‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 2 sur 69 · GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

GÉNÉRALES

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L’étude spéciale des maladies de la peau ne saurait être faite avec fruit, si elle n’était précédée de l’exposition de doctrines générales en dermatologie. Le médecin sans doctrines n’a qu’une thérapeutique d’empirisme et de tâtonnement; or cette thérapeutique tout exceptionnelle ne doit être appliquée qu’à ces états morbides insolites où le succès a justifié l’emploi des moyens, dans des circonstances analogues. Non pas que nous prétendions, en parlant de doctrines, rapporter à une unité morbide toutes les maladies cutanées ; ce serait alors un système , né d’une idée préconçue, devant lequel nous ferions plier toutes les maladies de la peau pour en expliquer l’origine, la nature, la forme, et poser les bases d’une thérapeutique nouvelle. Loin de nous cette pensée ; rien n’est plus préjudiciable à la pratique de la médecine qu’un système. Si, en général, il fait quelque bien, s’il éclaire sur la nature de quelques maladies, il cause toujours beaucoup de mal en s’étendant du domaine de la théorie à celui de la pratique.

Mais entre un système et des doctrines plus ou moins homogènes, nées de l’observation des maladies, doctrines qui se lient et se groupent entre elles pour donner naissance à un ensemble de pré-

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coptes thérapeutiques, il y H une distance énorme ; ce n’est qu’à ce point de vue que nous prétendons faire connaître notre manière d’envisager l’ensemble des maladies de la peau et leur thérapeutique.

Lorsqu’il y a seize ans nous avons succédé à l’honorable Biett, à l’hôpital Saint-Louis, nous n’avions été l’élève d’aucun maître en dermatologie, Ohe£ nous le passé n’enchaînait pas l’avenir ; nous étions auprès du malade le médecin qui, après vingt ou vingt-cinq ans de séjour dans les hôpitaux, a fait une moisson plus ou moins ample d’observations sur toutes les maladies en général et qu’une catégorie nouvelle de malades venait impressionner de nouveau. Derrière nous, des hommes qui avaient fait école ; dont les idées avaient été adoptées par tous leurs contemporains, parce que l’on devait à ces hommes illustres d’avoir fait sortir du chaos les mille formes variées des maladies cutanées restées jusqu’alors inconnues.

Nous identifier, par respect comme par besoin, avec leurs doctrines, mais toutefois ne pas nous isoler de nos vues et de nos doc trines sur les maladies en général , telle fut notre première pensée, telle a été la ligne que nous avons suivie ; et c’est ainsi que nous nous sommes misa explorer, sous ce double rapport, les nombreux malades qui avaient été confiés à nos soins. Nous avons été conduit à nous demander : Pourquoi cette catégorie de maladies ainsi isolée de la pathologie générale? — Pourquoi des doctrines toutes spéciales pour ce groupe de maladies? — Pourquoi cette cause unique toujours cachée qui les ferait naître? — La peau èst-elle donc une enveloppe isolée du reste du corps? • — A-t-elie donc sa vie indépendante? — N’est-eile plus le reflet au dehors du bien-être et des souffrances du dedans? — Y a-t-il quelque virus qui, sous mille formes diverses, la travaille et la dévore? — Est-ce que ses formes morbides diffèrent des formes des autres maladies autrement que par la structure qui est propre à son tissu? — N’est-ce pas toujours, au moins quant à P aspect , l’élément inflammatoire qui nous impressionne? Cet élément inflammatoire ne subit-il pas à la peau des modifications en raison du tempérament, de la constitution de l’individu, ainsi que de la cause qui l’entretient comme on l’observe à l’égard des autres organes de l’économie, etc.?

Si donc ces analogies existent, pourquoi de telles distinctions?

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Pourquoi cet isolement des affections cutanées? Y aurait-il des motifs puissants qui s’opposeraient à ce que ces maladies rentrassent dans le cadre de la pathologie générale?

