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I. Des causes des maladies de la peau

Depuis 18M, nous avons mis entre les mains de nos élèves internes des feuilles de relevés en tête desquelles nous avons établi des colonnes d’entrée, de noms, d’âge, de profession, d’habitation , d’état , de tempérament et de constitution , de localité affectée, etc., etc., le tout pour chaque maladie; nous avions pu recueillir ainsi, il y a deux ans, dix-huit cents cas de maladies de toute sorte. C”était bien peu relativement à un service de cent trente lits, à raison de dix à quinze malades entrant par semaine; depuis cette époque ce chiffre d’ensemble a été confirmé par de nouveaux faits statistiques recueillis depuis la publication de la première édition de cet ouvrage. Nous ne les ajoutons pas à ce nombre, parce que, sans changer les rapports proportionnels, ils entraîneraient le changement des chiffres numériques applicables à chaque espèce de maladie. Ce chiffre d’ensemble est venu confirmer entièrement les

idées générales que nous nous étions formées d’après l’observation soutenue des malades confiés à nos soins, idées générales qui sont devenues la clef de notre thérapeutique : à savoir, que certaines formes morbides sont liées à certains tempéraments , à certaines constitutions, de sorte qu’en employant des agents thérapeutiques connus pour être des modificateurs de ces tempéraments, on guérit l’affection cutanée qui n’en est qu’un reflet. Ainsi, les maladies sécrétantes, et surtout celles à forme purulente, Y impétigo, Y eczéma,

Y eczéma impétigineux, Y intcrtrigo , etc., sont essentiellement liées au tempérament lymphatique; le lichen et ses variétés, le prurigo, affections papuleuses non sécrétantes, se trouvent toujours chez des sujets à tempérament nerveux ; le pityriasis versicolor , les taches hépatiques, chez les sujets bilieux: d’où la nécessité de l’usage des ferrugineux, des amers, des antiscorbutiques, des sulfureux, dans les maladies sécrétantes; des alcalins sous toutes les formes dans les affections papuleuses ou lichénoïdes. Et comme sur dix-huit cents cas de maladies cutanées on en trouve huit cent cinquantedeux qui sont des affections sécrétantes, on conçoit comment la médication amère et sulfureuse ait pu jouer de tout temps et en l’absence de toute théorie un si grand rôle dans la thérapeutique des affections de la peau. Cette liaison de la forme morbide avec le tempérament a pour nous une telle portée, qu’à la vue d’un malade atteint d’une affection de la peau et chez lequel le tempérament est nettement dessiné, je pourrais pressentir la forme de maladie cutanée dont il est atteint, sans voir la maladie elle-même.

D’une autre part, on ne peut nier, et c’est un fait d’observation commune à tous les médecins, qu’il est des maladies de certains âges, que l’âge seul peut guérir, et où il y a même quelquefois danger de guérir.

D’autres affections sont essentiellement liées à l’hérédité, telles que Yichthyose, la l'epre; pour celles-là la médecine est presque toujours impuissante.

Il en est qui dépendent de l’organisation même de la peau : ainsi

Y acné sébacée et plusieurs variétés d 'acnés. Quelques-unes se rattachent essentiellement à la menstruation : Yerythema nodosum , par exemple; à l’âge critiqué chez les femmes, Yintertrigo, Y eczéma des

oreilles ; d’autres, à la misère, à la malpropreté, comme le rupia , le prurigo , le prurigo pédiculaire ; ou bien à la mauvaise nourriture, au défaut de nourriture ou aux chagrins prolongés, comme le rupia , Yecthyma cachecticum , le scorbut , le purpura. 11 en est qui sont un reflet des lésions gastriques ou intestinales, et principalement de gastralgies, comme Y herpès et le pityriasis.

Les causes prédisposantes des affections cutanées doivent donc être rattachées :

1° Au climat ;

2° A l’hérédité ;

3° Au tempérament ;

4° A l’àge ;

5° A l’organisation de la peau ;

6° Aux agents extérieurs mis en contact avec elle;

7° Aux affections morales ;

8° Aux maladies, infirmités ou états acquis;

9° A un état soit des liquides, soit des solides de l’économie, que nous ne pouvons pas saisir, et qui à nos yeux doit constituer un huitième ordre, auquel nous donnons le nom de diathèses dans l’acception simple de ce mot.

