‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 25 sur 69 · DEUXIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME GROUPE

Affections vésicule sises et huileuses.

Eczéma (èxÇew, effervesco ); dartre squameuse humide d’Alibert; dartre vive de Sauvages ; crusta lactea de Plenck ; scabies miliaris; herpes miliaris.

D’après la forme morbide :

Simple.

Composé. — Impetigineux.

Lichénoïde.

Herpétiforme.

Psoriasiforme.

D’après la conformation :

Amorphe.

Nummulaire ou en plaques arrondies et disséminées.

Fendillé.

Unisquamosum.

D’après la partie qu’il affecte :

Diffus ou général.

Localisé. — Tête.

Oreilles.

Racine du nez.

Ma melon.

Ombilic.

Vulve.

Bourses.

Jambes.

D’après sa marche :

Aigu. — Simplex.

Rubrum .

Chronique.

D’après la durée :

Fugax.

Persistant.

L’histoire de cette maladie est une des plus importantes, en raison de sa fréquence, de sa ténacité, de ses formes variées et de la thérapeutique qu elle réclame. Sur 1800 malades qui sont atteints d’affections cutanées, il y en a 600 chez lesquels on constate l’existence d’un eczéma. ( Résultat de notre statistique.)

Cette maladie est généralement défin ie par les auteurs une affection vésiculeuse de la peau caractérisée par une sécrétion plus ou moins abondante de sérosité, avec rougeur et démangeaison de la partie affectée. Il en résulte cette conséquence, c’est que ie médecin qui aborde un malade recherche tout d’abord des vésicules comme caractère dominant et élément certain de diagnostic. Il n’en est rien. Si l’eczéma est une affection vésiculeuse en raison de son élément morbide, le développement des vésicules n’est que momentané et apparaît au début de l’affection pour disparaître en quelques heures.

Pathologie et thérapeutique spéciales.

Ce n’est donc que fort rare nent que le médecin peut les apercevoir. D’ailleurs ces vésicules sont tellement ténues, qu’elles ne peuvent être vues qu’au reflet de la lumière du soleil. Nous préférons donc définir l’eczéma une maladie superficielle de la peau, caractérisée par les quatre phénomènes suivants : 1° rougeur de la surface malade ; 2° démangeaison permanente plus ou moins intense ; 3° sécrétion de sérosité limpide et citrine, tachant le linge en gris et l'empesant à la manière des taches spermatiques ; 4° état ponctué et rouge de la peau, formé par les orifices enflammés des canaux qui, par myriades, fournissent la sérosité : aussi chacun de ces petits points exposés à l’air donne-t-il bientôt naissance à une série de petites gouttelettes séreuses extrêmement ténues. (Vov. pl. I, fig. 1.)

La réunion de ces quatre caractères a une telle importance, qu’il est impossible, quand on les a constatés, de confondre l’eczéma avec aucune maladie de la peau. Il nous faut donc insister sur chacun d’eux. — La rougeur est variable en intensité, suivant l’état aigu ou chronique de la surface malade; mais cependant elle existe encore dans la période décroissante de l’affection qui est caractérisée par la formation de squames épidermiques; c’est un des derniers phénomènes à disparaître. La démangeaison est incessante. Si elle est commune à plusieurs maladies de la peau, il n’y en a pas où elle soit plus soutenue. Elle se montre d’ailleurs à tous les instants; il suffit que le malade découvre la surface affectée, qu’il la frotte, la touche, quel que soit d’ailleurs le moment de la journée, pour qu’il la ressente. Or, dans les autres dermatoses avec démangeaison, c’est à certaines heures du jour que ce phénomène se manifeste principalement. Ainsi, dans le lichen et la gale, c’est la nuit, à moins

que dans le jour le malade entre en sueur ou qu’il s’expose à la chaleur. Dans l’eczéma, au contraire, la moindre circonstance éveille le besoin de gratter, de frotter, et dans quelques cas ce symptôme est tellement marqué, que le malade ne peut pas vaincre cette habitude qui contribue puissamment à la perpétuation de l’affection de la peau. — Quant à la sécrétion, continue, permanente dans 1 état aigu, elle va en diminuant dans la période stationnaire pour

cesser presque complètement dans la période décroissante; mais, au fur et à mesure qu’elle diminue, cette sérosité, d’abord extrê-

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metnent limpide, de couleur citrine, alcaline de sa nature, ramenant au bleu le papier de tournesol rougi par un acide, tachant le linge en gris et l'empesant à la manière des taches spermatiques, cette sérosité acquiert la propriété de se coaguler et de se transformer en lamelles épidermiques, d’abord très petites, comme farineuses, mais toujours adhérentes; puis en squames de plus en plus larges, sous forme de lamelles dont la circonférence la plus extérieure est libre et dont la généralité de la surface est adhérente (voy. pl. I, fig. 2).

- — Enfin, l’état piqueté ou ponctué en rouge de la peau, qui n’a été signalé par personne, doit appeler toute l’attention du médecin. Dans une surface eczémateuse aiguë d’un rouge plus ou moins vif, on n’observe pas une rougeur uniforme comme dans un érythème, mais une rougeur vive criblée de myriades de petits points d’un rouge plus foncé. Si l’on examine ces petits points à la loupe, on voit que ce sont des orifices de canaux desquels suinte constamment de la sérosité qui se rassemble bientôt sous forme de petites gouttelettes à la surface de la peau. C’est qu’en effet les vésicules primitives delà maladie sont formées par une sécrétion séreuse qui soulève la lame épidermique située au-dessus de l’orifice vasculaire; puis l’épiderme se déchire pour donner issue à la sérosité sécrétée, et il ne reste plus que le pertuis vasculaire rouge et enflammé , fournissant d’une manière plus ou moins permanente la sécrétion morbide et se dessinant par un point rouge sur le corps muqueux enflammé lui-même; de là l’état ponctué que nous signalons et sur lequel nous insistons, parce que c’est le caractère fdistinctif et différentiel de l’eczéma d’avec une maladie qui lui ressemble beaucoup et que les auteurs ont fort superficiellement décrite : c’est le pityriasis rubra , dont nous traiterons. (Voy. Pityriasis.) (La figure 1 de la planche I, qui a été refaite avec beaucoup de talent par M. Léveillé, représente ces détails comme jamais aucune figure ne les a reproduits.) Dans un cas de diagnostic douteux, il suffit de frictionner la surface malade avec une eau un peu chargée de carbonate de potasse, pour faire naître un état aigu accidentel qui dessine cet état ponctué d’une manière très marquée.

L’eczéma est une maladie très superficielle de la peau, elle n’en amène pas très sensiblement le gonflement; aussi la surface eczéma-

teuse ne fait-elle jamais saillie au-dessus de son niveau ; l’affection semble se confondre avec la peau saine, à sa circonférence. Si dans une surface eczémateuse la peau est tuméfiée, le membre augmenté notablement de volume par la tuméfaction de la peau, c’est qu’on n’a pas affaire à un eczéma simple, mais à un eczéma composé, comme Y eczéma impêtigineux , par exemple, ou l’ eczéma lichénoïde , maladies qui affectent plus profondément le tissu de la peau, et qui amènent parfois le gonflement du tissu cellulaire.

Au point de vue des divisions scolastiques de cette affection, on peut la considérer sous divers rapports dont le tableau placé en tête de cette maladie donne l’indication.

Dans ces diverses divisions, il en est trois qui doivent fixer l’attention : 1° Celle qui établit une distinction entre l’eczéma simple et l’eczéma composé. Les auteurs n’en ont fait mention qu’accidentellement et secondairement, non-seulement pour cette affection, mais encore pour la généralité des maladies de la peau. Ils n’ont pas tenu compte des formes composées: or les formes simples de Wiîlan ne se montrent guère qu’au printemps, elles sont rares ; les formes composées sont au contraire très nombreuses, et les seules peutêtre que l’on voie en automne et en hiver ; elles sont tout aussi élémentaires que les formes simples. Pour nous, qui en avons fait l’objet d’une étude toute spéciale, nous ajoutons beaucoup plus d’importance à ces formes qu’à toutes ces divisions secondaires que Willan a établies dans les formes primitives qu’il a créées. Qu’un psoriasis soit guttata , diffusa , gyrata , cela importe peu, il réclame toujours le même traitement ; mais s’il est compliqué avec une autre forme morbide, il en ressort des indications thérapeutiques toutes particulières : car si la forme morbide qui le constitue psoriasis composé exige surtout l’emploi des sulfureux, par exemple, ce ne sera plus seulement alors au goudron et à l’arsenic qu’il faudra s’adresser, mais bien à l’association de plusieurs sortes d’agents médicamenteux.

Il est bon d’ailleurs que l’on sache que ces formes composées ne sont pas des complications morbides. La maladie nait dès l’abord avec les deux éléments de composition. Soit: pour l’eczéma impétigineux, la vésicule avec la pustule de l’impétigo ; la vésicule eczé-

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mateuse et la papule de lichen, pour l’eczéma lichénoïde, etc. Mais, a-t-on dit depuis la première édition de cet ouvrage, et M. Cazenave notamment, c’est là une double maladie dans laquelle une des deux affections est prédominante, c’est un eczéma compliqué d'impétigo ou de lichen ! Non; la vésicule eczémateuse existe, mais elle devient aussitôt purulente, comme dans la pustule d’impétigo. La papule du lichen eczémateux est dès l’abord sécrétante. Alibert, dont le talent d’observation n’a pas laissé d’imitateur qui l’approche, avait entrevu ces formes composées. C’est lui qui, le premier, a parlé d’eczéma impétigineux, et il décrit aussi ou fait entrevoir l’eczéma lichénoïde, quand il parle de l’herpès squameux lichénoïde. On verra par la suite, et à l’occasion de chaque maladie, se dérouler le tableau de ces formes composées que la majeure partie de nos collègues à l’hôpital Saint-Louis regardent d’ailleurs comme parfaitement fondés.

2° La conformation de l’eczéma ne présente pas moins d’intérêt sous le rapport pratique. Aussi les variétés d’eczéma nummulaire, fendillé et umsquamosum sont telles que la première est de toutes les formes eczémateuses la plus rebelle au traitement; dans la seconde, au moment où l’on croit le malade guéri, surgit une éruption nouvelle avec son cachet tout particulier, de manière à faire le désespoir du malade et du médecin. Quant à la troisième variété, elle a cela de particulier, qu’elle se produit sans cesse dans les mêmes limites et sous la même forme.

3° La division de l’eczéma en aigu et en chronique est la plus importante pour la thérapeutique, puisque l’état local devient le guide des moyens qu’il y a heu de mettre en usage.

Quant aux divisions adoptées par les auteurs, elles se réduisent à celles-ci. Willan en décrit trois variétés: 1° Y eczema simplex , 2° V eczema rubrum , 3° Y eczéma impétigineux. Les auteurs qui l’ont suivi ont décrit un eczéma aigu, un eczéma chronique en plus des précédents.

