‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 52 sur 69 · MALADIES QUI ENTRAÎNENT LA CHUTE DES CHEVEUX · texte numérisé non relu

MALADIES QUI ENTRAÎNENT LA CHUTE DES CHEVEUX

Il est des affections de la peau pour lesquelles les médecins 11e sont pas toujours consultés, parce que le monde ne voit que l’effet, sans savoir quelle en est la cause. Il s’adresse alors au coiffeur et à tous ces charlatans qui annoncent et vendent des médicaments contre la chute des cheveux, ou ayant pour vertu spécifique de les faire croître, d’en augmenter le nombre et la force. On sait jusqu’à quel point a été poussée l’impudence sous ce rapport.

Tout ce qui naît et croît dans notre économie a son organe de développement. Les cheveux, tout organisés qu’ils sont par euxmêmes, ont néanmoins pour point de départ et d’accroissement des bulbes dans lesquels ils puisent les matériaux de leur nutrition. Ces bulbes sont placés dans la partie la plus profonde de la peau, et ils sont enveloppés par les réseaux de son tissu, de sorte que si, par une circonstance quelconque, la peau vient à être frappée d’une maladie qui modifie sa consistance et son volume , les bulbes des poils en reçoivent une influence directe ou indirecte, mais toujours fâcheuse.

Indépendamment de la modification que reçoivent les bulbes des cheveux par la maladie de la peau, ces bulbes peuvent être malades eux-mêmes.

Dans ces divers cas, les cheveux ne trouvent plus dans les bulbes les matériaux nécessaires à leur accroissement et à leur vie; dès lors ils s’amaigrissent ou ils tombent.

La chute des cheveux peut donc provenir de deux ordres différents de maladies : ou de maladies de la peau, ou de maladies des bulbes. Mais ce ne sont jamais les cheveux qui sont malades par eux-mêmes, ou, s’ils le deviennent, ce n’est jamais que consécutivement et par extension de l’affection de la peau ou de celle des bulbes.

Ceci posé, on voit tout d’abord que la chute des cheveux doit être ou naturelle ou accidentelle; dans le premier cas, elle constitue l’alopécie proprement dite; dans le second, elle se lie à des affections cutanées diverses. On conçoit que s’il est des maladies qui, en

ALOPECIE.

général, ne l’entraînent pas nécessairement, et ces maladies sont nombreuses, elles peuvent, lors de leur permanence et en vertu de l’atteinte portée à la peau par leur durée, amener une sorte d’atrophie des bulbes des poils, et par suite devenir une cause de la chute des cheveux. Il ne s’ensuit pas qu’à l’occasion de la chute des cheveux nous devions traiter de toutes ces maladies; nous dirons seulement quelques mots de leur influence et des circonstances dans lesquelles elles produisent cet effet.

Alopécie. Chute naturelle des cheveux.

Cougéuitale.

Sénile.

Accidentelle.

Sans état morbide de la peau.

Sénile.

Suite de couches.

Maladies générales de l’économie.

Avec état morbide de la peau ou des bulbes des poils.

Eczéma chronique.

Impétigo.

Pityriasis.

Teigne.

Vitiligo.

Herpès tonsurant.

Porrigo decalvans.

On désigne sous le nom d 'alopécie la chute totale ou partielle des cheveux ou des poils, quelle qu’en soit d’ailleurs la cause. Aussi l’alopécie peut être naturelle lorsqu’elle est congénitale ou lorsque, par des conditions que l’on ne peut pas apprécier, les cheveux tombent sans qu’il existe aucune maladie, soit de la peau, soit du bulbe des poils, et que l’on peut seulement rapporter à l’âge cette perte de la chevelure ou des poils. De là l’alopécie congénitale ou sénile; mais la chute des cheveux peut arriver naturellement à l’âge de l’adolescence et lorsque les parents en ont été eux-mêmes atteints, sans que la peau ou les bulbes paraissent malades.

