades : c’est ainsi que nous avons pu juger de l’influence de cette affection sur diverses maladies cutanées. S’agit-il d’une affection d’une tout autre nature, la maladie de peau reparaît lors de la convalescence, mais toujours à un plus faible degré d’intensité.
Pendant longtemps la peau fut regardée comme un tissu composé de deux couches superposées, l’épiderme et le chorion. Après les travaux de Malpighi, les anatomistes s’accordèrent à reconnaître comme intermédiaires à ces deux tissus le corps muqueux et le corps papillaire.
Le derme était le canevas de la peau ; le corps papillaire s’y trouvait superposé et résultait d’un assemblage de petites éminences formées par les extrémités des nerfs et des vaisseaux, qui, après avoir passé par les trous dont était criblé le chorion, se groupaient en petits pinceaux dans un tissu spongieux érectile ; organes essentiellement nerveux suivant les uns, nerveux et vasculaires suivant les autres, parce qu’ils y admettaient l’existence de vaisseaux exhalants et absorbants.
Quant au corps muqueux, c’était un produit sécrété par les papilles et destiné à les lubrifier. Il renfermait en outre la matière colorante.
Bicbat mit en doute l’existence du corps muqueux comme tissu propre, et le considéra comme une couche vasculaire chargée de la triple fonction d’exhalation, d’absorption et de production de matière colorante.
Gaultier émit sur le corps muqueux de nouvelles idées. Il le regarda comme étant formé de quatre couches: la plus profonde, à bourgeons vasculaires ou sanguins ; la deuxième, alhuginée profonde ; la troisième, membrane brune; et la quatrième, albuginée superficielle . La première et la troisième seules douées d’organisation et remplissant les fonctions d’exhalation et d’absorption.
Chaussier a constamment nié l’existence de ces quatre couches.
Enfin, MM. Breschet et Roussel de Vauzème furent conduits à revenir aux idées anciennement émises en considérant la peau comme formée de deux feuillets superposés, le chorion et l’épiderme.
Quoiqu’il en soit de ces divergences sur les tissus lamelleux de la peau, on admettait l'existence de vaisseaux exhalants et absorbants. On avait même mesuré leurs orifices dans un espace donné, et
Leeuwenhoek avait porté le nombre des vaisseaux sudoripares jusqu’à 14,à00 pour une ligne carrée. Yerheyen et Sténon décrivirent des glandes sudoripares; Bidloo les fit dessiner (. Anatomie du corps humain , etc., Utrecht, 1750, in-folio, tab. à, fig. 6). Il les considérait comme concourant à former des papilles. Monro, Fontana, Prochaska, Cruikshank, Àlbinus, Meckel, Moj on, décrivirent des tractas tlexueux et spiroïdes qui se détachent de la face interne de l’épiderme, mais ils nièrent qu’ils fussent canaliculés. Henri Eichorn, de Gœttingue, chercha à démontrer pourquoi tant d’auteurs en avaient nié l’existence.
Enfin Breschet et Roussel de Vauzème, reprenant l’étude complète et microscopique de la peau tant chez l’homme que chez les cétacés, donnèrent une description qui satisfaisait plus complètement aux fonctions de ce tissu, mais qui nous parut encore bien incomplète en regard des formes variées que présentent les maladies cutanées. A leurs yeux, la peau est composée d’une trame solide, c’est le derme, recouvert d’épiderme engendré lui-même par un appareil dit biennogène , qui se compose de glandes sous-dermiques et d’un canal qui va verser à la surface du derme une matière solidifiable. La sueur serait sécrétée par des glandes d’une autre espèce placées dans l’épaisseur du derme, ayant aussi leurs canaux exhalants et constituant l’appareil diapnogène. Les liquides seraient absorbés par des vaisseaux d’inhalation qui se perdraient dans l’épaisseur du derme. La matière huileuse de la peau serait fournie par les follicules sébacés, ainsi qu’on l’admet depuis longtemps; et enfin la matière colorante serait produite par un appareil dit chromatogène formé d’un tissu parenchymateux et glanduleux avec des vais^ seaux exhalants très courts.
Certes, rien de plus satisfaisant au point de vue physiologique que cette description. Elle répond à tout, elle rend compte de l’accomplissement de toutes les fonctions. Malheureusement elle ne satisfait pas à la pathologie cutanée, puisqu’elle place très profondément des organes qui donnent lieu à des maladies très superficielles ; et, pour n’en citer qu’un exemple, elle met les organes sécréteurs de l’épiderme au-dessous du derme, alors que les variétés de pityriasis , dans lesquelles l’épiderme est le principal produit de sécrétion, sont
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
les maladies les plus superficielles de la peau. Au surplus, les anatomistes plus modernes en ont fait justice. Malheureusement s’ils ont détruit un échafaudage qu’ils regardent comme imaginaire, ils ont mis à la place quelque chose de moins satisfaisant encore, ainsi qu’on va le voir.
Il n’y a réellement, suivant eux, dans la peau, que deux couches, le derme et l’épiderme. Le derme contient dans son épaisseur les follicules, les glandes, les vaisseaux et les nerfs, et à sa surface les papilles. L’épiderme est composé par une substance homogène. Le derme est un tissu aréolaire à mailles plus ou moins larges, suivant les diverses parties du corps ; les aréoles sont remplies par un tissu cellulaire adipeux, et traversées par les vaisseaux et les nerfs de la peau. Les papilles, que l’on a mal à propos décrites comme des appendices distincts du derme, appartiennent à sa face superficielle. Ce sont de très petites saillies ou éminences conoïdes parfaitement visibles à la langue ; disposées en doubles lignes très distinctes à la peau des mains, à la plante des pieds et surtout à la pulpe des doigts ; elles sont si ténues sur la généralité de la surface de la peau, qu’elles y ont plutôt été admises par analogie que de visu.
Là où elles sont très distinctes, elles constituent des saillies du derme, pénétrées par beaucoup de fdets nerveux et de rarauscules vasculaires à tissu presque érectile. L’œil, armé du microscope, reconnaît d’ailleurs dans le derme une libre cellulaire proprement dite, une libre de noyau, et une troisième espèce de libre qui appartient au tissu fibreux élastique. Ces diverses fibres entrent aussi dans la composition des papilles, car au point ou celles-ci se détachent du derme, on voit les fibres de ce dernier tissu se diriger en masse dans le plan horizontal et se relever dans le plan perpendiculaire pour constituer les cônes papillaires.
On trouve d’ailleurs dans le derme les follicules sébacés ; ils y existent dans toute l’étendue de la peau, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Ils abondent surtout là où il y a des poils, aux environs des orifices, dans les plis de l’aine et de l’aisselle. Leurs orifices viennent se montrer très distinctement à la surface de la peau. De la grosseur d’un grain de millet et souvent beaucoup plus petits (de 1/2 millimètre à 1 millimètre), ils ont la
ANATOMIE DE LA PEAU COMPARÉE A LA PATHOLOGIE. f>7
forme d’une petite ampoule ; iis sont en général simples et discrets, excepté au nez, où ils sont très rapprochés; quelques-uns sont très agglomérés.
Partout où il y a des poils, les conduits des follicules sébacés s’ouvrent dans la gaine du poil lui-même, et chaque poil reçoit souvent dans sa gaine le produit de plusieurs follicules sébacés qui l’entourent avec symétrie.
Les anatomistes modernes admettent encore l’appareil sudoripare découvert par Breschet et Roussel de Vauzème, appareil glanduleux formé par un enroulement vasculaire dont le canal excréteur vient s’ouvrir en traversant les papilles du derme et l’épiderme jusqu’à la surface de la peau. Ces appareils glanduleux existent partout, aussi bien à la paume des mains qu’à la plante des pieds, et tel est leur nombre, qu’Eichorn compte cinquante ouvertures de canaux sur une surface d’une ligne carrée, ou douze ouvertures sur 1 millimètre carré.
On nie l’existence de l’appareil blennogène ou sécréteur de l’épiderme, ainsi que celle de l’appareil chromatogène.
Suivant les anatomistes modernes, l’épiderme est un produit exhalé à l’état liquide par les capillaires sanguins à la surface du derme. Cette exhalation n’est pas amorphe, elle est formée par une multitude de vésicules ou cellules accolées les unes aux autres, et d’autant plus déformées qu’on les observe plus près de la surface extérieure de la peau, où elles donnent lieu à l’épiderme solide, consistant, espacé & épithélium pavimenteux stratifié. Chaque cellule contient un noyau qui s’efface de plus en plus au fur et à mesure que les vésicules se rapprochent de la surface libre de l’épiderme, en même temps que les parois des cellules s’accolent, se déforment pour devenir lamelleuses et presque rhomboïdales, de rondes ou de polygonales qu'elles étaient. L’analyse démontre qu’elles sont composées par une substance cornée analogue à la composition des poils, de la laine et des plumes.
C’est à la portion encore molle de la partie profonde de répiderme que Malpighi a donné le nom de corps muqueux. Celui-ci n’existerait donc pas réellement comme tissu, puisqu’il ne serait formé que du produit d’exhalation des vaisseaux capillaires san-
PATHOLOGIE GENERALE
guins chargés d’exhaler la matière albumineuse qui doit former plus tard l’épiderme solide.
Quant à la matière colorante, ou pigment, ce serait, comme l’épiderme, un produit du plasma du sang exhalé des vaisseaux sanguins. Le pigment ne serait pas seulement infiltré dans les couches profondes de l’épiderme, mais il serait renfermé dans des cellules auxquelles on donnerait le nom de cellules pigmentaires . Henle pense que la matière colorante des cellules pigmentaires est groupée en molécules très fines sur le noyau de ces cellules. Gunther affirme, au contraire, que cette disposition, vraie pour la choroïde, est fausse pour la peau. Suivant lui, les cellules pigmentaires ne sont que des cellules de la couche profonde de Y épiderme qui manquent de noyau et qui contiennent un liquide uniformément coloré en brun foncé chez le nègre. À mesure que ces cellules se développent, en même temps qu’elles se déforment pour constituer l’épiderme, et se porter à la surface, elles deviennent de moins en moins colorées par la disparition progressive de leur liquide intérieur ; parvenues à la surface, elles ne forment plus que des lamelles ou écailles semblables aux autres.
Lorsque le pigment est persistant , comme dans le nègre, c’est qu’à mesure que les cellules pigmentaires se décolorent et se détachent à la surface de l’épiderme, il s’en forme sans cesse de nouvelles. Lorsque le pigment est temporaire , c’est que le développement des cellules pigmentaires disparaît avec la cause occasionnelle qui leur a donné naissance.
C’est à la production des cellules pigmentaires dans les couches profondes de l’épiderme que seraient dues les taches de rousseur et les éphélides. (Mais voilà qu’aujourd’hui les éphélides sont constituées par un cryptogame spécial ! )
Telles sont donc les données actuelles de l’anatomie sur la peau ; et chacun conviendra avec nous qu’elle laisse beaucoup à désirer. Il y a plus : pour tout médecin qui aura fait une certaine étude des affections cutanées, cette anatomie est sinon à refaire, au moins à modifier. Et d’abord n’est-il pas extraordinaire de voir les vaisseaux sanguins de la peau produire des corps organisés par exhalation, c’est-à-dire des cellules épidermiques avec ou sans pigment; puis
]es uns, comme Henle, admettant des cellules pigmentaires d’un nature différente de celles de l’épiderme, ce qui fait pour les vaisseaux sanguins deux éléments organisés de diverse nature, qui sont exhalés par les mêmes vaisseaux. Gunther, il est vrai, ne croit pas à l’existence de ces deux espèces de cellules ; mais il vous dit: Il y a des cellules épidermiques à noyau sans pigment, et des cellules à noyau avec pigment, et suivant qu’elles se trouvent dans des rapports relatifs plus ou moins inverses, on a des peaux plus ou moins colorées dans les diverses races. Et il n’hésite pas à ajouter: C’est cet excès de cellules colorées qui forme les épliélides ou taches.
Mais, en pathologie cutanée, il existe des maladies de l’épiderme, ce sont plusieurs variétés de pityriasis. On connaît diverses espèces de taches que l’on a nommées de noms différents, taches de rousseur, épliélides , pityriasis versicolor , pityriasis nigra, et ces taches sont nettement circonscrites, à bords arrêtés, faisant contraste avec la peau saine. Il y a plus : il existe une maladie de la matière colorante de la peau que l’on nomme vitiligo , et dans laquelle on trouve des décolorations complètes, parfaites de la peau, entourées d’un cercle plus ou moins large d’un brun gris et verdâtre, -de sorte qu’il semble que dans cette maladie la matière colorante ait été chassée d’un centre vers la circonférence, pour, en s’ajoutant à la matière colorante de la circonférence, rendre la peau beaucoup plus foncée, comme s’il s’était fait un transport de la matière co orante de la partie décolorée à celle qui l’est le plus. C’est ainsi qu’on voit la moitié inférieure de la surface de la peau de la verge d’un blanc mat, tandis que tout le dos de la verge est d’un gris verdâtre foncé ; de même pour les doigts ; même disposition très arrêtée pour la surface du dos. Gomment les anatomistes modernes expliquentils ces faits avec l’origine qu’ils donnent à la matière colorante? Où sont donc les vaisseaux malades? La peau est parfaitement saine; d’ailleurs les malades n’éprouvent aucune sensation, pas de démangeaison. L’épiderme est doux et lisse, etc. Évidemmentles anatomistes ont détruit l’appareil chromatogène, mais ils ne l’ont pas remplacé.
Quant à l’épiderme, si c’est un produit d’exhalation, comment d’abord est-ce un produit organisé? Comment, si c’est un produit d’exhalation sans organes spéciaux exhalants, devient-il malade
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isolément et indépendamment du tissu delà peau? Expliquez, s’il vous plaît , ces plaques farineuses de la peau (pityriasis) chez les jeunes gens, à l’époque du printemps, sans sécrétion aucune? Pourquoi ces maladies de la peau dans lesquelles il n’y a que sécrétion d’épiderme : psoriasis , lepra vulgaris , ichthyose? Ce sont cependant les capillaires sanguins de la peau qui devraient alors être malades, et pourquoi , comme dans l’ichthyose blanche, brune , cornée, le tissu de la peau est-il parfaitement sain, alors que tous les vaisseaux capillaires sanguins seraient malades?
Une anatomie de la peau réelle, vraie, doit pouvoir rendre compte des formes variées des affections cutanées, lorsque ces formes sont constantes, quand elles se reproduisent toujours les mêmes: or voyez les lacunes sous ce rapport. Il existe une maladie de la peau qui se caractérise par l’exhalation d’une odeur tellement fétide, que le sujet ne peut pas demeurer dans une pièce sans l’infecter ; c’est en plus ce que l’on observe en moins chez beaucoup de personnes qui, aussitôt qu’elles se déshabillent , répandent une odeur désagréable. Après les preuves données par M. Collard de Martigny, il a bien fallu admettre l’absorption gazeuse cutanée. Quelques physiologistes doutent encore aujourd’hui de l’exhalation gazeuse. Si l’odeur n’est là qu’une émanation odorante, où sont les organes de cette sécrétion odorante? C’est la sueur, pourra-t-on dire, qui porte cette odeur. La plupart de ces personnes ne transpirent pas, elles ont la peau plus ou moins brune, plus ou moins sèche.
Il existe une maladie de la peau qu’Alibert a désignée sous le nom de prurigo sans papules , et dans laquelle les grattages sont incessants et horribles; cependant on ne voit rien à la peau, pas même une excoriation. C’est là, dira-t-on, une névralgie! Ces sujets sont les moins nerveux du monde ; ils ont une peau épaisse, brune, sèche, que rien n’écorche. Ce ne sont pas les papilles qui sont malades, car la peau est parfaitement lisse. Mais voici venir le lichen, affection papuleuse , parce que la forme de l’éruption morbide ressemble assez bien à la disposition conique des papilles de la peau. Dire que dans cette maladie, ainsi que dans le prurigo, autre forme d’affection papuleuse, les papilles soient malades, c’est commettre une erreur grave, et nous avons déjà fait observer que : 1° Les pa-
pilles de la peau siègent principalement à la surface interne des membres ; si c’est le siège du lichen en général, ce n’est pas celui du prurigo, qui est toujours placé en dehors ; 2° que les papilles de la peau sont disposées par paires sur des lignes courbes et régulières ; rien de plus diffus que le lichen qui se montre par des élevures papuleuses disséminées, sans aucune régularité, sans aucune harmonie. Affecte-t-il la forme de plaque, même état diffus des élevures papuleuses du lichen dans la plaque elle-même, et de plus la maladie présente toujours la forme parfaitement nummulaire ; elle siège sur le dos de la main , à la partie externe des membres. Enfin, c’est surtout à la pulpe des doigts que l’on trouve le plus de papilles, et l’on ne voit jamais de lichen à la face palmaire des doigts , on en trouve fréquemment à la face dorsale. Je ne demanderai pas quel est l’élément anatomique de la forme tuberculeuse ; je me contente d’avoir démontré le peu d’analogie qu’il y a entre les papilles et les papules du lichen.
