‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 8 sur 69 · A PRODUCTIONS ANIMALES · texte numérisé non relu

A PRODUCTIONS ANIMALES

Maladie pédiculaire, capitis.

corporis.

pubis.

Formes composées.

Lichen urticans.

Herpès eczémateux.

Herpès lichénoïde.

Eczéma impétigineux.

Pemphigus herpéliforme.

Rupia impétigineux.

Impétigo ecthymateux.

Sycosis

Sycosis

Lichen

Lupus

Psoriasis

Psoriasis

impétigineux.

herpéliforme.

eczémateux.

herpéliforme.

herpéti forme.

eczémateux.

Maladies des poils.

Plique.

Canitie.

Alopécie.

Maladies des ongles .

Hypertrophie.

Atrophie.

Qnyxis.

comme cela arrive le plus ordinairement , soit que la marche de l'inflammation ait été tellement rapide que ses produits ne se soient montrés à nous qu’à un degré plus avancé, il arrive souvent que l’eczéma se présente à un état qui tient à la fois et des affections vésiculeuses et des affections pustuleuses. » Nous voilà bien rapprochés, on en conviendra, par cette phrase; car, suivant M. Cazenave, on n’a même pas le temps de voir les vésicules de l’eczéma, qui sont comme si elles n existaient pas ou n avaient jamais existé . De là à la forme composée primitive il n’y a qu’une nuance à peine appréciable. Mais comme les formes composées primitives détruiraient toutes les idées de Willan admises et propagées par Biett, M. Cazenave s’arrête à ce point, et préfère supposer une complication qui, en thèse générale, ne se présente que dans le cours des maladies, pour les maladies des autres organes de l’économie.

Eh bien , il en est des autres formes comme de celle-là. Ainsi le lichen urticatus débute par une papule au centre d’une plaque d’urticaire ; celle-ci disparaît pour laisser persister la papule liché— noïde ; mais, au lieu de durer comme le lichen, elle se guérit beau coup plus facilement.

Or si ces faits sont constants pour deux formes cutanées composées et connues depuis soixante ans, pourquoi ne le seraient-ils pas pour les analogues que nous avons fait connaître, dont on ne nie pas d’ailleurs l’existence, mais que par des idées systématiques on regarde comme des complications.

Dans le pemphigus herpétiforme, ce n’est ni le pemphigus proprement dit, ni l’herpès. Les bulles de pemphigus sont beaucoup moins volumineuses en général. Elles sont symétriquement disposées par couronnes ou courbes presque complètes, qui gagnent de plus en plus du terrain par la circonférence. Or la forme composée de ces affections, en général, implique une modification du traitement d’où dépend la guérison. C’est pour cela que nous insistons sur ces formes composées, qui dès leur manifestation conduiront le médecin à modifier sa thérapeutique.

Ceci posé, entrons dans la partie descriptive de l’anatomie pathologique des affections cutanées.

PREMIERE classe. — Maladies érythémateuses . — Tout état érythc-

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

mateux de la peau suppose une inflammation efflorescente de tissu, caractérisée par une rougeur rosée apparaissant brusquement et disparaissant dans un espace de temps assez court. La rougeur disparaît sous la moindre pression du doigt ; elle est avec ou sans turgescence de la peau ; elle cesse d’exister soit en quelques heures, soit en quelques jours; elle ne laisse pas de traces de son passage et n’amène aucun produit de sécrétion.

En pathologie cutanée, on ne compte que trois affections de ce genre: l’érythème, l’urticaire et la roséole; mais plusieurs fièvres éruptives présentent aussi les mêmes caractères.

Chose remarquable, dans certains états érythémateux, la peau est tuméfiée dans la totalité de son épaisseur, au point de faire parfois des saillies considérables, et cependant ce n’est là qu’une efflorescence passagère. Ainsi le mode de rougeur avec absence de toute sécrétion humorale ou épidermique constitue le cachet de l’état érythémateux.

Deuxième classe. — - Maladies à formes vésiculeuse et bulleuse.

Chacune de ces expressions a sa signification propre qu’il faut peindre, car elle devient , aux yeux du médecin , un élément de diagnostic.

