PRODUCTIONS ANORMALES ET ACCIDENTELLES DE LA PEAU
chevelu. Ces productions cornées peuvent d’ailleurs se montrer sur toutes les parties du corps. Au rapport de M. de Villeneuve, sur 71 cas, 9 s’observaient à la tête, 14 au front, 12 à la cuisse, 3 à la tempe, 5 au nez, 2 à la joue, 1 à Ja mâchoire, 4 à la poitrine, 4 au dos, 3 à la verge et au gland, 4 à l’ischion, 2 au genou, 2 aux jarrets, 1 à la jambe, 2 au pied, 1 au talon. Il est remarquable que les cicatrices en sont souvent le siège, ce qui est opposé à l’opinion d’Astley Cooper. Ces productions cornées finissent par tomber seules, mais elles se reproduisent le plus souvent.
On a compris sous la dénomination de nœvi des altérations de couleur ou des productions organiques, toutes deux congénitales, qui peuvent se montrer à la naissance et sur la surface de la peau, mais d’une manière limitée et plus ou moins discutée. On en admet trois espèces : les nœvi pigmentaires, ou simples changements de coloration de la peau ; les nœvi vasculaires , ou développement patent et anormal des vaisseaux capillaires sanguins limités, et, comme troisième espèce , une série de tumeurs ou hypertrophies cutanées congénitales.
Les nœvi pigmentaires varient de couleur et d’étendue : tantôt c’est une tache d’aspect vineux , tantôt une tache jaune verdâtre semblable à celles du pityriasis vernicolor : ce sont les taches dites de café ; dans d’autres cas, une tache brune du genre de celles que l’on observe dans le pityriasis nigra ; puis des nuances intermédiaires. Dans tous ces cas, ces taches sont considérées dans le monde comme le résultat d’envies non satisfaites pendant la grossesse de la mère. Quoique quelques-unes d’entre elles ressemblent à des maladies connues curables, elles s’en distinguent parce qu’elles sont indélébiles. Elles varient d’ailleurs tellement de forme , de siège et d’étendue, qu’il est impossible de les décrire. Elles sont toutes plus ou moins superficielles. On peut encore en détruire un assez grand nombre par l’application de vésicatoires ou par la cautérisation. Toutefois, les taches vineuses, évidemment formées par une dilatation des vaisseaux les plus superficiels de la peau, sont les plus difficiles à faire disparaître ; elles tendent à s’agrandir avec l’âge et à prendre de la saillie à la surface de la peau. Il est rare que ces taches disparaissent ; elles peuvent s’atténuer par l’âge et
par le développement que prend la peau sous l’influence de l’accroissement en volume du corps ; mais elles ne s’effacent jamais. Billard, Mémoire sur un cas de cyanopathie cutanée {Archives générales de médecine , t. XXVI, p. à53), a rapporté l’exemple d’une jeune fille de seize ans qui présentait au visage, au cou, à la partie supérieure de la poitrine une belle teinte bleue, mais elle sécrétait une matière blanche qui teignait le linge.
Quant à la seconde espèce de nœvi , elle a une étendue très variable, depuis le volume d’une tête d’épingle jusqu’à occuper la moitié de la surface du corps. Nous avons vu un enfant dont la presque totalité du côté droit, membres compris, offrait cette dilatation vasculaire capable d’amener une couleur rouge très foncée, avec saillie à la surface cutanée. Lorsque les nœvi sont très limités, ils constituent ce que l’on appelle dans le monde une fraise , une framboise , etc. On compare ces productions à toute espèce de fruit, et, il faut bien le dire, il en est qui se bourgeonnent à leur surface de manière à donner lieu à cette assimilation. Ces altérations innées de la peau peuvent rester stationnaires ou prendre tout à coup un certain accroissement par des frottements ou des grattages. Quand ces tumeurs sont excoriées, elles donnent un écoulement de sang qu’il est quelquefois difficile d’arrêter.
Aucun agent thérapeutique ne les guérit efficacement. On parvient quelquefois à les flétrir en tannant pour ainsi dire la peau par des ablutions avec une dissolution de sublimé, par l’application de poudres ou de corps astringents. Des caustiques seuls peuvent en faire justice ; mais il faut alors que les nœvi soient très limités et qu’il y ait nécessité de les mettre en usage par l’accroissement que la tumeur a pu prendre dans un moment donné. Ainsi, lorsqu’elles siègent à la figure, elles deviennent parfois d’un aspect désagréable, et c’est alors que l’on a recours aux lumières du médecin.
Lorsque l’on veut cautériser ces petites tumeurs, il faut avant tout s’adresser à des caustiques qui produiraient une eschare sèche , afin d’éviter tout écoulement ultérieur de sang. Dans des cas de ce genre, je me suis servi avec avantage du chlorure d’or tombé en déliquescence au contact de l’air, et, par des applications répétées, j’ai fait disparaître complètement ces petites tumeurs. On peut