DOUZIÈME GROUPE
Productions anormales et accidentelles de la peau.
Changement de couleur.-— Lorsque ces changements dans la couleur de la peau se montrent à la naissance, ils rentrent dans la catégorie des nœvi pigmentaires. Telles sont d’abord les taches de café au lait qui peuvent porter sur un point quelconque de la surface de la peau des enfants nouveau-nés, et que l’on considère comme le résultat d’envies non satisfaites pendant la grossesse de la mère. Leur étendue, l’intensité de leur couleur sont très variables. Ces taches sont indélébiles. Dans quelques cas, elles sont foncées, d’une teinte brune ou même bronzée ; dans d’autres circonstances, c’est une teinte bleuâtre tout à fait semblable à celle que produit sur la peau l’explosion de la poudre ; tantôt ces taches diminuent avec l'âge ; tantôt elles restent stationnaires ou elles augmentent. On peut les faire disparaître en modifiant le corps muqueux par l’application de vésicatoires, que l’on met en suppuration : mais la nuance qui en résulte est quelquefois plus désagréable que la tache ellemême.
En fait de colorations accidentelles et maladives, rien n’est plus curieux que le cas de coloration accidentelle en bleu de la majeure partie de la figure et du cou, rapporté par Billard dans un mémoire sur la cyanopathie cutanée (. Arch . génér. de méd ., t. XXVI, p. 453). 11 s’agit d’une personne de seize ans, bien réglée, qui vit peu à peu apparaître cette affection. Chose remarquable , la peau suintait et laissait suinter cette couleur, que Ton pouvait enlever avec un mouchoir, et on en retrouva des traces dans du sang qu’elle vomit à plusieurs reprises. Cette maladie ne céda qu’à l’usage des alcalins.
En fait de coloration ah ingestis , on sait que l’usage lontemps prolongé du nitrate d’argent à l’intérieur fait naître une teinte ardoisée de la peau, effet qui se produit aussi sur les membranes muqueuses.
Verrues ; porreau ; acrochordon. — Ce sont de petites tumeur
79à PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
arrondies, lisses ou granuleuses, qui se montrent à la surface de la peau, principalement sur les doigts, et qui tantôt sont uniques, tantôt sont multiples, et qui poussent avec une rapidité effrayante. Elles sont formées par une exubérance d’épiderme au centre, ou à la base desquelles existe une vascularisation quelquefois considérable; aussi arrive-t-il que lorsqu’on coupe ces dernières, elles fournissent une proportion très notable de sang. Parfois elles prennent la forme de tramées ou de bandes verruqueuses. Elles sont contagieuses; on a été même jusqu’à citer un fait d’extension de verrues par le sang qui s’en écoulait après leur coupure. M. Cruveilhier rapporte à ce sujet que Barruel lui a montré une tramée de verrues développées sur sa main sous l’influence de cette cause. Le cachet de l’affection est donc l’hypertrophie de l’épiderme, et probablement aussi du derme. Divers moyens ont été proposés pour les guérir : la ligature avec une soie, la cautérisation par l’acide nitrique ou tout autre caustique, avec ou sans la section préalable de ce que l’instrument tranchant peut enlever; les frictions avec le sel ammoniac, les sucres acres de feuilles de chélidoine, d’euphorbe, de sabine, de figuier. Il est un moyen que j’ai employé plusieurs fois avec succès : il consiste à recouvrir les verrues de feuilles de joubarbe , en macération depuis plusieurs jours dans du vinaigre. Il faut que ce moyen soit mis en usage toutes les nuits pendant quinze jours ou trois semaines.
Il existe des exemples de nœui verruqueux. A. T. Thomson [Atlas of délinéation of cutané ous éruptions , Londres, 1 849 , p. 100) cite deux observations de ce genre où des éminences papillaires, fongoïdes, granulées à leur surface, saignantes quand on la déchirait, existaient en plus ou moins grand nombre ; or c’est à cette sorte de nœvi qu’il faut rapporter ces éminences que l’on a comparées à des fraises ou à des framboises.
Productions cornées. — Le fait le plus remarquable en ce genre est celui cité par Dubois père, d’une femme qui portait au front une corne ovoïde, dont la base avait six à sept pouces de diamètre sur six pouces de hauteur. Astley Gooper pense que ces productions, dont le volume varie infiniment, ont leur origine dans les follicules de la peau ; aussi naissent-elles principalement sur le cuir