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tement de la gale au point de recouvrer la santé, lorsqu’une nouvelle éruption vésiculeuse se fait à la peau. C’était une réapparition de la gale ; on n’avait pas trouvé de sillons une première fois, on n’en découvre pas plus dans la seconde éruption, mais il se fait dans les deux cas pour l’acarus ce qui se passe dans la maladie pédiculaire générale et exagérée dont nous rapporterons un exemple en faisant l’histoire de la phthiriase, c’est-à-dire des espèces de poches renfermant des myriades d’acarus, à l’instar de ces poches décrites par les anciens pour la maladie pédiculaire.
Concluons des discussions dans lesquelles nous venons d’entrer :
1° Que la gale peut être une maladie spontanée ;
2° Que si Vacarus coïncide constamment avec le galey la théorie de son existence peut tout aussi bien admettre l'insecte comme produit morbide que comme cause morbide et agent de transmission .
Est-ce à dire pour cela que toutes les gales soient spontanées, et que l’acarus n’en soit pas le mode habituel de transmission ? Évidemment ce serait tomber dans l’absurde. Si j’invoque le fait de spontanéité, ce n’est que pour en signaler la possibilité; car nonseulement l’acarus peut transmettre la gale, comme le pou, le prurigo pédiculaire, mais encore ce mode de transmission est infiniment le plus commun. Mais si l’acarus transmis d’un individu à un autre peut développer la gale, rien ne prouve que les produits de sécrétion de l’atmosphère du galeux, les vêtements imprégnés de cette atmosphère ou des produits de sécrétion de la gale ne puissent pas la faire naître.
La conséquence principale, au point de vue thérapeutique, que nous croyons devoir tirer de cette exposition de faits, c’est qu’il y a lieu, contrairement aux usages établis aujourd’hui, de traiter non pas seulement l’acarus, mais bien la gale tout entière ; de la traiter comme toute autre éruption cutanée, c’est-à-dire d’après une thérapeutique d’ensemble, et non pas d’après une thérapeutique toute locale ; et cela est si vrai que malgré la date assez récente du traitement de la gale en deux heures à l’hôpital Saint-Louis, mon honorable collègue, M. Hardy, qui est arrivé à limiter ainsi la durée du traitement, fait deux parts de galeux. La gale canine, ou Jicliénoïde, est traitée en deux heures ; mais la gale pustuleuse,
dite ecthymatoïde, et la gale aqueuse, ou phlycténoïde, sont traitées pendant huit jours par les émollients, puis par des frictions douces. Ainsi, on est forcément arrivé à des préceptes que nous avons cherché à faire prévaloir il y a plusieurs années. ( Bulletin de thérapeutique , t. XXXII, 1857. )
il faut ajouter que définir la gale une maladie caractérisée par un seul phénomène, la présence de l’acarus a la surface de la peau, n’est pas absolument rationnel ; il faut y ajouter le développement d’une éruption à forme papuleuse, vésiculeuse ou pustuleuse. Aussi l’individu qui n’aurait qu’un ou deux acarus avec un ou deux sillons sur la peau de tout le corps, serait considéré comme ayant la gale, d’après les idées du jour; pour moi, ce serait un individu qui aurait deux acarus, mais qui n’aurait pas la gale.
La gale est une éruption cutanée qui a pour caractères essentiels deux choses : 1° une éruption à la peau ; 2° des acarus ou insectes spéciaux renfermés dans des sillons. Cette maladie a en effet son évolution, sa marche, ses lieux d’élection où existent des boutons, comme toute autre affection cutanée. De ce que l’on trouvera un pou sur le corps d’un individu, s’ensuit-il qu’il aura une maladie pédiculaire? Évidemment c’est confondre une partie avec le tout; car il suffit dans ces deux cas d’enlever l’insecte pour qu’il n’y ait pas maladie ; tandis que si par des moyens convenables on parvenait à enlever tous les insectes de la gale et les œufs qu’ils auraient produits, il resterait encore à la peau l’éruption cutanée qu’il faudrait guérir, et qu’il faut d’autant plus guérir que c’est, dans les boutons que se font sentir les démangeaisons aussi bien que dans les sillons. Ce îùest pas le long des doigts où régnent le plus de sillons que se grattent seulement les galeux, c’est aussi et peut-être plus à la racine des doigts et dans leur intervalle qu’ils opèrent leur grattage et qu’ils écorchent les boutons, qu’on y rencontre plus ou moins nombreux.
Cachet de 1‘ éruption. — Elle affecte trois formes différentes : forme populeuse, lichénoïde, dite canine ; forme pustuleuse , ou ecthymatoïde; forme vésiculeuse , aqueuse ou herpétique. La forme la plus commune, c’est la forme lichénoïde. Elle est caractérisée par une papule dans le genre de celle du lichen, mais qui s’en distingue en ce
que le sommet de la papule est terminé par une petite vésicule remplie d’une sérosité citrine que l’on peut faire écouler en pressant entre l’extrémité des ongles le sommet de la papule, ou en excoriant le bouton. Dans la gale canine, quelle que soit la partie atteinte, ce sont des papules à sommet vésiculeux qui se montrent.
La gale pustuleuse, ou ecthymatoïde, a pour caractère l’apparition dans les mêmes parties de boutons purulents, plats, variant en largeur depuis un grain de chènevis jusqu’au diamètre d’une lentille, bouton formé dans ses neuf dixièmes d’une vésicule purulente qui s’ombilique vers le deuxième ou le troisième jour de son développement, c’est-à-dire qu’il se forme au centre de la pustule un petit point noir comme dans l’ecthyma. Mais dans la gale, la pustule n’a pas ordinairement de base inflammatoire aussi dessinée que dans l’ecthyma. Il n’y a pas non plus, comme dans cette maladie, une certaine uniformité de volume ; les pustules de la gale sont très variables sous ce rapport : à côté d’une grosse pustule vont se trouver trois, quatre petites pustules, et faisant contraste avec la pustule principale. Chaque pustule dure huit à dix jours, se guérit et fait place à une autre, et ainsi de suite durant des mois entiers, et en offrant toujours les mêmes caractères. Quant à la gale dite aqueuse ou phlycténoïde, elle se dessine par le développement dans les mêmes points d’élevures qui se recouvrent aussitôt de vésicules très proéminentes, du volume d’un grain de millet ou de chènevis, et quelquefois même plus grosses. La sérosité y est limpide, très transparente, citrine; elle ne devient pas opaque, et cette forme de gale peut ainsi conserver ses caractères pendant toute sa durée.
On aurait tort de croire cependant que la forme éruptive soit si nettement tranchée chez les galeux. On peut trouver réunis chez le même individu, des papules, des vésicules, des pustules, il est même assez peu commun que ce ne soit pas ainsi. Mais il est très commun de trouver chaque forme éruptive dessinée nettement, en ce sens que la masse des boutons a l’une des trois formes indiquées.
Nous ne faisons pas de chacune de ces formes trois gales de nature différente. Nous pensons que cette diversité de forme tient
58 h PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPECIALES-
à ia différence de tempérament, la gale canine ou licliénoïde étant essentiellement liée au tempérament nerveux ; la forme pustuleuse au tempérament lymphatico-sanguin, et la forme aqueuse au tempérament lymphatique. Nos observations nous conduisent à considérer ces trois formes comme pouvant être essentiellement primitives. Plusieurs de nos confrères croient, au contraire, que la gale est dès l’abord toujours papuleuse, que ce n’est que par des causes accidentelles qu’elle devient aqueuse ou pustuleuse, et ils regardent par conséquent ces formes comme des complications; nous ne saurions partager de pareilles idées. On va même plus loin aujourd’hui, et l’on considère l’éruption comme un épiphénomène, comme une addition de lichen, d’herpès, d’ecthyma ou d’eczéma aux divers sillons qui contiennent facarus et comme une sorte de complication de la gale. Ce sont là de ces idées que j’appelle exagérées et que rien ne justifie, si ce n’est une théorie, celle qui ne voit dans la gale qu’un insecte indépendant des désordres qui l’accompagnent.
Mais il y a plus, cette éruption a sa période d’évolution, son siège spécial ; elle se fait avec méthode, affectant régulièrement des parties similaires de chaque côté du corps, ne se montrant jamais sur certaines d’entre elles. En présence d’une telle régularité, comment ne pas voir là une sorte d’éruption du genre des éruptions exanthémateuses et -que le hasard ne saurait faire naître? Comment ose-t-on donc la rattacher à la piqûre capricieuse d’un insecte !
Les premiers boutons qui se montrent se développent aux mains et aux pieds, dans l’intervalle des doigts, à leur origine et à leur jonction avec la face dorsale ; puis viennent les poignets, le pli des bras, le creux des aisselles, le jarret, le ventre, la verge chez l’homme, le bout des seins chez la femme, les fesses, la poitrine ; la figure est toujours respectée, ainsi que la partie externe des membres et le dos. On verra plus loin que l’acarus atteint d’autres parties où il se loge dans des sillons qu’il se creuse. Mais dans les gales qui durent depuis plusieurs mois, toutes les parties du corps peuvent être atteintes par l’éruption, sauf la figure qui est toujours respectée, à moins qu’il ne se montre, sous des conditions de malpropreté, du
G A LE
lichen et du prurigo, ainsi qu’on l’observait chez cet homme des bois dont je retracerai l’observation dans l’histoire de la phthiriase et qui était infecté de toute manière. L’évolution de la gale a lieu de cette sorte pour l’âge de l’adolescence, mais chez les jeunes enfants, ce sont principalement les fesses qui sont atteintes. On a attribué cette circonstance à l’habitude des mères ou des nourrices de porter les enfants à nu sur leurs bras ; c’est là une erreur : l’éruption a lieu de la même manière à un âge un peu plus avancé et lorsque les enfants marchent seuls. C’est ce que l’on peut voir à l’hôpital des Enfants.
Peut-il exister une éruption sans sillons d ’acarus? En thèse générale, l’un et l’autre coïncident entre eux. Il y a plus, les partisans des idées d’aujourd’hui diront qu’il est plus commun de rencontrer des galeux n’ayant que des sillons sans éruption, qu’une éruption sans sillons. 11 y a deux ans, j’ai guéri un monsieur qui arrivait des Pyrénées et qui en voyage avait contracté la gale ; j’eus beaucoup de peine à découvrir un sillon à la verge, et cependant j’étais déjà fixé sur la nature de la maladie en raison de la forme même de l’éruption. 11 y a sept ans environ un de mes collègues de l’hôpital m’appela en consultation, ainsique M. Rayer, pour un magistrat qu’il avait guéri d’une éruption lichénoïde à deux reprises différentes, et qui avait vu récidiver sa maladie. A l’inspection de l’éruption, nous pensâmes que ce monsieur était affecté de la gale. Un traitement dans ce sens fut institué d’un commun accord entre nous tous; or nous ne faisions pas reposer notre diagnostic sur la présence de sillons, mais sur celle de l’éruption. Ce n’est pas que je prétende qu’un pareil jugement soit aussi sûr que dans les cas où l’on extrait un acarus du sillon qui le renferme; je veux seulement faire voir que cette éruption est souvent tellement prédominante et caractéristique qu’à sa vue seule on peut juger la maladie, lorsque l’on a quelque habitude de l’observer.
Si la gale de nos climats a eu diverses formes, toutes en général très mitigées, il n’en est pas de même de la gale des pays chauds, celle de l’Inde et de l’Afrique, par exemple. Bontius a décrit dans son ouvrage De medica lndorum , lib. 111, cap. 17, cette maladie sous le nom d’ herpès ou à' impétigo indica . Les Indiens lui donnent
le nom de courap , synonyme de gale, il signale la difficulté que Ton a à la guérir. Bateman a eu l’occasion d’observer cette éruption chez des adultes et des enfants arrivant de l’Inde; l’éruption était très abondante, très étendue, elle gagnait même la figure ; la peau, d’une couleur plus foncée et d’un aspect plus sale, était tapissée de taches impétigineuses considérables et de papules. Cette gale est très contagieuse et résiste à beaucoup de médicaments (Bateman, 251). J’ai été appelé à traiter plusieurs officiers d’Afrique atteints de cette maladie, qui se sont présentés à moi avec de grosses papules disséminées sur les membres, et qui donnaient lieu à des démangeaisons horribles.
Quant aux caractères distinctifs des diverses formes de boutons d’avec les autres maladies de la peau, il est facile de les établir. Le bouton papuîeux de la gale a ses lieux d’élection, l’intervalle des doigts, les poignets, les plis des bras, les aisselles, se dessinant dans chacune de ces parties sans se joindre entre elles par une succession de boutons, comme dans le lichen diffus ; le lichen est formé par des papules sans vésicules; la papule de la gale est toujours vésiculeuse et fournissant un suintement séreux que ne donne pas le lichen, à moins que, passé à l’état chronique et datant de plusieurs mois ou de plusieurs années, il soit devenu eczémateux. Quand le bouton de la gale est pustuleux, il a pris isolément tous les caractères de la pustule d’ecthyma, sans que, dans cette dernière affection, la pustule présente un engorgement inflammatoire beaucoup plus marqué que dans la gale où il n’existe presque pas ; mais l’ecthyma n’a pas le siège des pustules de la gale, et puis il y a dans ces pustules galeuses une telle irrégularité de forme et de volume, qu’un peu d’habitude dirige facilement le praticien dans le diagnostic. Cependant on peut s’y tromper, si, dans quelques circonstances, on ne tient compte que de la pustule. Quant à la gale aqueuse ou phlycténoïde, il me paraît impossible de la confondre avec l’herpès phlycténoïde qui se montre ordinairement par groupes de vésicules sur des parties qui ne sont pas celles où siège l’éruption de la gale.
Avant d’aborder le second caractère de la gale, celui qui se déduit de la présence de Yacarm, je crois devoir parler des boutons de la
pseudo-gale. Cette affection n’a été signalée par personne, que je sache ; elle se montre souvent au printemps chez les personnes qui ont été atteintes de la gale, et font croire à ces gales mal guéries dont les malades se plaignent assez souvent. Cette éruption est toujours très discrète et consiste dans quelques rares petits boutons miliaires très durs au toucher, hérissant la peau, blancs, quoique ne contenant pas de pus, arrondis et très légèrement acuminés, terminés par une vésicule excessivement petite : ces petits boutons, par le grattage, deviennent le siège d'une cuisson vive et presque douloureuse. Ils affectent ordinairement le voisinage du poignet, sur les côtés du pouce et même auprès du dos du poignet. Ce n’est pas une éruption confluente, ce sont un ou deux boutons espacés placés à distance, mais très résistants sous le doigt. Si l’on ne gratte pas ce bouton, il s’éteint et il est rare qu’il en vienne plus d’un second ou d’un troisième; mais les boutons se multiplient si les grattages des malades les irritent. Ce n’est toujours qu’aux mains qu’on les observe.
