‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 24 sur 69 · PREMIER GROUPE · texte numérisé non relu

PREMIER GROUPE

Affections exantliéxnateuscs.

Exanthèmes (èfavô^a, efflorescence; sÇavOew, je fleuris).

Ce groupe de maladies est si nettement tranché, que Plenck, Willan et Rateman, tout en prenant pour hase de leur classification l’élément anatomico-pathologique, ont cru devoir en faire une classe à part; et cependant il y a dans cet ensemble de maladies les formes les plus variées d’état pathologique qui, envisagées au point de vue anatomo-pathologique seulement, permettraient de les ranger dans diverses catégories de vésicules, de pustules, de papules, etc.; mais ces dermatologistes ont reculé devant cette grande considération, que les exanthèmes ont entre eux des caractères si communs, une analogie de cause, d’évolution, de terminaison et de thérapeutique telles, qu’ils n’ont pas osé les séparer et qu’ils ont été réduits à en faire une classe à part, détruisant forcément l’unité de vue et l’harmonie de leur classification. C’est qu’il n’en pouvait être autrement ; c’est qu’il ne faudrait pas être médecin pour se permettre de scinder tout cet ensemble d’affections dites éruptives , et de maladies cutanées symptomatiques de causes générales si nettement dessinées.

Or, si dans d’autres maladies de la peau, à formes variées d'ailleurs, on retrouve les mêmes considérations moins nettement tranchées, il est vrai, mais existant cependant, le lecteur nous pardon-

ÉRYTHÈME.

nera-t-il pas de ne point nous être astreint servilement à la classification de Willan, et d’en avoir agi ainsi pour rapprocher des affections plus ou moins identiques sous les rapports, ou de la forme, ou de la cause, ou delà thérapeutique, et à ce dernier point de vue surtout.

Et d’abord ce qui frappe le plus le praticien, c’est que toutes ces affections exanthémateuses ont pour point de départ un état général, de manière que l’éruption n’en soit qu’un reflet. Cet état général, cette maladie d’ensemble, dérive de plusieurs causes différentes ; il ne saurait être rattaché à une cause, à un principe unique. Ici c’est le virus variolique, là l’inconnue de la rougeole, de la scarlatine; ailleurs c’est l’érythème, la roséole, l’urticaire, provenant soit d’un état inflammatoire de l’économie, qui a été la conséquence de la suppression des règles ou d’un écoulement sanguin périodique, ou dépendant d’une sorte de fluxion printanière du sang, si je puis m’exprimer ainsi pour rendre ma pensée. Dans d’autres affections, ce sera l’usage de certains médicaments, de certains poissons, etc. Mais dans tous ces cas l’éruption n’est que le phénomène morbide, la maladie est dans toute l’économie.

En second lieu, la régularité de ces exanthèmes donne naissance à une sécrétion morbide qui a sa période d’accroissement, son époque de suppuration et de dessiccation à jour fixe, comme si la nature se débarrassait de tout ce qui gêne l’harmonie de ses fonctions par cette sorte d’émonctoire.

En troisième lieu , ce qu’il y a de remarquable dans la production de tous ces phénomènes cutanés, c’est la régularité de leur succession pour ainsi dire à heure fixe, et tellement précise, que quand cette évolution ne suit pas sa marche accoutumée, l’état général du malade en devient plus grave. Essayez-vous d’enrayer, de modifier, de faire avorter ces affections éruptives, vous amenez une perturbation plus ou moins grave dans l’économie, vous faites naître une phlegmasie d’un des principaux organes avec trouble fonctionnel plus ou moins intense.

Enfin la thérapeutique de ces affections repose sur ces deux principes, qu’il faut savoir en favoriser le développement, et qu’il y a lieu en général de livrer à elle-même l’affection cutanée.

Quoi qu’il en soit, il n’entre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé de décrire tous les exanthèmes, la généralité de ces affections est largement étudiée dans les traités de pathologie ; mais il en est trois qui nous concernent d’une manière toute spéciale : ce sont Y érythème, Vurticaire et la roséole. Si nous en traitons à l’exclusion des autres, c’est que ces maladies affectent des formes particulières peu connues de la généralité des médecins; c’est que l’histoire de l’une d’elles, en particulier, l’érythème, ne peut être faite que par un dermatologiste, à cause des aspects si multipliés sous lesquels il se présente et de ses connexions avec les autres affections cutanées.

Érythème (« ouOupa, rougeur) ; erythema , feux de dents, efflorescence,

dartre érythémoïde d’Àiibert.

ÉRYTHÈME SYMPTOMATIQUE.

dépendant :

1° D’un état inflammatoire général.

Fugace \fugax).

Papuleux ( papulatum ).

Tuberculeux ( tuberculosum).

Noueux {nodosum\

Marginé ( marginatum ).

Circiné ( circinatum ).

Mamellé ( mamellatum ).

Excentrique (excentricum) .

2° D’un état anémique.

Lisse ( leve).

Paratrime.

3° D’une cause syphilitique.

Érythème syphilitique.

4° D’une cause générale mal connue.

Engelures ( pernio ).

Acrodynie.

Pellagre.

ÉRYTHÈME IDIOPATHIQUE.

Coup de soleil ( erythema à solare ).

Par piqûre (à puncturâ).

Par brûlure.

Par succion.

Par contact d’un fluide irritant.

Sueur altérée ( intertrigo ).

Urine.

Flueurs blanches.

Matières fécales.

L’érythème est une affection qui, dans ses prodromes, son début, sa forme, sa marche et sa terminaison, présente des phénomènes si variés, qu’il peut offrir l’image de presque toutes les formes pathologiques des maladies cutanées, depuis celles qui affectent le plus superficiellement la peau jusqu a celles qui l’attaquent le plus profondément; depuis la simple rougeur, la simple efflorescence à fa surface de la peau jusqu’à l’inflammation profonde et violente, jusqu’à la gangrène. On y retrouve toutes les dispositions morbides

ÉRYTHÈME.

de la classification de Willan : rougeur, sécrétion vésiculeuse, état papuleux, tuberculeux, etc. Tantôt il est fugace, tantôt persistant. Il peut être précédé des symptômes qui forment le cortège des maladies les plus légères, comme aussi de ceux qui annoncent une maladie grave. Commençons par en donner les caractères, afin d’établir nettement les bases du diagnostic.

A l’état simple, l’érythème se présente toujours avec les seules apparences d’une rougeur plus ou moins vive et rose de la peau, avec ou sans surélévation des téguments, amenant un peu de chaleur, de démangeaison ou de cuisson, et sans sécrétion aucune. Cette rougeur a pour cachet trois caractères essentiels : coloration rosée de la partie malade : rosée, j’insiste sur ce mot ; disparition instantanée et complète de la coloration sous la moindre pression du doigt; apparition très rapide de ce phénomène, de sorte qu’à l’aide de ces caractères il est impossible de confondre l’érythème avec aucune autre affection cutanée.

L’érythème peut être envisagé sous trois points de vue : 1° il est symptomatique ou idiopathique ; 2° il est aigu ou chronique ; 3° il est endémique, épidémique ou sporadique. De ces trois divisions communes à presque toutes les maladies, c’est la première qui nous frappe, parce qu’elle nous conduit directement à la thérapeutique. En effet, dans l’érythème symptomatique, ce n’est pas l’érythème qu’il faut voir, c’est la cause, et c’est vers elle qu’il faut diriger le traitement. Pour l’érythème idiopathique, la médication diffère comme les variétés d’érythème et de causes.

1° Érythème symptomatique ou dépendant d'un état général.

Dans cette division, nous trouvons une série d’espèces qui ont reçu des auteurs des noms différents :

Érythème amorphe; — papuleux ; — tuberculeux ; — noueux ; — mamellé ; — marginé ; — circiné ; — excentrique; — fugace. Ces érythèmes ont pour caractère la forme sous laquelle ils s’offrent à nos yeux.

L'érythème amorphe n’a pas de forme particulière ou déterminée, ainsi que son nom l’indique.

érythème papuleux est caractérisé par l’apparition à la surface de la peau de petites élevures de forme et de volume analogues à la forme et au volume d’une lentille.

L ’ érythème tuberculeux se rapproche du précédent, et n’en diffère qu’en ce qu’il est plus volumineux. Dans ces deux variétés d’érythème papuleux et d’érythème tuberculeux les rougeurs sont très nettement circonscrites.

L ’ érythème noueux présente une rougeur qui n’est pas parfaitement limitée. A la surface de la peau paraissent des élevures du volume d’une noisette environ, et l’on sent dans l’épaisseur de ce tissu comme de petites nodosités, en passant le doigt sur la saillie érythémateuse, de sorte que l’affection paraît plutôt avoir son siège sous la peau qu’à la surface.

L 'érythème mamellé , signalé par Alibert, est caractérisé par une rougeur de forme ovoïde, de la largeur de la main environ, avec élévation de la surface érythémateuse au-dessus du niveau de la peau, ce qui lui donne un aspect assez semblable à la saillie d’une mamelle.

L 'érythème marginé est celui dont la circonférence est très nettement arrêtée et circonscrite ; caractère fort important et qui lui a fait donner son nom. Cet érythème est souvent précédé et accompagné d’un mouvement fébrile ; il apparaît surtout à la figure, au cou et au tronc plutôt que sur les membres.

L 'érythème circiné ou à forme circulaire. Ce qui distingue cette variété, c’est que la partie centrale du cercle décrit par l’éruption est complètement dégagée ; dès lors il ne reste plus qu’un cercle érythémateux en dedans duquel la peau est saine : il n’y a de malade que la circonférence, comme dans la variété précédente. On pourrait le confondre avec l’herpès, mais il est exempt de vésicules. Ses plaques affectent souvent une étendue très considérable.

L 'érythème excentrique est formé par une surface érythémateuse arrondie qui s’étend de plus en plus en largeur en laissant à son centre une portion de peau qui a l’apparence d’une cicatrice très superficielle; son siège est généralement aux pommettes et au menton ; sa largeur est celle d’une pièce de 2 francs. Biettl’a décrit le premier.

EHYTHKMI.

Il est une variété d’érythème excentrique du bout du nez, à forme chronique comme le précédent, et dont les auteurs n'ont pas fait mention. Il survient fréquemment à la suite d’une maladie grave, une fièvre typhoïde, une variole ; il peut aussi se montrer en même temps à la pulpe des doigts, où il cause alors une sensation très pénible par la pression : c’est ce qui a lieu, par exemple, pour les jeunes personnes qui touchent du piano. On voit cet érythème se montrer par une légère sur ace très petite avec un gonflement à peine sensible de la peau, mais entourée d'un bourrelet appréciable au toucher. Cette surface érythémateuse s’élargit peu a peu au point d’acquérir l’étendue de 1 1/2 centimètre à 1 centimètre en surface, laissant à son centre une peau légèrement blanchâtre et de coloration inégale comme la surface d’une cicatrice très supei ficielle de brûlure, et entourée de cette rougeur en bourrelet plus saillant. On se demande si c’est là un érythème, une engelure ou un herpès? Ce qui peut exclure la pensée de cette dernière maladie, c’est l’absence de démangeaison ; il n’y a dans les points affectés qu’une sensation de douleur par une pression brusque, ou de chaleur par la réaction qui suit l’exposition à l’air vif ou froid, ou par l’exposition au feu. Ce n’est pas l’engelure, car dans l’engelure la surface est uniformément violacée et sans bourrelet. D’ailleurs aucune sécrétion, aucune apparence de vésicules ou de lames épidermiques sur le bourrelet, comme dans l’herpès.

La marche de cette derniere affection est essentiellement chronique ; elle dure des années, et résiste aux pommades; les lotions résolutives, et surtout les cautérisations répétées avec une solution de nitrate d’argent au cinquième ou au dixième de son poids, en font seuls justice. Les douches sulfureuses réussissent aussi quelquefois. Ajoutons qu’il est des cas où l’on a beaucoup de peine à débarrasser les malades. J’ai employé en vain le traitement antiscrofuleux le plus actif et le plus longtemps soutenu.

Enfin, Yérythème fugace paraît un jour pour disparaître le lendemain; disparaît de nouveau, puis reparaît au bout de deux, trois ou quatre jours, sans époque fixe, à des intervalles plus ou moins éloignés.