Quel est le siège de l’herpès à vésicules miliaires et de l’eczéma dans les diverses couches de la peau? Du temps où l’on admettait l’existence du corps muqueux, on disait ce dernier malade à cause
de l’état si superficiel de ces maladies et de leurs vésicules si ténues ;
aujourd’hui nous sommes en présence de cinq maladies qui toutes ont la forme vésiculeuse : l’herpès, l’eczéma, l’herpès phlycténoïde, le pemphigus, affections dans lesquelles les éléments morbides sont les mêmes (épiderme soulevé par de la sérosité de même nature), mais où la vésicule, à peine perceptible dans l’herpès, devient plus sensible dans l’eczéma, très visible dans l’herpès phlycténoïde et acquiert des dimensions considérables dans le pemphigus. A part le diamètre de la vésicule, ces maladies semblent pareilles ; toutes sont superficielles, toutes paraissent siéger dans le corps muqueux sans que le derme soit affecté. Avec les mêmes apparences, la maladie a un siège profond dans le zona, où sous la vésicule existe une fausse membrane dont la chute donne lieu à un ulcère qui laisse une cicatrice. Certes, avec de pareilles analogies morbides, comment ne pas admettre qu’il est un élément commun particulier de la peau qui soit affecté dans toutes ces maladies?
Que si, en regard de ces affections vésiculeusès, nous plaçons les
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
maladies pustuleuses, nous observerons des phénomènes qui peuvent donner lieu à la même observation. La vésicule purulente de l’eczéma impétigineux, la pustule de l’impétigo, celle de l’ecthyma, offrent entre elles la plus grande analogie, à différence d’intensité et de volume près ; seulement celle de t’ecthyma est plus profonde que celle de l’impétigo. Ce sont là des affections pustuleuses identiques, quant à l’aspect et quant à la proportion de la vésicule par rapport à l’engorgement de la pustule. Si c’étaient les seules pustules de la peau, on pourrait les considérer comme étant le résultat d’une inflammation du derme, et encore aurait-on à se demander pourquoi la même inflammation n’amène-t-elle jamais le pus dans l’eczéma, l’herpès et le pemphigus? Mais il est d’autres maladies pustuleuses de la peau qui n’ont aucune analogie avec les précédentes: ce sont l’acné, l’impétigo sycosiforme, le sycosis pustuleux. Dans ces variétés l’engorgement constitue les 9/1 0es du volume de la pustule, condition tout opposée aux premières dont les 9/1 0es sont formés par les vésicules. Objecter a-t-on que le siège de l’acné est dans les follicules sébacés? Mais le furoncle, mais le sycosis, n’ont plus le même siège. Ainsi, l’inflammation pustuleuse de la peau doit avoir aussi son siège tout particulier, ce ne saurait être le même tissu affecté que dans l’inflammation vésiculeuse non suppurante. Ce ne sont pas seulement les affections de la peau dites dartreuses que nous aurions pu citer ; les éruptions exanthémateuses nous en auraient encore fourni de nombreux exemples.
Ce sont ces considérations qui nous font dire que Breschet et Roussel de Vauzème avaient pris dans leurs recherches anatomiques une voie meilleure que ceux qui les ont suivis, en adoptant pour point de départ les fonctions de la peau, et en recherchant les éléments ou organes qui les accomplissent; ils ont pu se tromper, mais leurs successeurs ont préféré fournir une anatomie qui ne rend pas compte ni de la physiologie ni de la pathologie de la peau.
L’inflammation du tissu doit être, suivant nous, le contrôle de l’anatomie de la peau, aussi bien et mieux peut-être encore que la physiologie ; car les formes inflammatoires variées ne peuvent être que le résultat d’éléments anatomiques différents enflammés. Ainsi se trouvent justifiés, à notre point de vue, les détails dans lesquels
nous venons d’entrer. Puissent-ils appeler l’attention et donner ouverture à des recherches nouvelles.
Terminons par quelques considérations sur l’influence des qualités physiques et vitales de la peau ; nous serons conduit à quelques remarques qui viendront justifier ce que nous avons dit de l’existence de certaines maladies qui dépendent de la structure spéciale de ce tissu chez les divers individus. Et d’abord son épaisseur. La considération de l’épaisseur de la peau conduit à une remarque assez importante, à savoir, qu’à moins d’hérédité, une peau fine ne sera jamais affectée d’une maladie squameuse du genre du psoriasis, de la lèpre vulgaire et de l’ichthyose. Il y a plus, le siège de ces maladies est toujours en dehors des membres, parce que l’épiderme et la peau ont plus d’épaisseur dans ce point. De là aussi la fréquence du psoriasis palmaire et du psoriasis plantaire. Cette circonstance si frappante ne détruit-elle pas à elle seule l’hypothèse des anatomistes modernes, qui considèrent l’épiderme comme un corps mort, comme une matière coagulable, inerte et rien déplus?
Par contre, toute peau fine sera le siège des lichens, et ceux-ci se développeront sur les parties du corps où la peau a moins d’épaisseur, où elle jouit de plus de sensibilité.
Coloration. — Plus la peau est blanche, moins elle est disposée aux maladies cutanées qui se dessinent par des anomalies dans la matière colorante : ainsi les pityriasis versicolor et nigra , qui sont l’attribut de la peau colorée.
Une peau blafarde, opaline, est une peau essentiellement sécrétante de sa nature, en même temps qu’elle est plus chargée de follicules sébacés ou qu’elle est le siège du plus grand développement de ces follicules. C’est aussi sur cette sorte de peau que se montrent les acné rosacea, indurata , punctata , sebacea.
Sécrétion. — Toute peau dont la sérétion huileuse est abondante ne saurait jamais être atteinte d’une affection squameuse.
Si la sécrétion de la sueur aqueuse est considérable, alors se maintiennent fréquemment les affections vésiculeuses, eczéma , herpès de toute sorte, ainsi que les intertrigo qui proviennent presque toujours de la sueur devenue alcaline, et par cela même irritante, puisque la sueur est naturellement acide.
Vx THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
Un excès de sensibilité de la peau prédispose aux maladies lichénoïdes ou avec démangeaison.
Enfin les plicatures de la peau ont une grande influence, soit sur la durée, soit sur la forme de certaines affections cutanées. Elles engendrent les crevasses dans les psoriasis palmaires et plantaires; elles changent l’aspect des ichthvoses brunes qui ont généralement leur siège aux articulations; elles s’opposent à la guérison des intertrigos , et particulièrement de ceux qui ont pour élément la scrofule ou au moins le tempérament lymphatique.
Avant de traiter de la thérapeutique générale, il est une question préalable qu’il faut résoudre , c’est la suivànte : Existe-t-il des maladies quil faut savoir respecter , ou dont le traitement doive être reculé , dans la crainte de porter une atteinte plus ou moins grave à la santé générale?
Les maladies de la peau peuvent se montrer à tout âge; elles affectent la très jeune enfance comme l’âge le plus avancé de la vie, deux périodes de l’existence qui se touchent. Dans l’une et dans l’autre, faiblesse des organes. Pour le jeune âge, cette faiblesse tient à un accroissement encore imparfait, mais où le système sanguin jouit d’une grande activité. Pour la vieillesse, cette faiblesse résulte de l’usure des organes, et alors la vie ayant peu d’activité, la moindre perturbation portée dans son harmonie suffit pour amener un trouble grave, et compromettre ainsi la santé ; de là doivent découler les préceptes que nous allons faire connaître.
Durant l’allaitement, on voit naître sur la tête des enfants ou sur la figure, et plus rarement sur le corps, des maladies que l’on désigne vulgairement sous le nom de croûtes de lait , c’est ou un acné sébacé ( croûte sèche), ou un eczéma [achor mucifluus d’Alibert), ou un eczéma impétigineux. Des soins minutieux de propreté, les agents les plus simples, comme des cataplasmes, une pommade
très légèrement résolutive, suffisent pour faire disparaître ces affections. Alors peuvent se développer tout à coup les accidents les plus graves, soit du côté du cerveau, soit dans l’économie en général, qui mettent aussitôt la vie de l’enfant en danger, et causent parfois la mort. Et cependant il n’est que trop fréquent de voir des parents, des mères surtout, solliciter le médecin pour faire disparaître ce qu’ils regardent comme pouvant imprimer une tache à la beauté de leur enfant. Il faut que le médecin sache respecter ces maladies, qu’il fasse entrevoir tous les dangers d’une guérison et qu’il résiste aux obsessions, fussent-elles les plus impérieuses, par cela même qu’elles sont compromettantes. Le temps, dans la généralité des cas, fera justice du mal, ou si la maladie ne guérit pas par le bénéfice de l’âge, le médecin obtiendra une guérison facile et non dangereuse lorsque le développement de l’enfant aura pris assez d’accroissement.
Toutefois il ne faudrait pas pousser trop loin ce conseil, et aller jusqu’à attendre l’époque de la menstruation pour les jeunes filles, leur mariage ou leur grossesse, ainsi que le conseillent quelques praticiens: c’est là une exagération trop souvent préjudiciable; mais il suffit d’attendre l’âge de six, sept ou huit ans pour agir. Il y a plus, il est des eczémas impétigineux chroniques, plus ou moins circonscrits de la tête, qui forment des croûtes tenaces, adhérentes aux cheveux, ne tombant qu’à des intervalles très éloignés; et comme ces croûtes s’accroissent sur la surface du cuir chevelu, comme elles ont pris point d’appui sur elle au milieu des cheveux avec lesquels elles forment une sorte de feutre, il en résulte qu’elles compriment la peau et les bulbes pileux, et qu’elles finissent par amener une véritable alopécie. J’ai vu, il y a peu de temps, un inconvénient tout opposé. C’était une plaque d’herpès qui s’était développée sur le côté gauche du front d’un enfant de treize ans, tout près de la racine des cheveux, et qui par sa permanence avait fait croître des poils très appréciables à la vue sur toute l’étendue de l’affection. Une plaque de cheveux de 5 centimètres existait sur le front ; l’herpès circiné n’était pas d’ailleurs guéri. Nous nous sommes d’abord attaché à en arrêter les progrès, sauf à pratiquer plus tard une ou plusieurs épilations. Ici il est évident qu’il eût fallu guérir
tout d’abord pour éviter l'inconvénient que nous venons de signa» 1er. En résumé, toutes ces affections de F enfance que l’on évite de guérir dans le bas âge doivent être traitées à partir de l’âge de neuf à dix ans, c’est-à-dire à une époque où l’organisation de l’enfance permet l’emploi de médicaments sans nuire à la santé. Il y a faute à différer le traitement et à compter sur l’avenir.
Les maladies de la vieillesse réclament souvent de grandes précautions dans leur thérapeutique, et quelquefois l’abstention lapins absolue de toute médication. A cet égard, c’est l’âge d’une part, l’état sain ou maladif d’un des organes de l’économie qui doivent être les règles du traitement. Mais dans ces maladies, il faut établir des distinctions. Les unes, comme le purpura , le scorbut , le rupia , doivent être traitées quand même. Elles sont une conséquence d’un état, général du sang que l’on a intérêt à faire cesser, parce que la maladie de la peau n’en est qu’un reflet, et que cet état du sang influence d’une manière fâcheuse toute l’économie. Mais il n’en est plus de même du prurigo général et de la maladie pédiculaire , comme aussi d’un prurigo local ou d’une plaque d’eczéma localisée. On ne saurait prendre trop de précautions pour diminuer la démangeaison que procure ces maladies, ou la sécrétion légère que l’une d’elles amène. Dans ces états morbides, la santé générale est parfaite, l’appétit est augmenté, les forces sont plus grandes. Tout ce bien-être disparaît si la maladie est guérie. Aussi lorsqu’on cherche à opérer cette guérison, lorsque des raisons toutes spéciales y conduisent, faut-il employer des moyens qui tous tendent à faire fonctionner la peau.
Restent les maladies qui se développent entre ces deux périodes extrêmes de la vie. Le médecin est naturellement conduit à chercher les moyens de les guérir; toutefois il ne doit jamais perdre de vue l’état général du malade et ses antécédents. Il faut qu’il interroge son passé comme son présent , qu’il pèse les inconvénients qui pourraient résulter d’une suppression de maladie cutanée, car elles peuvent se relier avec toutes les autres affections. Ainsi je fus consulté pour une demoiselle jeune encore, c’est-à-dire de trente ans environ, et qui avait un acné à la ligure depuis plusieurs années. La faiblesse de l’intelligence me frappa tout d’abord , et je ne tardai
pas à apprendre qu’elle avait donné les signes d’une aliénation passagère. Je m’opposai à tout traitement, je résistai à fournir toute indication qui aurait pu la débarrasser de cette maladie. J’ai déjà cité un exemple de prurigo de l’anus dont la guérison fut suivie des accidents les plus compromettants. On trouvera surtout dans les auteurs anciens de nombreux faits plus ou moins analogues.
Une seconde question préliminaire à résoudre est celle de savoir s’il convient d’ appliquer un traitement purement externe aux maladies de causes externes , ou au moins réputées telles. Ici trois ordres de maladies, celles qui résultent uniquement du contact peu prolongé de matières reconnues irritantes et caustiques de leur nature; celles qui se rattachent à une profession exercée depuis un temps plus ou moins long ; enfin celles dans lesquelles on trouve des productions végétales ou animales que l’on considère comme ayant été transmises d’individu à individu, ou par l’intermédiaire d’un milieu tel que l’air.
La première catégorie de maladies ne saurait faire question. Ce sont des affections purement locales nées sous l’influence de causes directes et de nature connue. Il n’en est pas de même de la seconde. S’il est vrai, par exemple, que la gale des épiciers soit très commune chez ceux qui exercent cette profession , il faut autre chose que la profession pour la faire naître, sans quoi tous les épiciers auraient cette maladie. Il faut donc un terrain, un sol propice, comme le disent les naturalistes, ce qui peut se traduire en médecine par une prédisposition née d’une organisation, d’un tempérament donné. D’où la conséquence que si le traitement est plus externe que dans une autre affection qui n’est pas survenue dans de semblables conditions, il n’est pas indifférent de combattre la prédisposition morbide lorsqu’on peut l’atteindre. Et il faut bien le dire afin de combattre les tendances trop marquées du jour, ce raisonnement peut et doit s’appliquer à toutes les affections dans lesquelles il se développe ou dans lesquelles existent des parasites végétaux ou animaux. Si dix enfants sont en contact avec les spores du cryptogame de la teigne, il n’y en aura peut-être qu’un chez lequel la germination s’opérera ; ainsi de suite pour les maladies parasitaires.
Les micrographes ont bien soin, pour expliquer la contagion dans un cas, la non -contagion dans un autre, de se retrancher dans ces deux conditions, à savoir : 1° que s’il n’y a pas eu contact, l’affection a été produite par des spores transmises par l’air ; ?° si une maladie parasitaire n’est pas transmise d’un individu à un autre, c’est que chez cet autre le sol, le tissu n’était pas favorable à la germination. Ce sont, il faut le dire en passant, des hypothèses derrière lesquelles ils se retranchent pour expliquer les faits, et derrière lesquelles aussi ils sont invulnérables. Que répondre, en effet, à de pareilles explications? Mais voici venir après ces explications une conséquence pratique que nous voulons combattre, à savoir, que du moment qu’un parasite quelconque est constaté par le microscope dans une maladie, il suffit de détruire le parasite pour voir guérir l’affection? De sorte ceu’il n’y a plus à se préoccuper de la cause qui a fait naître ce parasite, ni de celle en vertu de laquelle il a pu germer sur les parties affectées. Ils ne sont donc plus conséquents avec eux-mêmes; car s’il faut un sol spécial pour favoriser la germination d’un cryptogame, et si, comme l’admettent les micrographes, ce sol doit être malade, il semble naturel en saine pathologie que le médecin traitant s’occupe de deux choses, la destruction du parasite, et celle de la cause qui, en rendant la partie affectée malade, a ainsi favorisé le développement du cryptogame. Eh bien , les idées que je cherche à combattre prennent tous les jours de l’extension ; elles sont acceptées avec faveur par les jeunes médecins et les élèves, comme tout ce qui est simple de raisonnement et comme tout ce qui mène à une pratique facile. C’est là un leurre , et je n’hésite pas à employer cette expression. (Voy. les art. Teigne, Pityriasis versicolor, Herpès.)
Hâtons-nous d’ajouter qu’en présence d’une maladie tout externe, le médecin doit diriger les trois quarts du traitement sur cette cause, et qu’une fois le malade guéri, il doit l’engager à se soustraire de nouveau à la cause première et permanente qui a déterminé le développement de son affection.