Deuxieme caractère delà gale;acarus et sillons.— -Entrevu mais non décrit par Aben-Zohar, médecin arabe, qui pratiquait en Espagne, l’insecte de la gale ne fut réellement connu qu’au xvie siècle ; car il se trouve indiqué dans les ouvrages d’Ambroise Paré. Mouffet en a le premier donné une description assez exacte en indiquant les sillons qu’il creuse et la manière de l’en extraire ; et Hauptmann est néanmoins le premier dont les observations microscopiques aient fourni des indications un peu minutieuses sur sa situation et son organisation. En 1637, Cestoni, sous le pseudonyme de Bonomo , a réellement précisé son rôle physiologique et pathologique dans la gale. A partir de cette époque, l’histoire de Yacarus est essentiellement rattachée à celle de la gale. Mais peu à peu, dans les siècles suivants, l’acarus n’appelle pius l’attention des médecins et il finit par tomber dans l’oubli, à un tel point qu’à la doctrine de l’acarus comme cause essentielle de la gale, Hahnemann parvint à faire prévaloir les anciennes idées humorales sur cette maladie, en vertu desquelles la gale est considérée comme une éruption générale née d’une cause aussi générale qu’elle. On va jusqu’à perdre les moyens de retrouver Yacarus, et Alibert et Biett, tout en rappelant son exis-
tence, restent impuissants à en donner la preuve matérielle. Galès, pharmacien de l’hôpital Saint-Louis, prétend le retrouver, et, par une insigne imposture, montre à la commission de l’Institut nommée pour vérifier le fait, la mite du fromage. Les choses en restèrent à ce point jusqu’en 1835, où un étudiant corse, M. Renucci, assistant à la consultation d’Alibert, qui déclinait la possibilité où l’on était d’extraire Yacarus, s’offrit de faire en sa présence ce qu’il avait vu exécuter parles malheureux de son pays. M. Renucci enleva en effet en présence de ce médecin plusieurs acarus , et, à partir de ce moment, Laçants fut étudié de nouveau, notamment par M. Raspail : la même année, en 1835, par M. Albin Gras, et plus tard par plusieurs dermatologistes français ou étrangers ; enfin, en 1852, M. Bourguignon a publié un traité entomologique et pathologique de la gale de l’homme, où il suit les diverses phases d’évolution et de reproduction de l’insecte.
Quant à Yacarus en lui-même, il offre les caractères suivants : Il est d’un volume tel qu’on le voit parfaitement à l’œil nu en le plaçant à l’extrémité d’une épingle; là on l’aperçoit exécuter des mouvements qui ne laissent aucun doute sur son existence ; mais ii arrive souvent qu’enlevé de l’extrémité du sillon en hiver, il est engourdi par le froid et ramassé, pelotonné et immobile ; il suffit de l’approcher un peu du feu pour lui voir exécuter des mouvements fort rapides d’ailleurs : aussi parcourt-il un espace assez étendu dans un temps très court sous le champ du microscope. Voici sa description sommaire : (voy. planche demicrocraphie.)
Acarus. — Insecte (Fini tiers de millimètre en longueur et d’un quart en largeur; couleur blanchâtre rosée ; il a une face dorsale et une face ventrale; la première plus ou moins arrondie, suivant que l’insecte est plus ou moins plein: la tète ou les organes de manducation occupe une extrémité du corps et l’ouverture anale l’autre; les pattes sont au nombre de huit, quatre en avant et de chaque côté de la tête ; quatre en arrière. Toutes prennent naissance à la face ventrale. Les pattes antérieures sont terminées par un long tube armé d’une ventouse, et les postérieures par un long poil. Ces appendices sont les principaux organes de la progression.
L’enveloppe extérieure du corps est continue dans son ensemble. On ne trouve pas de thorax distinct de l’abdomen. Le corps n’est qu’une cavité où sont contenus les organes de la nutrition. Des appendices de diverses espèces
occupent la face dorsale; ils sont destinés à la progression en prenant point d’appui ; ils sont durs, cornés, et sous de faibles grossissements ils représentent des poils. Cette face est sillonnée par des rides ou plicatures qui se distendent quand l’acarus se gorge de liquide. Derrière la naissance des pattes antérieures et au-devant de la pièce sternale se trouve une fente transversale par ou s’opère la ponte; aussi cette fente manque-t-elle aux acarus femelles qui ne l’ont pas accomplie ; cependant il y a encore doute à cet égard; car il existe à la région anale une ouverture qui en est voisine.
L’œuf est un corps ovoïde régulier ayant une extrémité un peu plus arrondie que l’autre. Ce n’est qu’après dix jours d’incubation que l’insecte est formé ; le onzième jour l’insecte fait effort pour sortir de son enveloppe ; l’œuf se fend transversalement ou longitudinalement pour lui donner passage. La larve ou insecte nouveau-né n'a que six pattes, et il jouit cependant de plus d’agilité que l’acarus à huit pattes. Ce n’est que huit ou dix jours après l’éclosion qu’il est pourvu de ses huit pattes. (Voir pour plus de détails l’excellent ouvrage de M. Bourguignon sur la gale, Traité de la gale de l’homme , 1852.)
Sillon de la gale. — On désigne ainsi des galeries ou canaux que se creuse Y acarus dans l’épaisseur des lames du derme, en soulevant les lames épidermiques les plus superficielles, à la manière de la marche d’une taupe dans la terre ; ces acarus déposent leurs œufs dans ces galeries ou sillons. Chaque sillon a une longueur qui varie entre 2, 3 ou 5 millimètres ; il est rare qu’ils afifecteut une ligne droite ; le plus souvent ils sont contournés et arqués et quelquefois disposés en S; la surface externe du sillon est garnie d’aspérités épidermiques et, suivant quelques observateurs, d’un ou deux points noirs qui indiquent la sortie passagère de l’acarus. Mais ce qui doit surtout fixer l’attention, c’est le point de départ du sillon et son extrémité terminale, ainsi que ce qu’il contient.
Les partisans des doctrines modernes sur la gale ne parlent que d’un seul mode de formation du sillon par une ouverture ou embrasure de l’épiderme sur un point quelconque des surfaces latérales des doigts, du poignet, de la verge, etc., lequel sillon se termine par un cul-de-sac faisant une petite saillie blanchâtre transparente ; c’est à ce point transparent que réside l’acarus; et il suffit de déchirer avec une épingle la petite cuticule qui le recouvre pour le retirer avec la pointe de l’épingle. 11 est bien vrai qu’à la verge, au bout des seins, à la face latérale des doigts, où les boutons de la gale sont très rares, on ne retrouve que des sillons de ce genre. En 1834,
M. Albin Gras décrivit les diverses variétés des sillons, il signala encore d’autres dispositions : 1° Au centre des vésicules un petit point d’où part jusqu’à la circonférence une ligne ombrée de noir et droite; à partir de cette ligne, la naissance d’un sillon du genre de ceux que nous venons de décrire, et à l’extrémité de ce sillon l’acarus. Cette disposition n’est pas très rare. Depuis, quelques observateurs et M. Piogey entre autres, ont signalé des papules à cheval sur un sillon ou un sillon dépassant la papule par ses deux extrémités. Cela se voit à la verge, par exemple ; il admet même deux espèces de sillons sous ce rapport : une première espèce superposée à la vésicule ou sillons intra-épidermiques ; la seconde surmontant une papule due à l’épanchement de la lymphe plastique dans le réseau du derme, devenant alors le siège d’élancements intolérables par suite de l’irritation incessante des papilles nerveuses; ces sillons sont alors sous-épidermiques. Ce qu’il est très- commun de voir, ce sont des sillons isolés, sans vésicules ni papules, qui siègent le long des faces latérales des doigts, sur la verge et à l’extrémité du sein des femmes.
On peut déduire de la première disposition, celle où le sillon prend naissance à la vésicule, deux conséquences : ou que la naissance de la vésicule a été spontanée, qu’elle a engendré un acarus, lequel acarus occupait primitivement le centre de la vésicule, s’en est échappé par la ligne ombrée de la vésicule pour se creuser ensuite une galerie intra-épidermique, déposant d’ailleurs ses ovules dans le trajet du sillon, et cela est d’autant plus rationnel que l’acarus se trouve toujours à la partie la plus éloignée de la vésicule. Cette doctrine a été professée pendant longtemps ; on a même décrit et compté les ovules qui se trouvaient dans la vésicule. Aujourd’hui, et d’après les nouvelles recherches microscopiques de M. Bourguignon, d’après surtout les idées professées depuis deux ou trois ans sur la nature de la gale, on raisonne ainsi qu’il suit : le bouton ou la vésicule delà gale est un accident; il est causé par la piqûre de l’acarus venu du dehors en s’introduisant dans la peau pour se creuser son sillon. Mais il y a une objection à faire à cette hypothèse, objection qui n’est pas sans valeur. Si c’est à la piqûre de l’insecte qu’il faut attribuer le développement des boutons, il semble
naturel que le nombre des boutons soit en général proportionné au nombre des insectes, de sorte que là où l’on trouve le plus d’acarus, on trouve aussi plus de boutons. Eh bien, c’est le contraire : les boutons sont rares aux mains et aux pieds, plus rares à la verge, nuis ou presque nuis aux mamelons chez les femmes, nuis ou tout à fait nuis au menton; or c’est dans ces parties que l’on trouve le plus d’insectes. Par contre, les boutons sont très nombreux sur le ventre, les fesses, les aisselles, les jarrets, et là on rencontre si peu d’acarus que tous les observateurs ont signalé ce fait. Ce qui rend bien mieux compte de ces faits, c’est d'admettre avec nous et avec tous les auteurs qui nous ont précédé, qu’il existe une éruption galeuse, régulière; ce qui est en rapport avec l’époque du développement de la gale après son incubation, la localisation régulière des boutons, les lieux d’élection qu’ils occupent, la simultanéité de leur développement dans les membres et sur les mêmes points à la fois; de supposer qu’il est certains boutons vésiculeux qui engendrent des acarus , comme dans la maladie pédiculaire où la génération des poux ne peut être contestée suivant nous ; comme aussi dans le fait cité par M. Boeck, où la génération spontanée des acarus ne saurait être mise hors de doute. Quoi qu’il en soit, on voit qu’en présence de faits si divers et d’opinions si contestables, il y a lieu de ne pas adopter d’une manière absolue toutes les opinions émises depuis plusieurs années, et d’attendre que des recherches plus approfondies viennent donner aux praticiens une satisfaction complète à cet égard.
Bornons-nous donc à dire qu’il existe dans la gale deux espèces de sillons : les uns rattachés directement à la vésicule, les autres tout à fait indépendants des vésicules; les premiers ayant principalement leur siège dans les intervalles interdigitaux et aux poignets, les seconds sur les faces latérales des doigts, à la verge chez l’homme et aux mamelons chez la femme. On a cherché à expliquer cette différence de siège chez l’homme et chez la femme en disant que l’homme porte très fréquemment ses mains à la verge, et que les mains transmettent ainsi l’acarus à cette partie. Mais d’abord estce que les femmes portent fréquemment les mains à l’extremité de leurs seins? Ensuite, il est constaté par M. Bouguignon que l’acarus
à la verge a précédé ou accompagné la présence d’un acarus sur la
car les explications sont souvent peu fondées. Bornons-nous donc à enregistrer les faits.
Mais il est une circonstance que je ne peux passer sous silence, en présence de cette régularité et dans l’éruption de la gale et dans le développement des sillons dans des parties régulièrement atteintes par l’acarus: c’est celle de l’infection. Evidemment elle n’est pas toujours la même, elle n’a pas toujours lieu, comme on l’a vu par le relevé de M. le docteur Bidard, autrefois interne du service de M. Hardy, par les mêmes contacts, et il faut bien le dire, nous savions depuis longtemps qu’elle devait s’opérer par des contacts différents. Or, qu’un individu contracte la gale par les pieds, par une poignée de mains ou par une partie quelconque du corps, ce ne sera pas sur cette partie que l’on trouvera le plus d’ acarus, on n’en trouvera même souvent pas, mais les boutons et les sillons se montreront avec la même régularité sur les divers points du corps où ils siègent ordinairement, quel que soit le point de départ de l’infection. 11 faut donc admettre qu’un acarus déposé par exemple à la fesse d’un individu adulte s’éloigne bien vite de cette partie, parce qu’il ne doit pas l’attaquer ; s’il se trompe de route et qu’il gagne la face, arrière, la figure ne serait jamais atteinte, si ce nest depuis quelque temps ou Von trouve des acarus au menton , mais pas plus haut ; puis il devra nécessairement se rendre à l’un des poignets ou aux doigts d’une main, pour y développer des boutons ou y tracer des sillons, et à peine a-t-il commencé son œuvre à une main qu’il lui faut bien vite gagner l’autre, en remontant vers l’épaule, traversant la poitrine et gagnant l’autre membre supérieur jusqu’à l’autre main, pour y développer les mêmes phénomènes, à moins que, servi par un heureux hasard, l 'acarus ne saisisse le moment d’un contact des doigts pour faire une traversée bien plus directe et bien plus courte. Tout cela est pénible à écrire sérieusement, mais enfin il faut bien faire ressortir toutes ces invraisemblances.
Mais il y a mieux, depuis la découverte de l’acarus mâle par M. Lanquetin, élève externe de l’hôpital Saint-Louis, il arrive ceci :
GALE
que l’acarus mâle ne peut tracer de sillon; qu’il se borne à se cacher humblement sous une petite lame épidermique ; qu’il est d’ailleurs d’un volume beaucoup plus petit et ne reproduit rien, puisqu'il ne fait que féconder la femelle; en sorte que vous pouvez peut-être avoir sur le corps, pendant une dizaine d’années, un ou plusieurs acarus mâles ou la gale mâle sans vous en apercevoir, sans avoir de boutons, ou même le signe exclusivement distinctif de la gale, le sillon sans lequel, au dire des partisans des idées toutes modernes, on ne peut pas affirmer qu’un individu soit atteint de la gale! Vous en serez quitte pour vous gratter quelquefois lorsque cet unique parasite changera de localité ! On peut encore courir la chance de ne gagner qu’un acarus femelle non fécondé, mais alors gardez-vous de vous approcher d’un mâle! Heureuses créations modernes que ces gales de mâles ou de femelles non fécondées qui ne sont pas des gales !