Donnons quelque développement à ces huit ordres de causes.

Le climat engendre certaines maladies de la peau telles que la lèpre des Arabes, des Hébreux, des Grecs, le pian d’Amérique, comme il engendre dans d’autres contrées la peste et la fièvre jaune : sous ce rapport analogie parfaite.

L’hérédité est relative ou absolue. Absolue, quand l’enfant apporte en naissant, ou peu de temps après la naissance, la maladie de l’un de ses parents: exemple, l’enfant né avec une ichthyose. Relative, quand il naît avec les conditions d’organisation du père ou de la mère atteints l’un ou l’autre d’une maladie de la peau. Cette différence est capitale. Dans le premier cas, l’affection est innée , elle est incurable; dans le second, au contraire, l’enfant apporte en naissant la prédisposition à son développement; on peut souvent en prévenir la manifestation en soumettant l’enfant à des conditions hygiéniques données. Ainsi l’enfant né d’un père ou d’une mère affectée de psoriasis n’est pas condamné à avoir un psoriasis ; il y est

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prédisposé. Prenez plus de soin de sa peau que vous n’en prendriez pour tout autre ; graissez-la de temps en temps ; multipliez les bains, habituez l’enfant à se laver la surface du corps à l’eau froide tous les matins ; employez, en un mot, les moyens hygiéniques que vous mettriez en usage pour éviter le retour du psoriasis, et vous préviendrez le développement de cette maladie. On ne saurait, à cet égard se dissimuler l’influence de l’hérédité ; elle est immense. On voit quelquefois une affection cutanée passer sur une génération sans l’atteindre et se refléter sur la génération suivante : c’est une remarque que j’ai eu l’occasion de faire très souvent; c’est assez dire que le médecin a un grand intérêt à ne pas laisser subsister les affections cutanées durant de longues années, chez les enfants et chez les jeunes gens, ainsi que le font encore aujourd’hui beaucoup d’entre eux, puisqu’ils ouvrent la porte à l’hérédité : en effet, ces maladies finissent par prendre tellement domicile sur le tissu de la peau qu’elles semblent s’identifier avec l’organisation tout entière et devenir quelques années plus tard l’origine d’une transmission des parents à leurs descendants. — Mais ce n’est pas seulement à l’égard des affections squameuses que se manifeste l’hérédité comme cause de maladies, l’eczéma et l’eczéma impétigineux du père se reflètent fréquemment sur les enfants ; il en est de même du lichen quand il a été conservé pendant longtemps sous une forme chronique. A l’égard de la syphilis constitutionnelle, elle se transmet de génération à génération sous deux formes : ou sous celle de syphilis franche, ou sous celle de scrofule syphilitique. L’attention des médecins n’a pas encore été suffisamment appelée sur ce passage de la syphilis à cette forme. Bon nombre d’enfants atteints de carie des os ont une scrofule syphilitique provenant d’une affection syphilitique constitutionnelle mal soignée chez les parents, ou bien cette cause modifiée revêt chez eux, en raison même de leur tempérament et de leur constitution, une forme insidieuse du genre de celle qui caractérise les accidents tertiaires. J’ai vu un très grand nombre de cas de ce genre, et il est rare que je n’aie pas toujours dans mes salles deux ou trois personnes dans ces conditions ; ce n’est plus la syphilide ivec ses formes accentuées et régulières, c’est quelque chose d’anormal entre la scrofule et la syphilide. Ainsi trouve-t-on bon

nombre de lupus qui ne sont ni des lupus tuberculeux, ni des lupus exedens , et qui sont héréditairement syphilitiques. Les préparations mercurielles qui, dans le traitement de la scrofule, jouissent d’une certaine efficacité, ne la doivent probablement qu’à la nature syphilitique de cette forme scrofuleuse qui n’a pas encore été suffisamment étudiée et dont nous nous occupons depuis plusieurs années. M. Bazin partage notre manière de voir à cet égard.