Maintenant dans les autres maladies il y a toujours deux ordres de causes: des causes prédisposantes et des causes déterminantes. Le médecin doit donc dans sa thérapeutique se préoccuper : 1° de
a maladie en elle-même et des phénomènes généraux qu’elle développe ; 2° de la cause qui Fa fait naître.
Relativement à la cause morbide, en pratique, la cause déterminante a cessé d’être dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des cas, lorsque la maladie est développée; et s’il n’y a plus lieu de combattre cette cause, au moins faut-il en tenir compte en raison de ses effets sthéniques ou asthéniques. Quant à la cause prédisposante, il est bien rare que l’on puisse l’attaquer dès l’abord, lorsqu’il s’agit d’une maladie aiguë; mais on le fait presque toujours dès le moment où l’on traite le malade, quand il s’agit d’une affection chronique. Ces principes, qui nous paraissent avoir reçu la sanction de l’expérience de tous ies temps, sont tout à fait applicables aux maladies de la peau. C’est, il faut le dire, pour ne pas les avoir observés, que bon nombre de praticiens ont aggravé ou aggravent des affections cutanées à l’état aigu par l’administration intempestive de dépuratifs, d’antiscorbutiques, de sulfureux, moyens qui ne sont propres qu’à combattre la cause éloignée de ces maladies ; ils les auraient guéries avec ces mêmes agents s’ils avaient été mis en usage après l’emploi préalable des antiphlogistiques. Nous sommes et nous serons toujours des premiers à dire: 11 faut attaquer la cause des maladies de la peau pour les guérir, si on le peut, à tout jamais ; mais il faut établir une distinction très tranchée entre la cause déterminante et la cause prédisposante. Qu’est-ce qu’une cause déterminante? C’est un refroidissement, une suppression de transpiration, un exercice violent, un grattage de la peau, etc. Cette cause, elle va développer une maladie à forme plus ou moins aiguë, en raison de son intensité même, et en raison du tempérament et de la constitution du sujet. L’état aigu se montre-t-il au début de la maladie , commençons par le faire tomber à l’aide d’une émission sanguine, si le sujet s’y prête et si l’état morbide de la peau est très intense : telle est aussi la doctrine de M. Rayer, qui, le premier parmi les dermatologistes, n’a pas hésité à propager ces idées.
Ce n’est pas seulement par les émissions sanguines que l’on combat un état inflammatoire de la peau ; les émissions sanguines dans ces maladies sont l’exception et non pas la règle : c’est au moyen du repos et des émollients à l’extérieur ; de la cessation des occupa-
lions; d’une diminution dans les aliments; de l’usage des viandes blanches et des légumes, chez des sujets même qui conservent habituellement tout leur appétit; il faut entrer ensuite dans la voie des résolutifs, et au besoin dans l’emploi de modificateurs propres à changer le mode de vitalité des tissus malades : de là un ensemble de moyens qui constitue à nos yeux ce que nous désignons sous le nom de médication antiphlogistique. Nous la détaillerons ci-après, et nous la diviserons en quatre catégories d’agents, applicables à l’état aigu, stationnaire ou décroissant de l’affection cutanée.
Dans la période décroissante, le praticien, prenant en considération la nature de la cause prédisposante, administrera à l’intérieur des médicaments qui seront appropriés à celle-ci et qui devront varier comme la cause elle-même; de là les médications sulfureuse , iodée , ferrugineuse , alcaline , acide , mercurielle , arsenicale, qui seront exposées d’une manière générale, mais aussi complètement que possible.
Reste une grande série de causes qui se rattachent à un état morbide acquis et dont l’affection de la peau n’est qu’un reflet, de sorte qu’en guérissant la maladie interne, la maladie de la peau disparaît souvent seule ou à l’aide de quelques agents locaux de peu d’importance. Sous ce rapport, nous ne saurions trop appeler l’attention des médecins sur la liaison des affections cutanées avec les gastralgies et les entéralgies, les gastralgies surtout. En ne tenant pas compte de l’organe interne souffrant, on peut bien, dans ces sortes de cas, à l’aide de certains moyens locaux appropriés, faire disparaître l’affection cutanée; mais cette guérison n’est qu’éphémère, et très pett de temps après la cessation des soins, la maladie reparît avec tout autant d’intensité.
D’où résulte cette conséquence, que plus encore peut-être que dans les autres maladies le médecin dermatologiste doit interroger tous les organes du malade avant de prescrire un traitement. Il faut qu’il le questionne sur tous ses antécédents, non-seulement au point de vue de la cause morbide, mais encore à celui de la question de savoir si la maladie cutanée doit être traitée, avec quelle rapidité il faut la traiter, quel genre de moyens doit être mis en usage.
Comme on le voit, la thérapeutique des maladies cutanées est loin de devoir être empirique; nul n’est praticien dermatologiste, s’il n’est essentiellement médecin.
Il ne s’ensuit pas qu’il n’y ait un certain empirisme en dermatologie comme dans toute autre branche de l’art de guérir : à quoi serviraient l’expérience et la pratique médicale, si elles n’apprenaient qu’il est des médicaments qui guérissent plus rapidement et plus complètement que d’autres ? Cet empirisme existe pour toutes les maladies, l’émétique dans la pneumonie, les purgatifs dans la fièvre typhoïde, l’opium dans les névroses, etc., etc. Nous reconnaissons donc avec les médecins qui nous ont précédé la valeur des médications empiriques, et nous plaçons à leur tête les médications arsenicales et antimoniale, celle par la teinture de cantharides, etc. ; nous aurons le soin de les faire connaître indépendamment des autres médications générales.
Mais un fait sur lequel nous tenons à appeler l’attention, c’est la conséquence des principes généraux que nous avons posés à l’égard des causes ; à savoir, que telle ou telle forme morbide est presque toujours liée avec tel ou tel tempérament, et que tel ou tel tempérament réclame telle ou telle médication: c’est là la base de notre thérapeutique. Ces idées neuves et d’une application importante au traitement des maladies de la peau , que nous avons émises depuis longtemps, justifieront les détails dans lesquels nous allons entrer pour chacune des médications qu’il nous faut exposer dans leur ensemble, et auxquelles nous renverrons fréquemment le lecteur dans le cours de cet ouvrage. Cette exposition d’ensemble nous épargnera d’ailleurs bien des redites, car nous n’aurons plus qu’à faire connaître pour chaque maladie les moyens particuliers qu’elle réclame.
La manière dont nous exposons chacune de ces médications est telle qu’il ne s’agit pas de simples formules, mais que nous cherchons à rattacher l’ensemble de moyens à tel ou tel degré morbide. Nous nous sommes demandé s’il ne serait pas plus convenable de reporter leur histoire après la description de toutes les affections cutanées; mais nous avons tenu à donner au commencement de cet ouvrage un ensemble de pathologie et de thérapeutique générales
qui se iient et s’enchaînent, afin d’en faire le préliminaire oblige de l’étude spéciale des maladies de la peau.
Nous avons cherché à démontrer que, considérées dans leurs causes générales, dans leur marche, dans leur terminaison, les affections de la peau ne sont pas aussi radicalement différentes des autres maladies qu’on le croit généralement. Mais c’est surtout ]a thérapeutique qui fait connaître la nature d’une maladie : Naturam morborum curationes ostendunt. Or, ici encore, on peut se convaincre que les affections cutanées rentrent dans le cadre nosologique général .
Dans les maladies de la peau, comme dans les autres maladies, l’inflammation doit être envisagée, au point de vue thérapeutique, dans sa période aiguë, dans sa période stationnaire et dans sa période décroissante. A ces trois états différents correspondent divers ordres de moyens. L’état aigu doit toujours être combattu par les antiphlogistiques proprement dits ; à l’état stationnaire s’adressent les résolutifs faibles, les dérivatifs ; et à la période décroissante, les résolutifs puissants, les révulsifs et les agents perturbateurs ou modificateurs, que nous regardons, contrairement aux habitudes classiques, comme faisant partie de la méthode antiphlogistique, puisque leur emploi a pour objet de terminer le traitement de l’inflammation.
1° Médication antiphlogistique pure.
Les agents sont internes et externes. Les premiers comprennent les tisanes émollientes, acidulés, etc. ; les seconds sont la saignée, les sangsues, les applications émollientes locales, etc.
Saignées. — Toutes les fois qu’une maladie de peau débute brusquement et s’accompagne de symptômes de pléthore et de congestion, on ne doit pas hésiter à pratiquer une émission sanguine par la saignée; la guérison sera prompte et facile dans un espace de temps très court. Si, au contraire, vous négligez les émissions sanguines générales, vous verrez la maladie traîner en longueur et ne céder que difficilement aux autres moyens. C’est ainsi que devront
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE. 83
être traités y eczéma, Yecthyma , Y impétigo dans leur période aiguë, et même certains pemphigus franchement inflammatoires. Les tisanes rafraîchissantes et le régine hygiénique complètent souvent le traitement.
Sangsues. — Les sangsues ne doivent jamais ou presque jamais être employées dans les maladies sécrétantes de la peau. La sangsue, en effet, agit de deux manières : par la perte de sang qu’elle occasionne et par L irritation que produit la piqûre. Or celle-ci provoque presque toujours l’apparition de la maladie cutanée dans le lieu même où elle a été opérée. G est assez dire que nous proscrivons les sangsues autour de la partie malade ; tout au plus peut-on les autoriser à l’anus, ou très loin du lieu où existe l’affection cutanée. Elles agissent donc en partie à l’instar de ces vésicatoires que quelques médecins prescrivent pour détourner et détruire les sécrétions purulentes, et autour desquels on voit bientôt se développer l’affection même que l’on a voulu combattre.
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Applications locales. — Elles sont aqueuses, mucilagineuses, amylacées, graisseuses, réfrigérantes, ou sous forme de bains
locaux.
Lotions. — On fait les lotions avec les eaux de sureau, de son,
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de guimauve, de graine de lin, etc. On les étend à des applications permanentes dans quelques cas, et l’eau seule en compresses peut, dans beaucoup de circonstances, rendre de grands services, notamment dans les eczémas et les eczémas impétigineux aigus.
Irrigations. — On ne doit presque jamais les mettre en usage en hiver, dans la crainte de provoquer une répercussion de la maladie cutanée et le développement consécutif d’une affection interne.
En été, ce danger n’est pas à craindre. Pour les appliquer, on place à un mètre environ au-dessus du lit un vase contenant de
l’eau ; le fond est percé d’une ouverture à laquelle s’ajuste un robinet qui se continue par une bande de linge qu’on divise à sa partie inférieure en deux lanières ; ces lanières sont étendues sur les
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jambes ou sur les bras malades, seules parties qu’on soumette aux irrigations. On les continue pendant une, deux, trois heures, une fois ou même deux fois par jour. C’est par ce moyen, que nous avons employé le premier, qu’on voit tomber en quinze jours ou
trois semaines Y eczema rubrum, si rebelle aux traitements ordinaires.
Mucilagineux . — Ce sont des compresses trempées dans la décoction de graine de lin, ou des cataplasmes. Généralement la peau se trouve très mal des cataplasmes faits avec la farine de graine de lin ; c’est là un fait d’observation. Aussi la remplace-t-on avec avantage par la fécule de pomme de terre ou la farine de riz. La fécule renferme souvent, quand elle n’est pas bien lavée, un principe âcre qui peut quelquefois augmenter l’irritation cutanée. La farine de riz ne présente pas cet inconvénient ; les cataplasmes faits avec cette substance sont, de tous, les meilleurs, mais leur prix plus élevé ne les met pas à la portée de tout le monde.
Un fait assez singulier, mais que nous observons constamment, c’est que, suivant les individus, la même maladie se trouve bien ou mal des cataplasmes. L’eczéma, par exemple, sera guéri chez l’un par ce moyen, tandis qu’à côté on verra la même maladie, dans des conditions tout à fait identiques, exaspérée par son application.
Ce fâcheux effet des cataplasmes sera annoncé par l’augmentation de la sécrétion et des démangeaisons, et par l’extension de la maladie en surface ; supprimez-les alors, et avec eux toute espèce d’application aqueuse, pour en venir aux poudres, aux fécules sèches ou aux corps gras, alors l’inflammation décroîtra comme par enchantement. Il est des affections qui ne peuvent supporter que des poudres, ainsi l’ herpès phlycténoïde, le zone, 1 e. pemphigus, \erupia; elles sont aggravées par tout autre agent. Il en est de même des érysipèles et des érythèmes. Pour citer un fait observé de tout le monde et qui vienne à l’appui de nos assertions, il suffit de rappeler ce que tout praticien a pu remarquer, à savoir : qu’un cataplasme de farine de graine de lin peut faire naître en sept ou huit heures un érythème sur la peau saine de certaines personnes. D’où, en résumé, la conséquence que, dans une affection cutanée qui exige l’emploi des émollients, le médecin ne saura dire à première vue si les cataplasmes, les lotions ou les poudres pourront être efficaces ; il faut nécessairement qu’il en fasse l’essai.
Graisses. — U en est de plusieurs espèces: le suif, la graisse de porc, le saindoux, le cold-cream , la glycérine. Le suif est pour certaines éruptions le médicament par excellence. Le contact de l’air, en
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
effet, a une grande influence sur beaucoup d’entre elles ; s’il est nécessaire à quelques maladies, il est très nuisible à d’autres. Il en résulte qu’indépendamment de sa nature l’agent qui abritera le mieux la peau du contact de l’air produira l’effet le plus salutaire sur beaucoup de maladies cutanées, en évitant ce contact le plus souvent défavorable; il faut en excepter les maladies du cuir chevelu. Or le plus dense de ces corps gras est le suif. Les onctions de suif produisent merveille sur le lichen, et en général sur les affections squameuses. Le saindoux est moins dense que le suif, mais c’est néanmoins une bonne graisse. Dans la forme aiguë du pityriasis rubra , du psoriasis aigu , du lichen , les onctions sur toutes les surfaces malades avec le saindoux font cesser presque subitement les démangeaisons et favorisent ainsi singulièrement la guérison. En effet, le grattage, en activant l’irritation cutanée qui le provoque, détermine l’extension continuelle de la maladie.
Lecold-cream, formé d’un mélange de blanc de baleine et d’huile d’amandes douces, quoique moins dense et par suite moins efficace que les graisses précédentes, est cependant très avantageux dans les éruptions qui siègent à la figure, surtout chez les dames, à cause de l’absence de toute mauvaise odeur ; mais on doit recommander aux malades de faire usage du cold-cream simple, et non de celui que vendent la plupart des parfumeurs, qui y ajoutent des substances plus ou moins irritantes , et quelquefois même de l’extrait de Saturne ou du sublimé.
On a beaucoup préconisé dans ces derniers temps un corps gras déjà essayé depuis une dizaine d’années en Angleterre, où il avait eu peu de faveur : je veux parler de la glycérine. 11 y a quelques mois, tout était à la glycérine, pansements, applications locales, etc. On préconisait déjà des pommades avec cet agent, et l’axonge allait être détrôné, voire même Y huile cle foie de morue ! J’ai employé la glycérine sur une grande échelle ; j’en ai fait connaître les effets dans le Bulletin de thérapeutique pour le mois de mars de cette année. Ce corps gras se produit toutes les fois qu’on saponifie des graisses ; mais on ne l’obtient pur que de la saponification des graisses par la litharge. Or il est assez difficile de la préparer de cette manière pour les besoins du commerce; et comme c’est un des résidus des fabri-
([lies de savon, c’est là où la droguerie va le chercher. Cette huile contient des sels, des alcalis; on la purifie au moyen de l’acide sulfurique, qu’on y laisse généralement en excès, tout en ne la débarrassant pas complètement des sels qu’elle renferme. 11 en résulte une huile qui n’est jamais pure, et dont l’altération varie infiniment dans le commerce, au point qu’on ne sait jamais sur quel produit compter.
Cependant c’est un corps gras qui, en vertu de ses propriétés très liquides et de la faculté qu’il a d’absorber l’humidité de l’air, ainsi que d’être légèrement résolutif, peut être employé avec avantage dans certains cas, et qui doit être repoussé dans d’autres. 11 entretient une humidité permanente; il abrite peu les surfaces malades du contact de l’air. Les linges sont très difficiles à laver. (Voyez pour chaque cas en particulier l’eczéma , le lichen , le pemphigus, le psoriasis.) Là où elle réussit le mieux, c’est dans l’eczéma chronique.
Poudres. — L’amidon de blé est la poudre émolliente par excellence. On sait qu’en chirurgie on parvient souvent à enrayer les érysipèles traumatiques en les saupoudrant d’amidon. Quant à la manière de l’employer, ce ne sont pas des couches épaisses qu’il faut entasser sur l’éruption ; on doit se contenter de la saupoudrer. Une quantité considérable d’amidon formerait bientôt, par l’absorption des liquides sécrétés, une pâte qui, en se desséchant, donnerait lieu à des croûtes étendues; ces croûtes produiraient le resserrement, la crispation de la peau, et par suite s’opposeraient à une utile sécrétion. La poudre de riz offre les mêmes avantages.