En résumé, on voit que les caractères de la gale se déduisent de deux circonstances principales : 1° l’éruption avec ses caractères de boutons de trois sortes différentes, et les lieux d’élection de leur dé^ veloppement; 2° les sillons, à la condition que de l’une de leurs extrémités on retire l’acarus, car on pourrait prendre pour un sillon une petite excoriation linéaire de l’épiderme, par une épingle, une aiguille, un coup d’ongle, ces sillons ayant comme les boutons leur lieu d’élection. Nous ajouterons que si, dans la généralité des cas, il est très facile de reconnaître la gale même en l’absence de constatation d ’ acarus, c’est cependant une des maladies de la peau dont le diagnostic, dans certaines circonstances, peut offrir le plus de difficultés. On ne saurait croire que d’erreurs ont été commises, et les personnes qui ont occasion de l’observer tous les jours peuvent s’y méprendre par défaut d’une attention suffisante. C’est qu’en effet, chez l’enfant, les boutons papulo-vésiculeux de la gale sont infiniment petits ; que l’on peut prendre un lichen pour de la gale, et réciproquement ; que dans un âge beaucoup plus jeune, lorsque l’enfant est à la mamelle, le strophulus peut ressembler à la gale. Le lichen et le strophulus affectent souvent les mains et les poignets. Ce n’est qu’à Laide du caractère vésiculeux des boutons et de l’existence dessillons que l’on apprécie par le secours d’une
loupe de trois à quatre grossissements, que l’on arrive à un diagnostic précis. Une circonstance importante à noter au point de vue du diagnostic de la gale chez les enfants, c’est l’existence de nombreux boutons de gale aux fesses, ce qui n’a pas lieu chez l’adulte.
Mais là où le diagnostic est beaucoup plus difficile, c’est le cas d’une gale papuleuse ancienne à laquelle viennent se joindre, sous l’influence des grattages réitérés, des éruptions accidentelles de lichen et de prurigo; alors l’éruption de la gale se confond avec elles, et la maladie perd le cachet d’ensemble qui lui est propre. L’existence bien avouée d’un sillon lève toute espèce de doutes à cet égard.
j’arrive maintenant aux données que nous a pu fournir la statistique au point de vue de la gale considérée comme antécédent des autres maladies de la peau. — Eczéma. Sur 469 malades inscrits, le chiffre de la gale, comme antécédent, s’élève à 205, c’est-à-dire à près de la moitié des individus dont nous possédons l’observation. — Lichen. Sur 103 exemples, la gale ligure comme antécédent pour 36 cas. - — Psoriasis. 59 sur 134 exemples recueillis. — Impétigo . C’est encore là une des affections cutanées où l’on trouve plus de cas de gale comme antécédent ; ainsi, la proportion est de 78 cas sur 142 impétigos, c’est-à-dire que plus des deux tiers des individus affectés d’impétigo dont nous avons recueilli les observations comptaient la gale dans leurs antécédents. — Herpès. 17 exemples, 10 cas de gale comme antécédent.— -Prurigo. 16 antécédents sur 28. — Bupia. 12 fois sur 30 cas. — Ecthyma. 8 sur 12. — Pityriasis. 10 sur 17. — Enfin, sur 1,150 maladies de peau, quelle qu’en soit la nature, 449 malades comptaient la gale comme antécédent.
On voit par ces chiffres que les faits justifient, en apparence au moins, cette opinion des gens du monde, a savoir, qu’ils doivent à la gale contractée antérieurement la maladie cutanée dont ils ont été primitivement affectés.
Quant à la marche de l’affection elle est incessante, comme toutes les maladies avec productions végétales ou animales, ainsi la teigne, le prurigo pédiculaire. Aussi il est des contrées de l’Espagne et de la Corse où la gale est pour ainsi dire endémique. Les enfants
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contractent la gale de leurs parents peu de temps après la naissance, et la conservent toute leur vie; le grattage devient une habitude, un besoin ; et cette habitude est d’autant plus arrivée à l’état de nécessité qu’elle se reproduit à des heures plus ou moins fixes et journalières ; c’est en effet au moment où se développe la chaleur du lit que la démangeaison se montre, démangeaison à laquelle cède d’autant mieux le malade qu’elle est accompagnée d’une sensation agréable, ce qui n’a pas lieu dans le lichen et le prurigo. Toute élévation dans la température du corps suffit pour la réveiller : ainsi l’exposition au soleil, au feu.
Le pronostic de la gale n’est jamais fâcheux, ce n’est qu’une maladie incommode ; mais lorsqu’elle est conservée pendant des mois et des années, elle devient une habitude et un besoin de grattage qui finit par être nécessaire à la santé de l’individu qui en est atteint, semblable en cela à toutes les affections de la peau avec démangeaison. Or, à l’égard de toutes ces maladies, on observe que leur brusque disparition par une cause quelconque, alors même qu’elles ne fournissent aucune sécrétion, comme le prurigo avec ou sans papules, la maladie pédiculaire, celle des poux devenue générale, est suivie d’accidents très graves en raison de l’âge, du développement de certains organes, de leur état de maladie et de la prédisposition du sujet. Chez l’enfant, la suppression des poux de la tête donne lieu à des fièvres graves dans lesquelles le cerveau est plus ou moins affecté ; à l’âge viril, c’est presque toujours la poitrine qui se prend avec des congestions pulmonaires moitié séreuses, moitié sanguines, qui menacent incessamment la vie des malades. Or, si ces accidents ont lieu par la suppression du prurigo sans papules , c’est-à-dire sans aucun phénomène morbide à la peau autre que la démangeaison, les mêmes accidents ne peuvent-ils pas se montrer dans les mêmes conditions à l’égard de la gale, et surtout à l’égard de la gale suppurante ? et dès lors est-il sage, est-il rationnel de guérir la gale en deux heures , quelle que soit V ancienneté de la maladie? N’y a-t-il pas lieu d’établir quelques réserves par rapport à certains cas particuliers de gale? Voilà ce que nous ne cessons de répéter depuis les innovations introduites dans ce traitement; on conçoit qu’ayant le plus souvent affaire à des sujets
jeunes, vigoureux, durs à la fatigue comme au mal, ces accidents n’aient pas souvent lieu, mais ils se produisent chez des individus dans des conditions opposées, dans l’enfance, dans l’âge viril et dans la vieillesse.
La gale, sous le rapport du pronostic, doit être envisagée à un autre point de vue. La statistique que nous avons donnée de la gale comme antécédent démontre, à n’en pas douter, qu’elle doit prédisposer aux affections cutanées qui sont accompagnées de démangeaisons. Il faut donc, sous ce rapport, guérir les galeux aussitôt que possible, pour qu’ils ne contractent pas l’habitude des grattages; mais il faut les guérir à l’aide de moyens incapables de faire naître de ces éruptions elles-mêmes auxquelles la gale prédispose. On fait aujourd’hui tout le contraire, et il est peu de galeux qui sortent de ces frictions sans présenter dès le jour suivant des papules de lichen que des bains peuvent faire disparaître, mais que les ouvriers, peu soigneux d’eux-mêmes, ne traitent pas.
Eli bien î je n’hésite pas à prédire que dans dix ou quinze ans on verra naître des affections cutanées chez bon nombre de ces individus mêmes que l’on guérit si rapidement aujourd’hui.
Thérapeutique. — - Il y a peu de maladies pour lesquelles on ait proposé plus de moyens de guérison que pour la gale : c’est qu’en effet les acarus meurent facilement sous l’influence de médicaments astringents ou excitants, et que ces mêmes moyens guérissent aussi très rapidement l’éruption de la gale. Or, c’est encore une remarque à faire sur la nature des boutons de la gale : s’ils étaient purement et simplement des éruptions de lichen, d’eczéma ou d’ecthyma, venant, comme on le dit, compliquer la gale, comment guériraientils par des agents médicamenteux qui, lorsque ces maladies sont seules, ne font qu’exaspérer ces éruptions? C’est encore là une objection sérieuse à faire aux doctrines du jour. Voici, par exemple, un fait rapporté par M. Piogey, un des partisans de la doctrine.
« Un malade du service de M. Bazin, chez lequel la gale était compliquée d’impétigo, d’ecthyma, de furoncles, d’angioleucite avec gonflement des ganglions axillaires et impossibilité de fléchir les doigts, fut traité par trois frictions générales rudes. Sous l’influence de cette médication, les ganglions axillaires étaient moins doulou-
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reux; le lendemain, l’angioleucite avait disparu ; les éruptions pustuleuses ont rapidement cessé. » Or, je le demande, M. Bazin eût-il employé des frictions rudes à la pommade d’Helmerich en présence de pareils désordres chez un individu qui n’aurait pas eu la gale ? On verra plus loin que notre collègue, M. Hardy, s’arrête toujours en présence des gales pustuleuses ou de celles qui, selon lui, sont compliquées d’ecthyma. Il y a donc véritablement quelque chose de spécial dans la nature des boutons de la gale, et il est vraiment pénible d’en être arrivé aujourd’hui à ce point de prouver la démonstration d’une vérité reconnue par tous les médecins qui nous ont précédés dans les siècles passés.
Plusieurs médecins ont examiné à l’aide du microscope combien de temps un acarus pouvait vivre dans un agent donné. Voici à quels résultats ils ont été conduits. Suivant M. Albin Gras, il vit dans l’eau 3 heures; dans l’huile, 2 heures; dans une solution d’extrait de Saturne, 1 heure; dans de l’eau de chaux, 3/& d’heure; 20 minutes dans le vinaigre, l’alcool à 20 degrés, ou une solution de carbonate de soude ou de potasse ; 9 minutes dans le sulfure de potasse; 7 minutes dans l’essence de térébenthine; U h 6 minutes dans une solution concentrée d’iodure de potassium. Suivant M. Hébra, Y acarus vit 7 jours dans l’eau froide, 10 dans l’eau chaude ; il résiste plus ou moins longtemps à l’immersion dans le vinaigre, dans l’urine de cheval, dans l’eau de chaux et de savon ; il vit 2 à U jours sur un verre où l’on a étendu de l’onguent napolitain. Il est tué plus ou moins rapidement dans une solution de sel commun, de sublimé, d’arsenic, de sulfate de fer, de cuivre, de zinc, d’acétate de plomb, d’alun; dans l’acide pyroligneux, dans les huiles essentielles, dans l’huile animale de Dippel , une solution de potasse, de goudron ou d’iodure de potassium.
J’ai fait aussi un grand nombre d’expériences du même genre; elles m’ont conduit aux résultats suivants : L’ acarus vit de 10 à 12 heures dans la graisse : cette expérience a été répétée deux fois. Des malades ont été traités par l’axonge seule; la gale s’est momentanément arrêtée pour reparaître ensuite. L’acarus , plongé dans une décoction de staphysaigre, était encore vivant après 12 minutes. Il meurt en 8 minutes dans l’essence de térébenthine pure, et dans
un mélange d’une partie d’huile blanche et de trois parties d’huile de cade; en 5 minutes dans l’huile de cade pure; dans un temps variable entre 2 et 5 minutes, quand il est plongé dans une atmosphère où se volatilise soit de l’éiher, soit du camphre. La mort arrive en 15 ou 20 secondes quand il est plongé dans la vapeur de chloroforme. Ces diverses expériences ont été faites pour chaque substance sur plusieurs acarus succesivement mis en contact. Ainsi, parmi les substances sur lesquelles nous avons expérimenté, le chloroforme, l’éther et le camphre sont celles qui ont pour Y acarus les propriétés les plus délétères, mais ces agents agissent sur l’insecte, et il est très probable qu’ils n’agissent pas sur les œufs. Cet insecte présente des phénomènes particuliers quand il est plongé dans des liquides différents : ainsi, aussitôt mis dans l’huile de cade, il s’agite, parait inquiet, étonné ; ses mouvements se ralentissent, les pattes postérieures deviennent immobiles; puis les pattes antéro-postérieures se roidissent, et enfin les pattes antérieures deviennent immobiles. Les pattes conservent la position allongée, les poils sont roides et parallèles aux pattes. Lorsque Y acarus est plongé dans la vapeur de chloroforme, les pattes postérieures se roidissent ; les pattes situées à leur extrémité sont plus ou moins fixes ; puis les pattes antérieures deviennent roides, les ventouses qu’elles offrent à leur extrémité se dilatent énormément, puis elles s’affaissent parallèlement aux pattes postérieures.