On entend par vésicule une production morbide formée par une enveloppe épidermique remplie de sérosité limpide, mais dont le volume est assez ténu dans certaines affections, l’eczéma par exemple, pour que les plus grosses vésicules ne puissent être aperçues à l’œil nu qu’en y portant le plus grand soin, ou avec le secours de la réflexion de la lumière du soleil; il y a plus, il existe des maladies vésiculeuses dans lesquelles la loupe permet seule de distinguer les vésicules, ainsi qu’on l’observe dans les variétés d’herpès nummulaire et circiné. Mais la vésicule peut être assez volumineuse pour égaler le volume d’un grain de millet, comme dans la gale dite papuleuse ; celui d’un grain de chènevis ou d’une petite lentille, comme dans la gale aqueuse, l’herpès phlycténoïde et le zona, et surtout dans le rupia. Ainsi le caractère commun, c’est une petite vessie remplie de sérosité limpide, depuis le plus petit diamètre non appréciable à l’œil nu, jusqu’au volume d’une petite lentille. Au delà, la forme morbide constituée par les mêmes éléments change de nom et prend

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES MALADIES CUTANÉES. Ui

celui de bulles. Ici la plus petite bulle a le volume d’une lentille ; les bulles les plus communes dépassent celui d’un haricot; quel' ques-unes acquièrent les dimensions de l’ampoule d’un vésicatoire d’assez grande dimension. Il n’existe qu'une seule maladie que l’on dise bulleuse, c’est le pemphigus ; mais comme dans le rupia le volume de la vésicule est très voisin de celles des plus petites bulles de pemphigus , il est des auteurs qui ont compris le rupia dans les affections bulleuses. Alors pourquoi n’y pas comprendre le zona , Y herpès phlycténoïde, la gale vêsiculeuse , maladies dans lesquelles les moindres vésicules sont très appréciables? on scinderait ainsi avec beaucoup plus de justesse les deux catégories d’affections, et l’on dirait alors : maladies vésiculeuses , celles dans lesquelles les vésicules ne sont pas ou sont à peine appréciables à l’œil nu, eczéma , eczéma impétigineux, herpès circiné, numrnulaire, herpès longitudinal, herpès iris , gale canine ; maladies bulleuses , celles dans lesquelles les vésicules sont très appréciables à la vue et peuvent même acquérir le volume d’une forte ampoule, zona , herpès phlycténoïde , gale aqueuse , rupia , pemphigus. Si en général la vésicule n’est formée que par une lame épidermique soulevée par de la sérosité dont la nature est toujours alcaline, il en est qui contiennent une autre production morbide, je veux parler d’une fausse membrane qui se rencontre assez fréquemment dans les vésicules du zona , et parfois dans quelques bulles de pemphigus. L’existence de la fausse membrane, toujours secondaire d’ailleurs, dénote une affection plus profonde qui entraîne avec elle l’ulcération du derme, et qui devient appréciable, lorsque l’on a mis à nu la production pseudo-membraneuse par la déchirure de la vésicule. Aussi dans les éruptions vésiculeuses sans production pseudo-membraneuse , la superficie du derme est seule affectée ; il ne se sécrète et ne s’écoule jamais que de la sérosité (eczéma, herpès circiné ou numrnulaire, labial, phlycténoïde, gale aqueuse). Dans le cas contraire, la sérosité devient bientôt lactescente, puis purulente (zona, pemphigus). Enfin dans le rupia, où une plus ou moins grande épaisseur de peau est malade et quelquefois même sa totalité, il se sécrète à la fois, et mêlés ensemble, de la sérosité, du pus et de l’ichor ; de là une croûte d’un gris sale qui reflète la nature des trois sécrétions.

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

Troisième classe. — Maladies à. forme pustuleuse . — Que doit-on entendre par l’expression de pustule? Au premier abord cette question parait oiseuse, et cependant on va bientôt juger de son importance. A part la nature du fluide qui soulève l’épiderme dans la pustule, rien ne ressemblerait plus à une vésicule qu’une pustule, si ce n’était encore l’engorgement inflammatoire du tissu delà peau qui l’accompagne; aussi les caractères essentiels de la pustule consistent-ils dans l’existence du pus, production morbide particulière, et dans l’engorgement. Cet engorgement, qui ne se rencontre pas dans les affections vésiculeuses en général, suppose une peau plus profondément affectée au début de la maladie. Aussi ouvrez une pustule à sa naissance, détachez-en l’épiderme, et vous trouverez le tissu de la peau érodé, granuleux comme dans l’ulcération. C’est qu’en effet l’ulcération est la compagne obligée de la formation du pus. Or les pustules se présentent sous deux aspects tout à fait différents, qui deviennent des caractères diagnostiques des maladies cutanées. Dans les unes il y a prédominance très grande de la vésicule purulente sur l’engorgement, commedans l’impétigo, l’ecthyma; dans les autres l’état inverse a lieu, ainsi qu’on l’observe dans Y acné et le sy cosis pustuleux. Cette disposition s’observe à un tel point, que dans les deux premières affections on aperçoit à peine l’engorgement , et dans les dernières on voit peu la vésicule purulente ; aussi la première catégorie est-elle formée par des pustules plates, et la seconde par des pustules conoïdes. Dans l’impétigo, les pustules sont tellement petites, qu’on leur a donné une dénomination particulière; on les nomme psydraciées , petites pustules. Elles sont presque toujours confluentes agglomérées. Dans Yecthyma, les pustules sont larges, isolées, ombiliquées à leur centre par un point noirâtre, qui à sa base se relie à une fausse membrane. Aussi l’ecthyma donne-t-il lieu à des cicatrices comme la variole La gale pustuleuse est dans le même cas, mais à un moindre degré. Les pustules de la gale ne présentent jamais de fausses membranes. C’est donc à tort que I on dit que la gale est compliquée d’ecthyma: c’est une forme spéciale que nous nommons gale purulente. Dans ces trois affections, peu ou pas d’engorgement dans chaque pustule. Dans l’acné, au contraire, dans le sycosis pustuleux, on observe un

