‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 16 sur 73 · MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE · texte numérisé non relu

MÉDICATION ANTIPHLOGISTIQUE

1° Médication antiphlogistique pure.

Les agents sont internes et externes. Les premiers comprennent les tisanes émollientes, acidulés, etc.; les seconds sont la saignée, les sangsues, les applications émollientes locales, etc.

Saignées. — Toutes les fois qu'une maladie de peau débute brusquement et s'accompagne de symptômes de pléthore et de congestion, on ne doit pas hésiter à pratiquer une émission sanguine par la saignée ; la guérison sera prompte et facile dans un espace de temps très court. Si, au contraire, vous négligez les émissions sanguines générales, vous verrez la maladie traîner en longueur et ne céder que difficilement aux autres moyens. C'est ainsi que devront être traités Y eczéma, Vecthyma, Y impétigo à l'état aigu, et même certains pemphigus franchement aigus. Les tisanes rafraîchissantes et le régime hygiénique complètent souvent le traitement.

Sangsues. — Les sangsues ne doivent jamais ou presque jamais être employées dans les maladies sécrétantes de la peau. La sangsue, en effet, agit de deux manières : par la perte de sang qu'elle occasionne et par l'irritation que produit la piqûre. Or celle-ci provoque presque toujours l'apparition de la maladie cutanée dans le lieu même où elle a été opérée. C'est assez dire que nous proscrivons les sangsues autour de la partie malade ; tout au plus peut-on les autoriser à l'anus, ou très loin du lieu où existe l'affection cutanée. Elles agissent donc à l'instar de ces vésicatoires que quelques médecins prescrivent pour détourner et détruire les sécrétions purulentes, et autour desquels on voit bientôt se développer l'affection même que l'on a voulu combattre.

Applications locales. — Elles sont aqueuses, mucilagineuses, amylacées, graisseuses, réfrigérantes, ou sous forme de bains locaux.

Lotions. — On fait les lotions avec les eaux de sureau, de son, de guimauve, de graine de lin, etc.

56 THÉRAPEUTIQUE (JÉNÉIULK.

Irrigations. — On ne doit presque jamais les mettre en usage en hiver, dans la crainte de provoquer une répercussion de la maladie cutanée et le développement consécutif d'une affection interne.

En été, ce danger n'est pas à craindre. Pour les appliquer, on place à un mètre environ au-dessus du lit un vase contenant de l'eau ; le fond est percé d'une ouverture à laquelle s'ajuste un robinet qui se continue par une bande de linge qu'on divise à sa partie inférieure en deux lanières ; ces lanières sont étendues sur les jambes ou sur les bras du malade, seules parties qu'on soumette aux irrigations. On les continue pendant une, deux, trois heures, une fois ou même deux fois par jour. C'est par ce moyen, que nous avons employé le premier, qu'on voit tomber en quinze jours ou trois semaines Y eczéma rubrum, si rebelle aux traitements ordinaires.

Mucilagineux. — Ce sont des compresses trempées dans la décoction de graine de lin, ou des cataplasmes. Généralement la peau se trouve très mal des cataplasmes faits avec la farine de graine de lin ; c'est là un fait d'observation. Aussi doit-on toujours la remplacer par la fécule de pomme de terre ou la farine de riz. La fécule renferme souvent, quand elle n'est pas bien lavée, un principe acre qui peut quelquefois augmenter l'irritation cutanée. La farine de riz ne présente pas cet inconvénient; les cataplasmes faits avec cette substance sont, de tous, les meilleurs, mais son prix plus élevé ne la met pas à la portée de tout le monde.

Un fait assez singulier, mais que nous observons constamment, c'est que, suivant les individus, la même maladie se trouve bien ou mal des cataplasmes. L'eczéma des jambes sera guéri chez l'un par ce moyen ; tandis qu'à côté on verra la même maladie, dans des conditions tout à fait identiques, exaspérée par son application.