Selon nous, ces raisons d’être n’existent pas et nos doctrines en dermatologie sont précisément basées sur cette pensée que nous formulons de la manière suivante :

Les maladies de la peau , communément désignées sous le nom de dartres, ne sont autres que des états morbides tout à fait identiques avec ceux des autres tissus.

Même origine, mêmes causes, même marche, même terminaison, même liaison, enfin, avec tous les autres organes de l’économie.

La conséquence de ces idées est, au point de vue thérapeutique, toute une révolution dans les principes qui dirigent depuis cinquante ans les praticiens.

Gomme eux, nous allons rechercher la cause du mal pour la combattre et la détruire, si elle existe encore; mais, au lieu de la chercher dans un élément morbide propre aux dartres, un virus, un être à part, une cause toujours la même , agissant sur toute l’économie, être le plus souvent inconnu que l’on combat au hasard par des modificateurs dont l’administration est tout aussi hasardée, nous la cherchons, nous, dans le tempérament du sujet, sa constitution, l’hérédité à laquelle il a été soumis, le climat qu’il habite, la profession qu’il exerce, les causes morales qui ont agi sur lui, les privations auxquelles il a pu être soumis ; dans l’état de tel ou tel organe intérieur en souffrance, et enfin dans les agents externes qui, suivant les conditions sociales où l’homme se trouve placé, ont pu faire naître les mêmes altérations cutanées qu’une cause interne aurait produites.

Toutefois, en dehors de ces conditions les plus généralement observées, il faut convenir que lorsque la même affection se généralise à la peau sans cause appréciable, il y a là dans le sang, dans les tissus, dans toute l’économie, une influence occulte, un principe morbide dont la nature nous fuit, nous échappe, et que nous attaquons quelquefois avec bonheur par un seul et même agent. Ce principe, qui constituait le virus des anciens, est appelé diathèse par les médecins modernes qui se rattachent volontiers à ces anciennes idées.

Zj , PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

Cependant il faut y prendre garde, si l’on ne revient pas à la doctrine des virus, on revient à celle des diathèses; or avec ce mot, on peut aller fort loin et remplacer une même idée par un autre mot.

Or rien déplus dangereux en médecine que les mots. Pour nous, tout disposé que nous sommes à admettre des diathèses, ou dispositions (du grec &a&rya<ç), nous ne sous-entendons pas par ce mot un état occulte né dun principe général morbide donné toujours le même, qui aura son antidote, comme le pourrait être un virus. La disposition morbide pourra avoir ses sources diverses, et se rattacher à des conditions de tempérament, d’âge, de constitution, d’hérédité: ainsi la disposition strumeuse n’est que la conséquence de la prédominance exagérée du système lymphatique; de même que la diathèse lichénoïde n’est que le résultat de la prédominance exagérée du système nerveux général et de celui delà peau en particulier , de même encore, en dehors de ces conditions, il peut exister des diathèses dont la nature et la cause ne peuvent pas être saisies et que nous apprécions seulement par l’agent propre à la combattre , agent dont l’expérience nous a montré l’efficacité. Mais il v a loin de ces idées à la pensée qui rattache toujours à une seule et même cause le principe morbide de plusieurs maladies. Le plus grave de tous les inconvénients, c’est d’avoir un mot qui satisfasse à l’esprit et qui l’éloigne de l’effort propre à reconnaître la nature d’un inconnu qui nous a jusqu’alors échappé.

Telles sont les idées qui constituent nos doctrines en dermatologie. Nous en tirons la conséquence que la pathologie de la peau ne diffère de la pathologie des autres tissus et organes que par la forme variée de ses productions ?norbides. Il y a identité d'éléments et de causes ; par conséquent , il doit y avoir identité de thérapeutique.