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engorgement considérable, de forme conique, qui est terminé par une vésicule purulente. C/est toujours aux dépens d’un follicule sébacé que se produit la pustule de l’acné ; aussi lorsque cette pustule est arrivée à maturité, on en fait sortir comme d’un furoncle une sorte de bourbillon formé par du pus et de la matière sébacée. Lors de la guérison de ces pustules, il reste une cicatrice toujours plus ou moins allongée, très apparente, ou du moins apparente au dos et à la figure, et d’autant plus visible que la peau est plus épaisse. La pustule du sycosis comprend toute l’épaisseur de la peau, et ne saurait produire les mêmes phénomènes ; elle est d’ailleurs très volumineuse, et elle acquiert quelquefois le volume d’une noisette.

Dans ces diverses affections, le produit morbide est du pus, qui dans l’impétigo est moins purulent que dans l’ecthyma, et qui possède la propriété de se concréter sous la forme d’une croûte d’un jaune doré, ressemblant un peu à du miel concret ; de là le nom de

mélitoqre donné à cette affection.

Le siège du sycosis au menton ou dans la barbe vient éclairer complètement le diagnostic différentiel.

Quatkième classe. — Maladies à forme populeuse. — Que doit-on entendre par papule? Ce mot pourrait être synonyme de bouton sans pus ; c’est un petit engorgement inflammatoire à forme pyramidale dans quelques cas, arrondi dans d’autres, mais qui n’a ni vésicule séreuse complète , ni vésicule purulente. La disposition conique des papules l’a fait assimiler aux papilles de la peau ; quelques personnes pensent même que ce sont les papilles de la peau à l’état inflammatoire. C’est là une erreur que M.Cazenave a accréditée et qu’il a commise : ni dans le liehen, ni dans le prurigo , ni dans le stropkulus, ni dans les syphilides populeuses que comporte cette catégorie de maladies, il n’y a de papules malades et hypertrophiées. Ce qui le prouve, ce sont les considérations suivantes.

Les papilles de la peau sont généralement disposées par paires et en lignes courbes, dans un ordre parfaitement symétrique. Or quelle que soit l’espèce d’affection papuleuse , elle n’est jamais symétrique que dans un seul cas, celui de syphilide, où les papules sont disposées sous la forme de lignes courbes elliptiques ; mais

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

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d’abord toutes les papules sont très éloignées les unes des autres, et la courbure de leur disposition n’a aucun rapport avec les lignes papillaires auxquelles nous faisons allusion. Ensuite il y a si peu de ressemblance entre la papule morbide et la papille, qu’il est impossible de les assimiler entre elles. D’ailleurs cette ligne courbe peut se présenter dans toutes les directions, dans la longueur comme dans la largeur des membres, et rien de semblable ne se montre dans la disposition des papilles.

Le lichen est une affection de la partie interne des membres et de la partie antérieure du tronc. Le prurigo est une maladie de la partie externe des membres et de la partie postérieure du dos, de sorte qu’il faudrait scinder en deux catégories les affections des papilles, tout en faisant deux maladies à part. Si dans ces deux affections les papilles étaient le siège du mal, comment leur état pourrait-il constituer deux maladies fort distinctes d’ailleurs. Le lichen est une maladie de la jeunesse, le prurigo une maladie de l’àge avancé. La surface de la pulpe des doigts est hérissée de papilles; elle n’est jamais atteinte par le lichen. Évidemment ce siège présumé est mal fondé. On l’a supposé tel en raison de l’excitation générale que les maladies à forme papuleuse entraînent, et parce qu’on a tenu à faire de ces affections des maladies du système nerveux en général. Mais il nous est impossible de trouver la moindre analogie entre l’état anatomique et l’état morbide. Quoi qu’il en soit, la forme papuleuse se montre dans cinq maladies: le strophulus , le lichen , le prurigo , la syphilide populeuse et la gale lichénoïde. C’est un bouton ou élevure conoïde inflammatoire dans laquelle les expansions nerveuses doivent entrer pour quelque chose, car la démangeaison en forme généralement l’un des caractères ; je dis généralement: et en effet, dans le strophulus, la démangeaison est peu marquée; elle est nulle dans la syphilide papuleuse. L’organisation pathologique de ces papules n’est donc pas la même dans toutes , et ce qui le prouve d’ailleurs, c’est que si l’on écorche une papule de lichen, il n’en survient qu’un suintement séreux ; si l’on excorie par le grattage une papule de prurigo, il s’en écoule du sang. Enfin, si la papule pathologique n’était qu’une inflammation de la papille , comment expliquerait-on le prurigo sans papule qui