Nous ne prétendons pas exposer ici tous les moyens préconisés contre la gale et que Biett a expérimentés au nombre de quarante et un, moyens auxquels il faut ajouter bon nombre d’autres qui ont été essayés il y a quelques années par notre collègue, M. Cazenave, à l’hôpital Saint-Louis ; nous nous bornerons à en indiquer les principaux. Le soufre en fumigation, les bains sulfureux, les lotions au sulfure de potasse de Dupuytren, et celles modifiées par Alibert ; le Uniment de Jadelot ayant pour base la même substance; celui de Valentin, au sulfure de chaux; la pommade soufrée, la pommade d’Helmerich, la pommade sulfo-alcaline d’Alibert; les pommades ayant pour base une préparation mercurielle; la pommade citrine, au nitrate de mercure, la pommade de Werlhof au proto-chlorure de mercure; la solution au nitrate de mercure; la quintescence anti-
psorique de Mettemberg ; les pommades ou les décoctions de staphysaigre, d’ellébore, de ciguë, de tabac; le chlorure de chaux; les acides sulfurique et nitrique étendus d’eau, le sulfate de zinc, le sublimé en solution et en bains; et il y a quelques années les diverses eaux distillées aromatiques, la dissolution d’iodure de potassium, l’huile de cade, etc
Comme on le voit, ce ne sont pas les agents médicamenteux qui ont fait défaut, mais dans le traitement de la gale deux considérations doivent fixer le praticien : 1° le mode d’emploi; 2° le moyen. Autrefois et jusque vers 1825, et peut-être plus tard encore, quel que fût l’agent que l’on employât, on en enduisait toute la surface du corps des pieds à la tête, et l’on opérait des frictions sur la peau de manière à faciliter l’action du remède mis en usage. C’est ainsi qu’agissait Dupuytren à l’Hôtel-Dieu, et Alibert à l’hôpital Saint- Louis. Peu à peu la force de la friction fut de plus en plus atténuée et réduite à une onction. D’un autre côté, et notamment à l’époque où M. Cazenave a été chargé du service des galeux à l’hôpital Saint- Louis, la friction fut de plus en plus restreinte aux parties qui paraissaient être le siège exclusif de l’acarus, c’est-à-dire aux mains et aux pieds, et l’on assurait guérir la gale par ces frictions bornées. C’est en cet état, c’est-à-dire vers 1850, que M. Bazin, entrant à l’hôpital Saint-Louis et succédant à M. Cazenave dans le service des galeux, conçut la pensée heureuse de revenir aux frictions générales ; c’était déjà un pas de fait pour assurer la guérison de la gale: on n’eût jamais dû s’en départir. Il eut de plus le mérite de faire suivre aux galeux le traitement qui avait été préconisé par Helmerich, et de l’adopter dans toute sa teneur, c’est-à-dire frictionner et nettoyer la peau dans un bain savonneux pour déchirer les vésicules de gale, et favoriser l’application de la pommade ; de faire ensuite avec la pommade préconisée par ce médecin trois frictions par jour deux jours de suite, avec 30 grammes de pommade pour chaque friction, et devant le feu en hiver; puis de nettoyer la peau par un second bain savonneux, de sorte qu’en trois jours les malades furent guéris. Et comme précédemment la moyenne de séjour des galeux à l’hôpital était de dix à onze jours, ce fut pour l’administration un véritable service rendu. La pommade d’Helmerich,
qui depuis ia connaissance de sa formule avait toujours été employée à l’hôpital Saint-Louis, était longtemps demeurée secrète. En février 1813, le docteur Burdin, de Paris, fit connaître sa composition et le mode de traitement du médecin hollandais [Journal de médecine , chirurgie et pharmacie , février); il alla plus loin, en avançant qu’en faisant en un jour quatre frictions précédées et suivies d’une lotion avec la solution de savon noir, on pouvait obtenir Ja guérison de la gale en vingt-quatre heures. Dix malades ayant été soumis à ce dernier traitement par M. Biett, on a dû y renoncer à cause des éruptions consécutives déterminées par ia violente irritation de la peau. C’est qu’alors on ne disait pas qu’un malade était guéri de la gale, parce que tous les acarus étaient détruits, mais on le regardait comme guéri quand on le faisait sortir de l’hôpital avec une peau saine et exempte cle toute éruption.
M. Hardy, succédant plus tard à M. Bazin dans le service des galeux, chercha à résoudre un autre problème. On a vu que M. Bazin avait réduit le séjour des malades à trois jours dans l’hôpital. M. Hardy réalisa d’abord ce qu’avait avancé M. Burdin : les malades entraient à l’hôpital et en sortaient le lendemain ; puis il est arrivé à les faire rester deux heures dans un cabinet spécial de frictions, sans compter comme malades à Saint-Louis ; en un mot, il amena l’administration à supprimer le service des galeux. Sa méthode est celle de M. Burdin, ou mieux d’Helmerich, exécutée en deux heures: 1° Friction générale de tout le corps d’une demi-heure de durée avec du savon noir; T nouvelle friction d’une demi-heure avec la pommade sulfo-alcaline d’Helmerich, composée de:
Axonge . . . . . . . 8 parties.
Soufre . 2 parties.
Sous-carbonate de potasse. . . . 1 partie.
3° un bain alcalin immédiatement après.
On voit que dans ces diverses phases de traitement réduit à une période de deux heures, d’une part, on est revenu à la friction générale, d’une autre part, à son mode d’emploi doux ou rude, et en troisième lieu à la pommade d’Helmerich. Or, je crois devoir insister sur les avantages et les inconvénients de ces trois choses
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qui doivent être prises en grande considération dans le traitement de la gale.
La friction limitée à une ou plusieurs parties du corps est mauvaise, parce que des acarus et des boutons peuvent être disséminés sur toutes les parties, et qu’il est important de les atteindre ; c’est là une des conditions les plus essentielles du traitement de la gale. Quant à l’intensité des frictions, depuis quatre ans on les prescrit très fortes, non pas pour détruire les vésicules des boutons, mais pour déchirer les sillons épidermiques et atteindre les acarus et leurs pontes disséminées dans le trajet des sillons. Cette friction forte a ses inconvénients ; elle excorie les boutons, elle les irrite, elle irrite la peau saine, et sans parler de ce que j’ai vu, elle fait naître, d’après Biett, des éruptions secondaires. Ce sont ces éruptions secondaires qui ont engagé ce médecin à les abandonner. Pour nous, qui n’avons pas dans notre service des galeux, ou qui n’en avons qu’autant que nous désirons en prendre, nous avons été à même d’observer assez souvent des éruptions secondaires provenant du traitement de la gale en deux heures. En voici un exemple que nous avons fait recueillir.
Gale guérie en un jour, et suivie d’une éruption de forme eczémateuse. —
Lallement (Edmont-César), âgé de vingt et un ans, marié, est d’un aspect extérieur qui annonce la force et la santé. Sa peau blanche et fine, et un certain embonpoint dans les formes, indiqueraient un tempérament lymphatique. Il est employé comme garçon de magasin dans une imprimerie, où il a pour occupation de transporter des fardeaux de papier.*
Comme antécédents pathologiques le malade se souvient, vers Page de huit ou neuf ans, d’avoir eu ce qu’il appelle des gourmes , des croûtes dans la tête. Ces croûtes n’avaient pas produit d’alopécie. 11 n’a jamais eu ni ophthalmie, ni engorgements ganglionnaires, ni maladies de peau.
Après la guérison d’une amygdalite, il y a de cela près de deux mois, il est allé chez son oncle pour passer quelques jours à la campagne, et comme il a couché dans le lit d’un ouvrier de son oncle, il suppose trouver dans ce fait la cause de l’éruption qui s’est manifestée quelques jours après.
Pendant six semaines à partir de celte époque, il a gardé en effet une éruption caractérisée par des boutons disséminés sur la surface du corps, mais en très petite quantité, sauf au niveau des poignets et de l’intervalle des doigts où ils existaient en assez grand nombre. Ces boutons étaient, les uns transparents , les autres jaunâtres ; le malade dit que par la pression il en
faisait sortir des gouttelettes de liquide, quelques-unes limpides, d’autres opaques et jaunâtres. — Au bout de six semaines il s’est présenté à la consultation de M. Hardy, qui a diagnostiqué la gale et qui l’a soumis à son traitement. — Le malade, après une friction faite avec du savon noir, suivie immédiatement d’un bain simple qui a duré une demi-heure, a été soumis, après le bain et pendant un quart d’heure ou vingt minutes, à une friction générale avec la pommade sulfo alcaline.
Renvoyé immédiatement, il est allé le lendemain prendre un bain simple. Cinq ou six jours plus tard, le malade s’apercevait qu’une éruption survenue subitement occupait ses deux avant-bras. En même temps des vésicules se formaient dans l’intervalle des doigts. — Examiné le 8 décembre, jour de l’entrée du malade dans la salle Saint-Louis, l’éruption, considérée quant à son siège et à son aspect, présente les caractères suivants :
La face interne des avant-bras étant presque intacte, leur face externe ou dorsale est recouverte, presque dans son entier et sans intervalle sain, de lamelles peu épaisses et un peu ridées, ressemblant à celles qui sont le résultat de la sécrétion eczémateuse, quand l’épiderme n’a pas été détaché. On n’y observe pas de suintement, il y a plutôt actuellement un certain état de sécheresse. Au niveau du poignet, c’est au contraire à la face antérieure qu’on trouve ces lamelles presque crouteuses, présentant du reste les mêmes caractères. La face dorsale des mains, au niveau de la région métacarpienne, est complètement intacte, mais les intervalles des doigts des deux mains, dans toute leur étendue et le bord cubital de la main droite, sont recouverts d’une exsudation séreuse abondante, et présentent une multitude de vésicules qui laissent suinter ce liquide.
M. Hardy, au contraire, considère ces éruptions comme étant très
rares et cédant à quelques bains simples. Pour moi, et à l’instar de
Biett, je m’en préoccupe beaucoup. Je dis qu’elles sont et doivent
être plus fréquentes qu’on ne le pense; que les ouvriers y font peu attention, et que c’est créer une prédisposition fâcheuse à la peau pour l’avenir.
Ces frictions fortes ne conviennent pas d’ailleurs à tout le monde età tous les âges. Voici une note textuelle que notre collègue M. Bouvier, de l’hôpital des Enfants, nous a remise et que nous croyons très important de reproduire: « J’ai taché d’introduire à l’hôpital des Enfants le traitement de la gale en deux heures. J’ai été obligé d’y renoncer : 1° difficultés défaire pratiquer des frictions soit avec le savon, soit avec la pommade, d’une manière exacte, générale et assez rude, sur des enfants plus sensibles que les adultes, qui eux-
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mêmes ressentent dans ce cas des douleurs plus ou moins vives ; 2° récidives observées assez souvent sur des enfants traités ainsi, ou même frictionnés plusieurs fois ( toujours de la même manière ) et ramenés à l’hôpital par leurs parents ; 3° fréquence extrême chez les enfants de pustules d’impétigo ou d’ecthyma, de vésicules d’eczéma avec inflammation vive , qui s’opposaient au traitement expéditif de Saint-Louis. Ce traitement ayant été quelquefois appliqué (et plus souvent par méprise des gens de service) dans des cas semblables, il en est résulté des maladies cutanées aiguës, de vives douleurs, de grandes excoriations, la fièvre, et le tout a été fort long à guérir; 4° enfin, dans quelques cas où cet état inflammatoire n existait pas avant le traitement , celui-ci l'a provoqué , et les éruptions consécutives, sans être aussi graves que dans le cas précédent, ont été également longues à guérir. » Mais il y a plus, notre collègue Hardy, en médecin prudent, a abandonné son traitement en deux heures pour les gales pustuleuses. Il fait entrer les malades à l’hôpital, et il les traite pendant quatre ou cinq jours par les émollients avant d’employer les sulfureux.
Ainsi se trouve justifié, pour les enfants au moins, ce que nous disons depuis quelques années contre le traitement trop prompt et trop énergique de la gale. Je conçois que les administrateurs des hôpitaux aient un grand intérêt à adopter une pareille thérapeutique. Je comprends qu’il en soit ainsi pour les militaires, gens jeunes, vigoureux, bien portants; mais pour les femmes, pour les gens du monde, de structure plus irritable, c’est un traitement qu’il faut modifier.
Depuis la publication de la méthode employée par notre honorable collègue Hardy, les médecins des hôpitaux civils l’ont adoptée, et surtout les médecins du service militaire. En Belgique, M. Vleminckx a étendue cette méthode à toute l’armée et il déclare qu’il a éteint la gale dans l’armée belge. Nous exposerons plus loin son mode de traitement, un peu différent de celui de l’hôpital Saint- Louis. Mais nous établissons une grande différence entre la pratique civile et la pratique militaire, et nous avons publié dans la Gazette médicale (mars 1856) un article sur la thérapeutique de la gale, qui traduit toute notre pensée, et dont nous extrayons les passages sui-
vants comme formant le complément de la thérapeutique de la gale.
Et d’abord, qu est-ce que la gale?
Aux yeux de la généralité des médecins que nous avons nommés, la gale ne consiste que dans la présence de T acarus sur le corps de V homme , de sorte que, comme le dit M. Vleminckx, si l’on connaissait d’une manière certaine tous les points où peuvent se loger les acarus sur le corps, il suffirait d’aller les y détruire mécaniquement pour guérir la gale.
Cela est très bien pour le médecin armé de son microscope, mais pour le malade et le commun des médecins, il y a deux choses dans la gale : Y acarus, et Y éruption. Lorsque l’on aura tué mécaniquement Y acarus, on n’aura pas tué l’éruption. Vous répliquerez que l’éruption se guérira toute seule ; je le veux bien dans certains cas, mais dans bien d’autres non ! Vous dites à un soldat : Va-t’en, tu es guéri : bene sit. Mais l’homme du monde, le malade civil vous répond : Je ne suis pas guéri, puisque j’ai le corps couvert de boutons.
J’admets que vous vous débarrassiez du malade civil comme du % soldat. En combien de temps toute éruption galeuse va-t-elle cesser? Est-ce dans les deux jours, ou dans les deux heures, ou dans les cinq minutes de votre traitement propre à guérir la gale? Non. Ce sera en six, huit ou dix jours, et quelquefois en trois semaines ou un mois, malgré les soins les plus éclairés et non pas en abandonnant le malade à lui-même. Aussi lorsque Biett, Alibert et d’autres ont fixé à huit ou neuf jours la moyenne de la guérison de la gale, ils comprenaient dans ce laps de temps la guérison de l’éruption ; et lorsque les galeux étaient admis à l’hôpital, ils n’en sortaient qu’avec une peau nette et sans boutons. Ceci demande quelques développements.
Aujourd’hui l’éruption galeuse, qui d’ailleurs est toujours l’éruption d’autrefois, n’a pas chez tous les individus le même caractère. Aussi les acaricideurs purs disent-ils qu’il n’y a pas d’éruption galeuse, mais que la gale, qui n’est autre chose que l’insecte luimême, peut se compliquer d’éruption papuleuse ou vésiculeuse ou pustuleuse, c’est-à-dire de lichen, d’impétigo, d’ecthyma, d’eczéma, etc.
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Pour le malade et pour les médecins qui appellent la présence de l’acarus sur le corps de l’homme une maladie, c’est-à-dire la gale, il y a deux choses : Y insecte avec ses sillons, Yéruption qu’il développe ou qui se développe. Je dis d’abord pour le malade, car tant que l’aearus existera seul, la gale n’existera pas pour le malade, et le malade ne viendra pas réclamer les soins du médecin. Il pourra éprouver quelques démangeaisons, mais elles seront passagères et insuffisantes pour appeler son attention.