Toutes ces formes sont aiguës ; elles ne sont jamais endémiques

ni épidémiques ; toutes sont symptomatiques de diverses circonstances, soit d’un état morbide général de l’économie, caractérisé par une fatigue, une lassitude générale ; soit d’une longue marche, d’un état saburrhal des voies digestives, de l’usage longtemps prolongé de certains poissons, et notamment de poissons salés, des moules. Les moules contiennent, plus particulièrement vers le mois de septembre, une production dont on ignore la nature, que les uns regardent comme un insecte, les autres comme une mousse; leur ingestion provoque alors, au bout de vingt-quatre heures environ, l’apparition d’un érythème général, d’une durée plus ou moins longue, sous forme papuleuse ou érythémateuse simple. — Dans d’autres cas, la cause en est une pléthore sanguine, une menstruation irrégulière, chez les jeunes tilles surtout. — Ceci posé, et ce fait une fois bien établi, que l’érythème est ici toujours symptomatique, nous devons spécifier quelques circonstances qui lui sont propres, soit comme causes, soit comme résultats. Nous appellerons surtout l’attention sur l'érythème noueux, l’érythème papuleux et l’érythème circiné.

L’érythème noueux se montre presque exclusivement aux jambes. 11 est particulier aux jeunes hiles et aux jeunes gaiçons. Il apparaît au voisinage de la puberté; chez les jeunes tilles, et quelquefois chez les femmes plus avancées en âge, il est souvent lié à l’aménorrhée. Chez les jeunes garçons, il dépend du développement rapide que l’on observe dans l’adolescence. Dans tous les cas il indique un état de pléthore à combattre, sauf, pour les jeunes filles, à provoquer la menstruation ; aussi disparait-il toujours sous l’influence dune saignée générale; chez les femmes, une application de sangsues a la vulve subit pour amener le même résultat.

L’erytlième papuleux se montre principalement aux membres et surtout au voisinage de leurs extrémités; il est fréquent de le rencontrer chez les personnes atteintes de rhumatismes ou de rhumatismes goutteux, et il a cela de particulier que lorsque la coloration rouge et l’aspect papuleux ont disparu, il reste une tache d’aspect cuivré, semblable a une tache ecchymolique ; de sorte que, comme ces taches sont nettement circonscrites, di sséminées sur les membres et sur le tronc, on peut être conduit a se demander si ce

ÉRYTHÈME,

ne sont pas des taches syphilitiques. C’est un tait très grave qui doit fixer 1 attention du médecin ; caron peut se trouver conduit à prescrire un traitement antivénérien a des personnes qui n’ont jamais eu de maladies vénériennes, ou qui n’ont eu qu’un simple écoulement blermorrhagique à une époque très reculée. Souvent même cette dernière circonstance est la cause déterminante de l’erreur. Il faut donc se défier de la persistance des taches alors qu’elles ont succédé à un état aigu très marqué. Ce qui embarrasse même sous ce dernier rapport, c’est que très souvent les sy philides se développent en vingt-quatre ou quarante-huit heures, et avec un état fébrile, comme l’érythème papuleux.

Il existe une grande différence entre l’érythème circiné et l’érythème excentrique. Dans le premier, la plaque est manifestement rouge, quoiqu’elle soit entourée d’un bourrelet; dans le second, le centre se guérit au fur et à mesure que le bourrelet s’étend à la circonférence. L’érythème excentrique est fort remarquable. L’un des cas les plus intéressants que nous en ayons vu a été chez un magistrat de la Cour de cassation, auprès duquel nous fûmes appelé il y a quelques mois par notre confrère M. Denis Ce magistrat était d’un âge déjà avancé. 11 avait été pris de tous les prodromes généraux du développement d’un exanthème; et en effet il survint bientôt une urticaire générale, qui fut suivie quelques jours après de purpura aux jambes. A la suite de ce purpura, il se montra un érythème excentrique qui se dessinait par l’apparition de petites plaques rosées qui, en quelques heures, prenaient un rapide accroissement, s’élargissaient en se dégag ant à leur centre, tout en conservant un anneau érythémateux à teinte rosée et fugace. Ces anneaux occupaient le tronc et les membres supérieurs, plutôt en avant qu’en arrière. Quelques-uns d’entre eux avaient 10, 15, 20 centimètres de diamètre, en sorte que plusieurs se confondaient entre eux, de manière a représenter une circonférence largement ondulée ou formée de portions de cercles. Le malade n’éprouvait autre chose qu’une sensation de fourmillement ou de picotement. L’affection n’eut pas de suites.

Du reste, les érythèmes ont des caractères communs auxquels on doit faire une grande attention. Ils ont tous une invasion brus-

que; ils se développent dans l’espace de vingt-quatre à trente-six heures à peu près. Ils sont précédés de malaise, de lassitude, de courbature, d’anorexie, etc. Quelquefois, et cela arrive surtout chez les ouvriers, les malades vous assurent ne s’ètre aperçus d'aucun de ces prodromes ; mais les gens du monde, qui s’écoutent plus et s’observent mieux, accuseront pour la plupart un ensemble de phénomènes généraux qui porte un trouble plus ou moins prononcé dans l’économie, durant la nuit qui aura précédé le moment de l’éruption. Les sensations que développent les érythèmes sont toutes différentes de celles que produisent les autres éruptions cutanées : c’est ou un sentiment de fourmillement, ou de picotement, ou de cuisson, mais en général pas de démangeaison.

Quant à la marche et à la durée de cette affection, l’érythème fugace dure assez longtemps, en ce sens qu’il se reproduit. Il «st symptomatique de fièvres graves, se développe consécutivement à des phlébites, à des affections typhoïdes. Il se montre a des intervalles variés et non déterminés , paraît et disparaît. Il ne se guérit qu’avec la cause qui l’a produit. En général, on considère cet érythème, dans les maladies pendant le cours desquelles il se développe, comme l’indice d'un état général grave ; sa durée ne saurait don ce tre déterminée.

Les érythèmes amorphe, tuberculeux, mamellé, ne durent guère que huit à dix jours ; l’érythème papuleux, un peu plus longtemps. L’érythème noueux peut persister pendant plusieurs semaines, et il n’est pas rare de le voir se montrer d’une manière successive, affectant les jambes et les cuisses de préférence aux membres supérieurs. Quant aux taches que laisse l’érythème papuleux, elles persistent un certain laps de temps après la disparition de l’état aigu de l’éruption, plusieurs septénaires.

Les érythèmes sont d’ailleurs essentiellement propres au printemps et à l’été ; on en observe aussi quelques cas en automne.

En général, le pronostic des érythèmes n’a rien de grave, excepté le cas ou ils sont symptomatiques d’un état général grave de sa nature. Mais les érythèmes papuleux et noueux, étant ceux qui ont le plus de durée et qui exigent plus de soin, doivent appeler l’attention du médecin.

ERYTHEME.

Tous ces érythèmes se terminent d’ailleurs par résolution, si on les abandonne à eux-mêmes et si l’on n’emploie pas dans leur traitement de médication irritante ou perturbatrice.

Mais nous avons dit que l’érythème pouvait affecter toutes les formes des maladies de la peau, et donner naissance à tous leurs produits de sécrétion de manière à arriver jusqu’à l’état gangréneux : c’est ce qui s’observe dans les cas où la cause du mal est externe, ainsique le démontre l’observation ci-jointe:

Une femme, jouissant autrefois d’une certaine fortune, s’est mis un jour en tète de parcourir les pays lointains, l’Italie, la Grèce, l’Égypte même, puis l’Angleterre. Partie avec une bourse assez bien garnie, elle a fini par tomber dans la misère; obligée de voyager à pied, elle est revenue à Paris on mendiant, fatiguée par de longues marches. A peine de retour à Paris, elle fut prise d’un érythème à la jambe, avec phlyctènes, suppuration, teinte violacée de la peau, tendance à la gangrène. C’est que chez elle la fatigue, conséquence d’une marche forcée, avait été la cause du développement de l’érythème, et que, malgré l’érythème, la marche avait été continuée.

Il n’est pas rare de voir des malades qui se placent dans de semblables conditions, soit par le même motif, soit par l’application de topiques irritants, et alors, sur la surface érythémateuse, se développent des vésicules qui sécrètent de la sérosité comme dans l’eczéma, ou donnent de la suppuration et finissent par s’ulcérer dans une surface plus ou moins étendue. Voici un exemple d’érythème surexcité simulant un pityriasis rubra.

La malade, couchée au no 13 de la salle Saint-Thomas, est âgée de vingtcinq ans. Elle travaille dans les filatures de laine, elle est mariée, elle a eu quatre enfants dont un seul est vivant ; elle est d'une assez bonne constitution, quoique d’un tempérament sanguin ; elle n’a jamais eu de maladies graves, elle est bien réglée. Depuis trois ans la malade ressentait des douleurs entre les deux épaules, douleurs qui ont commencé après la seconde couche ; elle garda ses douleurs pendant trois ans sans suivre aucun traitement ni interne ni externe. Enfin, après sa quatrième couche, le 13 novembre 1850, ses douleurs étaient devenues si vives, qu’elle pouvait à peine marcher. Le 29 janvier 1851, elle se décida à consulter un médecin qui ordonna une pommade d’huile de laurier et de camphre ; elle s’en frotta le dos et le cou quatre fois le jeudi, et le vendredi matin, trouvant que cette médication la faisait

plus souffrir que les douleurs elles-mêmes, elle en abandonna l’emploi, ü survînt un état érythémateux du membre, qui, à l’entrée de la malade à l’hôpital, présentait les caractères suivants : Rougeur de la peau, étendue le long du bras et sur le dos, assez bien limitée ; et sur celte rougeur de petites écailles arrondies, adhérentes à la peau par leur circonférence et laissant voir au centre la rougeur de la peau. Au milieu du dos, ces écailles paraissent se détacher plus facilement qu’au cou. et leur agglomération ressemble assez bien à une couche de duvet très fin qui se serait attachée sur la peau, en sorte que l’on pourrait prendre cette affection pour un pityriasis rubra . Sur la joue gauche existe une autre plaque très légère sur laquelle la malade n’a pas mis de pommade ; il n’y a pas de rougeur de la peau comme au dos et au cou, et à peine peut-on voir quelques légères écailles tanneuses et assez adhérentes.

Entrée dans le service le jeudi 6 février 1851, elle en est sortie le IZt ; quelques bains et l’application de saindoux ont suffi pour la guérir.

La thérapeutique des érythèmes doit toujours être très simple au point de vue du mal local. L’amidon en poudre, peu ou point d’agents liquides, l’eau de sureau excepté, quand l’amidon est sans succès ; éviter les cataplasmes, les corps gras, les pommades ou les lotions médicamenteuses. Mais ce qui doit fixer l’attention du médecin, c’est de remédier à la cause après avoir placé le malade dans des conditions de repos et de régime convenables, et d’éviter surtout des répercussions, deux circonstances que viennent appuyer les deux faits suivants.

Un malade nous est arrivé portant un érythème survenu à la suite d’un bain trop chaud. En meme tempq il avait de l’œdème au prépuce et à la face. Chez cet homme, nous avons reconnu un embarras gastrique des plus prononcés; malgré la présence d’un purpura à la jambe compliquant F érythème, nous n’avons pas hésité un seul instant à le faire vomir. Presque immédiatement l’état œdémateux delà face et du prépuce a disparu. — Une jeune fille, cuisinière, avait l’habitude, dans la maison où elle était placée, de frotter les appartements; elle entra dans mon service avec un érythème des jambes; malgré mes conseils, elle voulut prendre Pair Le lendemain et le surlendemain il faisait assez froid, elle se promena dans le jardin; l’éruption disparut, mais la malade fut prise aussitôt d'une diarrhée intense et rebelle. Il y a donc danger, ce fait le prouve, à arrêter une efflorescence à la peau, quand elle doit céder toute

ERYTHEME.

seule. Voici une observation qui démontre toute la gravité de certains érythèmes symptomatiques.