Il faut, au contraire, comprendre sous la dénomination d’alopécie accidentelle une série de cas qui dérivent de causes toutes différentes entre elles, et parmi ces causes se trouvent plusieurs maladies qui par elles-mêmes entraînent forcément la chute des cheveux : telles sont celles que nous avons énumérées en tête de cet article. Nous allons donc fournir quelques données spéciales sur l’alopécie congénitale et celle dite sénile; puis nous traiterons de la

chute des cheveux accidentelle, en rappelant les maladies qui peuvent la déterminer.

On a quelques exemples d’alopécies congénitales dans lesquelles les entants sont nés sans cheveux, sans sourcils, et chez lesquels il ne se développe, par la suite, ni barbe ni poils. Ces enfants ont la peau blanche et souvent blafarde ; les paupières deviennent entièrement rouges par la suite et sans cils. Le cuir chevelu n’est pas privé de cheveux d’une manière absolue, mais il ne s’y montre qu’un duvet semblable à celui de la peau des nouveau-nés, qui tombe après les premières semaines de la vie. Plus tard et avec l’âge ces enfants peuvent se fortifier, prendre de l’accroissement, acquérir de la force et les marques de la virilité, mais c’est en général l’exception : le plus souvent ils offrent tous les attributs de sujets mous, lymphatiques, à voix féminine et doués de peu d’énergie ; cet état est irrrémédiable.

L’alopécie dite sénile se montre avec les progrès de l’âge. Elle ne porte en général que sur la chevelure et sur les poils du pubis ; mais quand elle survient durant la jeunesse de vingt-cinq à trentecinq ans, c’est qu’elle est la suite soit d’une cause syphilitique, soit de conditions héréditaires que l’on ne saurait apprécier. Ce n’est plus alors une alopécie sénile, c’est une alopécie dépendante de conditions toutes spéciales d’organisation acquise. 11 existe pourtant une différence assez grande entre l’alopécie de cause syphilitique et l’alopécie dite prématurée; dans la première, les cheveux tombent de tous les points ; dans la seconde, au contraire, l’alopécie affecte ou le devant, ou le sommet de la tête, mais toujours dans le même point et d’une manière uniforme ; de sorte que le front se trouve de plus en plus à découvert en procédant d’avant en arrière ; ou le sommet de la tête étant le siège de l’alopécie, il en résulte bientôt une sorte de tonsure qui va en s’élargissant peu à peu et laissant à sa circonférence les cheveux dans leurs conditions naturelles.

La peau dans tous ces cas n’est pas le siège de la maladie. Il n’y existe aucune sensation anormale ; mais Bichat a observé que dans l’époque séni le il s’opère peu à peu une sorte de resserrement du canal cutané des cheveux et des poils au pointqu’il finit par disparaître. Il s’est donc produit là une véritable atrophie du bulbe des poils

ALOPÉCIE.

qui ne permet plus aucun espoir de faire renaître les cheveux.

Cependant lorsqu’il s’agit d’un homme jeune, le médecin doitconseilier et mettre en usage tout ce qui peut tendre à fortifier les cheveux, et que nous indiquerons en parlant de la chute des cheveux, à la suite de maladies graves.

Alopécie accidentelle. — Il est peu de maladies sécrétantes ou non sécrétantes de la tête qui n’amènent à la longue la chute des cheveux et qui ne s’opposent à leur développement. Ainsi l’eczéma, l’impétigo, l’eczéma impétiginodes, le psoriasis, font tomber les cheveux. Cettechute n’est que temporaire. Le bulbe a plus ou moins été gêné dans sa nutrition ; une fois la maladie de la peau terminée, il reprend son accroissement, sa vitalité, et les cheveux repoussent avec plus ou moins de vigueur, suivant que l’atrophie du bulbe a duré un temps plus ou moins long. Ainsi, tel enfant qui aura eu dès l’abord une chevelure forte, et qui sera affecté pendant plusieurs années d’un eczéma du cuir chevelu, pourra ne plus offrir, même longtemps après la guérison, pendant toute sa vie peut-être, que des cheveux minces, rares et courts. Tel autre, au contraire, verra reparaître sa chevelure aussi forte, aussi belle, si la maladie n’a duré que quelques mois.