Ce fâcheux effet des cataplasmes sera annoncé par l'augmentation de la sécrétion et des démangeaisons, et par l'extension de la maladie en surface; supprimez-les alors, et avec eux toute

MÉDICATION AM'll'HLOCilSTIQUli'. 57

espèce d'application aqueuse, pour en venir aux poudres, aux fécules sèches ou aux corps gras. Quelquefois l'affection ne peut supporter ni applications aqueuses ni corps gras; employez alors les poudres seules. C'est ainsi que l'herpès phlycténoïde, le zona, le pemphigus, le rupia, sont aggravés par ces divers agents; l'amidon en poudre, au contraire, produit un effet salutaire sur ces maladies. Il en est de même des érysipèles. Les eczémas sont tantôt améliorés, tantôt aggravés par les poudres.

Pour citer un tait observé de tout le monde et qui vienne à l'appui de nos assertions, il suffit de rappeler ce que tout praticien a pu remarquer, à savoir : qu'un cataplasme de farine de graine de lin peut faire naître en sept ou huit heures un érythème sur la peau saine de certaines personnes. D'où, en résumé, la conséquence que, dans une affection cutanée qui exige l'emploi des émolltents, le médecin ne saura dire à première vue si les cataplasmes pourront être efficaces ; il faut nécessairement qu'il en fasse l'essai.

Graisses. — 11 en est de plusieurs espèces : le suif, la graisse de porc, le saindoux, le cold-cream.Le suif est pour certaines éruptions le médicament par excellence. Le contact de l'air, en effet, a une grande influence sur beaucoup d'entre elles ; s'il est nécessaire à quelques maladies, il est très nuisible à d'autres. Il en résulte que le corps qui abritera le mieux la peau du contact de l'air produira l'effet le plus salutaire sur beaucoup de maladies cutanées, en évitant ce contact le plus souvent défavorable. Or le plus dense de ces corps gras est le suif. Les onctions de suif produisent merveille sur le lichen, et en général sur les affections squameuses. Le saindoux est moins dense (pie le suif, mais c'est néanmoins une bonne graisse. Dans la forme aiguë du pityriasis rubra , du psoriasis aigu , du lichen, les onctions sur toutes les surfaces malades avec le saindoux font cesser presque subitement les démangeaisons et favorisent ainsi singulièrement la guérison. En effet, le grattage, en activant l'irritation cutanée qu'elles provoquent, détermine l'extension continuelle de la maladie.

Le cold-cream, formé d'un mélange de blanc de baleine et d'huile d'amandes douces, quoique moins dense et par suite moins efficace que les graisses précédentes, est cependant très avantageux dans les éruptions siégeant à la ligure, surtout chez les clames, à cause de l'absence d'odeur; mais on doit recommander aux malades de faire usage du cold-cream simple, et non de celui que vendent la plupart des parfumeurs, qui y ajoutent des substances plus ou moins irritantes, et quelquefois même de l'extrait de Saturne ou du sublimé.

Poudres. — L'amidon de blé est la poudre émolliente par excellence. On sait qu'en chirurgie on parvient souvent à enrayer les érysipèles traumatiques en les saupoudrant d'amidon. Quant h la manière de l'employer, ce ne sont pas des couches épaisses qu'il faut entasser sur l'éruption, on doit se contenter de la saupoudrer. Une quantité considérable d'amidon formerait bientôt, par l'absorption des liquides sécrétés, une pâte qui, en se desséchant, donnerait lieu à des croûtes étendues ; ces croûtes produiraient le resserrement, la crispation de la peau, et par suite s'opposeraient cà une utile sécrétion.

Émollients réfrigérants. — Ici se présente l'eau en lotions, compresses ou irrigations. Mais, depuis le règne de l'éther et du chloroforme, on a composé avec ces substances des pommades qui amènent les meilleurs résultats. Je formule ainsi une pommade au chloroforme :

Axongc 30 grammes.

Chloroforme 2 grammes.

Les démangeaisons de l'eczéma, du lichen, sont calmées par la réfrigération salutaire que produit le chloroforme en se volatilisant sous l'influence de la chaleur cutanée. On pourrait employer l'éther de la même manière. A défaut de ces substances, 2 à 3 grammes de vinaigre incorporés à 30 grammes d'axonge peuvent amener la sédation.