Nous avons dit que la cause prédisposante de la généralité des maladies sécrétantes résidait dans le tempérament et dans la constitution du sujet. Nous avons établi par des données statistiques que la moitié des affections cutanées recevait une influence directe et puissante du tempérament lymphatique; et nous avons expliqué comment se trouvait justifié l’emploi, nous dirions presque l’abus que l’on fait depuis longues années des sulfureux dans le traitement des maladies de la peau. Cette remarque est importante, car si cette circonstance justifie l’emploi de ces médicaments, elle pose un terme à leur usage ; elle prouve que les sulfureux doivent être exclus de la thérapeutique des maladies cutanées qui n’ont pas pour siège un sujet de tempérament lymphatique. Mais nous avons été plus loin, et nous avons avancé qu’à chaque tempérament se rattachait une série de dermatoses à élément uniforme. Or chaque tempérament ayant son modificateur : l’eau et les émissions sanguines pour le tempérament sanguin ; les amers, les sulfureux, les ferrugineux et l’iode pour le tempérament lymphatique; les alcalins pour le tempérament bilieux ; les sédatifs externes et internes pour le tempérament nerveux, il en découle toute une thérapeutique nouvelle des maladies de la peau, thérapeutique plus rationnelle et qui ne repose plus sur la routine de l’empirisme. Ce sont des faits que nous développerons dans notre thérapeutique générale, et dont nous prenons acte dès à présent.

Après le tempérament invoqué comme cause prédisposante des affections cutanées, nous avons cité Y âge. Prouvons son influence sur le développement et l’entretien de certaines dermatoses. Mais auparavant allons au-devant d’une objection que l’on peut nous faire tout d’abord : Que peut le médecin , dira-t-on, contre l’âge

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comme cause de maladie? Nous n’avons pas à rechercher dans Y étude des causes ce que le médecin peut ou ne peut pas; ce à quoi nous devons nous attacher, c’est de savoir si réellement l’âge est une cause prédisposante. Personne ne nie l’influence de l’hérédité comme cause , et cependant que peut le médecin contre l’hérédité?

Il est d’abord un fait admis par tout le monde, c’est qu’il est des maladies de la peau qui ne se rencontrent qu’à certains âges de la vie. Ainsi les eczémas, eczéma impétigineux, impétigo, du cuir chevelu et de la figure (croûtes de lait), dans la première enfance; les lichens dans l’enfance, les érythèmes dans la jeunesse, le lupus dans l’adolescence, le psoriasis, la lèpre vulgaire, dans l’âge viril ; le prurigo, le scorbut, le rupia, dans la période décroissante de la vie, et bien d’autres affections que j’aurais pu citer. Or un certain nombre de ces maladies, pour la première enfance, peuvent guérir par le bénéfice seul du temps ; l’âge en est donc la cause prédisposante réelle. C’est qu’en effet l’économie n’a pas la même organisation à telle ou telle époque de la vie, et comme pour nos besoins nous scindons la vie sous ce rapport en une série de phases durant lesquelles l’organisation progresse en modifiant la texture des tissus, puis devient stationnaire et finit par décroître ; on comprend alors que des maladies survenues au voisinage de la naissance puissent être modifiées et guérir avec le seul secours du temps. On conçoit que les tissus puissent être affectés différemment durant ces diverses périodes de la vie, et c’est ainsi que l’âge qui les représente devient une cause prédisposante des affections cutanées.

V organisation de la peau est aussi une cause puissante de développement de certaines dermatoses. Remarquons, sous ce rapport, combien la peau diffère suivant les individus. Tout en convenant que l’organisation de ce tissu varie selon le tempérament du sujet : blanche et épaisse dans le cas de tempérament lymphatique; brune et sèche chez les sujets bilieux ; blanche et fine chez les individus sanguins, il existe, indépendamment de ces distinctions tranchées, certaines conditions d’organisation de peau, particulières à quelques personnes, et qui se font remarquer soit dans toute l’étendue de la peau, soit seulement dans certaines régions du corps. Ainsi,