Description générale. — ■ Période aiguë. — L’eczéma est le plus souvent précédé dans son développement par une sensation de démangeaison dans la partie qui doit être affectée ; puis, après plusieurs jours, et souvent sans cause apparente ou connue, il sur-

vient à la partie affectée une éruption vésiculeuse appréciable seulement pour un médecin, non appréciable pour le malade, et ce dans une surface donnée avec chaleur et démangeaison. Ces vésicules sont tellement rapprochées, qu’elles recouvrent toute la surface affectée. Sur ce nombre, que l’on peut porter à des milliers, une grande partie se crève et donne un suintement séreux; une autre partie ne fournit pas de suintement; la sérosité se résorbe, et la lamelle épidermique qui lui servait d’enveloppe s’applique sur le pertuis vasculaire ; puis de nouvelles vésicules apparaissent pour suivre la même marche; les vésicules primitivement développées, qui se sont ouvertes, continuant à fournir de la sérosité, et ainsi de suite jusqu’à ce que toute l’étendue de la surface qui doit être atteinte se trouve envahie et en plein suintement de sérosité (planche I, fig. 1). La limite de cette période de développement est de vingtquatre à quarante-huit heures, et souvent plus. Une fois développé, l’eczéma, que nous supposons s’être montré avec une marche aiguë, continue à sécréter de la sérosité pendant un temps extrêmement variable, mais qui ne saurait avoir une durée précise, surtout dans les conditions où les malades sont généralement placés. Si, au contraire, un malade atteint d’eczéma se mettait à un régime alimentaire sévère, s’il s’y maintenait et s’d employait des émollients a l’extérieur et à l’intérieur, l’eczéma arriverait bientôt à la période stationnaire, puis à la période décroissante, dans un laps de temps qui serait à peu près uniforme pour tous. Toutefois l’ensemble de ces faits constitue ce que nous nommons la période aiguë. Dans cet état, tout eczéma est d’un rouge vif, et peut porter le nom d 'eczema rubrum; c’est ordinairement même celui que leur donne la généralité desdermatologistes, quand ils assistent à cette période de l’eczéma. Suivant nous, ce nom doit être rattaché à un ensemble d’autres caractères .qui sont propres à une forme d’eczéma aigu rebelle que nous décrirons plus loin. Notons d’ailleurs que nous attachons aussi à ce nom d ’ eczema rubrum la pensée d’une forme beaucoup plus tenace que les autres.

Période stationnaire . — Généralement l’eczéma dure un laps de temps très long dans un état qui n’est ni la période aiguë, ni la période décroissante. Cela tient-il aux soins et à l’hygiène employés?

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C’est probable. 11 est si peu de personnes qui, pour une maladie de la peau veulent s’astreindre à briser avec leur manière de vivre et leurs occupations. Dans cet état, l’eczéma sécrète un jour, ne sécrète que fort peu le lendemain; une certaine étendue parait avoisiner la guérison, et deux ou trois jours après, elle est plus malade que le reste ; puis, sous l’influence des variations atmosphériques, du passage du temps sec au temps humide, on voit se réveiller une sécrétion abondante avec de vives démangeaisons, tandis que des conditions opposées venant à s’établir dans l’atmosphère, de moment en moment apparaissent à la circonférence de l’eczéma des furfures épidermiques plus ou moins adhérents, qui remplacent la sécrétion séreuse et qui constituent un état décroissant de l’affection. Ainsi la période stationnaire est encore une période sécrétante, avec alternatives de retour à l’état aigu ou de tendance à l’état décroissant signalé par l’apparition de lames épidermiques.

Troisième période. — Elle se caractérise par la transformation de la sérosité en lamelles d’abord très petites, mais de plus en plus larges, au point d’acquérir l’étendue d’une pièce de 1 à 2 francs. Ces lamelles, qui ne consistent que dans un simple feuillet d’épiderme, sont terminées à leur circonférence par un rebord d’épiderme libre, de la largeur de 1 à 2 millimètres, opaque et ressemblant un peu à de l’épiderme desséché, tandis que le reste de la surface de la lame épidermique est lisse, transparent et adhérent (voy. pl. I, fig. 2). 11 résulte de ces faits que l’on peut mesurer pour ainsi dire les progrès d’un eczéma vers la guérison par l’étendue plus ou moins grande de ces lamelles.

Ces trois périodes doivent être le guide du médecin à l’égard de la thérapeutique, qui ne peut être rationnelle qu’autant que Ton applique à telle ou telle période des moyens appropriés. C’est d’après elles que nous établirons les principes de notre médi* cation.

Description des espèces . — Les détails précédents s’appliquent à toutes les variétés d’ eczema simplex ; mais cet eczéma en comprend plusieurs: 1° Y eczéma amorphe ; 2° Y eczéma nummulaire ; 3° Y eczéma, fendillé ; h" l’ eczema unisquamosum ; 5° Y eczema rubrum.

Nous n’avons rien à dire de Y eczéma amorphe , ou sans forme

déterminée. C’est l’eczéma le plus communément observé. Il varie dans sa forme comme clans son étendue. 11 peut affecter une partie comme plusieurs parties du corps, et il prend alors le nom d’eczéma général. Mais quelle que soit la multiplicité des points qu’il occupe, quelle que soit la dimension des plaques morbides qui le constituent, il ne peut jamais envahir la totalité de la peau de manière à occuper toute sa surface sans laisser des espaces de peau saine. Le pityriasis rubra , au contraire, peut atteindre uniformément toute la surface du corps sans exception, aussi la dénomination de pityriasis général lui est-elle bien plus applicable. Toutefois l’eczéma affecte, pour ainsi dire, des lieux d’élection : ainsi, il résulte des relevés que nous avons faits à cet égard que, sur 600 cas, les jambes sont atteintes 456 fois, les avant-bras 155, les cuisses 152, les bras 133, la figure 114, le cuir chevelu 86, les parties génitales 68, le cou 63, la poitrine 54, le ventre 50, le dos 45, etc.

IJ eczéma nummulaire n’a été décrit nulle part. Nous l’avons observé pour la première fois sur un employé de la poste il y a 8 ans ; et depuis cette époque, ayant été frappé de cette forme, nous avons eu l’occasion d’en voir plusieurs exemples par année. Ce qu’il a de remarquable, c’est moins sa disposition nummulaire que sa ténacité, et c’est la difficulté qu’on éprouve à le guérir qui nous a engagé à en faire une espèce particulière.

L’eczéma nummulaire a pour cachet spécial de se développer surtout à la surface des membres, et notamment des membres supérieurs, comme aussi à la surface du tronc ; il s’y montre par petites plaques qui prennent tout de suite l’étendue qu’elles devront avoir; elles sont arrondies, de la largeur d’une pièce de 5 francs ou un peu plus ; elles n’ont aucun bourrelet, ce qui les distingue de l’herpès ; leur circonférence est amincie et se perd avec le reste de la peau, comme dans l’eczéma ordinaire; elles sont d’ailleurs avec rougeur, état ponctué de la peau, démangeaison, sécrétion de sérosité. Elles exigent en général plusieurs mois pour leur guérison, et ne cèdent le plus souvent qu’à un ensemble de moyens plus ou moins énergiques.

Eczéma fendillé. — Cette espèce n’est pas plus décrite que la

précédente, elle a cependant un cachet tout particulier ; elle est ou

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primitive ou secondaire. Elle se montre par une plaque morbide siégeant ordinairement en avant des jambes, mais pouvant aussi se rencontrer aux cuisses et aux avant-bras. Au lieu d’observer une surface uniformément malade, on y trouve l’épiderme cassé en zigzag et fournissant dans ces cassures une sérosité plus ou moins abondante. Ces cassures se guérissent peu à peu dans l’espace de huit à dix jours; puis, sans cause connue, il se produit une poussée de cassures nouvelles qui se conduisent de la même manière, et ainsi de suite durant un espace de temps plus ou moins considérable. Cette circonstance d’éruption eczémateuse successive fait souvent croire à la guérison, qui n’est qu’un état voisin d’une poussée nouvelle. Le cachet de cette espèce, c’est cette succession même qui donne a cette affection plus de durée que de coutume, en dehors de ce que la forme morbide peut avoir de particulier. D’ailleurs, cette éruption ressemble beaucoup à la poussée produite par les eaux sulfureuses. Elle peut affecter la forme d’eczéma simple ou celle d’eczéma impétigineux ; elle a de la tendance à la chronicité et à l’extension surtout, car elle trace sur les membres comme les racines dans la terre. Un des moyens qui m’ont paru le plus propres à arrêter les progrès de cette affection, c’est de saisir un de ses temps d’arrêt pour étendre tous les jours une légère couche d’huile de cade sur la partie malade, notamment chez les personnes âgées où cette maladie est commune. Il ne faut pas craindre de produire un peu d’excitation. On saupoudre la partie imbibée d’huile avec de l’amidon en poudre, et l’on emploie en général peu de pommades contre cette maladie.

Eczema unisquamosum . — Sous cette dénomination, on désigne une variété très rare d’eczéma, qui a été indiquée pour la première fois par M. Liévain, et qui a son siège à la racine du nez, entre les deux sourcils. Depuis quatorze ans je n’en ai observé qu’un seul cas, chez une maîtresse d’hôtel de la rue Croix-des-Petits-Champs. Elle avait cette affection depuis dix-huit mois. Dans cette espèce, une fois l’état aigu tombé, la sécrétion produite se transforme en une seule lamelle épidermique qui recouvre toute la surface du mal, tombe, et est remplacée par une nouvelle écaille au bout d’une huitaine de jours, et ainsi de suite. La maladie n’a guère qu’un

centimètre de superficie. C’est en modifiant la surface malade par des cautérisations légères que je suis parvenu à obtenir la guérison.

Eczema rubrmn. — Variété mal décrite par les auteurs, et qui mérite de fixer l’attention du médecin. Je dis mal décrite, parce qu’ils ont rattaché cette épithète rubrum à la couleur d’un rouge vif de l’éruption eczémateuse; mais à cette condition un eczema simplex aigu serait un eczema rubrum, et c’est ainsi que les dermatologistes modernes envisagent beaucoup d’eczémas: c’est une erreur. 11 résulte des observations que nous avons faites à cet égard que la couleur rouge foncé n’est que le phénomène secondaire, mais toujours obligé, de l’eczéma ordinaire dans sa période aiguë, et non pas indispensable dans sa période de stase ou de décroissance. Ce qui caractérise Y eczema rubrum à nos yeux, c’est la manière dont naît l’éruption vésiculeuse jointe à la coloration intense qu’elle présente. Tandis que, dans Yeczema simplex même le plus aigu, l’éruption vésiculeuse s’opère à la surface delà peau, sans amener aucun gonflement du derme, de manière que toute la surface de l’eczéma soit sur un plan parfaitement égal et de niveau avec le reste de la peau; dans Yeczema rubrum, c’est par plaques arrondies, ovoïdes, boursouflées, saillantes, agglomérées les unes à côté des autres, chacune d’elles de la largeur de 1 à 2 centimètres et en nombre indéterminé, de manière à former des groupes de bosselures très rouges et sécrétant en abondance de la sérosité. Ces groupes s’affaissent peu à peu, mais sans jamais disparaître complètement et en conservant toujours une certaine saillie même après la guérison ; puis, dans le voisinage des premiers, apparaît une nouvelle série de groupes, de sorte que toute la surface antérieure de la jambe, car c’est presque constamment sur cette partie que se développe Yeczema rubrum , finit par être bosselée. Or la maladie ne sécrète que là où apparaît une bosselure recouverte de vésicules et parfaitement dessinée d’ailleurs: et comme leur récidive a lieu sans ordre, on distingue très bien celles qui sont nouvelles de celles qui se sont anciennement développées.