Le 9 décembre 1852 est entrée à l’hôpital Saint-Louis, salle Saint-Thomas, lit n° 17, la nommée Soyer, âgée de vingt ans, cuisinière. Celle fille, d’un tempérament lymphatique, est sujette à des indispositions réquenles. Elle est réglée depuis l’âge de quinze ans, et n’a jamais éprouvé de trouble ni de retard dans l’apparition de ses menstrues. Quinze jours avant son entrée à l’hôpital, elle a eu ses règles, qui ont duré quatre jours; le dernier jour de l’écoulement menstruel, elle eut dans sa maison un service extraordinaire et très fatigant, et le lendemain, 3 décembre, elle fut prise de douleurs dans les membres, de céphalalgie, d’inappétence, de fièvre. Une saignée fut faite, et un pédiluve ordonné. Le lendemain, la fièvre augmenta; il y eut de la diarrhée, des vomissements, et l’on vil apparaître sur la face une rougeur vive, qui, débutant par la joue gauche, s'étendit bientôt à la joue droite, au menton et un peu au fiont. Quel pies plaques rouges apparurent aussi aux jambes et aux genoux. La face était le siège d’une chaleur considérable. Quatre jours après le début de la maladie, les symptômes d’une bronchite se manifestèrent, et au septième jour la malade se décida à entrer à l’hôpital.

A son arrivée elle était très abattue : on voyait sur chaque joue deux ou trois plaques érythémateuses plus grandes qu’une pièce de deux francs, d’un rose clair, dont la rougeur disparaissait sous la pression du doigt. Chacune d’elles était entourée d'un cercle rouge foncé, plus élevé que le centre de la plaque, et dont la saillie était facilement sentie en promenant la main sur la joue. Dans l’intervalle de ces plaques, la peau avait une couleur rouge vif, et formait ainsi un fond uniforme, sur lequel le cercle rouge foncé se détachait parfaitement ( érythème circiné ). Les plaques et le fond sur lequel elles reposaient formaient par leur ensemble une surface oblongue d’un rouge vif, obliquement dirigée de la pommette vers l’angle de la mâchoire, tranchant fortement par sa coloration avec la peau du reste de la joue. Au menton existait une plaque plus petite, mais en tout semblable aux précédentes. Sur les jambes, au voisinage des genoux, de petites plaques érythémateuses formant des saillies arrondies représentant tout à fait de l’érythème noueux; elles disparurent dès le lendemain.

Il y avait quelques râles sibilants dans la poitrine ; les crachats étaient muqueux, la peau chaude, le poids assez calme, peu de douleurs de tète.

Pendant les trois premiers jours, l’étal de la malade resta le même; il était assez satisfaisant. Mais, dans la nuit du troisième au quatrième (12 au 13 décembre), la fièvre s’alluma, il y eut des nausées, de la céphalalgie, un peu de diarrhée. Le lendemain matin, un bain d’air chaud fut ordonné. Le 1 lx décembre, un peu plus de calme, toutefois toujours des nausées. 1 gr. 50 centigr. d’ipéca — Dans la journée, les vomissements furent assez abondants; toujours un peu de diarrhée ; pas de fièvre, — 15, 16. 17 décembre, la fièvre

s’est un peu allumée, la diarrhée persiste, la vue est un peu trouble; toujours les symptômes du début du côté des voies respiratoires. Un verre d’eau de Sedlitz est ordonné chaque jour. — 18 décembre. L’abattement est plus marqué ; bourdonnements dans les oreilles et un peu de gargouillement dans la fosse iliaque droite. La langue, qui jusque-là s’était maintenue humide, est devenue sèche ; la peau est chaude et sèche. Bain d’air chaud. — 19, 20, 21 décembre, la malade est toujours très affaissée; le dévoiement continue: quatre ou cinq selles liquides par jour ; la céphalalgie a disparu. Bains d’air chaud. — 22 décembre, ia nuit a été assez bonne; l’abattement est moindre; toujours du dévoiement. 1 flx lavement laudanisé. — 23, 2Z|. 25 décembre, le dévoiement a diminué : deux selles par jour; le matin, la malade est mieux; mais le soir, vers trois heures, elle * st reprise de lièvre, et est très abattue ; la fièvre cesse chaque soir vers neuf heures. On continue les lavements. — 2 o, 27 décembre, le mieux s’est maintenu le matin ; les selles sont de moins en moins nombreuses: une seule par jour. Le soir, à trois heures, la fièvre a été faible, h gr. de diascordium. — -28 décembre. Le matin, la peau est chaude, le pouls assez vif et plein ; le mal de tète a reparu ; la langue est sèche; une seule seile hier. Même traitement.

Depuis cette époque, et sous l’influence du sulfate de quinine, l’accès de fièvre intermittente s’est dissipé, et peu à peu la malade est entrée en convalescence, la diarrhée ayant été arrêtée par les opiacés. Voilà donc un érythème symptomatique d’une affection générale à forme typhoïde, suivi d’une fièvre intermittente. Loin de guérir l’érythème, nous l’avons provoqué par des bains d’air chaud pour porter à la peau et faire naître une sudation générale, puis nous avons combattu les symptômes au fur et à mesure qu’ils se sont présentés.

2° Érythèmes symptomatiques dépendants d'un état adynamique .

Dans cette catégorie, je comprends deux especes d’érythèmes: Y érythème lisse (. leve ) ; l’ érythème porutrime. La première espèce, comme ia seconde, coïncide toujours avec un état morbide général avec forme adynamique plus ou moins prononcée. iVinsi Yerychema leve se rencontre dans les anasarques avec distension extrême de la peau ; aussi s’observe -t-il presque toujours aux jambes etaux cuisses. On lui a donné le nom de leve parce que la peau étant distendue et brillante, même lorsque l’érythème n’existe pas, elle conserve le même brillant quand l’érytheme est survenu. Cette espèce d’érythème est presque toujours d’une couleur plus sombre que les autres, n’amène aucune sensation et est persistant ; il dure un temps

ÉRYTHÈME.

plus ou moins long, en raison de l'état général du malade, et de l’état local de la partie œdématiée, il n’esî pas rare de le voir se couvrir de vésicules séreuses plus ou moins nombreuses, et même quelquefois de pldyctènes; paré s aussi ces pldyctènes se remplissent d’une sérosité sanieuse. et sous la sérosité se trouve une tache de nature gangréneuse plus ou moins marquée et plus ou moins étendue. Alors, si le médecin n’a pas enrayé la marche de 1 érythème, on voit plus tard se détacher une eschare, et une ulcération plus ou moins difficile à guérir la remplace. Parfois aussi la tache gangréneuse fait des progrès et s’étend ainsi que s’aggrave l’état général du malade.

Cette sorte d’érythème réclame un traitement tout autre que les précédente C’est par des astringents alcoolisés et camphrés, par la décoction de quinquina, la poudre de quinquina, que l’on remédie à cette affection. Mais comme la distension produite par l’œdème contribue pour beaucoup à son développement et surtout à ses progrès incessants, il ne faut pas hésiter, dans le cas où il se développe des vésicules sereuses, et a plus forte rai on quand il se produit une phlyctène, à pratiquer quelques scarifications dans une partie déclive du membre ; on donne issue à la sérosité, et, en même temps que la di tension de la peau diminue, l’érythème disparaît. .

L 'érythème paratriiw \ ou par pression, se montre dans les cas où le p àds du corps, ou bien la majerre partie du poids du corps, est supporté sur un point limité. Mais, comme chez un individu en bonne santé, qui se trouverait placé dans les mêmes conditions, il ne surviendrait pas p >ur cela d’érythème, il faut bien admettre que la pression n’est ici que la cause déterminante, et que l’état général en e>t la cause prédisposante, c'est-à-dire la cause de prédisposition et de durée. Aussi l’érythème paratrime se montre- t-il le plus fréquemment au siège dans le cours des fièvres typhoïdes, même chtz les jeunes sujets; ou bien il se développe chez les vieillards plus ou moins débilités, qui, par cause de fracture, de luxation, sont obligés à garder une position permanente sur la même partie du corps.

Cet érythème peut suivre toutes les phases, depuis l’inflammation la plus légère de la peau jusqu’à la gangrène la plus avancée. Bornée dans quelques cas, et surtout dans les premiers temps, à une

simple rougeur, on voit peu à peu cette rougeur d’abord très limitée, et limitée au point où la pression est le plus forte, faire des progrès très lents en étendue, puis prendre une teinte d’un rouge plus foncé. Alors, si l’affection continue à faire des progrès, le premier point affecté présente une petite tache lenticulaire grisâtre qui s’excorie; à l’aspect grisâtre exco ié succède une teinte brune, puis une teinte noire qu’accompagne l’odeur caractéristique de l’état gangréneux. Cette surface gangréneuse, d’abord très bornée, gagne peu à peu en surface, et alors de deux choses l’une: ou cet état fait des progrès, et l’on voit la gangrène envahir en étendue et en profondeur les parties affectées, au point de présenter des surfaces gangréneuses de 8 à lu centimètres de superficie, en même temps que des os plus ou moins superficiellement placés se d nudentet se nécrosent; ou. au contraire, et c’est le cas le plus favorable. 1 état général s’étant amélioré, l’érythème a cédé aux moyens généraux mis en usage, a quelque époque de développement qu’il fût arrivé; de sorte qu'il a pu ne consister que dans un érythème simple, ou un érythème avec érosion, ou avec une tache gangréneuse, ou, au contraire, avec des eschares plus ou moins étendues.

Cet érythème entraîne toujours de sa nature un pronostic plus ou moins fâcheux, et sa description fait assez comprendre qu’il y a deux indications principales à remplir dans son traitement. En présence de l’état morbide local, la première chose à faire, c’est de diminuer ou d’annuler la pression des parties sur les objets qui servent de soutien. Malheureusement on ne peut pas toujours se rendre maître de cette cause. Ce qu’il faut au moins éviter, c’est le contact direct et surtout le frottement. Le diachylon étendu sur toile, l’emplàtre deVigo, remplissent parfaitement cette indication, à la condition que ces emplâtres seront renouvelés tous les jours. Il faut entourer de coussins circulaires les surfaces malades, de manière qu/elles n’aient plus de pression à supporter. Ces mesures deviennent insuffisantes aussitôt qu’il y a phlyctène, érosion ou eschare gangréneuse. L’expérience apprend, à cet égard, qu’il faut recourir à la médication tonique locale: la poudre de quinquina associée à la poudre de charbon, mêlées ensemble et répandues sur des plumasseaux de charpie que l’on arrose de suc de citron, constituent

ÉRYTHÈME. 205

un des meilleurs pansements, que l’on doit à Dupuytren ; des lotions à l’eau-de-vie camphrée, ou avec de l’eau additionnée de chlorure de soude; souvent même les applications de charpie trempée dans ce mélange Lorsque î état gangréneux est an etc, les sur. aces conservant cependant un aspect grisâtre demi-putride, on a reconnu que l’on pouvait toucher avec beaucoup d’avantage les surfaces malades avec le proto-nitrate acide de mercure, de préférence au nitrate acide de mercure du Codex. (Voy. Formulaire, Caustiques.)

Q îant au traitement général, il est soumis a la maladie primitive, mais il réclame presque toujours des méd cations toniques; il faut soutenir les forces du malade par quelque vin généreux et lui donner des aliments substantiels aussitôt qu’il peut les supporter.

3° Fr y thème dépendant d’une cause syphilitique.

Cet érythème sera décrit dans l’histoire des syphilides.

f\a Erythème dépendant de causes mal connues.

Dans cette catégorie, j’avais placé dans la première édition de cet ouvrage trois espèces d’érythème * les engelures , ou érythème pernio, Y acrodynie et la pellagre. Afin d’être plus logique, j’ai cru devoir reporter l’histoire de la pellagre dans le groupe des maladies exotiques, car elle est originaire de la Lombardie. Peut-être serat-on surplis de trouver les engelures dans un ensemble de maladies mal connues ; mais si l’on réfléchit que cette affection, tout en se montrant généralement chez des enfants lymphatiques, se présente à divers âges de la vie chez ceux qui ne le sont pas, et persiste chez certains enfants avec une ténacité si grande, et en dehors même de conditions de tempérament, on ne peut pas se dissimuler qu’il y a là quelque chose d’inexplicable et qui justifie notre division.

