‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 51 sur 69 · QUATORZIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME GROUPE

Affections cutanées chez l’enfant à la mamelle,

Quelques semaines après la naissance, et le plus souvent du deuxième au troisième mois, les enfants de forte complexion , et surtout ceux chez lesquels la graisse domine, sont pris de trois formes très distinctes de maladies cutanées : l’une est Y acné sébacée; la seconde, Y eczéma impetiginodes chronique; la troisième, Y eczéma muqueux ou «cor mucifluus.

L’acné sébacée , ainsi que Y eczema impetiginodes chronique , constituent ce que l’on désigne communément sous le nom de croûtes et crasses de lait ; il y a une différence très notable entre ces deux maladies que je vais chercher à peindre, elle peut même s’étendre sur tout le corps.

L’acné sébacée est une sorte de crasse qui adhère fortement au cuir chevelu des enfants et que l’on voit naître presque aussi souvent encore chez les enfants maigres que chez les enfants gras. Elle se manifeste, ou au sommet ou en avant de la tête; se limite quelquefois à une très petite étendue, et dans d’autres cas gagne de plus en plus en surface pour recouvrir presque toute la peau de la tête. Dans quelques cas même, elle gagne le front, la face, et donne à la figure de l’enfant l’aspect hideux d’un masque de crasse grisâtre; elle peut même s’étendre sur tout le corps.

L'eczema impetiginodes chronique , qui se montre à la même époque

de la vie de l’enfant, constitue la croûte de lait. Il consiste dans la sécrétion d’une humeur visqueuse et à moitié purulente, qui se concrète aussitôt qu’elle est sécrétée et forme une croûte épaisse d’un blanc jaunâtre, adhérenteàla peau et aux cheveux. Limitée d’ailleurs à un point plus ou moins étendu ou, au contraire, envahissant toute la surface du cuir chevelu , il s’en détache de temps en temps des portions de croûte, sans que pour cela les parties les plus profondes cessent d’adhérer à la peau.

Le cachet de ces deux affections, c’est leur marche chronique. Et lorsqu’elles prennent de l’extension , c’est qu’alors elles sortent des conditions communes pour affecter l’état aigu et envahir une grande partie de la surface du corps.

Il n’en est pas de même de Y eczéma muqueux des enfants ( acor mucifluus ); ici le développement de la maladie est brusque. La sur-

face de la tête est envahie en peu de temps; on voit s’opérer au cuir chevelu un état inflammatoire plus ou moins marqué, avec un excès de sensibilité de la peau , démangeaisons intenses, qui déterminent les enfants à se gratter et à s’excorier déplus en plus; suintement plus ou moins abondant, visqueux, filant, tachant et empesant fortement le linge. Cette sécrétion est quelquefois considérable; elle peut même par son abondance porter atteinte à la santé de l’enfant. Ce sont surtout les démangeaisons qui l’excitent, le privent de sommeil, puis d’appétit, et déterminent un amaigrissement plus ou moins grand. Aussi l’allaitement ne se fait-il que d’une manière incomplète.

Voilà donc trois formes de maladies très nettes, très tranchées, se montrant toutes trois dans les mêmes points, se développant au même âge et réclamant des soins différents. Une seule, la dernière, peut offrir quelque gravité par les atteintes qu’elle porte, dans certains cas, à la santé.

La thérapeutique de ces trois affections n’est pas la même. Les deux premières veulent être en général respectées; la dernière exige des soins, mais des soins parfaitement dirigés.

Les mères, fières et presque coquettes de leurs enfants, s’attachent toujours à enlever avec beaucoup d’empressement les plaques de crasse qui constituent l’acné sébacée. Quand tous les matins

on se borne à brosser la tête avec une brosse de chiendent, cela n’a pas d’inconvénient; mais quand la plaque existe depuis longtemps et qu’on vient à l’enlever brusquement, alors on peut apporter quelque trouble dans la santé. Des soins bien entendus consistent donc à se borner à l’usage de la brosse de chiendent, et si dans quelques cas la couche de sécrétion morbide prend trop d’étendue, il faut alors agir partiellement sur elle, en étendant çà et là, chaque soir, un peu d’huile de lis, et détachant le lendemain les sécrétions morbides que l’huile a rendues moins consistantes. Il ne faut jamais employer de pommades résolutives. Plusla maladie a d’étendue, plus il faut savoir la respecter. On doit attendre que l’enfant ait pris de la force et de l’accroissement avant de chercher à obtenir la guérison de cette affection, qui, du reste, ne présente aucune gravité. Son aspect seul est désagréable pour les parents.