Il n’en saurait être de même d’un faims , d’un herpès tonsurant , d’un porrigo decalvans , quoique la durée de ces affections ait été beaucoup plus restreinte, parce que dans ces maladies c’est sur le bulbe du poil que siège l’affection avec le parasite végétal qui l’accompagne; elle s’étend même aux cheveux, elle en modifie essentiellement la structure, et dès lors elle porte atteinte à l’organisation de tous les deux. Après un certain laps de temps, l’altération du bulbe est si profonde qu’il y a désorganisation ou atrophie complète. Le bulbe étant détruit, il ne saurait y avoir de recrudescence des cheveux, quoique la maladie elle-même soit guérie. Enfin, il est certaines conditions générales qui influencent assez les cheveux pour en déterminer la chute.

Ces préliminaires, sur lesquels nous insistons, viennent corroborer les préceptes que nous avons donnés sur la nécessité d’arrêter les affections cutanées à cette époque de l’enfance où l’organisation a pris une énergie suffisante, afin d’éviter les conséquences fâcheuses

qui en sont la suite nécessaire. Il appartient donc au médecin défaire pressentir aux parents les dangers de cette sorte d’inertie, en vertu de laquelle ils laissent persister le mal. Il appartient au médecin d’appliquer, contreces diverses maladies, les moyensquenous avons énumérés à l’occasion de l’histoire de ces maladies.

Mais la chute des cheveux peut être indépendante d’une maladie de la peau ; il est probable que, dans ce cas aussi, le bulbe n’est pas malade, mais qu’il ne reçoitpas une nourriture suffisante à la croissance des cheveux. Ce n’est pas en général pendant l’enfance que l’on voit apparaître cette chute graduée des cheveux sur laquelle nous venons d’appeler l’attention ; c’est à deux époques principales de la vie : 1° à la suite des couches chez les femmes ; 2° dans l’adolescence dans les deux sexes.

Dans le premier cas, la chute des cheveux est consécutive à un accouchement dont les suites ontétélongues, accompagnées de symptômes généraux ou locaux qui ont entraîné un long séjour au lit, et nécessité surtout l’abstinence la plus complète des soins ordinaires de la chevelure. La tête est restée longtemps enveloppée ; la transpiration y a été retenue ; souvent même des sueurs abondantes ont eu lieu ; les cheveux n’ont pas reçu le contact de l’air ; il s’est manifesté alors un état qui doit être le précurseur des phénomènes d’une maladie qui se montre surtout dans certains pays où l’on observe la négligence la plus absolue et la malpropreté la plus dégoûtante; je veux parler de la plique polonaise. Je n’affirme pas que cette dernière maladie dût se montrer nécessairement, si un pareil état morbide se prolongeait, mais il est probable qu’elle pourrait se mon trer.

Les personnes qui sont affectées de fièvres graves se trouvent placées dans des conditions pareilles lors de leur convalescence. C’est que la peau de la tête, comme la peau du reste du corps, a reçu une influence propre à modifier sa vitalité ; qu’elle veut de l’air et de la propreté ; c’est que la transpiration à la fois aqueuse et graisseuse qui s’opère à sa surface doit être soustraite, et au moyen de l’évaporation, et au moyen des agents mécaniques dont nous nous servons pour la toilette ; c’est que toute transpiration aqueuse, d’acide qu’elle est, devient alcaline et par cela même irritante pour la peau ;

ALOPÉCIE.