Érythème pernio. — Engelures. — Cette maladie est essentiellement propre à l’enfance, mais elle peut aussi se développer dans l’adolescence et même dans l’âge adulte, quoique beaucoup plus rarement a cet âge. Certes, l’exposition au froid en est la cause dé-

terminante, mais il y a derrière celle cause une cause prédisposante qui nous est inconnue Et d’abord notons la condition de tempérament lymphatique plus essentiellement liée aux engelures que tout autre; mais les engelures se montrent aussi chez des enfants d’un tempérament bilioso-sanguin, ou sanguin : il suffit qu’un enfant ait une santé délicate, qu’il végète, ainsi qu’on l’a dit, qu’il s’alimente mal, pour qu’il soit [iris d’engelures aux mains; et, chose remarquable, ce n’est pas durant les froids les plus rigoureux que l’engelure se manifeste, c'est en automne, lors de ces premiers froids, souvent fugaces, de courte durée, qu’il surgit un gonflement sur le dos des doigts, entre les articulations, ou sur les orteils. Ce gonflement occupe la peau elle tissu cellulaire. Il est accompagné de fourmillement, de démangeaison, qui invitent les enfants à se frotter plutôt qu’à se gratter; mais ce frottement donne du volume à l’érythème et de l’accroissement au mal. Chose remarquable, cet érythème n’existe pas seulement a la peau, c’est la peau et le tissu cellulaire qui sont atteints à la fois, de sorte que le doigt dans sa moitié supérieure a doublé de volume, il survient quelquefois une seule engelure, le plus souvent deux ou trois, et chez quelques enfants tous les doigts et tous les orteils en sont couverts. En tout cas, et dans cet état, c’est l’engelure au premier degré. Ain i, à l’état d’érythème, la maladie peut exister d’une manière permanente, sans faire d’autres progrès qu’un peu plus ou un peu moins de gonflement; et tant que les froids persistent, l’engelure persiste aussi. La saison de l’hiver est la condition de durée, et la limite est le printemps, et pour quelques enfants, la fin du printemps, époque à laquelle le retour des chaleurs amène seul la cessation du mal. Mais aux approches de l’automne, lors des premières gelées blanches, on voit apparaître et se renouveler l’affection à des degrés divers, pour persister ainsi avec ses périodes de décroissance et de reprise, non pas durant quelques armées, mais jusqu’à î’àge de dix-liuit, vingt, vingt-cinq ans, et quelquefois plus, fl est des personnes qui o t des engelures toute leur vie, si par état elles ont les mains constamment exposées aux intempéries de la saison : c’est ce que I on voit chez les épiciers surtout, chez les débitants de toile et dans toute profession où les mains sont à l’air.

ERYTHEME.

V érythème pernio ne borne pas ses effets à la rougeur de la peau et au gonflement du tissu cellulaire. 1! peut s’ulcérer et donner naissance à des plaies extrêmement douloureuses ; non pas que la douleur soit permanente ou continue, car qu’il n’ y ait qu’érythème, qu’il y ait ulcération, c’est toujours la même sensation de démangeaison, de fourmillement; mais la douleur devient extrêmement aiguë par la pression, et con me les engelures ulcérées existent sur la face dorsale des doigts et des orteils, il en résulte le contact accidentel et très fréquent de ces parties avec des corps durs qui éveillent des sensations très douloureuses. Notez que ces douleurs sont accrues par des pansements plus ou moins mai faits, avec des linges ou de la charpie toujours adhérents aux bords de l’ulcère, et dont le petit malade redoute le renouvell ment. En cet état, l’érythème est accompagné d’un gonflement général des doigts qui s’oppose aux mouvements de flexion et qui place l’enfant dans l’im possibilité de se servir de ses mains et souvent aussi de marcher. J'ai vu un enfant qui, de quatre ans à sept ans, est resté pendant huit et neuf mois de chaque année dans l’impossibilité la plus absolue d’exécuter des mouvements, en proie d’ailleurs aux douleurs les plus vives, redoutant tous les contacts, tous les pansements. Les topiques généralement mis en usage n’ont rien fait pour lui ; ce n’est qu’une pondre que l’on emploie à l’état de pâte, vendue aujourd’hui à Paris, dans la pharmacie S . voie, et dont la composition m’est inconnue, qui l’a guéri et débarrassé de ses engelures ; non pas qu’elles ne se soient jamais montrées depuis, mais lorsqu’elles apparais aient, il suffisait de deux ou trois jours de l'emploi de cette pâte pour les guérir Je crois que depuis cette époque on a fait un usage presque journalier de cette pâte au collège Sainte-Barbe, et tandis qu’on avait habituellement à l’inlirmeiie quatre ou cinq enfants malades chaque hiver, actuellement aucun des pensionnaires ne va à l’infirmerie pour être traité d’engelures; il n’y a plus de suspension d’étude pour c< tte cause. C est. le hasard qui a porté ces faits à ma connaissance, je les ai reproduits tels qu’ils m’ont été donnés. Je n’ai employé cette pâte qu’une seule fois, elle m’a réussi ; mais la disparition des engelures chez cette jeune personne a apporté un certain trouble dans la santé (un état chlorotique d’une

certaine durée), qui s’est rétablie depuis. Il m’a paru utile, dans un intérêt général, de taire connaître ce résultat à côté des inconvénients d’une maladie qui ne porte pas atteinte à la santé, mais qui résisté souvent à la thérapeutique la plus rationnelle.

Les engelures n’affectent pas seulement les do:gts et les orteils, et c’est ici que le dermatologiste doit être éclairé. Il n’est pas rare de voir l’engelure au bout du nez, chez des personnes qui n’ont pas les dehors d’un tempérament lymphatique très prononcé, c’està-dire des traits arrondis, une figure potelée, de gros os, etc., mais qui, avec des traits délicats, ont une animulisation( que l’on me passe cette expression synonyme de végétation), qui ont, dis je, une animalisation lente, avec une circulation d’une lenteur remarquable, froid constant du bout du nez, des oreilles, des mains et des pieds, phénomènes qui, d’ailleurs, se montrent très souvent aux mains et aux pieds chez les enfants atteints d’engelures 11 semble que ce ralentissement circulatoire n’entretienne pas la calorification dans ces parties extrêmes, et alors il faudrait considérer l’engelure comme une gelure U érythème p"rnio du bout du nez suit absolument la marche des engelures des doigts: reparaissant chaque hiver, disparaissant l’été. 11 est rare de le rencontrer alors dans le très jeune âge: c’est vers dix-huit à vingt ans que je 1 ai toujours observé. Il se montre sous la forme d’une surface violacée arrondie, amenant un peu de gonflement de l’extrémité du nez, et dont la teinte violacée se perd insensiblement avec la couleur de la peau. Cette dernière circonstance dbtm0ire l’engelure du bout du nez d'une autre maladie qui n’a pas été plus décrite et que nous avons signalée sous le nom d 'érythème excentrique du bout du nez. D’ailleurs, il n’y a presque aucune sensation dans 1 une ni dans l’autre. L’érythème est en cercle plus ou moins saillant et à circonférence arrêtée, le centre étant plus ou moins blanchâtre; l’engelure présente une surface uniformément rou^e ou violacée. Ajoutons a ces caractères un abaissement de température «le la peau souvent très sensible au toucher et qui ne se montre pas dans les deux autres affections.

Le traitement de X érythème per nia doit, suivant nous, etre général ou local; la maladie est toujours le reflet d’une vie générale qui manque d’activité et dans laquelle le sang n’est pas suffisam-

ERYTHEME.

ment nutritif, semblable en cela à ce qui se passe dans la gelure ou dans la congélation. Celle-ci survient principalement chez les personnes qui, soumises comme les autres à l’action du froid, sont privées plus qu elles d’aliments et de liqueurs alcooliques ou généreuses. C’esl donc une médication fortifiante sous tous les rapports qu'il faut prescrire, en hygiène alimentaire et médicaments. Ainsi, des viandes rôties noires, le vin généreux, le vin de quinquina, la teinture de cantharide administrée par gouttes, matin et soir, en commençant p r 2 gouttes, augmentant de 1 goutte chaque jour, de manière à arriver à 15, à 20 gouttes, dans une tisane amère. L’exercice gymnastique et l’exercice habituel, les frictions générales du corps à l’eau froide tous les matins, comme je l’ai indiqué. (Vov. Médication an iily.vipha tioue. )

Restent les moyens locaux qui sont variables en raison de l’état de l’ érythème pernio. Existe-t-il sans ulcération, on a recommandé, avec raison, les frictions avec la neige ou la glace pilée, l’emploi du froid amenant toujours une réaction circulatoire favorable à la surface malade; les lotions à l’eau-de-vie camphrée, l’alccol que l’on met en combustion sur la partie malade; des lotions d’eau saturnée, d’eau additionnée de sublimé, solution au l/i50üe ou au 1000e de son poids C’est même cette lotion que beaucoup de pharmaciens vendent comme eau contre les engelures.

Une série de pommades résolutives que l’on emploie quand l’engelure est ou n est pas ulcérée: cérat opiacé, cérat saturné, oéral additionné de chlorure de soude, il en est une dont je me suis généralement bien trouvé, et que j’ai préconisée depuis longtemps ; en voici la formule :

Axonge . . . 30 grammes.

Créosote . . . . 8 gouttes.

Sous-acétate de p ornb . . . b gouttes.

Lautlauuin de Sydenham . 10 gouttes.

Plus, la poudre dont j’ai parlé et dont j’ignore la composition. Acrodynie. — Cette maladie n’a ete réellement étudiée que lorsqu’elle s’est montrée sous forme épidémique à Paris, en 1828. Elle existait certainement bien avant cette époque, car depuis ce temps

on en trouve des cas assez communs et isolés qui jusqu’alors n’avaient pas dû fixer l’attention.

On a rangé cette affection parmi les érythèmes, parce que l’érythème en est le phénomène apparent; mais il est évident que ce n’est là qu’un phénomène local, constant quant à son siège, mais qui est le reflet d’un état général plus ou moins grave qui nous est mai connu. Quoi qu’il en soit, voici ce que l’on a observé à cette époque. — • Vers le mois de juin 1828 apparut a l’infirmerie Ma ie-Thérèse, rue d'Enfer, une maladie épidémique principalement caractérisée par des douleurs générales, un engourdissement dans tous les membres, suivi du développement d’ery thème aux mains et aux pieds, qui, dans quelques cas, prenait un caractère gangréneux. De cet hospice l’épidémie s’étendit à tous les quartiers circonvoisins d’abord, puisa la totalité de Paris. Elle parut céder durant l’hiver suivant, pour reprendre avec une nouvelle vigueur au printemps et ne se terminer que durant l’hiver de 1829-1830.

Anorexie, nausées, quelquefois vomissements, coliques, diarrhée ; injection et état larmoyant des yeux avec bouffissure de la face, tels étaient les phénomènes qui accompagnaient le début de l’afièction. Dès le début aussi, et parfois un peu plus tard, se montrait à la paume des mains et à la plante des pieds, sous forme de taches d’un rouge plus ou moins vif, analogue, à des ecchymoses, une éruption érythémateuse qui s’étendait parfois aux jambes et aux avant-bras. Puis, du rouge la peau passait au brun pour prendre la coloration de la suie, en même temps que l’éruption devenait générale et s’étendait au tronc, au cou, à la face.

Alors se dessinaient au siège primitif de l’état érythémateux, c’està-dire aux pieds et aux mains, des élevures papuleuses ou boutons, rouges, coniques, avec pustules, phlyctènes, furoncles. Puis s’opérait un travail de desquamation favorisé par des sueurs locales abondantes ; de sorte que l’épiderme se détachait peu à peu et mettait le corps muqueux à nu. L’épiderme se reformait de nouveau et se détachait encore ainsi successivement et a plusieurs reprises sur le même point. Pareil phénomène se reproduisait sur diverses parties du corps, autour des articulations des pieds; l’épiderme s’épaississait, et il n’était pas rare de voir ce tissu envelopper le pied à la

ÉRYTHÈME.

manière d’un brodequin, et se détacher en totalité pour laisser le pied dépouillé.

