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prêté. L’un d’eux, Avenzoar, reconnut le premier chez les galeux la présence d’un insecte très petit, dont il ne connut pas le rôle, et auquel il n’attribua aucune part dans la contagion de la maladie.
Comme la notion de cet insecte ne se rattachait à rien de bien intéressant, elle demeura oubliée jusqu’au xvie siècle, époque où presque tous les auteurs en parlèrent comme d’un ciron qui se loge sous la peau. Hauptmann, le premier, donne une description assez nette, sinon parfaitement exacte, de cet insecte, qu’il compare à la mite du fromage.
Cestoni , en 1687, fait connaître plus explicitement encore Finsecte qui coexiste avec la gale, et rejetant toutes les théories humorales inventées pour rendre compte des phénomènes que présente la maladie, il conclut à un traitement exclusivement externe.
Cependant, avec Pinel s’inaugure le retour aux idées humorales de Galien. Pinel ne conteste pas l’existence de l’acarus, mais il ne lui fait jouer qu’un rôle fort secondaire : pour lui, l’acarus est seulement la cause du prurit qui accompagne l’éruption galeuse.
x41ibert et Biett allèrent plus loin encore, et nièrent formellement l’existence de l’acarus. Pour eux, la gale est simplement une éruption à forme spéciale et transmissible par la contagion, transmissible même par cette voie des animaux à l’homme.
Il n’y avait donc plus que doute ou négation absolue au sujet de l’acarus, quand Galès, par une imposture qui n’a pas de nom, vint démontrer dans les vésicules de la gale l’insecte qu’on ne savait pas y trouver. Le prétendu acarus, ramené sur la scène, valut à son inventeur, de la part de l’Institut, une récompense honorable au lieu de la réprobation et du mépris qu’il méritait.
En effet, grâce aux investigations de M. Renucci, Italien d’origine, et qui, durant une consultation d’Alibert à l’hôpital Saint- Louis, fit connaître la manière d’extraire l’acarus des sillons, tandis qu’on le recherchait dans la vésicule, M. Raspail démontra que l’acarus de Galès n’était autre chose que la mite du fromage: il fit une étude fort étendue du véritable acarus sccibiei, qu’il décrivit sous le nom de sarcopte de la gale; seulement l’histoire tracée par M. Raspail ressemble un peu à un poème où 1 ’imagi-
nation a étendu et embelli le champ de vision du micrographe. (Bourguignon.)
Renucci lui-même soutint en 1835 une thèse qui résume ce qui a été fait de meilleur jusqu’à cette époque.
M. Albin Gras, élève à l’hôpital Saint-Louis en 1834, s’occupe aussi peu que Renucci de l’histoire naturelle de l’acarus; mais, à l’exemple de ce dernier, il fixe l’attention sur l’existence des galeries sous-épidermiques, ou sillons, dans lesquels se loge constamment l’acarus. De plus, il précise le fait fréquent de l’isolement absolu des vésicules d’avec ces galeries.
C’est sans doute après avoir vérifié cette disposition incontestable que M. Rayer a classé la gale parmi les inflammations vésiculeuses , et que, tout en reconnaissant qu’elle est entièrement le fait de l’acarus, il ne considère les vésicules et les pustules qui se produisent constamment que comme une complication de la maladie; telle est encore l’opinion généralement acceptée.
En 1843, M. Bourguignon commença cette série de longues et patientes recherches qui aboutirent, sinon à des idées absolument nouvelles sur la nature et le traitement de la maladie, du moins à une connaissance plus complète des mœurs, de l’anatomie et de la multiplication de l’acarus.
A la même époque, un médecin de Vienne, M. Hébra, publiait dans les Annales des maladies de la peau un travail dont les conclusions sont que l’acarus est la seule cause de la gale, que les sillons sont indispensables pour la reconnaître, que les topiques insecticides suffisent pour la guérir, et que les prétendues métastases racontées par les anciens sont de pures chimères.
Enfin, un des points les plus importants de l’histoire naturelle de i’acaruS, la distinction des sexes, qui avait jusqu’alors échappé à MM. Bourguignon et Hébra, ayant été mis en lumière au mois d’octobre 1852, par M. Lanquetin , externe de l’hôpital Saint-Louis, il ne reste presque rien à désirer dans l’étude de cet insecte.
Cette identification de l’acarus avec la maladie dans laquelle on le rencontre n’est cependant, il faut bien le reconnaître, qu’une pure induction de l’esprit ; et comme il n’est aucune théorie en médecine qui ne retentisse plus ou moins directement dansla tliérapeu-
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tique, cette hypothèse-ci a conduit tout naturellement à la curation instantanée de la gale par un traitement insecticide purement local. Il y a quelques années, on avait suivi une marche tellement opposée à celle d’aujourd’hui, que l’on était arrivé à traiter la gale la où l’on croyait que siégeait seulement l’acarus, c’est-à-dire aux mains et aux poignets, et dès lors on limitait les frictions à ces parties. M. Bourguignon ayant reconnu que, si l’acarus se fixe de préférence dans l’intervalle et le long des doigts, cela ne l’empêche pas de parcourir toutes les régions de la peau, conduisit à apporter dans le traitement de la gale une modification essentielle recommandée par Helmerich en 1815, c’est-à-dire l’emploi des frictions générales, ce qui fut établi à l’hôpital Saint- Louis par mon honorable collègue, M. Bazin, qui, reprenant les prescriptions faites par le médecin hollandais, obtint comme lui la guérison en trois jours. Mais mon collègue, M. Hardy, entrant plus tard plus avant dans cette voie, chercha à décharger l’administration des hôpitaux de l’admission et du séjour des galeux à l’hôpital en les guérissant en deux heures.
L’expérience étant venue sanctionner ces résultats, M. Vleminkx en Belgique, réduisit le traitement à une demi-heure de durée; enfin, dans ces derniers temps, MM. Dusard et Pilon proposèrent de le ramener à cinq minutes.
Ce traitement énergique, en effet , détruit l’acarus en une seule séance ; mais la mort de facarus est-elle la guérison complète?
A ces doctrines captivantes en apparence, j’oppose une opinion un peu différente, qui flatte moins les esprits avides de merveilleux, mais que je soutiens avec d’autant plus de ferveur depuis longtemps, qu’elle touche plus directement aux intérêts du malade.