Ces mêmes préceptes sont applicables à la croûte de lait. Toutefois il ne faut pas aller au delà de la prudence, et c’est une exagération que de suivre scrupuleusement le précepte de quelques médecins, qui prétendent que dans aucun cas on ne doit y toucher . S’il est vrai que cette sorte de sécrétion est dans beaucoup de circonstances un bienfait de la nature qui semble porter au dehors un principe morbide, il y a des inconvénients à trop respecter ces émonctoires naturels. Ce sont les cas, par exemple, où la croûte de lait reste stationnaire après avoir pris une grande étendue. Ainsi, tant qu’il y a accroissement de la maladie et sécrétion soutenue, il faut respecter d’autant plus cette sorte d’émonctoire, qu’en général il donne peu de sécrétion morbide, et que par cela même il n’altère pas la santé de l’enfant.

11 n’en est pas de même lorsque la maladie est arrivée à sa période de stase, d’inertie, c’est-à-dire à cet état stationnaire en vertu duquel la croûte de lait ne fait plus de progrès, ni en bien, ni en mal. Cet état bien constaté, on peut agir, mais avec beaucoup de réserve. Que le médecin sache bien qu’il guérira toujours cette affection avec la plus grande facilité. Qu’il sache de plus que, dans certains cas, et j’en ai vu plusieurs exemples, un cataplasme de farine de graine de lin appliqué sur les parties malades détermine la chute des croûtes, met le corps muqueux delà peau à nu ; sa dessiccation

s’opère alors; elle supprime toute sécrétion morbide, et cause une sorte de répercussion, en vertu de laquelle se développent des symptômes cérébraux très violents et très compromettants pour la vie de Tentant.

Quelle est donc la marche à suivre en présence de résultats si graves obtenus sous l’influence d’un moyen en apparence inoffensif? J’ai donné des soins à un enfant de deux ans, très fort, très bien constitué, appartenant à une famille anglaise dans une grande aisance, et chez lequel un œdème général est survenu brusquement, parce qu’un de nos honorables confrères, cédant aux vives sollicitations de la mère, a proposé l’usage, chaque soir, de cataplasmes de farine de graine de lin sur toute la surface de la tête ; dès le second ou le troisième jour, il y eut suppression totale de maladie cutanée et augmentation du volume du tissu cellulaire sous-cutané général à un tel degré, que l’enfant ne pouvait plus respirer.

En opposition avec ce fait, je me rappelle qu’il y a trois ans un conducteur de malle-poste vint me consulter pour sa fille âgée de sept ans, et chez laquelle on avait tellement respecté la croûte de lait, que cette enfant présentait au côté gauche du front, au voisinage de la tempe, une plaque jaunâtre de 5 centimètres de diamètre. Cette plaque, qui tombait à de très longs intervalles, se reformait très lentement; elle avait fait une empreinte profonde sur la peau en la déprimant, elle s’était opposée à la croissance des cheveux; elle se fût ainsi perpétuée des années, et eût laissé en définitive une cicatrice indélébile qui eût défiguré cette jeune personne. Il a suffi de quelques cataplasmes et de l’emploi, pendant quelques jours, d’une pommade légèrement résolutive, pour amener la guérison complète de ce que j’appelai alors une infirmité. Les croûtes de lait à forme chronique s’opposent, en effet, à la croissance des cheveux ; aussi les enfants chez lesquels elles se développent n’ont-i!s que quelques cheveux rares et maigres*

Lorsque le médecin juge convenable d’opérer la guérison des croûtes de lait, il faut qu’il les attaque par portions de petite étendue : c’est là une condition importante à observer pour éviter tout développement d’accidents du côté des organes internes de l’économie. À cet effet, il fera étendre tous les soirs un peu de

b02 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

crème ou un peu de beurre sur un point malade jusqu’à guérison de ce point. U en attaquera un second, puis un troisième et successivement toute la surface malade dans un temps donné très long. Il est rare que l’on soit obligé d’arriver à des résolutifs ; cependant, s’il y a lieu d’employer quelques pommades, il faut s’adresser de préférence à la pommade au tannin dans la proportion de 5 décigrammes à 1 gramme de tannin pour 30 grammes d’axonge. On peut y ajouter, dans certains cas , quelques centigrammes de camphre.