Dans cette variété les démangeaisons sont plus vives, plus incessantes, la chaleur est forte, la rougeur des plus marquées, le frot-

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tement est douloureux, le grattage impossible, taudis qu’il est agréable, quoique un peu cuisant, dans X eczema simplex . Enfin, dans cette variété l’état aigu persiste avec une grande intensité, rien ne l’apaise ; les émollients ordinaires sont impuissants pour le combattre et la durée de l’affection avec son acuité est souvent de deux à trois mois. Aussi réclame-t-elle un traitement particulier que nous ferons connaître.

Eczema fugax. — Quelques auteurs modernes décrivent cette variété, qu’ils caractérisent par l’apparition et la disparition successive, et à intervalles plus ou moins éloignés. Pour moi, je ne connais rien déplus tenace qu’un eczéma , et je n’admets pas l’existence d’un eczema fugax .

Eczémas localisés. — Tous les auteurs ont en général attaché une certaine importance à leur description spéciale. Ce sont en effet des eczémas à l’égard desquels nous allons fournir quelques détails particuliers présentant d’ailleurs ce caractère commun, qu’ils sont en général bornés a une surface très circonscrite ; qu’ils ont une ténacité très grande ; qu’ils sont très sujets à récidiver dans le même point ; qu’ils parcourent leurs périodes sans s’étendre, et qu’ils peuvent ainsi exister toujours sur la même surface pendant dix, douze, quinze et vingt ans.

Eczéma de la tête. — Cette maladie ne s’observe que dans l’enfance et dans les premières années de la vie, à moins qu’elle ne soit une suite de l’extension de l’eczéma des oreilles (voy. Eczéma des oreilles). C’est une de celles qui, par les mêmes motifs, sont désignées sous le nom de gourme. C’est Yacor mucifluus d’Alibert. Tantôt la tête des enfants fournit une crasse grasse qui se détache facilement ; tantôt cette crasse est au contraire fort adhérente. Ce sont deux variétés (Yacor sébacé ou acné sébacé . Dans un troisième cas, la tête fournit du pus : c’est un impétigo. Dans un quatrième, elle donne du pus et de la sérosité: c’est un eczèrna impétigineux ; enfin elle peut donner une sérosité plus ou moins visqueuse : c’est Y eczéma du cuir chevelu. Cette maladie, qui se montre dans les premiers mois delà vie, apparaît ordinairement avec une certaine rapidité; elle est précédée de quelques démangeaisons, puis tout a coup les cheveux de l’enfant paraissent mouillés, la peau a pris une teinte rosée; et, si

l’enfant a un an ou dix-huit mois d’existence, on le voit aussitôt, la tête étant à nu , porter ses deux mains au cuir chevelu pour se gratter outre mesure, à un tel point que la mère ne peut faire cesser ces grattages. Dans quelques cas, la sécrétion est extrêmement abondante; la chevelure, les bonnets, sont traversés; tous les cheveux sont agglutines et collés entre eux, malgré les soins de propreté. La maladie persiste ainsi fort longtemps, et elle persiste d’autant plus que le rôle du médecin doit se borner à la mitiger, à la rendre moins incommode, mais qu’il ne doit pas chercher à la guérir, car il compromettrait la santé et quelquefois la vie de l’enfant. Elle ne réclame que des soins hygiéniques que nous ferons connaître en indiquant dans la thérapeutique de l’eczéma les inconvénients que peuvent entraîner dans quelques cas les moyens les plus simples.

Eczéma des oreilles. — il est très commun chez la femme et très rare chez l’homme. 11 se développe surtout à l’âge critique, ou dans l’adolescence, s’étendant ou dans la conque de l’oreille ou sur l’hélix, et envahissant peu à peu tout le pavillon, mais surtout en avant et fort peu en arrière. Or, Y intertri go sécrétant des oreilles qui se montre à la meme époque de la vie existe au contraire dans le pli d’union du pavillon de l’oreille avec la tête en arrière. Cet eczéma reste ainsi stationnaire pendant des années , affectant quelquefois une seule oreille, mais le plus souvent les deux. Cependant il peut, par des causes accidentelles, s’étendre au front et à la totalité du cuir chevelu; il devient alors fort rebelle. Contrairement aux autres eczémas , il augmente le volume du pavillon de l’oreille, et par sa persistance et sa chronicité il tend à le doubler ou à le tripler dans l’état aigu.

Eczéma de la racine du nez. — C’est Y eczéma unisquamosum dont nous avons parlé. (Voy. p. 239).

Eczéma du mamelon. — Il affecte le mamelon de l’un ou des deux seins, et ne s'étend jamais au delà. 11 se montre le plus souvent à la suite de l’allaitement, et il n’est pas rare qu’il reconnaisse la syphilis pour cause quoiqu’il puisse en être indépendant. Cette circonstance, que l’allaitement ou l’accouchement peuvent en être la cause déterminante, fait assez pressentir qu’on remarque cette maladie principalement vers l’âge de trente ans. Cependant on peut aussi la retrouver plutôt, mais rarement dans un âge avancé. Quand elle

s’observe plutôt, c’est chez des jeunes filles de l’âge de quinze à vingt ans. Elle est tellement rare chez l’homme, que M. Rayer déclare ne l’avoir jamais vue. J’en ai observé d’assez fréquents exemples chez de jeunes garçons de douze à seize ans. Rien de plus tenace que cette affection ainsi localisée.

Eczéma du nombril. — C’est là essentiellement une maladie de l’enfance et de l’adolescence, plus commune aux jeunes filles qu’aux jeunes garçons. Elle affecte le nombril seulement, et elle y existe presque toujours sous la forme chronique, ne gagnant presque jamais en surface, et occupant le cul-de-sac de ces ombilics fort enfoncés dans les chairs. Mille causes amènent sa chronicité; Tentant et la mère ne s’en aperçoivent que par hasard. Il n’y a qu’une démangeaison qui tout d'abord n’est pas incommode, et que les distractions de l’enfance font oublier. La pudeur de la jeune tille la fait reculer à avouer sa maladie quand elle s’en aperçoit. Il faut qu’un suintement assezfort vienne accidentellement faire réclamer les soins du médecin . Cet eczéma , comme l'eczéma du mamelon chez les jeunes filles, est ordinairement essentiellement lié au tempérament lymphatique.

Eczém.a de la vulve. — Il est propre à l’àge critique; il succède quelquefois à l’intertrigo des aines ou au lichen. Dans son état aigu, il amène une cuisson et un épaississement des grandes lèvres avec démangeaisons qui sont incommodes pour la marche, et aussi par la surexcitation qu’elles peuvent produire soit du côté du méat urinaire, soit du côté du clitoris. Cet eczéma a d’ailleurs une grande

ténacité, et il est très difficile à guérir, attendu sa situation, la chaleur qui règne dans ces parties, et la difficulté des soins pour certaines femmes obèses.

Eczéma des bourses. — Voici une maladie qui fait quelquefois le désespoir et du malade et du médecin. Née vers Tàge de trente à trente-cinq ans, et souvent plus tard, elle envahit peu à peu la totalité de la peau qui constitue les bourses, et s’arrête à la limite de leur jonction avec la peau des aines et celle de la verge. Mais elle siège la avec persévérance , disparaissant, reparaissant sous l’influence des excès, de la marche, de la fatigue, de la sueur. Rebelle autant qu’il est possible de l’être, elle exerce une influenc

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des plus fâcheuses sur le moral ; elle conduit à l’isolement, aux idées noires et quelquefois au suicide. — - Elle épaissit peu à peu la peau ; suintant quelquefois à la manière d’une plaie ; se desséchant dans d’autres cas pour produire des écailles épidermiques plus ou moins épaisses, que le moindre frottement rend parfois douloureuses; de sorte que la marche devient très fatiguante et le repos indispensable.

Eczéma des jambes. — Je localise cette espèce, non pas que je la place tout à fait sur le même rang que les eczémas locaux que je viens de décrire, mais à cause de la fréquence de cet eczéma dans ce point. Cette fréquence est telle que, dans mes relevés statistiques, je trouve l’eczéma des jambes 75 fois sur 100. Il est vrai de dire que certaines professions , les débardeurs de bateaux ; certains états vasculaires, les varices; certaines maladies des jambes, les ulcères, y prédisposent. Aussi a-t-on fait une espèce à part de l’eczéma variqueux, qui exige un traitement spécial. C’est cependant pour nous encore une question de savoir si les varices prédisposent aux eczémas des jambes, ou si les eczémas des jambes ne prédisposeraient pas aux varices. Nous serions presque tenté d’admettre, d’après nos observations, la possibilité des deux faits : toujours est-il que l’on trouve presque autant de malades chez lesquels les varices ont précédé, que d’autres chez lesquels elles ont suivi l’eczéma. Cette forme morbide n’a réellement d’intérêt qu’au point de vue de la thérapeutique; nous aurons soin d’en parler. Notons cependant cette circonstance, que tandis que l’eczéma non variqueux a son siège le plus général en avant et en dehors des jambes, l’eczéma variqueux a plus particulièrement son siège en dedans; cette circonstance tendrait à faire admettre cette variété comme toute spéciale et comme étant consécutive aux varices.

L’eczéma peut apparaître en été et en hiver : en été, c’est sous forme aiguë ; en hiver, sous forme chronique. A cet égard, l’influence de la saison est absolue: ainsi j’ai vu bien souvent des élèves entrer dans mon service h la fin de l’été, et se plaindre, après cinq ou six mois écoulés , de n’avoir pas pu observer un seul eczéma aigu. Ce n’est pas tout. Il est digne de remarque que l’eczéma aigu , né sous l’influence du printemps, tend à disparaître

ECZÉMA

pour toujours quand il est nettement guéri, tandis qu’il est fréquent de voir l’eczéma chronique, né en automne, se guérir avec difficulté pendant l’hiver et être sujet à récidiver l’automne suivant.

Chaque âge a son cortège propre de formes eczémateuses. Ainsi Yachor mucifluus , ou dartre muqueuse d’Alibert, qui n’est que l’eczéma, appartient à l’enfance. Il n’est pas jusqu’aux sexes qui ne soient l’objet de la prédilection de certaines formes spéciales d’eczéma. Celui des oreilles et des mamelons semble fuir le sexe masculin et s’attacher de préférence à la femme. L’homme est à son tour plus spécialement condamné à l’eczéma des bourses, tandis que l’eczéma des parties génitales est assez rare chez la femme. Le prurigo de la vulve et l’intertrigo semblent tenir lieu de cette affection.