Bains locaux. — Ils sont rarement employés dans les maladies de la peau. C'est qu'en effet le maladeest presque toujours obligé

tle tenir pendant longtemps le membre baigné dans une position déclive qui favorise l'afflux et la stase du sang; de là presque toujours accroissement de l'inflammation cutanée. Il est cependant un cas où ces bains sont utiles : c'est dans le psoriasis palmaire. Je prescris alors avec grand avantage des bains d'eau de vaisselle; les eaux de lavage les plus grasses sont aussi les plus favorables. Ces bains, l'observation le démontre, produisent dans ces cas des effets merveilleux. On emploie aussi dans le même but, mais peut-être avec un peu moins de succès, de l'eau dans laquelle on a fait bouillir des tripes.

Bains généraux. — Ce sont les bains gélatineux, ceux d'amidon et de son. Il faut au moins 500 grammes d'amidon pour un bain (voyez Formulaire, Bains). Une précaution qu'on doit prendre, c'est de mêler d'abord l'amidon avec de l'eau froide, puis de porter le mélange à l'ébullition avant de le jeter dans la baignoire, sans cela la vésicule amylacée qui renferme le principe mucilagineux ne s'ouvrirait pas, et, au lieu d'un bain émollient, on aurait un bain d'eau simple avec des grains de fécule au fond de la baignoire.

Il faut pareillement 500 grammes de gélatine pour un bain gélatineux, qu'on prépare de la manière suivante :

La veille, ou trois' ou quatre heures avant le bain, on place dans un vase quelconque la gélatine avec de l'eau bouillante ; avec cette précaution, quand on voudra prendre le bain, on trouvera la gélatine sous forme de gelée molle, qui se dissoudra dans l'eau du bain avec la plus grande facilité.

Quant aux bains de son, il faut en mettre une grande quantité si l'on veut qu'ils acquièrent des propriétés émollientes. Bains de vapeurs. — (Voyez article Bains en général.)

2° Médication résolutive.

Ses moyens d'action sont tous locaux, car il n'existe pas de médication résolutive interne, à moins qu'on ne considère comme telle celle qui a pour base quelques astringents, la

décoction de feuilles de noyer, l'orme pyramidal, quelques gommes astringentes, etc., mais peu employées d'ailleurs.

Les médicaments résolutifs sont généralement empruntés aux agents de la médication irritante, et ce n'est qu'en les étendant dans des excipients qu'on leur communique des propriétés résolutives.

L'extrait de Saturne, par exemple, s'il est appliqué seul, provoquera le développement d'un état inflammatoire ; étendu d'eau, au contraire, il deviendra résolutif. Il en est de même de l'alcool camphré et des eaux dites vulnéraires. — Les excipients ordinaires sont l'eau, la graisse et les poudres.

Résolutifs aqueux. — Il est trois substances résolutives que nous employons de préférence en dissolution dans l'eau : le sous-acétate de plomb, Y alun, le sublimé.

L'expérience nous a démontré que, généralement, la dissolution de sous-acétate de plomb ne doit pas dépasser 1/3 00e de son poids d'eau, si l'on ne veut pas qu'il cesse d'être résolutif. On devra commencer par une dissolution à l/£i00e pour arriver graduellement à l/300e.

Pour l'alun, on peut débuter par une dissolution au 300e, en augmentant jusqu'à 1 /200e et même à 1 /150e. L'action de l'alun n'est pas identique avec celle de l'êxtrait de Saturne. En quoi consiste la différence? On l'ignore; mais l'expérience prouve tous les jours que certaines maladies se trouvent mieux de l'une que de l'autre de ces substances : c'est par des essais, des tâtonnements qu'on découvre cette idiosyncrasie cutanée.

Le sublimé est la plus résolutive des trois substances; mais il est plus excitant que les autres, aussi on débutera par une dissolution à 1/1 500e: 1 gramme de bichlorure d'hydrargyre, par exemple, pour l/iOO grammes d'eau, en recommandant au malade de dissoudre le sublimé à l'eau bouillante, car cette substance est peu solublc dans l'eau froide. Beaucoup de pharmaciens, pour se dispenser de la faire bouillir, se servent d'alcool pour en opérer la dissolution : mais certaines maladies de la peau supportent très mal l'alcool; en outre, si