Pour moi, au heu de ne reconnaître dans la gale qu’un effet de la présence d’un insecte, je suis porté a croire qu’elle consiste, avant tout, dans une éruption qui s'accompagne d’un produit particulier, l’acarus , agent d’ailleurs lui-même d’infection , et sans la destruction duquel il est impossible de guérir la gale. Cet acarus est-il l’effet ou bien la cause de l’éruption? Je crois que, si le plus souvent il est la cause par le fait d’une transmission, il peut en être l’effet dans cerains cas. Je suis ainsi conduit directement à une question que
56 h PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
M. Bourguignon n'a soulevée qu’incidemment : c’est celle de savoir si la gale peut être spontanée. Eh bien , pour moi , l’éruption de vésicules, de papules ou de pustules qui constituent la gale peut se développer sous la seule influence de la malpropreté, de la misère, des excès de la débauche, par exemple; et Facarus lui-même, au lieu d’en être la cause dans ce cas, n’en serait que le produit.
Expliquons-nous à cet égard.
Il est un fait constamment observé dans la gale, c’est l’éruption, quelle qu’en soit la forme. Cette éruption n’est pas en rapport avec le nombre des acarus, ni par sa forme, ni par son intensité. Ainsi , dans une gale pustuleuse , par exemple , le nombre des sillons, autrement dit des acarus, est presque en raison inverse du nombre et du volume des pustules. Si l’acarus est la cause de l’éruption pustuleuse, expliquez comment l’effet est d’autant plus intense que la cause est plus faible. Ainsi voilà une pauvre malade toute couverte de pustules volumineuses, et nous trouvons à peine quelques imperceptibles sillons pour nous assurer de la présence de Facarus.
D’ailleurs, il résulte des observations les plus positives deM. Bourguignon lui-même que, lorsque Facarus a été inoculé sur une peau parfaitement saine , une démangeaison générale vive et même diverses éruptions ont lieu avant que l’insecte ait eu le temps de se multiplier et sans qu’il ait changé de place. M. Bourguignon se demande en passant, et d’une façon incidente, si Facarus ne serait pas porteur d’un venin qui, lancé dans la circulation, donnerait immédiatement lieu à une intoxication générale. J’avoue qu’une pareille hypothèse n’est pas dénuée de raison, et que si des tentatives d’inoculations avec des acarus broyés et introduits sous la peau n’ont pas réussi, on ne devrait pas désespérer si vite de voir triompher une opinion qui s’accorderait si bien avec les faits.
D’après les observations de M. Bourguignon et des partisans exclusifs de Facarus, l’inoculation de la gale peut se faire par un acarus mâle, par un acarus femelle non fécondé, par un acarus femelle fécondé, ou enfin par un ou plusieurs mâles avec une ou plusieurs femelles. Dans les deux premiers cas, il se produit une fausse gale qu’il est difficile de reconnaître, puisque Facarus vit là
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seul, sans se multiplier. Combien de temps y vit-il, c’est ce qu’on ignore, et à sa mort cette gale devra se guérir spontanément, ce qui ne s’observe jamais pour la gale ! Dans les deux autres, un mois se passe au moins avant que de nouveaux acarus soient éclos et se soient développés. Cependant tous les observateurs sont parfaitement d’accord pour reconnaître que peu de jours après l’inoculation, la maladie peut apparaître bien distinctement. D’où vient cette divergence, sinon de ce que M. Bourguignon et ceux qui émettent la même opinion se sont vus contraints de forcer les faits pour les soumettre à leur théorie, qui attribue à l’acarus dans l’évolution galeuse une importance exclusive qu’il n’a peut-être pas?
J’ai ajouté, comme conséquence de l’importance secondaire que j’attribue à la présence de Facarus dans la gale, que cette maladie peut naître spontanément. Et comment pourrait-il en être autrement? Est-ce qu’il n’y a pas eu un premier galeux chez lequel il n’y avait pas eu de transmission; et si la gale s’est développée spontanément une première fois, n’a-t-elle pas pu se montrer une seconde, une troisième, une centième, etc .? Sur ce point, M. Bourguignon, fidèle à cette louable réserve qui le porte à n’avancer que ce qu’il a observé, semble ne pas se prononcer : « Qui soulèvera jamais le voile impénétrable qui cache la naissance pour ainsi dire spontanée des intiment petits? Est-il même donné à la nature humaine de jamais pénétrer ces mystérieuses créations? Nous ne savons. Quoiqu'il en soit de cette question, un fait est incontestable : c’est que, dans tous les temps et dans tous les lieux, la transmission d’un acarus paraît avoir été nécessaire pour que la contagion de la gale pût se produire.»
Nous louons une semblable réserve ; mais elle ne nous dispense pas d’énoncer les considérations suivantes : M. Bourguignon nous apprend que l’insecte, unique cause de la gale, est constamment enterré sous l’épiderme, et que, s’il sort de sa retraite, ce n’est que le soir, ainsi que l’avait fait observer M. Albin Gras , lorsqu’il est poussé par l’instinct naturel de la réunion des sexes; si bien, ajoute M. Bourguignon, que bien qu’ayant été très souvent des journées entières en contact avec des galeux, jamais cependant je n’ai contracté la gale. Et quant aux faits de gale contractée par une poignée de mains, il les révoque fortement en doute, ne reconnaissant comme
circonstance propre à la contagion que le contact prolongé d’un individu sain avec un individu malade, pendant la nuit. Or les cas de gale contractée sans aucun contact avec un galeux, pendant la nuit, sont loin d’être rares.
A cet égard, M. le docteur Bidard, ancien interne de M. Hardy, qui, pour le concours des prix des hôpitaux de l’année 1852, a présenté un résumé du traitement des galeux pendant les sept premiers mois de l’année, donne la statistique suivante sur l’origine présumée de la gale chez les individus traités à l’hôpital : total général, 541 ; 433 hommes, 93 femmes. Contractée en couchant avec des camarades, 249 cas; au bal, 4; dans les ateliers, avec des outils, 3 ; en soignant un galeux, 1 ; en couchant sur des chiffons, 1; en portant des chaussures achetées au Temple, 1 ; en frictionnant des chiens, 1.