Mais il ne suffit pas de faire connaître nos doctrines en dermatologie, il faut encore chercher à prouver qu’elles sont fondées. Nées d’une conviction intime, nous devons nous attacher à les faire partager, et réunir au moins tous nos efforts pour arriver à ce but. Nous allons donc entrer dans la démonstration générale de ces faits, en donnant quelques développements à une série de propositions que nous allons formuler, sauf à revenir d’une manière plus spéciale sur chacun de ces faits en particulier.

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Première proposition. — La généralité des maladies de la peau a pour forme morbide ordinaire V élément inflammatoire .

Parcourez l’échelle de ces maladies, depuis les exanthèmes, où la forme inflammatoire est la plus prononcée, jusqu’aux maladies de l’épiderme et des ongles, où elle l’est le moins, et vous trouverez des traces évidentes de cette forme pathologique.

Inutile de vous citer les affections vésiculeuses, pustuleuses, bulleuses, papuleuses, tuberculeuses, où l’élément inflammatoire est très dessiné; j’arrive tout de suite à ce que l’on pourrait regarder comme des exceptions.

Le psoriasis? Mais sous ces squames argentées, la peau est rouge, tuméfiée ; il en est de même pour la lèpre vulgaire . Le psoriasis de l’extrémité des ongles est lui-même précédé à son début d’un cercle inflammatoire très dessiné, ainsi que je l’ai souvent observé.

L q pityriasis? S’il ne se montre d’abord que par un état farineux de la peau, qui entraîne avec lui un léger excès de sensibilité de ce tissu avec démangeaison plus ou moins vive, l’irritation vient-elle à augmenter, alors la peau rougit franchement et l’inflammation est mise hors de doute.

L 'herpès tonsurant amène à la peau de la démangeaison et de la rougeur, sans que l’une et l’autre soient vives. Dans le porrigo decalvans , comparez les couleurs de la peau dénudée avec le reste du cuir chevelu, et vous lui trouverez une teinte rose très marquée, avec une turgescence qui donne à ce tissu l’aspect de peau œdémateuse, à moins que la maladie ne s oit fort ancienne.

Dans Y albinisme accidentel et partiel , où les cheveux paraissent seuls malades, la peau est quelquefois tuméfiée et colorée en rose.

Le pityriasis versicolor cause à son début la sensation de démangeaisons; s’il arrive à un degré plus élevé, il dessine un état inflammatoire.

Dans le favus (teigne) enlevez le godet, et vous trouverez la peau rouge, enflammée.

Certes, si vous prenez ces formes morbides quand elles datent de plusieurs années, vous n’observerez plus les phénomènes de l’inflammation; mais il suffit pour nous de constater qu’il est une période d’invasion de la maladie où l’état inflammatoire est dessiné,

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pour que nous n’isolions pas ces maladies des autres. Or, il faut noter que nous avons pris à dessein des exemples avec les apparences les moins inflammatoires.

Il est maintenant des exceptions dans les maladies de la peau comme il en existe pour les maladies des autres organes.

L ’ichthyose de naissance ne présente jamais aucun caractère inflammatoire.

Les productions cornées sont dans le même cas.

Certaines formes de molluscum rentrent encore dans ces exceptions.

Certaines formes de lèpre peuvent être citées comme n’étant pas inflammatoires, et encore n’avons-nous pas à nous demander si, pour quelques-unes des maladies auxquelles nous faisons allusion, les tissus blancs ne sont pas dans les mêmes conditions de forme morbide.

Nous ne voulons déduire de ces démonstrations qu’une seule chose, c’est l’identité morbide entre les formes de maladies delà peau et celles des maladies des autres organes, sans rien préjuger à cet égard pour la thérapeutique de ces maladies.

Mais, objectera-t-on, la conséquence inévitable de ce fait démontré pour vous, ce doit être l’adoption du traitement antiphlogistique dans le but de combattre ces affections.