L’eczéma, comme les autres maladies, parcourt-il ses phases de développement, de marche, de terminaison, dans un temps donné? Il le ferait très probablement, si dès le début il était traité antiphlogistiquement et dans toutes les conditions d’hvgiène et de repos nécessaires, sans que le malade cédât aux démangeaisons qui perpétuent cette affection. Mais il n’en est jamais ainsi. Nous ne saurions donc, à l’instar de quelques auteurs, dire qu’il parcourt ses périodes en six semaines ou deux mois. La chronicité, la durée de plusieurs mois, de plusieurs années, et quelquefois de longues années, est la condition moyenne de tous les malades atteints de cette maladie.

Sa terminaison naturelle est la résolution. Une maladie dont il se complique souvent chez les vieillards, et principalement en été, c’est le purpura , qui exige alors une médication interne toute spéciale. (Voy. Purpura.)

A une certaine époque de la vie, l’eczéma devient un exutoire nécessaire qu’il faut savoir respecter, sa suppression pouvant entraîner des accidents très graves et quelquefois la mort. A cet égard, on ne saurait se faire une idée de la portée si grave de la suppression d’une surface eczémateuse même peu étendue chez quelques sujets. Voici ce que l’on observe alors. Que, par une exposition au froid au retour d’un bain, ou par toute autre cause analogue, une surface eczémateuse sécrétante cesse d’exister; et l’on voit apparaître l’ensemble des accidents que nous avons exposés avec quel-

2à6 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

ques détails dans nos considérations générales sur les maladies de 1a. peau (voy. p. 60). On se demande comment une maladie locale si légère a pu mettre ainsi les jours du malade en danger. De là la nécessité de respecter des eczémas très anciens, chez les vieillards surtout, et chez les personnes asthmatiques ou ayant habituellement une respiration courte. Nous indiquerons plus bas le moyen de rappeler d’une manière efficace l’état eczémateux là où il existait. — Un état morbide général accidentel peut faire disparaître l’eczéma ainsi que toutes les autres affections de la peau, mais à la convalescence l’eczéma reparaît avec quelque bénéfice pour le malade, en ce sens que la maladie est moins intense. Toutefois le médecin commettrait une erreur si, en présence de la fièvre développée, de l’eczéma disparu, il annonçait la guérison radicale de l’affection cutanée, car il est d’observation (fue la convalescence de cet état général n’est réelle qu’à la condition que la maladie de la peau se montre de nouveau.

Causes de V eczéma, — On peut sinon hériter d’une affection eczémateuse, au moins hériter de l’organisation qui favorise son développement. Rien n’est plus commun que de voir cette maladie se perpétuer ainsi dans les familles. Cela tient peut-être aussi à une sorte de préjugé très fâcheux qui est encore aujourd’hui assez généralement accrédité par un grand nombre de médecins : c’est qu’il faut respecter une affection dartreuse dans le jeune âge. Mais le préjugé, ainsi que je l’ai déjà dit, ne se borne pas là pour les jeunes filles. Par exemple, on ajoute : Attendez, lorsque la menstruation sera survenue, la dermatose disparaîtra. La menstruation arrive, et la maladie de la peau ne disparaît pas. Alors on se rejette sur le mariage, et à défaut du mariage sur la première grossesse. Le mariage arrive, il donne tort au médecin ; la grossesse seule justifie l’exactitude de ce pronostic si fâcheux, mais cette justification n’est que momentanée : la dartre a disparu, pour reparaître si l’allaitement n’a pas lieu, et pour se montrer de nouveau après l’allaitement si la mère nourrit son enfant. Il en résulte que si l’enfant tient essentiellement de l’organisation de la mère, celle-ci transmet et parla grossesse et par l’allaitement, la disposition à une maladie dont elle était atteinte, et s’il tient du père, elle peut la transmettre

ECZEMA.

par l’allaitement. C’est ce que nous avons établi dans nos considérations générales sur l’hérédité.

Mais l’eczéma peut dériver d’une foule de causes différentes, et, il faut le dire, c’est l’une des maladies pour lesquelles la cause prédisposante, celle qui entretient et perpétue l’affection cutanée, nous est le plus souvent inconnue.

En médecine plus qu’en toute autre science, il faut être vrai , il faut être consciencieux ; c’est pour ïe médecin qui écrit, le plus impérieux de tous les devoirs. Eh bien! que l’on interroge les malacies atteints d’eczéma sur la cause de leur maladie ; que l’on explore les organes intérieurs pour savoir s’ils sont souffrants, je mets en fait que sur 100 cas d’eczéma on ne trouve pas 10 cas dans lesquels la cause réelle de l’affection sera dessinée de manière que l’on puisse diriger vers elle un traitement. 11 y a plus, l’eczéma coïncide presque toujours avec l’état de santé général le plus parfait, ef le plus grand nombre des malades vous disent qu’ils ne se sont jamais mieux portés que depuis qu’ils ont cette maladie. Si, avant son développement, quelques-uns avaient des digestions difficiles, un dérangement intestinal se répétant de temps à autre, tout cela a disparu depuis l’apparition de l’eczéma.

11 n’en est pas de même de la cause déterminante, elle devient évidente dans la généralité des cas. L’eczéma aura succédé à la disparition momentanée des règles, à une suppression hémorrhoïdale, à l’âge critique chez la femme ; mais vous aurez beau rappeler les hémorrhoïdes ou rétablir la menstruation dérangée, vous ne guérirez pas l’eczéma En un mot, vous acquerrez facilement la connaissance de la cause déterminante, mais vous arriverez difficilement à la cause prédisposante, à celle qui perpétue l’eczéma, à celle qu’il faut thérapeutiquement combattre; aussi les dermatologistes invoquent-ils alors des méthodes empiriques et des médications qui, dans la généralité des cas, comptent le plus de succès. J’avouerai que pour mon compte je ne puis rattacher l’eczéma à un tempérament toujours très déterminé, je puis le rapporter à une prédominance de tempérament. La statistique à cet égard nous démontre une prédominance du tempérament lymphatique ; car sur 542 eczémas, je trouve noté le tempérament lymphatique pour

175 cas; lymphatique et sanguin, 195 cas; lymphatique et nerveux, 53 cas : total, 423 cas de prédominance de tempérament lymphatique, lymphatico-sanguin, lymphatico-nerveux. Dans ces eczémas sont compris les eczémas impétigineux qui se rattachent franchement au tempérament lymphatique, ce qui augmente naturellement ces chiffres. Toujours est-il que cette liaison des eczémas avec une certaine prédominance lymphatique rend compte des bons résultats que Ton obtient des médications sulfureuses dans le traitement de cette maladie.

Mais de ce qu’en thèse générale on arrive difficilement à la cause de l’eczéma, il ne s’ensuit pas qu’on ne doive la chercher. C’est, au contraire, un motif pour mettre plus de soin dans l’investigation de tous les organes sous ce rapport. Que si, à l’aide de la statistique que nous avons dressée, nous examinons les liaisons qui peuvent exister entre l’âge, les professions, l’habitation , etc., et cette maladie, nous arrivons aux résultats suivants, inconnus jusqu’alors. Sur 581 cas : 162 eczémas développés rie quinze à vingt-cinq ans, mais ce sont presque tous des eczémas impétigineux ; 243 de vingtcinq à quarante-cinq ans, et alors presque tous eczémas simples ; 80 de quarante-cinq à cinquante-cinq ; 66 de cinquante-cinq à soixante-cinq, et 30 de soixante-cinq et au delà. D’où il suit que l’eczéma impétigineux est essentiellement une maladie de la jeunesse ; que c’est surtout entre vingt-cinq et quarante-cinq ans que se montrent les eczémas francs ; qu’après cette période, il y a tout de suite une décroissance très grande, et enfin que leur manifestation est très rare au-delà de soixante-cinq ans. Sur 319 cas les cochers, charretiers et journaliers figurent pour le chiffre le plus élevé, 65, soit un quart ; pour les maréchaux, ferblantiers et mécaniciens, 51, soit un sixième; les tailleurs, couturières, revendeuses, et les menuisiers, ébénistes, tonneliers, charrons, pour 41 ou 43, soit un huitième environ. Les autres professions donnent des chiffres de peu de signification. — Nous trouvons une habitation malsaine, humide, notée 126 fois sur 582 cas. On voit que cette circonstance joue un rôle insignifiant dans le développement de cette maladie. Nous avons peu de documents sur la transmission, le genre d’ individus sur lequel porte cette statistique, étant fort mal renseigné

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sur les antécédents de la famille. — L’eczéma se lie en général à une bonne constitution, car sur 530 cas nous trouvons signalée une constitution médiocre dans 66 cas seulement. — La gale est notée 205 fois sur 469 individus. C’est une proportion assez considérable ; peut-on la regarder comme une prédisposition ? Ce chiffre nous paraît insuffisant pour nous prononcer à cet égard, mais une proportion de près de moitié est cependant un chiffre qui doit appeler l’attention, car il est loin de l’état ordinaire. Parmi les individus qui pour une maladie quelconque ont recours à l’hôpital, c’est-àdire parmi les ouvriers, il n’y en a pas la moitié qui gagnent la gale.

La date de l’invasion de l’eczéma chez les malades traités à l’hôpital donne une idée de la durée de cette maladie et de sa ténacité. De moins de 1 mois, 19 ; de 1 à 2 mois, 28 ; de 2 à 6 mois, 106 ; de 6 mois à 1 an, 51 ; de plus de 1 an, 292 ; de plus de 10 ans, 57 ; de l’enfance, 8 : total, 561 malades. Non pas que l’eczéma eût constamment existé, ces diverses époques ne comprenant que la date de la première invasion, mais on en voit de 15, 20 et 30 ans de durée. Ce que notre statistique offre de bien remarquable et ce qu’elle enseigne d’une manière bien évidente, c’est que l’eczéma débute ou en été ou en hiver ; on verra d’autres maladies qui ne se montrent qu'au printemps ou à l’automne. Printemps, 60 cas; été, 127; automne, 28 ; hiver, 169, sur un total de 384 : ce qui donne 296 cas pour l’été et l’hiver, et 88 seulement pour le printemps et l’automne. Enfin, par rapport aux formes composées de cette maladie, la statistique nous donne les résultats ci-après : 205 eczémas impétigineux,101 eczémas lichénoïdes, 14 eczémas psoriasiforines, et 4 eczémas herpétiforrnes, sur un ensemble de 600 cas.

Diagnostic. — Les caractères tout particuliers que je me suis attaché à spécifier au début de cet article me paraissent suffisants pour distinguer cette affection de toute autre. L’herpès à vésicules très ténues ne sécrète plus après quelques jours ; d’ailleurs sa forme circinée le distingue toujours de l’eczéma à configuration mal arrêtée. Dans l’herpès phlycténoïde et le zona, les vésicules seront beaucoup plus grosses. Il est une maladie non vésiculeuse qui a souvent été la source d’erreurs : c’est le pityriasis rubra. Ici rougeur de la peau, démangeaison, sécrétion séreuse. Mais le

pityriasis rubra est généralement d’un rouge plus foncé que l’eczéma ; sa surface morbide est nettement tranchée d’avec la peau saine ; elle n’est pas ponctuée de points rouges quand elle sécrète, et quand elle ne sécrète pas, elle se recouvre de lamelles épidermiques ou écailles qui se détachent à chaque instant des surfaces malades. Le suintement qu’il fournit est plutôt une sueur qui empèse le linge, mais sans le tacher en gris noirâtre comme la sérosité de l’eczéma. Quant à l’eczéma impétigineux, il donne une sérosité purulente qui se transforme en croûtes adhérentes dont la nature est facile à reconnaître.

