INVASION, MARCHE , TERMINAISON DES MALADIES CUTANÉES
(l’exiger cependant du médecin une guérison que l’exercice ne fait que reculer? Mais n’accusons pas seulement le malade; disons que les dermatologistes eux-mêmes n’ont pas assez tenu compte de ces conditions de vie sociale pour leurs malades, et ne soyons plus surpris de la ténacité de bon nombre d’affections, dites dartreuses, en présence de traitements faits dans de pareilles conditions.
Les vêtements entretiennent sur les surfaces malades une excitation continuelle, soit par les frottements qu’ils exercent, soit par la nature de leur tissu. Ainsi, on est souvent obligé de faire doubler de toile des gilets de flanelle, ou même de les enlever pour guérir certaines maladies de la peau ; les gants de peau sont généralement nuisibles au traitement des affections des mains. Comme aussi les perruques, les faux toupets, les têtes emmaillottées de bonnets qui enferment la peau et s’opposent à l’évaporation de la sueur, ou qui a retiennent et facilitent sa fermentation , ne permettent pas de uérir les maladies du cuir chevelu; il en est ainsi pour d’autres parties du corps.
Faut-il maintenant ajouter qu’un malade, qu’un médecin même ne comprend pas que, sous le rapport des aliments et des boissons, il faille modifier entièrement le genre de vie ; qu’en un mot, toutes les conditions d’hygiène doivent être observées dans le traitement des maladies de la peau comme dans celui des autres maladies? La peau n’est-elle pas une partie du tout comme les poumons, le foie et l’estomac? ses fonctions ne se relient- elles donc pas avec tout l’ensemble? ne souffre-t-elle pas aussi quand l’économie est en souffrance? Et pourquoi donc ne pas puiser alors dans les règles de l’hygiène les mêmes secours thérapeutiques que pour le traitement des autres maladies?
Ne soyons donc pas surpris de la chronicité des maladies cutanées en présence d’une méthode de traitement tout à fait contraire à la guérison des dartres; il n’y a là rien que de très naturel avec les préceptes thérapeutiques anciens si étranges pour des maladies si conformes aux autres. Avons-nous besoin de dire que, dans la presque totalité des maladies de la peau, on retrouve les trois périodes d’état aigu, stationnaire et décroissant, et que par consé-
5/| paThôlugii générale.
quent, dans l’invasion, la marche et dans la terminaison de ces affections, rien ne diffère?
Nous ne saurions trop appeler l’attention sur la circonstance suivante. En se perpétuant à la peau, la maladie y prend domicile, elle modifie entièrement la vitalité de ce tissu ; il semble que la partie affectée remplisse là des fonctions à part: les fluides sécrétés sont d’une nature différente ; l’absorption se lait dans d’autres conditions; et si la maladie a quelque étendue, si elle s’est généralisée, alors elle paraît devenir constitutionnelle, en ce sens qu’elle se transmet de parents à enfants, ou au moins que les parents transmettent des conditions d’organisation qui prédisposent à des affections analogues. Au surplus, c’est un ordre d’idées sur lequel nous reviendrons en traitant de la thérapeutique générale.
En résumé, nous pensons avoir démontré qu’en présence de la situation de la peau, de ses fonctions comme enveloppe, de ses rapports avec les vêtements et de ses contacts avec les corps exté- , rieurs; de l’insouciance des malades à l’égard désaffections dont ils sont atteints; des conditions fâcheuses dans lesquelles ils se placent sous le rapport de l’hygiène, on a plutôt lieu d’être étonné que les maladies de la peau ne soient pas encore plus souvent chroniques qu’elles ne le sont. Mais il est évident qu’à tout prendre elles ne diffèrent pas dans leur invasion, dans leur marche et dans leur terminaison, des maladies des autres organes, mieux protégés que la peau, dont les efforts du malade concourent avec ceux du médecin à amener la guérison.
On est surpris, au premier abord, des formes si variées que présentent les maladies de la peau par rapport à celles des autres tissus ; mais pour s’en rendre compte il suffit de prendre en considération deux ordres de faits.
1° La texture si compliquée de la peau , qu’elle n’a pas d’analogue dans l’économie. Gela est si vrai, que le tissu muqueux, dont l’organisation est la plus compliquée après la peau, est aussi celui dans lequel le médecin constate plus de formes morbides différentes.
