‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 42 sur 69 · SCR0FUL0-SYPHIL1DES DE LA PEAU · texte numérisé non relu

SCR0FUL0-SYPHIL1DES DE LA PEAU

glions, abcès, et il lui reste encore autour du cou quelques ganglions formant un chapelet peu saillant. Point d’antécédents syphilitiques chez le malade dont l’intelligence est bien obtuse, et ne peut rendre compte de l’état de santé ou de maladie de ses parents ; le malade a eu la gale il y a trois ans et l’année dernière, et enfin un érysipèle au mois de février 185/i. Le nez est aplati à sa partie moyenne, globuleux et élargi vers son extrémité; sa coloration est d’un rouge tendre et la consistance de la peau un peu moins molle que dans le lupus ordinaire; les os paraissent augmentés de volume, et une ulcération, qui a profondément creusé l’aile droite du nez et un peu moins l’aile gauche, règne sur tout le bord libre, et occupe environ cinq millimètres en hauteur la muqueuse nasale. Du reste des croûtes légères, jaunâtres, la recouvrent, et parfois, les mucosités que le malade rend acquièrent une odeur fort désagréable. La sécrétion qui se forme à la surface de l’ulcération est sanieuse et jaunâtre. Depuis que ce malade a mal au nez l’œil droit est le le siège d’une ophthalmie chronique scrofuleuse. Jamais dans les parties malades le sujet n’a éprouvé de sensations, jamais de chaleur, jamais de douleurs; ce n’est que depuis peu qu’il sent un peu de céphalalgie et des picotements dans le cuir chevelu. Depuis deux mois, il s'est formé à la joue droite un tubercule peu coloré au centre, dur, insensible, du volume d’un gros pois, entouré d’une auréole rouge sombre semblable pour sa coloration à celle des bosses voisines malades, que le malade a traversé il y a quelque temps avec une épingle. Ce tubercule occupe l’épaisseur de la peau seulement. — 25 mars. Depuis son entrée, point de changement notable encore. Seulement il y a une coloration un peu moins foncée des tissus malades. 11 a été soumis au traitement suivant : huile de foie de morue ; sirop composé ; vin de gentiane. — 26 mars-22 mai. Un peu de diminution dans le volume des parties molles, qui sont un peu moins ramollies, un peu moins colorées à la périphérie. Touché tous les trois jours avec la solution d’azotate d’argent au dixième. — Depuis le 22 mai jusqu’au mois de décembre, le malade n’a plus fait d’autre traitement que son huile de foie de morue ; vin de gentiane ; sirop composé. Son état est bien meilleur. Les tissus sont moins gros; la coloration lie de vin, moins sombre, n’occupe plus que l’extrémité nasale. Enfin le malade a acquis un certain degré d’embonpoint ; cependant le tubercule de la face persiste encore.

Scrofules syphilitiques (juillet 1856). — Forme spéciale. — Mlle ***, qui m’a été adressée par le docteur Cornet, de Gray, est atteinte, depuis 1850, d’une affection toute spéciale. Elle a vu se développer, d’abord vers le haut de la cuisse, des rougeurs avec indurations globuleuses, arrondies, dont la peau s’est recouverte de squames très larges et très discrètes, paraissant formées par une seule lamelle épidermique, à bords légèrement détachés, sans que la lamelle se sépare de la peau. La rougeur était d’ailleurs plutôt rose que d’un rouge sombre. Les plaques s’élargissaient peu à peu ; le tissu sous-cutané

s’endurcissait; les vaisseaux lymphatiques s’engorgeaient; quelques ganglions s’induraient. Tout d’abord, il s’est montré une de ces plaques qui a suivi des périodes d’accroissement et de décroissement dans un laps de temps très long, sans amener aucune perturbation dans la santé générale. Mais avant la terminaison de la première plaque, il s’en est manifesté une seconde au-dessous, et ainsi de suite en longeant toute la partie interne du membre, de manière à s’étendre aujourd’hui au cou-de-pied. Chaque plaque, en se guérissant, et sans avoir été accompagnée de plaie, de sécrétion, ou de croûte, a laissé un tissu analogue à une cicatrice, et une peau blanche décolorée, ganglionnée au toucher, à forme ronde et d’une étendue de 5 à 7 centimètres. Entre les plaques guéries, le trajet des vaisseaux lymphatiques est resté engorgé, parsemé de petits ganglions indurés, -dais la maladie n’a jamais monté; elle a toujours descendu ; de sorte que le pli de l’aine est parfaitement libre et exempt de tout ganglion. — Aujourd’hui, 16 juillet, la maladie, à l’état aigu en ce qui est visible, consiste dans une surface de peau, espèce de lanière de 5 à 6 centimètres de largeur, qui sort de huit travers de doigt au-dessous du genou pour gagner le cou-de-pied, où elle s’arrête. Elle est là sous la forme d’une rougeur rosée, avec ces apparences de squame de lx à 6 centimètres de hauteur sur 2 à 3 de largeur, à bords légèrement détachés, longeant toute la face interne du tibia. La peau sur l’os est très amincie et comme parcheminée, l’os lui-même est malade en ce sens que la surface qui, ordinairement est en dos d’âne , ou plate, est creuse à l’instar d’une gouttière visible à l’œil, et par conséquent très appréciable au toucher; la peau, dans tous les points malades, n’a pas perdu de sa sensibilité. La marche amène un peu de fatigue, mais Mlle *** fait cependant encore de longues courses sans être incommodée. — D’ailleurs, aucun antécédent d’accident scrofuleux dans l’enfance. Constitution forte, mais lymphatique ; excellente santé ; menstruation régulière. Elle a été formée à quinze ans, ce qui n’a amené aucun changement dans l’état de la maladie. — Traitement composé.