Ceci posé, nous admettons donc comme proposition formelle que, s’il est vrai que la gale soit une maladie accidentelle et développée, dans la grande généralité des cas, par contagion ou transmission, cette maladie peut aussi survenir spontanément . En effet, toute maladie contagieuse de sa nature a sa spontanéité chez l’homme ou chez les animaux, car il faut qu’elle ait eu une origine. Rien ne nous prouve que la gale ait été transmise des animaux à l’homme, comme la vaccine, par exemple. Si , d’après Alibert et Biett, beaucoup de personnes appelées à donner des soins à des animaux galeux qui avaient été amenés au Jardin des plantes ont été affectées de la gale; si cette transmission, que M. Bourguignon regardait il y a quatre ans comme impossible, est aujourd’hui démontrée possible par le même observateur, il faut néanmoins que cette maladie ait eu sa spontanéité chez les animaux où elle se montre.
Avant la découverte de l’ac-arus, la gale n’était-elle pas considérée comme une maladie spontanée, qu’elle naquît de la malpropreté ou de toute autre cause? Aujourd’hui que l’existence de Vacants est démontrée, on ne tient plus compte que de cet insecte, et l’on y rattache la maladie tout entière. On y est conduit par ce raisonnement d’apparence logique : puisque Von guérit la gale en détruisant Vacarus , puisque l'on ne peut même guérir la gale qu'à la condition de détruire Vacarus , c est donc l'acarus qui est la cause de la gale. Mais ne peut-on
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pas répondre : 1» L’acarus est un produit morbide de la gale, comme le mycoderme est le produit morbide de la teigne, comme l’insecte de Y acné punctata est le produit morbide de cette maladie, comme le pediculus est le produit morbide du prurigo pédiculaire? La teigne est contagieuse par le mycoderme , non-seulement de l’enfant à l’enfant, mais de la tête de l’enfant à l’écorce de certains arbres; la maladie pédiculaire d’individu à individu. La teigne, Y acné punctata et la maladie pédiculaire en naissent-elles moins spontanément pour cela ? Les moyens que nous employons pour détruire l’acarus ne sont-ils donc pas propres à guérir aussi les boutons de la gale ?
Aujourd’hui que la micrographie des maladies de la peau a fait des progrès, nous pouvons aller chercher nos exemples de spontanéité un peu plus loin. Par exemple, dans l’herpès tonsurant le trichophyton prend naissance dans le bulbe des cheveux, au dire de tous les micrographes ; or si cette maladie s’est développée à la suite d’une contagion, comment concevoir que la spore, matière inerte jusqu’au moment où elle a été fécondée, ait pénétré, à travers le canal formé par les enveloppes du bulbe, jusqu’au bulbe du cheveu pour s’y introduire et y végéter? Cela est impossible. 11 y a donc des champignons qui peuvent naître spontanément, et qui sont des produits morbides ; le microsporon ment agrophy tes est dans le même cas.
Ainsi, établissons comme un raisonnement sain et juste, que la présence d’un insecte dans le bouton de la gale, non plus que la guérison de la gale en même temps, ou par la destruction de l’insecte, ne prouvent absolument rien contre la spontanéité du développement de la gale , et ne démontrent nullement la nécessité absolue de la transmission directe d’un individu à un autre; elles ne prouvent pas non plus que l’insecte soit la cause nécessaire de la gale, quoique dans la presque totalité des cas il la développe et la transmette d’individu à individu.
A l’appui de cette proposition , envisageons ce qui se passe, et lors de l’inoculation, et lors de l’incubation de cette maladie. On sait combien sont de nulle valeur les expériences de Galès quant à l’inoculation ; d’une autre part, je puis citer un fait négatif d’inoculation très concluant. M. Gruby, bien connu par ses beaux travaux
microscopiques, s’offrit un jour à moi pour recevoir des acarus ; nous lui en avons placé trois sur le poignet de la main gauche ; des verres de montre très petits avaient été choisis pour les contenir. Les deux verres furent mis sur le poignet au moyen de tour de bande convenablement disposés; le membre fut maintenu en repos. 11 ne se manifesta aucun phénomène appréciable, malgré la conservation de l’appareil pendant huit jours. Je sais bien que ce fait est de sa nature purement négatif, mais il prouve au moins qu’il n’est pas aussi facile qu’on le pense d’inoculer la gale au moyen de l’acarus ; car c’était un médecin instruit et désireux de s’instruire, qui se soumettait à cette expérience. Les acarus sortaient des galeries qui les contenaient; nous avions eu le soin de bien examiner s’ils se mouvaient parfaitement sur la pointe de l’épingle avec laquelle nous en avions fait l’extraction ; c’est sur le poignet qu’ils avaient été placés, c’est-à-dire sur la partie où se développe primitivement la gale. Ainsi toutes les conditions les plus favorables à l’inoculation avaient été remplies. Je suis loin de nier pour cela la possibilité de l’inoculation par l’acarus; je l’admets, mais je dis qu’elle n’est pas aussi facile qu’on peut le penser. Il est vrai que, d’après M. Rayer et les observateurs modernes , les vésicules ou pustules de la gale ne sont que des produits accidentels de l’acarus; qu’un nombre considérable de sillons logeant des acarus préexistent aux boutons de gale.
Y a-t-il quelque chose de fixe dans l’époque du développement de la gale après la contagion? Rien de positif à cet égard. Ici trois jours d’incubation, là cinq, sept, douze, seize, vingt jours et même six semaines, suivant les divers auteurs ; il faut donc admettre que chez certains individus l’acarus se promène à la surface du corps avant de pénétrer sous l’épiderme. En effet, les boutons de la gale ont un lieu d’élection qui est presque constamment le même pour les adultes, et qui diffère seulement pour les très jeunes enfants, d’après toutes les observations faites à cet égard. Ce lieu d’élection pour les adultes, ce sont les poignets, l’intervalle des doigts, la verge ; plus tard le pli des bras, le ventre, le bout des seins chez les femmes, etc. Or, on gagne la gale par le contact soit des galeux, soit des vêtements ou de la literie dans lesquels
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ont séjourné des galeux. Si la gale a été contractée par le contact d’un individu avec un autre, il faut admettre, ou que le contact a eu lieu directement de main à main, ou, si ce contact n’a eu lieu que par une autre partie du corps, sil’acarus est venu, par exemple, des fesses d’un individu à celles d’un autre individu, qu’il s’est promené ainsi sur la plus grande partie de la surface de la peau, et pendant huit à dix jours, c’est-à-dire jusqu’à l’époque du développement de la gale, pour venir se fixer définitivement aux poignets et entre les doigts et y développer l’éruption. Mais il y a plus, on admet qu’un acarus peut à lui seul développer la gaie ; or, voyez la conséquence : il faut qu’il se fasse une ponte d’acarus avant que la gale se développe; que les larves aient pris leur accroissement; que les nouveaux acarus se rendent, par exemple, d’une main à l’autre main, afin que la gale se montre aux deux mains à la fois, car c’est là ce que l’on observe le plus communément! Ce mode d’incubation a quelque chose qu’il répugne d’admettre.