Tous ces phénomènes locaux étaient accompagnés d’engourdissements, de fourmillements, d’élancements plus forts la nuit que le jour, et surtout sensibles et douloureux à la plante des pieds. Tel était dans quelques cas le sentiment de chaleur qui existait aux pieds, que les malades les tenaient souvent hors du lit; certains ne pouvaient supporter la pression des draps et des couvertures, d’autres étaient en proie à une sorte de paralysie avec contraction et amaigrissement des membres. C’est ainsi que fut l’état général des malades au début et lors de la gravité la plus grande de l’épidémie. Plus tard, et durant le cours de celle-ci, une foule de phénomènes variés se produisirent, avec prédominance de chacun d’eux suivant les individus. Chez les uns, altération de la sensibilité en général, surexcitée ou amendée ; chez les autres, lésions des voies digestives. D'ans une catégorie de malades occupant certaines localités, la prison de Montaigu, par exemple, la peau prit la teinte brune la plus dessinée, ce qui n’exista pas à la caserne de la Courtille, non plus qu’à celle de Lourcine. Dans celle-ci il y avait prédominance de contractions violentes chez les malades, tandis que les vomissements, l’ophthalmie, l’œdème de la face, se faisaient observer à la caserne de la Courtille.

La maladie durait d’ailleurs plusieurs mois; elle était sujette à récidive ; elle devenait rarement mortelle, à moins qu’elle n’affectàt des vieillards, et alors les altérations que l’on observait à l’ouverture du corps ont été rapportées par la généralité des médecins plutôt à des complications qu’à la maladie elle-même.

Impossible de confondre cette affection avec aucune autre. Celle de laquelle elle se rapprocherait le plus serait la pellagre. Mais la marche chronique de cette dernière maladie l’en distingue suffisamment pour que nous n’insistions pas sur les caractères différentiels locaux. — Telle est l’acrodynie qui s’est montrée à cette époque sous forme épidémique. Nous en avons emprunté le tableau à M. Rayer, qui nous paraît en avoir rendu les phénomènes les plus saillants et les plus vrais. Voyons actuellement quelle est l’acrodynie que le médecin sera à même d’observer tous les jours.

là

210 Pathologie et thérapeutique spéciales.

11 est rare qu’à l’hôpital Saint-Louis il ne se montre pas par année cinq ou six cas de cette affection dans notre service. Ces malades nous arrivent après trois, quatre ou cinq mois de la durée de cette affection, qui a débuté d’une manière lente, et qui en général a été précédée de symptômes gastralgiques ou entéralgiques. Alors les pieds et les mains sont affectés à la fois. Mais dans quelques cas la maladie paraît être de cause externe, et alors elle survient chez les individus, femmes ou hommes, qui ont une profession qui les expose à avoir souvent les mains en contact avec l'eau ou avec des liqueurs dans lesquelles se trouvent dissoutes des substances irritantes : ainsi, les blanchisseuses d’abord, puis les teinturiers, les chapeliers. Dans cette: dernière catégorie de malades, les mains sont le siège de chaleur permanente avec fourmillements , picotements; l’épiderme semble épaissi. La sensation du toucher exalte la sensibilité : c’est la paume des mains et surtout la pulpe des doigts qui sont atteintes. Il suffit alors du repos , de l’usage de l’amidon, de la poudre de tan, de corps gras et de quelques pommades légèrement résolutives au goudron, pour amener la terminaison de la maladie. Dans ce traitement, il faut surtout éviter l’usage des bains et des agents liquides.

Si au contraire l’acrodynie est le reflet d’un état gastralgique ou entéralgique, elle se montre sur des sujets plus ou moins amaigris, qui se nourrissent mal ; et au lieu d’un amaigrissement, il existe une légère augmentation dans le volume des doigts, dont toute la face palmaire paraît pourvue d’embonpoint, en même temps que la peau est fine, rosée * souple, extrêmement sensible au toucher. Le malade y ressent d’ailleurs des picotements, des fourmillements que la chaleur augmente dans des proportions notables, et surtout la chaleur du lit : aussi souvent ces malades sont-ils privés de sommeil.

On n’y observe pas l’ensemble de ces phénomènes graves, généraux ou locaux, que l’on a vus durant l’épidémie de 1828 ; tout se l^orne à de mauvaises digestions et à un très léger érythème. Dans certains cas on serait tenté de rapporter cet état à une lésion de la moelle épinière, mais l’affection gastro -intestinale détourne rapidement de cette erreur. Cette liaison de l’acrodynie avec les gastro-

ERYTHEME.

entéralgies fait assez sentir que la maladie des mains ne réclame par elle-même aucun traitement. Il y a plus, il est peut-être convenable de peu faire pour la guérir, afin quelle serve d’indice de l’amélioration survenue du côté de l’estomac et des intestins par suite d’un traitement qui aura été prescrit à cet effet. Contrairement à l’acrodynie idiopathique, les bains et les émollients aqueux peuvent ici être mis en usage.

Erythèmes idiopathiques .

Erythema à solare (coup de soleil ). — Cet érythème, ordinairement fort simple et sans danger, peut cependant acquérir dans quelques cas une grande gravité. Ce n’est qu’à ce point de vue que nous en parlons. Sa dénomination fait assez connaître son origine. Il ne peut affecter que des parties à découvert, quelles qu’elles soient d’ailleurs : le dos des mains, le cuir chevelu et la figure sont celles qui se trouvent le plus souvent et le plus naturellement atteintes. De là une certaine affinité de cause et de siège entre Y erythema à solare et la pellagre (voy. Pellagre). Mais le coup de soleil le plus grave est celui du cuir chevelu et de la face. A deux époques de la vie principalement, il peut développer des accidents, en donnant lieu à des congestions cérébrales avec fièvre, délire, et tout l’ensemble des symptômes de l’arachnitis. C’est dans l’enfance et dans l’âge adulte que ces phénomènes se montrent le plus ordinairement. Dans les pays intertropicaux, le coup de soleil y cause souvent la mort en peu de temps. Le malade tombe rapidement dans un état comateux profond, avec pupilles dilatées, pouls à 120 pulsations, etc.; les applications de glace, les purgatifs répétés, les bains, sont les moyens le plus généralement employés. Suivant M. Strong, les accidents peuvent se montrer sous deux formes différentes : dans l’une, il existe une prostration marquée, à début brusque ; la peau est froide, le pouls lent. Cet état est bientôt suivi d’une réaction vive, marquée par la chaleur de la peau, la plénitude du pouls ; le malade tombe dans le coma et meurt, s’il n’est pas secouru. D’autres fois, le malade ressemble à un homme ivre ou à un sujet qui aurait reçu un coup sur la tête. ( Americ . Journ. ofmed . Scienc.)

Dans l’espèce, l’érythème a par lui-même tous les caractères des

autres érythèmes ; il se développe très rapidement, amène une sensation de cuisson très vive, et quand il atteint la surface des membres ou une partie du corps qui n’a aucune sympathie directe avec un organe interne important, ses effets locaux, quoique plus marqués que dans les érythèmes symptomatiques, cèdent beaucoup plus rapidement, par cela même qu’ils sont de cause externe : un peu d’huile ou dégraissé mêlée d’amidon, et souvent même absence de tout agent, et l’érythème disparaît.

D’où il résulte qu’au point de vue thérapeutique, c’est moins l’érythème que les accidents généraux qu’il a développés, qui doivent fixer l’attention du médecin, et il ne faut pas hésiter à les enrayer dans leur marche à l’aide d’émissions sanguines générales ou locales, de boissons rafraîchissantes et des moyens mis en usage en pareil cas.

Érythème par piqûre. — Tout érythème par piqûre n’a de gravité que par les trois circonstances suivantes: la densité du tissu dont l’inflammation amène l’étranglement; le cas où le corps vulnérant laisse dans la plaie une partie de sa substance; enfin, celui où le corps vulnérant est muni d’un venin. Dans toutes ces conditions les érythèmes peuvent varier depuis le plus simple degré jusqu’au phlegmon, la phlébite et la gangrène ; tous ces résultats constituent un ordre de faits que l’on décrit dans les traités de pathologie interne et externe, et qui ne sauraient trouver place ici.

Érythème par brûlure . — Même observation à l’égard de cette variété que nous passons sous silence.

Erythème par succion. — Cette espèce n’a réellement d’intérêt qu’à un seul point de vue, celui de l’allaitement qui amène nonseulement la rougeur et la turgescence de l’extrémité du sein, mais encore une altération spéciale que l’on désigne communément sous le nom de gerçure , dénomination parfaitement exacte d’ailleurs. C’est à la suite de ces sortes d’érythèmes et de gerçures que s’opère l’infection syphilitique de l’enfant à la nourrice.

Une opinion fort accréditée parmi les nourrices, c’est de continuer l’ allaitement pour guérir les crevasses; il est évident que l’on ne fait qu’aggraver le mal, et que la suspension de l’allaitement suffit le plus souvent pour amener la guérison de ces accidents : et

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cela est si vrai, qu’en garantissant le sein de la succion à l’aide de bouts de sein, on arrive rapidement à ce résultat. La continuation de l’ allaitement peut amener au contraire des abcès, de la fièvre, par les douleurs que la succion entraîne à sa suite.

Érythème par contact de fluides altérés. — Rien de plus commun que ces sortes d’érythèmes. L’urine, les matières fécales, les fïueurs blanches, les écoulements mucoso-purulents chez les très jeunes enfants, le contact du pus altéré séjournant sur la peau saine, enfin la sueur elle-même: telles en sont les sources de développement.

Ces matières, telles qu’elles sont sécrétées, ne développeraient pas ce phénomène morbide, si elles ne s’altéraient pas, si elles ne se décomposaient pas ; et c’est là une condition dont il faut que le médecin se pénètre. Les fluides sécrétés par réconomiene peuvent être irritants pour nos tissus; mais chacun d’eux est plus ou moins putrescible au contact de l’air, et une fois modifiés dans leur nature, ils acquièrent des propriétés stimulantes. La sueur devient alcaline, d’acide qu’elle était ; il en est de même de l’urine ; la bile subit une modification opposée, et une fois placées dans ces conditions contraires à l’état naturel, elles constituent autant de stimulants pour la peau. C’est ce que l’on observe chez les sujets atteints de maladies des voies urinaires lorsqu’on est obligé de placer des sondes à demeure. C’est ce que l’on voit chez les très jeunes enfants qui sont à l’allaitement, et à l’égard desquels on ne prend pas assez de soins de propreté. Les petites fdles de trois ou quatre ans, très lymphatiques de leur nature, sont souvent prises d’écoulement aux parties génitales, qui développe un état érythémateux des grandes lèvres et des cuisses. C’est dans de pareilles conditions qu’à certains âges de la vie et lors de certains états généraux morbides acquis, s’opère l’infection putride, qui par son origine se distingue ainsi de l’infection purulente.

La conséquence de ces données, c’est une thérapeutique tout antiseptique à mettre en usage : 1° soins extrêmes de propreté fréquemment renouvelés ; 2° lavage des surfaces malades avec de l’eau chlorurée; 3° saupoudrer la peau de poudre de tan et la graisser de saindoux, de manière à éviter le contact des fluides sur ces parties, etc.

Intertrigo.-— Mais il est une maladie érythémateuse provenant du contact de la sueur altérée, qui doit plus spécialement fixer notre attention, et qui a reçu la dénomination particulière (¥ intertrigo, déj omination qui en exprime parfaitement le siège.

C’est, en effet, au contact prolongé de surfaces cutanées qu’elle se développe, et elle ne peut se montrer que là ; de sorte qu’on ne la rencontre jamais que dans les parties suivantes du corps : 1° derrière les oreilles, dans le pli de jonction de l’oreille avec la tête; 2° au pli des seins chez les femmes grasses; 3° au pli des aisselles et quelquefois même au pli des bras ; 4° au pli du bas-ventre chez les personnes d’un grand embonpoint ; 5° au contact des bourses chez l’homme; 6° au contact des grandes lèvres chez la femme ; 7° enfin, quelquefois, mais beaucoup plus rarement, au jarret.

Cette maladie est très commune, d’une guérison très difficile; elle est très sujette à retour à cause des conditions mêmes dans lesquelles elle se développe, de sorte qu’il nous faut appeler l’attention du médecin d’une manière toute spéciale sur elle : la plupart des auteurs en ont fait une description fort légère et en ont mal décrit les variétés.

Elle est propre à deux âges opposés de la vie, l’enfance et la fin de l’âge adulte, c’est-à-dire cet âge de la vie que l’on nomme critique chez la femme, et qui, suivant moi, existe aussi chez l’homme, mais plus tard ; quarante à quarante-cinq ans pour la femme, quarante-cinq à cinquante-cinq ans pour l’homme. Je parle ici d’âge critique chez l’homme, et je puis paraître extraordinaire aux yeux de quelques personnes. On conçoit, en effet, un âge critique chez la femme, en ce sens qu’à cette époque de la vie il y a suppression d’un écoulement sanguin mensuel qui a existé pendant vingtcinq à trente années, et qui se supprime plus ou moins brusquement à un âge donné de la vie.