Emollients réfrigérants. — Ici se présentent l’eau en lotions, les compresses ou les irrigations, l’eau vinaigrée ; nous en avons déjà fiarlé. Mais, avec l’éther et le chloroforme, on compose des pommades qui amènent les meilleurs résultats. (Voy. Formulaire .)
Les démangeaisons de l’eczéma, du lichen, sont calmées par la réfrigération salutaire que produit le chloroforme en se volatilisant sous l’influence delà chaleur cutanée. On pourrait employer l’éther de la même manière. A défaut de ces substances, 2 à 3 grammes de vinaigre incorporés à 30 grammes d’axonge peuvent amener la sédation.
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
Bains locaux. — Ils sont rarement employés dans les maladies de la peau. C’est qu’en effet le malade est presque toujours obligé de tenir pendant longtemps le membre baigné dans une position déclive qui favorise l’afflux et la stase du sang; de là presque toujours accroissement de l’inflammation cutanée. Il est cependant un cas où ces bains sont utiles : c’est dans le psoriasis palmaire. Je prescris alors avec grand avantage des bains d’eau de vaisselle ; les eaux de lavage les plus grasses sont aussi les plus favorables. Ces bains, l’observation le démontre, produisent dans ces cas des effets merveilleux. On emploie aussi dans le même but, mais peut-être avec un peu moins de succès, de l’eau dans laquelle on a fait bouillir des tripes.
Bains généraux. — Ce sont les bains gélatineux, ceux d’amidon et de son. 11 faut au moins 500 grammes d’amidon pour un bain (voyez Formulaire , Bains). Une précaution qu’on doit prendre, c’est de mêler d’abord l’amidon avec de l’eau froide, puis de porter le mélange à l’ébullition avant de le jeter dans la baignoire, sans cela la vésicule amylacée qui renferme le principe mucilagineux ne s’ouvrirait pas, et, au lieu d’un bain émollient, on aurait un bain d’eau simple avec des grains de fécule au fond de la baignoire.
11 faut pareillement 500 grammes de gélatine pour un bain gélatineux, qu’on prépare de la manière suivante :
La veille, ou trois ou quatre heures avant le bain, on place dans un vase quelconque la gélatine avec de l’eau bouillante ; avec cette précaution, quand on voudra prendre le bain, on trouvera la gélatine sous forme de gelée molle, qui se dissoudra dans l’eau du bain avec la plus grande facilité.
Quant aux bains de son, il faut en mettre une grande quantité si l’on veut qu’ils acquièrent des propriétés émollientes.
Bains de vapeurs. — Voyez article Bains en genékal.
2° Médication résolutive .
Ses moyens d’action sont locaux, car il n’existe pas de médication résolutive interne, à moins qu’on ne considère comme telle celle cfui a pour base quelques astringents, la décoction de feuilles
de noyer, Forme pyramidal, quelques gommes astringentes, etc., mais peu employées d’ailleurs.
Les médicaments résolutifs sont généralement empruntés aux agents de la médication irritante, et ce n’est qu’en les étendant dans des excipients qu’on leur communique des propriétés résolutives.
L’extrait de Saturne, par exemple, s’il est appliqué seul, provoquera le développement d’un état inflammatoire ; étendu d’eau, au contraire, il deviendra résolutif. Il en est de même de l’alcool camphré et des eaux dites vulnéraires. — Les excipients ordinaires sont l’eau, la graisse et les poudres.
Résolutifs aqueux. — Il est trois substances résolutives que nous employons de préférence en dissolution dans l’eau : le sous-acétate de plomb , Y alun, le sublimé.
L’expérience nous a démontré que généralement la dissolution de sous-acétate de plomb ne doit pas dépasser 1/3 00e de son poids d’eau, si l’on ne veut pas qu’il cesse d’être résolutif. On devra commencer par une dissolution à i /400e pour arriver graduellement à 1 /300e.
Pour l’alun, on peut débuter par une dissolution au 300e, en augmentant jusqu’à 1 /200e et même à 1 /150e. L’action de l’alun n’est pas identique avec celle de l’extrait de Saturne. En quoi consiste la différence? On l’ignore ; mais l’expérience prouve tous les jours que certaines maladies se trouvent mieux de l’une que de l’autre de ces substances : c’est par des essais, des tâtonnements qu’on découvre cette idiosyncrasie cutanée.
Le sublimé est la plus résolutive des trois substances ; mais il est plus excitant que les autres, aussi on débutera par une dissolution à 1/1 500e : 1 gramme de bichlorure d’hydrargyre, par exemple, pour 1499 grammes d’eau, en recommandant au malade de dissoudre le sublimé à l’eau bouillante , car cette substance est peu soluble dans l’eau froide. P>eaucoup de pharmaciens, pour se dispenser de la faire bouillir, se servent d’alcool pour en opérer la dissolution: mais certaines maladies de la peau supportent très mal l’alcool; en outre, si l’esprit-de-vin a été mis en quantité notable, on a un mélange d’alcool et d’eau dans lequel l’alcool ne tarde pas à se volatiliser ; la dissolution de sublimé en
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE .
devient, plus concentrée, nouvelle cause d’irritation. Nous avons dit qu’il fallait commencer par 1/1 500e; mais souvent on s’apercevra même que cette dose est trop forte, et il faudra descendre à 1 /2000e , à 1/30006. Pour employer ces solutions, on en imbibe des compresses qu’on applique sur les régions de la peau où siège l’affection. Or il est des malades qui humectent à chaque instant leurs compresses. Qu’arrive- t-il ? Ces linges, desséchés par l’évaporation de l’eau seule, retiennent une certaine quantité de sublimé, et si on les retrempe dans la dissolution à 1/1 500e, je suppose, ils se trouveront en réalité imbibés d’une dissolution à 1 /1 450e; une seconde imbibition augmentera encore la dose proportionnelle du sublimé : en sorte que, si la même compresse est employée de cette façon plusieurs jours de suite, elle se trouvera, vers la fin, chargée d’une énorme proportion de bichlorure. Il faut donc avoir soin que le malade ne retrempe sa compresse que deux ou trois fois par jour au plus et qu’il en change le lendemain, ou bien qu’on lui lave celle de la veille. Cette précaution est de la plus haute importance, et c’est pour l’avoir omise qu’on a souvent eu des insuccès et même des aggravations de la maladie. Un eczéma, par exemple, est à sa période décroissante; on s’est bien trouvé de l’alun, mais il ne suffit plus; on veut essayer le sublimé, et l’on voit augmenter le mal, bien qu’on ait débuté par une dissolution faible : la cause n’en est autre que la négligence de la précaution dont je viens de parler.
Il est un autre résolutif susceptible d’être employé en dissolution dans l’eau, qu’on regarde comme très puissant: c’est le chlorhydrate d’ammoniaque. Je le mets peu en usage ; et cependant son efficacité s’est révélée souvent dans la résolution des, tumeurs, des en-' gorgements: il agit d’une manière analogue à l’alun.
Résolutifs graisseux. — Comme on sera souvent obligé de les épuiser tous avant d’obtenir un résultat avantageux, il faut débuter par les plus doux.
Le tannin doit être mis en tête sous ce rapport. Malgré sa bénignité, on fera bien néanmoins de ne pas employer tout d’abord la formule qui se trouve dans la plupart des livres: tannin, k grammes; axonge, 30. Cette pommade est trop active, et ne doit venir qu’après un usage de quelque temps. C’est, du reste, une remar-
que qui s’applique à tous les médicaments. Si l’on débute par la dose moxima , le médicament ne sera pas toléré, ou bien l’économie s’y habituera, et alors il ne produira bientôt plus d’effet. Toutes les fois qu’un remède doit être longtemps continué, il faut procéder par doses graduellement croissantes. C’est ainsi que pour le tannin on débutera par 1 gramme pour 30 d’axonge, puis 2, 3, et l’on dépassera rarement cette dose. J’associe à cette pommade de 15 à 25 centigrammes de camphre, mais pas davantage, et j’ai soin de recommander au pharmacien de dissoudre le camphre dans quelques gouttes d’alcool avant son incorporation ; sans cela il se mêlerait imparfaitement à l’axonge.
Oxyde de zinc. — Comme pour le tannin, la dose des formulaires est trop forte. Ne l’employez jamais au delà de 1, 2 ou 3 grammes pour 30 d’axonge, et ajoutez une petite quantité de chloroforme ou de camphre. Quelques praticiens font usage du cérat calaminaire, qui est formé d’oxyde de zinc naturel; il est moins actif que l’oxyde artificiel. C’est, du reste, ce qui a lieu pour la plupart des produits chimiques; ceux que fournit la nature ont toujours une activité moindre que ceux qui sont le produit de l’art: le sulfure d’arsenic naturel , par exemple , est inerte, tandis que le sulfure artificiel est doué d’une grande activité. Appliquant cette remarque à la calamine, nous en concluons qu’on peut l’employer au début à la dose de 3 à à grammes.
Protosulfate de fer. — J’ai introduit dans la thérapeutique des maladies de la peau (voy. Bulletin de thérapeutique , janvier 1855) un nouveau résolutif qui me donne les résultats les plus favorables: c’est le protosulfate de fer, vitriol vert. Après l’avoir lavé et dissous à l’aide de quelques gouttes d’eau, on l’incorpore à l’axonge à la dose de 5 décigrammes à 1 gramme pour 30 grammes d’axonge. (Voy. Eczéma.)
Camphre. — C’est un résolutif puissant, et qui, dans les maladies de la peau, a l’avantage d’éteindre les démangeaisons. C’est pour cela que nous l’associons presque toujours aux pommades de tannin et d oxyde de zinc. Si l’on voulait formuler une pommade au camphre seul, on en mettrait de 35 à 75 centigrammes pour 30 grammes d’axonge.
Chloroforme. — Il est employé avec avantage dans les maladies de la peau, pour la propriété qu’il a, comme le camphre et plus que lui, d’éteindre les démangeaisons. Quoi qu’il en soit, la dose est de 1 à 3 grammes pour 30 d’axonge.
Huile de cade. — Pour compléter l’histoire des corps gras, nous devons dire un mot de l’huile de cade préconisée par M. Serre, d’Alais. C'est une huile empyreumatique obtenue par la distillation du genévrier. Je l’ai employée sur une grande échelle (voy. Bulletin de thérapeutique) , comparativement à l’huile distillée de goudron, et j’ai obtenu des succès de l’une et de l’autre; cependant je donne la préférence à l’huile de cade , pourvu toutefois qu’elle soit pure.
Dans mes expériences, j’ai toujours procédé du simple au composé. J’ai commencé par de petites doses, en augmentant graduellement ; mais j’ai bien vite reconnu qu’à haute dose l’huile de cade accroît l’intensité de la maladie cutanée , loin de l’améliorer.
A ce propos, je citerai l’observation suivante. Il s’agit d’une jeune fille que j’avais presque guérie d’un impétigo de la tête, et que j’avais envoyée dans le midi de la France pour y fortifier sa constitution. Le médecin qui lui donna des soins, dans le but d’assurer la guérison, crut devoir appliquer sur la tête de grandes quantités d’huile de cade, et la maladie reprit bientôt une nouvelle intensité. La jeune fille me fut ramenée à la période décroissante de la maladie ; je recommençai, mais à faible dose, l’usage de l’huile de cade, et la malade fut définitivement guérie.
Voici la meilleure manière d’employer cette huile.
On en étend une couche sur toute la surface malade à l’aide d’un pinceau de charpie; puis, avec du coton sec, on enlève tout l’excédant de l’huile autant qu’on le peut, sans frotter néanmoins la peau : celle-ci reste légèrement colorée, et cette onction si superficielle suffit pour obtenir un bon résultat.
L’effet de l’huile de cade sera d’autant plus salutaire, que la maladie se sera mieux trouvée de l’usage des graisses. Si les poudres ont été mieux supportées, l’huile de cade comptera moins de succès. Ajoutons, malgré l’opinion contraire de M. Serre, qui l’emploie à
THERAPEUTIQUE GENERALE.
toutes les périodes de la maladie, que c’est seulement à la dernière période, lorsque l’eczéma ne fournit que des squames, et pour faire disparaître cet état écailleux qu’il laisse quelquefois à sa suite, qu’il me paraît convenable de la mettre en usage. M. Serre recommande encore de l’appliquer tous les jours, je n’en renouvelle l’application que tous les deux ou trois jours. Chaque application, en effet, est suivie d’un sentiment de chaleur, de cuisson, d’une irritation dont la durée n’est, il est vrai, que de dix minutes à un quart d’heure, mais qu’il importe néanmoins de ne pas provoquer trop fréquemment. On doit en outre s’abstenir de toute médication externe pendant les douze heures qui suivent une onction avec l’huile de cade.
Poudres résolutives. — Il est des maladies cutanées qui ne se trouvent bien ni des résolutifs liquides, ni des graisses. Ces affections font le désespoir du médecin, car il est difficile de composer des résolutifs pulvérulents. Il faut bien s’y résoudre cependant, et voici les choix que nous recommanderons.
Parmi les poudres résolutives, les unes le sont de leur nature, comme le lycopode, le tan , la poudre de vieux bois ; les autres ont pour base une substance très active mitigée par une poudre inerte qui sert d’excipient. Le lycopode, dont on saupoudre avantageusement les érythèmes, si fréquents chez les nouveau-nés, sera également employé avec succès contre Y érythème, Y herpès circiné , Y eczéma des bourses , des seins , etc. La poudre de tan est moins rude, plus onctueuse que le lycopode; quand on l’a tamisée, elle est fine, impalpable. Mais ce qu’il y a encore de meilleur dans ce genre, c’est la poudre de vieux bois. Piien de mieux contre toutes ces petites érosions du prépuce, de la figure, des oreilles. Autrefois tous les pharmaciens en avaient dans leur officine, et les dames n’usaient pas d’autre poudre pour leur toilette. Aujourd’hui on ne la trouve que dans les pharmacies de date ancienne : c’est que les parfumeurs se sont emparés de la préparation de ces sortes de poudres; cependant la poudre de vieux bois ou bois de chêne vermoulu est bien préférable à tout ce que l’on a fait depuis. L’amidon et le tan mêlés à parties égales donnent une poudre résolutive excellente.
Le tannin, l’alun, l’oxyde de zinc, le sous-nitrate de bismuth, etc.,
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
forment la base de poudres résolutives plus actives. Le meilleur excipient de ces poudres, c’est l’amidon. Si ces substances ne sont pas employées seules comme poudres résolutives, c’est qu’elles sont trop énergiques et que leur contact produirait une irritation dont l’intensité croîtrait en proportion de l’étendue et de la continuité de la surface affectée, ce que l’on évite en les associant à de l’amidon.
La présence de l’amidon diminue sans doute cet inconvénient, mais elie est loin de le détruire. Quelque étendue, en effet, que soit la poudre active, il y aura toujours 100, 200, 1000 molécules, par exemple, qui agiront comme si elles étaient seules sur la partie de surface cutanée avec laquelle elles sont en rapport, et qui l’irriteront dans la proportion de leur contact. Car le mélange n’atténue l’effet immédiat de la poudre qu’en rendant les contacts moins multipliés. Voilà pourquoi il est si difficile d’avoir une poudre résolutive qui ne soit pas nuisible, l’irritation en étant presque toujours la conséquence. Aussi est-on quelquefois obligé de renoncer aux mélanges pulvérulents. Il faut donc débuter par des doses faibles, et prescrire, par exemple, i/à00e et souvent meme 1 /1000e seulement de poudre d’alun ou d’oxyde de zinc à l’amidon ; de plus il faut prendre une précaution que j’ai adoptée depuis quelques années et qui m’a été très utile : c’est non -seulement de prescrire la porphyrisation du mélange, mais encore de recommander au pharmacien de passer ces poudres mêlées quatre ou cinq fois au tamis de soie avant de les délivrer au malade.
Résolutifs généraux , ou appliqués à toute la surface cutanée. — On comprendra qu’il s’agit ici des bains. Les plus simples sont composés avec 125 à 300 et même h 00 grammes d’alun dissous dans la quantité d’eau nécessaire pour un bain ordinaire. Les malades les supportent très bien.
Les bains de sublimé sont plus difficiles à manier. On doit commencer par 2 grammes, augmenter de 1 gramme tous les deux ou trois bains, et s’arrêter à 12 grammes, dose maximum qu’on ne devra jamais dépasser. Si l’on voit quelquefois prescrire des bains avec 10, 20, 30 grammes de bichtorure de mercure, c’est dans les affections syphilitiques, lorsque le malade ne veut ou ne peut prendre
le mercure à l’intérieur ; mais, dans ce cas, la peau est saine et joue le rôle d’absorbant de la substance médicamenteuse, sans être irritée par elle. Toutes les fois que la peau sera malade, on devra bien se garder de porter la dose à ce chiffre.