produit les démangeaisons les plus vives et les plus violentes, sans qu’il y ait la moindre altération à la peau? Il semble naturel d’admettre que dans ce cas la peau devienne hérissée de papilles enflammées. Comment enfin, dans la gale lichénoïde, la papule est-elle toujours terminée par une petite vésicule séreuse ?

Cinquième classe. — Maladies tuberculeuses. — Tubercules. On peut donner du tubercule à peu près la même définition que celle que nous avons produite pour la papule, à la différence du volume; car le tubercule est un gros bouton charnu sans vésicule séreuse et sans pus, mais, comparativement à la papule, le volume est énorme. Lorsque la papule atteint le diamètre d’une petite lentille, il faut que ce soit une papule syphilitique; or il est des tubercules qui ont le volume de la plus forte noisette, ainsi que cela a lieu dans le sycosis. Tl est surtout très important de ne pas attacher à ce mot la signification qu’on lui accorde généralement. Il ne s’agit pas du tubercule, au point de vue de la nature de la matière organique qui le forme, mais seulement d’un état d’apparence charnue et inflammatoire de la peau, dont le volume est assez considérable et varie d’un gros pois à une noisette.

A part la syphilide tuberculeuse et la lèpre tuberculeuse, il est peu d’affections de la peau qui puissent retracer l’image des affections que l’on nomme tuberculeuses en dermatologie. Le lupus est généralement pris pour type ; or dans le lupus les tubercules proprement dits sont rares ; on y rencontre plutôt une peau épaissie, charnue, compacte et uniforme, qu’une saillie limitée, circonscrite, avec épaississement de la peau, comme l’indique la dénomination qui nous occupe. Dans la lèpre, au contraire, les tubercules cutanés sont beaucoup plus dessinés; et quant au sycosis tuberculeux, ce sont des tumeurs inflammatoires plus ou moins confluentes, plus ou moins circonscrites , avec une sécrétion variable à la surface. En sorte que le mot tubercule, en fait de pathologie cutanée, doit être surtout interprété en raison de la forme et de l’induration du tissu de la peau, plutôt qu’en raison de la nature des saillies qui en forment le caractère. La peau n’a pas été transformée organiquement, si ce n’est dans quelques lèpres fort anciennes. Ici donc aucune idée

Z|f> PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

des tubercules cancroïdes ou scrofuleux : c’est la forme qu’il faut voir plutôt que le fond .

Sixième classe. — Maladies épidermiques , squameuses et cornées. — Cette catégorie comporte sept maladies a forme primitive, dans lesquelles la sécrétion épidermique joue un rôle principal. Ainsi, pityriasis , psoriasis, l'epre vulgaire , ichthyose , cors et verrues , productions cornées et pellagre , sont autant de maladies dans lesquelles, sous une forme ou sous une autre, le symptôme dominant est la sécrétion épidermique ou cornée. La forme de l’épiderme sécrété ou produit en constitue en grande partie les caractères principaux. D’une autre part, dans ces sortes d’affections, ou la peau est superficiellement atteinte, ou elle l’est profondément, sans que la nature du produit morbide soit changée ; de là la nécessité de faire connaître tout d’abord les formes diverses de ce produit, sauf à chercher l’explication de ces variétés de forme.

La peau peut se borner à produire une poussière farineuse à sa surface; c’est ce que l’on observe dans le pityriasis le plus superficiel, ou dans l’ichthyose au plus faible degré. Dans les deux cas, apparence de peau saine, sauf celui où, comme dans le pityriasis versicolor, qui amène souvent cet état farineux , la peau est coloree.

A part cet état farineux ou de poussière, la peau ne paraît pas malade, et cependant l’affection peut persister pendant longtemps dans cet état. Il y a plus , sous l’influence d’une cause variable, la maladie peut prendre un caractère beaucoup plus tranché, et donner lieu à de petites lamelles qui se détachent facilement, ou même à de nombreuses lamelles qui se superposent et qu’on enlève à l’état de grosse poussière. Enfin elle peut prendre un caractère aigu, comme dans le pityriasis rubra , et alors la peau s’enflammer, s’épaissir, exhaler une certaine transpiration séreuse et engendrer un grand nombre de lamelles épidermiques plus ou moins larges.