que toute transpiration huileuse se rancit à l’instar des matières grasses, et qu’enfin les cheveux doivent vivre aux dépens de l’air, comme la peau elle-même qui absorbe des gaz et exhale, semblables en cela aux végétaux dont notre organisation ne saurait différer, parce que tout ce qui est doué de vie dans la nature est soumis aux mêmes lois de développement comme aux mêmes conditions physiques d’organisation et aux mêmes influences extérieures. Pendant longtemps on a douté de cette exhalation gazeuse cutanée assimilable aux végétaux, parce qu’elle avait échappé à nos sens ; comme quelques personnes doutent encore aujourd’hui de l’absorption gazeuse par la peau ; et cependant rien de plus fondé en théorie comme en expérience. Si ce n’était nous éloigner de notre sujet, nous invoquerions les phénomènes les plus communs et les plus journaliers à l’appui de ces assertions. Nous avions toutefois besoin de les rappeler pour faire comprendre comment les cheveux s’étiolent et tombent à l’instar des feuilles, des fleurs et des fruits.

Il est évident que dans l’espèce il ne s’agit pas ici de maladie, et par conséquent le remède doit être puisé dans des soins hygiéniques bien ordonnés : d’abord débarrasser graduellement la tête des enveloppes que l’on y maintient pour conserver la chaleur, autant toutefois que l’état général du malade le permet ; démêler peu à peu les cheveux, les passer ensuite au peigne de plus en plus fin tous les matins ; les couper du quart et même plus tard de la moitié de leur longueur. Cette mesure trouvera souvent de l’opposition de la part de beaucoup de dames ; mais elle est basée sur la saine raison ; et, pour prolonger nos comparaisons, que nous croyons justes, que faiton à un arbre qui languit et ne donne que des pousses de peu d’importance ? On coupe la plus grande partie des branches et souvent même on le tronçonne pour le rajeunir, dit-on. En effet, l’année suivante il devient plus vigoureux que jamais, parce que sa sève est assez forte pour nourrir ses rejets. Il en est de même des cheveux ; et telle chevelure qui se nourrissait mal à une longueur donnée, va croître et se fortifier avec une étendue moitié moindre ; ce sont de ces comparaisons qu’il faut faire aux malades parce qu’elles satisfont l’esprit de tout le monde.

A ces soins de propreté il faut joindre l’emploi de lotions ou de

81Z| pathologie et thérapeutique spéciales.

pommades toniques afin de redonner à la peau et aux bulbes des cheveux de F activité. L’eau salée au 200e de son poids ; l’eau avec addition de sulfate de fer dans la proportion de 1 pour 100; la pommade au tannin ; celle deDupuytren, mise aujourd’hui en usage d’une manière si banale : voilà des modificateurs qui conduiront certainement à de bons résultats ; mais ce n’est pas sur des cheveux qu’il faut étendre ces pommades ou qu’il faut faire ces lotions, c’est sur le cuir chevelu.

Règle générale, toute croissance chétive des cheveux chez les enfants comme chez les adolescents doit être traitée d’après les mêmes principes. Une chevelure trop fine devient plus forte et plus abondante par le raccourcissement répété et fréquent des cheveux. C’est ce que l’on fait avec avantage à beaucoup d’enfants qui ont des cheveux très fins, de nuances différentes variant du blond au roux , ce qui est d’un aspect désagréable et ce que l’on peut facilement modifier par ce moyen. Enfin, dans ces sortes de cas, il faut surtout employer une médication générale qui fortifie le malade et le ramène peu à peu à sa santé primitive.

Dans les divers cas que nous venons de citer, et à l’occasion desquels nous avons donné quelques conseils puisés principalement dans l’hygiène, nous avons supposé que la peau, les bulbes des cheveux et les cheveux eux-mêmes n’étaient pas malades; aussi, dans l’espèce, les malades n’éprouvent aucune sensation anormale, pas ou peu de démangeaisons ; ils n’ont pas de sécrétions ou de productions morbides.

