SCROFULES DE LA PEAU
guéris, au moins quant à la cause première, peuvent transmettre à leurs enfants, d’une part cette cause, ce virus plus ou moins modifié, et si le tempérament de l’enfant le dispose à la scrofule, il en résulte une maladie de forme composée dérivant de la scrofule et de la syphilis, que nous appelons scrofulo-syphilide. Alors apparaissent chez ces enfants, non pas la maladie scrofuleuse avec ses formes simples, puis composées, mais d’une évolution régulière, ruais bien des accidents qui ont à la fois un cachet de la scrofule et un cachet de la syphilis, sans que ni l’une ni l’autre soient nettement dessinées au point de pouvoir dire : c’est de la scrofule, ou c’est de la syphilis. Je donne à ces diverses formes d’accidents composées le nom de scrofulo-syphilides de la peau , et je les signale dans cet ouvrage comme ne rentrant pas complètement dans l’histoire de l’une ou de l’autre de ces affections.
Le peu de mots que nous venons de tracer suffisent pour faire sentir combien il nous sera difficile de dépeindre quelques-unes de ces affections. C’est plutôt par les différences quipeuvent exister entre les phénomènes de l’évolution ordinaire de la scrofule, quant à l’aspect, au siège surtout, aux résultats pathologiques qu’ils amènent, que l’on peut établir les nuances sur lesquelles nous appelons toute l’attention des praticiens. La scrofule se montre dans le bas âge par le développement de ganglions au cou et des abcès; le cou, la figure et le cuir chevelu sout le siège ordinaire de ces formes scrofuleuses auxquelles il faut ajouter les tumeurs blanches, la coxalgie et le mal de Pott. 11 existe enfin, comme dernier accident de la scrofule, un état des os qui se manifeste par leur gonflement, leur carie et leur nécrose. Je ne nie pas que ces derniers accidents ne puissent être dépendants d’une manière absolue de la scrofule, mais je crois que bon nombre de cas doivent être rattachés à deux causes : la scrofule et la syphilis.
Or, les scrofules de la peau dont je veux parler dans cet article ont quelque chose de tout à fait anormal à cette marche ; on n’y trouve pas cette succession de phénomènes que je viens de signaler. Si cette affection naît à la tête, elle se montrera au cuir chevelu par des tumeurs beaucoup plus dures que les tumeurs gommeuses; ces tumeurs seront multiples, indolentes, finiront par s’abcéder ou don-
lier naissance à des abcès fistuleux au fond desquels on sent un os nécrosé. C’est ainsi que j’ai vu une jeune tille de dix-huit ans, vierge de tout rapport avec des hommes, et qui portait sur le cuir chevelu quatre tumeurs de ce genre depuis plusieurs années. Elle n’avait pas les apparences très franches du tempérament lymphatique, mais elle avait été réglée fort tard ; elle était indolente, inactive, avait eu quelques légers ganglions engorgés au cou . Ces tumeurs s’abcédèrent dans plusieurs points, et dans des opérations successives on enleva des portions nécrosées de la table interne des os du crâne. Cette malade était entrée dans divers services chirurgicaux où elle avait subi plusieurs extractions d’os, dont l’une d’elles avait mis à nu les membranes du cerveau ; nous lui fîmes subir un traitement mixte. M. Nélaton dut lui enlever encore des portions d’os nécrosées; mais nous ne pûmes pas la guérir complètement.
Nous avons eu dans nos salles un jeune garçon de dix-sept ans, qui a une maladie analogue à la figure. Il a toute la physionomie d’un scrofuleux, et cependant il n’a jamais eu d’abcès au cou ; mais son nez est devenu malade sans être atteint d’un lupus. 11 s’y est formé une ulcération qui a marché lentement, mais qui a peu à peu détruit toutes les parties molles du nez, peau, membrane muqueuse et cartilages. Plusieurs ophthalmies scrofuleuses se sont déclarées, à la suite desquelles il existe une opacité complète de la cornée de l’œil droit.