Pronostic. — L’eczéma ne constitue jamais un danger sérieux pour Lexistence, mais il en a un plus grave au point de vue de son opiniâtre persévérance. Sa ténacité est telle qu’il n’est pas possible d’en prévoir la durée, et quand il disparaît, rien n’assure qu’il ne reviendra pas recommencer ses éternelles périodes. Toutefois ce fâcheux pronostic s’adresse surtout aux personnes qui, par position sociale ou par toute autre cause, ne peuvent consacrer un temps suffisant à une parfaite guérison ; loin d’offrir d’ailleurs une ténacité proportionnelle à son étendue, il semble au contraire que plus il est circonscrit et restreint, plus il résiste à nos médications.

Thérapeutique . — La thérapeutique de l’eczéma doit être locale et générale ; elle doit tenir compte, sous les deux rapports, de la période aiguë, stationnaire ou décroissante de l’eczéma, de sa forme chronique, de ses causes, des modifications à apporter suivant la forme morbide elle-même, suivant la partie affectée, l’âge du sujet, et enfin elle doit correspondre au point de vue général de la cause qui a pu le faire naître comme aussi se rattacher â ce que l’on peut appeler l’empirisme du traitement de l’eczéma. C’est sous tous ces rapports que je vais exposer les faits qui concernent ce paragraphe.

Toutes les fois que l’eczéma se présente sous une forme aiguë, l’état général doit tout d’abord préoccuper le médecin. 11 est des cas où cet état aigu est tellement prononcé, qu’il y a lieu de pratiquer une émission sanguine, soit par la saignée, soit par les sangsues à l’anus; mais il faut alors qu’il y ait un état de pléthore assez marqué. C’est surtout au printemps que l’on aura occasion d’em-

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ployer cette médication. A l’intérieur, les tisanes acidulées, rafraîchissantes ; diminution notable des aliments, que l’on fait prendre peu substantiels. Ce régime général doit être suivi tant que dure la période aiguë. Localement, et lorsqu’une rougeur vive accompagne l’eczéma, qu’il existe un sentiment de chaleur et de cuisson, il est un moyen qui, dans la saison chaude, me réussit à merveille pour faire tomber l’état aigu: ce sont des irrigations d’eau d’abord tempérée, puis rendue fraîche, que l’on emploie une ou deux fois par jour durant une heure à une heure et demie chaque fois. Voici comment je fais pratiquer ces irrigations, et je suppose qu’il s’agit d’une jambe malade, siège le plus ordinaire de l’eczéma. On élève un seau plein d’eau à 60 centimètres au-dessus de la partie affectée; à ce seau on ajoute un robinet ou une cannelle de bois ; je fait attacher à ce robinet une bande que je divise en deux lanières à sa partie inférieure. Le membre est placé horizontalement sur une toile cirée disposée en gouttière, pour faire écouler l’eau dans une terrine placée auprès du lit du malade. Les choses ainsi disposées, on écarte les deux lanières de la bande de manière à étendre ses deux chefs, l’un en haut, l’autre en bas de la jambe, on ouvre un peu le robinet, et le liquide s’écoule sur toute la surface affectée. J’obtiens de ce moyen, que j’ai employé la première fois, pour combattre l’eczema rubrum , des résultats fort remarquables. L’inflammation cède rapidement et ramène en quelques jours l’eczéma aigu à sa période stationnaire. Mais il ne peut être employé qu’en été, sur des personnes en bon état de santé et chez lesquelles on n’a pas à craindre l’influence d’une réfrigération. Au surplus, on peut modifier son emploi et dans la température de l’eau et dans la durée de l’écoulement.

Quant aux applications locales permanentes, elles peuvent être aqueuses, mucilagineuses ou pulvérulentes. A cet égard, l’expérience apprend, sans qu’on puisse le reconnaître a l’avance, que tel eczéma à l’état aigu se trouvera fort mal des émollients aqueux ;

qu’alors les corps pulvérulents calmeront parfaitement l’état aigu , et vice versa. C’est une première observation à faire. 11 est constant qu’un cataplasme, fùt-il placé dans les meilleures conditions, peut singulièrement augmenter et l’inflammation de l’eczéma et son

étendue, tandis que la poudre d’amidon va faire céder l’état inflammatoire avec une rapidité extrême. Tel eczéma ne pourra jamais supporter un corps gras, fût-ce le plus onctueux, et il se trouvera très bien des corps liquides émollients, résolutifs ou autres. J’ai signalé ce fait d’observation depuis plusieurs années : il a une utilité réelle au point de vue thérapeutique. Les compresses d’eau de sureau, d’eau de guimauve ; les cataplasmes, notamment ceux de farine de riz, de fécule de pomme de terre bien lavée, car les cataplasmes de farine de graine de lin sont presque toujours moins tolérés; la poudre d’amidon tamisée mise en couche légère (fleur d’amidon), enfin les bains généraux émollients (voy. Formulaire , Bains) : telle est la médication générale et locale propre à combattre l’état aigu, et dont il ne faut pas se départir avant qu’il soit détruit. On peut y joindre l’usage de quelques laxatifs, et à ce sujet, je ne saurais trop préconiser une décoction de 2 à 8 grammes de séné prise tous les matins en deux verres de tisane de pensée sauvage, ainsi que l’administre notre collègue Hardy. 11 est un agent local dont on a beaucoup exagéré les avantages dans ces derniers temps, je veux parler de la Glycérine ; j’ai fait connaître, page 85, ce que c’était que cet agent ; il est toujours altéré par un peu d’acide sulfurique libre et par des sels de chaux, de magnésie et de fer qui s’y trouvent dans un certain état de combinaison, et qui en constituent un médicament qui tient le milieu entre les émollients et les résolutifs, aussi peut-il être employé avec avantage lors de la décroissance de l’eczéma ; mais contrairement aux assertions émises par ceux qui en ont préconisé l’emploi, je n’ai jamais pu terminer la guérison d’un eczéma avec ce seul agent.

Période d’arrêt ou stationnaire . — 11 v a lieu de continuer encore le traitement émollient pendant quelque temps et jusqu’à l’apparition des furfures adhérents; mais c’est à cette époque qu’il faut commencer le traitement général au point de vue de la cause prédisposante. Existe-il quelques liaison de l’état eczémateux avec le tempérament lymphatique? prescrire les sulfureux, les ferrugineux (voy. Médication sulfureuse) et les amers. L’eczéma est-il le reflet de quelque irritation gastro-intestinale? la combattre par des moyens appropriés. Y a-t-il suppression d’un exutoire habituel? le rétablir,

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mais sous une forme qui ne ramène pas l’eczéma, et à cet égard un cautère est moins propre à développer cette maladie qu’un vésicatoire.

De toutes les médications générales dont l’expérience a consacré les bons effets, celles par l’iodure de soufre, et le soufre en nature, l’orme pyramidal et l’arsenic comptent le plus de succès. L’iodure de soufre a été préconisé pour la première fois par le docteur Escobar, médecin espagnol ; nous l’employons souvent et nous le donnons à la dose-de 5 à 10 centigrammes par jour. Cette substance est très altérable a l’air, et ainsi décomposée elle est sans effet; c’est une circonstance dont il faut tenir compte, car ce médicament est peu employé en médecine, et il est commun de le trouver chez les pharmaciens à l’état de décomposition. C’est aussi pour obvier à cet inconvénient que je le donne en pilules formulées de manière à en opérer la conservation; je les fais encore envelopper pour plus de sûreté. (Yoy. Formulaire , art. Pilules.) Je commence par une pilule matin et soir avec une tasse de tisane amère ; j’augmente d’une pilule tous les six jours, de manière a arriver à quatre pilules par jour. — La médication par l’orme pyramidal avait été totalement abandonnée depuis cinquante ans, et cependant ce médicament, vanté dans les siècles précédents comme étant propre à combattre les maladies cutanées, eut une grande vogue. J’ai voulu savoir s’il justifiait réellement sa réputation, et il y a huit ans, après des essais très probants à cet égard, j’ai donné la formule d’un* sirop que j’emploie principalement lorsque avec l’eczéma il y a prédominance du tempérament lymphatique, il y a dans l’orme une énorme quantité de tannin uni à une matière mucilagineuse abondante, celle-ci est inutile. M. Crosnier, pharmacien à Paris, suit pour les préparations de mon sirop un procédé qui en opère la séparation sans nuire en rien à la composition de la matière extractive de l’écorce d’orme. Yoici en quoi il consiste: On fait macérer 500 grammes d’écorce dans un litre d’alcool, on laisse pendant quarante-huit heures en contact : on décante l'alcool, puis on fait avec l’écorce et de l’eau une décoction. On distille l’alcool pour en obtenir la matière extractive qu’il a enlevée à l’écorce et on la réunit au décoctum que l’on amène à l’état sirupeux pour faire 1000 gram. de sirop. C’est probablement en raison du tannin que cette écorce

â5/i pathologie et thérapeutique spéciales.

agit. (Voy. Formulaire , Sirop d’orme.) Il résulte de recherches plus récentes, faites par M. Dublanc fils, pharmacien, que 500 grammes d'écorce doivent donner 100 grammes d’extrait hydro-alcoolique ; on peut donc prescrire un sirop contenant de 40 à 50 grammes d’extrait pour 500 grammes de sirop. Je fais prendre ce sirop par cuillerées à bouche, une le matin, une le soir ; j’augmente tous les

trois jours d’une cuillerée à bouche par jour, de manière à arriver

jusqu’à six cuillerées, trois le matin, trois le soir, dans une tasse de tisane amère. Ce traitement doit être administré pendant six semaines à deux mois, je ne saurais trop en préconiser l’usage ; il me donne journellement d’excellents résultats; l’estomac le tolère à merveille; j’en fais prendre depuis deux jusqu’à six cuillerées par jour, en procédant par doses progressives. Quant à la médication arsenicale, comme elle est plus spécialement applicable aux affections squameuses, nous renvoyons ses formules et son mode d’administration à l’histoire de ces affections. (Voy Psoriasis.) Toutefois, nous devons dire que ce médicament est de tous le plus puissant pour combattre les eczémas fort anciens qui ont résisté à la plupart des médications ordinaires ; aussi le praticien ne doit-il pas hésiter à le prescrire soit pour des eczémas locaux soit pour des eczémas généraux qui ont résisté aux agents ordinaires; mais, si c’est là une médication puissante, c’est aussi , il faut bien le 'reconnaître, une médication exceptionnelle et que l’on ne doit mettre en usage que lors que la santé générale le permet et que la maladie en réclame l’emploi.