Les bains aromatiques peuvent être considérés comme résolutifs ; on les prépare de deux manières.
Au bas d’une boîte cubique dans laquelle se place le malade, la tête seule au dehors, se trouve un petit fourneau avec une plaque de fonte où l’on fait brûler des plantes aromatiques ou des résines, ordinairement du benjoin. La vapeur provenant de cette combinaison circule dans la boîte et constitue un bain qui a la chaleur pour auxiliaire.
Dans l’eau d’un bain simple, on verse une forte infusion ou décochon de plantes aromatiques, et l’on obtient ainsi la deuxième espèce de bain.
Tel est l’en semble du second élément de la méthode antiphlogistique, l’élément résolutif.
3° Médication dérivative.
C’est le troisième ordre de moyens que nous considérons comme faisant partie de la médication antiphlogistique; c’est une des plus puissantes méthodes de traitement de certaines maladies de la peau. Nous avons en effet divisé ces maladies au point de vue thérapeutique en deux grandes classes : maladies sécrétantes et maladies non sécrétantes. Dans les premières, la peau malade est par la durée de la sécrétion une sorte d’émonctoire que la guérison va supprimer. Or, si cette suppression a lieu sous l’influence de topiques résolutifs, le mouvement fluxionnaire qui s’était établi à la surface cutanée sera, sinon répercuté, au moins tellement atténué, qu’il tend à se porter ailleurs, c’est-à-dire vers un organe interne, ce qui n’est pas sans danger. Pour enrayer, ou mieux pour prévenir les fâcheux effets de cette répercussion, on établit à l’aide des purgatifs une dérivation sur le tube intestinal.
Par conséquent, lorsque se montrera dans une maladie de peau la période où les résolutifs seront indiqués, il faut y joindre concur-
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
remment l’usage des dérivatifs sur le tube intestinal ; aussi, dans les cas où le canal intestinal est malade, qu’il ne permet pas cette dérivation, ne faut-il pas se hâter de guérir l’affection cutanée; il faut même quelquefois la laisser subsister ; car alors elle est, vis-àvis de l’affection intestinale, un moyen d’obtenir la guérison ou de s’opposer à son accroissement. On ne devra dans aucun cas établir une dérivation sur la peau. En effet, dériver d’un point malade d’un tissu sur le même tissu, c’est porter un nouveau point d’irritation ailleurs sans bénéfice aucun; c’est appeler vers ce point la maladie que l’on cherche à détruire , et c’est ce qui a lieu : de sorte qu’au lieu d’un seul point malade, on en a deux, sans bénéfice pour le premier; aussi est-ce ce qui arrive dans l’application d’un vésicatoire pour combattre une affection cutanée. 11 n’en est pas de même de la dérivation sur un autre tissu (les muqueuses). Mais, pour user des purgatifs, il faut que f estomac et les intestins soient en bon état et capables de les supporter. Il y a des personnes habituellement constipées et qui usent sans mesure de toutes les pilules purgatives exploitées par les charlatans. Toutes ces pilules ont pour base les drastiques (jalap, aloès, scammonée). Loin de détruire la constipation, elles 11e font au contraire que la rendre plus tenace, leur effet étant purement momentané, Les purgatifs huileux, au contraire, favorisent dans ces cas la sécrétion muqueuse du canal alimentaire, et attaquent ainsi la constipation dans sa cause première, qui est la trop grande sécheresse habituelle du tube digestif et surtout du gros intestin. Toutefois les purgatifs huileux ne conviennent pas à tous les malades. Les personnes brunes, chez lesquelles il y a souvent prédominance des fonctions de l’appareil biliaire, manifestée par les selles dites bilieuses, se trouveront mieux du purgatif des Anglais, du calomel. Chez d’autres, enfin, les purgatifs salins seront mieux appropriés. Notre honorable confrère, M. Hardy, fait un usage fréquent de la méthode dérivative dans les affections sécrétantes de la peau ; il fait prendre à ses malades U grammes de séné en décoction dans deux verres dépensée sauvage tous les matins pendant une quinzaine de jours et même plus. Nous avons souvent mis en usage cette méthode, qui est en général suivie de succès, mais qui ne peut être supportée que par des personnes fortes et bien
constituées. En ville, par exemple, il est beaucoup de malades qui ne peuvent pas supporter plus de 2 grammes de ces follicules, et encore est-on souvent obligé d’en suspendre l’emploi. En général il faut obtenir deux ou trois garderobes par jour, sans aller au delà.
Nous venons de spécifier la période des maladies de la peau dans laquelle il convient d’employer les purgatifs. Dans quelle mesure faut-il en user? En thèse générale, il faut prescrire deux laxatifs toutes les semaines en hiver et un toutes les semaines en été; au delà on fatiguerait l’estomac et les intestins, et l’on amènerait une perturbation dans les fonctions nutritives.
Il est trois affections qui, quoique sécrétantes, excluent absolument les purgatifs : ce sont le pemphigus , le pityriasis ruhra aigu et le rupia. Ces maladies, en effet, et ce sont peut-être les seules parmi les affections cutanées, peuvent être mortelles par elles-mêmes. Si les personnes qui en sont atteintes éprouvent le plus léger refroidis* sement, soit à la sortie du bain, soit à la promenade, la sécrétion cutanée diminue aussitôt, les intestins se prennent, et il survient une diarrhée tellement liquide, pour le cas de pemphigus surtout, qu’Alibert croyait qu’il s’établissait à l’intérieur une véritable sécrétion pempiiigoïde qui fournissait les éléments de cette diarrhée ; il disait même avoir vu des bulles de pemphigus dans le côlon. Dans certains cas de répercussion, les malades atteints de cette diarrhée ont jusqu’à dix, vingt, trente garderobes par jour, et rendent huit, dix litres de liquide dans les vingt-quatre heures. Ce flux séreux si abondant conduit bien vite le malade au tombeau. On doit donc, chez les malades atteints de pemphigus ou de rupia, surveiller avec soin le tube digestif, en évitant tout ce qui pourrait l’irriter ; de là l’exclusion absolue des purgatifs dans le traitement de ces maladies, d’autant plus que le pemphigus se développe toujours à la suite d’un état asthénique plus ou moins prononcé.
U° Médication modificatrice ou perturbatrice .
Les maladies cutanées chroniques peuvent , par leur durée et leur siège permanent sur la même surface de la peau, changer à tel point la vitalité du tissu, qu’il en résulte une habitude morbide; sem-
blable, en cela, à ces vieux ulcères que l’on ne guérit qu’à la condition d’en modifier la vitalité par des caustiques ; de là la partie de la médication antiphlogistique que nous appelons perturbatrice.
Ce sont les charlatans oui usent surtout de cette méthode, et, il faut l’avouer, ils ont quelques succès. Les agents de leur médication perturbatrice sont les pommades ; il y en a un grand nombre : les principales ont pour base le cinabre, le sulfate de cuivre, le sous-nitrate de mercure, l’oxyde rouge de mercure, quelques-unes le sulfate de fer à haute dose. Ces pommades produisent, en général, une suppuration sur les parties où on les applique, en vertu du principe irritant qui les compose ; puis la suppuration se tarit, et la guérison de l’affection cutanée en est souvent la conséquence, lorsque la maladie est ancienne. Si cette méthode est mauvaise en thèse générale, elle est bonne quelquefois, et l’on peut dire même quelle n’est pas nouvelle. Les anciens avaient vanté le vésicatoire contre certaines dartres ; or les pommades agissent d’une manière analogue, mais plus lente: elles transforment la surface malade en une plaie ordinaire par la modification profonde qu’elles impriment au mode de vitalité des tissus. Je regarde l’huile decade, dont il a été parlé, comme produisant déjà un léger effet de ce genre.
Les agents modificateurs que j’emploie d’ordinaire sont surtout la solution de nitrate d’argent cristallisé à trois degrés de concentration différents ; jamais ou presque jamais la pierre infernale, c’està-dire le nitrate fondu, excepté dans la mentagre , quand il existe des boutons indurés, stationnaires, indolents: ici la cautérisation légère au crayon de nitrate d’argent provoque la résolution rapide de ces engorgements. Pour en revenir aux solutions, la plus concentrée dont je fasse usage contient parties égales de nitrate d’argent et d’eau distillée ; la deuxième est au cinquième, la troisième au dixième, de nitrate d’argent. Notons qu’il s’agit de nitrate d’argent cristallisé et non fondu ; car celui-ci, ne contenant pas d’eau de cristallisation, donnerait des solutions plus concentrées. Pour appliquer ces solutions, on en imbibe un petit pinceau de charpie avec lequel on touche légèrement les surfaces malades. Mais, tandis que quelques médecins font usage de la méthode perturbatrice au début de la maladie et pour la faire avorter, nous ne l’employons
que lorsque l’affection a résisté à tous les traitements rationnels.
La solution de nitrate acide de mercure a produit quelquefois d’heureux effets. Récamier a beaucoup insisté sur son usage pour combattre les ulcérations du col de l’utérus et celles que détermine au sacrum le décubitus dorsal prolongé. Je substitue à cette solution, dont on trouve la formule dans le Codex , un composé d’acide nitrique et de nitrate acide de mercure :
Protoüitrate de mercure cristallisé . 4 grammes.
Eau distillée . 8 grammes.
Réduisez le nitrate en poudre, mêlez à l’eau et portez le tout jusqu’à la température de l’ébullition, mais sans faire bouillir, ce qui transformerait le protonitrate en deuto. Ajoutez dans l’eau chaude et goutte à goutte :
Acide nitrique . ' 2 grammes.
(L’eau seule ne pourrait pas dissoudre tout le protonitrate.)
On a ainsi une liqueur limpide avec beaucoup moins d’acide nitrique en excès, et c’est un très énergique modificateur de la peau, qui exerce principalement son influence par le sel mercuriel qu’il contient.
Un autre agent puissant de la médication modificatrice, c’est le vésicatoire ou la pommade épispastique. J’ai souvent fait voir à l’hôpital des exemples de leurs bons effets chez des malades qui portaient depuis longtemps sur le dos de la main une plaque de lichen rebelle à tous les traitements; la surface., après une suppuration de quelques jours, redevient lisse, et il ne reste sur les bords que quelques papules qui cèdent à une nouvelle application de pommade épispastique > Cette pommade ne doit être employée que sur des surfaces malades peu étendues et qui ont résisté à l’emploi d’autres moyens.
Enfin, il est des modificateurs d’une grande activité que nous appliquons surtout aux formes tuberculeuses des maladies cutanées ; les pommades ne suffisent pas, en effet, pour résoudre les engorgements tuberculeux. Les agents dont il s’agit sont à la fois caustiques et modificateurs. Plusieurs composés chimiques jouissent de ces propriétés ; celui que je préfère, c’est le caustique de Canquoin, chlorure de zinc cristallisé. Ce chlorure, dissous dans l’eau, est peu
actif; mais si on laisse ouvert le flacon qui le renferme, il absorbe peu à peu l’humidité de l’air, devient déliquescent, et c’est alors un excellent caustique. On fait une pâte avec le chlorure de zinc ainsi liquéfié et de la farine de froment de première qualité (la farine de qualité inférieure s’allie assez mal avec le chlorure de zinc pour que ce sel puisse être un moyen de reconnaître la farine de bonne qualité); on applique cette pâte sur la surface malade. On la préparera plus ou moins molle, suivant qu’on voudra obtenir une cautérisation et une modification plus ou moins profondes. On pourra même quelquefois employer le chlorure pur. Le contact de cette pâte développe autour de la partie cautérisée une irritation érythémateuse assez intense, mais qui est passagère, car au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures l’inflammation tombe, et il reste une croûte sèche, non suppurante. Les avantages de ce caustique sont donc de ne pas amener de suppuration, mais bien une croûte qui se sèche et tombe au bout de quinze jours sans laisser au-dessous d’elle la moindre trace de cicatrice, pourvu que le malade n’y touche pas avant sa chute. 11 faut, en outre, que le mélange soit fait par l’opérateur lui-même au moment où il veut s’en servir, car la pâte s’épaissit très vite.
Mais parmi les caustiques et les modificateurs en général , il y a des nuances très variées, aussi allons-nous en traduire le tableau. Le moins énergique est la suspension du bi-iodure de mercure dans une solution concentrée de gomme adragante dans l’eau (voy. Formulaire). Cette liqueur épaisse se dessèche sur la surface malade, y reste adhérente, cautérise très légèrement, se détache peu à peu, et tombe par parcelles dans l’espace de huit à dix jours, sans laisser aucune plaie. M. Hardy se sert d’une pommade contenant la moitié de son poids de ce sel.
A côté de ce caustique, il faut placer le chlorure d’or préconisé il y a deux ans par M. Pétrequin, de Lyon ; mais ce caustique a ses nuances d’action en raison de son mode d’emploi. Son plus grand degré d’énergie réside dans le sel tombé en déliquescence au contact de l’air, et associé ainsi liquide à de la farine sous la forme d’une pâte, comme le chlorure de zinc. A cet état, il enflamme les tissus comme tous les caustiques, et cause une douleur plus ou
î 00 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
moins vive, quoique l’on ait écrit qu’il produisait peu de douleur et qu’il amenait peu d’inllammation. L’eschare qu’il produit est sèche, et après sa chute, qui a lieu du dixième au douzième jour, on trouve quelquefois une plaie qu’il faut cicatriser, et qui est de la largeur de l’eschare. Ajoutons que cette cautérisation est loin d’être aussi profonde que celle du chlorure de zinc, d’antimoine ou de la pâte de Vienne; de sorte qu’en définitive, comme caustique énergique, nous le plaçons en dernière ligne.
Mais il n’en est plus de même des solutions de chlorure d’or sans addition de farine; on obtient avec elle des cautérisations superficielles qui modifient très avantageusement les surfaces malades. Elles se dessèchent, forment une petite croûte noire qui tombe peu à peu, et qui ne laissent pas de plaie, aussi ce caustique est-il très facile à manier et très commode lorsqu’il s’agit de cautérisations superficielles. Il est beaucoup moins actif que le chlorure de zinc tombé en déliquescence , mais on en a exagéré les avantages, et il est loin de le valoir dans les autres circonstances.
Nous ajouterons qu’il a un très grave inconvénient que nous avons reconnu depuis que nous avons multiplié son emploi dans beaucoup de cas d’ulcérations très superficielles: quand on touche la plaie à plusieurs reprises avec le chlorure d’or liquide, ce caustique est absorbé; il s’introduit dans les couches les plus superficielles de la peau, et alors il en résulte une cicatrice d’un bleu violacé indélébile, qui provient de l’action de la lumière sur le chlorure d’or.
Le chlorure d’antimoine ou beurre d’antimoine tombé en déliquium et employé pur ou associé à la farine, produit presque tous les effets du chlorure de zinc, mais il se prête moins à des nuances d’action que le chlorure de zinc, parce qu’il s’associe beaucoup moins bien à la farine, et qu’il donne lieu à des pâtes moins homogènes et de consistance moins variée.
Quant à la pâte de Vienne, dont l’emploi est si répandu en chirurgie, elle a, comme la potasse caustique et comme tous les caustiques alcalins en général, l’inconvénient de laisser des plaies qu’il faut panser et cicatriser ensuite. Leur action est, il est vrai, plus prompte ; ils font souffrir les malades plus vivement, mais beaucoup moins longtemps; ils ne peuvent pas être gradués et maniés comme
les chlorures; et ils laissent enfin des cicatrices qui, dans quelques cas, peuvent être plus ou moins difformes.
M. Robiquet a proposé récemment une association du gutta-percha avec le chlorure de zinc pour en faire des lames d’épaisseurs diverses, que l’on détrempe avec un peu d’alcool, et que l’on chauffe légèrement ensuite pour l’appliquer sur la surface malade. J e n’ai pas encore eu l’occasion de juger ce caustique, qui à première vue ne me paraît pas maniable comme la pâte de chlorure de zinc et de farine.
Tel est le résultat de notre expérimentation sur les caustiques ; nous le livrons au jugement des praticiens.
Résumé général de la médication antiphlogistique .
Toute maladie de la peau à fétat aigu réclame les antiphlogistiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; il faut en excepter les exanthèmes, dans lesquels l’évolution cutanée, étant toujours en rapport avec les prodromes qui la précèdent, n’est jugée qu’à la condition qu’elle sera parfaite et complète. Aussi, pour en favoriser le développement, doit-on faire exception à la règle que je pose, en prescrivant des tisanes plus ou moins diaphoniques.