Je sais bien que les nouvelles observations de M. Bourguignon donnent, à cet égard, une grande élasticité pour des suppositions. Ainsi, suivant lui, il existe une période d’incubation et une période d’état. Tout acarus qui passe d’un individu à un autre s’enferme aussitôt sous l’épiderme; il y trace un sillon, il ne peut pondre que du sixième au dixième jour; les œufs demandent huit à douze jours pour se développer et devenir acarus. Le malade a six à dix jours d’infection quand il présente un sillon ; il en a trente quand il en offre plusieurs. Or, les malades ne se présenteraient le plus souvent aux médecins, pour réclamer leurs soins, que lorsque les acarus sont à la troisième génération, ce qui donne à peu près quarante à cinquante jours d’incubation. En opposition avec ces idées, nous disons qu’il résulte des faits observés en 1852 dans le service de M. Hardy et par tous les observateurs précédents, que le terme moyen de l’apparition des sillons est de huit à dix jours après le contact contagieux. Ainsi elle a eu lieu, par exception, chez trois femmes, du deuxième au troisième jour ; chez un tailleur, le quatrième jour, et chez un élçve en médecine qui avait extrait huit ou dix acarus d’un individu, il retirait dès le lendemain matin, développé sur luimème, un acarus qui y était caché.
Mais pourquoi ce lieu d’élection dans le développement des premiers boutons de gale? Pourquoi cet insecte, qui se montrera plus tard au ventre, n’a-t-il pas pénétré tout de suite dans la peau de cette région, lorsque la maladie a éié contractée par la peau de l’abdomen d’un individu non infecté qui a été en rapport avec le ventre d’un individu infecté? Pourquoi le point de première évolution de la gaîe ne varie-t il pas en raison du contact primitif? Dirons-nous, avec M. Bourguignon, que Vacants a une préférence pour la peau du corps des enfants , et une répugnance pour celle du corps des adultes ? Est-ce que ce lieu d’élection toujours constant ne s’accorderait pas beaucoup mieux avec une maladie dont le développement se fait par une cause interne, comme cela a lieu dans toutes les maladies éruptives contagieuses? La nature a-t-elle donc, dans la marche des maladies qu’elle fait naître, des différences si tranchée ? Quoi ! toutes les maladies éruptives débutent du dedans au dehors, voire même les maladies contagieuses, et la gale seule ferait exception ! Lorsque les maladies cutanées se transmettent d’individu à individu par contact, c’est sur la partie où le contact a eu lieu que la maladie se développe, et quoi qu’en aient écrit certains médecins de nos jours, il est plusieurs maladies delà peau réputées autrefois contagieuses, et qui le sont réellement : l’impétigo, le lichen sont par exemple dans ce cas. Quel est le praticien qui n’a pas vu des impétigos, ou sécrétions jaunes, croûteuses, de la figure, se transmettre d’enfant à enfant par des embrassements réciproques? J’en ai cité plusieurs exemples (voy. Impétigo). Dans tous ces cas, c’est la partie contaminée qui est le siège de l’éruption : pourquoi donc serait-ce le contraire dans la gale?
Poursuivons et examinons les effets matériels de la gale. 11 y a trois formes distinctes d’éruption. Dans une première espèce de gale on observe un bouton dont les trois quarts sont constitués par une papule, et dont le sommet présente une vésictde très petite. Dans cette espèce, dite gale canine , et que l’on pourrait désigner sous le nom de gale papuleuse , les démangeaisons sont excessives et les acarus très nombreux. Dans! une seconde espèce, ce sont, au contraire, de grosses et larges pustules, la plupart ombiliquées, ne présentant que fort peu d’engorgement à leur base, et sécrétant un
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pus jaune, ou jaune blanchâtre, très abondant : c’est la gale pustuleuse. Dans une troisième, que l’on pourrait, à juste raison, nommer vésicule use, l’engorgement des boutons est nul ou presque nul; une vésicule remplie d’un liquide séreux s’élève à la surface de la peau, et elle y acquiert un certain volume, le tout sans aucune apparence inflammatoire et avec l’état discret le plus complet de l’éruption dans quelques cas. Voila trois sortes très distinctes de gale établies par Bateman, et dont nous nous attachons à reproduire les différences dans nos leçons cliniques, parce que l’on ne saurait en nier l’existence. Non pas que je prétende qu'on les retrouvera constamment isolées et avec les caractères tranchés que nous venons de leur assigner ; mais quel est la maladie cutanée qui ne présente pas ces anomalies?
Gela nous conduit à nous demander pourquoi cette forme dans un cas, telle autre forme dans un autre, alors que la même cause, un insecte, a développé le même mal Dira-t-on que cela tient à l’organisation de la peau, ou bien au tempérament et à ia constitution de l'individu ? G’est réellement l’explication que j’en ai toujours donnée, mais à la condition de considérer la gale comme une éruption générale, et non pas comme une complication d’une maladie, qui ne consisterait que dans 1a présence d’un insecte sous F épiderme, et qui se traduirait par du lichen, de l’eczéma, de l’ecthyma, etc. La gale pustuleuse s’observe en effet principalement chez les sujets d’un tempérament lymphatico-sanguin ; la gaie papuleuse chez les sujets éminemment nerveux. Quelques auteurs ont trouvé plus commode, pour expliquer cette différence, de considérer la gale pustuleuse comme le fait d’une gale ancienne, chez laquelle le pus se forme sous l'influence de la perpétration du mal, et de nier ainsi une forme créée avec beaucoup de raison par Bateman. G’est une erreur; la gale pustuleuse, avec ses apparences morbides beaucoup plus prononcées, peut être de date tout aussi récente. G’est dès le début que le pus se forme. Il y a plus, elle est d’une guérison beaucoup plus facile et beaucoup plus courte, et elle ne communique pas aussi facilement la gale que la forme papuleuse: tous les observateurs ont déclaré qu’ils avaient eu beaucoup plus de peine à découvrir des acarus dans la gale pustuleuse que
dans toute autre espèce. Aussi peut-on se demander comment il se ferait que les désordres fussent beaucoup plus profonds là où il y a moins d’insectes.