l'esprit-de-vin a été rais en quantité notable, on a un mélange d'alcool et d'eau dans lequel l'alcool ne tarde pas à se volatiliser; la dissolution de sublimé en devient plus concentrée, nouvelle cause d'irritation. Nous avons dit qu'il fallait commencer par 1/1 500e; mais souvent on s'apercevra même que cette dose est trop forte, et il faudra descendre à 1/2000% à 1 /3000e. Pour employer ces solutions, on en imbibe des compresses qu'on applique sur les régions de la peau où siège l'affection. Or il est des malades qui humectent à chaque instant leurs compresses. Qu'arrive-t-il? Ces linges, desséchés par l'évaporation de l'eau seule, retiennent une certaine quantité de sublimé, et si on les retrempe dans la dissolution à 1/1500% je suppose, ils se trouveront en réalité imbibés d'une dissolution à 1 /750e ; une seconde imbibition augmentera encore la close proportionnelle du sublimé : en sorte que, si la même compresse est employée de cette façon plusieurs jours de suite, elle se trouvera, vers la fin, chargée d'une énorme proportion de bichlorure. 11 faut donc avoir soin que le malade ne retrempe sa compresse que deux ou trois fois par jour au plus et qu'il en change le lendemain, ou bien qu'on lui lave celle de la veille. Cette précaution est de la plus haute importance, et c'est pour l'avoir omise qu'on a souvent eu des insuccès et même des aggravations de la maladie. Un eczéma, par exemple, est à sa période décroissante. On s'est bien trouvé de l'alun, mais il ne suffit plus; on veut essayer le sublimé, et l'on voit augmenter le mal, bien qu'on ait débuté par une dissolution faible : la cause n'en est autre que la négligence de la précaution dont je viens de parler.

Il est un autre résolutif susceptible d'être employé en dissolution dans l'eau, qu'on regarde comme très puissant : c'est le chlorhydrate d'ammoniaque. Je le mets peu en usage; et, en effet, son efficacité se révèle surtout dans la résolution des tumeurs, des engorgements , mais son action est bien moindre dans les maladies de la peau : ici il agit d'une manière analogue à l'alun.

Résolutifs graisseux. — Comme on sera souvent obligé de les épuiser tous avant d'obtenir un résultat avantageux, il faut débuter par les plus doux.

Le tannin doit être mis en tête sous ce rapport. Malgré sa bénignité, on fera bien néanmoins de ne pas employer tout d'abord la formule qui se trouve dans la plupart des livres : tannin, h grammes; axonge, 30. Cette pommade est fort active, et ne doit venir qu'après un usage de quelque temps. C'est, du reste, une remarque qui s'applique à tous les médicaments. Si Ton débute par la dose maxima, le médicament ne sera pas toléré, ou bien l'économie s'y habituera, et alors il ne produira bientôt plus d'effet. Toutes les fois qu'un remède doit être longtemps continué, il faut procéder par doses graduellement croissantes. C'est ainsi que pour le tannin on débutera par 1 gramme pour 30 d' axonge, puis 2, 3, et l'on dépassera rarement cette dose. J'associe à cette pommade de 20 à 25 centigrammes de camphre, mais pas davantage , et j'ai soin de recommander au pharmacien de dissoudre le camphre dans quelques gouttes d'alcool avâmt son incorporation ; sans cela il se mêlerait imparfaitement à l'axonge.

Oxyde de zinc. — Comme pour le tannin, la dose des formulaires est trop forte. Ne l'employez jamais au delà de 1, de 2 ou 3 grammes pour 30 d'axonge, et ajoutez une petite quantité de chloroforme ou de camphre. Quelques praticiens font usage du cêrat calaminaire, qui est formé d'oxyde de zinc naturel ; il est moins actif que l'oxyde artificiel. C'est, du reste, ce qui a lieu pour la plupart des produits chimiques; ceux que fournit la nature ont toujours une activité moindre que ceux qui sont le produit de l'art: le sulfure d'arsenic naturel, par exemple, est inerte, tandis que le sulfure artificiel est doué d'une grande activité. Appliquant cette remarque à la calamine, nous en concluons qu'on peut l'employer au début à la dose de 3 à U grammes.

Camphre. — C'est un résolutif puissant, et qui, dans les maladies de la peau, a l'avantage d'éteindre les démangeaisons.

