URTICAIRE
dans les conditions d'une température uniforme durant un ou deux septénaires après la cessation de l'éruption, afin d'éviter la réapparition de l'affection. Los soins, à cet égard, doivent être d'autant plus complots et plus sévèrement observés, qu'il s'agit de personnes plus avancées en âge. En effet, contrairement aux autres exanthèmes , l'urticaire est une maladie qui se montre souvent à l'âge adulte.
J'ai donné des soins à une dame de trente-neuf ans,' qui, durant une urticaire aiguë dont elle fut atteinte, ne voulut pas observer les précautions à laquelle je désirais l'astreindre.
C'était au printemps que la maladie s'était développée; elle reparut durant six semaines à plusieurs reprises , puis elle se manifesta successivement à des intervalles plus ou moins éloignés pendant la saison et l'hiver suivant. Jemi&alors en usage plusieurs traitements actifs, mais sans succès. La malade garda son atfection, avec les inconvénients qu'elle cause quand elle est chronique, durant un an encore ; à la moindre impression morale un peu vive, elle était reprise. La maladie devint continue et plusieurs fois par jour l'éruption reparaissait; il suffisait que cette dame se déshabillât, pour qu'il se manifestât une série de plaques plus ou moins nombreuses. Enfin, au troisième printemps depuis l'éruption, j'envoyai cette dame à Louesche, où elle passa trente-cinq jours avec des poussées considérables qui firent justice decette urticaire rebelle.
Le traitement de l'urticaire chronique varie comme la cause qui l'a fait naître et qui peut l'entretenir. Lorsqu'elle s'est développée sous l'influence de causes morales, on comprend qu'il y a peu de chose à faire. Si l'affection est liée à une gastralgie ou à une entéralgie , c'est à ces maladies qu'il faut surtout adresser la thérapeutique de l'affection cutanée. Lorsque l'urticaire est la conséquence d'une négligence dans les premiers soins et qu'elle existe depuis plusieurs années, il faut tenter diverses espèces de moyens. Je dis tenter l'emploi de diverses sortes de moyens , car il ne saurait y avoir rien de précis à cet égard : les bains salés, les bains de mer, ceux de vapeur, les purgatifs répétés; et, à cet égard, je puis citer le fait suivant qui en démontre l'efficacité dans certains cas.
I ai été consulté par une dame des colonies, qui habitait Paris depuis Vingt ans, et qui depuis dix-huit ans était atteinte d'urticaire nocturne Ainsi que je le disais plus haut, elle était couverte d'une éruption plus
ou moins consul érable un quart d'heure après s'être couchée, et lorsque l'éruption n'avait pas lieu, elle était prise de plusieurs garderobes en diarrhée; dans les deux cas, elle s'endormait une demi-heure ou une heure après, et elle dormait d'un sommeil calme toute sa nuit. Aussi lia santé générale n'était nullement altérée. J'employai alors toute sorte de médications, voire môme la solution de Fowler, qui ne fut pas supportée au delà de six gouttes, car elle amena une diarrhée intense à cette dose. Lasse d'invoquer les secours de la médecine, car elle avait frappé à toutes les portes des hommes les plus capables, la malade s'adressa à un herboriste qui lui fit prendre tous les matins une bouteille de tisane purgative. Je montrai cette tisane à un pharmacien, qui la reconnut pour être la tisane royale du Codex. Ce traitement, prolongé pendant six semaines, la guérit, sinon radicalement, au moins de manière à ne voir reparaître son éruption qu'à intervalles éloignés, et dans une proportion de développement très supportable.
Depuis lors j'ai souvent invoqué le secours de cette tisane en en proportionnant la dose aux intestins des malades. J'ai obtenu quelques succès, mais j'ai eu beaucoup plus d'insuccès. C'est cependant une médication que je conseille à défaut de meilleures.