Mais, dans la nature, les phases de développement et de décroissance de la vie ne sauraient être exclusives . elles existent pour les végétaux et pour les animaux ; elles sont uniformes pour chaque classe d’animaux, et dans une même nature d’animal il ne saurait exister pour la femelle un âge critique sans qu’il existe aussi pour le mâle. A l’époque de l’âge critique chez la femme, on voit surgir

ÉRYTHÈME. 215

un grand nombre de maladies qui compromettent la santé et quelquefois la vie.

Lorsque la femme a passé cet âge sans que les maladies ou accidents développés aient porté une certaine atteinte à la santé, il est rare que la vie ne se prolonge pas pendant un laps d’années plus ou moins long. Il en est de même pour l’homme ; c’est de quarantecinq à cinquant-cinq ans qu’il est sujet à une foule d’incommodités qui exigent de sa part une hygiène mieux observée : les congestions pulmonaires ou cérébrales ; un état général plus ou moins inflammatoire, ou un état de pléthore qui demande des émissions sanguines. Il ne peut plus supporter le vin, le café, les alcooliques et l’alimentation substantielle comme auparavant. A l’égard de la peau, comme chez la femme, se montrent l’intertrigo, l’eczéma, le sycosis du cuir chevelu, etc. Si cet âge critique est moins marqué pour l’homme, c’est que chez lui il n’y a pas eu d’écoulement sanguin périodique. Je suis convaincu que plus on étendrait son observation dans ce sens, plus on trouverait des motifs de corroborer cette manière de voir, que j’ai déjà précédemment énoncée.

Quoi qu’il en soit, l’intertrigo se montre, avons-nous dit, à deux époques différentes de la vie, dans l’enfance ou à la fin de l’âge adulte. Chez l’enfant, ce n’est qu’aux aisselles qu’il a lieu, et alors il se produit là un érythème qui, le plus souvent, ne se borne pas à de la rougeur, mais qui suinte une sérosité muqueuse d’une certaine consistance qui peut aller jusqu’à la sécrétion purulente. Il y a plus: chez quelques jeunes filles où nous avons souvent observé cette maladie, la sécrétion devient non-seulement purulente, mais encore le pus qui se produit est en telle quantité, qu’il faut changer les linges quatre ou cinq fois par jour. Cette variété où le pus est blanc, muqueux, très liquide, nous l’avons désignée sous le nom d 'erythema purifluens, tant la sécrétion est abondante et se renouvelle. Il suffit de mettre la surface à l’air pour la voir se couvrir en quelques instants de rnuco pus. Cependant la peau n’est pas le siège d’une érosion; la surface est d’un rose vif, piquetée de rouge ; elle a peu de sensibilité, et il en suinte du pus, comme il suinte.de la sérosité d’une surface eczémateuse.

On observe cette variété d erythème chez les enfants essentielle-

ment lymphatiques , avec une peau blafarde, épaisse , et sur laquelle nous aurons occasion de revenir quand nous traiterons de l’acné.

Les intertrigos de l’àge adulte se comportent tout autrement. Nés chez des personnes grasses, qui suent facilement, qui prennent peu de bains, et qui n’observent pas de soins de propreté, ces intertrigos se montrent, comme une légère rosée, dans toute l’étendue du pli de jonction des deux surfaces saillantes de la peau. J’insiste sur ce siège d’origine, ce sera le point où le médecin aura plus de difficulté à guérir l’érythème; aussi exigera-t-il des moyens spéciaux. Cette rougeur linéaire appelle peu l’attention des malades ; elle amène une légère démangeaison que le frottement plutôt que le grattage apaise. Mais peu à peu, et dans un temps donné, variable, mais toujours avec une marche lente, l’érythème gagne en surface jusqu’à acquérir l’étendue du contact habituel des parties saillantes entre elles. Il résulte de ce fait que Yintertrigo des oreilles a plus ou moins de surface, suivant que la personne par son mode de coiffure, comprime plus ou moins les oreilles sur la tête ; qu’il restera constamment très peu étendu chez les uns, beaucoup plus chez les autres ; que cette circonstance que nous spécifions pour l’oreille doit s’étendre à toutes les autres parties: si nous l’avons signalée, c’est que l’on prend souvent un intertrigo pour un eczéma. Or nous verrons, au contraire, que l’eczéma affecte des parties en saillie, tandis que l’intertrigo atteint des parties enfoncées.

Ayant ainsi envahi toutes les parties qui ont entre elles des points de contact, l’érythème ne fait plus de progrès en surface, mais il persiste d’abord sans suintement, et plus tard en fournissant une sorte de transpiration capable de mouiller un linge qui y séjourne durant huit à dix heures. A cette sécrétion, qui reste ainsi stationnaire pendant plusieurs semaines, succède une sécrétion un peu plus marquée, et parfois aussi se forment des squames ou lames épidermiques qui font croire à l’existence d’un eczéma. Notez que la démangeaison devient de plus en plus marquée, surtout quand la surface malade a le contact de l’air. — Il arrive encore un moment où, à part la condition de siège, de localisation, il est difficile de distinguer un intertrigo d’un eczéma. Il est des personnes qui gardent ainsi

ÉRYTHÈME.

cette affection pendant des mois et des années, les unes par incurie, les autres pour cacher une maladie incommode, mais dont le siège est tel qu’elles répugnent à la montrer au médecin, et alors tous les jours en se couchant elles se livrent à des frottements qui rendent bientôt la surface eczémateuse. Si l’intertrigo siège au voisinage des parties génitales , il finit par éveiller, comme le prurigo vulvœ , une surexcitation des organes génitaux extrêmement pénible.

Ainsi, loin d’être un érythème ordinaire, l’intertrigo peut arriver à troubler l’existence d’un malade. J’ai vu des dames qui, depuis douze à quinze ans, avaient cette maladie, à la suite de laquelle était survenu un amaigrissement très notable par le trouble porté dans le moral et dans les fonctions digestives.

La maladie n’a pas, en général, d’autres résultats plus fâcheux. Nous allons esquisser les règles de son traitement.

La première condition à remplir, à quelque époque que soit arrivée la maladie, qu’elle soit de date récente ou ancienne, c’est l’isolement le plus complet des surfaces malades. Tout ce que nous venons de dire doit faire comprendre l’importance de ce moyen; c’est la cause que l’on combat alors, et la cause permanente. L’affection est-elle récente, il suffit ordinairement de ce moyen , associé à l’usage de la poudre d’amidon, de lycopode, de tan, de vieux bois, pour en obtenir la guérison, à la condition que la séparation des parties sera maintenue bien au delà du terme de celle-ci, pour éviter le retour du mal. C’est à l’aide de linges de toile bien appliqués que Ton arrive à ce résultat. Quant aux poudres, elles doivent être très fines et obtenues par des tamisations parfaites, et de plus il faut en employer dans une proportion très faible, de manière à ne pas faire des couches qui s’humectent et forment pâte ; il faut saupoudrer très légèrement et très souvent avec une houppe à poudrer, sauf à répéter l’emploi de ce moyen. Mais, à chaque pansement, il est nécessaire de laver la surface malade à l’aide d’une eau au 25e ou au 20e de son poids de chlorure de soude. Cette liqueur agit et par sa nature astringente, et par la réaction chimique quelle exerce sur les fluides sécrétés.

Toutefois ces moyens, qui sont généralement utiles dans tous les

cas d’intertrigos récents, sont insuffisants quand les intertrigos sont anciens, ou quand il s’agit à’intertrigo purifluens. Je ne connais pas de moyens plus propres à attaquer les premiers que les douches sulfureuses, sulfo-alcaîines et de Plombières. (Voy. le Formulaire.) A cet égard, il faut un peu sonder la sensibilité des surfaces malades. Les douches artificielles de Plombières sont les moins irritantes. C’est en arrosoir qu’il faut les donner; faiblement d’abord, puis de plus en plus fortes, et sous le rapport de la force d’impulsion de la douche, et sous celui du diamètre des trous de l’arrosoir. Il faut rendre les douches de plus en plus fortes aussi par rapport à leur composition, mais il faut aller graduellement. Ces douches seront données tous les jours. On y joindra soit l’usage des poudres indiquées plus haut et les lotions chlorurées, comme eau de toilette, et l’on pourra sonder la sensibilité de la surface malade en appliquant quelques pommades résolutives (voy. Pommades, Formulaire) ; mais le plus souvent les corps gras réveilleront des démangeaisons. Tout cela varie suivant la sensibilité de la peau des sujets, et il est impossible d’en juger à l’avance. Toute surexcitation produite soit par une douche, une lotion, une pommade, sera calmée par des émollients ou tombera d’elle-même. Il arrive quelquefois que tout en obtenant un succès marqué, il reste certains points plus rebelles, et notamment les places qui ont été affectées les premières. Alors on se servira avec avantage d’huile de cade en application tous les deux trois jours, dont on laisse à peine une trace en essuyant avec du coton la couche d’huile qu’on y a mise. Mais ce qui termine le mieux ces plicatures érythémateuses si rebelles, ce sont les lotions tous les cinq jours avec la solution de nitrate d’argent n° 1 (voy. Formulaire ). Ce moyen est d’un emploi d’autant plus utile qu’il donne la mesure de la guérison. A peine si dès le lendemain des premières applications il reste une teinte noire, tandis que lorsque la maladie touche à son terme, il faut trois, cinq et six jours pour faire tomber cette coloration. On peut aussi employer des lotions à l’alun, au sublimé, plus ou moins fortes (voy. Formulaire). On voit, en résumé, que tous ces moyens puissants tendent à agir de deux manières, et comme résolutifs, et comme modificateurs de la vitalité du tissu malade. C’est qu’en effet, il y a dans ces mêmes tissus malades

URTICAIRE

une telle habitude de vitalité morbide, qu’il faut diriger le traitement dans ce sens pour obtenir une guérison.

Vintertrigo purifluens étant une maladie essentiellement liée au tempérament lymphatique et à une peau blafarde atonique, c’est par un régime intérieur antiscrofuleux dans lequel prédominent cependant les sulfureux, c’est par les bains sulfureux et les autres

moyens locaux précédemment indiqués, qu’on arrête les progrès de

cette maladie. Mais il faut, en général, craindre de supprimer trop vite cette sécrétion si abondante, et je préfère la laisser suivre son cours un peu plus longtemps, de manière qu’elle disparaisse graduellement sous l’influence d’un bon régime intérieur, plutôt que de tarir trop rapidement une source si considérable de suppuration. Il est meme convenable, dans ces sortes de cas, d’appliquer un exutoire au bras sain, pour opérer une dérivation, et de le maintenir même après la guérison.

Que s’il s’agissait de prescrire une eau minérale contre un intertrigo ayant siège dans plusieurs points du corps, je conseillerais les eaux de Louesche qui réussissent parfaitement, excepté dans le cas de prédominance lymphatique, où les eaux des Pyrénées, d’Aix en Savoie, d’Aix-la-Chapelle et d’Enghien, devraient être pré¬

férées.

urticaire, urticaria , d ’urtica, ortie; cnidosis de ^véb}, ortie ( Ali— bert); essera (des Arabes); fcbris urticata (Vogel); porcellenœ (Lieutaud); scarlatina urticata (Sauvages); purpura urticata ( Junker ).

Selon ses aspects divers :

Selon le moment de l’éruption :

Simplex.

C on fer ta.

Tuberosa.

Nodosa.

Diurne.

Nocturne.

Vague.

Selon sa marche :

Selon sa durée :

Aiguë.

Chronique.

Evanida.

Perstans.

Selon sa cause :

Ab ingestis.