Loin de nous cette pensée. De ce qu’une maladie d’un organe a pour forme élémentaire l’inflammation, s’ensuit-il qu’en pathologie on la traite nécessairement et toujours par des antiphlogistiques? Cette conséquence serait bonne à adopter au point de vue d’un système, ainsi que l’avait établi Broussais; elle est mauvaise au point de vue d’une analogie de forme pathologique; elle ne saurait conduire qu’à faire pour les maladies cutanées ce que l’on fait seulement pour les autres maladies, c’est-à-dire à leur appliquer la méthode antiphlogistique à la naissance, au début du mal, et c’est justement la seule induction que je veux en tirer, sans préjudicier en rien aux divers modes de traitement employés contre ces affections quand la période aiguë vient à prendre une marche décroissante.

Cette marche thérapeutique diffère essentiellement des méthodes perturbatrices que beaucoup de praticiens mettent encore en usage aujourd’hui au début des affections de la peau.

Deuxième proposition. — Les maladies de la peau peuvent être

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déterminées par toutes les causes qui produisent les maladies des autres tissus ou organes : causes physiques , causes morales , hérédité , climat sous lequel vit V individu, tempérament , constitution du sujet , organisation spéciale de la peau , efc.

Développons cette seconde proposition. Il est de principe généralement admis en médecine, que toute cause morbide venue du dehors porte son influence plus spéciale sur l’organe de l’économie qui est plus impressionnable à cette cause ; c’est alors cet organe qui devient malade si la cause agissante s’exerce assez puissamment pour produire une maladie.

La peau ne saurait être séparée, sous ce rapport, des autres tissus ou organes, et l’on en trouve un exemple bien tranché dans les états érythémateux ou fluxionnaires de la face, qui, chez certains sujets, se reproduisent si fréquemment sous l’influence de l’impression de l’air, indépendamment, d’ailleurs, de l’état général de la santé.

Certes les causes générales extérieures, refroidissement, suppression de transpiration, etc., exercent plus d’influence sur les organes parenchymateux de l’économie que sur le tissu de la peau, parce que la congestion sanguine y est plus facile ; mais il n’est pas rare de voir des maladies sécrétantes, impétigo , ecthyma , érythème , sécrétant de la sérosité et du pus, survenir après la suppression de la transpiration.

11 est des agents physiques dont le contact constant avec la peau développe des maladies spéciales de ce tissu; de là un certain nombre d’affections cutanées propres à certaines professions. Ainsi la gale dite des épiciers ( eczéma lichénoïde des mains ) ; Y herpès phlyctênoïde et le pemphigus de cause externe, assez communs chez les teinturiers; les ulcères et Y eczéma des jambes que l’on voit se développer chez les débardeurs de bateaux, Y érythème chronique des mains des filles de comptoir des liquoristes, etc.

Les causes morales qui agissent sur l’ensemble de l’économie pour développer des maladies générales peuvent aussi devenir la source d’affections cutanées. Il est fréquent de voir surgir tout à coup, et à la suite d’un violent accès de colère, un érythème , un érysipèle, un impétigo, un herpès phlyctênoïde , un purpura, une

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syphilide papuleuse , comme sous l’influence de la même cause on voit se manifester un ictère ou une fièvre quelconque.

De même que les chagrins, l’abstinence, les privations, la misère engendrent des fièvres graves ; de même ces causes développent le rupia , Yecthyma cachecticum , le purpura chronique et le scorbut.

L'hérédité , qui propage la phthisie, les maladies du foie, les affections intestinales, la scrofule, développe à la peau Yichthyose blanche , brune ou cornée , le psoriasis ou la lèpre vulgaire , etc. Le climat sous lequel vit l’individu fait naître la lèpre des régions équatoriales ou celle des tropiques , la pellagre , comme il fait naître la fièvre jaune et la peste.