Ces moyens simples suffiront dans la plupart des cas, sauf ceux de date fort ancienne où l’âge assez avancé de l’enfant permet d’avoir recours à tous les agents que nous avons proposés pour le traitement de l’eczéma impétigineux chronique, traitement tant externe qu’interne.

L 'eczéma muqueux réclame d’autres médications. Gomme dans les deux affections précédentes, il faut d’abord laisser le suintement s’opérer seul, ne rien employer pour l’arrêter, se borner à des soins de propreté qui consisteront dans des lavages matin et soir avec une éponge imbibée d’eau de sureau ; changement fréquent des linges ; éviter les grattages des enfants autant que possible. Quand [ces grattages sont trop répétés, enduire la tête d’un peu de crème fraîche. Le suintement devient-il par trop abondant, au point de fatiguer l’enfant, de diminuer les besoins de l’allaitement, on tarit la sécrétion à l’aide d’un peu de poudre d’amidon appliquée sur des portions limitées du mal; mais on ne l’applique pas soir et matin : on supprimerait l’éruption trop brusquement. On arrive peu à peu et après plusieurs mois d’écoulement, à des lotions résolutives ayant pour base l’eau de sureau, que l’on active un peu plus tard par l’addition de quelques gouttes d’extrait de Saturne ; en même temps on établit un exutoire au bras. Ce traitement simple suffit pour la guérison de Y acor mucifluus.

Gomme on le voit, nous avons été sobre de moyens ; c’est que nous considérons comme dangereux la plupart d’entre eux; c’est que, dans cet article, il convenait de porter dans l’esprit des médecins une grande réserve dans la thérapeutique des maladies des enfants à la mamelle. Ge n’est guère que vers la deuxième ou la

troisième année que l’on peut se permettre d’opérer la guérison des maladies qui n’ont pas cédé sous le bénéfice seul de la nature.

En recommandant rinaction intelligente du médecin pour les trois principales affections du cuir chevelu qui peuvent survenir durant la période de l’allaitement de l’enfant, nous avons cédé à l’impression pénible que m’ont fait naître les nombreux exemples d’accidents que j’ai été à même d’observer par suite d’une pratique opposée. — Actuellement nous allons considérer l’enfant comme ayant déjà acquis plus de vitalité, plus d’énergie avec l’âge; nous le supposons ayant dépassé deux à trois ans et portant cependant encore les traces de l’une des trois affections que nous avons citées.

De deux choses l’une, ou la maladie est restée à la tète, et alors elle a successivement envahi tout le cuir chevelu; ou elle s’est montrée sur les diverses parties du corps dans une étendue plus ou moins considérable. Les deux cas sont possibles et de longue durée ; je vais en citer des exemples. J’ai donné mes soins à une demoiselle de seize ans qui habite le département de l’Ailier. Ses parents avaient jusqu’alors négligé la maladie dont il s’agit d’après l’avis de leur médecin, qui déclarait que la menstruation ferait disparaître cette affection. La menstruation s’est parfaitement étabhe, et lorsque vers le commencement de l’un des étés précédents on confia cette jeune personne à mes soins, en la faisant résider à Paris, afin que je pusse la suivre. A part les oreilles et les mamelons qui s’étaient affectés, le reste de la peau du corps était sain. Cette enfant fut guérie en trois mois. Je l’envoyai à Baréges pour y compléter sa guérison, mais la rigueur de la saison suivante a fait en partie reparaître la maladie, qui d’ailleurs s’exaspérait tous les hivers. Ainsi, pendant seize ans, Y eczéma impétigineux a été borné au cuir chevelu, quoiqu’il se soit manifesté très peu de temps après la naissance.

En regard de cette limitation du mal, malgré sa durée, je puis citer bon nombre d’exemples où, au contraire, toutes les parties du corps ont été plus ou moins affectées ; je citerai, en particulier, deux jeunes personnes des colonies, auxquelles j’ai donné des soins, soit dans les couvents à Paris, soit chez leurs parents. L’une d’elles est arrivée à l’âge de dix-huit-ans. Je l’ai soignée trois années de suite chaque hiver, mais à chacune d’elles l’affection avait une intensité

moindre, et depuis quatre ans les hivers se sont passés sans que l’affection ait reparu et sans qu’aucun traitement ait été fait. Chez l’une de ces jeunes personnes la menstruation s’est établie pendant le traitement, elle n’a apporté aucun changement dans la maladie ; il y a plus, celle-ci subissait alors une légère recrudescence à l’approche des règles.