Cette maladie exantbémateuse ne me parait pas avoir suffisamment fixé l’attention des pathologistes sous le rapport de sa chroni-

cité et des conséquences qu’elle entraîne alors. On en a tracé le tableau le plus exact sous la forme aiguë, aussi nous y arrêterons» nous peu ; mais le dermatologiste n’est réellement appelé à la traiter que lorsqu’elle est arrivée à l’état chronique : c’est donc surtout cette forme qu’il nous faut retracer, et à la thérapeutique de laquelle nous devons nous attacher plus particulièrement, ne fût-ce que pour signaler notre impuissance dans quelques cas. Alihert, d’ailleurs, ce peintre si habile à décrire et à saisir le point de vue pratique des dermatoses, avait, par des observations rapidement esquissées, fait pressentir toutes les difficultés qui se rattachent au traitement de l’urticaire.

L’urticaire est un exanthème qui se caractérise par des élevures à forme plus ou moins arrondie, mais irrégulières, disséminées ça et là à la surface de la peau, et caractérisées par trois phénomènes : la couleur érythémateuse rosée, disparaissant par la pression du doigt; la décoloration centrale de la rougeur érythémateuse ; la sensation de cuisson et de picotement, qui rappelle la douleur de la piqûre d’ortie.

Suivant qu’on envisage cet exanthème sous divers aspects, on peut établir des divisions différentes. Relativement à la forme qu’il affecte à la peau: on le dit simplex , quand il est étendu en plaques irrégulières, distinctes et discrètes ; conferta , quand les plaques nombreuses sont groupées les unes auprès des autres, de manière à être confluentes ; tuberosa , lorsque les élevures que présente F urticaire sont tellement en relief qu’elles donnent l’image de tubercules ; nodosa , lorsque l'érythème, au contraire, est peu saillant, mais que le tissu cellulaire sous-jacent à la peau est assez tuméfié pour représenter des nodosités. Ces quatre formes peuvent appartenir à l’urticaire qui est accompagnée de fièvre.

Eu égard à la durée de l’éruption, on appelle l’urticaire evanida ou perstans ; c’est qu’en effet elle peut ne durer que quelques heures, ou persister sans disparaître durant un ou deux septénaires et même plus.

Par rapport au moment où l’éruption apparaît, on l’appelle diurne, quand elle s’opère au lever du malade et lors de l’exposition au frais ; nocturne , lorsqu’elle se développe le soir, quelques instants

URTICAIRE

après le coucher de l’individu, et lorsque la chaleur s’établit dans le lit; vague , quand il n’y a rien de précis dans la manifestation de l’éruption et qu’elle se montre à divers moments de la journée, soit sous l’influence du froid ou de la chaleur, soit sous celle d’une impression morale quelconque.

Enfin, elle est dite aiguë , lorsque cet exanthème parcourt ses périodes dans un ou deux septénaires ; chronique , lorsqu’elle dure des mois et des années. Ces diverses divisions sont entièrement fondées sur l’observation ; mais la plus importante d’entre elles est celle qui repose sur l’état aigu ou chronique de l’affection. En effet, la forme de l’éruption, le moment où elle apparaît, la saillie plus ou moins considérable de ses élevures, tout cela n’est que secondaire ; et comme, sous le nom d’aiguë, on comprend l’urticaire avec fièvre, tandis que, sous celui de chronique, la santé générale se conserve souvent parfaite, il s’ensuit qu’il faut nous arrêter essentiellement à l’urticaire fébrile et à l’urticaire non fébrile.

L’urticaire fébrile est généralement l’apanage de l’enfance ; elle apparaît avec tous les prodromes des éruptions exanthémateuses, seulement ils sont généralement peu intenses; ils ne consistent que dans la lassitude dans les membres, de la courbature, de l’anorexie, céphalalgie, parfois quelques nausées, de la fièvre. Après vingtquatre à trente-six heures, l’éruption, précédée d’une moiteur ou d’une sueur générale, se déclare. C’est surtout sur les membres, et principalement sur les membres inférieurs, qu’elle se montre, quoiqu’elle puisse envahir le tronc et la figure. Elle affecte alors des formes diverses, quoique les variétés dites tuberosa et subcutanea soient plus spécialement applicables à l’urticaire chronique. Les élevures sont plus ou moins rosées, avec décoloration centrale assez dessinée ; quelquefois elles sont même entourées d’un cercle rosé assez vif, la peau saine restant avec sa couleur assez naturelle entre les élevures ; leur étendue est d’ailleurs très variable, depuis quelques millimètres jusqu’à plusieurs centimètres de diamètre. Inutile de dire qu’elles sont accompagnées des sensations de fourmillement et de cuisson propres à cette éruption, qui peut être confluente ou discrète.

Dans l’urticaire ab ingestis , ou provenant d’aliments ou de médi-

caments propres à développer cette maladie, il n’est pas rare de voir des vomissements répétés, des spasmes, de la suffocation et des mouvements presque convulsifs des membres, précéder le développement de cette maladie, de sorte que cet ensemble de phénomènes simule assez bien un empoisonnement.

L’éruption développée, l’ensemble des prodromes qui l’avaient précédée disparaît peu à peu, moins l’état fébrile, qui persiste pendant quelques jours, mais à un faible degré; puis, vers le quatrième ou le cinquième jour, l’éruption elle même diminue d’intensité, pour disparaître vers le neuvième ou douzième jour, en donnant lieu un peu plus tard à une légère exfoliation épidermique qui n’est pas constante. Mais il suffit souvent d’une sortie trop précoce du lit pour faire reparaître l’éruption, et c’est alors que si cette imprudence est répétée à plusieurs jours d’intervalle, on voit reparaître successivement la maladie et on la perpétue ainsi. Elle passe à l’état chronique. Aussi est- ce avec raison qu’Alibert cite l’exemple de quatre sœurs qui depuis leur enfance étaient atteintes de cette maladie. Il rapporte encore l’exemple d’un jeune homme de vingt-huit ans où elle avait pris naissance dès l’enfance, comme aussi celui d’une pauvre femme qui était affectée de cette maladie depuis dix ans. J’ai donné des soins à une dame qui la portait depuis dix-huit ans. Aussitôt qu’elle commençait à ressentir la chaleur du lit, l’éruption s’opérait, pour se dissiper après un quart d’heure. Lorsque l’éruption, par une circonstance tout accidentelle, ne s’effectuait pas, elle était prise de deux ou trois garderobes en diarrhée. Je ne pourrais suffire à citer les nombreux exemples du même genre. Tous, j’en ai la conviction, sont dus à des urticaires dont la période de développement a été enrayée par des circonstances diverses d’arrêt, et, je dois le dire, plus l’urticaire se montre à un âge avancé dans la vie, plus elle a une tendance à prendre la marche chronique. En général, les médecins négligent trop les précautions que réclame cette maladie. Si elle ne porte pas un préjudice notable à la santé générale, si les enfants ou les adultes qui en sont atteints n’éprouvent pas tous les malaises de l’état fébrile qui accompagne les autres maladies éruptives, l’urticaire n’exige pas moins qu’elles des soins assidus, surtout sous le rapport de la température dans laquelle le

URTICAIRE

malade doit être maintenu et du séjour au lit prolongé durant le septénaire qui a suivi la disparition naturelle de l’éruption.

A ce dernier point de vue, nous devons aussi appeler toute l’attention des médecins. La disparition brusque d’une éruption d’urticaire ou une évolution incomplète de cette éruption sous l’influence d’un refroidissement peuvent amener chez l’adulte surtout, et souvent aussi chez l’enfant, un ensemble de symptômes des plus graves. J’ai eu dans mes salles un homme de quarante ans qui, à la suite d’un travail exagéré, a vu se développer une urticaire sur les cuisses et sur les jambes. Il a porté peu d’attention à cette éruption, il a continué de travailler malgré le malaise qu’elle avait fait naître. L’éruption s’est supprimée, et alors il a été pris d’anorexie, de lassitude dans les membres et de malaise général. Il est entré à l’hôpital avec des taches bleuâtres disséminées sur les membres, phénomènes que laisse à sa suite l’urticaire tubéreuse brusquement supprimée. La figure était altérée, le pouls non fébrile, la langue épaisse et blanchâtre. Nous lui fîmes donner un bain d’air chaud dans le lit pour rappeler l’éruption ; un émétocathartique fut administré le deuxième jour, et trois bains d’air chaud furent successivement employés. L’éruption reparut, mais à un faible degré ; l’anorexie et le malaise continuèrent ; bientôt il se montra de la diarrhée ; plus tard, des vomissements bilieux répétés qui ne furent arrêtés que par des sinapismes appliqués sur la région épigastrique, et par la potion anti-émétique de Rivière ; la diarrhée persista. Enfin, il ne dut son rétablissement qu’à des frictions opérées sur les membres à l’aide de l’huile de croton tiglium dans les points où l’éruption s’était opérée, frictions qui firent reparaître l’urticaire d’une manière permanente, tout en développant à la peau un érythème vésiculeux artificiel.

Une fois passée à l’état chronique, l’urticaire a une ténacité, une persistance qui n’a plus aucun rapport avec l’état si éphémère en apparence de l’éruption. L’observation suivante en offre la démonstration la plus complète.

J’ai reçu à l’hôpital un malade atteint d’une urticaire diurne qui datait de trois ans. Après trois mois de traitement, la maladie, réfractaire aux moyens les plus énergiques, persistait encore sans avoir subi de modification sensible.

II survint alors un malaise général, de la céphalalgie, de la lassitude dans les membres avec anorexie. Après ces prodromes apparut une roséole: cette éruption ne modifia en rien l’urticaire ; les symptômes généraux eux-mêmes n’en persistèrent pas moins. Au bout de quarante-huit heures, la roséole avait fait place à un purpura aigu général, sans que rien changeât cependant, ni dans l’urticaire ni dans les symptômes généraux. Mais bientôt apparut une variole confluente, et c’est alors que l’urticaire disparut peu à peu complètement. La variole fut grave ; elle fut accompagnée de symptômes cérébraux, qui mirent les jours du malade en danger. La période de suppuration surtout devint menaçante par la confluence de l’éruption. Enfin, après trois semaines, le malade, entrant en convalescence, se félicitait de son élat, dans l’espoir que toute trace de l'urticaire avait disparu, et qu’il était débarrassé d’une maladie de trois ans. La convalescence s’établissait après la desquamation sans que rien parût ; lorsqu’un matin, l’interne du service crut voir sur les mains du malade une rougeur analogue à celle de l’urticaire. Frappé de l’apparition de ces plaques dont l'aspect lui parut presque douteux, malgré le diagnostic que nous en portions, il se mit à les examiner de très près, à les toucher, les presser en tout sens et longtemps. Mais quelle fut sa surprise, quand le soir même, chose bien autrement étrange, l’élève se trouva sur les doigts deux plaques d’urticaire très manifestes, que des bains, l’amidon en poudre, le repos et le régime firent disparaître. — Quant au malade, l’urticaire devint tout aussi confluente et tout aussi journalière qu’auparavant.

Cet exemple que je crois unique dans la science par son ensemble, prouve deux choses , et la ténacité de l’éruption , et la possibilité qu’elle puisse être transmise par le contact, contrairement à l’opinion généralement formulée que l’urticaire n’est pas une maladie contagieuse. A cet égard, ne pourrions-nous pas invoquer le fait de ces quatre sœurs citées par Alibert, et que nous rappelions plus haut? Comment ont-elles été atteintes de la même maladie, serait-ce par une coïncidence toute fortuite? ou la maladie se serait-elle transmise de l’une aux autres? Au surplus, si les anciens admettaient trop fréquemment la contagion des maladies cutanées, il faut avouer que les modernes ont fait table rase, à cet égard, en réservant seulement cette contagion pour la gale et pour la teigne. Nous aurons l’occasion de prouver que le lichen, l’impétigo, l’herpès doivent être ajoutés à la liste des maladies qui peuvent devenir transmissibles dans certaines conditions d’âge et de développement de l’affection.

De l’ensemble de ces faits s’ensuit-il que l’urticaire ne puisse pas se montrer d’emblée sous une forme chronique? Loin de nous cette

urticaire.

pensée. J’ai voulu seulement énoncer ce fait trop peu formulé par les auteurs, à savoir que l’urticaire chronique n’est que trop souvent la conséquence d’une urticaire aiguë soignée avec trop peu de précaution. D’ailleurs, le développement de l’urticaire est en partie soumis à la forme qu’elle affecte: ainsi, lorsque les élevures doivent présenter la forme tubéreuse ou noueuse , l’éruption n’est plus si instantanée, ni si confluente. Les nodosités ne se manifestent que successivement. Pendant quatre, huit ou douze jours, on en voit apparaître de nouvelles, chacune d’elles ayant une durée de k à 5 jours. Lorsqu’elles ont disparu, elles laissent aussi des traces de leur passage: ce sont des inégalités en saillie pour l’urticaire tubéreuse, et des inégalités avec dépression pour l’urticaire noueuse.