Une autre forme de chute de cheveux se fait observer principalement à l’âge de l’adolescence, et c’est la plus commune; elle se transmet dans les familles de père en fils, et il n’est pas rare de voir à vingt-quatre ou vingt-six ans des personnes devenues presque chauves de la partie antérieure de la tête à la partie postérieure, et obligées de recourir à l’art du coiffeur pour suppléer à leur infirmité. Chaque année elles sont obligées de faire donner plus d’étendue à leur chevelure artificielle jusqu’à ce qu’elles portent une perruque

Cette perte lente, incessante, de cheveux s’observe sous une autre forme chez la femme. Au même âge, et lorsque les cheveux ont pris

ALOPÉCIE.

un accroissement souvent considérable, de jeunes personnes, soit avant, soit pendant les premières années du mariage, voient, comme elles le disent, leurs cheveux s’éclaircir, quoique aucune cause apparente n’ait pu déterminer un pareil état. Les seuls phénomènes sensibles consistent dans l’apparition de petites écailles qui se détachent sous forme de farine lorsqu’elles passent le peigne fin et qui adhèrent le long des cheveux ; de sorte que cette espèce de poussière très fine est enlevée par la brosse et vient salir les vêtements durant le temps consacré à la toilette. Ajoutez à ce symptôme une démangeaison légère à la peau de la tête dans certains moments de la journée.

Plus tard, on observe dans certaines places, là où les poussières farineuses ont été plus marquées, le cheveux plus clairsemés, la peau moins garnie, en même temps que les points ou ce que l’on nomme les pores de la peau sont plus larges, à orifices plus dilatés que de coutume. Examinez la peau de plus près, et vous lui trouverez une teinte rosée qui fera contraste Uvec les parties non malades, car celles-ci sont d’un blanc mat. Enfin, exercez des pressions sur la peau, et elle offrira une certaine résistance comme si elle était légèrement tuméfiée ; elle sera plus mobile, moins appliquée aux os et moins adhérente.

C’est ainsi que commence la maladie de la peau que l’on désigne sous le nom pityriasi s chronique.

Est-ce une affection du tissu de la peau qui vient à réagir sur les cheveux ? est-ce une affection des bulbes? C’est ce que la science n’a pas encore déterminé d’une manière certaine, malgré les recherches récentes qui l’attribuent à un cryptogame, le microsporon fur fur. 11 faudrait que des études microscopiques fussent entreprises sous ce rapport pour décider la question. Toujours est-il que c’est à la peau qu’il faut s’adresser pour arrêter la chute des cheveux.

Notez que la maladie est diffuse, qu'elle n est jamais circonscrite , limitée à une étendue qui précise nettement un point malade, et ce dernier caractère distingue cette affection du porrigo decalvans , de Y herpès tonsurcmt , du favus et du psoriasis du cuir chevelu. Or l’affection débute ordinairement chez la femme au sommet de la tête con-

trairement à ce qui se passe dans la chute précoce et naturelle des cheveux.

On peut guérir cette affection quand elle n’est pas trop ancienne, de manière h voir renaître une chevelure au moins aussi belle que celle qui existait. Si l’affection est ancienne et qu’elle ne soit pas encore arrêtée, on peut réduire les désordres existants et s’opposer à leurs progrès.

J’ai cherché à établir une différence tranchée entre la chute des cheveux, qui est la conséquence d’un trouble porté dans toute l’économie par une maladie fébrile grave ou par des suites de couches de longue durée, et celle qui dépend d’un pityriasis , soit accidentel, soit héréditaire. »

J’ai fait sentir que dans le premier cas il fallait fortifier la peau à l’aide de pommades et de lotions toniques ou astringentes, telles que les lotions de sulfate de fer, la teinture de cantharide, les mélanges d’eau et d’eau-de-vie, ou de rhum, les pommades au rhum, la pommade de Dupuytren; celle au tannin, etc., tous moyens analogues aux médicaments que l’on prescrit à l’intérieur, et surtout à l’alimentation fortifiante, que l’on met en usage dans le but de rétablir la santé.