il est des enfants qui naissent avec une peau épaisse, blafarde, huileuse, opaline en général. Dans ce cas, il est rare de ne pas voir apparaître dès les premières années de la vie ou dans radolescence une maladie sécrétante, et sécrétant principalement du pus. Si la peau du visage est seule dans cet état, la maladie sera le plus souvent bornée à cette partie, ou si elle ne survient pas, la peau ainsi organisée sera plus tard le siège des diverses variétés d 'acné rosacea ou indur ata. Si c’est la peau du dos, on y verra surgir dans l’âge de l’adolescence de gros boutons qui apparaissent successivement sur les épaules des jeunes gens, et dont on observe tant d’exemples sur les baigneurs des bains de rivière en été; c’est encore de Y acné. Sont-ce les aisselles dont la peau présente cette organisation, il s’y présentera chez les jeunes fdles un intertrigo plus ou moins purifluens , ainsi que je l’ai dénommé; et plus tard, chez les femmes à l’âge critique, un intertrigo. Jamais on ne trouvera de semblables maladies sur la peau sèche et brune, qui est l’apanage du tempérament bilieux ; mais on observera les pityriasis alba , bersicolor , nigra ; le lichen affectera la peau fine et mince, qui appartient au tempérament nerveux.

Il est donc des conditions d’organisation de la peau qui favorisent le développement de certaines maladies cutanées. Celles que nous venons d’indiquer sont appréciables , mais il en est d’inappréciables : telle est, par exemple , cette structure de la peau qui exhale l’odeur fétide dont nous parlions précédemment. Telle est aussi cette particularité que nous signalerons plus loin à l’occasion des médications, à savoir, qu’il est certains individus dont la peau ne peut pas supporter le moindre corps gras chez les uns, un cataplasme émollient chez les autres, sans qu’il s’y développe aussitôt un érythème. Impossible d’ailleurs de reconnaître à la vue ces différences de sensibilité qui sont une conséquence de l’organisation spéciale du tissu.

On peut donc établir en principe qu’il existe d’abord des maladies cutanées de causes externes et des maladies de causes internes. Parmi les premières, il faut ranger celles qui résultent du contact de tous les agents extérieurs avec la peau; ainsi Yerythema solare , les divers érythèmes non sécrétants qui proviennent de frictions ou

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lotions avec des acides, des alcalis, des pommades trop fortes à base de potasse, de soude et d’ammoniaque ; des applications de liqueurs alcooliques , comme l’érythème des mains des filles de comptoir chez les marchands de liqueurs; ou celui qui résulte des frictions avec l’eau sédative; l’eczéma lichénoïde et impétigineux des épiciers, le pemphigus des teinturiers, etc., etc.; enfin du dépôt sur la surface de la peau des insectes qui peuvent y vivre et s’y propager pour développer la gale, la maladie pédiculaire, le prurigo, le pediculus du pubis; ou des cryptogames qui dans les contacts passent d’une tête à une autre pour y faire naître la teigne ou l’herpès tonsurant, si le terrain est propre à la germination des spores qui ont été déposées. En dehors de ces causes il faut qu’il y ait une prédisposition , c’est celle qui a son point de départ dans les conditions statistiques que nous venons de faire connaître.

11 est un ordre spécial de causes qui influent singulièrement sur le développement de quelques maladies cutanées, je veux parler des causes morales , et en particulier des chagrins de tout genre : le pemphigus diutinus , le rupia, Yecthyma cachecticum, le purpura, le scorbut, les furoncles , sont autant d’affections qui reconnaissent pour causes prédisposantes les peines morales. Si c’est à un âge assez avancé de la vie que ces maladies s’observent, ce n’est aussi qu’à cet âge que nous subissons réellement l’influence de cet ordre de causes: les exemples en sont d’ailleurs journaliers. Leur action en est d’autant plus grande qu’en supprimant l’appétit, elles amènent la cachexie. — Mais les émotions vives , comme la colère , la frayeur, développent rapidement les maladies à forme éruptive, ainsi qu’elles développent la jaunisse. Ces jours derniers, un manufacturier de C . me consultait pour un psoriasis herpétiforme général

qu’il portait à la peau depuis dix mois. La maladie s’était montrée tout à coup après l’impression produite par un accident grave survenu dans sa manufacture : la chaudière de la machine à vapeur ayant éclaté, sept ouvriers avaient succombé à la suite de brûlures. On voit donc que plus nous avançons dans cette étude générale des causes, plus l’assimilation que nous avons faite entre les maladies de la peau et celles des autres tissus ou organes de l’éco-

nomie tend à faire reposer ce rapprochement sur des bases plus solides.