Nous avons donné des soins à un enfant de quatorze ans, qui portait à quelques centimètres au-dessous de l’aine gauche et en dedans de la cuisse plusieurs tumeurs du volume d’une noisette à une noix, tumeurs qui ne se sont jamais abcédées, qui avaient pris une marche sans cesse croissante, et qui se sont terminées par résolution en laissant un tissu plus ou moins analogue à une cicatrice ; mais ces tumeurs n’ont cédé qu’au traitement mixte dont nous parlerons plus loin, c’est-à-dire ayant pour éléments les antiscrofuleux et les antisyphilitiques. Cet enfant était lymphatique, mais il n’avait pas eu de ganglions engorgés au cou; et les tumeurs, quoique se présentant sous la forme d’engorgements ou espèces de gros tubercules indolents, n’étaient nullement des lupus ; il y avait là un
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aspect tout à fait anormal qui ne dessinait pas une affection purement scrofuleuse.
J’ai soigné un garçon de dix-neuf ans qui affirme n’avoir jamais eu de maladie vénérienne, et qui depuis un an a le nez plus volumineux que de coutume, avec tissu semi -engorgé, sans rougeur luisante comme dans le lupus ; le nez a conservé sa forme, mais le tissu libre qui limite les deux narines s’est excorié, puis ulcéré, puis frangé et découpé. Un traitement mixte de trois mois l’avait guéri ; il voulut le discontinuer et sortir de l’hôpital , il a été obligé d’y rentrer pour compléter sa guérison.
J’ai vu bon nombre de cas analogues chez des enfants jusqu’à l’âge de quatorze, seize ou dix-huit ans, plus fréquemment à la figure et au cuir chevelu, assez souvent sur la longueur des membres et à leur partie interne principalement, et j’ai toujours considéré ces divers états comme n’étant autres qu’une transformation du virus syphilitique des parents en syphilide scrofuleuse ou en scrofule syphilitique. Ce sont des faits qui méritent d’être étudiés, dont les auteurs n’ont pas encore tenu compte et qu’il est impossible de bien décrire encore peut-être.
Mais ce ne sont pas seulement des phénomènes spéciaux qui caractérisent cette forme particulière de scrofule de la peau, toutes les maladies sécrétantes peuvent être de nature scrofuleuse. J’ai fait faire le dessin de l’affection rare d’un jeune homme de quinze à dix-sept ans, qui était atteint d’un rupia circiné herpétiforme qui occupait le pied, la jambe, le genou et la cuisse gauche. J’ai décrit cette maladie dont j’ai vu d’autres exemples, sans qu’il y ait eu lieu de les rattacher à la même cause, sous le nom de rupia herpétiforme , herpès rupiforme (voy. Rupia) ; mais j’ai regardé ce cas particulier comme une affection syphilitique héréditaire, parce que les écailles de rupia étaient toutes proéminentes comme dans le rupia syphilitique; qu’il en avait tous les caractères, et qu’un traitement pareil dans cette direction a opéré la guérison complète, sans que nous ayons été obligé de rien appliquer à l’extérieur.
Il existait de plus un gonflement du tibia avec douleurs nocturnes, qui ne pouvait être que scrofuleux, s’il n’était pas syphilitique et il n’était pas scrofuleux, car la constitution et le tempérament de
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l’enfant étaient essentiellement nerveux. C’était donc là un principe syphilitique héréditaire qui s’était dessiné sous une autre forme, celle du rupia, à cause de la misère de l’enfant, et qui ne s’était pas montré à l’état de scrofule syphilitique, parce que le tempérament ne prêtait pas à cette forme morbide. Cet enfant était né de père et de mère inconnus ; il avait été élevé aux Enfants -Trouvés. On conçoit dès lors, par cet exemple, que si un enfant hérite de la syphilis de ses parents, et que cet enfant ait une prédominance lymphatique dans sa constitution, la syphilide puisse se déclarer à un âge donné sous la forme de scrofules cutanées qui diffèrent de l’affection scrofuleuse elle-même.