Rupia scrofuleux et syphilitique de la poitrine. Photographié. — Rodet (Laurentine), dix-sept ans, couturière, rue Amelot, 5/f, huitième arrondissement, née. à Argenton (Indre) ; fille. — Tempérament lymphatique. Les parents jouissent d’une bonne santé. Ses frères ou sœurs ont eu des glandes au cou et des abcès scrofuleux, mais ils sont guéris. La scrofule est commune dans Je pays qu’elle habitait. — R.... n’est pas encore réglée, elle a eu des flueurs blanches il y a environ un mois, mais elles ont duré quelques jours seulement et ont disparu sans laisser de traces. Il n’y a pas eu de rapports sexuels, pas d’affections syphilitiques, l’hymen existe, la gorge est saine. Il y a environ dix ans, parurent sur le cou des glandes qui d’abord dures devinrent bientôt fluctuantes et furent ouvertes par un médecin. La suppuration ne tarit pas et il se forma des ulcérations recouvertes de croûtes. Ces ulcérations s’établirent au cou il y a sept ou huit ans. il y a trois ans, c’est-

SCROFULO-SYPHILIDES DE LA PEAU.

à-dire peu avant son arrivée à Paris, des tumeurs apparurent sur la partie antérieure de la poitrine, s’abcédèrent et s’ouvrirent spontanément. Elles donnèrent lieu à des ulcérations recouvertes de croûtes semblables à celles du cou. Enfin, il y a trois mois, à la suite d’un coup, le sein droit devint douloureux, et après des abcès superficiels, il se forma les mêmes ulcérations. Tout cela n’influait en rien sur la santé générale. — 19 mars 1859, A

son entrée, on constate que la partie antérieure du cou, de la poitrine et le sein droit sont le siège d’ulcérations recouvertes de croûtes d’un jaune noirâtre, épaisses, adhérentes. Au pourtour existe un cercle inflammatoire d’un rouge intense dont le tissu est épaissi, dur, comme cela a lieu dans les engorgements scrofuleux. Ces croûtes, éloignées de 5 à 6 centimètres les unes des autres, présentent une disposition générale en arcs de cercle constitués chacun par trois ou quatre de ces croûtes. Entre les plaques du cou on remarque des cicatrices anciennes, froncées et qui sont des traces de scrofules guéries. Les plaques croûteuses rappellent par leur aspect les croûtes de rupia, mais elles n’ont pas été précédées de la lésion qui caractérise cette maladie. Voici du reste avec plus de détails la position de ces plaques et leur aspect. — Les plaques du cou ou sous-maxillaires occupent, la première l’angle de la mâchoire adroite, la deuxième la moitié de l’espace qui sépare le menton de l’angle de la mâchoire à droite, la troisième occupe la partie médiane d’une ligne qui unirait l’angle de la mâchoire et le niveau de la clavicule à gauche. — Des cicatrices blanches, irrégulières, déprimées, unissent ces deux dernières plaques et se prolongent jusqu’à l’oreille et au bord antérieur du trapèze à gauche. Les plaques sternales forment un arc de cercle ouvert en haut. Les deux plaques supérieures occupent les extrémités internes des clavicules, l’inférieure le sternum un peu au-dessus de son extrémité supérieure. — Les plaques du sein peuvent aussi être rattachées au même système de courbes; elles occupent l’une la partie supérieure, une autre la partie médiane, deux la partie inférieure, la dernière la partie externe au niveau du bord inférieur du muscle grand pectoral. — ’ Toutes ces plaques sont constituées par une surface dont le milieu est une ulcération recouverte d’une croûte et les bords par un cercle rouge et inflammatoire. Les croûtes sont épaisses, noirâtres, brunâtres et jaunâtres, proéminentes, dures, adhérentes, inégales. L’ulcération est peu profonde, sécrète une sérosité purulente abondante qui sort au pourtour des croûtes et se concrète en partie pour les former. La couleur de la plaie est grisâtre, il n’y a pas de véritables bourgeons charnus. Chacune des ulcérations est entourée, comme nous l’avons déjà dit, par un cercle rouge sombre dont la teinte foncéediminue à mesure qu’on s’éloigne de la croûte. — Quelques-unes des croûtes, entre autres celle de la partie médiane du sternum, reposent sur une partie tuméfiée, légèrement fluctuante; il paraît que cet état était commun à toutes les plaques au début. Enfin dans la paroi pectorale de l’aisselle droite, existe depuis un mois une tumeur ganglionnaire fluctuante que la malade compare aux tumeurs de début des plaques que nous voyons, — Les plaques sont