A l’égard des causes prédisposantes, il nous faut aussi invoquer les indispositions , infirmités , ou états acquis dans la santé générale, que l’on considère avec raison comme des causes propres à développer d’autres maladies dans l’économie. A leur tête nous placerons, pour la femme , trois conditions importantes : le moment où va s’opérer la menstruation, celui où elle se dérange accidentellement, celui où elle cesse naturellement ; et pour l’homme, l’époque de la vie où il entre dans l’âge de la puberté, et celle où il se trouve dans un âge que j’appelle critique , comme chez la femme, quoiqu’il n’y ait pas chez lui de menstruation. Il existe en effet chez l’homme, à l’âge de la puberté, et à un âge correspondant à celui de l’âge critique de la femme, une corrélation parfaite dans le développement des mêmes maladies, ainsi qu’on va le voir dans les faits suivants. Parlons d’abord de ce qui est relatif à la femme. Lorsqu’une jeune fille va se régler, non-seulement il se montre un dérangement dans la santé générale qui annonce cette nou velle phase de la vie, mais encore elle est fréquemment sujette à une espèce d’érythème qu’on appelle noueux (erythema nodosum ) ; de sorte qu’une petite évacuation sanguine devient presque toujours indispensable pour arrêter l’affection, sans quoi elle se prolonge durant un mois, six semaines, avec des malaises et un état général souvent fort préjudiciable à la santé. La même affection, exigeant le même traitement, se montre au même âge, c’est-à-dire vers quinze ou seize ans, chez le jeune homme.

Je ne veux pas attacher pour cela trop d’importance à l’établissement de la menstruation chez les jeunes filles, ou au moins plus d’importance que de droit ; sous ce rapport, je combattrai de toutes mes forces un préjugé généralement répandu chez les médecins à l’égard de l’établissement de la menstruation envisagée comme moyen ou circonstance curative des affections delà peau déjà existantes. Une jeune fille a dès l’enfance une affection cutanée rebelle ; le médecin tient alors ce langage aux parents : Attendez , la menstruation va s3 établir et la maladie guérira sans agents thérapeutiques. Les règles se montrent et la maladie ne guérit pas. Alors on

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se rejette sur le mariage et l’on dit: Viendra une grossesse qui débarrassera la mère de sa vieille affection cutanée. Le mariage arrive, et il ne peut rien pour la maladie de la peau. La grossesse s’établit, la maladie de la peau disparaît, mais à peine l’accouchement a-t-il eu lieu qu’elle reparaît avec autant d’intensité qu’auparavant, à moins que la jeune mère n’allaite ; mais une fois l’allaitement terminé, l’affection prend le dessus. Ce qu’il y a de plus fâcheux encore, c’est que la mère transmet alors très fréquemment à son enfant la prédisposition à la maladie ou même la maladie dont elle était atteinte depuis de longues années. Ainsi, pour avoir négligé de traiter de bonne heure une affection cutanée chez une jeune fille, on perpétue cette affection dans une famille. Loin de moi la pensée qu’à tout âge et à tout prix il faille guérir. Dans l’enfance, ces maladies sont en général sécrétantes de leur nature ; c’est une sorte d’exutoire qui garantit l’enfant d’affections plus graves des organes internes. 11 faut alors les respecter par deux motifs : le premier, c’est celui que je viens de faire connaître à l’instant; le second, c’est que jusqu’à l’âge de cinq ou six ans l’enfant n’est pas encore assez fort, il n’est pas encore assez développé pour permettre l’emploi de moyens médicamenteux suffisamment énergiques pour guérir une maladie d’une certaine durée ; mais lorsque l’enfanta pris un développement suffisant, il y a faute, je dirai presque il y a crime à abandonner l’enfant à lui -même dans cet état, et aux seuls efforts de la nature qui ne fait rien ou presque rien pour la guérison. Je n’hésite donc pas à heurter de front ce préjugé avec toute la conviction et la conscience d’un homme qui a vu journellement et depuis longtemps les conséquences déplorables d’une telle direction médicale, et le lecteur me pardonnera ce langage énergique en présence des conséquences désastreuses qu’entraîne une pareille conduite pour toute une famille stigmatisée et flétrie dans ses descendants à divers degrés.