Pour le médecin: à part quelques médecins spéciaux qui se sont attachés à l’étude de la gale par position ou par nécessité, ou qui en font l’objet de recherches, il n’y aura pas de gale pour la généralité d’entre eux.
D’où la conséquence, que pour l’ensemble des malades et des médecins, il n’y a pas de gale sans éruption dans la pratique de la médecine. Pour eux la maladie se compose de deux choses presque inséparables : l’insecte et l’éruption galeuse. Le malade n’est réellement guéri que lorsque la peau est nette et rendue à son état normal. Or quand on dit aujourd’hui qu’on l’on guérit la gale en deux heures, en une demi-heure , en cinq minutes, on peut traduire cette locution en ceci : que l’on détruit en deux heures, en une demi-heure, en cinq minutes, les insectes de la gale et les œufs qui les accompagnent, rien de plus , rien de moins. Or autrefois on disait qu’une friction opérée mettait le galeux à l’abri de toute infection. Helmerich prétendait guérir la gale en vingt-quatre heures. Tout cela revient au même, rien n’est changé depuis.
Ainsi la véritable méthode acaricide consiste dans la friction générale. Elle n’est pas de date récente : elle remonte à Helmerich. On s’en est éloignée tort , on y est revenu à raison; mais cette friction générale ne tue que l’insecte, elle ne guérit pas le bouton ou la complication galeuse, comme on voudra l’appeler. Mais comme aux yeux du malade il n’y a de guérison qu’à la condition que l’éruption de la gale a disparu et que la peau soit saine, je ne saurais dire que la gale est guérie en cinq minutes ou en une demi-heure.
L’objection à ce raisonnement est bien simple aux yeux des partisans de ce mode si court de traitement : Ne vous occupez pas de l’éruption, dira-t-on, elle guérira seule : sublatâ causât tollitur effec-
tus. Voilà justement où nous ne sommes plus d’accord, et ce que nous allons discuter tout à l’heure. Mais auparavant, voyons s’il ne reste rien à dire sur ce traitement en deux heures ou en une demiheure.
Est-il applicable à toutes les formes de gale? Est-il applicable à tous les individus? Est-il applicable à tous les âges?
A ces trois questions, ma réponse est négative. Tl est constant, et ce fait est adopté par tous les médecins, que, dans les cas où la gale est à forme pustuleuse, ou, si l’on veut, compliquée d’ecthyma ou d’impétigo, il faut, pendant quatre ou cinq jours, s’attacher à faire tomber l’irritation par des bains émollients, l’amidon à l’extérieur ou des onctions avec le saindoux, il en est de même si la forme vésiculeuse est très dessinée (gale aqueuse) ; aussi ces sortes de malades sont-ils reçus à l’hôpital Saint-Louis comme par le passé, pour y être traités ultérieurement à l’aide d’une pommade d’Helmerich plus faible. Ils font ordinairement un séjour de huit, dix, ou douze jours à l’hôpital.
Ce traitement en deux heures n'est pas applicable à tous les individus, et c’est ici que j’aborde le second point de vue sous lequel je veux envisager la question. Remarquez que tous les médecins qui en préconisent les résultats, tous ceux qui viennent confirmer l’excellente réforme, il Faut bien le dire, que notre honorable collègue M. Hardy a introduite à l’hôpital, sont en général des médecins militaires. Or le soldat et l’ouvrier constituent une catégorie d’individus d’une bonne organisation en général, habitués aux vêtements plus ou moins forts, rudes, ou à étoffes grossières, dont la peau, en un mot, par ses contacts habituels, est peu impressionnable , peu sensible. Aussi supporte-t-elle facilement ces frictions capables de déchirer un sillon , frictions au savon noir, puis de la pommade d’Helmerich, etc.
11 n’en est plus de même d’une personne du monde, ou d’une femme qui naît et qui vit dans une autre atmosphère. J’ai fait ressortir cette différence capitale, et j’ai prouvé, par le témoignage des médecins de la prison de Saint-Lazare, que, pour les filles publiques même, il avait fallu renoncer à ce traitement, à cause des éruptions secondaires qu’il développait.
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Ce que je viens de dire se rattache à plus forte raison à la question d'âge. Chez les enfants et les jeunes gens, on surexcite la peau avec un pareil traitement , et l’on a dû y renoncer à l'hôpital des Enfants.
D’où la conséquence que le traitement en deux heures d’après les méthodes préconisées, et contre lesquelles personne ne réclame, doit subir des modifications en raison des trois circonstances que je signalais plus haut.
Dans la pratique civile, le médecin a donc deux choses à traiter : l’acarus et l’éruption galeuse.
J’ai eu l’occasion de signaler quelles pourraient être les conséquences ultérieures de cet abandon de l’éruption à elle-même. J’ai prouvé, par la statistique, combien était fréquente la gale comme antécédent des affections cutanées eczémateuse et lichénoïde ; et je me suis demandé si les frictions fortes, telles qu’elles ont été préconisées, ne seraient pas la source d’éruptions ultérieures ou cause prédisposante de maladie de la peau dont le malade pourrait difficilement se débarrasser. Il y a déjà quelques années que j’ai posé cette question. Le temps seul pourra la résoudre ; mais en présence de la ténacité que présentent les éruptions secondaires nées de frictions fortes, et dont les exemples ne sont pas rares dans notre service à Saint-Louis, où nous ne recevons que des galeux traités en deux heures et atteints de ces sortes d’éruptions, je me demande si, partant de ce fait, il n’y a pas un grave inconvénient à abandonner à elle-même l’éruption galeuse après une première friction, et s’il n’est pas beaucoup plus rationnel de ne quitter un galeux qu’alors que la peau est rentrée dans l’état naturel. Je crois que tous les praticiens sages partageront ma manière de voir à ce sujet. D’où je conclus que guérir la gale en deux heures, en une demi-heure ou cinq minutes, ce n’est avoir fait que la moitié du chemin.
J’arrive maintenant à la partie qui a trait aux moyens mis en usage. On sait qu’a cet égard les agents propres à opérer la guérison de la gale sont tellement variés et tellement nombreux, qu’on serait tenté de dire qu’il est peu d’agents médicamenteux un peu actifs par leur nature qui ne puissent opérer cette guérison. Le temps a consacré l’usage des sulfureux, et la généralité des praticiens s’y
arrête encore aujourd’hui. Parmi les composés de ce genre, la pommade d’Helmerich, à formule moins énergique que celle donnée par son auteur, est encore préférée aux autres préparations, parce qu’elle est d’un emploi plus sûr.
Elle est cependant irritante de sa nature, en raison de la base alcaline qui en fait partie, la potasse. En effet, et nous avons eu le soin d’appeler l’attention des praticiens sur ce point, le sulfure à base de potasse est plus irritant que le sulfure à base de soude, et celui-ci beaucoup plus irritant que le sulfure à base de chaux. Aussi M.Vleminckx a-t-il fait faire un véritable progrès à la thérapeutique de la gale en remplaçant le sulfure de potasse par le sulfure de chaux, qui doit donner lieu bien moins fréquemment à des éruptions secondaires. L’agent est d’ailleurs à l’état liquide; il a son action plus directe sur la peau, et sur l’acarus par conséquent.
Toutefois, je doute que, s’il est sans inconvénient pour le soldat et l’ouvrier, il puisse en être de même pour les femmes et les individus d’un âge peu avancé de la vie. Leur peau, fine et impressionnable, en recevra une influence irritante plus ou moins marquée. Mais comme le sulfure préparé d’après la formule qui a été donnée par M. Vleminekx peut être étendu d’eau ou mêlé à un corps gras à l’instar du sulfure de potasse, c’est à cet agent que nous sommes porté à donner la préférence.
Dans la pommade d’Helmerich, il n’y a que peu ou point de sulfure formé. Le mélange de la fleur de soufre et du carbonate de potasse se fait à froid dans Taxonge, de sorte que le sel de potasse agit avec toute son énergie. La lotion de Dupuytren (sulfure de potasse) a été généralement reconnue comme étant trop irritante ; il y a donc lieu de lui préférer le sulfure de chaux. Il ne faut d’ailleurs que 70 à 100 grammes de ce sulfure pour la friction de tout le corps. Je l’ai expérimenté sur des galeux chargés d’éruption, et je n’ai pas sensiblement augmenté les boutons coïncidant, quoiqu’ils fussent moitié aqueux, moitié purulents.
Afin d’atténuer les effets du sulfure calcaire sur la peau, j’ai fait faire plusieurs mélanges atténuants. Le sulfure de chaux s’associe en toute proportion avec la glycérine, et cette dernière substance l’enveloppe suffisamment pour le préserver pendant un certain
GALE
temps d’une décomposition notable; c’est une préparation fort commode, l’odeur exceptée. L’axonge s’y unit facilement dans la proportion de 30 grammes de sulfure pour 50 d’axonge; mais aussitôt que l’on a dépassé cette proportion, ce n’est plus qu’avec une peine extrême, et en ajoutant le sulfure goutte à goutte, que l’on parvient à solidifier le liquide. On peut aller ainsi jusqu’à parties égales de l’un et de l’autre; mais il est difficile d’aller au delà.
Afin de faciliter le mélange, j’ai fait ajouter h grammes de chaux délitée au mélange de 50 grammes de sulfure et de 50 grammes d’axonge, mais je n’ai rien obtenu. Quoiqu’il en soit, ce mélange est d’une action douce et efficace. Je l’ai employé dans des gales pustuleuses compliquées même de rupia , ainsi que dans des gales vésiculeuses, et je n’en ai retiré aucun effet irritant. Mais il ne faut s’adresser qu’au sulfure de chaux préparé d’après la méthode de M. Vleminckx, et non pas au sulfhydrate de sulfure de chaux, qu est un épüatoire un peu irritant de la peau. Nous donnerons plusi loin la formule de la préparation de ce sulfure.
On pourrait donc, en raison des âges, ajouter le sulfure de chaux soit à de la glycérine, soit à de l’axonge, en le dosant ainsi qu’il suit, pour guérir la gale sans surexciter la peau.
Ainsi, pour les individus habitués par leur position et leur état à des contacts qui rendent la peau peu excitable, se servir sans crainte de sulfure de chaux pur ; pour les hommes du monde en général, faire un mélange à parties égales de glycérine ou de graisse avec le sulfure de chaux; employer pour les femmes un tiers de sulfure contre deux tiers d’excipient graisseux , et ramener le mélange au quart pour les enfants.
J’attache une grande importance aux sulfures, parce qu’ils ont certainement une action plus sûre que tous les mélanges de soufre ; ce qu’il faut éviter, c’est qu’ils ne soient pas irritants pour la peau.
Toutefois, il ne faut pas se dissimuler qu’ils ont, par l’odeur qu’ils répandent, un inconvénient très grave ; mais du moment que l’on entre dans la voie des sulfureux, c’est du moins au plus. Un grand avantage des sulfures, c’est de pouvoir faire laver immédiatement le malade après une demi-heure de contact avec ces préparations.
La généralité des individus qui veulent tenir caché le traitement de la gale pourront se rendre dans un établissement de bains, ou trouver pendant une heure un local dans lequel ils exerceront leur friction et leur lavage. J’insiste sur ce fait, parce que ce sont deux conditions très importantes : 1° celle d’agir avec un agent essentiellement toxique pour l’acarus, de manière à le détruire dans un court espace de temps; 2° de se servir d’un toxique qui n’irrite pas la peau de manière à ne pas surexciter les boutons de la gale, et surtout à ne pas faire naître d’éruption secondaire.
Voici la- formule du sulfure de chaux telle que cette matière est préparée en Belgique ; les proportions restent les mêmes, les chiffres seuls sont ramenés à des unités décimales.
Fleurs de soufre . 20 grammes.
Chaux vive . 10 grammes.
Eau . . 155 grammes.
Portez à l’ébullition en opérant constamment le mélange, et faites bouillir jusqu’à ce que la combinaison soit parfaite. Passez à l’étamine. On obtient environ 100 grammes de liquide, qui sont plus que suffisants pour opérer la solution la plus complète et la plus étendue de tout le corps.
Après les sulfures alcalins, vient la pommade d’Helmerich. Sa composition est la suivante :
Fleur de soufre. . .
Carbonate de potasse
Axonge .......
ou, d’après Helmerich:
Axonge . 32 grammes.
Fleur de soufre . 8 grammes.
Carbonate de potasse. . . 4 grammes.
Ainsi formulée, cette pommade est essentiellement irritante pour la peau ; on y a même renoncé à l’hôpital Saint-Louis, et l’on a réduit de moitié la fleur de soufre et le carbonate de potasse.
Cependant, malgré cette atténuation, elle excite encore assez la
20 grammes.
10 grammes.
80 grammes.
GALE
peau pour faire naître des éruptions secondaires, malgré des frictions modérément fortes. Comme je le disais tout à l’heure, cet effet tient au carbonate de potasse qu’elle renferme, et qui s’y trouve à l’état presque libre. Aussi je ne prescris jamais de pommade d’Helmerich sans remplacer ce sel par le carbonate de soude, qui est beaucoup moins actif.
Au point de vue de la gale, quels sont les éléments actifs de cette pommade, puisque le soufre et le sel de potasse ne s’y trouvent pas à l’état de combinaison. Je crois que le soufre est réellement l’élément toxique de l’acarus; que le carbonate dépotasse peut aussi exercer une action , mais cette action est probablement mixte : irritante pour l’acarus et dissolvante de l’épiderme des sillons. Sous ce double rapport, on comprendrait l’efficacité constante de cette pommade dans le traitement de la gale. D’ailleurs, il faut bien le dire, si le soufre n’y est pas à l’état de sulfure, il est là dans une sorte de combinaison toute particulière, en vertu de laquelle le soufre perd sa couleur jaune-serin pour prendre une nuance jaune rougeâtre bien moins prononcée.
Quel peut être l’avantage de la friction au savon noir qui précède à l’hôpital Saint-Louis l’emploi de la pommade d’Helmerich, et qui est aussi employée dans le traitement belge? Le savon noir est à base de potasse; il est très caustique; il a pour but de nettoyer la peau, surtout chez les ouvriers; il agit aussi sur l’épiderme des sillons; il le ramollit et le prépare à se laisser pénétrer par la substance toxique pour l’insecte.