Depuis un an, j’étudie Faction de Yhydrocotyle asiatica comme agent thérapeutique, non-seulement dans la lèpre de l’Inde pour laquelle il a été préconisé, mais encore dans les autres maladies de la peau. J’ai essayé l’emploi de cette substance comme médication générale dans l’eczéma chronique général et dans celui des oreilles et du cuir chevelu, maladie si rebelle chez les femmes, et pour laquelle on est souvent obligé d’avoir recours à l’arsenic. L’administration de l’hydrocotyle à l’état d’extrait alcoolique et de tisane m’a procuré quatre guérisons dans les quatre cas où je l’ai employé, ainsi que j’en donne le résumé. Cette substance a une action toute spéciale sur l’économie en général comme on le verra à l’article

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lèpre ; déjà les essais thérapeutiques que j’avais fait m’avaient conduit à considérer l’extrait alcoolique comme renfermant le principe actif de la plante malgré ce qu’on avait écrit sur les vertus de la poudre et du sirop. M. Lefort, pharmacien, qui procéda à une nouvelle analyse de ce végétal, en a retiré une résine particulière et extrêmement abondante, résine essentiellement soluble dans l’alcool, ce qui pourrait bien justifier le choix que j’ai fait par tâtonnement de l’extrait alcoolique; au surplus, je pourrai, je l’espère, être plus explicite à l’article lèpre.

Quoiqu’il en soit, j’administre d’une part une tisane préparée par infusion avec 8 grammes de feuilles pour 1000 grammes d’eau, et je donne de plus l’extrait en pilules en commençant par 25 milligrammes, augmentant tous les trois jours de 5 centigrammes, de manière à arriver à 15 ou 20 centigrammes par jour et continuant a cette dose. Au début de mes essais, il y a un an, j’avais administré l’hydrocotyle à plus haute dose, commençant par 5 centigrammes; je n’ai pas tardé à voir surgir des accidents généraux, qui ont dû m’en faire suspendre l’emploi (voy. Lèpre). M. Cazenave a tout récemment employé l’hydrocotile, mais j'ignore ce qu’il en a obtenu. Voici maintenant le résumé très succinct des trois maladies guéries par cet agent.

Traitements par fhydrocotyle asiatica. — 1. La nommée L..., âgée de cinquante et un ans, a déjà été traitée trois fois à Saint-Louis de trois attaques d’eczéma qui avait envahi une grande partie du corps ; c’était chaque fois après un accouchement. Aujourd’hui, 6 mars 1856, elle revient demander les secours de la médecine. La tête est couverte de croûtes jaunâtres et est le siège d’une sécrétion abondante qui se sèche et raidit les linges. Les oreilles, les tempes, une partie des joues, le milieu de la poitrine, les mamelons, le nombril, le pourtour des parties génitales sont le siège de plaques rouges, couvertes de croûtes peu épaisses, et qui exhalent de la sérosité. Quelques plaques peu larges et disséminées se rencontrent sur les bras et les jambes, mais se rapprochent là du psoriasis quant à l’aspect. La rougeur est intense partout, les démangeaisons sont très vives excepté aux membres. Prescription : chicorée; 2 pilules iodure de soufre; bain de vapeur; glycérine au tannin en applications sur les parties malades; o portions. — 25 mars. La maladie a augmenté d’intensité ; la rougeur, la sécrétion, la démangeaison n’ont pas diminué et les plaques se sont élargies ; on abandonne le traitement et on adopte le suivant : infusion d’hydrocotyle asiatica, 8 grammes par litre; L pilule d’hydrocotyle, et augmenter d’une pilule tous les cinq ou six jours jusqu’à 6 pilules,

chaque pilule contient 25 milligrammes d’extrait alcoolique ; bains simples.— 11 mai. La malade est pvesqu’entièrement guérie; les membres, le tronc, les oreilles, la face sont à l’état normal, et la peau est entièrement nettoyée; la démangeaison a disparu; sur la tète seule existent encore quelques pellicules minces qui reposent sur un fond dont la teinte est naturelle. L . demande sa sortie,

2. B... est d’un tempérament lymphatique, ses règles sont irrégulières. — Entrée le 10 avril 1856. Depuis deux ans, la tête est couverte de pellicules blanches ; il y a six mois, les oreilles devinrent malades et un eczéma franc ne tarda pas à envahir le cuir chevelu, les oreilles, les tempes et le front. Prescription : infusion d’hydrocotyle ; 2 pilules d’extrait alcoolique d’hydrocotyle, et augmenter jusqu’à 6 par jour ; bains de vapeur; saindoux; couper les cheveux ras. — 12 mai. Amélioration sensible, la rougeur a diminué ainsi que la sécrétion de sérosité. On ajoute au traitement, tous les jours, lx 5 grammes de sirop d’iodure de fer. — 1er juin On a suspendu pendant quelques jours le traitement, et il est repris aujourd’hui. La malade avait éprouvé des douleurs dans le dos et l’estomac, elle accusait un sentiment de constriction sur le front, qui a complètement disparu, et un mal de gorge caractérisé par un chatouillement désagréable ; il y a de la constipation qui n’existait pas auparavant ; les bains simples sont remplacés par des bains alcalins. — 13 juin. La sécrétion de sérosité a cessé, les squames ne se reforment plus aux tempes ni aux oreilles, la tête seule présente encore quelques croûtes sans rougeur. Continuation du traitement à Lhydrocotvle ; on y ajoute de la pommade au sulfate de fer pour terminer et faire disparaître les dernières traces de la maladie. Enfin, le 25 juin, la malade sort complètement guérie.

3. B...... soixante-cinq ans, entre le 12 juin 1856, dans la salle Saint-

Thomas, hôpital Saint-Louis. Depuis dix-huit mois, elle est tourmentée par un eczéma au bas ventre et à la vulve. Après avoir été guérie chez M. Gibert, elle voit sa maladie reparaître aux oreilles, au front, au cuir chevelu. Les règles ont cessé depuis dix-sept ans. Chagrins et misère. Le front, les tempes, les pommettes, le cou, les joues, les oreilles, le cuir chevelu, sont le siège d’une rougeur intense, et de démangeaisons accompagnées de chaleur. Il y a des squames minces, sans hypertrophie de la peau ; la sécrétion séreuse, après avoir été abondante, n’existe plus qu’aux oreilles. Prescription : infusion d’hydrocotyle; 1 pilule, et augmenter jusqu’à 6 d’extrait alcoolique à un

25 milligrammes par pilule ; bains simples ; 3 portions. — 1/t août. B . sort

guérie; il n’y a plus ni démangeaisons, ni formation de squames; les oreilles sont redevenues souples et il n’existe plus qu’une rougeur rosée sur quelques points, notamment au front, aux tempes et au cou. Aucun trouble, aucune sensation qu’on pourrait rattacher à l’action du médicament n’a été accusée par la malade. Les pilules d’extrait ont manqué pendant environ huit jours et cela a été la seule interruption de traitement.

Zi. L . , âgée de vingt-neuf ans, est d’un tempérament lymphatique; ses

paupières portent encore les traces d’une blépharite chronique intense, ses

ECZEMA.

règles sont normales. 11 y a trois ans, le front, les oreilles et le cuir chevelu, se couvrirent de squames minces et suintèrent de la sérosité au printemps et à l’automne ; elle se traita par des bains de vapeur, de l’axonge et des tisanes amères. Puis survint un érysipèle à la suite duquel les cheveux tombèrent; elle entra alors à Saint-Louis, salle Saint-Thomas. — 19 juin 1856. Le cuir chevelu et les oreilles sont rouges, recouverte de croules d’eczéma impétigineux, la peau est un peu épaissie, elle laisse couler une sérosité purulente qui se concrète en croule assez épaisse. La tète est presque complètement dénudée. Démangeaisons modérées ; le front est rouge ainsi que toute la face, il y a des symptômes de congestion quand la malade se baisse. Prescription : infusion d’hydrocotyle ; 1 à 6 piiules d’extrait alcoolique ; bains de vapeur ; Zt portions. Dès le 8 juillet, la démangeaison a complètement disparu; vers cette époque les pilules, étant venues à manquer, sont suspen dues pendant une dixaine de jours. — IZi août. Le front et la face ont repris leur coloration normale, les oreilles ne sécrètent plus ou presque plus, le cuir chevelu a encore des squames, mais minces et se détachant facilement, les cheveux repoussent : pommade au sulfate de fer depuis quatre jours.

5. L . . trente-six ans, tonnelier, est un homme de bonne constitution,

d’un tempérament sanguin ; il a un eczéma revêtu desquames sèches, adhérentes; la peau est encore épaisse, il y a de temps en temps des poussées caractérisées par une exhalation de sérosité. Les plaques existent sur les membres qui sont envahis en grande partie depuis quatre mois, le début remonte à cinq ans ; démangeaisons vives, rougeur, chaleur. — A son entrée, le 20 avril 1856, on lui donna tisane de chicorée, saindoux, bains simples. — Le 20 avril, on essaie le traitement par l'hydrocotyle, l’état le plus aigu ayant disparu : tisane d’hydrocotyle ; 1 pilule à 6 d’extrait alcoolique ; saindoux. — 12 mai. Les démangeaisons ont presqu'enlièrement disparu, et la maladie semble marcher vers la guérison, mais cette marche est lente, il y a de la

diarrhée, de l’inappétence. On cesse Phydrocotyle. L . reste souffrant

jusqu’au 22 mai, époque à laquelle on revient aux amers et aux pommades résolutives qui terminent la guérison, après deux mois de traitement.

On voit par ces quatre observations, dans lesquelles l’hydrocotyle seul a agi, puisque son action n’a pu être aidée que de bains simples a peu près insignifiants, combien l’hydrocotyle a paru montrer d’efficacité. Ces succès se soutiendront- ils ? Je ne tiens pas compte de la cinquième observation dans laquelle la santé générale du sujet n’a pu permettre de continuer son emploi.

Période décroissante. — Dans cette période de l’eczéma, déjà la médication générale qui a été prescrite commence à agir, car ce n’est jamais qu’après quinze jours ou trois semaines qu’un médica-

258 PATHOLOGIE et thérapeutique spéciales.

ment interne reflète ses effets à l’extérieur ; il y a ici deux indicalions spéciales à remplir: emploi des résolutifs sur l’eczéma, dérivation par les purgatifs sur le canal intestinal. En hiver, où les purgatifs sont facilement supportés, je purge mes malades affectés d’eczéma deux fois la semaine ; mais chaque fois une purgation douce, deux à trois verres d’eau de Sedlitz à 30 grammes, suivant les sujets. Je préfère dans ce cas les purgatifs salins à tous les autres. L’huile de ricin débarrasse l’intestin sans stimuler la membrane muqueuse ; les purgatifs drastiques ont pour beaucoup de personnes l’inconvénient d’amener une constipation souvent opiniâtre après leur emploi. Tout cela est d’ailleurs soumis aux idiosyncrasies.