L’âge critique chez l’homme et chez la femme est la cause de plusieurs affections cutanées. Nous citerons Y eczéma des oreilles et celui du cuir chevelu, Y eczéma du bout des seins, Y intertrigo du sein, celui des aines et des cuisses, le prurigo de la vulve pour la femme; et chez l’homme, Y eczéma des bourses, 1 a prurigo de l’anus,

Y eczéma des oreilles, maladie moins commune, il est vrai, que chez la femme.

Nous en dirons autant des affections cutanées qui reconnaissent pour cause prédisposante et déterminante les dérangements dans la menstruation, l’aménorrhée ou la suppression d’un flux hémorrhoïdaire. Ici pas de maladies spéciales ; elles varient dans leur forme en raison du tempérament et de la constitution du sujet.

Enfin, c’est surtout dans l’état malade de certains organes internes, et notamment des membranes muqueuses, qui ont des rapports si intimes avec la peau, qu’il faut rechercher la cause de bon nombre de maladies cutanées: les gastralgies ou entéralgies, les gastrites ou gastro-entérites chroniques, les hypérémies ou subirritation des voies biliaires, le catarrhe chronique de la poitrine et l’asthme, sont autant d’états qui prédisposent aux maladies de la peau. Il est peu de formes herpès ou d q pityriasis qui ne soient liées à l’un ou à l’autre de ces états, de sorte que, dans certains cas, en remédiant à l’affection primitive, on guérit l’affection secondaire sans employer aucun des moyens que l’on dirige habituellement contre ces maladies cutanées : c’est ce qui arrive souvent pour Y herpès (ceci envers et* contre les idées émises par les micrographes, qui ne voient dans ces affections que des cryptogames h détruire). Le purpura n’est fréquemment que le reflet d’une affection intestinale. Il est des prurigo qui sont une source de bien-être pour l’asthmatique; tant que la démangeaison est à la peau, la respiration est libre. Il en est de même du prurigo de l’anus, souvent lié à des bronchites ou coïncidant avec des poitrines assez délicates, pour que la guérison de cette maladie puisse être un danger. J’ai vu un magistrat qui, peu de temps après la guérison d’un prurigo de l’anus, a été pris d’hémoptysie ; l’hémoptysie a cessé quand les voies urinaires se sont affectées à leur tour; puis a succédé une gastralgie qui a fait disparaître l’état des voies urinaires. Eh bien ! tout en l’ayant débarrassé d’un prurigo de l’anus tellement incommode que ce magistrat ne pouvait plus siéger, j’ai un moment regretté la guérison que j’avais opérée. Heureusement l’avenir ne m’a plus laissé l’ombre d’un regret, car il jouit depuis plusieurs années d’une excellente santé.

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C’est qu’en effet ce n’est pas par la suppression seule d’une maladie sécrétante que l’on peut compromettre la santé et la vie d’un malade, il suffit souvent de la suppression d’une démangeaison habituelle, surtout lorsque l’organe souffrant dont l’état coïncide avec la maladie prurigineuse se trouve être l’organe pulmonaire. Il s’opère alors des congestions moitié séreuses, moitié sanguines dans le tissu des deux poumons; on n’y entend pas de râle crépitant, mais tous les râles sonores qui accompagnent et l’asthme avec congestion et la congestion elle-même; le pouls ne dénote pas de plénitude dans la circulation, il est petit et fréquent; que l’on saigne les malades, et on les tue ; une dérivation puissante par une éruption artificielle confluente dans toute l’étendue du dos, des épaules et des lombes, à l’aide de l’huile de croton tiglium , de larges sinapismes ou des vésicatoires promenés sur la poitrine en même temps que l’on rappelle la démangeaison au point primitivement affecté, voilà la véritable thérapeutique.