Ainsi, quel que soit l’état plus ou moins profond de l’affection, quel que soit son état aigu, la sécrétion reste la même, de l’épiderme, toujours de l’épiderme.

Comment ne pas voir là des organes spéciaux qui sont malades,

et qui auraient pour fonctions d’engendrer l’épiderme, ainsi que l’avaient avancé Breschet et Roussel deVausème; car si l’épiderme n’est qu’une exhalation des vaisseaux capillaires sanguins de la surface de la peau, comme on l'admet aujourd’hui, la production épi dermique est peu explicable quand la peau est saine; et la peau est trop profondément affectée dans le pityriasis rubra quand son tissu est malade ! Enregistrons cependant tout de suite ce fait, qu’à partie pityriasis rubra , le psoriasis et la pellagre, dans lesquels la peau est évidemment le siège d’une inflammation aiguë ou chronique, c’est là un phénomène fort remarquable que cette faculté de la peau à sécréter de l’épiderme sous des formes diverses. Ici, et au premier degré, comme je le disais tout à l’heure, poussière ou état farineux de la peau; puis, dans un autre cas, lamelle en grosse poussière; dans un troisième, squames; dans un quatrième, écailles; dans un cinquième, tubercules cornés; dans un sixième, productions allongées, ressemblant à des cornes ou à des prolongements cornés semblables à ceux de la peau du porc-épic. Indiquons maintenant les produits morbides que chacun de ces mots exprime.

L’état farineux , de poussière fine, se traduit de lui-mème à la pensée. Un q. lamelle, ou lame épidermique, suppose une surface plus ou moins large d’épiderme détaché, mince, partout uniforme, ressemblant à une pelure d’oignon, pour prendre un terme de comparaison qui , quoique vulgaire , exprime pourtant parfaitement la pensée. Une squame est une superposition irrégulière de plusieurs lames épidermiques qui donne à ces lames un aspect blanc opaque, mais non pas nacré. L 'écaille suppose une superposition plus ou moins étendue de lamelles épidermiques, dont le nombre est si considérable et où les lamelles sont si étroitement unies, que la surface de l’écaille a pris un aspect nacré, qui a conduit à leur comparaison avec une écaille de poisson.

On nomme verrue un épaississement limité et lenticulaire de la peau, à forme généralement arrondie, car il en est d’ovoïdes, d’étalées, ayant une assez grande étendue sur la face palmaire des doigts; mais tandis que dans les variétés précédentes l’épiderme semble être soustrait à la vie de la peau, dans celle-ci au contraire il conserve encore de la vitalité ; aussi la verrue saigne-t-elle

pathologie générale.

quand on la coupe au centre même de F épiderme qui la constitue, ou au moins quand on approche de la surface du derme, et voit-on une pluie sanguine suinter à la surface de la section, sang qui paraît indiquer la section des vaisseaux qui servent à la production de la verrue. 11 règne aussi dans les cors une certaine organisation : si les uns ne paraissent que le résultat de la compression, et s’ils ne consistent que dans un épiderme épaissi pour constituer les cors dits plats , il en est d’autres, nommés cors à clous , dans lesquels il y a évidemment une organisation vitale morbide toute particulière.

Quant à ce que l’on appelle cornes , ce sont des saillies ou protubérances plus ou moins allongées, fusiformes et conoïdes, tantôt uniques, tantôt multiples, et quelquefois assez nombreuses pour tapisser toute la surface du corps.

Elles vivent et s’entretiennent aux dépens d’une organisation vasculaire spéciale de la peau, et elles contractent des adhérences si prononcées avec ce tissu, qu’il est impossible de les en détacher autrement que par la section à l’aide de l’instrument tranchant. Telle est d’ailleurs la densité de ces productions, qu’elles produisent parfois par leur percussion mutuelle un bruit très sonore.

Septième classe. — Maladies sébacées . — Au point de vue de l’anatomie pathologique, les maladies sébacées ont pour caractère anatomique une hypersécrétion de matière grasse, jusqu’à l’état morbide, sans que la matière soit ultérée au point de changer de nature. Ainsi il existe trois maladies de ce genre, ce sont Y acné punctata , Yacne sebacea et Yacné tuberculoïde ou varioloïde de M. Bazin. Dans ces trois affections, les follicules sébacés sont malades; ils sécrètent de la matière grasse dans une proportion plus grande que dans l’état normal. Cette matière a peut-être pris ellemême des qualités spéciales qui la rendent plus ferme, plus épaisse, plus solide, mais elle reste à l’état graisseux. Dans deux autres maladies, le follicule est malade, mais il s’enflamme très franchement, tourne àl’état de suppuration et donnenaissance à des pustules, c’est ce qui a lieu dans les acné rosacea et indurata. Dans les trois premières maladies sébacées que nous signalonsici, il en est une où l’hypersécrétion de la matière esttrèslente et très épaisse; de l’étatd’huile elle a passé à l’état de matière concrète; elle a peu à peu rempli