Dans tous ces cas, Y eczéma impetiginodes se lie toujours à la constitution molle et au tempérament lymphatique, dont on retrouve la prédominance dans la bouffissure de la face, l’état chassieux des yeux, l’abondance de la graisse, les formes arrondies des membres, la lenteur dans les actes des enfants, leur peu d’impressionnabilité et leur intelligence peu avancée.

Il ressort toutefois de ces faits une induction fort importante pour la pratique médicale, à savoir : que la nature ne fait absolument rien pour la guérison de cette maladie, et que le médecin qui entretient une famille dans la pensée que tôt ou tard les transitions naturelles d’âge par lesquelles devra passer l’enfant opéreront des changements salutaires, ce médecin, dis-je, est blâmable. J’insiste sur cette circonstance, à cause des exemples si nombreux de réserve médicale, dont j’ai été témoin, même de la part des hommes les plus distingués et que leur spécialité dans le traitement des maladies de l’enfance devait éloigner de ce que j’appellerai une erreur déplorable.

Mais on va même plus loin, et lorsque la menstruation est arrivée sans résultats, le médecin dit aux parents : Attendez encore , un mariage , une grossesse feront disparaître ces accidents. Conseils pernicieux, non-seulement pour la jeune fdle, mais encore pour toute la famille quelle est appelée à procréer; car les enfants présenteront bientôt comme la mère une maladie dont ils auront hérité. C’est ainsi qu’on propage de descendants en descendants les affections cutanées. C’est ainsi que l’on crée les maladies héréditaires et qu’un médecin devient la cause de la perpétuation dans toute une famille d’un mal si difficile à détruire.

Ceci posé, cherchons à dépeindre l’état de l’affection à forme chronique et de date ancienne, et établissons les phases de son traitement général et local. La maladie cutanée se montre, ou sous forme

de croûtes d’un aspect blanchâtre, fdamenteuses, plus ou moins brillantes, et se rapprochant assez de l’amiante ; de là le nom de teigne amiantacée , qui lui a été donné par Alibert; ou sous celle de croûtes d’un jaune plus foncé, cassantes, se réduisant facilement en poussière, et se détachant quelquefois par petites pelotes ou globules, qui adhèrent aux cheveux, et qui ont beaucoup d’analogie avec la variété de teigne que je désigne sous le nom de teigne granulée. En cet état de granulations adhérentes aux cheveux, on nomme encore cette maladie impétigo granulé chronique.

Dans ces deux variétés, les cheveux sont plus ou moins accolés les uns aux autres et appliqués le long du cuir chevelu, de manière à ne pouvoir les en séparer qu’avec peine. Le plus souvent, ils tombent sous l’influence d’une légère traction. Ils sont rares, parce que les parents les ont détachés en brossant la tête ; ils ne poussent pas sensiblement. Recouverts de la production amiantacée de la première espèce , ils ressemblent alors à des filaments d’amiante accolés les uns aux autres , avec la couleur blanche qui lui est propre. Dans la seconde variété, ils conservent plus ou moins leur couleur naturelle, à part des points où adhèrent les productions morbides.

Vient-on à faire tomber, dans les deux espèces, les deux variétés de croûtes, on trouve le cuir chevelu épaissi, plus ou moins rugueux, dénudé, rouge, et suintant au moindre frottement, saignant même quelquefois. Ajoutez à cet ensemble des démangeaisons dont l’intensité est variable, une sécrétion par les grattages, enfin un accroissement du mal en certaines saisons, toujours les mêmes, sous l’influence d’un état aigu accidentel.