Qu’on me permette à cet égard de rapporter le fait suivant. Une demoiselle de vingt-cinq ans perd son père. Devenue orpheline, elle est ramenée chez un oncle à Paris. Elle couche en route avec une bonne d’auberge, attendu qu’elle craint de coucher seule; arrivée à Paris, elle voit apparaître, après quelque temps, des boutons à la peau : ces boutons sont méconnus. Six mois s’écoulent, durant lesquels cette demoiselle vit au sein d’une famille composée de père, mère et plusieurs enfants. Ni les maîtres, ni les domestiques ne contractent la gale. Consulté, je reconnais cette affection à ses caractères non équivoques. C’était la forme pustuleuse qui prédominait. En douze jours de traitement, au moyen de la pommade d’Helmerich très mitigée et des bains sulfureux, la guérison fut opérée, et depuis il ne s’est pas manifesté de nouveaux boutons. Inutile de dire que mon diagnostic avait été rejeté bien loin, et qu’il m’a fallu une déclaration bien nette et bien formelle, corroborée par un traitement suivi d’un rapide succès, pour convaincre cette famille.
La gale essentiellement et rapidement transmissible est la gale papuleuse. C’est aussi celle que l’on observe dans les contrées où la gale est, pour ainsi dire, générale : certaines parties de l’Espagne, par exemple, ou en Corse. C’est dans cette forme que l’acarus abonde ; aussi voit-on les habitants de ces pays passer une partie de leur temps à enlever, au soleil, leurs acarus avec la tête d’une épingle et à les écraser entre leurs ongles. Si dans cette forme l’acarus se multiplie plus que dans une autre, ne pouvons-nous pas nous demander pourquoi ?
Or, dans l’hypothèse d’une maladie toute dépendante d’un insecte, on ne s’explique pas pourquoi l’insecte serait plus abondant dans une forme que dans une autre. Il y a d’ailleurs une différence très grande entre la gale avec ses trois formes ordinaires et la gale compliquée de quelque maladie de peau accidentelle. Voici par exemple une observation de ce dernier mode d’état.
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Gale pustuleuse compliquée d’ecthyma cachecticwn et cle prurigo. Abcès laiteux. — Véron Marguerite, vingt-quatre ans, domestique rue Neuve- Coquenard, 32, deuxième arrondissement; née à Frutin (Bas-Lhin) ; fille. — Chairs pâles, tempérament lymphatique. Il existe deux ou trois plaques d’ecthyma cachecticum à la partie antérieure des jambes , dePecthyma simple aux mains et aux avant-bras. Sur tout le corps des vésicules et des papules dont quelques-unes sont du prurigo. Sillons de gale très apparents aux poignets et entre les doigts, on y trouve les acarus; état cachectique général. Démangeaisons très vives. Tous ces accidents datent d’environ un mois. — 28 février 1856. A son entrée on lui prescrit: infusion de chicorée, sirop sulfureux, deux cuillerées par jour; bains amidonnés ; amidon en poudre; trois portions. — 8 mars. Amélioration nulle; friction générale avec un onguent composé de sulfure de chaux liquide, 50 grammes, axonge, 50 grammes : la friction ne cause pas de cuisson, elle a une odeur désagréable. — 10. Les démangeaisons ont complètement disparu sur presque toute l’étendue du corps. On continue la prescription de l’entrée. — 12. Deuxième friction ; il avait reparu quelques vésicules. — 15. Encore des démangeaisons et des vésicules; troisième friction. Après cela les démangeaisons persistent et la gale paraît guérie, mais il survient de l’impétigo et de l’ecthyma par poussées à diverses reprises. — La malade a accouché il y a deux ans. Pendant treize mois les règles ont cessé d’apparaître. Alors elles sont venues très abondantes et la malade dit avoir eu une perte qui a duré six semaines. Depuis, les règles se sont régularisées et paraissent toutes les trois semaines, abondantes. Elle avait beaucoup de lait au moment de l’accouchement, mais le quatorzième jour l’enfant mourut. La malade dit qu’alors le lait est remonté. Elle a eu du délire et une fièvre typhoïde, peut-être une péritonite, mais les renseignements sont incomplets. Elle passa deux mois et demi à Cochin. Mais à peine sortie, elle dut rentrer à l’Hôtel- Dieu. Elle souffrait toujours du ventre, des membres, et était d’une faiblesse extrême. Elle resta deux mois et demi à l’Hôtel-Dieu. Les jambes enflèrent et depuis ce temps la jambe droite enfle facilement. 11 semble y avoir un obstacle à la circulation. — Pendant tout ce temps le lait ne tarit pas et pendant huit mois il mouilla la chemise. Après sa sortie des hôpitaux la malade voulut le faire passer, mais rien ne fil. 11 avait paru en abondance et naturellement trois mois avant l’accouchement. — 15 avril. V.... se plaint de douleurs dans le sein gauche que l’on trouva tuméfié et rénitent. Cataplasmes. —28. Bientôt la suppuration parut et on ouvrit l’abcès qui était très profond et occupait la partie supérieure de la glande dans son tissu même. Le pus était fétide. — L’abcès se ferma en huit jours et il resta un noyau induré qui tarda longtemps à se résoudre. On essaya encore alors mais vainement de faire passer le lait. — 1/t mai. Enfin aujourd’hui, jour de sa sortie, quand on presse les seins il en sort du lait pur et très blanc ; les seins sont de médiocre volume, non douloureux. — Il y a toujours des démangeaisons â la peau et depuis son entrée il y a eu constamment des éruptions
diverses et successives, il reste quelques papules de prurigo aux bras et de grosses pustules d’impétigo qui forment croûte sur la partie antérieure des jambes. Il y a également du prurigo et de l’intertigro aux parties génitales. Toujours des douleurs de tête violentes et des malaises généraux accompagnés de troubles gastriques. Beaucoup de flueurs blanches.