0 S a situation, qui permet de voir le mal dans toutes ses phases
dans toutes ses Formes, tandis que nous n’observons jamais les Formes morbides des autres tissus que dans l’état le plus avancé de la maladie et lorsque la mort nous conduit à son examen.
Non pas que je prétende expliquer les diverses formes morbides de la peau par les connaissances anatomiques acquises actuellement à l’égard de ce tissu; je considère au contraire l’anatomie de la peau comme ne pouvant expliquer que fort peu de choses en pathologie cutanée. Il y a neuf ans environ, j’eus le premier la pensée de rapprocher les formes morbides cutanées de l’anatomie de la peau faite par Breschet et M. Roussel de Vauzème; je produisis ce rapprochement dans un de mes cours cliniques de l’hôpital Saint-Louis , mais je ne tardai pas à m’apercevoir que j’étais dans l'erreur la plus complète. L’année suivante, un de mes honorables collègues, M. Cazenave, commettait la même méprise dans un enseignement qu’il fut autorisé à faire passagèrement à la Faculté de médecine. Et voyez cependant comme cette idée était séduisante! Maladies de l’épiderme : psoriasis , ichthyose , lèpre vulgaire , pityriasis ; — maladies de l’appareil chromatogène : pityriasis versicolor et nigra , vitiligo ; — maladies du névrothèle ou corps papillaire : lichen , prurigo; — de l’appareil diapnogène, sueur fétide, intertri go; — de l’appareil blennogène: acné sébacé, etc., etc. Or, malheureusement, les organes auxquels se rattachent ces maladies sont, d’après l’anatomie que nous venons de citer, profondément placés quand la maladie est tout à fait superficielle, et vice versa, ; de sorte qu’il n’y a plus aucun rapport entre ces maladies et leurs sièges.
Aujourd’hui la structure de la peau est envisagée comme se réduisant à deux couches : l’épiderme et le derme. Le premier, composé de deux lames, l’une interne dans laquelle se trouvent les cellules pigmentaires, c’est le corps muqueux ; ainsi que les cellules épidermiques à noyau. Le second, ne comportant que les lames épidermiques dans lesquelles tout noyau a disparu. On y admet de plus des glandes sudorifères, des glandes sébacées et les poils. Cet état simple ne saurait rendre compte des formes morbides cutanées. Or l’anatomie pathologique , les transformations organiques exceptées, est, suivant moi, le contrôle le plus certain d’une
PATHOLOGIE GENERALE
anatomie bien faite. Quand un tissu comme la peati est composé de plusieurs tissus élémentaires, chacun d’eux peut être malade isolément. S’il y existe de plus des appendices glanduleux ou autres, ils peuvent aussi devenir malades indépendamment du tissu où ils siègent, de sorte que dans ces divers cas la forme pathologique représentera l’élément anatomique. Aujourd’hui on regarde l’épiderme et le corps muqueux comme étant le produit d’une exhalation des capillaires sanguins du derme, et non pas comme dérivant d’organes spéciaux cutanés. Comment donc alors expliquer le siège de toutes ces formes variées de maladies ? Breschet , prenant pour point de départ les fonctions de la peau, avait cherché les origines diverses de ces fonctions; son anatomie satisfaisait à la physiologie. Nul anatomiste n’a eu la pensée de prendre la forme morbide élémentaire pour but de ses recherches, et cependant c’est le point de comparaison le plus certain. En présence d’une divergence si grande dans les idées émises par les anatomistes, il nous faut prendre la forme morbide telle qu’elle se présente à notre observation, sans trop nous préoccuper de son siège, puisquenous manquons d’éléments suffisants pour pouvoir le faire découvrir. On est convenu de donner des noms particuliers à chacune de ces formes ; nous allons les faire connaître ainsi que la signification des noms qui s’y rapportent.
Depuis Plenck, qui le premier conçut la pensée de ranger les maladies de la peau dans une classification basée sur l’anatomie pathologique (productions morbides cutanées) ; depuis Willan, qui a restreint les formes morbides de Plenck à huit classes, on admettait généralement, et avec raison, des affections vésiculeuses, bulleuses, papuleuses, tuberculeuses et squameuses.