M. Cazenave a cité le cas d'une urticaire chronique qui fut guérie par Biett à l'aide de la solution de Fowler, à la dose de 5 ou 6 gouttes, administrée pendant cinq jours. J'ai souvent employé cette solution jusqu'à 14 gouttes par jour et sans aucun résultat. J'avoue même qu'il me paraît fort extraordinaire qu'une maladie d'une ténacité si grande eût été enlevée en cinq jours à une dose aussi faible.
Mais ce que je n'hésite pas à préconiser, ce sont les eaux de Louesche, qui ont une puissance d'action fort remarquable en raison du séjour que font les malades dans l'eau et des éruptions qu'elle fait naître à la peau. C'est dire, en résumé , qu'il reste à faire pour le traitement de cet exanthème , et nous appelons l'attention toute spéciale des médecins sur la thérapeutique qu'il peut réclamer.
Roséole, roseola.
Voilà une éruption cutanée sur laquelle il est peu d'auteurs qui aient une opinion bien arrêtée, et cependant on a fait à
itosiioLK. 227 lîenvj des variétés nombreuses de cette maladie. Willan, par exemple, en admet sept espèces qu'il' désigne par les noms de inxmla œstiva, autumnalis, annulata, infant i lis, variolosa, vaccina, miiiuris. M. Rayer, tout en avouant au début de la description de cette maladie, qu'il est impossible de différencier plusieurs espèces de roséoles d'avec l'érythème, ajoute aux sept variétés précédentes la roséole fébrile et la roséole rhumatismale ou goutteuse.
Suivant moi, il est d'abord une variété de roséole qui n'est autre qu'une des espèces (l'érythème, l'érythème circiné ou annulaire. La roséole miliaire ne serait-elle pas elle-même une variété de fièvre miliaire? Pourquoi cette distinction entre la roséole du printemps et celle d'automne? La différence reposerait-elle sur ce qu'en automne les taches sont plus foncées qu'au printemps et en été? Les roséoles varioleuse et vaccinale ne sont que des roséoles survenues à la suite ou dans le cours de la vaccine ou de la variole. Nous en dirons autant de celle qui se montre dans les rhumatismes et les gouttes»: ce n'est pas moins une roséole comme dans les autres variétés ; et quant à la roséole fébrile , c'est l'histoire de toutes les effloreseences légères de la peau' dont le développement est ou n'est pas précédé ou accompagné de fièvre.
Toutes ces circonstances ne sauraient être assez importantes pour constituer des espèces de roséoles. Cette maladie est une ; elle peut se présenter dans des conditions différentes. Ce qui importe, c'est de lui assigner des caractères tels qu'elle ne puisse pas être confondue avec une autre éruption cutanée; or, sous ce rapport, ce n'est pas parce qu'il y a absence d'angine qu'une éruption ne s'appellera pas rougeole. Il y a des rougeoles sans angines, exceptionnellement, il est vrai. Attachons-nous donc à bien spécifier les caractères de l'éruption roséoleuse, et à la distinguer de certaines variétés de rougeole et d'érythème.
L'éruption roséoleuse occupe toujours une surface du corps plus ou moins étendue ; elle débute généralement à la poitrine et au ventre, ou bien sur les membres supérieurs, et il est rare
qu'elle se borne à quelques plaques diffuses; celles-ci sont nombreuses, conflnentes,de très petite dimension (un centimètre), laissant entre elles des espaces assez uniformes de peau saine ; les plaques ont d'ailleurs une dimension décroissante de la poitrine aux extrémités; et telle est l'uniformité de l'éruption, que la peau paraît zébrée ou uniformément maculée de petites taches rosées légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau , ce que l'on sent avec la pulpe du doigt ; coloration qui , comme toutes les efflorescences, disparaît à la moindre pression. Voilà pour les phénomènes locaux, avec cette légère nuance que, dans le eas de roséole syphilitique, la tache roséoleuse devient sombre, violacée et persistante.
Or, dans tout érythème, la rougeur a une forme régulière bien déterminée, et c'est d'après cette circonstance même que les variétés d'érythèmes papuleux, tuberculeux , mamellés, etc., ont été établis. Rien de semblable dans la roséole.