\Y eczéma, Y eczéma impétigineux et Y impétigo peuvent constituer à bon droit des scrofules de la peau. Ainsi les deux premières maladies ont leur siège aux oreilles et au cuir chevelu dans la généralité des cas de ce genre : or ce n’est en général qu’à un âge avancé que l’eczéma siège sur ces parties. Ils entraînent un épaississement et un empâtement considérable de la peau ; ils donnent lieu à une sécrétion abondante ; la durée de ces maladies est fort longue, et elles ne peuvent être guéries qu’en modifiant complètement le tempérament et la constitution. Quant à l’impétigo scrofuleux, c’est surtout à la figure, au cou et sur le devant de la poitrine qu’il se montre.
Ces dernières formes morbides ne sont pour ainsi dire que des maladies de peau ordinaires, se reliant plus directement au tempérament de l’enfant. Il n’en est pas de même des précédentes, sur lesquelles j’avais appelé l’attention dans la première édition de cet ouvrage; elles réclament un traitement tout spécial. Je vais aujourd’hui chercher à retracer leurs caractères généraux. Depuis la première édition de cet ouvrage, j’ai fait recueillir les observations de plusieurs de ces malades, que j’ai même fait photographier. Je donnerai ci-après ces observations , qui peindront peut-être mieux que je ne le pourrais faire ces formes de maladies. Le siège de ces accidents est souvent à la figure , mais il peut se rencontrer au cou, à la poitrine, sur le dos, sur les membres; à la figure, elles affectent souvent le nez. Bon nombre de ces maladies ont été décrites sous le nom de lupus ; mais elles s’en distinguent : 1° en ce que le
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lupus tuberculeux amène toujours une hypertrophie du bout du nez ou du nez tout entier ; or dans la scrofulo-syphilide l’hypertrophie est beaucoup moins prononcée. Dans le lupus la peau est lisse, violacée, unie. Dans la maladie qui nous occupe, elle est le plus souvent légèrement ou quelquefois très rugueuse. Dans le lupus, le bout du nez est surtout et d’abord affecté; dans la scrofulo-syphilide, ce sont surtout les ailes, et sur les deux il y en a souvent une de respectée. Dans le lupus, il n’y a pas d’ulcération apparente; dans la maladie que nous signalons, les bords des ailes du nez ou de la partie hypertrophiée sont découpés dans une certaine étendue du côté des narines, la membrane muqueuse n’est, pas généralement épaissie et malade, comme dans le lupus. Si l’on met à nu l’ulcération grisâtre que l’on observe, à l’aide de cataplasmes et de lotions, on voit que la surface est parsemée de petites saillies qui lui donnent un aspect fraisé, et que les bords de l’ulcère sont taillés plus ou moins à pic.
La maladie existe-t-elle à la figure, on aura une série de gros tubercules reposant sur un épaississement de la peau, avec ou sans ulcération , de manière à rapprocher cela d’un lupus; ces phénomènes existeront au voisinage du nez, du menton, des sourcils, ou sur le côté des joues.
Je viens de guérir un enfant de huit ans qui portait ainsi des hypertrophies de tissu énormes sur l’un des sourcils, sur l’angle gauche de la mâchoire, sur le moignon de l’épaule gauche, à lu partie interne et supérieure de la cuisse droite. Ce n’étaient pas de simples lupus, car cet enfant étant né dans les colonies, on l’avait considéré comme atteint de la lèpre. Plusieurs médecins dermatologistes l’avaient traité en vain par l’huile de foie de morue, l’iodure de potassium et d’autres médicaments employés isolément; ma médication mixte en a fait justice. M. le docteur Depaul-Ader m’avait présenté cette jeune malade, sa cliente. Comme les parents étaient deS colonies, on avait pris cette affection pour la lèpre.
Quand la maladie paraît au cou ou à la poitrine, elle peut y affecter la forme de plaques de rupia, qui sont, comme tous les accidents syphilitiques, disposées en lignes courbes; mais la croûte en est sèche, et si on la fait tomber, au lieu d’une ulcération ou
simple ou creuse, comme dans la syphilide, on a de nombreuses petites ulcérations reposant sur un tissu bombé, saillant, dur,- empâté, comme dans la scrofule. Il n’est pas rare de voir le bout d’un sein atteint dans ce cas. En un mot, il y a là quelque chose de mixte qui dérive de la scrofule et de la syphilis, et dont la lecture des observations suivantes donnera une meilleure idée que toutes nos descriptions.