11 serait pourtant possible qu’il fit plus. Le docteur Debout nous disait, il y a quelque temps, qu’ayant été chargé d’un service militaire de galeux, il avait trois fois contracté la gale, et que pour la guérir il ne s’était jamais servi que de frictions savonneuses.
Nous pensons qu’à l’aide des lotions au sulfure de chaux, les lotions, et surtout les frictions savonneuses, peuvent être supprimées dans la généralité des cas où la peau est propre, et que toujours un bain alcalin d’une demi-heure de temps suffirait pour les remplacer ; c’est d’ailleurs ce qui se fait en Belgique.
Le docteur Bourguignon a donné deux nouvelles formules pour le traitement de la gale. Dans l’une, il s’agit d’une préparation dans
laquelle la glycérine remplace l’axonge de la pommade d’Helme-
rich. Elle est ainsi formulée :
Gomme adragante . 1 gramme.
Sous-carbonate de potasse . 50 grammes.
Soufre . 100 grammes.
Essences de lavande, de citron, de navette,
de girofle, de canelle, de chaque. ... 1 gramme.
Glycérine. . . 200 grammes.
pour une friction.
11 formule son traitement comme il suit : un bain savonneux, une friction le soir ; un bain simple le lendemain matin , une seconde friction le soir; un troisième bain le lendemain matin.
Faisons d’abord remarquer que dans cette glycérine d’Helmerich la dose du sel de potasse constitue le quart de la préparation, ce qui double l’ alcalinité de la liqueur. Puis quel est l’avantage de ces additions d’essences? est-ce pour masquer l’odeur de la pommade? Mais si elle ne sent plus le soufre, elle sentira bien fort les essences.
Quant à la seconde formule, les essences sont en proportion quatre fois plus grande; il est vrai qu’il n’y entre plus de carbonate de potasse, mais simplement du soufre. Cette dose d’essence est-elle basée sur les expériences que notre collègue, M. Cazenave, a faites des eaux distillées dans le traitement de la gale? Cela est probable. Mais j’avouerai que les guérisons dans ce cas ont été souvent incertaines. La seconde formule donnée par M. Bourguignon réussira donc à cause du soufre qu’elle renferme, puisque la pommade soufrée guérit parfaitement la gale ; mais elle sera si aromatique, qu’elle incommodera les femmes un peu nerveuses et les enfants. Voici quelle est cette seconde formule :
Jaunes d’œufs. . .
Essence de lavande.
— de citron. .
— de navette.
— de girofle. .
— de cannelle
Gomme adragante. .
Soufre bien broyé. .
Glycérine .
5 grammes.
350 grammes.
GALE
Que dirai-je du traitement tout récent de MM. Duzard et Pillon? On place le malade sur un tabouret assez élevé pour qu’il se trouve plus haut que l’opérateur. On enveloppe la tête d’un vaste cornet de papier évasé par le haut, de manière que le malade ne soit pas incommodé par l’odeur de l’agent thérapeutique, et qu’il respire un air un peu pur. On promène sur toute la surface de la peau un pinceau de blaireau ou de charpie humecté de liquide, et l’opération est terminée en cinq minutes. Seulement il faut que le malade soit placé dans un espace bien ventilé. Après trente-six heures écoulées, un bain simple. Quant au liquide, il se compose de 12 grammes de chlorure de soufre dissous dans 100 grammes de sulfure de carbone. Tout ce que l’on peut dire de cette médication, c’est qu’elle constitue le traitement d’été de la gale, car il serait difficile de remplir ces conditions en hiver. On le conçoit d’ailleurs parfaitement en présence de l’odeur infecte qu’exhalent les substances employées.
Après avoir passé en revue, et apprécié à ce que nous croyons être leur juste valeur, les méthodes et les agents employés ou préconisés aujourd’hui dans le traitement de la gale, nous serions incomplet si nous ne formulions pas une thérapeutique d’ensemble telle que nous la concevons.
1° La peau doit être propre pour se trouver dans les conditions les plus favorables à l’application d’un topique; un bain avec 500 grammes de savon blanc remplit parfaitement ce but. C’est assez dire que tout autre savon peut être mis en usage soit dans le bain, soit à l’état de lotion pour nettoyer la peau.
2° Trois conditions doivent diriger le médecin dans le mode de traitement et dans le choix du moyen : l’état social de l’individu, son âge, la forme de la gale. L’homme de la campagne, le soldat, l’ouvrier, supporteront sans inconvénients le sulfure de chaux pur; il suffira de l’étendre sur la peau, principalement dans les parties où siège le plus souvent l’acarus, les mains et les pieds, la partie interne des membres, le ventre, la verge chez l’homme, le voisinage des mamelles et le mamelon chez la femme, sans négliger toutefois le reste de la surface du corps , la figure exceptée.
Mais il ne faut jamais employer de frictions très fortes. Ces frictions ont été recommandées dans le but de déchirer les sillons pour
6l& PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
mettre à nu la ponte des acarus. Ce sont ces frictions qui sont l’origine de toutes les éruptions secondaires quelquefois si rebelles, et nous ne saurions trop nous élever contre cet usage.
Quelle nécessité y a-t-il d’ailleurs de guérir la gale en une seule friction? Je la comprendais pour le soldat et l’ouvrier, je la comprends moins pour toute autre classe de la société. D’ailleurs la lotion aqueuse de sulfure de chaux pénètre facilement l’épiderme, et elle ne nécessite pas ces déchirures de sillon, après un bain savonneux préparatoire à la lotion. Les agents excipients graisseux imprègnent moins bien la peau , mais ils ont l’avantage de moins irriter.
C’est ainsi que la condition sociale de l’individu, en autorisant sans aucun inconvénient une seconde friction, vient naturellement apporter un changement dans les prescriptions du médecin. Quoi qu’il arrive, après une seule friction, le sujet galeux ne peut pas transmettre la gale ; tous les acarus libres sont tués ; la ponte des œufs et leur éclosion sont assez modifiées pour être retardées.
Chez la femme , et à plus forte raison chez l’enfant, le choix du moyen est très important; les doses des agents doivent être réduites à moitié ou au quart : l’effet en sera le même, et la peau ne deviendra pas le siège d’éruptions secondaires.
Quant à la forme de la gale, ou ce que l’on veut appeler aujourd’hui la complication de la gale, il y a à cet égard, comme je l’ai décrit trois états de boutons, généralement très distincts, et qui se montrent sur les individus en raison de leur tempérament et de l’ancienneté de la maladie ; de là ces dénominations de gales papuleuse, aqueuse ou vésiculeuse et de gale pustuleuse. Ces formes sont généralement assez dessinées pour que l’on puisse prévoir la nature de l'éruption secondaire qui se manifeste à la peau après une friction trop forte: du lichen par centaines de papules dans la première espèce, un état eczémateux dans la seconde, des furoncles ou des abcès dans la troisième.
C’est la gale papuleuse qui supporte la médication la plus active; après elle, la gale aqueuse, et ensuite la gale purulente. A l’égard de celle-ci, il est toujours sage de calmer l’irritation de la peau au préalable, et ce pendant deux ou trois jours, à l’aide de bains émoi-
GALE
lients et d’onctions avec le saindoux. Ce sera placer tout d’abord l’individu qui en est atteint dans des conditions de transmission à peu près nulles, car les corps gras seuls font périr les acarus, ainsi que je m’en suis assuré» mais ils n’atteignent pas leur ponte* D’ailleurs, dans la forme pustuleuse de la gale, il y a beaucoup moins d’acarus que dans les autres, et partant moins de danger de transmission.
C’est assez dire que l’agent insecticide que l’on emploiera vers
le troisième jour doit être extrêmement doux, et qu’il faudra recourir plusieurs jours de suite à son emploi, plutôt que faire courir au malade le risque de voir surgir une série de furoncles ou tout autre accident secondaire.
3° Une fois l’insecte et sa ponte détruits, la gale n’est pas guérie; elle ne l’est qu’à la condition que la peau est exempte de toute espèce d’éruption, et qu’elle est rentrée dans son état naturel. Les bains répétés tous les jours, bains simples, bains émollients; les applications de saindoux ou de cold-cream tous les soirs sur la surface de la peau , principalement où existe l’éruption; l’absence de tout grattage, de tout vêtement de laine, voilà les moyens qui conduiront à la guérison. Quelque bien entendus que soient les soins, il faudra toujours huit à dix jours pour obtenir ce résultat; et à nos yeux le médecin est blâmable au point de vue de l’avenir, qui nous est encore inconnu, de ne pas parfaire la guérison de la gale, en présence de cette maladie qui se chiffre pour une proportion si considérable, comme antécédent , principalement dans les affections eczémateuses et lichénoïdes.
Reste la question de vêtements. Ï1 est toujours sage d’en changer entièrement, et de faire passer au soufre ou à l’étuve ceux que le malade portait.
L’étuve suffisamment chauffée suffit à faire périr l’acarus ; elle offre l’avantage de n’exercer aucune action décolorante des vêtements.
En résumé, nous n’avons pas eu en vue de critiquer aucun des progrès que l’on a fait subir au traitement de la gale, mais au milieu de la multiplicité des moyens et des méthodes, il était peut-être nécessaire de poser quelques préceptes de thérapeutique ; c’est ce que nous avons cherché à faire dans cette note.
Maladie pédiculaire, phthiriasie.
On donne cette dénomination à une affection de la peau, qui, en dehors des phénomènes morbides cutanés, donne heu à la production de trois insectes différents : le pediculus capitis , le pediculus corporis , et le pediculus pubis. Les deux premiers sont généralement désignés sous le nom de poux de la tête et du corps; le dernier, sous le nom vulgaire de morpion. Ces trois insectes sont considérés par de Geer, Linné, et d’autres naturalistes, comme n’étant que des variétés du même genre. Mais si l’on a égard à la forme de chacun d’eux , et notamment à celle du pediculus pubis , à son siège tout spécial et toujours constant, à sa situation à la base de chaque poil, dont il ne s’éloigne jamais, au mode de piqûre et de sensation douloureuse qu’il produit, on est porté à en faire une catégorie à part; ajoutons qu’il est loin de pulluler à l’instar des poux, et de donner naissance aux sécrétions morbides que les poux déterminent. Nous donnerons donc une description à part de l’affection à laquelle se rattache le pediculus pubis, et nous réserverons la dénomination de maladie pédiculaire pour l’affection dans laquelle il se produit des poux, soit sur la tête, soit sur le corps.
Quant aux caractères communs à ces insectes, ce sont les suivants : Insectes aptères , à corps aplati avec enveloppe coriace, diaphane à son centre ; tête distincte, ovale ou triangulaire, avec petit mamelon charnu renfermant un petit suçoir; deux antennes, deux petits yeux ronds; corselets, presque carrés; six pattes grosses et d’une égale longueur. Ils sont ovipares, leurs œufs portent le nom de lentes ; les mâles ont le bout de l’abdomen arrondi, tandis qu’il est échancré chez les femelles, qui n’ont pas d’aiguillon.
Ceci posé, je crois que les auteurs modernes ont fait trop bon marché de la maladie qui nous occupe , tandis que les anciens y attachaient une importance un peu trop grande peutêtre.
Il est peu d’affections qui, au point de vue des soins à donner à
MALADIE PEDICULAIRE.
l’enfance, intéressent plus le médecin. Quoique beaucoup plus commune chez l’enfant, elle peut se rencontrer assez fréquemment dans tous les âges de la vie ; mais alors, tantôt elle affecte le cuir chevelu, tantôt le corps.
Elle ne paraît pas naître des mêmes causes, suivant qu’elle siège sur ces diverses parties. Dans l’enfance, quelle que soit la propreté dont les enfants sont entourés, il n’est pas rare de voir- surgir tout à coup, durant la convalescence d’une maladie ou après quelques prodromes de malaise, d’inappétence, de lassitude générale, une quantité considérable de poux à la tête.
Si, au contraire, c’est la surface du corps qui est le siège de la maladie , alors la malpropreté, la misère avec toutes ses conséquences, l’ont presque toujours déterminée.
Certes, cette maladie peut se transmettre d’un enfant à un autre enfant, et même quelques dermatologistes très recommandables la considèrent comme ayant toujours cette origine. Telle n’est pas notre manière de voir , et sans repousser cette transmission qui doit avoir lieu dans beaucoup de cas, nous considérons la maladie pédiculaire de l’enfance comme pouvant être très fréquemment spontanée dans des conditions données de tempérament, de constitution et de vie sociale de l’enfant.
Cette spontanéité, nous l’admettons aussi à l’égard de l’adulte et du vieillard , par cette coïncidence, signalée d’ailleurs par tout le monde, de la maladie pédiculaire avec la malpropreté et la misère. En cela , nous partageons la manière de voir des auteurs les plus anciens, et les idées plus récemment émises à ce sujet par Moronval, autrefois médecin de l’hôpital Saint-Louis.
Il est peu d’insectes qui pullulent avec une aussi grande rapidité et en aussi grand nombre. L’observation que nous rapporterons ci-après, est une preuve évidente de ces deux conditions de développement, en même temps qu’elle démontre la possibilité d’une spontanéité d’origine dans les conditions que nous avons signalées plus haut.
Tous les dermatologistes ont insisté sur cette génération si considérable de poux à la surface de la peau dans quelques cas. 11 en est qui ont été plus loin, et qui ont admis la production de ces insectes
dans r épaisseur de ce tissu sous forme de poches ou tumeurs qui se crèvent et mettent en dehors une véritable fourmilière d’insectes. Lieutaud va plus loin encore, et cite les cas d’autopsies qui ont démontré non-seulement l’existence de ces poches sous le cuir chevelu, mais encore sous les membranes du cerveau et dans la propre substance de cet organe ; en sorte que les poux pourraient s'introduire plus loin que le pidex penetrans , qui se loge constamment dans l’épaisseur de la peau, et qui est pourvu d’organes propres à opérer cette pénétration. Presque tous les auteurs modernes nient ou mettent en doute l’existence de ces poches, et nous ne saurions aller aussi loin que Lieutaud à cet égard ; mais nous avons été à même d’observer ces sortes de productions exceptionnelles, nous avons vu ces tumeurs remplies de myriades de poux : nous nous en expliquons difficilement la formation, nous en admettons cependant l’existence sans rien préciser sur leur siège. Se sécrète-t-il une humeur qui se concrète pour former les parois d’une sorte d’enveloppe? La ponte des lentes est-elle sous-épidermique ? C’est ce que lions ne saurions déterminer; mais quant aux tumeurs pédiculaires, nous les avons vues.