Si dans la rougeole il y a quelque assimilation à faire entre l'aspect des plaques et celui de la roséole sous le rapport de la couleur et du peu de saillie au-dessus du niveau de la peau, il faut dire que dans la rougeole ces plaques sont généralement plus larges , qu'elles tendent à s'agrandir et à se confondre entre elles ; enfin , qu'elles sont plus proéminentes. Si à ces caractères on joint la circonstance de l'état catarrhal et des prodromes fébriles, toujours beaucoup plus intenses, on est conduit, dans le plus grand nombre des cas, à un diagnostic assez précis.
Ainsi, d'une part, nous repoussons toutes les distinctions établies par Willan comme variétés , et nous disons que l'éruption roséoleuse est une ; qu'elle se montre soit au printemps , soit à l'automne, et que dans cette dernière saison elle paraît avoir un caractère moins aigu ; qu'elle peut affecter la très jeune enfance ; qu'elle est même commune à cet âge ; qu'elle coïncide quelquefois avec le développement de la vaccine et de la variole ; qu'on l'observe dans la goutte et dans les rhumatismes aigus goutteux de longue date , et ayant pris tout à coup un certain ac-
ROSÉOLE. 229
croisseràent; qu'on la trouve aussi dans certains cas de lièvre typhoïde grave; niais que, qu'elle soit spontanée et seule, ou spontanée et coïncidant avec une autre maladie, c'est toujours la même éruption.
Or, cette maladie est le plus souvent précédée de prodromes fort légers. Ils ne sont autres que ceux que l'on observe dans les exanthèmes; ils consistent dans du malaise, de l'anorexie, de la lassitude dans les membres et souvent un léger état fébrile à la suite duquel l'éruption se montre du jour au lendemain. Celle-ci a cela de particulier qu'elle est très fugace, qu'elle disparait un jour pour reparaître le suivant, et que dans tous les cas elle ne dure pas plus de deux ou trois jours, s'éteint et laisse après elle ou une légère efflorescence épidermique disséminée, ou même pas de desquamation sensible.
C'est assez dire qu'elle exige une médecine d'observation du genre de celle qui est appropriée aux autres exanthèmes superficiels de la peau. Nous ne croyons donc pas devoir nous arrêter plus longtemps sur cette maladie. Nous aurons occasion d'y revenir à l'occasion des syphilides. (Voyez ce chapitre).
H* GROUPE. — Eczéma (exÇeco, e/fervesco); dartre squammeuse. humide d'Alibert ; dartre vive de Sauvages ; crusta. lactea de Plenck ; scabies miliaris ; herpès miliaris.
D'après la forme morbide :
Simple.
Composé. — Impétigineux.
Lichénoïde.
Herpétiforme.
Psoriasiforme.
D'après la conformation :
Amorphe.
Nummulaire ou en plaques arrondies et disséminées.
Fendillé.
Unisquamosum.
Localisé. — Tête.
Oreilles.
Racine du nez.
Mamelon.
Ombilic.
Vulve.
Bourses.
Jambes.
D'après sa marche :
Aigu. — Simplex.
Rubrum.
Chronique.
D'après la durée :
Fugax.
Persistant.
D'après la partie qu'il affecte :
Diffus ou général.
L'histoire de cette maladie est une des plus importantes en raison de sa fréquence, de sa ténacité, de ses formes variées et de la thérapeutique qu'elle réclame. Sur 1800 malades qui sont atteints d'affections cutanées, il y en a 600 chez lesquels on constate l'existence d'un eczéma. {Statistique.)