Quant aux causes de cette affection, elles sont variables comme l’éruption elle-même. Ainsi, pour l’urticaire fébrile, ce sont les causes de tous les exanthèmes. Mais pour l’urticaire accidentelle ou à marche chronique, voici ce que l’on observe à cet égard. Par rapport à l’urticaire accidentelle, il est certains coquillages, les moules, les crabes, les homards, mais surtout les moules, qui peuvent déterminer tout à coup l’invasion de l’urticaire ; on ignore, ainsi que nous l’avons dit pour l’érythème, à quel état anormal des moules il faut rattacher le début de cette affection. M. Gibert cite le cas d’une urticaire développée sous l’influence du baume de copaliu qui, comme on le sait, donne plus souvent lieu à des érythèmes. Je viens d’en voir un exemple très complet et très général chez un élève en droit qui n’avait pris que soixante capsules de Mothes ; c’est en été.

Il est très commun de rencontrer l’urticaire chronique liée à des gastralgies ou à des entéralgies, et ces affections prendre ou perdre alternativement de l’accroissement, suivant que l’une ou l’autre prédomine. Cette circonstance est une grande ressource pour le médecin, car elle dirige plus nettement sa thérapeutique. Mais une, des causes assez communes de l’urticaire dans l’àge adulte, ce sont les affections morales vives; ainsi s’explique le fait, cité par Alibert, de cette dame qui ne pouvait entrer dans un salon sans être couverte de cette éruption de la tête aux pieds.

Traitement. — Les infusions aromatiques, le repos, de la diète,

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une température douce et soutenue, surtout le soin de se mettre complètement a l’abri des transitions subites du chaud au froid, tels sont les moyens simples que réclame l’urticaire fébrile. Un éméto- cathartique devient quelquefois nécessaire quand elle est accompagnée de symptômes d’embarras gastrique. Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de maintenir le malade dans les conditions d’une température uniforme durant un ou deux septénaires après la cessation de l’éruption, afin d’éviter la réapparition de l’affection. Les soins, à cet égard, doivent être d’autant plus complets et plus sévèrement observés, qu’il s’agit de personnes plus avancées en âge. En effet, contrairement aux autres exanthèmes, l’urticaire est une maladie qui se montre souvent à l’âge adulte.

J’ai donné des soins à une dame de trente-neuf ans, qui, durant une urticaire aiguë dont elle fut atteinte, ne voulut pas observer les précautions à laquelle je désirais l’astreindre.

C’était au printemps que la maladie s’était développée ; elle reparut durant six semaines à plusieurs reprises, puis elle se manifesta successivement à des intervalles plus ou moins éloignés pendant la saison et l’hiver suivant. Je mis alors en usage plusieurs traitements actifs, mais sans succès. La malade garda son affection, avec les inconvénients qu’elle cause quand elle est chronique, durant un an encore ; à la moindre impression morale un peu vive, elle reparaissait. La maladie devint continue et plusieurs fois par jour l’éruption se produisait; il suffisait que celle dame se déshabillât, pour qu’il se manifestât une série de plaques plus ou moins nombreuses. Enfin, au troisième printemps depuis l’éruption, j’envoyai cette dame à Louesche, où elle passa trente-cinq jours avec des poussées considérables qui firent justice de cette urticaire rebelle.

Le traitement de F urticaire chronique varie comme la cause qui l’a fait naître et qui peut l’entretenir. Lorsqu’elle s’est développée sous l’influence de causes morales, on comprend qu’il y a peu de

ralgie, c’est à ces maladies qu’il faut surtout adresser la thérapeutique de l’affection cutanée. Lorsque l’urticaire est la conséquence d’une négligence dans les premiers soins et qu’elle existe depuis plusieurs années, il faut tenter diverses espèces de moyens. Je dis tenter l’emploi de diverses sortes de moyens, car il ne saurait y avoir rien de précis à cet egard: les bains salés, les bains de mer,

URTICAIRE

ceux de vapeur, les purgatifs répétés ; et, à l’égard de ce dernier moyen, je puis citer le fait suivant qui en démontre l’inefficacité dans certains cas.

J’ai été consulté par une dame des colonies, qui habitait Paris depuis vingt ans, et qui, depuis dix-huit ans, était atteinte d’urticaire nocturne. Ainsi que je le disais plus haut, elle était couverte d’une éruption plus ou moins considérable un quart d’heure après s’être couchée, et lorsque l’éruption n’avait pas lieu, elle était prise de plusieurs garderobes en diarrhée; dans les deux cas, elle s’endormait une demi-heure ou une heure après, et elle dormait d’un sommeil calme toute la nuit. Aussi la santé générale n’était nullement altérée. J’employai alors toutes sortes de médications, voire même la solution de Fowler, qui ne fut pas supportée au delà de six gouttes, car elle amena une diarrhée intense à cette dose. Lasse d’invoquer les secours de la médecine, car elle avait frappé à toutes les portes des hommes les plus capables, la malade s’adressa à un herboriste qui lui fit prendre tous les matins une bouteille de tisane purgative. Je montrai cette tisane à un pharmacien, qui la reconnut pour être la tisane royale du Codex . Ce traitement, prolongé pendant six semaines, guérit, sinon radicalement, au moins de manière à ne voir reparaître l’éruption qu’à intervalles éloignés, et dans une proportion de développement très supportable.

Depuis lors j’ai souvent invoqué le secours de cette tisane en en proportionnant la dose aux intestins des malades, J’ai obtenu quelques succès, mais j’ai eu beaucoup plus d’insuccès. C’est cependant une médication que je conseille à défaut de meilleures.

M. Cazenavea cité le cas d’une urticaire chronique qui fut guérie par Biett à l’aide de la solution de Fowler, à la dose de 5 ou 6 gouttes, administrée pendant cinq jours. J’ai souvent employé cette solution jusqu’à là gouttes par jour et sans aucun résultat. J’avoue même qu’il me parait fort extraordinaire qu’une maladie d’une ténacité si grande eût été enlevée en cinq jours à une dose aussi faible.

Ce que je n’bésite pas à préconiser, parce que l’expérience m’en a démontré toute l’efficacité, ce sont les eaux de Louesche, qui ont une puissance d’action fort remarquable en raison du séjour que font les malades dans l’eau et des éruptions qu’elle fait naître à la peau. C’est dire, en résumé, qu’il reste à faire pour le traitement de cet exanthème, et nous appelons l’attention toute spéciale des médecins sur la thérapeutique qu’il peut réclamer.

Roséole, roseola.

Voilà une éruption cutanée sur laquelle il est peu d’auteurs qui aient une opinion bien arrêtée, et cependant on a fait à F envi des variétés nombreuses de cette maladie. Willan, par exemple, en admet sept espèces qu’il désigne par les noms de roseola œstiva , autumnalis, annulât a , inf antilis, variolosa , vaccina , miliaris. M. Rayer, tout en avouant au début de la description de cette maladie qu’il est impossible de différencier plusieurs espèces de roséoles d’avec l’érythème, ajoute aux sept variétés précédentes la roséole fébrile et la roséole rhumatismale ou goutteuse.

Suivant moi, parmi ces dénominations de Willan , il est une variété de roséole qui n’est autre qu’une des espèces d’érythème, l’érythème circiné ou annulaire. La roséole miliaire ne seraitelle pas elle-même une variété de fièvre miliaire? Pourquoi cette distinction entre la roséole du printemps et celle d’automne? La différence reposerait-elle sur ce qu’en automne les taches sont plus foncées qu’au printemps et en été ? Les roséoles varioleuse et vaccinale ne sont que des roséoles survenues à la suite ou dans le cours de la vaccine ou de la variole. Nous en dirons autant de celle qui se montre dans les rhumatismes et les gouttes: ce n’est pas moins une roséole comme dans les autres variétés; et quant à la roséole fébrile, c’est l’histoire de toutes les efflorescences légères de la peau dont le développement est ou n’est pas précédé ou accompagné de fièvre.

Toutes ces circonstances ne sauraient être assez importantes pour constituer des espèces de roséoles. Cette maladie est une ; elle peut se présenter dans des conditions différentes. Ce qui importe, c’est de lui assigner des caractères tels qu’elle ne puisse pas être confondue avec une autre éruption cutanée ; or, sous ce rapport, ce n’est pas parce qu’il y a absence d’angine qu’une éruption ne s’appellera pas rougeole. 11 y a des rougeoles sans angines, exceptionnellement, il est vrai. Attachons-nous donc à bien spécifier les caractères de l’éruption roséoleuse, et à la distinguer de certaines variétés de rougeole et d’érvthème.

ROSEOLE*

L’éruption roséoleuse occupe toujours une surface du corps plus ou moins étendue ; elle débute généralement à la poitrine et au ventre , ou bien sur les membres supérieurs , et il est rare qu’elle se borne à quelques plaques diffuses; celles-ci sont nombreuses, confluentes, de très petite dimension [un centimètre) , laissant entre elles des espaces assez uniformes de peau saine ; les plaques ont d’ailleurs une dimension décroissante de la poitrine aux extrémités ; et telle est l’uniformité de l’éruption, que la peau paraît zébrée ou uniformément maculée de petites taches rosées légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, ce que l’on sent avec la pulpe du doigt ; coloration qui, connue toutes les efflorescences, disparaît à la moindre pression. Voilà pour les phénomènes locaux, avec cette légère nuance que, dans le cas de roséole syphilitique, la tache roséoleuse devient sombre, violacée et persistante.

Or, dans tout érythème, la rougeur a une forme régulière bien déterminée, et c’est d’après cette circonstance même que les variétés d’érythèmes papuleux, tuberculeux, mamellés, etc., ont été établis. Rien de semblable dans la roséole.

Si, dans la rougeole, il y a quelque assimilation a faire entre l’aspect des plaques et celui de la roséole sous le rapport de la couleur et du peu de saillie au-dessus du niveau de la peau, il faut dire que dans la rougeole ces plaques sont généralement plus larges, qu’elles tendent à s’agrandir et à se confondre entre elles ; enfin, qu’elles sont plus proéminentes. Si a ces caractères on joint la circonstance de l’état catarrhal et des prodromes fébriles, toujours beaucoup plus intenses, on est conduit, dans le plus grand nombre des cas, à un diagnostic assez précis.

Ainsi, d’une part, nous repoussons toutes les distinctions établies par Willan comme variétés, et nous disons que l’éruption roséoleuse est une ; qu’elle se montre soit au printemps, soit à l’automne, et que dans cette dernière saison elle parait avoir un caractère moins aigu; qu’elle peut affecter la très jeune enfance ; qu’elle est même commune à cet âge ; qu’elle coïncide quelquefois avec le développement de la vaccine et de la variole ; qu’on l’observe dans la goutte et dans les rhumatismes aigus goutteux de longue date, et ayant pris tout à coup un certain accroissement ; qu’on la trouve

aussi dans certains cas de fièvre typhoïde grave; mais que, qu’elle soit spontanée et seule, ou spontanée et coïncidant avec une autre maladie, c’est toujours la même éruption.

Or, cette maladie est le plus souvent précéoée de prodromes fort légers. Ils ne sont autres que ceux que l’on observe dans les exanthèmes; ils consistent dans du malaise, de l’anorexie, de la lassitude dans les membres, et souvent un léger état fébrile à la suite duquel F éruption se montre du jour au lendemain. Celle-ci a cela de particulier qu’elle est très fugace, qu’elle disparaît un jour pour reparaître le suivant, et que, dans tous les cas, elle ne dure pas plus de deux ou trois jours, s’éteint et laisse après elle ou une légère efflorescence épidermique disséminée, ou même pas de desquamation sensible.

C’est assez dire qu’elle exige une médecine d’observation du genre de celle qui est appropriée aux autres exanthèmes superficiels de la peau. Nous ne croyons donc pas devoir nous arrêter plus longtemps sur cette maladie. Nous aurons occasion d’y revenir à l’occasion des syphilides. (Voy. ce chapitre.)

ECZEMA.

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