Au tempérament il faut rattacher le lichen et le prurigo chez les individus éminemment nerveux ; Y impétigo, Yecthyma, certains lupus, pour les individus chez lesquels le tempérament lymphatique prédomine; le pityriasis versicolor , les taches hépatiques et Y herpès, aux personnes dont le tempérament bilieux est très dessiné ; comme on rattache à chacun de ces tempéraments certaines maladies, soit du tube digestif, soit de tout autre appareil d’organes, parce que ces maladies coïncident le plus généralement avec ces conditions de tempérament jprononcées à un très haut degré. 11 en est de même delà constitution forte du sujet, qui développe des maladies cutanées franchement inflammatoires de la peau avec marche aiguë très intense, maladies qui se guérissent au moyen de quelques émissions sanguines générales et d’applications émollientes locales, s’assimilant en cela aux affections inflammatoires des autres organes de l’économie qui cèdent à un traitement analogue.

Par rapport à Y âge, n’y a-t-il pas à la peau des maladies de l’enfance, de l’adulte et du vieillard, ainsi qu’on en décrit dans l’histoire de la pathologie interne ? Les affections cutanées, communément désignées sous le nom de croûtes de lait, eczéma et eczema impetiginodes , le strophulus ou feu de dents, les favus ou teignes, sont autant de maladies qui se guérissent le plus souvent au fur et à mesure que l’enfant prend de l’accroissement. La vieillesse a des maladies cutanées qui lui sont propres , le prurigo pédiculaire, Yecthyma cachecticum, le rupia, le scorbut des jambes. Chez l’adulte,

1 q psoriasis et les autres affections squameuses; le sycosis ou mentagre,

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Y eczéma des organes génitaux , le prurigo de l'anus , Yintertrigo , etc.

Enfin, spéciale de la peau devient elle-même la

source de maladies cutanées comme celle d’un organe interne devient la source d’affections de ces organes. Rien de plus commun que de voir la membrane muqueuse intestinale dans un mauvais état de santé par suite de l’accomplissement imparfait des fonctions de la peau, sous rinfluence d’une organisation toute spéciale de ce tissu, et qui nous échappe. C’est sur ce fait bien démontré que reposent les succès de l’hydrothérapie, et il en est d’incontestables. De même, c’est à certaines conditions, soit d’organisation acquise ou modifiée par le temps, qu’il faut attribuer quelques affections cutanées, dont la forme et le développement sont soumis h ces conditions. Ainsi, un impétigo va se montrer chez deux sujets de même âge, il sera survenu dans les mêmes conditions. Chez l’un, il suffira de quelques applications émollientes pour en arrêter les progrès; chez l’autre, impossible de tarir la source du pus : c’est un écoulement qui traverse d’heure en heure les pansements dont on le recouvre. Mais dans ces derniers cas, la peau est épaisse, blafarde et opaline, elle transsude la sécrétion huileuse ; chez l’autre, la peau est sèche, ferme, épaisse et consistante.

Un individu est sain, sa santé générale a toujours été bonne, mais sa peau a développé une odeur plus ou moins forte ; cette odeur est devenue tellement infecte, que cette personne, de la haute société même, ne peut rester une demi-heure dans un salon sans que tout le monde en soit chassé, et cependant aucune altération pathologique, aucune apparence morbide à la peau! La cause, vous la demanderiez en vain ; elle est tout entière dans certaines conditions d’organisation de la peau inappréciables à nos sens. La maladie s’est développée lentement, et tous les traitements préconisés par les hommes les plus expérimentés dans le traitement des affections cutanées ont été sans succès. L’analogue en pathologie est, à cet égard, dans la membrane muqueuse des voies respiratoires qui exhalera pendant toute la vie d’un individu une respiration fétide, odeur dont la formation ne porte aucune atteinte à la santé. J’ai connu une personne qui avait cette infirmité portée au plus haut degré dès le jeune âge, et qui est morte à quatre-vingt-sept ans.

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Ainsi, analogie parfaite de causes et d'effets entre les maladies de la peau et les maladies des autres organes; y compris ces états qui nous sont encore inconnus dans quelques cas, et que nous sommes portés à appeler diathésiques.

Troisième proposition. — Les maladies de la peau suivent dans leur évolution la même marche , et présentent les mêmes terminaisons que les maladies des autres organes.