Cette maladie est généralement définie par les auteurs une affection vésiculeuse de la peau caractérisée par une sécrétion plus ou moins abondante de sérosité, avec rougeur et démangeaison de la partie affectée. Il en résulte cette conséquence, c'est que le médecin qui aborde un malade recherche tout d'abord des vésicules comme caractère dominant et élément certain de diagnostic. Il n'en est rien. Si l'eczéma est une affection vésiculeuse en raison de son élément morbide, le développement des vésicules n'est que momentané et apparaît au début de l'affection pour disparaître en quelques heures. Ce n'est donc que fort rarement que le médecin peut les apercevoir. D'ailleurs ces vésicules sont tellement ténues, qu'elles ne peuvent être vues qu'au reflet de la lumière du soleil. Nous préférons donc définir l'eczéma une maladie superficielle de la
peau; caractérisée' par les quatre phénomènes* suivants: 1° rougeur de la surface malade ; 2" démangeaison permanente plus ou moins intense; 3" sécrétion de sérosité limpide et citrine, lâchant le linge en (jris et l'empesant à la manière des taches spermatiqùes ; U" état ponctué et rouge de la peau, formé par les orifices enflammés des canaux qui, par myriades , fournissent la sérosité : aussi chacun de ces petits points exposés à l'air donne-t-il bientôt naissance à une série de petites gouttelettes séreuses extrêmement ténues.
La réunion de ces quatre caractères a une telle importance, qu'il est impossible, quand on les a constatés, de confondre l'eczéma avec aucune maladie de la peau. Il nous faut donc insister sur chacun d'eux. — La rougeur est variable en intensité, suivant l'état aigu ou chronique de la surface malade ; mais cependant elle existe encore dans la période décroissante de l'affection qui est caractérisée par la formation de squames épidermiques; c'est un des derniers phénomènes à disparaître — La démangeaison est incessante. Si elle est commune à plusieurs maladies de la peau, il n'y en a pas où elle soit plus soutenue. Elle se montre d'ailleurs à tous les instants; il suffit que le malade découvre la surface affectée, qu'il la frotte, la touche, quel que soit d'ailleurs le moment de la journée, pour qu'il la ressente. Or, dans les autres dermatoses avec démangeaison, c'est à certaines heures du jour que ce phénomène se manifeste principalement. Ainsi, dans le lichen et la gale, c'est la nuit, à moins que dans le jour le malade entre en sueur. Dans l'eczéma, au contraire, la moindre circonstance éveille le besoin de gratter, de frotter, et dans quelques cas ce symptôme est tellement marqué, que le malade ne peut pas vaincre cette habitude qui contribue puissamment à la perpétuité de l'affection de la peau. — Quant à la sécrétion, continue, permanente dans l'état aigu, elle va en diminuant dans la période stationuairc pour cesser presque complètement dans la période décroissante ; mais , au fur et à mesure qu'elle diminue, cette sérosité, d'abord extrêmement limpide, de couleur
citrine, alcaline do sa nature, ramenant au bleu le papier de tournesol rougi par un acide , tachant le linge en gris et l'empesant à la manière des taches spermatiques, cette sérosité acquiert la propriété de se coaguler et de se transformer en lamelles épidermiques, d'abord très petites, comme farineuses, mais toujours adhérentes; puis en squames de plus en plus larges, sous forme de lamelles dont la circonférence la plus extérieure est libre et dont la généralité de la surface est adhérente. — Enfin, l'état piqueté ou ponctué de rouge de la peau qui n'a été signalé par personne, doit appeler toute l'attention du médecin. Dans une surface eczémateuse aiguë d'un rouge plus ou moins vif, on n'observe pas une rougeur uniforme comme dans un érythème, mais une rougeur vive criblée de myriades de petits points d'un rouge plus foncé. Si l'on examine ces petits points à la loupe, on voit que ce sont des orifices de canaux desquels suinte constamment de la sérosité qui se rassemble bientôt sous forme de petites gouttelettes à la surface de la peau. C'est qu'en effet les vésicules primitives de la maladie sont formées par une sécrétion séreuse qui soulève la lame épidermique située au-dessus de l'orifice vasculaire ; puisl'épiderme se déchire pour donner issue à la sérosité sécrétée, et il ne reste plus que le pertuis vasculaire rouge et enflammé, fournissant d'une manière plus ou moins permanente la sécrétion morbide et se dessinant par un point rouge sur le corps muqueux enflammé lui-même ; de là l'état ponctué que nous signalons et sur lequel nous insistons, parce que c'est le caractère distinctit et différentiel de l'eczéma d'avec une maladie qui lui ressemble beaucoup et que les auteurs ont fort superficiellement décrite : c'est le pityriasis rubra, dont nous traiterons après l'eczéma. (Voyez là planche Ire, où les figures 1 et 2 représentent la série de détails que nous venons de donner.) Dans un cas de diagnostic douteux, il suffit de frictionner la surface malade avec une eau un peu chargée de carbonate de potasse, pour faire naître un état aigu accidentel qui dessine cet état ponctué d'une manière très marquée.