On sait néanmoins qu’au début des varioles, par exemple, une saignée favorise quelquefois singulièrement une éruption qui semblait enrayée dans sa marche. Mais il faut user de ce moyen avec mesure, et seulement dans les cas où les prodromes ont une telle intensité qu’ils peuvent compromettre la vie des malades. On pourra, au lieu de la saignée, appliquer des sangsues à l’anus. En même temps on ordonnera quelques boissons acidulés ; mais, dès que l’éruption se sera franchement déclarée, on en viendra à la bourrache, au tilleul, à la violette.
11 est des maladies qui, quoique à la période aigue, et bien qu’elles ne soient pas de la classe des exanthèmes, excluent absolument les émissions sanguines : ce sont celles dont le développement reconnaît pour cause un appauvrissement du sang. Les circonstances qui amènent cette débilitation générale de l’économie sont principalement le chagrin, qui, en diminuant l’appétit, rend la nutrition incomplète; la mauvaise alimentation, un logement humide, mal-
sain ; l’excès de travail, la vieillesse. Lerupia , Y ecthyma cachecticum et le pemphigus sont les principales maladies qui doivent leur origine à ces influences.
A part les maladies exanthémateuses et les quelquess exceptions dont nous venons de parler, toutes les autres seront traitées à leur période aiguë par les antiphlogistiques purs, quelle que soit d’ailleurs la forme, vésiculeuse, bulbeuse, papuleuse, pustuleuse.
Quand nous parlons des antiphlogistiques purs, nous ne voulons pas dire qu’on devra toujours employer les émissions sanguines, mais bien les émollients, les tempérants, etc. Les émissions sanguines ne trouveront leur application que chez les sujets jeunes, vigoureux, avec état pléthorique ou fébrile marqué. Souvent même, dans ce cas, les boissons rafraîchissantes et acidulés, aidées du régime, suffiront pour faire tomber tous les phénomènes de réaction. Les maladies où la saignée se montre le plus souvent utile sont les ecthyma et les impétigos plus ou moins étendus qui se développent au printemps et à l’automne.
Quels sont maintenant, parmi les divers agents de la médication antiphlogistique, ceux qui sont réclamés spécialement par chaque groupe de maladies cutanées en particulier ?
Généralement tout ce qui est vésiculeux ou pustuleux (herpès, eczéma, herpès phlycténoïde, pemphigus, rupia, impétigo, ecthyma, zona) se trouve à merveille de l’emploi des corps pulvérulents, dont le meilleur est l’amidon en poudre. Il en est de même de quelques inflammations érythémateuses ou érysipélateuses qui ont de la tendance à prendre un certain accroissement.
Les corps gras conviennent aux maladies squameuses, lichénoïdes, tuberculeuses, même dans l’état aigu : ainsi le pityriasis, le psoriasis, les mentagres, les lupus, etc. C’est la graisse seule qu’on doit employer et non associée à des substances résolutives, car il s’agit ici de la période aiguë de ces maladies.
La médication antiphlogistique pure sera continuée jusqu’à la période stationnaire de la maladie et jusqu’au moment où se montre un commencement de résolution. C’est pour vouloir employer trop
tôt les résolutifs qu’on éternise souvent les maladies cutanées, car
l’excitation qu’ils produisent fait sans cesse reparaître la période
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
aiguë. Si l’on continuait suffisamment les émollients, l’eczéma luimême, affection souvent si rebelle, se jugerait en trois semaines, un mois au plus, tandis qu’on le fait durer trois ou quatre mois.
Lorsque l’état aigu d’une maladie cutanée est décidément tombé, et que l’on arrive à l’emploi de la médication résolutive, il faut toujours y joindre les dérivatifs. Si la maladie reconnaît une cause générale, c’est aussi le moment de prescrire un traitement général. Supposons, par exemple, un jeune homme lymphatique, ayant eu deux ou trois ans de suite un impétigo à la figure, et toujours dans la même saison, au printemps, par exemple, ce qui est l’ordinaire. C’est, comme on le voit, une maladie très tenace ; elle est cependant aiguë quand elle se montre, car elle est accompagnée de phénomènes inflammatoires, formation abondante de pus, etc. On donnera d’abord des rafraîchissants pour calmer l’état aigu, et plus tard, comme cette maladie tient à la nature du tempérament et de la constitution, on soumettra le malade à un traitement interne modificateur de ce tempérament, en même temps que des agents légèrement résolutifs seront mis en usage. Au surplus, ce traitement général sera en rapport avec la nature de l’affection et de la cause qui a pu la produire ; mais ce n’est jamais durant l’état aigu qu’il faut combattre cette cause.
Une précaution importante pour retirer des résolutifs tout le bénéfice qu’on peut en attendre, c’est de mettre la puissance résolutive du médicament en rapport avec le degré d’acuité de la maladie. A mesure que celle-ci avance vers la guérison, l’énergie de l’agent médicamenteux doit augmenter. Ainsi, par exemple, on trouve pour l’oxyde de zinc, le tannin, le sulfate de fer, des formules qui sont toujours les mêmes dans les formulaires ; il en est de même des bains à l’alun, au sublimé, des lotions résolutives, etc. Il ne doit pas y avoir une seule et même formule pour chaque médicament. La dose de l’agent actif, le tannin, l’oxyde de zinc, etc., devra être plus faible par rapport à la même dose d’axonge quand on commence l’emploi des résolutifs, et l’on doit la rendre de plus en plus forte au fur et à mesure que la maladie approche vers la guérison ; ainsi de suite pour les lotions, les bains, etc. La peau s’ha-
bitue, en effet, peu à peu à l’action de l’agent médicamenteux, et celle-ci finit par devenir nulle.
Toutes les fois que l’on emploie un agent résolutif, de deux choses l’une : ou il produit une stimulation à la peau, ou son effet paraît négatif. Dans le premier cas, il faut le cesser tout de suite; dans le second, continuer et augmenter progressivement la dose. Cette stimulation, qu’on doit éviter dans toute circonstance, sera annoncée par des picotements, un sentiment de brûlure que le malade accusera. Lors même qu’il vous dirait que ces excitations sont passagères, ne durent qu’un quart d’heure, cessez le résolutif pour y revenir plus tard; le moment n’est pas encore venu, car il reste un peu d’acuité : loin de retirer un bénéfice des résolutifs, dans ce cas, on rappellerait l’état aigu et l’on prolongerait ainsi la durée de la maladie.
Nous avons dit précédemment que la médication dérivative devait marcher de front avec les résolutifs. C’est qu’en effet la répercussion d’une maladie cutanée peut entraîner les conséquences les plus graves, la mort même en très peu de temps. Un individu a une maladie de la peau ; une portion plus ou moins grande delà surface de cet organe est depuis quelque temps le siège d’une sécrétion habituelle assez abondante. Un médecin inexpérimenté ou bien un charlatan cherche à tarir au plus vite cette sécrétion par des résolutifs. Or un matin, en arrivant' auprès de son malade qu’il a laissé bien portant la vieille, il le voit oppressé, la figure anxieuse, les traits profondément altérés. Il se demande ce qui s’est passé; il examine la maladie de la peau et il n’y trouve plus de sécrétion. S’il ausculte la poitrine, il constate un peu de tumulte dans les battements du cœur et des raies sibilants et muqueux dans les poumons. Puis quelquefois, au bout de quarante-huit heures, le malade est mort sans autres symptômes qu’un accroissement dans les premiers phénomènes. Si le mouvement fluxionnaire supprimé ne se porte pas sur la poitrine, ce sera sur les intestins, et c’est alors qu’on verra le malade rendre par jour vingt-cinq, trente garderobes liquides, séreuses, et mourir souvent d’épuisement.
Que faire en pareil cas ? Ne pas s’exposer d’abord à voir ces accidents, et dans ce but user avec de grandes précautions de la médi-
MEDICATION ANTIPHLOGISTIQUE.
cation résolutive. Si, nonobstant ces précautions, la maladie se répercute, on ne devra pas songer aux antiphlogistiques, car ils ne peuvent rien dans l’espèce. Tous les efforts devront tendre à rappeler à la peau la sécrétion supprimée. Les excitants, les stimulants les plus prompts dans leurs effets seront mis en usage. On fera des frictions avec l’huile de croton tiglium sur la partie malade, moyen héroïque en pareil cas, car il produit, même sur la peau saine, une éruption vésiculeuse sécrétante ; ' des sinapismes seront promenés sur la poitrine, des vésicatoires ammoniacaux appliqués aux extrémités. On donnera en même temps les stimulants à l’intérieur. Ces observations et ces préceptes s’appliquent aussi aux maladies non sécrétantes, qui sont accompagnées de vives démangeaisons ou de démangeaison habituelle:
Le lichen, le psoriasis et même le prurigo peuvent être rangés dans la même catégorie. Qu’est-il besoin enfin de citer la gale? Chacun de nous a pu observer quelques cas de fâcheux accidents survenus à la suite d’une gale trop promptement disparue. Que d’affections organiques attribuées par les malades à une gale ren • tréel Et si cette opinion vulgaire, contre laquelle s’élève si fort une école moderne qui, pour le traitement de la gale, ne se fonde que sur les recherches microscopiques, ne doit pas être acceptée dans tous les cas, nul doute cependant qu’elle ne soit fondée dans un grand nombre. C’est qu’en effet, dans les maladies cutanées chroniques qui s’accompagnent de démangeaison, l’habitude qu’a prise le malade de se gratter régulièrement tous les jours a rendu cette excitation cutanée presque aussi nécessaire à l’économie qu’une sécrétion, qu’un cautère.
Les purgatifs sont l’agent principal de la médication dérivative. Cette médication aura d’autant plus de succès que le malade sera antérieurement plus constipé. Si le canal intestinal est délicat, usez de précautions. Abstenez-vous de purgatifs pendant les épidémies de diarrhée, de choléra, dans la crainte de disposer vos malades à contracter ces affections. Traitez alors avec plus de lenteur la maladie cutanée par les moyens appropriés , de manière à ne la supprimer qu’à la longue, et sans que l’économie en reçoive d’influence.
Une foule de maladies de la peau sont liées à la prédominance du tempérament lymphatique et dérivent de ce tempérament. Si, en effet, nous consultons la statistique que nous avons faite à l’hôpital Saint-Louis, on verra que sur cent eczémas impétigineux, quatrevingt-cinq se sont montrés chez des individus dont le tempérament se trouve qualifié de lymphatique; à plus forte raison, si l’on prend cent impétigos francs, maladie liée par excellence à ce tempérament. Or, l’ezcéma impétigineux et l’impétigo simple constituent près de la moitié des maladies de la peau qu’on observe à l’hôpital Saint- Louis au printemps et à V automne. Il suit de là que, si le changement de saison et les variations de température qui raccompagnent peuvent être regardés comme une des causes déterminantes de ces maladies, il est rationnel de se reporter au tempérament lymphatique pour en trouver la cause prédisposante. Et, en effet, après l’àge de trente ans, quand la prédominance de ce tempérament cesse de se faire sentir, que l’individu est devenu plus fort, plus énergique, plus sanguin par suite du développement de ses muscles au moyen de l’exercice et du travail, on observe plus rarement ces affections cutanées, et principalement l’une d’elles, Y impétigo. D’où cette conséquence pratique, que le médecin doit s’efforcer de faire, par les moyens hygiéniques et médicamenteux, chez les sujets lymphatiques jeunes, ce que font plus tard chez eux l’âge et la nature; que la véritable cause à combattre est réellement la prédisposition : ce que l’on atteint en cherchant à modifier le tempérament et la constitution, ainsi que les effets auxquels ils donnent lieu. De là la médication que nous appelons antilymphatique, spécialement applicable aux maladies que ce tempérament fait naître.
Jetons un coup d’œil rapide sur chacun des médicaments qui ont été tour à tour préconisés pour combattre les maladies qui ont pour point de départ le tempérament lymphatique.
Les anciens n’employaient contre la prédominance lymphatique, portée dans quelques cas jusqu’à la maladie, qu’un nombre assez limité de principes médicamenteux, les amers, les antiscorbutiques
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et le soufre ; les formules en étaient d’ailleurs très variées, et il ne nous est guère resté dans la pratique que quelques-unes d’entre elles, sous forme de tisanes, de vins, de sirops. De là les décoctions de houblon, bardane, fumeterre, chicorée sauvage, etc.; les sirop et vin antiscorbutiques, le vin de gentiane et les formules des préparations sulfureuses. Ce n’est pas que d’autres agents n’aient été mis en usage, car le calomel et diverses préparations mercurielles, le sous-carbonate de potasse, le chlorure de cuivre ammoniacal, le chlorure de calcium, le chlorure de baryum, ont, à des époques plus ou moins rapprochées de nous, été tour à tour employés. * Mais ce n’est réellement que vers 1820, époque à laquelle Coindet, de Genève, introduisit l’iode dans la thérapeutique du goitre d’abord, de la scrofule ensuite, que ces médicaments furent abandonnés, puis successivement remplacés par l’iode, la décoction des feuilles de noyer, l’hydrochlorate de baryte, le chlorure d’or, le chlorure de calcium, et enfin l’huile de foie de morue. Nous ne pouvons relater ici toutes les phases par lesquelles ces diverses préparations ont passé. Elles ont été chaudement préconisées chacune par leurs auteurs ; mais quand ces préparations ont été employées par des praticiens autres que ceux qui les avaient préconisées, ou elles n’ont eu aucune valeur, ou elles ont été considérées comme jouissant d’une grande énergie et comme devant amener d’immenses résultats dans la pratique médicale. Il nous suffira de prendre l’une d’elles comme exemple. L’hydrochlorate de baryte, annoncé par Adair Grawford, en 1784, comme guérissant la grande généralité des scrofuleux, est porté aux nues par Hufeland jusqu’en 1825; Fournier, Hébréard Verdier (de Bordeaux) et Mollet, en signalent les excellents effets, tandis que cet agent médicamenteux ne produit aucun résultat avantageux entre les mains de Chaussier, de Pinel et d’Alibert. Il n’en a pas été de même pour l’iode et la décoction de feuilles de noyer, soumis au contrôle de la pratique par Baudelocque et Guersant père; ces deux savants observateurs ont été conduits, comme pour la plupart des médicaments d’une certaine valeur, à la statistique finale suivante: un tiers de guérisons, un tiers de soulagés, un tiers d’insuccès. Ce sont les résultats que donnent aussi, et assez généralement, le fer, le soufre, l’huile de toie de morue.
C’est qu’en effet, quand on contrôle un médicament, on le donne indistinctement à tous les individus affectés de la même maladie à des degrés divers; et comme, quelle que soit la maladie, elle cède ou elle est rebelle aux traitements, fussent-ils les plus variés, on doit fatalement être conduit à des résultats semblables pour tous les médicaments qui ont une action réelle sur la maladie. Mais cette statistique d’un tiers de guérisons, d’un tiers de soulagés, d’un tiers d’insuccès, tout en prouvant qu’on s’est livré à une administration impartiale d’un agent donné, démontre que cet agent a une certaine valeur ; car si, au lieu de l’employer dans les phases les plus
avancées de la maladie pour laquelle tout est alors impuissant, on
ne l’eût donné qu’à des malades réellement curables, on aurait eu seulement deux catégories : individus guéris, individus soulagés : aussi je considère comme des antilymphatiques réels ceux qui peuvent conduire à un pareil résultat. Ils ne guérissent pas toutes les scrofules, mais ils en guérissent la moitié et soulagent l’autre.
A ce point de vue, il est deux agents principaux que nous pouvons citer en première ligne, ce sont l’iode et l’huile de foie dê morue. Nous les regardons comme des médicaments par excellence, et cependant nous n’accordons pas à l’iode, par exemple, toute la portée d’action que Lugol lui a donnée. Mais, à côté de ces deux médicaments, nous trouvons le fer, les antiscorbutiques proprement dits, les amers, la décoction de feuille de noyer, le soufre auquel il est difficile de ne pas reconnaître une part d’action puissante sur l’économie.
C’est en raison de ces grandes données d’observation générale que nous appliquons, depuis plusieurs années, au traitement de toutes les formes de maladies qui ont pour cause prédisposante le tempérament lymphatique, porté dans bon nombre de cas jusqu’à l’état morbide qualifié de scrofule, une médication que nous appelons mixte ou composée , parce qu’elle réunit dans ses éléments les agents qui comptent le plus de succès.
Ce n’est pas seulement de cette époque que nous avons employé des médications composées ou mixtes; il y a plus de quinze ans que nous unissons l’iodure de potassium au mercure pour combattre les accidents secondaires et tertiaires de la syphilis. Nous y asso-
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cions, dans quelques cas déformé cachectique, le fer à assez haute dose; nous y ajoutons l’huile de foie de morue, quand la forme lymphatique est prédominante ; et enfin l’arsenic dans certaines circonstances où le malade a fait usage de presque tous les antisyphilitiques, mais d’une manière isolée et quand il s’agit surtout d’affections des os. De sorte que nos médications mixtes sont parfois assez compliquées, puisque nous donnons à la fois et au même individu des sudorifiques, du mercure, du fer, de l’iode, del’iodure de potassium, de l’huile de foie de morue et de Y arsenic ; tout cela sans qu’il en résulte aucun trouble pour l’économie : c’est ce que nous exposerons sous le titre de médications mixtes ou composées.