outre mesure le canal excréteur du follicule, l’a dilaté et est venue se faire jour à son ouverture extérieure. Là, au contact de l’air, cette matière noircit et se montre par un petit point très visible, et en même temps très dense. Cette coloration est-elle l’effet du contact avec des corps sales? Cela est douteux , quoique ce ne soit pas impossible. Toujours est-il que si l’on vient à presser la peau sur deux points opposés, on chasse cette matière du canal du follicule sous la forme d’un petit ver, à l’extrémité duquel un micrographe, M. Simon, prétend avoir trouvé un insecte plus ou moins analogue à celui de la gale. 11 reste le canal folliculaire très dilaté, qui ne se rétrécit jamais assez pour reprendre ses dimensions premières. Quant au follicule lui-même, il y a tout lieu de croire qu’il est détruit. En effet, une fois le canal folliculaire complètement vidé, il ne se remplit plus.

Dans une seconde variété, celle de l’acné sebacea , l’hypersécrétion de matière grasse est incessante; mais ce n’est plus la matière huileuse de la sueur grasse, c’est une matière grasse qui transsude à peine, et se concrète à la surface de la peau pour y former une couche sale que l’on enlève avec l’ongle; et telle est l’abondance de cette sécrétion, que la maladie a pu, dans certains cas, s’étendre à la fois à toute la surface du corps, quoique généralement elle soit limitée à la figure. 11 en résulte toujours un aspect hideux. Si l’on gratte cette sécrétion avec les ongles, on observe que la peau ellemême n’a pas notablement perdu de sa teinte ordinaire, et qu’elle n’est pas très sensiblement épaissie.

Enfin dans la troisième variété, qui se montre de préférence sur le tronc, la matière folliculeuse liypersécrétée se rassemble en lobules ou saillies arrondies sous l’épiderme qu’elle distend, dont elle se fait une enveloppe assez mince pour apercevoir la couleur, d’un blanc jaunâtre, de la sécrétion. Si l’on vient à fendre cette enveloppe, on en fait sortir la matière sébacée. Toutefois, dans l’enveloppe , l’épiderme n’est pas seul; il semble que le follicule en s’hvpertrophiant ait soulevé une couche superficielle du derme, qui d’ailleurs donne un peu de sang par la section de la carotide.

Il y a donc dans ces trois formes morbides, non- seulement une hypersécrétion, mais un changement dans la consistance de la ma-

50 PATHOLOGIE GENERALE

riëro sécrétée, qui a pour effet une concrétion anormale moindre dans facné sebacea , plus grande dans facné punctota , plus grande encore dans facné tubercoloïde .

Huitième classe. — Que dire au point de vue de l’anatomie pathologique des maladies chromât eases, aujourd’hui que la matière colorante de la peau n’est considérée que comme un produit d’une exhalation des capillaires de la surface du derme? Pourquoi cette matière colorante s’accumule-t-eîle dans des points et des surfaces variables de la peau pour y former des taches circonscrites tantôt d’un jaune verdâtre, comme dans les taches hépatiques et le pityriasis v’ersicGÏor ; tantôt noirâtres, comme dans le pityriasis nigra ? Et puis pourquoi, dans d’autres cas, cette décoloration complète de la peau (acromie, vitiligo ), qui dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des cas est accompagnée d’un cercle de matière verte ou brunâtre, très foncé, autour de ia décoloration de la peau et décroissant d’intensité au furet à mesure que l’on s’en éloigne? Plus tard, cette sorte d’accumulation d’une matière colorante, que l’on peut dire anormale, va accidentellement prendre un certain caractère aigu, amener des démangeaisons, produire un état furfuracé de la peau et, suivant certains micrographes, développer des parasites végétaux ; tout cela est encore bien vague, au point de l’anatomie pathologique : bornons-nous donc à enregistrer les faits sans pénétrer plus avant, dans la crainte d’entrer dans de vicieux errements.

Neuvième classe. — Maladies hémateuses. — Ici la comparaison de l’état pathologique est plus complète ; on sait que dans le purpura le sang transsude des vaisseaux capillaires au dehors, en s’arrêtant très probablement au tissu cellulaire qui enveloppe ces vaisseaux; tandis qu’il s’infiltre dans le tissu cellulaire ambiant dans le scorbut pour y former des taches ecchymotiques, et parfois des épanchements sanguins. Dans les deux cas, la coloration qui en résulte ne disparaît pas par la pression du doigt, ce qui différencie ces deux maladies de toute rougeur inflammatoire. Le purpura est limité au tissu de la peau, et souvent aux couches les plus superficielles; le scorbut, au contraire, peut pénétrer très profondément dans le tissu cellulaire.