A toutes ces causes, il faut ajouter la misère, la malpropreté, la vie errante et la débauche qui engendrent les maladies pédiculaires de la tête et du corps, le prurigo, le rupia, l’ecthyma cachecticum, et peut-être aussi un certain nombre de ces affections psoriques avec production végétale ou animale , telles que la gale , la teigne, l’herpès tonsurant, etc. C’est assez dire que malgré tout ce qui a été écrit à ce sujet, nous croyons encore à la spontanéité de développement de certains corps organisés qui occupent les derniers degrés de l’échelle végétale ou animale. Leur origine, leur semence, leurs ovules sont-ils transportés dans l’air ambiant pour venir prendre naissance sur un terrain devenu favorable à leur éclosion, comme la gale qui se développe sur les animaux malades, ou comme l’oïdium qui a attaqué certains végétaux dans toute la France dans des années mauvaises où ces végétaux souffraient eux-mêmes dans leurs végétations ? Cela est possible, mais non démontré comme règle absolue. Quoi qu’il en soit, l’histoire natu relie seule ne peut pas résoudre une pareille question sans le concours de la pathologie ; et, nous devons le dire, les faits pathologiques sont loin d’être toujours d’accord avec les lumières fournies par l’histoire naturelle.

Enfin, pour compléter ce tableau, il nous reste à rappeler qu’il est des cas où la cause est inappréciable ; elle échappe aux investigations les plus sérieuses, et cependant des agents thérapeutiques puissants administrés à l’intérieur, d’après ce que l’expérience peut avoir appris, c’est-à-dire d’après un empirisme éclairé, parviennent à la combattre et à la détruire. C’est dans ces sortes de cas que l’on a appelé cette cause cachée des noms de virus dartreux, diathèse dartreuse , inconnu des dartres , etc. Quelle est la nature de cette cause? Nous l’ignorons. Est-elle diverse? Cela est possible et même probable, puisque dans un cas elle est détruite par une médication, et dans un autre par une médication d’un autre genre. Mais nul ne saurait dire ce qu’elle est, où elle réside ; si c’est dans le sang ou les humeurs, si c’est dans les solides. Jusqu’à ce que la science ait lait un pas de plus, il faut nous satisfaire de ce qui est acquis à cet égard, c’est-à-dire de la certitude d’une cause inconnue qui nous échappe. Démontrons-en l’existence par des exemples : Le psoriasis est une des affections les plus communes ; il se perpétue dans les familles, se transmet de génération en génération à des degrés différents. Dans la très grande généralité des cas, il affecte des individus fort bien constitués chez lesquels ne prédomine aucun tempérament ; il arrive à un âge où le développement de l’homme est presque complet; il a ses lieux d’élection toujours constants; mais bientôt il s’étend à toute la surface du corps. Administrez à l’intérieur l’arsenic sans aucun traitement externe, et le psoriasis va guérir, je ne dirai pas dans tous les cas sans le secours d’aucun moyen externe, mais au moins dans la généralité des cas. — Un eczéma ne se borne pas à paraître sous la forme d’une plaque plus ou moins étendue de la surface de la peau , mais par une série de plaques morbides disséminées soit sur les membres, soit sur le tronc, et avec une certaine symétrie, en ce sens que les deux membres supérieurs et inférieurs sont affectés dans les mêmes régions. Tout cela s’est opéré le plus souvent sans cause appréciable, à la manière d’une éruption exanthémateuse. Est-ce que toute l’économie n’est pas malade dans ce cas? Aussi l’arsenic, l’iodure de soufre, forme pyramidal font-ils souvent justice de ces affections. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que de tous les agents ainsi employés l’arsenic et le soufre,

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principes minéralisateurs par excellence, sont aussi les antidotes les plus énergiques à opposer à ces causes inconnues , ce qui peut nous rendre compte peut-être des résultats si remarquables qu’amène l’emploi des eaux minérales dans le traitement de certaines maladies cutanées. Il en est de même de la teinture de cantharides contre les lichens généraux chroniques de la jeunesse. Ce sont là ces états pour lesquels on a créé un nom particulier, qui est aujourd’hui celui de diathèse , et que nous repoussons comme une expression propre à fausser l’esprit en ce .sens, que si on lui fait exprimer la nature de la cause, on se satisfait à l’aide d’un mot, et l’on empêche ou l’on arrête des investigations qui tôt ou tard doivent tendre à une appréciation plus saine et plus directe de la cause morbide. Cependant, pour combler une lacune, il a bien fallu en faire l’objet de notre huitième espèce de causes éloignées ou prédisposantes.

Ainsi, comme on peut le voir par ce coup d’œil rapide sur l’en semble des causes prédisposantes et déterminantes des maladies de la peau, il n’y a aucune différence entre ces causes et celles qui développent les maladies des organes internes; l’analogie, sous ce rapport, est aussi complète que possible.

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