le siège de démangeaisons assez vives, et les tumeurs, avant leur ulcération, causent des élancements et des douleurs diverses fort désagréables. La forme du sein a été profondément modifiée; il est ratatiné, diminué, le mamelon a disparu. L’autre sein au contraire est volumineux. — Prescription : Houblon; huile de foie de morue, de 20 à 80 grammes; vin de gentiane, de 20 à 00 grammes; sirop composé, 05 grammes (iodurede fer, de potassium, bichlorure de mercure, solution de Fowler) ; quatre portions.' — 15 avril. Quelques étouffements et maux de tête, qui semblent indiquer l’approche de la menstruation. Les plaques sont à peu près dans le même état que lors de l’entrée, il n’y en a pas de nouvelles. La petite tumeur de la partie supérieure du sternum a un peu augmenté; celle de l’aisselle, après avoir augmenté, semble diminuer. Quelques croûtes sont tombées par accident et se reproduisent avec rapidité. La surface des ulcérations est plus rouge, plus saignante, composée de bourgeons charnus et plus élevée au-dessus de la surface de la peau saine, La coloration de la circonférence n’a pas éprouvé de grands changements. — - Depuis l’entrée de la malade, il s’est formé à la jambe droite, vers la partie inférieure et postérieure, une petite eschare au milieu d’une partie enflammée et cela consécutivement à un coup que la malade se serait donné peu de jours avant son entrée. Aujourd’hui la partie inférieure des deux jambes présente en outre de l’érythème noueux à un degré très marqué. Son existence remonte à trois semaines environ. — Prescription : Même médication ; quelques cataplasmes sur la jambe et sur le sein malade, mais ils sont mal supportés. — 5 mai. Le cercle rouge qui environne les croûtes a généralement diminué d'intensité et de largeur. Les croûtes du sein se sèchent et ont meilleur aspect ; celles du sternum sont toujours soulevées par une suppuration sanieuse abondante. — 28. On fait tomber une des croûtes du cou avec un cataplasme; pansement avec le cérat créosote. — ■ 3 juin. La cicatrisation commence sur l’ulcération pansée à plat. Les autres croûtes l’amincissent et il y a moins de suppuration. L’état général est meilleur. — 18. On a fait tomber toutes les croûtes du cou, et déjà la première est cicatrisée grâce au cérat créosoté et à de légères cautérisations avee l’azotate d’argent, — 8 juillet. La guérison est opérée.

Efficacité des traitements composés. — M. X . a eu une première

gonorrhée il y a . . qui a durée six mois, puis trois autres de trois à quatre

mois de durée. — La deuxième, il y a quinze à dix-huit mois. — Jamais de traitement antisyphilitique pour les guérir. — Lesté douze ans sans aucun indice vénérien. — Marié depuis treize à quatorze ans. — Il y a cinq ans, fissure à l’anus, sans cause appréciable. — A la même époque, apparition d’une roséole syphilitique. — Tisane de Feltz et pilules de proto-iodure. — M. X . a pris ces pilules pendant trois mois, puis l’iodure de potas¬

sium. — Neuf ou dix mois après le développement de la roséole, M. Gazenave

SCROFULO-SYPHILIDES DE LA PEAU.