H n’en saurait être de même dans la maladie dont nous nous occupons, et qui entraîne la chute des cheveux sous une forme chronique, mais tenace et toujours persistante.

Faisons observer, tout d’abord, que la chute des cheveux, dont le pityriasis est la cause, peut exister seule ou être liée à une altération des voies intestinales qui en dérange les fonctions et qui amène un trouble plus ou moins prononcé dans la digestion. Ordinairement cet état se dessine par des céphalées ou céphalalgies (migraines) dont la fréquence est en rapport avec le trouble du côté du tube digestif.

On conçoit dès lors que la maladie du cuir chevelu se lie nécessairement à cette cause, qu’elle est entretenue par elle, qu’elle augmente avec le trouble fonctionnel de l’estomac ou des intestins, et diminue ou reste stationnaire durant les améliorations temporaires qui peuvent se montrer dans la santé générale.

La migraine la plus bénigne est toujours accompagnée d’un état

ALOPÉCIE.

fluxionnaire ou congestionnel plus ou moins marqué, et cette congestion, quelque légère qu’elle soit, vient ajouter àla forme inflammatoire de la maladie de la peau. Dans d’autres cas, le pityriasis se relie à un état ichthyosé des coudes et des genoux ; c’est alors que la guérison n’en peut être obtenue qu’à l’aide des arsenicaux.

Nous ne saurions donc trop appeler l’attention sur ces coïncidences si communes, parce qu’il n’est guère de traitement possible, pour une affection cutanée, lorsqu’une cause incessante en entretient la permanence, en venant détruire, d’un moment à l’autre, l’amélioration qu’un traitement externe bien dirigé a pu produire, il ne nous appartient pas ici de poser les bases d’une médication appropriée à l’état du canal intestinal. Il nous aura suffi d’avoir signalé les fâcheuses conséquences de cet état, pour qu’un médecin se conduise, à cet égard, en raison des données générales de la science, et qu’il n’entreprenne le traitement de la maladie locale qu’après avoir notablement amendé la cause qui peut perpétuer cette maladie.

Supposons donc le pityriasis isolé de toute influence locale étrangère à la maladie de la peau, et traçons les meilleurs moyens d’arriver à une guérison.

Aucun traitement n’est possible sans la section des cheveux. Encore une fois, c’est sur la peau qu’il faut pouvoir agir. On devra donc couper les cheveux par portions, un huitième, un dixième de leur longueur à la fois, et couvrir la tête de plus en plus au fur et à mesure des sections, de manière à réduire les cheveux à un centimètre, au plus, de longueur. Chez les dames, on fait conserver quelques cheveux en avant pour figurer deux petits bandeaux, et pour permettre une coiffure en bonnet.

La section des cheveux, à laquelle le rasoir ne doit jamais participer, devra employer quinze jours plus ou moins, suivant le volume et le poids de la chevelure.

Cette opération préalable étant achevée, on s’occupera de la peau. A cet effet, on devra tenir compte de deux formes de pityriasis très distinctes : l’une avec chaleur et démangeaison notables du cuir chevelu, principalement le soir et le matin; l’autre sans démangeaison très sensible, et surtout sans chaleur.

Les malades qui sont dans la première condition supportent des moyens que l’on ne saurait employer pour les personnes qui se trouvent placées dans la seconde catégorie. Dans le premier cas, ce sont des lotions aqueuses sur la tète, lotions fréquemment répétées, et qui soulagent d’une manière notable les démangeaisons et la chaleur.