Ici nous n’éprouvons pas plus de difficulté à établir nos analogies que nous n’en avons rencontré à l’égard des propositions précédentes.

Toutes les affections cutanées ont leur période d’invasion et d’accroissement, leur période stationnaire et leur période décroissante ; comme toutes les autres maladies elles se présenteront à votre observation, ou avec une marche aiguë, ou avec une marche chronique; elles peuvent, comme elles, se terminer par résolution, suppuration, gangrène, etc.

Mais il est une objection de quelque portée à faire à cette assertion, c’est que les maladies de la peau ont en général une durée qui n’est pas en rapport avec leur peu d’importance : c’est qu’elles se perpétuent des années; que parfois elles sont incurables; que leur récidive est très communément observée, et que sous ces divers rapports elles se différencient, en apparence au moins, de la généralité des maladies des autres tissus.

Nous ferons connaître un peu plus loin les causes qui régissent ces conditions en apparence exceptionnelles pour les maladies de la peau, et nous démontrerons qu’elles tiennent à la situation de la peau, à ses fonctions et à ses rapports avec tous les agents qui Fenvironnent.

Quant à présent, nous dirons d’une manière sommaire que tout tissu malade qui n’est pas en contact avec l’air ou avec les agents extérieurs, guérit cent fois plus vite que celui qui est dans des conditions opposées. Voyez les fractures comminutives avec plaie au dehors, et comparez-les à celles qui ne sont pas avec lésion de la peau : tandis que celles-ci guérissent dans un espace de temps très court et sans accidents, celles-là vont suppurer des mois entiers, des portions d’os vont se nécroser, et l’amputation du membre pourra être même jugée nécessaire au début. — Pourquoi une am-

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putation dans laquelle la réunion est faite par première intention exige-t-elle moitié moins de temps pour la guérison? C’est que la plaie est à l’abri du contact de l’air. — Si les ophthalmies sont souvent tort rebelles, c’est que la conjonctive est enj contact avec l’air. Il en est de même des bronchites durant les variations de température. — La phlébite traumatique est souvent mortelle; la phlébite spontanée l’est rarement.

Eh bien! pour la peau, non-seulement on trouve cette condition de contact de l’air, mais encore on y rencontre la mobilité permanente de la peau dans les mouvements d’extension et de flexion, les frottements incessants des vêtements, le contact continuel avec les corps qui nous environnent, les congestions nées des mouvements musculaires durant la marche, ainsi que l'extension du tissu de la peau durant ces contractions : toutes causes qui tendent à entretenir la maladie cutanée par les mouvements du tissu et les frottements qu’elles déterminent, et sur l’influence desquelles nous reviendrons en particulier en traitant de la marche générale des maladies de la peau.

A ces causes de permanence et de durée de la maladie, il faut ajouter que l’affection de la peau n’est souvent qu’un reflet de la maladie d’un organe interne, puisque souvent il suffit de traiter l’organe interne malade pour voir céder l’affection cutanée ; que les maladies de la peau sont, comme nous l’avons démontré, le plus souvent liées au tempérament et à la constitution de l’individu ; qu’elles ne peuvent guérir qu’à la condition de les modifier l’un et l’autre par les médications prolongées ; qu’elles peuvent être héréditaires; et en groupant ainsi toutes ces circonstances, on explique facilement leur durée qui, eu égard aux autres maladies, semble faire une exception, qui n’est réellement qu’apparente.

Les praticiens ne portent pas assez leur attention sur ces conditions de la peau ; ils prescrivent des traitements locaux et généraux sans joindre à ces moyens les conditions de repos auxquelles ils astreignent les autres malades, et c’est ainsi qu’en mettant de côté l’hygiène qu’ils font observer ordinairement dans les autres maladies, ils perpétuent les affections cutanées.