Rust rapporte qu’il fut appelé en consultation auprès d’un enfant mâle, âgé de treize ans , qui portait sur la tête une très grosse tumeur pour laquelle un grand nombre de remèdes avaient été inutilement employés. Cette tumeur, peu élevée, mollasse, sans fluctuation, n’offrait aucune trace d’inflammation. Le malade, qui était dans un état cachectique, se plaignait seulement d’une démangeaison insupportable dans l’intérieur de la tumeur. On y pratiqua une incision : il en sortit une immense quantité de petits poux blancs ; elle ne contenait rien autre chose, et le malade guérit rapidement. G; Heberden, d’après Ed. Wilmot, a cité un cas semblable. Bernard Vallentin rapporte l’histoire d’un homme qui, des faits que nous avons cités, avait des démangeaisons insupportables sur la peau, et dont tout le corps était couvert de petits tubercules analogues. Ces petites tumeurs furent incisées : il n’en sortit ni sérosité, ni sang, ni pus ; mais elles contenaient une si grande quantité de poux de diverses grosseurs, que le malade faillit en mourir de frayeur. Eh bien , c’est en présence de tels faits que l’on
MALADIE PEDICULAIRE.
a mis en cloute la spontanéité des poux. Ainsi, M. Rayer se demande si ces tumeurs n’étaient pas formées par des follicules cutanés, dilatés, dans lesquels des pediculi auraient pénétré et se seraient reproduits?
Tout le monde rattache à la malpropreté et à la misère le développement des poux; personne ne peut nier leur manifestation spontanée chez certains enfants, ou chez des jeunes gens et même des adultes, durant le cours des maladies graves, et alors même que ces enfants sont entourés des plus grands soins de propreté : il y a donc là une cause toute spéciale qui nous est inconnue, et qui donne lieu à cette fécondation spontanée ; car ces enfants, comme ces adultes, ne sont pas en contact avec d’autres enfants qui soient atteints de maladie pédiculaire.
Mais il y a plus, ce n’est pas seulement pour la tête que j’admets la spontanéité de cette maladie, je dis qu’elle a lieu aussi pour le corps. J’ai eu l’occasion de recueillir à cet égard un grand nombre de faits. Malheureusement ils ne se rattachent pas à des individus sur la propreté et les contacts desquels j’aie toujours pu compter ; mais j’en ai vu surtout que je ne puis pas considérer comme étant dans les mêmes conditions. Il s’agit, par exemple, d’un homme de trente-sept ans, marié, ayant plusieurs enfants , vivant et couchant constamment avec sa femme, et qui, pour la troisième fois, était atteint d’une maladie pédiculaire du corps. Son père, chose remarquable, avait comme lui été assez souvent sujet à la même affection ; le développement de celle-ci était précédé de malaise général , de lassitude, d’anorexie, à la suite desquels se montrait une démangeaison à la peau avec un picotement, et en quelques jours des poux en proportion assez notable se manifestaient. D’ailleurs pourquoi ce qui se produit à la tête chez l’enfant dans le jeune âge ne se produirait-il pas sur le corps ?
Nous avons donné des soins à une dame qui habitait un château, et qui couchait dans une alcôve à deux lits : son mari occupait le second lit. Deux ou trois fois par an, quelque soin qu’elle prît d’elle-même, malgré des soins hebdomadaires, elle était prise de la maladie du corps, que son mari ne contractait pas. Elle avait porté les précautions assez loin pour faire changer à chaque atteinte
de poux, non-seulement ses draps et ses couvertures, mais encore ses matelas.
Voici deux observations du même genre.
Maladie pédiculaire spontanée. — Madame veuve Thénard, trente-sept ans. Tempérament lymphatique sanguin, santé débile, maladies et incommodités fréquentes. Rien de notable du côté des organes génitaux ; l’estomac est capricieux ; les digestions sont lentes et capricieuses ; la langue est fendillée. La malade est mal nourrie et loge dans un appartement humide et peu aéré.
Au printemps, elle était sujette à des boutons et à des démangeaisons ; cette année les boutons furent plus nombreux. Il y a trois mois parut une éruption de papules causant des démangeaisons vives sur la partie supérieure du dos, sur les épaules, la partie supérieure de la poitrine, dans les aisselles. Quelques jours après, parurent des poux en petite quantité, qui ne gagnaient jamais le cuir chevelu ni le pubis et la partie inférieure du corps. La malade les détruisait, et tous les jours en tuait quatre ou cinq qui semblaient sortir à la peau; mais leur apparition ne cessait pas. L’éruption revêtit les caractères du lichen mêlé au prurigo. La tête est saine, sans croûtes ni parasites. La malade ne peut indiquer aucun mode de contagion ; elle n’a fréquenté personne qui fût infecté, etc. Bien plus, elle couche avec sa fille, âgée de dix-huit ans ; cette jeune fille a trouvé sur son corps quelques poux, qui ne se sont pas reproduits, qui ne lui ont pas causé de démangeaisons et qui n’ont amené aucune éruption, aucune papule. - — Prescription. Chicorée, bains sulfureux. 27 mars. La malade se représente â la consultation; les poux n’ont pas complètement disparu, mais personne n’a été infecté par son contact.
Maladie pédiculaire. — Moquet Benoist, quarante-trois ans, courtier de commerce, rue du Cloître-Notre-Dame, 10, neuvième arrondissement, né à Viviers, Aisne; veuf. — Tempérament sanguin. Bonne santé habituelle. Il y a vingt-trois ou vingt-quatre ans il eut des chancres et un écoulement. — Il y a un an, à la suite de fatigues et de contrariétés, il eut une éruption de prurigo et de lichen accompagnée de poux. Il fut traité à Saint-Louis chez M. Cazenave par des bains alcalins et des pilules d’aconit et de taraxacum. Il sortit guéri au bout d’un mois. — Cette année, les poux reparurent en même temps que des papules de lichen et de prurigo. Comme l’année dernière, il ne peut indiquer aucune source de contagion, si ce n’est un chien qui couche habituellement sur son lit. Il n’a communiqué les parasites à personne quoiqu’il ait eu des rapports intimes avec plusieurs individus. Les poux n’ont gagné ni la tête, ni la barbe, ni le pubis. Us n’étaient pas en grande quantité, il semblait au malade qu’ils sortaient de la peau. Du reste il se lient propre, change de linge deux ou trois fois par semaine, et prend fréquemment des bains. — 20 mars 1856. L’éruption et les démangeaisons occupent le ventre, les jambes, les épaules et surtout la partie interne des cuisses. Elle affecte la
MALADIE PÉDICULAIRE
forme du lichen mêlé ail prurigo. — Prescription. Bains sulfureux ; sirop sulfureux; pommade soufrée à un gramme pour trente. — 12 avril. Il existe encore quelques traces de lichen et de prurigo aux cuisses et au ventre. Les démangeaisons ont diminué. Les poux ont disparu dès la deuxième semaine du séjour. — 15. Exeat; guéri.
Nous le répétons donc, la maladie pédiculaire, soit de la tête, soit du corps, peut être spontanée. Je sais que les entomologistes ne sauraient admettre une pareille manière de voir ; mais il faut se rendre à l’évidence des faits, malgré les théories et les observations que l’on peut puiser dans une étude approfondie de l’histoire naturelle.
La maladie est le plus souvent fort discrète, et c’est surtout le cas où elle a été contractée d’enfant à enfant ou d’adulte à adulte ; car alors elle ne présente pas les mêmes phénomènes. Ainsi lorsqu’un enfant se coiffe d’un bonnet qui contient un ou plusieurs poux, ceux-ci s’attachent aux cheveux; ils donnent lieu à des pontes successives, et les poux se disséminent peu à peu à toute la surface de la peau, en y déterminant des démangeaisons, à la suite desquelles surviennent de légères érosions , par suite de grattages. L’enfant n’en est pas autrement incommodé ; la peau n’en est pas autrement malade. Lorsque, au contraire , l’affection naît spontanément, il se montre des démangeaisons d’abord; puis la peau sécrète bientôt une humeur très visqueuse qui agglutine tous les cheveux, les rend collants, plastiques, humides à un tel point que, à la première vue, on reconnaît la maladie pédiculaire de la tête. Chose remarquable, il y a toujours une seule portion de cuir chevelu qui est affectée, à moins que la date du mal ne soit ancienne. Les poux se répandent bien sur la totalité des cheveux, mais le foyer du mal, qui est unique ou multiple, est très nettement circonscrit. Il en résulte des mèches plus ou moins considérables de cheveux agglutinés d’une part ; d’une autre part, les poux, en se disséminant et en abandonnant le foyer d’origine, déposent, au fur et à mesure du trajet qu’ils parcourent, des lentes sur les cheveux, en sorte que ces derniers sont recouverts sur leur longueur de petits points grisâtres , arrondis, qui bientôt deviendront des insectes. La peau elle-même est excoriée, suintante, croûteuse ; le derme est à
nu, et, dans quelques cas même, il y existe des ulcérations grisâtres de mauvais caractère.
La maladie est très fréquemment bornée à la tête. Willan prétend même qu’elle ne s’étend jamais au delà ; c’est une erreur. Cependant, il faut le dire, ce n’est pas ce qui a lieu le plus généralement.
Il est rare que la production des poux à la surface du corps se borne à causer des démangeaisons et des excoriations par suite du grattage; elle y fait naître encore des papules, dont le malade arrache le sommet: de là la forme morbide désignée sous le nom de prurigo pédiculaire. Est-ce une variété du prurigo dans laquelle les poux ne seraient que secondaires, ou au contraire une forme inhérente à la présence des poux? C’est une question que plusieurs auteurs n’ont pas hésité à résoudre dans le premier sens; mais, pour nous, nous croyons que le prurigo, lorsqu’il se montre à la peau avec les caractères qui lui sont propres, est primitif; que les poux n’ont été que secondaires et gagnés d’individu à individu par accident. De sorte que dans le prurigo pédiculaire (voy. cet article) il y a deux choses : les papules de prurigo avec leurs caractères distinctifs et leur siège, tandis que dans la maladie pédiculaire proprement dite, on ne voit que des excorations de peau sécrétant de la sérosité et ne donnant pas de sang, et çà et là des papules fournissant la même sécrétion: ce n’est plus d’ailleurs le même siège, la maladie pédiculaire existe tant en avant qu’en arrière, et le prurigo n’alfecte que les parties postérieures. C’est là ce qui nous a fait mettre en doute l’existence du prurigo pédiculaire, que nous regardons plutôt comme un prurigo avec complication de poux contractés en couchant avec un individu qui en était plus ou moins couvert, ou dans des draps qui en contenaient dans leurs plicatures; car les poux se logent ordinairement dans les vêtements.
Le pediculus pubis se distingue nettement par sa forme des deux au très insectes ; il a pour cachet aussi d’adhérer fortement à la peau, de s’y implanter à la base des poils, et de ne dépasser les limites des parties génitales que pour se porter à la base des poils qui peuvent se trouver disséminés à la surface du corps.
Abandonnée à elle-même, la maladie pédiculaire de la tête est,
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pour l’enfant et pour l’adulte même, une source puissance d’incommodités ; elle surexcite le système nerveux, elle amène l’insomnie, l’agitation, bientôt l’inappétence et l’amaigrissement ; de sorte que si l’on continuait à respecter les poux, l’enfant pourrait tomber dans une sorte de marasme.
Mais cette affection peut, dans certaines maladies graves, être considérée comme une solution critique très avantageuse de la maladie. Il faut donc savoir la respecter jusqu’au point de ne pas nuire à l’enfant. En se reportant à l’observation à laquelle nous avons fait allusion déjà deux fois, on comprendra dans quel état doit être un individu atteint d’une maladie pédiculaire générale ; et l’on expliquerait, jusqu’à un certain point, comment Hérode, Sylla, Ennius, Philippe II roi d’Espagne, ont pu succomber à cette maladie portée à un tel degré.
Ces détails une fois établis, abordons la thérapeutique de cette maladie pédiculaire. En général, rien n’est plus facile que de couper court à cette affection. Mille moyens l’enrayent et la guérissent: aussi importe-t-il moins au médecin de connaître ces moyens que de savoir juger s’il y a ou non opportunité à enrayer le mal. Nous allons nous attacher à poser d’abord ces principes en isolant chacune de ces affections, puisqu’elles se rattachent réellement à des âges différents.
Depuis longtemps on avait signalé le danger qu’il y avait à supprimer la maladie pédiculaire chez l’enfant. C’est avec surprise que l’on trouve cette assertion mise en doute par quelques auteurs modernes fort recommandables d’ailleurs. Pour nous nous avons vu la mort survenir chez deux enfants, et cela dans l’espace de six à huit jours, pour avoir coupé les cheveux d’enfants atteints de maladie pédiculaire. Nous avons même vu des maladies graves surgir de cette même circonstance chez l'adulte. — On sait combien, dans les hôpitaux, les religieuses sont esclaves des soins de propreté ; lorsqu’elles reçoivent dans les salles des malades atteints de cette affection, elles s’empressent de s’opposer à la transmission en entourant le malade de tous les soins possibles de propreté. Le médecin prescrit-il la section d’une portion des cheveux, elles s’empressent, dans leur inexpérience, de faire couper ras la totalité. Dès
lors, cessation de la démangeaison, suppression de la sécrétion abon*’ dante qui en est une conséquence, refroidissement de la tête, répercussion de la maladie du cuir chevelu, et développement d’une affection cérébrale grave chez l’enfant, ou d’un état morbide général avec symptômes graves, sans qu’on puisse, dans quelques cas, préciser la nature de l’organe affecté pour l’adulte. Ce n’est qu’à force de rubéfiants ou de larges vésicants que l’on parvient à enrayer les accidents; heureux encore lorsqu’on réussit.
Ce ne saurait donc être un fait douteux que les conséquences fâcheuses qui peuvent surgir de cette suppression. En thèse générale, s’il ne faut pas favoriser la formation des poux chez l’enfant, et encore est-il beaucoup de circonstances où cette production constitue la crise heureuse d’une maladie, au moins faut-il la respecter à son début et pendant une certaine période de temps. La seule condition qui exige impérieusement de faire cesser la maladie, c’est le cas où l’enfant en souffre réellement et où sa santé tend à en être altérée.