Quant aux résolutifs à mettre localement en usage, c’est ici le lieu de rappeler la remarque que nous avons faite à l’égard des eczémas qui ne peuvent supporter les corps gras. Dans la période aiguë on les remplace par l’amidon en poudre, mais dans la période décroissante il est très difficile de trouver des résolutifs pulvérulents. A cet égard nous ne connaissons que la poudre de tan et celle de vieux bois. Nous avons souvent fait des essais dans le but d’associer l’alun, l’oxyde de zinc à ces poudres, afin d’augmenter leur action, mais quelle que soit la dose qu’on y incorpore, quelque tamisé que soit l’alun, on ne peut pas empêcher qu’il se trouve à nu et directement en contact avec la surface eczémateuse, et là où se trouve la molécule d’alun ou d’oxyde de zinc, elle est irritante au lieu d’être résolutive, parce qu’elle n’est pas enveloppée, comme cela a beu dans une pommade. Nous sommes descendu à 1 /3000e d’alun dans de l’amidon, et nous sommes arrivé par ces mélanges ou à des résultats nuis quand ils étaient trop étendus, ou à des résultats fâcheux comme trop irritants. Toutefois j’ai observé depuis qu’en faisant opérer à travers un tamis de soie, quatre ou cinq fois le mélange, on arrive a des poudres applicables au traitement de cette maladie.

Dans ces sortes d’eczémas on peut remplacer des résolutifs pulvérulents par des résolutifs aqueux: l’eau vinaigrée, excellent sédatif et résolutif calmant les démangeaisons; l’eau alunée, l’eau saturnée, la solution de sublimé (voy. Formulaire , Lotions, à l’alun, n°2; au vinaigre, n° 1 ; au sous-acétate de plomb, n° 1 ; au bicblorure d’hydrargyre, n° 2). Les lotions à l’alun et au sous-acétate de plomb

ECZÉMA

sont moins actives que la lotion au sublimé. On peut d’ailleurs essayer l’emploi des unes et des autres pour juger de celle qui réussit le mieux. Le plus généralement nous nous servons d’une solution d’alun ou de sous-acétate de plomb au 300e et d’une solution de sublimé au 2500e. Ce qu’il faut surtout prescrire, c’est de faire laver les linges ou les renouveler ; par suite de l’évaporation de l’eau, ils se chargent de sels, et ils finissent par contenir une solution très concentrée au lieu d’une solution faible.

Lorsque l’eczéma ne reçoit aucune influence désagréable des corps gras, on peut alors varier les pommades, dans la composition desquelles on fait entrer deux sortes de substances propres à remplir deux indications différentes : 1° la résolution de l’eczéma; 2° la cessation de la démangeaison. Sous le premier rapport, on incorpore à l’axonge l’oxyde de zinc ou la calamine, qui n’est autre chose que l’oxyde de zinc naturel, le tannin, le sous-nitrate de bismuth, le sous-acétate de plomb. Sous le second, on y ajoute comme moyen sédatif le camphre ou le chloroforme ; tous deux calment en effet la démangeaison d’une manière marquée, mais le second de ces agents plus encore que le premier. Il est vrai que l’effet du chloroforme est moins soutenu que celui du camphre. ( Voy . Formulaire , Pommades, à ces diverses substances.)

Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage il est une substance dont j’ai préconisé l’emploi et que j’ai introduite principalement dans le traitement de l’eczéma, c’est le proto-sulfate de fer. (Voy. Bulletin de thérapeutique, janv. 1855.) Frappé des résultats obtenus par les chirurgiens dans l’usage du persulfate ainsi que de ceux que l’on obtenait en médecine des préparations ferrugineuses, j’ai eu la pensée d’incorporer le proto-sulfate de fer à l’axonge pour en faire une pommade à la fois résolutive et modificatrice de la vitalité delà surface malade. Par une coïncidence singulière, M. Velpeau se livrait à des essais du même genre en chirurgie, en se servant, pour le pansement des plaies, de la dissolution de proto-sulfate de fer. 11 a publié ses recherches un mois après, c’est-à-dire en février 1855 et dans le même journal, dans le Bulletin de thérapeutique. Quoi qu’il en soit , j ajoute à 30 grammes d axonge 5 décigrammes à 1 gramme de ce sel cristallisé et bien lavé, après l’avoir

fait dissoudre dans quelques gouttes d’eau. Les résultats qu’il produit sont tels que je n’ai pas cessé depuis de mettre le sulfate de fer en usage dans la généralité des cas, de préférence aux oxydes de zinc, à la calamine, etc.

Quelques praticiens, et j’avoue que dans certaines circonstances je suis de ce nombre, emploient l’huile de cade et le goudron en pommade. Mais ces pommades sont généralement trop actives quand il s’agit d’un eczéma qui parcourt simplement ses périodes; elles deviennent utiles lorsqu’il s’agit d’eczémas anciens où la sensibilité de la peau permet le contact de moyens modificateurs résolutifs, mais assez excitants, quoiqu’ils soient employés à très faible dose. C’est surtout dans la variété d’eczéma psoriasiforme qu’elles réussissent. (Voyez à cet égard nos formules, Pommades à ces deux substances, n° 1 pour chacune d’elles.)

Quand l’eczéma suit une marche décroissante progressive, on peut arriver cà la guérison à l’aide de ces seuls moyens ; mais on la favorise singulièrement par l’emploi de l’huile de cade préconisée par M. Serre, d’Alais, et que nous avons le premier essayée sur une grande échelle. ( Bulletin de thérapeutique , février 18^9.) Il faut à cet égard observer trois conditions essentielles: 1° L’huile de cade doit être pure ; or, dans le commerce on délivre fréquemment de l’huile distillée de goudron ou du goudron au lieu d’huile de cade. Nous avons reconnu que, quoique produisant un bon effet, l’huile distillée avait moins d’efficacité que l’huile de cade. L’odeur peut tromper des personnes peu exercées, mais la couleur ne saurait induire en erreur. L’huile de cade, en apparence brune, est d’un reflet rouge vif par la lumière; le goudron est noir d’un reflet brunâtre et d’unemploi trèsmauvais. A Paris même, sur vingt pharmaciens, il y en a quinze qui délivrent de l’huile distillée de goudron ou du goudron pour de l’huile de cade. 2° Elle ne doit être employée que tous les trois jours. 3° Il faut l’étendre sur la surface malade, mais essuyer aussitôt avec du coton sec, de manière qu’il reste appliquéela couche la plus faible possible d'huile. A cet égard, l’expérience nous a appris qu’en plus grande proportion l’huile de cade devenait excitante.

Mais ce moyen n’est bon que dans la période de résolution et pour terminer l’eczéma. Employé plus tôt, on joue quitte ou double,

ECZEMA.

on guérit ou l’on exaspère, et dans ce dernier cas on transforme un eczéma qui se serait terminé plus tard en quelques jours en un eczéma chronique rebelle, difficile à guérir ensuite. 11 est bon de savoir que l’effet essentiel de Celle huile c’est de supprimer la sécrétion morbide; de là le danger de son usage dans la période aiguë et dans tous les cas où l’on a à craindre quelque répercussion.

C’est ici le lieu de parler de quelques agents préconisés, il y a deux ans , comme propres à guérir très rapidement même l’eczéma aigu, et qui sont d’ailleurs tombés dans l’oubli. D’abord je n’aime pas tout moyen qui supprime brusquement une sécrétion cutanée, quelle qu’elle soit; cette pratique a l’inconvénient grave de compromettre dans certains cas la santé et la vie des malades. C’est une véritable, ou au moins ce peut être une véritable répercussion que l’on opère ; ensuite ces moyens n’ont pas l’efficacité qu’on leur a donnée, et comme peu de médecins savent établir d’une manière précise le diagnostic d’une maladie de la peau, je crains bien qu’il n’ait été commis quelque erreur à cet égard. Quoi qu’il en soit, on a proposé le collodion dissous dans l’éther et la dextrine dissoute dans l'alcool, ces deux substances étant étendues par couches sur la surface eczémateuse deux ou trois fois par jour. Aussitôt étendu, l’alcool ou l’éther s’évapore, et la peau se trouve enduite d’une couche gommeuse très dure qui enferme la jambe du malade comme dans une botte, la serre et la comprime. Il n’y a rien d’exagéré dans cette narration. Voici une expérience que M. Demarquay a faite pour la première fois, et que tout le monde peut répéter. Que l’on applique autour d’un doigt ou autour du poignet sain une couche de collodion sous forme de bracelet, et qu’on la laisse sécher dans l’immobilité, la constriction deviendra bientôt tellement forte, que l’on sera obligé de dissoudre immédiatement le collodion pour éviter la douleur qui en résultera.

Or, voici ce qui arrive pour l’eczéma: l’enveloppe de collodion s’oppose à la sortie de la sérosité; la peau se tuméfie; le peu de sérosité sécrétée passe à l’état purulent, et forme sous le collodion une surface suppurante dans laquelle la peau est plus profondément affectée, de sorte que nous avons dû renoncer à ce moyen.

Tel est le traitement de l’eczéma dans ses conditions les plus sim-

pies, en y ajoutant l’usage que l’on peut faire de bains rendus légèrement résolutifs vers la fin du traitement. (Voy. Formulaire , Bains alunés.) Mais, d’une part, nous avons signalé des formes spéciales plus rebelles; d’une autre part, l’eczéma se présente le plus souvent au médecin avec une marche chronique, parce que les malades tardent trop à réclamer des soins, et que d’ailleurs on a pu voir que l’eczéma débutait ainsi dans certaines saisons dejl’année. Non salions faire connaître cette thérapeutique spéciale sous forme de propositions.

Lorsque l’eczéma est général, en ce sens qu’il existe des plaques plus ou moins larges sur les diverses parties du corps, il réclame essentiellement une médication générale interne. Les bains généraux émollients, résolutifs, et surtout les bains de vapeurs à une douce température, doivent aussi jouer un grand rôle dans le traitement. Il est quelquefois utile de modifier la vitalité du tissu par des bains excitants, tels que les bains alcalins, les bains sulfureux. (Voy. Formulaire , Bains.)

L’eczéma nummulaire, qui est toujours disséminé, réclame les mêmes moyens, et vers la fin du traitement il faut en général toucher deux ou trois fois, à quatre ou cinq jours d’intervalle, les surfaces malades avec la solution de nitrate d’argent n° 1. (Voy. Formulaire.) Nous appliquons ce dernier précepte à Y eczema unisquamqsum et a tous les eczémas Jocalisés, notamment celui du mamelon, du nombril et des bourses.

L’eczéma du cuir chevelu est essentiellement lié au très jeune âge. 11 veut être respecté pendant fort longtemps ; il ne réclame que des soins de propreté, des lotions de sureau, de guimauve, de graine de lin ; il ne faut pas couper les cheveux; ne mettre de cataplasmes que pendant un temps fort court et souvent même s’en abstenir. Nous avons vu nombre d’accidents, et des accidents cérébraux surtout, survenir par l’application intempestive de moyens de ce genre ; c’est assez dire que nous proscrivons toute pommade résolutive. 11 y a plus, quand l’eczéma tend naturellement à décroître, il est convenable de purger l’enfant par des minoratifs très doux et de lui appliquer un vésicatoire au bras. 11 faut dans cette maladie que le médecin soit sourd aux instances des parents et qu’il ne cède pas aux désirs d’une mère qui craint de voir la figure de sou enfant envahie par la mala-

ECZÉMA. 263

die. C’est là un exutoire naturel dont il faut se borner à diminuer l’intensité trop grande.