Faut-il nier d’une manière absolue ce que l’on désigne souvent sous le nom de dépôt de gale? Répugne-t-il donc tant d’admettre que, lorsqu’en trois ou quatre jours on a supprimé brusquement une suppuration générale, il puisse survenir un abcès? N’est-ce pas ce qui peut arriver tous les jours par suite de la suppression brusque de toute autre maladie cutanée sécrétante ? Pourquoi donc nier dans un cas ce que l’on admet dans un autre? Là encore, il se passe pour la gale ce que l’on observe dans toutes les maladies à évolution spontanée et régulière.
J’ai vu un assez grand nombre d’exemples de ces abcès; il n’est pas d’année qu’il ne s’en présente des exemples dans mon service chez des individus soumis au traitement externe de l’hôpital Saint-Louis ; tantôt ce sont des phlegmasies, tantôt des furoncles plus ou moins volumineux, etc. On dira que ce sont là des accidents dépendant de la prédisposition générale du sujet; mais pourquoi ne les observet-on pas dans d’autres maladies de la peau? pourquoi paraissent-ils propres à la gale ?
Enfin, une objection très grave à faire aux partisans de l’acarus envisagé comme constituant toute la gale, c’est cette circonstance qu’il est connu de temps immémorial que la gale peut disparaître sans traitement sous l’influence d’une maladie générale, et repa-
raître à la convalescence de cette maladie ; c’est-à-dire que tous ses phénomènes disparaissent, boutons, sillons et insectes, et qu’à la convalescence reparaissent ces trois ordres de phénomènes. Ainsi, pendant au moins six semaines que durera une fièvre typhoïde ou toute autre, le galeux n’aura plus aucun des phénomènes appréciables de la gale, et, lors de la convalescence, boutons, sillons et acarus se montreront de nouveau, et avec la même intensité. Que devient la gale? que deviennent les acarus pendant ce long espace de temps? et pourquoi reparaît-il des boutons avec eux, si les boutons ne sont qu’une complication lichénoïde, eczémateuse, ecthy-
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mateuse, comme on le prétend? A cela on répond : L’acarus sommeille ; il se contente de vivre , maigrement sans doute , car sa fécondité en reçoit une vive atteinte , mais il continue de vivre . ( Bourgui¬
gnon. ) Et M. Dumas, interrogé à cet effet, ne répugne pas à admettre cette explication.... Quoi! Yacarus est l’unique cause de la gale ; il manifeste sa présence par des sillons dans lesquels on le retrouve très facilement : une maladie générale survient accidentellement; tout sillon, toute ponte d’œufs a disparu, quelques recherches que l’on fasse, et vous dites que Yacarus sommeille ! Et si avec Yacarus vous supposiez comme cause un état inconnu qui manifeste sa présence par une éruption à la peau , ne vous expliqueriez-vous pas plus facilement ce phénomène? car, si dans la gale il ne suffit pas de détruire Yacarus pour en amener la guérison, s’il faut encore guérir les boutons, il y a autre chose que Yacarus dans la gale.
M. Bourguignon dans son Mémoire sur la gale, s’exprime ainsi :
« Chez deux galeux, atteints de fièvre typhoïde, les complications delà psore » se sont spontanément amendées, les éruptions ont disparu. L’acarus lui- » même a participé à ce mouvement rétrograde ; il se contentait de vivre,
» maigrement sans doute, car sa fécondité paraissait avoir reçu une sérieuse » atteinte ; mais, fait important! il continuait à vivre : de telle sorte qu’au » retour de la santé, on le rencontrait parasite vivace, etc. »
Dans un rappport fait à la Société de médecine du département, à l’occasion du Mémoire de M. Bourguignon, M. Léveillé s’exprime ainsi, page 58 :
« L’un de nous, en 1819, pendant son internat à l’hôpital des Vénériens, a » observé un galeux chez qui survint un érysipèle phlegmoneux de la main.
» La douleur remplaça immédiatement les démangeaisons. Deux foyers puru- » lents se formèrent et furent ouverts. Pendant à peu près vingt jours que » dura cet accident, le malade ne ressentit pas la moindre démangeaison. Cette » guérison locale de la gaie n’était qu’apparente et momentanée : les acarus » se firent bientôt sentir aussi vivement qu’à l’autre main. »
Le fait suivant que je vais citer, ainsi qu’une observation fort curieuse que je rapporterai clans l’histoire de la phthiriase, ont été observés dans mon service.
Le nommé L. .., menuisier, âgé de vingt-trois ans, était moins bien portant que de coutume, lorsque, le jeudi 25 mai, il se mit en route, à pied, du département des Ardennes pour Paris. Le village d’où il partit est
distant de Reims de 18 lieues. Il fit ce trajet en douze heures, en compagnie de deux de ses camarades (de une heure du matin à une heure après midi). Sur la route, à chaque bourg, il s’arrêtèrent pour boire une bouteille devin (tantôt du rouge, tantôt du blanc) : à trois ils en burent sept. Le malade fait remarquer que depuis plusieurs mois il ne buvait que de la bière, et de plus, qu’il était déjà dans de mauvaises dispositions générales.
Arrivé à Reims, sa fatigue était extrême. Il ne put donc pas continuer son voyagea pied, comme c’était son intention, et il fut forcé de laisser partir seuls ses deux compagnons de voyage. A minuit, il monta dans la diligence de Paris, où il arriva le lendemain, à sept heures du soir. Le voyage en voiture fut très pénible pour lui. Son malaise était porté à l’excès. Il put à peine dormir deux heures, et sentit si peu le besoin de boire et de manger, qu’il ne prit absolument rien, ne descendit même pas de voiture durant la route, tant sa prostration, si je puis dire, était grande.
Arrivé à Paris, il mangea un peu, mais sans appétit, se coucha et s’endormit sans s'être aperçu qu’il eût rien à la peau. J’insiste sur tous ces détails, parce qu’ils me paraissent importants.
Le lendemain, 27 mai, à son réveil, une grande partie de la surface cutanée était en feu (c’est l’expression dont il se sert). Il ne pouvait résister au besoin de se gratter, et plus il se grattait, plus la cuisson était vive.
Les parties où la cuisson se faisait le plus vivement sentir étaient le ventre, le scrotum et surtout les plis des cuisses ; sur ces parties comme sur les faces internes des cuisses la rougeur était intense et uniforme.