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Quatrième proposition. — Si les formes morbides sont beaucoup plus variées dans les maladies cutanées , c est que le tissu de la peau est le plus complexe de tous les tissus de V économie.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur la description succincte que nous ferons de l’anatomie de la peau pour voir combien est fondée cette proposition. Envisagée par les anciens comme un des tissus les plus simples et comme n’étant formée que par l’épiderme et le derme, la peau s’est plus tard compliquée du réseau de Malpighi ; puis Gautier est venu y joindre ses quatre couches. Plus tard, Breschet et Roussel de Vausème l’ont examinée au microscope, et supprimant les couches de Gautier, ils y ont ajouté leurs appareils diapnogène, blennogène, chromatogène, celui d’inhalation, le névrothèle ou corps papillaire, etc., etc. Puis sont venus les travaux de micrographes plus modernes qui ont détruit ce qu’avaient fait ces anatomistes, en simplifiant eux-mêmes la structure de la peau. Mais est-ce bien là le dernier mot de la science?

Que prouve d’ailleurs cette grande divergence dans l’anatomie de la peau, si ce n’est l’état si complexe, si difficile à analyser, à séparer, à isoler assez complètement pour que l’anatomie puisse rendre compte des éléments morbides si variés que l’on observe dans ce tissu. Et, en effet, où est le siège de cette inflammation si éphémère que l’on nomme érythème? Evidemment dans la couche la plus superficielle de la peau, et cependant, dans certains d’entre eux, la peau et le tissu cellulaire sont malades à la fois. Mais voici venir X eczéma, maladie bien superficielle encore qui n’amène même pas de turgescence à la peau, mais qui engendre des vésicules extrêmement ténues. Plus loin, des pustules plus profondes comme celles de Xecthyma , puis de plus profondes encore, comme dans les pustules d 'acné, et enfin de grosses pustules qui ressemblent à des tubercules et où la peau et le tissu cellulaire sont malades comme dans le sycosis ou mentagre. Il en est ainsi pour l’état papideux morbide à un degré si superficiel dans le prurigo, à une profondeur plus grande dans le lichen , à un degré plus avancé et plus profond dans la syphilide papuleuse, dans le tubercule syphilitique, etc., etc. Toutes ces maladies, dont nous pourrions singulièrement étendre la nomenclature, n’ont-elles pas chacune un siège différent, et si elles peuvent

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chacune parcourir leurs phases et leur évolution dans ce point de profondeur donnée de la peau sans jamais aller au delà, n’y a-t-il pas lieu de croire qu’elles siègent sur un tissu spécial de la peau et diffèrent en raison de la forme morbide? Dès lors les tissus élémentaires de la peau ne sont-ils pas extrêmement complexes, et si complexes que l’anatomie ne peut en préciser la nature ni la disposition, circonstance qui rend compte alors des formes si variées des maladies qui affectent la peau, contrairement à celles des autres tissus dont les éléments sont beaucoup moins compliqués ?

Nous avons cherché à démontrer que, par rapport à la cause, à la forme, au développement, à la marche, à la terminaison, les maladies de la peau étaient identiques avec les maladies des autres tissus et organes de l’économie; qu’elles devaient par conséquent, rentrer dans le cadre général de la pathologie, non comme exceptionnelles, mais comme se pliant facilement à toutes les classifications admises aujourd’hui pour les autres maladies.

Quelles conséquences faut-il tirer de ces analogies au point de vue de la thérapeutique ? C’est : 1° Qu’il faut appliquer au traitement des affections cutanées les règles de thérapeutique qui dirigent lemédecin dans le traitement des maladies des autres organes ;

2° Qu’il y a lieu de répudier cette sorte d’empirisme qui, jusqu’à présent, a été sans cesse invoqué pour la guérison des maladies de la peau, sauf à conserver les agents dont l’expérience a consacré les succès et l’efficacité.

Donnons quelque extension à ces deux dernières propositions.

