INVASION, MARCHE, TERMINAISON DES MALADIES CUTANÉES
elle-même qui n’est pas un organe parenchymateux ; de là les formes aiguës moins fréquentes à la peau : celle-ci est une enveloppe avec des fonctions de transsudation nécessaires à la régularité des fonctions des organes internes , nécessité qui ne se rencontre pas au même degré pour la peau elle-même. Lorsque des conditions inverses s’observent, c’est-à-dire lorsqu’à l’égard de la peau il y a reflet d’un organe interne souffrant sur son tissu sain , cette influence ne se fait sentir que lentement et graduellement; elle ne surexcite la peau ou ne reflète son état mor-* bide que peu à peu ; peu à peu aussi la maladie qu’elle fait naître dans le tissu cutané se développe avec une marche plus ou moins subaiguë et même chronique. Ainsi, d’une part les médecins ne sont consultés que fort tard, parce que l’affection cutanée n’est pas compromettante pour la santé; d’une autre part, les maladies de la peau reflétant souvent un organe interne souffrant, le développement de la maladie est lent. à se faire, comme est lente faction qu’exerce sur la peau la cause déterminante.
Cependant il est des affections cutanées qui se rapprochent beaucoup sous ce rapport des maladies que nous venons de citer. Ainsi: le zona, qui a toujours trois à quatre jours de prodromes ; l’herpès phlycténoïde, précédé de deux jours de douleurs dans la partie qui sera le siège de l’éruption ; Y herpès multiple , dont l’anorexie, l’inappétence, la lassitude générale sont les avant-coureurs. L’ érythème , quel qu’en soit la forme, est dans le même cas. Nous citerons encore Y urticaire, le rupia , Yecthyma cachecticum , le scorbut , le purpura , qui sont précédés depuis six à huit jours de fatigue générale, de courbature de lassitude dans les membres. Quant à préciser d’une manière plus complète cette incubation des maladies de la peau, l’observation du passé ne permet pas de le faire; c’est là un sujet d’observation qui constitue une certaine lacune à remplir. Ainsi aujourd’hui, que l’on ne voit qu’observations microscopiques, bonnes sans doute puisqu’elles éclairent sur la nature des maladies, mais qui ont l’inconvénient de conduire leurs auteurs à faire découler, dans tous les cas , de ces observations la thérapeutique des maladies, on ignore le temps d’incubation nécessaire soit aux productions végétales, soit aux productions animales. Combien de jours faut-il pour qu’une
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
sporule de teigne développe le godet teigneux? De même aussi pour F herpès tonsurant , le pityriasis et la mentagre , selon certains micrographes. Combien de temps l’insecte de la gale met- il à opérer ce que j’appelle l 'évolution de la gale? On sait bien qu’en deux ou trois jours il peut tracer un sillon, même parfois en vingt-quatre heures; mais un sillon isolé, ce n’est pas là l’évolution galeuse. De même pour la maladie pédiculaire.
Quant aux affections de cause externe, tantôt elles se manifesteront dans un espace de temps court, comme les érythèmes produits par le soleil; ceux produits par le contact de matières irritantes avec la peau à la suite de l’emploi des acides, de l’eau de javelle , de l’eau sédative, des liquides alcooliques ; leur apparition dépend de l’intensité d’action des corps irritants et de la susceptibilité de la peau avec laquelle ils ont été en contact. Un épicier, un maçon, un teinturier peuvent rester des années sans voir se développer d ’ eczéma impétigineux et lichénoïde des mains, puis la maladie se manifester assez brusquement sous des influences qu’il est bien difficile d’apprécier. Mais n’en est-il pas de même pour toutes les causes qui produisent les maladies des organes internes?
Une maladie de la peau a-t-elle ses périodes régulières , son temps limité d’évolution et de décroissance , comme les maladies des autres organes ?
Avant de résoudre cette question, je pourrais poser la suivante et dire : Si, parmi les maladies qui affectent les autres organes de l’économie ou l’économie en général, il en est un certain nombre qui parcourent des périodes régulières, n’en existe-t-il pas un nombre bien plus considérable où la durée ne saurait être limitée et ou les phases de la maladie ne pourraient être précisées par des septénaires ou par un nombre de jours donné. 11 y a plus, l’observation de ces maladies à septénaires réguliers n’a-t-elle pas pris naissance dans les affections cutanées mêmes? N’est- ce pas dans les fièvres éruptives qu’on en a fait en premier la remarque? Et Hippocrate, qui a tant insisté sur telle ou telle maladie qui se juge dans une période donnée de temps, n’a-t-il pas appliqué aux autres maladies ce qu’il observait pour les éruptions cutanées? Mais laissons