Alors on fait peigner peu à peu la tête de l’enfant ; on fait brosser les cheveux pour en détacher le plus de lentes possible. On peut même faire couper la sixième ou la cinquième partie de leur longueur, et répéter cette opération tous les deux ou trois jours, en prenant le soin de faire couvrir la tête dans la proportion où ces sections en enlèvent le vêtement naturel. La section des cheveux est le moyen le plus puissant pour arrêter l’affection pédiculaire, parce que, avec les cheveux, elle enlève la production ultérieure des insectes : mais c’est celui dont l’emploi est le plus difficile et le plus dangereux. Aussi, chez les jeunes enfants, faut-il lui préférer les soins ordinaires de propreté. Du moment que l’on diminue les poux, de quelque manière que ce soit, on est sûr de diminuer la maladie et les accidents qu’elle développe. Il ne me paraît pas nécessaire d’y ajouter d’autres agents, que je vais d’ailleurs faire connaître, à l’égard des adultes.
Pour ceux-ci, il est rare que l’affection ne se soit pas développée avec rapidité et avec énergie. La chevelure est presque toujours abondante ; les cheveux sont agglutinés et intriqués les uns dans les autres. Chercher à les isoler serait un essai inutile, la section
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seule fait justice de cette difficulté ; c’est encore avec les mêmes précautions qu’il faut y arriver. Il faut de plus administrer des bains excitants, c’est-à-dire des bains sulfureux un peu forts et même des bains de vapeur, afin de porter une excitation vive sur la généralité de la surface de la peau. —-Un peu plus tard on fait étendre de l’axonge, du saindoux ou de l’huile sur la tête: ce moyen seul suffit pour tuer les poux vivants. — On lave la tête tous les jours avec de l’eau alcaline contenant 10 grammes de carbonate de soude pour 500 grammes d’eau. — Enfin on arrive à l’emploi d’une pommade alcaline composée d’axonge, 30 grammes, et carbonate de potasse, 2 grammes. Les bains sulfureux doivent être employés même au delà du temps que dure l’affection.
C’est en changeant fréquemment le linge des malades atteints de prurigo pédiculaire, ou en leur faisant prendre d’une manière soutenue des bains alcalins ou savonneux, que l’on fait céder cette affection. Il n’est pas nécessaire d’employer des pommades. Mais il ne faut pas perdre de vue que la maladie a été engendrée nonseulement par la malpropreté, mais encore par la misère et les privations qu’elle entraîne à sa suite. Il y a donc lieu de fortifier le malade, et par un bon régime alimentaire, et par une sage administration de toniques à l’intérieur, car on a presque toujours affaire à des vieillards.
Nous avons peu de chose à dire de la maladie pédiculaire du pubis. Tout le monde sait sa marche : elle est ordinairement bornée aux parties génitales, mais elle peut s’étendre à tout le corps. Chose remarquable, c’est sa forme immédiate qui fait que des malades attendent souvent fort tard pour se faire traiter ; notamment les personnes d’une vie régulière, et qui couchent par hasard dans un lit d’auberge, y contractent cette affection. Chacun sait qu’il suffit de quelques frictions d’onguent mercuriel simple et de bains d’eau pour l’arrêter immédiatement et la guérir. Dans le cas où l’on ne voudrait pas se servir de cet onguent, pour des motifs puisés dans des conditions de position sociale, on pourrait avoir recours à l’onguent citrin ou à des bains de sublimé.
Dans ces trois formes pédiculaires, nous ne saurions trop recoin-
mander de faire changer les vêtements des malades, ou au moins de les faire nettoyer, lessiver et passer au soufre.
Je terminerai l’histoire de la phthiriase par une observation fort remarquable que j’ai citée plusieurs fois dans cet article.
B..., âgé de trente-huit ans, né de parents misérables, a joui d’une excellente santé jusqu’en 18^2^ où il fut pris de douleurs rhumatismales de peu de durée. Peu de temps après , quoique père de huit enfants, il se livre à la vie la plus déréglée, passant les nuits dans les bois voisins du village qu’il habitait, vivant de pain noir et de légumes crus qu’il pouvait dérober, ayant d’ailleurs des rapports avec toutes les ouvrières d’une blanchisserie voisine, alors qu’elles le suivaient de gré ou de force. — Écoulement uréthral et chancre. Peu après, développement de petits boutons pleins d’eau entre les doigts, se multipliant d’une manière successive aux poignets, au pli des membres et causant de la démangeaison : c’était la gale. Entré à l’hôpital de Bernay. Le médecin s’occupe d’abord du traitement de la blennorrhagie et des chancres. Un jour, après avoir pris une potion nouvelle, que le malade a considérée comme étant , plus énergique que de coutume, l’écoulement diminua tout à coup, ainsi que le gonflement du prépuce; mais en même temps il fut pris d’un malaise général avec céphalalgie intense... ; puis, tout son corps devint le siège d’une démangeaison beaucoup plus vive que celle de la gale, et, dans l’espace de vingt-quatre heures, il aperçut à la peau des milliers de poux. Il n’en avait jamais eu auparavant. En vingt-quatre heures aussi disparurent tous les boutons de gale. Telle était alors son affreuse position qu’il se grattait jusqu’à s’excorier la peau; et, au lieu de sang, c’était une matière roussâtre et infecte qui s’écoulait. Cette matière, en se concrétant, donnait naissance à des croûtes hideuses. Sa chemise, imprégnée de l’humeur qui s’échappait, aurait pu, dit-il, tenir droit comme un pieu, après avoir été séchée. Les poux pullulant d’une manière effrayante, et la peau devenant de plus en plus malade, le médecin de Bernay l’engagea à se rendre à Paris pour être traité à l’hôpital Saint-Louis. Il y arriva après vingt jours de marche, mendiant de ferme en ferme la nourriture et le coucher.
Le ‘2 janvier 18/t3, je le reçus dans mon service.
Il était à peine dans son lit, que déjà draps, rideaux, meubles voisins, étaient envahis par des milliers de poux ; il fallut l’isoler, l’entourer d’alèses que l’on étendit sur le sol, et les renouveler souvent.
Ses cheveux, longs et touffus, étaient agglutinés entre eux par une matière collante et humide qui suintait de sa tête. Sur les mèches de ses cheveux agglutinés et dans leurs intervalles, on découvrait des fourmilières d’insectes dans un mouvement continuel. La face antérieure de son cou présentait une large excoriation rouge, sécrétante, infecte et brûlante. Derrière chacune de
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ses oreilles, dans les plis des ailes du nez, dans celui qui sépare le menton de la lèvre inférieure, suintait avec cuisson une humeur collante et d’une odeur repoussante. Les sourcils étaient tombés ; à leur place un produit furfuracé grisâtre garnissait l’arcade orbitaire. Les bords libres des paupières étaient très ronges, chroniquement enflammés et presque entièrement dépouillés de leurs cils.
Il faut avoir vu cette hideuse figure aux yeux chassieux et enfoncés dans les orbites, aux pommettes saillantes, aux joues creuses, incessamment parcourue par des milliers de poux, et surmontée de la coiffure animée et mouvante que j’ai décrite, pour s'en faire une idée exacte.
Le sujet était dévoré par une faim vorace; mais il n’avait pu jusqu’ici que très difficilement la satisfaire, et de plus il était absolument privé de sommeil. Ainsi s’explique sa maigreur.
L’aspect du reste de son corps n’était pas moins remarquable.
Sur les différentes faces du tronc et des membres étaient disséminées de nombreuses plaques élevées au-dessus du niveau des intervalles de peau restée saine. Ces plaques, de formes irrégulières, de dimensions très variables (de 2 à 6 ou 7 centimètres de diamètre), étaient isolées ou se touchaient et se confondaient par leurs bords. Elles étaient brunâtres ou violacées, ridées, rugueuses et recouvertes d’un produit squameux peu abondant. Leur ensemble si considérable donnait une apparence zébrée ou tigrée à la surface du corps du malade. De distance en distance on voyait de petites élevures rosées ou plutôt d’une teinte spéciale, sous forme de petits boutons isolés ou plus on moins rapprochés, présentant à leur sommet et à leur circonférence de petites lamelles épidermiques.
Sur ces plaques et dans leurs intervalles, des insectes parasites circulaient en foule. Je n’ai pas vu que les poux qui se promenaient sur le tronc fussent différents de ceux qui fourmillaient sur le cuir chevelu.
Mais ce que j’oubliais de mentionner, ce sont d’autres plaques humides et croûteuses (véritables tumeurs), entremêlées aux précédentes, sur toute la surface du corps, en nombre considérable, et qui constituaient de véritables nids à poux. C’étaient ces plaques qui fournissaient l’humeur sanieuse et infecte qui empesait la chemise du malade au point, comme il le disait énergiquement, qu’elle aurait pu se tenir droit comme un pieu.
Je me gardai bien de débarrasser rapidement cet homme des innombrables poux qui le dévoraient ; je permis cependant, dès les premiers jours, qu’on lui donnât quelques bains alcalins, et peu à peu, mais peu à peu seulement, qu’on coupât les cheveux : d’abord le quart de leur longueur, puis la moitié, puis les trois quarts, puis presque ras.
Lorsque les cheveux furent en grande partie coupés, ou put voir, sur différents points du cuir chevelu, mais principalement à la région occipitale, de petites tumeurs arrondies, sortes de végétations qui servaient comme de centres, de quartiers généraux aux légions pouilleuses qui habitaient la tète.
Quand le nombre des poux fut considérablement diminué par ces soins très simples, on s’occupa de leur destruction définitive ; mais on y procéda lentement et par portions. La pommade employée à cet effet fut d’abord de l’axonge fraîche. Puis on la rendit alcaline, et elle fut alors composée ainsi qu’il suit : axonge, 30 grammes; carbonate de potasse, 2 grammes ; plus tard encore on porta la dose de carbonate de potasse à l\ grammes.
Les excoriations étaient pansées simplement ; le malade commença alors à goûter un peu de repos; son appétit continuait à être bon.
A mesure que les poux étaient détruits, les végétations du cuir chevelu s’affaissaient, le suintement des excoriations diminuait. On ne négligea pas de dériver sur le tube digestif par des purgatifs, et en même temps on fit pratiquer une saignée pour dissiper une congestion encéphalique qui menaçait. Ainsi s’améliorait chaque jour l’état du malade ; mais en même temps son appétit diminuait. Ce ne fut que dans le commencement de février que l’affection pédiculaire fut entièrement enrayée.
A peine avait-elle disparu , quon vit de grosses pustules apparaître avec un prurit considérable , entre les doigts , sur le dos des mains , et sur les faces antérieures des poignets , ainsi que des boutons vésiculeux au pli des bras, aux jarrets, sur le ventre. Il n’y avait pas de doute que ce ne fût une gale pustuleuse. La pommade d’Helmerich , aidée de bains sulfureux, en fit justice au bout de quelques jours.
Durant le traitement de cette gale secondaire, le malade fut pris de douleurs rhumatismales semblables à celles qu’il avait éprouvées au commencement de 1841 , et probablement cette fois par suite de refroidissement au sortir des bains sulfureux; elles ne furent pas très vives, mais résistèrent avec opiniâtreté anx bains de vapeur dirigés contre elles.
Cependant les plaques squameuses de la peau, que nous reconnûmes alors pour être de nature syphilitique, n’étaient modifiées qu’en ce sens qu’elles étaient maintenant dépouillées de leurs squames.
Vers le milieu de mars, d’autres symptômes secondaires de vérole, bientôt accompagnés de symptômes tertiaires, éclatèrent avec une extrême violence»
Les tibias, en particulier, devinrent le siège de douleurs intolérables, aussi vives, du reste, le jour que la nuit. On sentait ces os très notablement et très irrégulièrement gonflés sous les doigts qui les exploraient.
Des pustules plates furent constatées au pourtour de l’anus, et bientôt une magnifique végétation, d’aspect granuleux et humide, se développa dans le sillon mento-labial.
On commença alors le traitement antisyphilitique. 11 y avait à peine quelques jours qu’il était commencé, que, sur les faces antérieures et latérales de chaque jambe, on vit une tache ccchymotique noirâtre apparaître et lentement s’étendre, pour recouvrir enfin presque toute la hauteur des deux jambes. En même temps les gencives se ramollissaient, les dents s’ébranlaient dans
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lenrs alvéoles, et une odeur infecte s’échappait de la cavité buccale. Il n’avait
pas encore été administré de mercure.
Un scorbut des plus graves était donc venu compliquer l’état morbide déjà si complexe de notre malheureux patient.
Des citrons à sucer, les ferrugineux, les toniques, le vin de Collioure, arrêtèrent et guérirent cette affection.
Alors un traitement antisyphilitique put être entrepris, il avait pour base le mercure et l’iodnre de potassium.
Il serait trop long de décrire toutes les phases décroissantes par lesquelles sont passés les différents symptômes de tous ces états morbides qui se confondaient. Ainsi, pour le scorbut, les différentes teintes des vastes ecchymoses développées aux jambes, l’état de plus en plus ferme des gencives, etc.; pour la vérole, l’affaissement progressif des syphilides dont la teinte s’est peu à peu modifiée, l’affaissement aussi, puis la disparition des végétations contre lesquelles, outre le traitement général, on employa des applications mercurielles locales.
Sans doute, la marche vers la guérison a été lente, puisque ce n’est que le 2 lx juillet que le malade a quitté l’hôpital, et qu’il en est sorti encore peu robuste ; mais il était parfaitement guéri de toutes ces affections successives.
Je passe ici beaucoup de détails sur le malade, que j’appelais Y homme des bois, ainsi que tous les divers traitements qu’il a subis. Cette observation, si intéressante sous tant de rapports, a été relatée dans son ensemble dans la thèse de l’un de mes élèves les plus distingués, M. le docteur Faget. Je ferai remarquer, en terminant, que ce malade est constamment resté couché et isolé des autres, qu’il n’a marché que durant la dernière quinzaine de son séjour à l’hôpital, et qu’il était placé dans mon service, où il n’existe jamais de galeux.
Acné punctata. — Nous avons décrit cette maladie en faisant l’histoire de l’acné; nous ne la rappelons ici que parce qu’on y a découvert la présence d’un insecte qui a de l’analogie avec celui de la gale. (Voy. Acné.)