C'est pour cela que nous l'associons presque toujours aux pommades de tannin et d'oxyde de zinc. Si l'on voulait formuler une pommade au camphre seul, on en mettrait de 35 à 75 centigrammes pour 30 grammes d'axonge.

Chloroforme. — Employé avec avantage dans les maladies de la peau, pour la propriété qu'il a, comme le camphre et plus que lui, d'éteindre les démangeaisons.

Comment agit-il? Est-ce par sa nature ou par son évaporation ? Peut-être par l'une et par l'autre. En effet, dans les névralgies, une friction sur la partie douloureuse suffit souvent pour enlever subitement la douleur; dans les maladies de la peau, le chloroforme, par sonévaporation, soustrait le calorique à la surface tégumentaire , ce qui amène une sédation du prurit. Ne se pourrait-il pas aussi que le chloroforme produisît une anesthésie locale analogue à celle qu'il provoque sur l'ensemble de l'économie quand il est absorbé par la membrane muqueuse pulmonaire? C'est ce qui est très probable. Quoi qu'il en soit, la dose est de 1 à 2 grammes pour 30 d'axonge.

Huile de cade. — Pour compléter l'histoire des corps gras, nous devons dire un mot de l'huile de cade vantée par M. Serre, d'Alais. C'est une huile empyreumatique obtenue par la distillation du genévrier. Je l'ai employée sur une grande échelle (voy. Bulletin de thérapeutique), comparativement à l'huile • distillée de goudron, et j'ai obtenu des succès de l'une et de l'autre; cependant je donne la préférence à l'huile décade, pourvu toutefois qu'elle soit pure.

Dans mes expériences, j'ai toujours procédé du simple au composé. J'ai commencé par de petites doses en augmentant * graduellement; mais j'ai bien vite reconnu qu'à haute dose l'huile de cade accroît l'intensité de la maladie cutanée, loin de l'améliorer.

A ce propos, je vous citerai l'observation suivante.

Il s'agitd'une jeune fille que j'avais presque guérie d'un impétigo de la tête, et que j'avais envoyée dans le midi de la France pour y fortifier sa constitution. Le médecin qui lui donna des

soins, dans le but d'assurer la guérison, crut devoir appliquer sur la tête de grandes quantités d'huile de cade, et la maladie reprit bientôt une nouvelle intensité. La jeune fille me fut ramenée à la période décroissante de la maladie; je recommençai, mais à faible dose, l'usage de l'huile de cade, et la malade fut définitivement guérie.

Voici la meilleure manière d'employer cette huile.

A l'aide d'un pinceau de charpie, étendez-en une couche sur toute la surface malade; puis, avec du coton cardé sec, enlevez toute l'huile que vous pouvez enlever, sans frotter néanmoins fortement la peau : celle-ci restera légèrement colorée, et cela suffit pour obtenir un bon résultat.

L'effet de l'huile de cade sera d'autant plus salutaire, que la maladie se sera mieux trouvée de l'usage des graisses. Si les poudres ont été mieux supportées, l'huile de cade comptera moins de succès. Ajoutons, malgré l'opinion contraire de M. Serre, qui l'emploie à toutes les périodes de la maladie, que c'est seulement à la dernière période, lorsque l'eczéma ne fournit que des squames, et pour faire disparaître cet état écailleux qu'il laisse quelquefois à sa suite, qu'il me paraît convenable de la mettre en usage. M. Serre recommande encore de l'employer tous les jours, tous les deux jours ; je n'en renouvelle l'application que tous les trois ou quatre jours. Chaque application, en effet, est suivie d'un sentiment de chaleur, de cuisson, d'une irritation dont la durée n'est, il est vrai, que de dix minutes à un quart d'heure, mais qu'il importe néanmoins de ne pas provoquer trop fréquemment. On doit en outre s'abstenir de toute médication externe pendant les douze heures qui suivent une onction avec l'huile de cade.

Poudres résolutives. — Il est des maladies cutanées qui ne se trouvent bien ni des résolutifs liquides, ni des graisses. Ces affections font le désespoir du médecin, car il est difficile de composer des résolutifs pulvérulents. Il faut bien s'y résoudre cependant, et voici les choix que nous recommanderons.