Lupus syphilitique du nez. Photographié. — Bateman (Marie), trente-cinq ans, couturière, rue Godot-de-Mauroy, 39, premier arrondissement, née à Dunkerque (Nord); mariée à Petit (Adolphe). — Tempérament sanguin lymphatique. Bonne santé habituelle; n’a eu ni gourmes, ni ganglions engorgés dans sa jeunesse. Les parents, les frères et les steurs se portent bien. La malade est bien réglée. — Mariée à vingt-trois ans, elle s’aperçut bientôt d’un écoulement verdâtre qui la rendit assez malade et que lui communiqua son mari. Il dura neuf mois et laissa à sa suite des flueurs blanches habituelles. Depuis elle a eu des enfants dont deux se portent bien. Elle a fait une fausse couche par accident. Elle demeure à Paris depuis deux ans et peu de temps après son arrivée elle eut un érysipèle qui occupa la main et le bras gauche. On appliqua du collodion. Bientôt l’érysipèle reparut à la face et laissa sur le lobule du nez un petit bouton. Il y a de cela huit mois. — Ce bouton devint pustuleux, il s’ouvrit et laissa échapper du pus. D’autres se formèrent bientôt sur les ailes du nez; et sur la joue, au-dessus du sillon naso-labial, parut un tubercule dans l’épaisseur de la peau. Pendant ce temps le nez se tuméfiait, rougissait et la rougeur s’étendait aux environs. — 10 avril 1856. A l’entrée de la malade on constate que le nez a un volume double du volume normal, il est tuméfié dans toute son étendue. Sa couleur est d'un rouge brun foncé, ne se fondant pas avec la couleur de la peau voisine. Cette rougeur occupe non-seulement le nez sur toute sa surface, mais encore la partie médiane de la lèvre supérieure, la sous-cloison, et au côté gauche du nez une large plaque déformé trapézoïde depuis la paupière inférieure jusqu’au sillon naso-labial. Toutes ces surfaces sont épaissies, saillantes au-dessus de la peau saine voisine par des bords irréguliers comme festonnés, rugueuses, comme hypertrophiées, ce qui se voit très bien au niveau du bord libre des ailes du nez. Elles présentent un état mamelonné rudimentaire, des cicatrices et des petites ulcérations. La peau, en même temps qu’elle est épaissie, est aussi plus rude qu’à l’état normal et le doigt rencontre çà et là quelques petits tubercules dont le sommetesl rugueux. Des tubercules un peu plusgros,ulcérésou non, siègent également sur les bords des surfaces malades et dispersés sur le nez. Toute la surface rouge est couverte de squames minces et de croûtes jauàtros ou blanchâtres plus ou moins sèches et adhérentes. Il y a maintenant plus d’exhalation de liquide, mais il a été très abondant, séro-purulent, et les
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croules étaient alors plus épaisses, elles tombaient et étaient remplacées rapidement. La muqueuse n’est pas malade et n’a jamais été atteinte. — Toutes ces parties malades n’ont jamais causé de douleurs, de démangeaisons, ni de chaleurs; B.... a toujours mouché beaucoup. Maintenant la sécrétion de la pituitaire a encore augmenté et est devenue plus épaisse. La gorge a toujours été saine. Maux de tête fréquents. — Prescription: salsepareille, sirop sudorifique ; huile de foie de morue; vin de gentiane ; sirop composé. — 15 mai. Le nez a repris son volume normal ou à peu près. Les mamelons sont moins, volumineux. On ne sent plus de tubercules dans la peau. Les surfaces sont toujours rouge sombre, mais elles ne sécrètent plus et il n’y a presque plus de croûtes. La peau est encore un peu épaissie, mais cependant elle ne fait presque plus de saillie au-dessus des parties saines. C’est surtout à la lèvre supérieure que l’amélioration est notable. Là, ainsi que sur la joue, la rougeur disparaît lorsqu’on presse avec le doigt. — h juin. L’amélioration continue. La surface du nez et de la partie malade de la joue prennent tous les jours un aspect plus lisse et plus normal. Les tubercules ou mamelons ont presque disparu. Croûtes et suintement nuis. La rougeur de la lèvre supérieure a disparu. L’intérieur du nez a toujours des croûtes ; injections chlorurées au vingtième. — ‘29 juin. Les progrès de la guérison sont manifestes. INez à peine plus volumineux qu’auparavant, rougeur diminuée. A la place des mamelons existent de légères cicatrices du volume d’une tète d’épingle; les bords des ailes du nez, non plus que la cloison, n’ont subi la moindre perte de substance.