Les progrès dans l’observation des altérations de tissu des maladies de la peau nous ont conduit à compléter ce tableau imparfait, et à faire connaître que, sous le rapport de l’anatomie pathologique, il existe des maladies à formes élémentaires simples et des maladies à formes élémentaires composées.
A ce point de vue, les maladies de la peau constituent d’abord trois ordres d’états morbides: maladies de la^ peau, maladies des ongles, maladies des poils. Les premières , à formes simples, corn-
portent onze classes, ainsi qu’elles sont énumérées dans le tableau ci-joint; quant aux formes composées, elles constituent autant d’espèces de maladies.
Disons tout de suite, par rapport aux formes composées, que, suivant nous qui les avons fait connaître en -presque totalité, elles sont aussi primitives que les formes simples , opinion que M. Gazenave n’a jamais admise, et dont il nous faut donner la preuve autant qu’il nous est possible de le faire; mais déjà on saura que si nos collègues de l’hôpital Saint-Louis ne partagent pas toutes nos idées à cet égard, ils en sont très rapprochés. Ainsi ils reconnaissent qu’il est possible de voir réunies les formes morbides que nous avons décrites, et qui étaient restées pour la plupart inconnues; mais quelques-uns regardent ces formes morbides composées comme des maladies compliquées d’autres maladies, tandis que je soutiens que non-seulement elles sont primitives, et que beaucoup d’entre elles se montrent bien plus souvent que les maladies à forme simple. Quelle peut donc être la cause de cette opposition? Et d’abord, par un sentiment de vénérable souvenir pour Biett, par une sorte de respect ou de vénération presque filiale, M. Gazenave a laissé la dermatologie, en fait de classification, la où Biett l’avait posée, dans les mêmes termes, avec les mêmes idées. Il semble que l’élève ait été dominé par la crainte de toucher à une des pierres de l’édifice, alors qu’il aurait pu y ajouter un fronton. Ce sentiment a été porté si loin , que M. Gazenave , pour la teigne, par exemple, ne s’est décidé qu’avec la plus grande peine à accepter les progrès de la science à cet égard. 11 considère encore les pustules secondaires comme des pustules primitives, et le mycélium comme consécutif à l’état pustuleux. Il a donc repoussé les innovations, et il ne s’est pas laissé aller à ses propres inspirations pour l’ensemble.
En ce qui concerne les maladies composées qu’il considère comme des maladies compliquées, il faut que l’on sache qu’il en est au moins deux dont la description remonte à une époque assez éloignée: c’est Y eczema impetiginodes ou impétigineux, décrit par Willan, et le lichen urticatus du même auteur. Que si l’on ouvre l’ouvrage de M. Cazenave, article Eczema impetiginodes , on lit : « Soit que l’on ait primitivement observé des vésicules cï eczema rubrum ,
PATHOLOGIE GÉNÉRALE
MALADIES DE LA PEAU CLASSÉES D’APRÈS L’àNATOMIE PATHOLOGIQUE.
Maladies de la peau.
Érythémateuses.
Érythèmes.
Urticaire.
Roséole.
VÉSICULEUSES ET BULLEUSES.
Herpès à petites vésicules, ci r< j né.
nummulaire.
à grosses vésicules, zooa.
labiale, phlycténoïde.
Eczéma.
Pemphigus.
Rupia.
Gale aqueuse.
Pustuleuses.
Impétigo.
Ecthyma.
Sycosis pustuleux.
Acné miliaire, rosacea.
indurata.
Gale pustuleuse.
Papuleuses.
Strophulus.
Lichen.
Prurigo.
Gale lichénoïde ou canine.
Tuberculeuses.
Lupus.
Sycosis tuberculeux.
Lèpre tuberculeuse.
Éléphantiasis des Grecs.
Épidermiques, squameuses et cornées.
Pityriasis
Psoriasis.
Psoriasis pilaris.
Lèpre vulgaire.
Ichthyose.
Cors et verrues.
Productions cornées.
Pellagre.
Sébacées.
Acné punctata.
Acné sebacea.
Acné tuberculoïde ou molluscuin.
Chromateuses.
Pityriasis versicolor.
Pityriasis nigra.
Achromie.
Hémateiises.
Purpura.
Scoi but.
A productions végétales.
Favus ou teigne.
Herpès tonsurant.
Porrigo decalvans.
Herpès ?
Pityriasis versicolor?