Je fais passer une éponge fraîche, dix ou douze fois dans la journée, sur la tête ; cette éponge est imbibée d’eau, et dans d’autres cas d’eau vinaigrée, contenant un trois-centième, un deux-centième de son poids de vinaigre; j’associe à ce moyen l’usage, durant la nuit, d’une pommade entièrement formée de moelle de bœuf avec un douzième de son poids d’huile d’amande douce; je continue l’emploi de ces moyens jusqu’à ce que toute chaleur soit tombée et que la périodicité dans la démangeaison soit détruite. Souvent même il reste peu à faire pour obtenir la guérison ; quelques pommades résolutives, dont je ferai connaître la composition plus bas, suffiront pour la rendre parfaite. Y a-t-il persistance, on a obtenu alors la cessation complète d’un état aigu plus ou moins prononcé, et l’on peut dès lors avoir recours au traitement que je vais faire connaître à l’occasion de la seconde forme de pityriasis.

J’ajouterai encore un mot : il n’est pas rare d’observer, dans le cours de ce pityriasis avec chaleur de la peau et démangeaison intense, un état de pléthore générale, avec somnolence ou pesanteur de tôle. Il ne faut pas hésiter soit à faire précéder le traitement local d’une saignée, soit à pratiquer cette saignée générale pendant le cours du traitement. J’insiste sur toutes ces conditions préliminaires, parce qu’elles conduisent au succès et qu’elles sont le résultat des observations que j’ai faites dans ma pratique journalière.

Mais il y a plus : le pityriasis à forme chronique chez les jeunes filles se lie souvent à une constitution délicate, chétive, avec laquelle l’appétit n’est pas nettement dessiné, et où la menstruation est imparfaite ; ces jeunes personnes, qui ne sont pas pour cela lymphatiques, sont cependant lentes dans leurs mouvements, veules, comme on le dit communément, pales, sans expression dans la physionomie, à moins qu’elles ne soient excitées. Dans ces sortes de cas ai recours à la teinture de cantharides à l’intérieur, administrée

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d’après les principes que j’ai posés dans ma Thérapeutique générale (voy. p. 99).

Les cheveux étant coupés, il faut de suite mettre en usage deux sortes de moyens : la pommade au tannin, à la dose de k grammes pour 30 d’axonge, et tous les deux jours des lotions avec le carbonate de potasse, mis dans l’eau, à la dose de 10 grammes pour 500 d’eau. Ces préparations doivent être aromatisées avec une essence de menthe, de rcrse, ou avec du benjoin, de manière à obtenir des préparations de toilette agréables. Il faut supprimer l’emploi des peignes et des brosses ; ils irritent la peau, perpétuent la production de l’état farineux.

Quinze jours ou trois semaines après, on associe à cette pommade du camphre, dans la proportion de 25 à 50 centigrammes. Plus tard encore, on arrive à l’emploi d’une pommade légèrement alcaline, composée de 30 grammes d’axonge ou d’un mélange de glycérine et de stéarine, 10 grammes d’huile d’amande douce, 2 grammes de carbonate de soude, et 10 grammes de cendres de fucus de varech, ou à leur défaut de cendres d’angélique : en un mot, d’une cendre très alcaline.

Il est convenable, en même temps, de saupoudrer, tous les deux jours, le cuir chevelu, après l’avoir bien lavé avec l’une ou l’autre de ces cendres parfaitement tamisées.

Plus tard, on remplace ces moyens par une pommade, soit au précipité blanc, à la dose de 1 à 2 grammes, pour 30 d’axonge ; soit au goudron ou à fhuile de cade, au 20e seulement de l’axonge employée. Alors on doit aussi, tous les quatre ou cinq jours, étendre une légère couche d’huile de cade sur la peau, en ayant soin de bien essuyer avec du coton, de manière qu’il ne reste de l’huile que ce qui peut adhérer à la peau.

Enfin et lorsque la sensibilité de la peau le permet, on termine la guérison par l’emploi d’une pommade au carbonate de cuivre, d’après une formule que j’ai donnée en traitant du pityriasis en général (voy. Formulaire) .