Affection syphilitique du nez. Photographié. — Poulain (Madeleine), vingtsix ans, rue de Grenelle, iûB, dixième arrondissement, née à Chailly-lès-Sunery (Moselle) ; fille. — Tempérament lymphatique bilieux. La malade n’indique aucun antécédent syphilitique chez ses parents et ses frères ou sœurs. Elle assure n’avoir eu jamais de maladies vénériennes et même n’avoir jamais eu de rapports sexuels. Ses règles sont peu abondantes et irrégulières, difiiciles. Du reste, santé générale bonne ; elle a eu des glandes au cou dans sa jeunesse; intelligence obscure et bornée. — Il y a deux ans, elle s'aperçut qu'à l’intérieur du nez, qui jusqu'alors était parfaitement sain, poussait un petit bouton du volume d’une tête d’épingle. 11 était situé sur l’aile du nez à droite, plus haut que le bord libre, mais cependant à portée du doigt, car il occasionnait des démangeaisons, et la malade grattait et le faisait saigner. Il n’a pas fourni de pus, mais presqu’en même temps que parut ce bouton, le bord libre de la narine droite suppura. Peu après le bouton guérit. La rougeur et la sécrétion du pus s’étendirent alors du bord libre à la peau du nez, dans une largeur d’environ deux ou trois centimètres à droite et à gauche, jusqu’à la moitié de
la circonférence de la narine. Trois mois après le début de la maladie, P .
vint à Saint-Louis, chez M. Devergie, pour se faire soigner. Au bout de trois mois de traitement, elle sortit. Son nez était revenu à son volume normal, il
ne suppurait plus, mais était encore rouge (ie traitement se composait d’huile de foie de morue, vin de gentiane, sirop d’iodure de fer et bains sulfureux). — Cet état de santé dura un an. Après ce temps la maladie recommença parle bord libre de l’aile du nez à droite et s’étendit, mais plus loin que la première fois. Le nez reprit un volume considérable. Elle rentra à l’hôpital. — 27 mars 1856. A son entrée, on constate une augmentation considérable du volume du nez, il a doublé de volume, il est rouge, élargi, couvert de croûtes et de boutons et une plaque malade comme la peau du nez couvre une partie de la joue à droite. Sur le nez l’affection occupe le bord libre de la narine droite, de la cloison et d’un quart du bord libre de la narine gauche. Sur le dos du nez existe une zone malade de trois centimètres de hauteur et qui monte de la partie gauche à la partie droite où elle atteint presque l’angle de l’œil, occupant ainsi l’aile du nez de ce côté. Sur la joue l’affeciion occupe un parallélogramme dont une base a l’étendue de la maladie sur l’aile du nez et l’autre une ligne d’environ trois centimètres. Toutes ces surfaces sont recouvertes de croûtes jaunâtres, peu épaisses, de pustules grosses, indurées à leur base, ressemblant à des tubercules situés dans la partie superficielle de la peau et se distinguant des tubercules de lupus franc par leur volume et la sensation qu’ils donnent au doigt. Leur sommet est recouvert d’une croûte plus dure que celle qui occupe les intervalles ; elle est noirâtre, adhérente, ressemblant au sommet des tubercules de la syphilide cornée. Quelques-uns des boutons ne sont pas pustuleux mais simplement papuleux, et ont aussi le sommet dur des premiers. La saillie de tous ces boutons est peu considérable. Leur volume varie de celui d’une tête d’épingle à celui d’une lentille. Entre ces boutons existent les croûtes molles, jaunâtres, dont nous avons parlé et enfin un fond rouge sombre d’une couleur très foncée, assez nettement limité au nez, mais se continuant peu à peu sur la joue avec la coloration de la pommette. Ce fond est suintant, mais d’une façon presqu’insensible, lisse, exhalant une odeur désagréable, ne présentant pas d’injection en vaisseaux