Parmi les poudres résolutives, les unes le sont de leur na-

ture, comme le lycopode, le tan, La poudre de vieux bois; les autres ont pour base une substance très active mitigée par une poudre inerte qui sert d'excipient. Le lycopode, dont on saupoudre avantageusement les érythèmes, si fréquents chez les nouveaux-nés, sera également employé avec succès contre Yérythème, l'herpès circiné, l'eczéma des bourses, des seins, etc. La poudre de tan est moins rude, plus onctueuse que le lycopode ; quand on l'a tamisée, elle est fine, impalpable. Mais ce qu'il y a encore de meilleur dans ce genre, c'est la poudre de vieux bois. Rien de mieux contre toutes ces petites érosions du prépuce, de la figure, des oreilles. Autrefois toutes les pharmacies en avaient dans leur officine, et les dames n'usaient pas d'autre poudre pour leur toilette. Aujourd'hui, on ne la trouve que dans les pharmacies de date ancienne : c'est que les parfumeurs se sont emparés de la préparation de ces sortes de poudres, et cependant elle est bien préférable à tout ce que l'on a fait depuis.

Le tannin, l'alun, le sous-nitrate de bismuth, etc., forment la base de poudres résolutives plus actives ; le meilleur excipient, c'est l'amidon. Si ces substances ne sont pas employées seules comme poudres résolutives, c'est qu'elles sont trop énergiques et que leur contact produirait une irritation dont l'intensité croîtrait en proportion de l'étendue et de la continuité de la surface affectée, ce que l'on évite en les associant à de l'amidon.

La présence de l'amidon diminue sans doute cet inconvénient, mais elle est loin de le détruire. Quelque étendue, en effet, que soit la poudre active, il y aura toujours 100, 200 molécules, par exemple, qui agiront comme si elles étaient seules sur la partie de surface cutanée avec laquelle elles seront en rapport, et qui l'irriteront dans la proportion de leur contact. Car le mélange n'atténue en rien l'effet immédiat de la poudre, il rend seulement les contacts moins multipliés. Voilà pourquoi il est si difficile d'avoir une poudre résolutive qui ne si.ii pas nuisible, l'irritalion en éfanl presque toujours la

6J5 THÉRAPEUTIQUE GÉNÉIf.U/t.

conséquence. Aussi on renonce le plus souvent aux flsiteages pulvérulents. Si cependant on se voyait forcé d'y avoir recours par l'intolérance absolue des graisses et des liquides, on pourrait associer, par exemple, l/&00e et souvent même l/1000e seulement de poudre d'alun à de l'amidon.

Résolutifs généraux, ou appliqués à toute la surface cutanée. — On comprendra qu'il s'agit ici des bains. Les plus simples sont composés avec 125 à 300 et même Û00 grammes d'alun dissous dans la quantité d'eau nécessaire pour un bam ordinaire. Les malades les supportent très bien, et c'est un excellent résolutif.

Les bains de sublimé sont plus difficiles à manier. On doit commencer par 2 grammes, augmenter de 1 gramme tous les deux ou trois bains, et s'arrêter à 12 grammes, dose maximum qu'on ne devra jamais dépasser. Si l'on voit quelquefois prescrire des bains avec 10, 20, 30 grammes de bicblorure, c'est clans les affections syphilitiques, lorsque le malade ne veut ou ne peut prendre le mercure à l'intérieur; mais, dans ce cas, la peau est saine et joue le rôle d'absorbant de la substance médicamenteuse, sans être irritée par elle. Toutes les fois que la peau sera malade, on devra bien se garder de porter la dose à ce chiffre.

Les bains aromatiques peuvent être considérés comme résolutifs ; on les prépare de deux manières.

Au bas d'une boîte cubique dans laquelle se place le malade, la tête seule au dehors, se trouve un petit fourneau avec une plaque de fonte où l'on fait brûler des plantes aromatiques ou des résines, ordinairement du benjoin. La vapeur provenant de cette combinaison circule dans la boîte et constitue un bain qui a la chaleur pour auxiliaire.

Dans l'eau d'un bain simple, on verse une forte infusion ou décoction de plantes aromatiques , et l'on obtient ainsi la deuxième espèce de bain.

Tel est l'ensemble du second élément de la méthode antiphlogistique.