Le diagnostic de l’une de ces affections, celle qui est avec granulations, présente parfois des difficultés pour la distinguer de la teigne granulée. Bon nombre de médecins croient avoir guéri des teignes, qui n’ont réellement traité que des eczémas impétiginodes chroniques, et cela est si vrai qu’assistant, il y a quelques années, à une séance mensuelle de l’une des sociétés de médecine les plus distinguées de Paris, chacun sourit d’incrédulité, lorsque je parlai des difficultés que l’on éprouvait à guérir la teigne proprement dite. C’était à qui prendrait la parole pour diriger le sarcasme contre mon

assertion. La discussion alla jusqu’à ce point qu’au moment de sa clôture, je suppliai la société de vouloir bien consentir à ce que cette discussion ne fût pas publiée dans les procès-verbaux de ses séances, pour l'honneur de la Société ! Je raconte cette circonstance, qui m’a vivement impressionné , pour arriver à établir que , dans certains cas , le secours du microscope devient indispensable au diagnostic, qui est d’une importance extrême. La teigne est contagieuse; l’eczéma impétiginode chronique l’est fort rarement. Les moyens propres à guérir la teigne ne réussissent presque jamais à détruire l’affection qui nous occupe. Enfin, en déclarant une jeune personne atteinte de la teigne, c’est dire qu’elle sera, dans la plupart des cas, privée de cheveux à toujours; c’est porter sur sa personne un stigmate de réprobation et mettre le désespoir dans une famille.

Le traitement à employer contre ces deux formes de maladies est presque le même pour toutes les deux, à de légères différences près. Il est général et local : général, en ce sens qu’il faut s’attacher d’abord à modifier la constitution scrofuleuse, en prescrivant une médication appropriée (voy. Médication antiscrofüleuse).

Quant au traitement local, en voici les bases : 1° Faire tomber, à l’aide de cataplasmes de farine de graine de lin, toutes les croûtes de la tête, ou bien imprégner ces croûtes de saindoux en abondance et plusieurs fois dans les vingt-quatre heures ; 2° couper les cheveux tout à fait ras et ne pas les faire raser; mettre ainsi le cuir chevelu parfaitement à nu; répéter cette section des cheveux tous les douze ou quinze jours; 3° si le cuir chevelu est épaissi, notablement enflammé, continuer toutes les nuits des cataplasmes très minces de fécule de pomme de terre ou de farine de riz, afin que ces cataplasmes ne fassent pas un poids trop considérable sur la tête ; 4° plus tard, commencer l’usage, le matin et l’après-midi, d’une pommade légèrement astringente et composée de :

Axonge . 30 grammes.

Tannin . - . 1 gramme.

Augmenter peu à peu la dose de tannin de manière à arriver à 3 ou 4 grammes : y ajouter même un peu de camphre, 25 centi-

grammes ; 5° tous les trois jours nettoyer la tête, d’abord avec une eau contenant 10 grammes de carbonate de soude pour 500 grammes d’eau ; puis avec de l’eau à laquelle on ajoute un quarantième de son poids de chlorure de soude.

6° Remplacer plus tard la pommade au tannin par de la pommade de goudron au 40e de son poids; 7° à cette période, commencer à toucher les parties malades, soit avec de l’huile de cade, soit avec une solution de nitrate d’argent au 10e de son poids; 8° arriver enfin à une pommade qui contienne 25 centigrammes de carbonate de cuivre pour 30 grammes d’axonge.

9° Joindre, en hiver, à ce traitement local l’usage des bains de vapeur en étuve, qui sont d’un secours très puissant dans ces sortes de cas; ou, à défaut de ces bains, ceux de Baréges artificiels, à faible dose.

Telle est l’énumération des principaux agents dont je me sers pour obtenir la guérison de cette maladie de date ancienne. Inutile de faire observer que tout le talent du médecin consiste dans le choix et l’opportunité du remède en raison de l’état du mal. En thérapeutique, il ne suffit pas d’avoir des agents, il faut savoir les employer en temps utile.

J’ajouterai que la saison la plus favorable à la guérison de cette maladie, c’est l’hiver ; que l’on n’obtient que très rarement une guérison à l’abri de toute récidive lors du premier traitement; que la maladie revient une première fois, une deuxième fois pendant la saison où elle s’est toujours montrée avec plus d’intensité, mais que chaque fois elle est beaucoup moins étendue, beaucoup moins intense et surtout d’une guérison plus facile. J’affirme enfin que Ton peut, avec quelque persévérance, obtenir une guérison radicale, et que les cheveux repoussent avec une nouvelle vigueur, de manière à faire disparaitre toute trace de maladie et à ne pas laisser supposer qu’elle ait jamais existé. Inutile d’ajouter qu’en présence d’une affection qui reflète d’une manière si évidente un tempérament lymphatique, il faut joindre à ce traitement externe une médication interne antilymphatique.

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