distincts, mais des fentes on gerçures au bord libre de la narine droite; là la sécrétion du pus séreux est manifeste. L’intérieur de la narine droite est tapissé de croûtes dans l’étendue de deux centimètres. La gauche est saine, 'foutes ces parties sont le siège de picotements qui augmentent à l'air et deviennent assez désagréables. — Prescription : Huile de foie de morue, de 20 à 80 grammes; vin de gentiane, A 5 grammes; sirop composé, A5 grammes (iodure de fer, de potassium, iode, bichlorure d’hydrargyre, solution de Fovvler) ; salsepareille avec sirop sudorifique pour tisane ; quatre portions. — 15 avril. La rougeur a un peu diminué. Le volume du nez est moins considérable. Même traitement. — 5 mai. La rougeur s’efface de plus en plus: du rouge foncé, elle a passé au rose en quelques endroits, et même au rose très tendre sur la joue, dans le sillon qui la sépare du nez. La limite entre, la peau saine et la peau malade est moins tranchée. Il ne reste plus de véritables pustules, mais des boutons papuleux. Plusieurs se sont aplatis et quelques-uns ont
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perdu leur sommet corné. Les surfaces malades sont à peine suintantes, moins tendues, moins dures. Le volume du nez a diminué sensiblement, quoique l’aile droite soit toujours épaissie comparativement à l’aile gauche. Plus de picotements; santé générale bonne. — 10 juin. Plus de suintement, ni de croûtes. Les papules qui ont succédé aux pustules s’affaissent et ont toutes perdu leur sommet corné. Les surfaces malades ne sont plus tendues, luisantes, mais ont peu de rougeur. Légères cicatricules sur la place qu’occupaient les pustules. Pas de perte de substance aux bords des ailes du nez ou à la cloison, mais l’aile droite est plus relevée et non parallèle à la gauche, ce qui peut tenir à la tension résultant de l’hypertrophie qui subsiste. — La malade est légèrement indisposée, fièvre, abattement, etc.; diète, suspension du traitement. — 21 juin. Santé générale bonne; reprise du traitement. — 8 juillet. L’amélioration continue ses progrès. Rougeur et gonflement presque nuis. Fin juillet, guérison.
Scrofule syphilitique de la peau. - — Pagot (Catherine), soixante-cinq ans (Aube), entrée le 11 février 18.54, morte le 11 avril 1854, à la suite d’une pneumonie terminée par suppuration. — La malade , d’un tempérament lymphatique, a perdu il y a vingt-cinq ans. — Elle a toujours été bien portante, n’a jamais eu aucune maladie antérieure. — La maladie qu’elle porte occupe l’extrémité nasale, les deux narines et se prolonge un peu sur la joue droite. — Voici l’aspect que la malade présente à son entrée à l’hôpital : une croûte épaisse, rugueuse, irrégulière à sa surface, à bords légèrement contournés vers la peau, arrondis, recouvre une altération de même étendue et qu’elle nous cache. En dehors de cette croûte se voient des tissus ayant l’aspect ramolli dans une étendue de 3 millimètres, à couleur rouge sombre, peu sensibles et n’offrant point une hypertrophie notable. Cette lésion et les croûtes qui la recouvrent en forme de couvercle occupent le nez, le bord libre des narines et la joue droite. En un point du nez la croûte soulevée et cassée laisse voir dans un espace fort rétréci un bord dentelé qui lui sert de limite et un fond gris mamelonné ; enfin, en dehors de la commissure buccale se voit une croûte de même aspect, grande en tout comme une pièce de 20 centimes fortement adhérente et nummulaire. — U y a huit ans que la malade porte cette affection; elle ne se rappelle point avoir eu ni affection scrofuleuse ou syphilitique et ne peut dire si elle en a vu quelques traces chez ses parents. Le début en a été marqué par une série