Sur les membres supérieurs, au contraire, c’était une véritable démangeaison qu’il éprouvait, et au lieu d’une rougeur uniforme, on voyait disséminés çà et là de tout petits boutons sur leur différentes faces, ainsi que sur Je dos des mains.
Un médecin qu’il vit dans l’après-midi du même jour, auquel il eut le tort de ne montrer que les avant-bras, lui assura qu’il avait la gale , et lui conseilla de se présenter à Saint-Louis, où il ne lui donna l’espoir d’être reçu que le jeudi suivant. Cette circonstance est assez importante en ce qu’elle prouve que ce médecin connaissait les usages de l’hôpital Saint-Louis, qu’il fréquentait cet hôpital, et que probablement il était plus exercé qu’un autre dans le diagnostic de la gale.
Ne voulant pas attendre si longtemps, le malade acheta chez un pharmacien de la graisse pour la gale , c’est-à-dire très évidemment une pommade irritante, probablement sulfureuse. Deux heures après en avoir frictionné tout le corps (et il ne la ménagea pas), il se trouva, comme il le dit, dans un véritable enfer. Une cuisson brûlante dévorait toute sa personne.
Il se mit alors au lit et passa la nuit dans une agitation difficile à décrire.
Le lendemain matin, dès qu’il fit jour il put apercevoir, sur le ventre et sur les membres, un grand nombre de cloches ou ampoules pleines d'eau,
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qui se crevaient sous la simple pression du doigt et laissaient échapper leur contenu transparent et incolore.
Un second médecin, qui vint le visiter le lundi 29, affirma positivement qu’il n’avait pas la gale. Le mardi, il essaya vainement d’entrer à l’hôpital Saint-Louis; enfin, le mercredi 31, il y fut admis par moi.
1er juin. Toute la moitié inférieure du tronc et la face interne des cuisses présentent une surface rouge, humide, comme excoriée, comme dépouillée de son épiderme, qui se serait roulé çà et là sous la forme de petites pellicules cylindriques jaunâtres, molles et minces : pourtant, il est probable que ces pellicules sont plutôt formées par le produit concrété de l’exhalation morbide qui se fait en abondance sur toutes ces parties. A leur contact, la chemise est mouillée par une humeur qui répand une odeur fade et désagréable. Sur la moitié supérieure du tronc, la rougeur est bien moins vive, et la sécrétion est desséchée : le linge n’est plus taché au contact de ces parties, qui sont recouvertes d’un foule de petites lamelles minces, molles, jaunâtres ou blanchâtres, ayant aussi l’apparence épidermique.
Sur les différentes faces des membres, l’affection offre les mêmes caractères que sur la moitié supérieure du tronc ; mais, de plus, aux plis des coudes et des genoux se montrent des excoriations suintantes sous forme de sillons assez profonds, à bords épais, constitués par le produit de sécrétion transformé en croûtes jaunâtres molles et humides. Ces croûtes sont de véritables croûtes d’impétigo.
Sur le dos des mains et sur plusieurs points de la face externe des avantbras on voit des vésicules, en partie séreuses, en partie lactescentes, en général confluentes, qui appartiennent à l’herpès phlycténoïde.
La peau de la face est saine ; le malade accuse une sensation brûlante sur toutes les parties malades et spécialement sur toute la moitié inférieure du tronc. La diaphorèse est abondante sur toutes les portions de peau restées saines; en particulier, la face est couverte de sueur.
Le pouls est large et dur, mais point fréquent ; la soif du malade est vive, son appétit est nui. A la bouche, il perçoit une saveur amère et pâteuse à la fois, le matin en s’éveillant. Depuis plusieurs jours il n’est pas allé à la selle; les nuits précédentes avaient été sans sommeil.
Je prescris au malade le repos au lit, une saignée du bras, la diète, de la limonade pour boisson, et enfin des bains amidonnés prolongés.
Au point de vue du diagnostic, je pensai qu’une éruption de nature inflammatoire, née sous l’influence des fatigues du voyage et du régime excitant suivi par le malade, déjà prédisposé par de mauvaises conditions générales, apparaissait lorsqu’il alla consulter le premier médecin ; que celui-ci, s’étant contenté d’un examen superficiel et incomplet, avait cru à l’existence de la gale, et qu’ainsi un traitement irritant, au lieu des émollients qn’on aurait dû mettre en usage, avait fait éclater une succession d’éruptions effervescentes dont nous voyions la continuation à l’entrée du malade dans nos salles.
Ces suppositions étaient en grande partie fondées; mais nous verrons par la suite que le diagnostic du premier médecin a été justifié par les événements.
Marche des éruptions. — Pendant les jours qui suivent l’entrée du malade, des éruptions inflammatoires aiguës continuèrent à se montrer successivement avec une variété étonnante. Ce fut à ce point qu’on peut presque dire que notre malade a tour à tour offert à l’observation toutes les formes élémentaires sur lesquelles sont fondées aujourd’hui les classifications cutanées, et dans chacune de ces formes plusieurs variétés.
Le traitement émollient fit bientôt tomber les démangeaisons, et le malade put alors goûter un peu de repos.
Le la juin, alors que la vaste rougeur sécrétante et brûlante de la moitié inférieure du tronc avait en grande partie disparu, on aperçut, sur toute l’étendue qu’elle avait occupée, une foule de petites pustules d 'impétigo qui s’étaient formées pendant la nuit.
Le 7 juin, sur le dos des mains et particulièrement de la droite, on voyait de larges bulles remplies d’une sérosité citrine et transparente : c’était du pemphigus.
Entre ces bulles étaient nées quelques pustules discrètes, assez larges, reposant sur une base enflammée, et présentant un point brun à leur centre ombiliqué : c’était de Yecthyma.
^ côté de ces bulles et de ces pustules, toujours sur les membres supérieurs, une humeur concrélée, formant des croûtes jaunâtres et verdâtres, soulevées par une matière purulente analogue, présentait des traces d’impéugo qu’on trouvait les mêmes sur le ventre et les lombes, là où nous avions vu de toutes petites pustules naissantes, le h juin.
Ce même jour, 7 juin, sur la face, le cuir chevelu, le cou, la partie supérieure du tronc et les membres inférieurs, j’ai noté la présence d’une foule de petites lamelles d’apparence épidermique qui rappelaient celles de l’eczéma et du pityriasis versicolor.
Pendant ce temps le malade était soumis à un traitement émollient très bien observé, et était tenu au ht dans un très grand état de pfopieté.