L ’ eczema rubrum veut essentiellement l’emploi des irrigations d’eau froide que nous avons conseillées ; mais avant de les mettre en usage, il faut s’assurer que le malade les supportera sans inconvénients.

Dans les formes très rebelles, et notamment dans l'eczéma du mamelon, formes qui sont limitées à une surface peu étendue, il ne faut pas craindre de modifier entièrement la vitalité du tissu morbide. Il semble en effet que dans ces sortes de cas la maladie est devenue un second état de nature. Les charlatans réussissent

dans ces circonstances beaucoup mieux que les médecins. D’abord on ne va les trouver qu’après avoir épuisé les ressources de la médecine, et ils n’emploient jamais que des moyens qui causent une surexcitation delà partie malade, qui en changent la vitalité. Ici c’est une pommade à l’oxyde rouge de mercure; là une pommade qui a pour base le sulfate de cuivre, comme la pommade de Kunckel ; ailleurs ce sont des lotions et frictions alcalines. Unmoyen de ce genre nous a été proposé il y a trois ans comme étant employé avec beaucoup de succès par M. Hébra, de Berlin, chargé dans cette ville du service des maladies de la peau. 11 consistait à frictionner tous les matins la surface eczémateuse avec une solution alcaline au quart de carbonate dépotasse. Cette friction se faisait avec la main trempée dans cette solution. Le malade éprouvait de la cuisson, la peau rougissait, sécrétait d’abord de la sérosité, puis fournissait une pluie de sang. Nous avons comparé les résultats de ce traitementsurles mêmes malades atteints d’eczéma aux deux jambes avec l’emploi de l’huile de cade, et l’avantage est encore resté à l’huile.

Il est un moyen que nous employons depuis sept ans ( Bulletin de thérapeutique , mars 1 846), que nous avons appliqué aux eczémas variqueux plus spécialement, et qui nous réussit à merveille : ce sont des bandages dextrinés. Nous ne mettons autre chose sur la surface eczémateuse qu’une compresse trempée dans une solution aqueuse contenant 125 grammes de dextrine pour 1000 grammes d’eau sans addition d’alcool. (Voy. Formulaire , Lotions.) On trempe une bande roulée de à à 5 centimètres de largeur dans cette liqueur, et on l’applique méthodiquement comme un bandage roulé ordi-

naire; on l’arrose ensuite et on laisse sécher peu à peu. La partie malade doit être contenue et non pas serrée; une fois sec, on ne renouvelle ce bandage que quand il s’élargit et que les bandes tendent à se défaire, c’est-à-dire vers le quatrième ou le cinquième jour. Le malade peut prendre quelque exercice, il n’a pas besoin de bains, et la guérison est en général très prompte.

Un autre moyen que je mets en usage dans un cas assez analogue, c’est celui des ulcères eczémateux, c’est-à-dire de ces eczémas des jambes au centre desquels existe une ulcération. Je les fais panser avec des bandelettes de diachylon circulairement appliquées, comme dans le bandage anglais, depuis le bout du pied jusqu’audessus de la surface eczémateuse ; ces bandelettes sont étroites et se superposent régulièrement.

Kczémas composés .

Nous en avons admis quatre espèces : impétiginenx, lichénoïde , herpétiforrne , psoriasi forme. Nous aurions dû peut-être renvoyer l’histoire de ces eczémas à celle de X impétigo, du lichen , de Y herpès et du psoriasis , car il faut connaître ces quatre maladies pour voir les points de contact que la forme eczémateuse peut avoir avec elles. Mais l’eczéma impétiginenx est tellement lié à l’eczéma quant à ses causes, sa forme, sa terminaison et sa thérapeutique, que nous faisons ici une exception à son égard.

Eczéma impétigineux. — Cette forme d’eczéma est aussi commune que l’eczéma simple, et tandis que celui-ci affecte de préférence l’adolescence, l’âge adulte, l’eczéma impétigineux se montre plus souvent dans l’enfance; c'est même, en fait de maladies de la peau, une des plus communes à cet âge.

Cette forme morbide composée débute avec ses caractères de forme complexe : elle apparaît comme l’eczéma, avec une rougeur ponctuée de points plus foncés et des vésicules peut-être un peu plus larges, qui sécrètent aussitôt de la sérosité purulente ; mais celle-ci, au lieu de s’écouler limpide, en mouillant les linges qui recouvrent la surface malade, a une grande tendance à se concréter et à former des croûtes d’un gris jaunâtre qui ne sont pas franchement jaunes comme les croûtes d 'impétigo. Contrairement à l’eczéma, il n’est

ECZEMA.

pas accompagné d’autant de démangeaisons; et tandis que dans l’eczéma il est des malades qui ne peuvent pas résister à cette sensation, dans l’eczéma impétigineux il en est peu qui s’en plaignent d’une manière très notable. Ajoutons que l’eczéma n’affecte en général qu’une surface très limitée sur un point donné du corps, tandis qu’il n’est pas rare de voir l’eczéma impétigineux beaucoup plus étendu et plus disséminé. L’eczéma gagne peu en surface; Y eczéma impétigineux offre une tendance opposée, et l’on voit souvent des enfants qui en ont la presque totalité du corps recouverte. Enfin l’eczéma impétigineux affecte la peau plus profondément que Y eczéma simplex , aussi ce tissu est-il épaissi et surélevé audessus du niveau de la peau saine. C’est qu’il se rapproche des affections pustuleuses qui ont en général un point de départ plus profondément situé.

Cette maladie est très commune en automne et en hiver. L’eczéma paraît plus souvent en été. Elle a une période aiguë généralement moins longue, et en arrivant à la période stationnaire elle forme des croûtes plus ou moins épaisses. Enfin l’eczéma impétigineux est plus facile à guérir que l’eczéma simple.

Il est peu de maladies1 où le tempérament lymphatique puisse être plus indiqué comme cause prédisposante et comme entretenant cette affection. A cet égard, la statistique nous démontre cette prédominance de tempérament : j’appelle toute l’attention des médecins sur cette circonstance. Ce doit être, suivant nous, la base du traitement général qu’il y a lieu de mettre en usage.

Notons maintenant quelques particularités de détail. Nous avons dit que Y eczéma impétigineux était très fréquent dans le jeune âge, c’est alors une des croûtes de lait. Il envahit la totalité ou une partie seulement du cuir chevelu ; dans cet état il reste souvent stationnaire, produisant des croûtes épaisses et sèches qui tombent de temps en temps et finissent par amener la chute des cheveux. Avec l’âge, et quand l’enfant prend du développement, ces croûtes tombent peu à peu et ne sont pas sensiblement remplacées. Il en est cependant de limitées qui restent là indolentes pendant trois, quatre, six et sept ans. Nous avons vu une croûte de ce genre que la mère avait conservée à sa petite fille jusqu’à l’âge de neuf ans, sur le côté

du front et à la naissance des cheveux; le bulbe de ceux-ci en avait été atrophiée et la place qu’ils occupaient est restée dénudée. Cette croûte était si ancienne qu’elle avait fait une dépression considérable qui constituait une véritable difformité. Nous la fîmes détacher à l’aide d’un cataplasme et la peau se trouva presque saine.

Mais quand l’eczéma impétigineux débute vers l’âge de cinq à sept ans à la tête, il n’est pas rare de le voir envahir la figure, le corps, les membres, de manière que ces enfants soient recouverts d’une croûte séro -purulente sécrétant plus ou moins, et qui les rend hideux d’aspect; ils sont très souffrants, parce qu’ils ne peuvent exécuter de mouvements sans arracher une portion de ces croûtes: alors c’est une affection fort douloureuse, et qui dans certains cas n’est pas sans dangers. La suppuration abondante qui se montre affaiblit l’enfant; la souffrance lui enlève l’appétit, et si l’on ne calme cet état par des soins bien entendus , on peut en voir parfois un résultat fâcheux.

Cette affection a de la tendance à passer à l’état chronique ; elle ne suit d’ailleurs pas une marche absolument uniforme : mais quand l’eczéma impétigineux est traité rationnellement, il a beaucoup plus de tendance à guérir que l’eczéma. Cela tient à sa forme morbide ; on verra, en effet, que l’impétigo, affection pustuleuse et purulente de laquelle l’eczéma impétigineux se rapproche, suit en général une marche régulière et se guérit facilement. Mais si l’eczéma impétigineux affecte la forme chronique primitivement , ou s’il est mal soigné au début, il se perpétue à la manière de l’eczéina ; il en est quelques-uns qui ont un fond tellement lymphatique, scrofuleux, qu’ils sont très difficiles à guérir.

Les moyens locaux sont en fait de thérapeutique à peu près les mêmes que ceux indiqués pour l’eczéma; mais les résolutifs sont mieux tolérés. On peut aussi employer avec avantage les pommades à la fleur de soufre. (Yoy. Formulaire , Pommades.) Il en est de mêrqe à l’égard des bains sulfureux légers. Quant au traitement interne, c’est ici le cas de prescrire les amers, les antiscorbutiques, le soufre à l’intérieur, le fer, le sirop d’orme pyramidal (voy. Formulaire , ces diverses préparations), et une alimentation substantielle. Les bains de vapeur conviennent peu dans le traitement de cette ma-

ECZÉMA

ladie ; il en est de même des préparations arsenicales, qui doivent en général être proscrites. La maladie cède d’ailleurs beaucoup plus facilement que l’eczéma simple.

Eaux minérales. — Nous n’avons pas fait mention d’eaux minérales quand nous avons traité de l’eczéma : c’est qu’à parties eaux de Louesche et celles de Bourbon -Lancy, nous en connaissons peu qui le guérissent. Il n’en est pas de même de l’eczéma impétigineux : toutes les eaux sulfureuses en procurent en général la guérison quand la maladie a une forme chronique. Celles des Pyrénées sont surtout recommandées par nous pour deux motifs: le premier est dans leur nature, le second est dans le climat qui modifie très heureusement la constitution. Ces eaux ne doivent être prises à l’extérieur qu’en bains et en boisson à l’intérieur, les douches exaspéreraient inutilement le mal; il faut toujours commencer par des eaux coupées ou par des sources faibles. A défaut des eaux de Baréges, Cauterets , Bagnères-de-Luchon , nous conseillerons Enghien ou même Aix-la-Chapelle. Quant à Aix en Savoie, la manière dont' on les y administre cause souvent plus de mal que de bien. On n’y a affaire, en général, qu’à des rhumatisants, et l’on y prend des bains beaucoup trop chauds et trop énergiques.

Herpes ^£p7r£tv, ramper), ignis sacer , — erysipelaspustulosum , — zona repens , — zona serpigniosus , — feu de saint Antoine, — dartre phlycténoïde, — herpès phlycténoïde, — ringworm, anneau herpétique, — herpes circinatus , — olophlyctide miliaire, — herpes iris.

Herpès a vésicules extrêmement

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