de petits boutons que la malade compare aux pustules de la variole, qui ont percé sans donner presque de pus, puis se sont ulcérés, ont donné lieu à une sécrétion sanieuse roussâtre, et enfin à des croûtes qui à plusieurs reprises sont tombées. Deux ans après l’invasion de la maladie, les ulcérations ont été cautérisées avec un fer rouge, puis pansées avec une pommade dont la malade ne peut dire le nom, mais qui était jaune et cuisait. Une année plus tard, elle a été cautérisée avec de l’acide azotique. A cette époque, de nouvelles ulcérations sont survenues au cou, aux lèvres, et se sont
cicatrisées. Enfin, à Troycs, elle a encore été cautérisée à l’acide azotique; mais jamais de traitement interne. — Entrée à Saint-Louis le 11 février, la malade fut soumise au traitement suivant : Huile de foie de morue, vin* de gentiane, sirop composé. Du 11 février au 11 mars, point de changement bien notable, couleur moins obscure, affaissement léger des tissus, les croûtes commencent à se détacher. — Du 11-26 mars, chute de la croûte qui recouvre la joue, qui laisse voir un espace rouge lie de vin clair, recouvert par un épiderme mince qui paraît presque transparent et sous lequel les tissus semblent encore ramollis. — Le 5 mars, la malade est prise de frissons, de pneumonie. — Le 11, elle est morte d’une pneumonie terminée par suppuration; pendant ces quelques jours la coloration avait complètement disparu, la peau même semblait déprimée en cet endroit. Le même phénomène s’était produit pour le nez, et la croûte qui le recouvrait était peu adhérente.
Scrofule syphilitique héréditaire ayant son siège à l'extrémité du nez et autour des narines. — Le nommé Helluin (Félix), vingt-deux ans, serrurier, entréleô janvier 1856, à l’hôpital Saint-Louis, n° 70 salle Saint-Louis. Le sujet porte l’affection dont il est atteint depuis dix-huit mois ; elle consiste en une dégénérescence de nature scrofuleuse occupant l’extrémité nasale: le tissu est rouge violacé, ramolli, et s’ulcère au niveau du bord tranchant des narines. Ces ulcérations forment une espèce de feston dont les bords sont taillés à pic et se recouvent de croûtes jaunâtres. Le traitement antérieur, qu’il avait subi et qui est le même que celui d’à présent, avait amélioré son état. Sorti trop tôt, il y a deux mois, les mêmes accidents se sont manifestés de nouveau. Le malade a tout l’aspect des scrofuleux : peau blanche et blafarde ; blépharoconjonctivite chronique; santé d’une apparence chétive. Le malade n’a jamais eu de maladies vénériennes, mais sa mère en a eu ; de ses deux sœurs, une seule a eu quelques manifestations scrofuleuses ; du reste, le malade n’a eu, dans son enfance, qu’une impétigo du cuir chevelu. Depuis quelque temps, il commence à perdre ses cheveux; les désordres dont le nez du malade est le siège sont peu douloureux, et aux environs on ne trouve point d’engorgement ganglionnaire. (Huile de foie de morue ; vin de gentiane ; sirop composé ; bains sulfureux.) De jour en jour la coloration a diminué; les tissus se sont affaiblis et les bords, aujourd’hui cicatrisés, sont minces et presque tranchants. 26 mars, décoloration successive des tissus, amincissement, encore une légère ulcération à gauche. Sorti guéri le 6 avril 1856.
Scrofule syphilitique héréditaire. — Nez. — Pannetur (Léonard), vingtcinq ans, journalier (Nièvre). Entré, le 2 mars 1854, à l’hôpital Saint-Louis, n° 80 salle Saint-Louis, le malade, d’un tempérament lymphatique, scrofuleux, porte son mal depuis dix ans. Il lui est survenu à la suite d’une chute, qui a déterminé une plaie profonde dont on voit encore la trace sur la partie latérale droite du nez. Le malade a eu des manifestations scrofuleuses, gan-