À ces moyens locaux, à ces soins constants de propreté, il faut oindre l’emploi soutenu de bains généraux , soit des bains sulfureux ou sulfo-gélatineux, soit des bains de vapeur en étuve. On

excite, dans les deux cas, la transpiration cutanée générale, et l’on détourne ainsi l’irritation chronique locale (voy. l’Histoire générale du pityriasis pour plus de détails).

Exubérance des cheveux.

11 est un état tout opposé, qui se rencontre assez fréquemment chez les jeunes personnes, et dont les auteurs n’ont pas parlé : c’est l’exubérance des cheveux. Certes, on a signalé cette exubérance chez certains adultes très forts, très bien musclés, et quelques-uns d’entre eux ont profité de cette chevelure abondante pour s’établir débitants de pommades propres à l’accroissement des cheveux ; on a encore parlé de la présence de poils sur des parties du corps qui n’en sont pas habituellement recouvertes. Ce ne sont pas là les conditions sur lesquelles je veux appeler l’attention des médecins.

J’ai eu l’occasion de voir bon nombre d’enfants, et notamment des jeunes filles, dont la chevelure était trop abondante, principalement en longueur, de sorte que les cheveux ramassés sur la tête, et s’accroissant avec rapidité, constituaient une chevelure compacte sous laquelle on trouvait un teint pâle, des yeux plus ou moins cernés, une figure amaigrie, des membres grêles et une poitrine réduite à l’état osseux. Chez ces enfants, peu d’appétit; des digestions souvent difficiles; dégoût pour beaucoup d’aliments; un sommeil plus ou moins agité et une susceptibilité nerveuse très grande, jointe à un état, sinon d’indolence, au moins de fatigue sous' l’influence du moindre exer cice.

En vain on médicamente ces enfants , on leur administre un régime tonique, une alimentation forte : on n’obvie pas à l’état de langueur dans lequel elles se trouvent. L’estomac répugne à une forte et abondante nourriture.

Sont-elles accidentellement prises de fièvre, tout à coup des symptômes cérébraux se manifestent; en un mot, il semble qu’il y ait sans cesse un état de congestion vers la tète, état tout prêt à amener des désordres sous l’influence de la moindre cause excitante. On dirait que les cheveux vivent aux dépens de tout le reste de l’éco¬

nomie.

EXUBERANCE DES CHEVEUX.

Coupez la moitié de la chevelure, et tout à coup l'harmonie va s’opérer; vous allez voir renaître les fonctions de l’estomac et, par suite, s’opérer la nutrition générale; la maigreur cédera peu à peu ; la physionomie reprendra de l’expression et de la gaieté ; l’appétit se dessinera, et la substance nutritive, mieux répartie, améliorera la santé générale d’une manière remarquable.

11 ne faudrait pas, dans ce cas, dégarnir la tête par la section des cheveux à leur racine : ce serait exposer l’enfant à des dangers. Il suffit de couper les cheveux à moitié de leur longueur, de manière à alléger le poids que supporte la tête sans en diminuer l’abri naturel. On conçoit, d’ailleurs, qu’il s'opère en partie ce qui arrive tous les jours à un sujet scrofuleux ou lymphatique auquel on ampute un membre: toute l’économie ressent l’influence de cette perte d’une partie du corps dans laquelle il n’y a plus à verser des matériaux de nutrition. Mais ce qui probablement contribue surtout au rétablissement de la santé, c’est de faire cesser par la section des cheveux l’état fluxionnaire du cerveau et le surcroît d’activité qu’il recevait par la congestion permanente du sang vers la tête.

Quoi qu’il en soit de ces explications auxquelles nous attachons

fort peu d’importance , nous livrons les observations que nous

avons faites sur l’exubérance des cheveux aux méditations de nos confrères, persuadé qu’ils trouveront dans nos conseils une application utile.

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