3° Médication dérivutive.

C'est le troisième ordre de moyens que nous considérons comme faisant partie de la médication antiphlogistique ; c'est une des plus puissantes méthodes de traitement des maladies de la peau. Nous avons en effet divisé ces maladies au point de vue thérapeutique en deux grandes classes : maladies sécrétantes et maladies non sécrétantes. Dans les premières, la peau est le siège d'une sorte d'émonctoire que la guérison de la maladie va supprimer. Or, si cette suppression a lieu sous l'influence de topiques résolutifs, le mouvement fluxionnaire qui s'était établi à la surface cutanée sera répercuté, c'est-à-dire qu'il ne peut se porter que vers un organe interne, ce qui n'est pas sans danger. Pour enrayer, ou mieux pour prévenir les fâcheux effets de cette répercussion, on établit à l'aide des purgatifs une dérivation sur le. tube intestinal.

Donc, toutes les fois que, dans une maladie de peau, viendra la période où les résolutifs seront indiqués, ne manquez jamais d y joindre les dérivatifs sur le tube intestinal ; et, dans les cas où le canal intestinal est malade, qu'il ne permet pas cette dérivation, ne vous hâtez pas de guérir l'affection cutanée laissez-la subsister au besoin, pour s'éteindre spontanément si elle doit le faire; car alors elle est, vis-à-vis de l'affection intestinale, un moyen d'en obtenir la guérison ou de s'opposer à son accroissement. On ne devra dans aucun cas établir une dérivation sur la peau; les raisons en ont été précédemment exposées. Mais, pour user des purgatifs, il faut que l'estomac et les intestins soient en bon état et capables de les supporter U y a des personnes habituellement constipées et qui usent sans mesure de toutes les pilules purgatives exploitées par les charlatans. Toutes ces pilules ont pour base les drastiques Ijalap, aloès, scammonée). Loin de détruire la constipation, elles »" lf»'t au contraire que la rendre plus tenace, leur effet étant Purement momentané. Les purgatifs huileux, au contraire

68 THÉRAPEUTIQUE flÉNÉlULE.

favorisent dans ces cas la sécrétion muqueuse du canal alimentaire et attaquent ainsi la constipation dans sa cause première, qui est la trop grande sécheresse habituelle du tube digestif et surtout du gros intestin. Toutefois, les purgatifs huileux ne conviennent pas à tous les malades. Les personnes brunes, chez lesquelles il y a souvent prédominance des fonctions de l'appareil biliaire, manifestée par les selles dites bilieuses, se trouveront mieux du purgatif des Anglais, du calomel. Chez d'autres, enfin, les purgatifs salins seront mieux appropriés.

Nous venons de spécifier la période des maladies de la peau dans laquelle il convient d'employer les purgatifs. Dans quelle mesure faut-il en user? En thèse générale , prescrivez deux laxatifs toutes les semaines en hiver et un toutes les semaines en été; au delà, on fatiguerait l'estomac et les intestins et l'on amènerait une perturbation dans les fonctions nutritives.

Il est deux affections qui, quoique sécrétantes, excluent absolument les purgatifs : ce sont le pemphigus , le pityriasis rubra aigu et le rupia. Ces maladies, en effet, et ce sont peutêtre les seules parmi les affections cutanées, peuvent être mortelles par elles-mêmes. Si les personnes qui en sont atteintes éprouvent le plus léger refroidissement, soit à la sortie du bain, soit à la promenade, la sécrétion cutanée diminue aussitôt, les intestins se prennent, et il survient une diarrhée tellement liquide , pour le cas de pemphigus surtout, qu'Alibert croyait qu'il s'établissait à l'intérieur une véritable sécrétion pemphigoïde qui fournissait les éléments de cette diarrhée; il disait même avoir vu des bulles de pemphigus dans le côlon, Dans certains cas de répercussion, les malades atteints de celte diarrhée ont jusqu'à dix, vingt, trente garderobes par jour, et rendent huit, dix litres de liquide dans les vingt-quatre heures. Ce flux séreux si abondant conduit bien vite le malade au tombeau. On doit donc, chez les malades atteints de pemphigus ou de rupia, surveiller avec soin le tube digestif, en évitant tout

Page 1