Que cet état tienne à la fluidité du sang ou à toute autre cause

plutôt générale que spéciale à ce fluide, cela importe peu au point de vue du diagnostic et de l’anatomie pathologique ; toujours est-il que le caractère de l’infiltration sanguine devient le cachet de ces affections.

Dixième classe. ■ — Maladies à productions végétales. — Depuis l’application du microscope à l’étude des produits de sécrétion morbide, on a constaté qu’il existait un certain nombre de maladies dans lesquelles il se développait à la peau une série de végétaux analogues aux champignons ou productions mucédinées; telles sont les variétés de teigne et, suivant certains pathologistes, la mentagre, les variétés d’herpès, le chloasma, etc., toutes ces productions sont composées de tubes simples ou ramifiés, contenant des spores ou granules, et de tubes vides sans sporules, offrant d’ailleurs l’aspect de chapelets articulés ou non articulés.

Cette matière organique contenue, constitue la matière fécondante de la maladie, en ce sens qu’elle peut se transmettre par sa poussière organisée (spores) d’individu à individu. Peut elle se produire spontanément chez un sujet? C’est là une question repoussée par les naturalistes; mais nous pensons qu’à cet égard la science n’a pas dit son dernier mot Les faits pathologiques ne sont nullement en rapport avec cette manière de voir; et malheureusement il est difficile d’aborder la question en présence des repaires que se sont créés à cet égard les naturalistes. Si, par exemple, nous disons qu’il

vidu, on répondra que le contact n’est pas nécessaire, puisque les spores sont transportés par l’air ambiant ! Si l’on ajoute que des maladies à champignon ne se transmettent pas par contact ou autrement, comme le pityriasis versicolor , on dira : c’est que dans les contacts le sujet contaminé n’était pas dans des conditions suffisamment maladives pour permettre aux spores de se développer! Que répondre à de pareils moyens échappatoires! Quoi qu’il en soit, faisons connaître d’une manière sommaire ces productions végétales.

Les végétaux qui croissent sur les animaux vivants sont tous des cryptogames, et ils ne comportent que des algues et des champignons. Il ne peut se développer à la peau que des champignons.

Le champignon est formé par des filaments, d’abord simples puis

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

ramifiés, composés d’une cellule allongée sans cloisons, et contenant çà et là des spores.

Lorsque les filaments sont cloisonnés bout à bout, on donne à ce champignon le nom de mycélium.

Le champignon des animaux présente deux espèces de mycélium : le mycélium nématoïde ou filamenteux, et le mycélium membraneux.

Le mycélium filamenteux est le plus commun de tous; il est formé de fibres lâchement entrecroisées. Dans le mycélium membraneux les filaments sont tellement rapprochés qu’ils constituent une sorte de membrane plus ou moins épaisse. Le système reproducteur se compose d’un réceptacle, sporange ou thèque, et de spores contenues dans les sporanges. Les spores sont tellement ténues qu’on ne peut les voir à l’œil nu, et qu’elles constituent une poussière fécondante susceptible de pénétrer dans les ouvertures et les plicatures les plus déliées de la peau.

Leur forme est ovoïdale, sphéroïdale, fusiforme ou triangulaire à angles arrondis. Elles sont extrêmement dures et très difficiles à aplatir. Leur couleur varie ; elle est brune, jaunâtre, grise ou presque incolore. Toutes sont formées de cellules dépourvues de noyau. Leur enveloppe extérieure (cellulose) est celle qui offre de la résistance; elle est tapissée d’une utricule azotée qui renferme un liquide tenant des granulations en suspension.

On appelle réceptacle l’organe sur lequel reposent les sporanges , lorsque les spores ne sont pas nues , et où se trouvent les spores, lorsque celles-ci sont à nu. *

Enfin le réceptacle peut être supporté par un pédicule (pédoncule, stipe, tronc).

Tout champignon ne peut vivre qu’aux dépens de produits animaux plus ou moins altérés et contenant des principes azotés. Plus les produits renferment ces principes azotés dans une proportion considérable, plus le développement des champignons est rapide.