envoie le malade aux eaux de Kreuznach. Il y avait alors quelques taches à la pommette gauche, au sourcil et au front. Elles disparurent par les eaux. — Deuxième et troisième années, à Kreuznach, et pendant ces deux ans, usage de vingt-cinq à trente bouteilles de rob Boy veau-La ffecteur. — Il y a deux ans, développement de quelques tubercules au menton. — 11 y a quatorze mois, à la joue droite et au dos. — Il y a un an, M. Menière attaque ces tubercules par la cautérisation au deuto-nitrate, acide de mercure. Quarante-cinq à cinquante cautérisations. Les tubercules avaient en partie disparu au menton et à la partie inférieure de la plaque de la joue droite. — Il y a quatre mois et demi , je suis appelé à voir le malade avec M. Hervez de Chegoin, son

médecin ordinaire. — M. X . est un homme très impressionnable, d’un

tempérament lymphathique, nerveux. Il est désespéré de son état, au point que lui viennent quelquefois des pensées de suicide. Allié à une femme charmante, père de quatre enfants, à la tête d’une grande maison commerciale, possesseur d’une grande fortune, il a tout pour être heureux, et dans ces conditions, il pleure de désespoir en présence d’une maladie rebelle à des traitements de cinq ans de durée. — Voici son état : Sur le dos, au niveau de l’angle inférieur de l’omoplate, existe une surface de 5 centimètres de long sur 2 de large, de forme ovalaire, épaissie, rougeâtre, indurée, à tissu lardacé, et sur laquelle se trouvent deux points ulcérés elliptiques, d’un 1/2 à 1 centimètre de large, ayant un mauvais aspect. — Sur la joue droite, au voisinage de l’aile du nez, mais tout à fait indépendants de cet organe, six à sept tubercules groupés, dont deux d’entre eux sont recouverts de croûtes et donnent un léger suintement. Ces tubercules figurent une plaque ovalaire un peu ellipsoïde ; ils sont indolents, mais durs, rouge-violacés, lisses et coniques ; sur le devant du menton, dans la barbe, une série de tubercules analogues, coupés çà et là par des cicatrices provenant de cautérisations assez profondes. Ici, comme à la peau du dos, quelques croûtes d’un jaune grisâtre et de mauvais aspect. — La gorge est sans ulcération , mais légèrement rougeâtre ; les cheveux ne sont pas tombés; pas de douleurs nocturnes. — L’ensemble de ces tubercules annonce, par leur aspect, la physionomie à la fois scrofuleuse et vénérienne.

AL X . avait eu des glandes au cou étant jeune. — Je n’hésitai pas à

diagnostiquer la nature syphilitique et proposai le traitement composé de : Tisane sudorifique, huile de foie de morue, eau ferrée aux repas, sirops d’iodure de fer, de potassium, de mercure, d’arsenic; un bain sulfo-salin par semaine. Lien à l’extérieur. — Après deux mois, ce qui était ulcéré était cicatrisé, il y avait affaissement très notable des tubercules. — A trois mois, il ne restait de la plaque de la joue que quelques petites productions circulaires de

peu d’importance.— A quatre mois, tout avait disparu. — J’envoie M. X .

à Bagnères-de-Luchon pour contrôler sa guérison tout en continuant son traitement. — Celui-ci n’a jamais été interrompu, M. X . a même engraissé,

et il a continué son travail d’affaires , très occupé depuis sept heures du matin jusqu’à six du soir, ne prenant que deux heures pour se promener après

le déjeûner et après le dîner. — Revenu de Bagnères, la guérison s’est entièrement soutenue depuis quinze mois.

Ce traitement a pour but d’atteindre, et la syphilis, et la scrofule à la fois. Nous prescrivons aux enfants qui en sont atteints, d’une part l’huile de foie de morue associée au vin de gentiane, d’une autre part un sirop dans lequel entrent pour 500 grammes , 2 grammes d’iodure de fer, 6 à 8 grammes d’iodure de potassium, t décigramme de bichlorure de mercure et 1 gramme 5 décigrammes de solution de Fowler. L’huile de foie de morue n’est d’ailleurs portée qu’à la dose de trois à quatre cuillerées au plus par jour. Le sirop est donné d’abord par dose d’une demi-cuillerée matin et soir, et plus tard à celle d’une cuillerée à bouche : je varie la dose suivant l’âge ; j’ajoute à ce traitement la tisane de noyer ou celle de houblon.

Les idées que nous venons d’émettre ne semblent-elles pas expliquer les succès que l’on a obtenus de l’usage des mercuriaux dans le traitement de la scrofule? Pour moi toutes les fois que celle-ci est arrivée à produire des gonflements, des caries ou des nécroses des os, je n’hésite pas à prescrire ces préparations. Les malades supportent d’ailleurs très bien cette médication si complexe. Je puis affirmer que plus j’entre dans cette voie, plus mes convictions deviennent fortes et ma confiance entière. Les Anglais nous ont d’ailleurs devancé. Chose importante à signaler, c’est que bon nombre de ces malades peuvent suivre ce traitement sans entrer à l’hôpital, en leur procurant les médicaments et tout en se livrant d’une manière modérée, soit à leur éducation, soit à leur état.

Page 1