Du temps de Lorry, d’Alibert, de Biett même, une maladie de la peau était généralement réputée dartre. C’était, aux yeux des médecins, une conséquence nécessaire d’un état général. Cet état général, il fallait le modifier pour obtenir la guérison de la dartre, et pour arriver à cette modification, on employait une série de moyens, tisanes amères ou sudorifiques, sirops amers, soufre, antimoine, arsenic, mais surtout emploi continuel et constant, pour tous les cas, des tisanes et sirops dépuratifs et des sulfureux. Que la maladie fût récente, qu’elle fût ancienne, qu’elle eût une forme plus ou moins aiguë, plus ou moins chronique, c’était le miroir d’un état général qu’il fallait modifier à tout prix.

A quel caractère reconnassait-on la nécessité d’employer ces modificateurs? A quel genre d’état général avait-on affaire? Quelle circonstance dirigeait dans le choix de ces dépuratifs? C’est ce qu’on n’a jamais pu préciser, et il faut le dire, c’est ce que le praticien le plus exercé n’a jamais fait que par tâtonnement. — De là une influence souvent inutile ou même nuisible portée sur toute l’économie, ou sur l’estomac et les intestins en particulier ; une surexcitation des affections dartreuses par l’emploi de moyens énergiques, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, et partant, l’entretien ou la prolongation d’une maladie de la peau qui, prise au début et traitée par une médication simple, aurait pu guérir dans un espace de temps très court.

Quant au traitement local, les affections cutanées étaient aux yeux de la généralité des praticiens de véritables noli metangere qu’il fallait toujours respecter, qu’elles qu’en fussent la cause et l’origine, et c’est ainsi que l’on perpétuait dans les familles des maladies qui se reproduisaient de génération en génération.

Que demandons-nous depuis longtemps? Qu’une maladie de la peau soit envisagée au même point de vue que les maladies des autres organes; que le médecin en cherche avant tout l’origine et la cause; qu’il étudie surtout les rapports qui peuvent exister entre l’affection cutanée et la lésion d’un organe interne ou l’état général de l’économie. — Qu’il examine si la maladie est une conséquence du tempérament, de la constitution, de la profession, des habitudes et de la manière de vivre du sujet. — Qu’il respecte son début et sa marche, comme il le fait à l’égard des autres maladies, et qu’il emploie, dans ces premières périodes, un traitement général ou local en rapport avec la forme aiguë ou chronique du mal.

Que les sudorifiques, les amers, les préparations sulfureuses, arn timoniales, arsenicales, iodées, mercurielles, etc., soient encore des armes puissantes entre les mains du praticien : mais que le médecin en dispose seulement en raison des conditions dans lesquelles se trouve le sujet; de l’expérience qu’il a acquise de l’efficacité de ces moyens dans telle forme de maladie cutanée, et lorsqu’une sorte

puissance des moyens ordinaires,

Alors, on fait une médecine sage et rationnelle ; on arrive peutêtre encore, dans beaucoup de cas, à l’empirisme, mais on ne s’expose à altérer la santé et la constitution du malade, pour obtenir la guérison de la maladie de la peau, qu’après avoir consacré l’impuissance des moyens ordinaires. C’est assez dire que, comme nos devanciers, nous attachons une grande valeur aux médications préconisées de tout temps; seulement nous en signalons l’abus et nous n’en demandons l’application que lorsqu’elle devient nécessaire. Tel est l’ensemble de nos doctrines en dermatologie. Pour en prouver le fondement, il nous faut étudier avec soin et d’une manière générale les causes, le développement, la marche et la terminaison de ces affections. Nous exposerons ensuite la thérapeutique générale à laquelle nous sommes conduit par nos idées, thérapeutique que nous formulerons sous le titre de Médications. Et comme nous relions les formes morbides à certaines conditions de tempérament et de constitution ; comme nous groupons autour de ces médications les maladies en raison même des causes qui les font naître, nous espérons faire sortir les praticiens de la thérapeutique presque banale qu’ils ont suivie jusqu’alors.

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