Il ne peut pas se montrer de champignons sur un tissu parfaitement sain, au dire des naturalistes. Il faut que les fluides sécrétés ou que la peau elle-même soit dans de mauvaises conditions de vie pour que le champignon déposé par contact, ou transmis par l’air

ambiant, vienne à germer. Il en est sous ce rapport de l’homme comme des végétaux. D’où la conséquence que dans le traitement d’une maladie végétante il y a toujours deux indications à remplir : détruire ce végétal, détruire l’état de l’organe ou de l’organisme qui a donné lieu à son développement ou qui l’a favorisé. Stilling et Hannover ont montré que l’inoculation des soprolegnia réussissait toujours quand elle était faite sur des animaux déjà malades. Les expériences de MM. Bourguignon et Renault sur la gale des animaux viennent encore à l’appui de cette opinion.

Quant au milieu ambiant, si l’acide carbonique est nécessaire aux algues qui se développent dans les cavités, l’oxygène de l’air est un des éléments de nutrition des champignons qui croissent sur la peau.

Une fois la spore à l’état de germination, elle prend un développement considérable et sa reproduction a lieu avec une rapidité effrayante. Elle donne naissance au champignon qui, au moyen de ses ramifications, se propage. Cette extension s’opère non-seulement à l’extérieur, mais encore à l’intérieur de la peau et des poils. Notons d’abord que la ténuité des spores est telle, qu’elles peuvent pénétrer à travers les ouvertures les plus fines, les plus petites, et que les filaments auxquels elles donnent lieu par leur germination sont tout aussi ténus; de là chez les insectes la mort rapide par la pénétration du mycélium dans le tissu même de l’insecte; de là pour la peau de l’homme l’introduction du mycélium autour des cheveux dans la partie implantée dans la peau jusqu’au bulbe, là où se réfléchit l’épiderme, comme aussi la pénétration du trichophyton jusque dans le canal médullaire des cheveux. Dans l’herpès tonsurant cette pénétration a lieu par plusieurs moyens : 1° ce corps pénétrant (sporel est plus dur que le tissu; 2° il est probable qu’il contracte des adhésions fortes avec le tissu au fur et à mesure qu’il se multiplie ; 3° il est extrêmement ténu ; h° il végète, s’étend, chasse tout devant lui, s’enfonce entre les cellules et se propage en avant en vertu du point d’appui qu’il a contracté par-derrière; aussi détermine-t-il quelquefois des congestions allant jusqu’à la suppuration sous l’influence de ce travail incessant.

M. Ch. Robin admet de plus, en dehors de ces conditions, une

PATHOLOGIE GÉNÉRALE

résorption de la matière organique sous l’influence de la pression du corps plus dur que le tissu.

Quoi qu’il en soit, les maladies dans lesquelles on a reconnu, à l’aide du microscope, la présence de productions organiques végétales sont au nombre de six : le favus, Y herpès tonsurant , le p or ri go decaluans , la mentagre , le pityriasis versicolor et Y herpès circiné. Chez toutes on a constaté Ja présence d’un champignon plus ou moins complexe, auquel on a donné les noms suivants: pour la teigne, porrigo favosa , scutulata , Yachorion de Link et Remak, champignon voisin du genre oidium , mycoderme de la teigne, Gruby; il est formé d’un mycélium membraneux , composé de tubes sporophores et de spores. — Pour Y herpès tonsurant [Khi zo phyto-alopécie, Gruby), le trichophyton de 0pt£, rp^oç, cheveu, cpurcv, plante (. Malmsten ), végétal uniquement formé de spores, qui, en se développant ou en se multipliant, donnent naissance à des filaments articulés formés par des spores enchaînées en filaments moniliformes qui, en se développant, rampent dans la substance du cheveu en en suivant la direction et la longueur, et pénètrent même dans leur canal central. — Pour la mentagre, le microsporon rnentagro, hyte[ Ch. Robin) ou mentagrophyte (Gruby) ; il diffère du microsporon d’Audouin par ses spores plus volumineuses, ses filaments et ses ramifications plus grandes, connue aussi par le siège qu’il occupe, en ce que placé dans la profondeur du follicule pileux de la barbe, entre le poil et la paroi du follicule, il ne pénètre jamais dans la substance du poil comme le trichophyton tonsurant. — - Pour le pityriasis versicolor, c’est le microsporon fur fur, Ch. Robin ( fungus , s. epiphytus, pityriasis versicoloris, Th. Si u y ter) à spores très ténues, dont les amas adhèrent à l’épiderme. — Enfin pour le porrigo decaluans, le microsporon Audouini , Gruby; trichophyton decaluans et trichomica decaluans, Malmsten, qui diffère du trichophyton tonsurant par le plus petit volume de ses spores et par ses branches nombreuses courbées et ondulées.

Quant à l’herpès circiné, M. Baerensprung y a découvert récemment une espèce particulière de mycélium incolore, formé de petits éléments articulés, ressemblant à un collier de perles, et formant des filaments étendus et ramifiés qui s’anastomosent parfois. Ces fila-

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