Vers le 15 juin, commencèrent à apparaître des furoncles; il y eut même aux lombes et aux cuisses plusieurs anthrax pour lesquels l’incision cruciale fut nécessaire.
Quelques jours après on voyait des papules de lichen et de prurigo répandues sur les différentes faces des membres.
Enlin, le 2Zi ou le 25 juin, alors qu’il ne restait plus que quelques papules de prurigo sur les membres, le malade lit voir de petites vésicules incolores discrètes, acuminées, dans les interstices des doigts, sur le dos des mains et sur les faces antérieures des poignets; ces vésicules étaient accompagnées d’une démangeaison assez vive : elles appartenaient évidemment à la gale.
Je prescrivis l’usage de la pommade d’helmerick et des bains sulfureux.
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Quelques jours après, la peau du malade était complètement revenue à l’état normal, elle ne présentait pas le plus petit bouton ; la santé était excellente.
Je le gardai jusqu’au 12 juillet; aucune nouvelle éruption n’avait reparu. Je pus donc croire que la guérison était définitive, et lui accordai son exeat.
Ce malade, comme le précédent, était placé dans mon service, sans rapport; par conséquent avec des galeux. Toutefois, comme au moment où la gale s’est déclarée, il descendait an promenoir, et que les galeux ne sont séparés des autres malades que par une barrière à hauteur d’appui, nous avons dû le questionner sur ses rapports possibles avec cette sorte de malades. Il nous a déclaré n’en avoir eu qu’une seule fois, le temps seulement d’acheter un morceau de pain de l’un d’eux. Une porte est donc ouverte à l’hvpothèse de la transmission delà gale par cette voie... Il n’a même pas touché la main du galeux, il a reçu le pain qu’il lui a acheté.
Pour nous, c’est un fait de gale disparue, pendant vingt-trois jours, disparition qui, du reste, a eu lieu dans les deux cas sous l’influence d’une affection générale de l’économie. L’observation que nous rapporterons avec détail en faisant l’histoire de la phthiriase donne un exemple de disparition de la gale pendant cinq semaines.
Nous allons à ce sujet rapporter sommairement une observation aussi curieuse qu’inexpliquée encore, recueillie par M. le professeur Boeck, médecin d’hôpital a Christiania, et qu’il a communiquée à M. Cazenave.
Chez une jeune fille âgée de quinze ans, très maigre, très pâle, non en» core réglée, on a constaté à la paume des mains et dans l’intervalle des doigts* la présence de croûtes de 2 à 3 lignes d’épaisseur, d’une couleur blanche ou plutôt grise, adhérentes à la peau et formées d’une masse si compacte, qu’on peut y couper comme dans l’écorce des arbres. Les doigts sont fléchis et les tentatives qu’on fait pour les redresser lui causent des douleurs. Les ongles sont dégénérés, très épais et noueux. On trouve des croûtes analogues à la face dorsale des pieds, dont les ongles sont aussi altérés, aux coudes, aux fesses, à la partie postérieure des cuisses et sur le dos. II y en a jusque dans le cuir chevelu, qui est très dégarni. Si l’on détache ces croûtes, la peau qu’elles recouvrent apparaît rouge, humide et un peu inégale. Toute la surface cutanée présente une rougeur érythémateuse; aux jambes, on voit des taches non saillantes d’un brun rougeâtre; à la face postérieure des bras, on rencontre plusieurs vésicules, enfin des pustules se montrent çà et là aux extrémités. La santé générale de la malade était évidemment altérée. Incertain de la nature du mal, M. Boeck a examiné les croûtes au microscope, et il a reconnu qu’elles étaient constituées par une masse compacte d’acarus, ou
entiers, ou brisés, d’œufs, d’excréments. Des expériences ont été faites sur des croûtes prises de tous les points du corps, et elles ont donné des résultats identiques, c’est-à-dire qu’on n’y a trouvé exclusivement ou que des acarus ou que des débris d’acarus.
Malgré les recherches les plus assidues, les plus attentives, M. Boeck n’a jamais pu trouver un seul sarcopte vivant ni un seul sillon. Cependant il n’hésita pas à diagnostiquer une nouvelle forme de gale. Si le diagnostic avait pu être douteux, il aurait été singulièrement facilité par les résultats rapides et multipliés de la propriété contagieuse de cette affection. En effet, pendant son séjour à l’hôpital, la petite malade communiqua la gale à un grand nombre de personnes, même parmi celles qui ne la touchaient pas habituellement.
La chute des croûtes fut suivie d’une amélioration sensible qui dura trois semaines environ ; puis une éruption de vésicules se manifesta sur tout le corps et même au visage; elle était accompagnée d’un prurit très violent. Il fut impossible de trouver des sillons distincts ; mais on vit bientôt se former de nouvelles croûtes. En les examinant au microscope, M. Boeck distingua deux lamelles : l’une supérieure, de couleur claire, et consistant seulement en des cellules d’épithélium ; l’autre inférieure de couleur grisâtre, contenant des sarcoptes; d’où M. Boeck conclut que les croûtes ont été formées sous l’épiderme. Pendant cette poussée, la santé de la malade s’altéra de nouveau; elle eut de la fièvre. Traitée par les frictions partielles et successives avec l’onguent de Vienne, elle guérit enfin. Les cheveux ont repoussé, les ongles sont revenus à l’étal normal; mais surtout l’air d’hébétude remarquable chez cette jeune fille a complètement disparu.
M. Boecli, en communiquant cette observation à M. Cazenave lui a envoyé des fragments de croûtes recueillis chez la malade. La coupure de ces croûtes est lisse, unie, dense comme celle d’une substance cornée; si l’on en examine au microscope une parcelle délavée, on la trouve formée d’une multitude énorme d’acarus
entiers ou de débris d’acarus, d’œufs, etc., sans aucun mélange appréciable d’une matière résultant de l’inflammation. M. Lanquetin a répété ces expériences et a obtenu les mêmes résultats, en constatant que ces sarcoptes sont bien ceux de la gale.
Cette observation, si remarquable, si importante et si concluante, ne vient-elle pas fort à propos confirmer jusqu’à l’évidence les doctrines que nous venons d’émettre? La jeune fille se présente avec une forme spéciale de gale que l’on dirait aujourd’hui compliquée de rupin. Elle est singulièrement améliorée par le frai-