‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 6 sur 69 · INVASION, TERMINAISON, MARCHE DES MALADIES CUTANÉES · texte numérisé non relu

INVASION, TERMINAISON, MARCHE DES MALADIES CUTANÉES

de côté ces questions qui pourraient nous conduire trop loin, et bornons-nous à prouver ce fait, qu’il est un certain nombre de maladies de la peau qui se jugent dans une période de temps limitée comme les autres maladies, et que s’il en est un assez grand nombre qui paraissent se soustraire à cette règle, cela ne dépend pas entièrement de ces maladies, mais bien des conditions dans lesquelles la peau se trouve placée par rapport aux autres tissus ou organes. Les maladies de peau qui se jugent dans un temps donné sont nombreuses : nous citerons comme exemples tous les exanthèmes , les érythèmes , Y urticaire, Y impétigo, Yecthyma, 1 ezona, le purpura aigu, le pemphigus aigu, Y herpès phlyctênoïde, le lichen urtieans. Ce qui ne veut pas dire que ces diverses maladies ne puissent passer à l'état chronique, mais ce qui signifie qu’abandonnées à elles-mêmes avec des conditions de repos et d’hygiène convenables , elles peuvent suivre une certaine régularité dans leur marche , et guérir sous l’influence de moyens simples. Mais nous allons plus loin, et nous n’hésitons pas à déclarer que si, pour guérir une maladie de la peau, le malade se plaçait dans les conditions où il se place lorsqu’il s’agit de traiter une affection d’un autre organe, on verrait beaucoup moins de maladies chroniques, on ne rencontrerait pas si souvent de récidives, et ces affections ne feraient pas le désespoir et du malade et du médecin. Expliquons à cet égard toute notre pensée, et faisons comprendre les mauvaises conditions topographiques dans lesquelles se trouve la peau, par rapport aux autres tissus ou organes de l’économie.

Et d’abord, elle sert d’enveloppe: à ce titre, elle est en contact avec l’air extérieur ; elle est recouverte de vêtements ; elle doit se prêter à tous les mouvements d’extension, de flexion, d’expansion et de resserrement. En vain dirait-on que l’air extérieur, et par conséquent aussi les variations atmosphériques, ne sauraient avoir d’influence sur la peau parce qu’elle est habituée au contact de l’air. D’abord, la peau n’est pas habituée au contact de l’air d’une manière absolue quand elle est saine ; cette habitude n’est que relative : d’ailleurs la peau n’y est plus habituée lorsqu’elle est malade. On a l’exagération de cette influence de l’air par la souffrance que cause l’excoriation de la peau, même longtemps après qu’elle a été opérée.

pathologie générale.

Les variations atmosphériques d’humidité, de froid, de sécheresse, etc., sont très puissantes à l’égard de la peau malade; et cela est si vrai, que, dans les moments où le temps passe subitement de l’humidité au sec, nous voyons nos malades tenir le lendemain un langage tout opposé à celui qu’ils avaient tenu la veille : tous accusent une grande amélioration dans leur état, soit sous le rapport de la sécrétion morbide, soit sous celui de la démangeaison. Le contraire a lieu dans des conditions opposées. Il y a plus, du moment que l’on fait tomber à l’aide d’un bain ou d’un cataplasme certaines concrétions morbides qui recouvrent la surface affectée, on amène de la douleur, et une douleur si vive, que le malade la témoigne quelquefois par des souffrances aiguës, ainsi que cela a lieu dans le pemphigus ou le rupia.

La peau saine est un tissu souple, extensible, qui se prête sans douleur aux efforts de tension et de relâchement, d’extension et de retrait; mais aussitôt qu’elle devient malade et enflammée, même d’une manière chronique, il n’est pas possible de se refuser h admettre que son extension et son relâchement ne contribuent puissamment à entretenir et à perpétuer la maladie dont elle est atteinte par la douleur qu’ils développent. 11 est des affections qui ne guérissent qu’à la condition de repos absolu ; les maladies du larynx en sont l’exemple par excellence. Quelques personnes n’ont échappé à la phthisie laryngée qu’en se condamnant au silence le plus absolu, c’est-à-dire à l’immobilité la plus complète de la partie malade. L’honorable Gerdy, de regrettable mémoire, s’était condamné au silence le plus absolu pendant plus d’une année dans sa chambre, alors qu’il était chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, et c’est à cette circonstance qu’il a dû de prolonger ses jours jusqu’à une phase de la vie trop courte sans doute, mais très longue en présence de la maladie dont il était atteint, et des fonctions du professorat qu’il remplissait. Les affections intestinales chroniques , et celles de tous les organes en général, marchent d’autant plus vite vers la guérison que la condition de repos est mieux observée. Pourquoi donc vouloir qu’une maladie de la peau guérisse quand même , et comment ne pas tenir compte de cet usage de nos malades, de vaquer à leurs occupations habituelles , quoique l’affection cutanée existe , et

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