Quoi qu’il en soit, il faut, avant tout et suivant nous établir une distinction tranchée entre la généralité des médicaments qui constituent la médication antilymphatique et les sulfureux, qui peuvent aussi y être rangés à juste titre. Ceux-ci sont essentiellement excitants; ils ont une action toute particulière qui en constitue des spécifiques. Ils n’agissent pas sur les ganglions et le système lymphatique, comme l’iode et l’huile de foie de morue, par exemple ; mais ils exercent une influence marquée sur certaines maladies cutanées. Aussi scindons-nous en deux catégories distinctes la médication antilymphatique : la première, qui comprend l’ensemble des antiscrofuleux proprement dits, ou médication antiscrofuleuse; et la seconde, qui comporte seulement des sulfureux, médication excitante qui est plus spécialement applicable aux diverses formes d’herpès et que l’on peut nommer aussi antiherpétique.
1° Médication antiscrofuleuse.
Je la compose de tisanes amères, d’un vin ou d’une liqueur spiritueuse amère, d’iodure de fer avec plus ou moins d’excès d’iode, d’iodure de potassium et d’huile de foie de morue. Le houblon, la décoction de feuilles de noyer sont les deux tisanes que je préfère; elles sont toutes deux bien supportées par l’estomac : l’une d’elles, la décoction de feuilles de noyer, me semble même avoir une action toute spéciale sur le système lymphatique. C’est qu’en effet ces deux tisanes ont deux principes tout différents : dans l’une c’est le principe amer,
dans l’autre c’est le principe astringent, le tannin, qui agit. Cette différence d’action est même telle, que M. Psorpson, de Chambéry, qui a préconisé cette décoction, en a obtenu des effets fort remarquables durant sa seule administration, résultat que le houblon n’a jamais amené. On doit prescrire aux malades trois verres de l’une ou de l’autre, dans la journée. Je donne, matin et soir, un mélange : 1° de sirop d’iodure de fer plus ou moins iodé ou de sirop antiscorbutique (voy Formulaire ); 2° de vin de gentiane ou de liqueur amère antiscrofuleuse de M. Demaulon, pharmacien à Compiègne, et de l’huile de foie de morue, le tout battu et mêlé. Enfin, j’ajoute parfois l’iodure de potassium au sirop d’iodure de fer. Arrêtons-nous un moment sur la valeur de chacun de ces médicaments.
Lorsque l’iode fut employé à l’intérieur de prime abord, on le donna à l’état de liberté, soit en substance sous forme pilulaire, soit en teinture, ou en dissolution dans l’eau additionnée d’un peu de chlorure de sodium (sel marin) ; dans tous ces modes d’administration l’iode libre irritait l’estomac, amenait de l’anorexie, faisait maigrir les malades et finissait par ne plus être supporté. L’iodnre de potassium fut découvert par la chimie; on s’empara aussitôt de ce nouveau composé pour remplacer l’iode, sans tenir compte de ce fait, que l’iode à l’état de combinaison n’était plus qu’un sel sinon inactif, au moins dans lequel l’iode ne jouait plus qu’un rôle secondaire, eu égard à l’iode donné à l’état de liberté, semblable en cela aux combinaisons des acides et des sels. L’engouement pour ce médicament fut complet et d’autant plus marqué, que les malades pouvaient supporter des doses très fortes d’iodure de potassium, comparativement à celles d’iode, sans en être incommodés. Mais bientôt on ne tarda pas à s’apercevoir que l’iodure de potassium ne guérissait pas comme l’avait fait l’iode.
D’une autre part, personne ne nie l’efficacité du fer comme modificateur avantageux du sang des scrofuleux. J’ai eu la pensée de
et beaucoup moins stable, et par conséquent susceptible de mettre peu à peu de l’iode à l’état de liberté, soit dans le tube digestif, soit dans le sang, sauf à faire même prédominer l’iode dans certains cas; j’ai introduit l’iodure dans du sirop de sucre, comme étant
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l’excipient le plus favorable à l’administration des médicaments en général, parce qu’il les enveloppe et qu’il atténue notablement les effets qui résultent de leur contact immédiat avec l’estomac : de là les deux formules de sirop que l’on trouve dans notre formulaire seus les numéros 1 et 2, ainsi que le sirop composé d’iodure de fer et d’iodure de potassium. Je donne de chacun de ces sirops une cuillerée le matin, une cuillerée le soir. Cette préparation agit sur les dents de quelques personnes en même temps quelle semble leur irriter les gencives, mais ce sirop est très bien supporté par l’estomac. 11 suffit de le mettre dans de la tisane pour voir disparaître ces inconvénients. On a beaucoup préconisé depuis quatre ans le fer réduit par l’hydrogène. C’est en effet une excellente préparation, mais elle n’agit que comme préparation ferrugineuse, tandis que l’iodure de fer, dont la composition est peu fixe, agit sur l’économie par l’iode et par le fer. Mais le fer réduit par l’hydrogène, tel qu’il est journellement prescrit, irrite très souvent l’estomac et les intestins et donne lieu à des douleurs stomacales ou à des coliques, aussi ne peut-on en prescrire qu’une dose généralement très faible, soit 25 milligrammes à 5 centigrammes au plus, par repas. Pour éviter ces inconvénients, je l’associe au miel et à la gomme à l’état pilulaire et je le fais toujours prendre avec des aliments. C’est d’ailleurs, il faut bien le dire, des composés ferrugineux le plus assimilable et le plus sûr dans ses effets. A côté de lui viennent naturellement se placer les pilules de Vallet, à la condition d’augmenter la dose proportionnellement aux deux préparations dont je viens de parler.
L’huile de foie de morue est un médicament par excellence, qui nous paraît agir d’une manière toute spéciale sur les ganglions engorgés en même temps qu’elle modifie la constitution. Elle n’augmente pas l’appétit, elle le diminue; elle n’active pas la circulation comme l’iode, le fer, les liqueurs amères ; et cependant elle fait engraisser ; sous son influence, les ganglions engorgés diminuent de volume et finissent par disparaître. On a dit, il y a trois ans, que l’huile de foie de morue agissait en vertu de l’iode qu’elle renferme ; et l’on s’est mis à préparer un mélange d’huile d’olive et d’iode que l’on vend sous la dénomination de son auteur, M. Per-
sonne. J’ai essayé cette huile à l’hôpital Saint-Louis sur une assez grande échelle, et pour la généralité des malades j’ai été obligé d’en revenir à mon traitement mixte, non pas que je prétende que l’huile iodée n’ait pas d’action : elle agit comme l’iode et en vertu de l’iode qu’elle renferme, par conséquent elle produit les mêmes effets qpe lui ; mais elle n’agit pas comme l’huile de foie de morue et ne guérit pas comme elle. C’est qu’en effet, s’il y a dans l’huile de foie de morue des traces d’iode, ce ne sont que des traces; il y existe d’autres principes dont l’analyse démontre l’existence, et aussi d’autres éléments que nous ne pouvons reconnaître par l’analyse, malgré les progrès de la chimie. 11 faut bien avouer qu’il est bon nombre de matières animales qui nous échappent: peut-on compter pour rien cette saveur et cette odeur toutes particulières à l’huile de foie de morue brune? Les praticiens reconnaissent que cette huile, purifiée par la filtration et décolorée par le charbon, n’a plus les mêmes propriétés, ou qu’elle possède des propriétés beaucoup moins actives : ainsi l’odeur et la matière colorante que l’analyse ne saurait éliminer jouent déjà un rôle très puissant dans son mode d’action, à plus forte raison pour d’autres éléments qui ne nous sont pas connus. Je vais même plus loin, en disant qu’alors même que nous les connaîtrions, leur mélange artificiel ne saurait remplacer l’huile naturelle. Nous ne pouvons admettre en thérapeutique ces divers mélanges préconisés par quelques personnes que comme une réunion d’éléments isolés qui agissent chacun en raison de leur vertu particulière, mais qui ne peuvent jamais remplacer un produit naturel , semblables en cela aux eaux minérales artificielles qui sont à cent lieues des eaux minérales naturelles.
Quant au mode d’administration de l’huile de foie de morue, il est très difficile. Jusqu’ici on n’est pas parvenu à masquer son odeur et sa saveur. Cette huile, prise seule, est très désagréable au goût, surtout pour les adultes, car les enfants s’y habituent assez facilement. J’ai cherché avec beaucoup d’autres médecins le moyen de la rendre moins repoussante, mais sans y parvenir. On a conseillé de faire rincer la bouche avec un peu d’eau-de-vie ou du rhum ; ce moyen est insuffisant, même pour la bouche, dans laquelle il laisse la saveur de l’huile, et il ne peut rien contre les renvois qui sui vent en-
MEDICATION ANTILYMPHATIQUE.
core son ingestion dans l’estomac après plusieurs heures écoulées. Le mélange d’huile, de sirop d’iodurede fer et de vin de gentiane, le tout battu ensemble, est encore ce qu’il y a de plus supportable. Dernièrement on a conseillé de verser l’huile dans un peu d’eau, de mouiller au préalable toute la bouche avec de l’eau et d’en avaler même un peu, puis de boire l’huile avec l’eau dans laquelle elle est versée. Ce mode d’administration permet d’éviter ainsi le contact de l’huile dans la bouche ; on prend d’ailleurs le soin de se la rincer immédiatement. Ce procédé ne saurait parer aux renvois de goût d’huile qui se montrent pendant un certain temps. Nous en dirons autant d’une sorte de biberon à double écoulement, d’où l’huile sort enveloppée d’eau. Un moyen qui réussit assez bien à combattre les renvois de goût d’huile, consiste à faire avaler une petite tasse de thé immédiatement après son ingestion dans l’estomac.
Quant à la dose, elle doit varier en raison des conditions lymphatiques que l’on a à combattre. Trois ou quatre cuillerées par jour suffisent pour agir sur tout le système lymphatique. 11 faut élever la dose jusqu’à six ou sept cuillerées, quand on veut obtenir la résolution d’engorgements; et pour le lupus, nous en portons la dose jusqu’à dix cuillerées par jour; nous avons été jusqu’à seize, mais cette dose nous paraît actuellement exagérée et inutile. Quelle que soit la dose, mieux vaut la faire prendre moitié le matin et moitié le soir, et commencer par une cuillerée matin et soir, sauf à augmenter tous les deux ou trois jours d’une cuillerée par jour, jusqu’à atteindrëla dose la plus élevée.
On peut faire prédominer tel ou tel agent dans la médication. Le successeur de M. Dorvaut a fait voir qu’en incorporant l’iode au sirop antiscorbutique préparé ci froid , l’estomac pouvait en supporter des doses plus fortes; ainsi, jusqu’à 2 grammes d’iode pour 500 grammes de sirop. La médication antiscrophuleuse doit être très limitée dans ses doses et dans sa forme composée, lorsqu’il s’agit de modifier très légèrement la constitution. Ainsi pour les enfants le sirop antiscorbutique ou le vin de gentiane suffisent, comme moyens excitants de l’appareil digestifetunpeu aussi de l’état général. On joint plus tard à ces moyens l’huile de foie de morue à petite dose, ou un peu de sirop d’iodure de fer, lorsque quelques gan-
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glions du cou, par exemple, sont le siège d’un léger engorgement.
Je n’hésite pas a donner le vin de gentiane, le sirop d’iodure de fer à la dose d’une cuillerée matin et soir, et l’huile de foie de morue portée à quatre cuillerées par jour en commençant par deux, quand l’affection cutanée a une forme lymphatique locale qui se dessine toujours par un épaississement des tissus, un empâtement, un état anormal, eu égard à la forme morbide ordinaire.
Enfin, j’entre franchement dans les doses plus élevées de chacun de ces agents quand il s’agit d’un état scrofuleux très prononcé. Mais ce que le médecin ne doit jamais perdre de vue, c’est qu’il faut doser les médicaments par rapport aux âges: ainsi, c’est par cuillerées à café que l’huile, le vin et le sirop doivent être donnés dans l’enfance, et ainsi successivement.
Quelques-uns des médicaments que nous venons de citer contribuent puissamment aux résultats que l’on obtient de la médication antilymphatique, si on les emploie à l’extérieur conjointement avec l’usage intérieur : telles sont surtout les préparations d’iode. L’iode a été préconisé à l’état libre pour rendre les bains médicamenteux, et pendant longtemps Lugol a fait prendre tous les deux jours des bains iodés aux malades scrofuleux qui étaient confiés à ses soins. Il y a huit ans environ que l’on a reconnu, je ne dirai pas l’inutilité de ces bains, car c’était introduire l’iode dans l’économie de la manière la plus heureuse, mais le peu de bienfait que l’on en retirait par rapport à la dépense considérable qu’ils occasionnaient, et l’on n’a pas hésité à en suspendre l’administration. (Voy. Bains iodés, Formulaire.) Il ne faut pas cependant se dissimuler que c’est là un des modes le plus avantageux pour faire pénétrer l’iode libre ou combiné dans l’économie, à la condition que l’enfant y reste un temps suffisant. Ces bains ne sont d’ailleurs pas affaiblissants comme les bains ordinaires , ils stimulent la peau et les organes respiratoires, car il se fait toujours à leur surface une émanation iodée que l’on respire avec avantage. Ils peuvent donc être prescrits lorsque la fortune des malades en permet l’emploi.
Un effet médicamenteux analogue à celui que procurent les bains se produit lors des applications de solution iodée sur la peau, quand même l’iode est incorporé à l’axonge; on retrouve alors
MËDIC&TION ANÏILÏ MWiAÏIf UE . 1 1 §
1 iode dans l’urine et dans les autres produits de sécrétion, mais la solution iodée agit de plus comme résolutif. Toutefois l'absorption, et par conséquent l’action de l’iode, est bien plus énergique quand cet agent est appliqué en solution que lorsqu’il est incorporé à l’axonge. Sous ce rapport, la généralité des pommades exige des doses bien plus considérables de médicaments pour produire les mêmes effets. La plus active est sans contredit celle dans laquelle l’iode se trouve à l’état de liberté; déjà la préparation en peut être dix fois moins active, si au lieu d’iode on se sert d’iodure de potassium. L’effet en devient presque nul si l’on emploie Tiodure de plomb, sel tout à fait insoluble. Aussi faut-il sans contredit donner la préférence aux solutions aqueuses d’iode, alors même que l’application ne pourrait pas avoir la même durée. Le seul inconvénient de l’usage de ce médicament, c’est celui qui résulte de l’emploi d’une préparation trop chargée d’iode. Celui-ci agit alors comme caustique, il tanne la peau, la dessèche, détermine l’exfoliation de l’épiderme, et cette circonstance s’oppose à l’absorption d’une manière absolue. Ces lotions doivent contenir depuis 1 /1 0000e d’iode jusqu’à 1 /5000e. (Yoy. Formulaire , Lotions et Pommades iodées. ) Au surplus, la lotion doit varier dans les doses des éléments qui la constituent, selon l’àge et la peau du^ ujet.
Ces applications locales jouissent d’une grande puissance résolutive dans les engorgements, et nous ne saurions trop en recommander l’emploi. 11 faut prendre la précaution de recouvrir les compresses imbibées de solution d’un morceau de taffetas gommé ou de gutta-percha, non-seulement pour éviter le dessèchement du linge et l’évaporaiion de l’iode, mais encore la transformation de cet agent en acides iodique et iodhydrique.
L’axonge ne sert pas seulement d’excipient à l’iode et à l’iodure de potassium. Les praticiens, formulant en général des pommades trop actives, ont eu la pensée d’employer des pommades a l’iodure de plomb, dans l’hypothèse probable où, réunissant deux agents résolutifs, ils obtiendraient un effet plus marqué. C’est là une de ces erreurs si nombreuses commises par la généralité des médecins qui n’appliquent pas leurs connaissances chimiques à la thérapeutique, au moins dans l’art de formuler. L’iodure de plomb est une sub-
stance tout à fait insoluble et qui n’est pas absorbée : aussi ne trouvet-on pas de traces de ce sel dans les produits des sécrétions. C’est au moins ce qui résulte d’un travail très consciencieusement fait sur l’absorption des diverses préparations d’iode par M. le docteur Titon, ancien interne des hôpitaux de Paris. La pommade à l’iodure de plomb n’a pas les inconvénients locaux des pommades iodées ; elle ne développe aucune irritation de la peau, mais c’est un résolutif d’une très faible énergie. (Voy. Formulaire , Pommades.)
Il n’en est pas de même du proto-iodure de mercure incorporé à l’axonge : c’est là une pommade trop active, et que l’on trouve indiquée à dose élevée dans les formulaires. Elle est très résolutive, mais nous pensons qu’elle doit la presque totalité de ses propriétés au mercure. En effet, elle amène la salivation aussi souvent que les onguents mercuriels. La dose d’iodure de mercure que l’on fait entrer dans sa composition doit varier en raison de l’usage auquel on la destine. Elle doit être formulée à dose beaucoup plus élevée s’il s’agit d’amener la résolution d’un engorgement, et au contraire l’iodure doit y entrer à dose très faible quand on emploie cette pommade contreu ne maladie de la peau. (Voy. Formulaire , Pommades.)
11 n’en est pas de même du deuto-iodure de mercure : c’est une combinaison très fixe et très insoluble, mais qui devient très soluble dans l’iodure de potassium, de sorte que si l’on ajoutait ce dernier sel au premier dans une pommade, on aurait une formule très active . C’est d’ailleurs un excellent résolutif, un modificateur puissant de certaines surfaces depuis longtemps malades, et dont il est nécessaire de changer la vitalité pour en amener la guérison. (Voy. Formulaire , Pommades.)
2° Médication sulfureuse ou antiherpétique .
Il est peu de médicaments qui aient joué un plus grand rôle dans la thérapeutique des maladies de la peau que le soufre et ses composés. Que l’on reporte ses souvenirs à une époque qui n’est pas encore fort éloignée de nous, et l’on conviendra qu’alors le soufre était le médicament par excellence de la dartre ; c’est-à-dire de toutes les maladies cutanées, puisque toutes recevaient cette déno-
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mination banale. Biett est, dit-on, celui qui a le premier combattu ces tendances : les dermatologistes modernes l’ont suivi dans cette voie, et cependant, encore aujourd’hui, un grand nombre de médecins n’hésitent pas à prescrire cet agent, quel que soit l’état aigu ou chronique de l’affection, et quelle que soit aussi la forme morbide.
Je suis loin, pour ma part, de rejeter les préparations sulfureuses, je les emploie tous les jours ; je tiens seulement à limiter leur usage aux maladies qui les réclament. Or le soufre et ses composés exercent sur les fonctions digestives et sur toute l’économie une excitation plus ou moins marquée en raison de la préparation que l’on prescrit et de la dose que l’on administre. Cette stimulation toute spéciale, nous en traduisons l’effet en disant : c’est un médicament excitant, mais nous ne pouvons pas encore établir de différence entre le mode d’action que le soufre exerce et celui de l’iode, par exemple; dès lors nous nous trouvons conduit à l’employer par une sorte d’empirisme, parce que l’expérience nous apprend qu’il guérit telle ou telle maladie de préférence à telle autre que l’iode guérit moins ou même ne guérit pas. Ce qui ressort cependant de notre expérience, c’est que les sulfureux ne conviennent dans le traitement des affections cutanées que dans les cas où le sujet affecté de la maladie a un tempérament lymphatique plus ou moins dessiné. C’-estla condition principale que nous posons à son administration, indépendamment de la maladie elle-même. Nous ne comprenons pas ici les maladies qui en réclament plus particulièrement l’emploi ; un eczéma, un herpès, peuvent survenir chez des personnes de tempéraments différents. S’il y a une certaine liaison du tempérament avec la forme morbide dans la généralité des cas, cette circonstance n’est pas absolue, elle souffre des exceptions qui justifient ce que nous venons d’avancer à l’égard du soufre.
La médication sulfureuse peut être artificielle ou naturelle , en ce sens que l’on s’adresse au soufre et à ses préparations, ou bien aux eaux minérales sulfureuses. — Le soufre peut être administré à l’intérieur et à l’extérieur. La pharmacie présente peu de ressources pour son emploi intérieur. La fleur de soufre en poudre, en pilules ou à l’état de tablettes, et le foie de soufre, sont les seuls composés que l’on puisse prescrire. Or on ne donne guère le soufre à l’état de
fleur de soufre lavée; ce médicament à l’état pilulaire ne contient pas assez de substance active, car il en faut une certaine dose pour produire des effets. Chaque tablette ne renfermant qu’un décigramme de fleur de soufre, il faut donc donner 5 à 12 décigrammes pour obtenir une action stimulante; le malade est ainsi obligé de prendre chaque jour dix à douze tablettes soufrées. On aurait, il est vrai, une action plus énergique si Ton se servait de soufre dit anglais , ou soufre précipité des hydrosulfates par des acides, car, dans cette préparation, le soufre est dans un état de division extrême et son action a beaucoup plus d’énergie ; elle doit certainement être trois ou quatre fois plus active que celle de la fleur de soufre : aussi ai-je eu la pensée de faire formuler des pilules au soufre précipité, qui peuvent être prises soit le matin, soit le soir, soit dans le cours de la journée, entre les repas, à l’instar des tablettes. (Voy. Formulaire , Tablettes et Pilules.)
Reste donc le sulfure de potassium que Chaussier a mis en évidence dans son sirop formulé au Codex ; mais ce sirop est composé de telle manière qu’il constitue un médicament repoussant, et par son odeur, et par son aspect. Il s’altère à Pair avec une rapidité extrême ; le sulfure se décompose, donne lieu à un sirop d’un blanc jaunâtre qui perd peu à peu de son énergie. Un pharmacien de Paris, M. Crosnier, obtient cette préparation limpide et capable de se conserver : son sirop renferme le quart du sulfure de potassium du sirop du Codex. A la dose d’une cuillerée matin et soir, trois cuillerées au plus par jour, il donne heu à une action médicamenter se très suffisante pour les adultes. L’eau de goudron sert d’ailleurs d’excipient à la dissolution, ce qui n’est qu’un avantage. J’emploie souvent ce sirop et j’en obtiens d’excellents effets. (Voy. Formulaire.) Ce choix dans les modes de préparation est loin d’être indifférent : avec des médicaments déjà peu agréables de leur nature, puis repoussants par leur mode de confection, les malades ne font que des traitements incomplets et insuffisants, parce que l’estomac répugne à l’ingestion de ces médicaments. Je ne parle pas à dessein des eaux de Baréges, faites artificiellement avec le sulfure de potassium: elles constituent une tisane que les malades ne veulent pas prendre Quant aux eaux artificielles de sulfure de sodium
MÉDICATION ANTILYMPHATIQUE .
cristallisé, évidemment moins désagréables, elles ont l’inconvénient de leur quantité, et dès lors je préfère m’adresser aux eaux minérales naturelles.
Nul doute que les eaux sulfureuses naturelles ne doivent avoir la préférence sur tous les médicaments artificiels, mais c’est à la condition que les malades en feront usage à la source même. En effet, elles sont alors prises dans des conditions toutes différentes; elles sont tièdes, dans toute leur pureté, sans aucune altération de séjour ; chacun prendra deux, trois et quelquefois quatre verres d’eau, c’est un usage général; chacun s’y soumet par imitation ou par exemple. A l’eau naturelle s’ajoute l’influence du climat pour toutes les personnes qui n’habitent pas le Midi, et cette influence est immense ; car à une température plus élevée, à un climat meilleur, viennent se joindre un air plus vif, des promenades dans les montagnes, une alimentation confortable, toutes conditions qui prêtent leur concours à la médication sulfureuse.
Les agents sulfureux externes doivent venir en aide à la médication sulfureuse et la compléter; sous ce rapport, les formes d’administration sont beaucoup plus variées: uni à l’axonge, on fait avec le soufre seul, ou le soufre et les carbonates dépotasse et de soude, des pommades soufrées et sulfo-alcalines. Nous pensons que les formulaires ont préconisé ces agents à doses généralement trop élevées. La fleur de soufre ne doit pas dépasser 1 à h grammes pour 30 grammes d’axonge, et quant aux carbonates de potasse et de soude, il faut établir à leur égard une distinction: l’un de ces sels est plus actif que l’autre, de là les doses de 5 décigrammes à 2 grammes de carbonate de potasse, et 1 gramme à 3 grammes de carbonate de soude pour produire le même effet. Ce fait, que nous avions signalé, vient d’être mis en évidence par les agents que M. Wleminsk met en usage en Belgique pour combattre la gale. On sait combien les lotions de Dupuytren au sulfure de potassium sont irritantes ; M. Wleminsk leur a substitué des lotions au sulfure de calcium, et ce' changement de base a suffi pour éviter ces stimulations de la peau. (Voy. Formulaire , Pommades.)
On associe encore les sulfures de potassium, de sodium , de calcium , à l’axonge, pour en faire des pommades, ou à l’huile, pour en corn-
THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE»
poser des liniments. (Voy. Formulaire , Pommades, et Linïments.) Ces préparations sont surtout employées contre la teigne ou la gale. On fait aussi des lotions avec ces mêmes substances: telles sont celles de Baréges artificielles, de Dupuytren, de Barlow (voy. Formulaire , Pommades, Liniments, Lotions) ; elles ont l’inconvénient de se décomposer rapidement au contact de l’air, elles sont par cela même peu employées.
Enfin, les bains artificiels de Baréges au sulfure de potassium soit seul, soit associé à un carbonate alcalin, et même au sel commun, constituent des bains excitants d’une grande efficacité. Toutefois ces bains ont surtout pris faveur par rapport aux affections rhumatismales, pour lesquelles ils jouissent d’une grande vertu. Mais les praticiens commettent la faute de les donner à la même dose, c’est-à-dire à raison de 125 grammes par bain, dans le traitement des maladies de la peau. Or il faut établir ici une grande différence entre la peau saine que l’on désire surexciter pour combattre l’affection rhumatismale des muscles ou des ligaments, et la peau malade dont il s’agit seulement de modifier la vitalité morbide. D’ailleurs un bain excitant ne jouit de cette propriété que pendant un certain laps de temps; peu à peu la sensibilité des tissus s’y habitue, et tel bain qui était fortement excitant devient bientôt presque de nul effet par l’usage. Par ces diverses considérations, il faut débuter par des bains sulfureux faibles, 45 grammes d’abord, augmenter de 15 en 15 grammes la dose de sulfure tous les quatre ou cinq bains, et, en tout cas, ne jamais dépasser 75 à 80 grammes. A l’hôpital tous nos malades qui sont traités par la médication sulfureuse ne prennent jamais de bains au delà de 60 grammes de foie de soufre, et encore ils en éprouvent souvent des effets de surexcitation.
Quelle que soit la dose, quels que soient le mélange ou la nature des substances employées, on n’imite jamais les eaux minérales sulfureuses naturelles, et dans beaucoup de cas on ne les remplace pas. Cependant on obtient en hiver d’immenses succès de l’emploi de ces eaux et de ces bains artificiels. Dans quelques cas même j’ai vu des malades me dire que les bains d’Enghien qu’ils avaient pris après l’usage des eaux et bains sulfureux artificiels avaient eu un résultat moins efficace que ces derniers.
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Terminons par une observation relative aux bains sulfureux artificiels. C'est encore sous l’influence d’une sorte de routine que les garçons baigneurs font prendre les bains sulfureux le plus chaud possible. Rien de plus préjudiciable que cette pratique. On surexcite les maladies cutanées, on les ramène à l’état aigu, et l’on prolonge ainsi plusieurs d’entre elles. Ce n’est pas que je rejette ce mode d’administration d’une manière absolue. Lorsque l’affection cutanée a une marche chronique, quand elle date de très loin, elle a souvent besoin de cette surexcitation pour être modifiée ; mais ce sont là de ces cas exceptionnels dont le médecin reconnaît l’opportunité.
Telle était la manière dont nous nous exprimions dans la première édition de cet ouvrage. Un mémoire de M. Soubeiran sur les bains, dans le Bulletin de thérapeutique pour le mois de mai 1856, est venu confirmer toutes nos assertions et répandre une vive lumière sur la préparation des bains sulfureux artificiels. Après avoir fait remarquer que la prétention de ceux qui ont composé des bains artificiels a toujours été de se rapprocher de la composition des eaux naturelles, M. Soubeiran fait remarquer qu’à cette époque on ignorait la composition réelle des eaux minérales, ce que des analyses plus récentes ont fait connaître depuis. En conséquence, ce savant chimiste établit : 1° Que le sulfure de sodium (monosulfure de sodium, sulfure sodique) est l’agent minéralisateur des eaux des Pyrénées; qu’Anglada a démontré que les eaux artificiellement préparées avec ce sel sont les seules qui se rapprochent des eaux minérales sulfureuses; qu’Anglada a publié une formule qui correspond à la moyenne de sulfuration des diverses sources des Pyrérénées; que les formules données par M. Félix Boudet et par le Codex constituent une eau aussi forte que les sources les plus fortes des Pyrénées. D’où nous croyons devoir tirer les formules suivantes, sauf à ce que les médecins les appliquent suivant les cas :
jf Sulfure de sodium cristallisé . 32 à 42 grammes.
Carbonate de soude . 32 à 42 grammes.
Sulfate de soude . 8 a 16 grammes.
Eau . 200 litres.
D’où la preuve de ce que nous avançions plus haut, puisque aujour-
\Tl THERAPEUTIQUE GENERALE.
d’hui, dans les bains sulfureux artificiels ordinaires on fait entrer 125 grammes de foie de soufre.
Mais dans ces bains on a l’habitude d’ajouter de l’acide sulfurique étendu qui met à nu une grande proportion d’acide sulfhydrique (hydrogène sulfuré). M. Soubeiran a voulu savoir si ces bains étaient plus actifs lorsque l’hydrogène sulfuré est mis à nu , que lorsqu’il reste allié à sa base sans addition d’acide, à l’état de sulfure de sodium.
Il a remarqué sur lui-même que toutes les fois qu’il faisait ajouter un acide aux bains de sulfure de sodium, il en sortait plus excité ; or c’était de l’acide tartrique, et par conséquent l’action stimulante ne pouvait provenir que de l’hydrogène sulfuré libre. M. Soubeiran fait observer qu’il est préférable d’ajouter de l’acide tartrique cristallisé, et de laisser dégager peu à peu l’hydrogène sulfuré, c’est le moyen d’avoir un bain plus actif.
Arrivant aux bains préparés avec le sulfure de potasse, il fait remarquer que ce sel est un composé de trisulfure de potassium et d’hyposulfite de soude, qui tous deux contribuent à la sulfuration du bain. — - Que 50 grammes de sulfure de potasse équivalent à l\U grammes de monosulfure de sodium, c’est-à-dire à la force des eaux les plus sulfureuses des Pyrénées. Ces bains avec addition d’acide sont plus actifs, et les malades en établissent eux-mêmes la différence. Ils disent qu’ils conservent plus longtemps l’odeur sulfureuse quand ils ont pris un bain de ce genre, que lorsqu’il n’a pas été ajouté d’acide. L’eau de la Reine, à Luchon, qui est dans ce cas, est très recherchée par les malades.
On voit par ce qui précède combien la médication sulfureuse est variée, combien elle offre de ressources au praticien quand il sait s’en servir et en graduer les effets en raison des doses et des formes de la médication. Rornons-nous, quant à présent, à établir d’une manière générale les maladies qui en réclament l’usage et les conditions principales dans lesquelles elles peuvent convenir.
A la tête de toutes les maladies de la peau, je citerai sous ce rapport les herpès à forme subaiguë ou chronique ; les pityriasis versicolor et nigra; les eczémas chroniques, chez les sujets d’un tempérament éminemment lymphatique. Toute forme composée, soit
MÉDICATION ANTÏNERVEUSE OU ANTIPAPULEUSE. 123
eczémateuse, soit lichénoïde, qui dérivera de l’herpès, qui se reliera avec lui, se trouvera à merveille de cette médication, et cela va si loin, que le psoriasis, qui ne reçoit en général aucune influence des eaux minérales sulfureuses, guérit parfaitement par les pommades sulfo-alcalines et les bains sulfureux, si le psoriasis est herpéti forme, c’est-à-dire s’il se dessine par des plaques à bourrelet avec dégagement de peau au centre ; et c’est pour cela que j’insiste tant sur les formes composées des maladies de la peau, que les auteurs n’ont pas décrites, car ces formes mêmes deviennent la source d’indications thérapeutiques. Voici un fait entre cent qui prouve l’utilité de ces distinctions dans les formes composées. Un malade me fut adressé à l’hôpital Saint-Louis par un médecin de Strasbourg. Entré par accident dans un autre service, après avoir d’ailleurs été soumis à l’usage des préparations arsenicales, du goudron et d’autres moyens propres à combattre les affections squameuses, il fut traité par l’huile de cade, mais sans succès. Peiné de ne pas se trouver sous la direction du médecin auquel il avait été adressé, il parvint à se faire admettre dans mes salles. Il avait un psoriasis herpétiforme ; il fut soumis à la médication sulfureuse externe et interne, et il sortit deux mois après parfaitement guéri.
Au surplus, j’aurai soin d’insister sur les applications de la médication sulfureuse, lorsque je traiterai de chaque maladie en particulier ; je n’ai voulu que poser des jalons et faire connaître en général les ressources que cette médication peut offrirai! médecin.