BGZKMA. TSo
L'eczéma est une maladie très superficielle de la peau, elle n'en amène pas très sensiblement le gonflement ; aussi la surface eczémateuse ne fait jamais saillie au-dessus du niveau de la peau ; l'affection semble se confondre avec la peau saine à sa circonférence. Si dans une surface eczémateuse la peau est tuméfiée, le membre augmenté notablement de volume, c'est qu'on n'a pas affaire à un eczéma simple , mais à un eczéma composé, comme l'eczéma impétigineux, par exemple , ou Y eczéma lichénoïde, maladies qui affectent plus profondément le tissu de la peau, et qui amènent parfois le gonflement du tissu cellulaire.
AU point de vue des divisions scolastiques de cette affection, on peut la considérer sous divers rapports dont le tableau placé en tète de cette maladie donne l'indication.
Dans ces diverses divisions , il en est trois qui doivent fixer l'attention : 1° Celle qui établit une distinction entre l'eczéma simple et l'eczéma composé. Les auteurs n'en ont fait mention qu'accidentellement et secondairement, non seulement pour cette affection, mais encore pour la généralité des maladies de la peau. Ils n'ont pas tenu compte des formes composées : or les formes simples de Willan ne se montrent guère qu'au printemps, elles sont rares; les formes composées sont au contraire très nombreuses , et les seules peut-être que l'on voie en automne et en hiver; elles sont tout aussi élémentaires que les formes simples. Pour nous, qui en avons fait l'objet d'une étude toute spéciale, nous ajoutons beaucoup plus d'importance à ces formes qu'à toutes ces divisions secondaires que Willan a établies dans les formes primitives qu'il a créées. Qu'un psoriasis soit guttata, diffusa, gyrata , cela importe peu, il réclame toujours le même traitement ; mais s'il est compliqué avec une autre forme morbide, il en ressort des indications thérapeutiques toutes particulières : car si la forme morbide exige surtout l'emploi des sulfureux, par exemple, ce ne sera plus seulement au goudron et à l'arsenic qu'il faudra s'adresser.
Il est bon d'ailleurs que l'on sache que ces formes composées ne sont pas des complications morbides. La maladie naît dès l'abord avec les deux éléments de composition. Soit : pour l'eczéma impétigineux, la vésicule avec la pustule de l'impétigo; la vésicule eczémateuse et la papule de lichen, pour l'eczéma lichénoïde, etc. Mais, dira-t-on , c'est là une double maladie dans laquelle une des deux affections est prédominante, c'est un eczéma compliqué d'impétigo ou de lichen ! Non ; la vésicule eczémateuse existe , mais elle devient aussitôt purulente , comme dans la pustule d'impétigo. La papule du lichen eczémateux est aussitôt et dès l'abord sécrétante. Alibert, dont le talent d'observation n'a pas laissé d'imitateur qui l'approche, avait entrevu ces formes composées. C'est lui qui , le premier, a parlé d'eczéma impétigineux , et il décrit aussi ou fait entrevoir l'eczéma lichénoïde , quand il parle de l'herpès squameux lichénoïde. On verra parla suite, et à l'occasion de chaque maladie, se dérouler le tableau de ces formes composées.
2° La conformation de l'eczéma ne présente pas moins d'intérêt sous le rapport pratique. Ainsi les variétés d'eczéma nummulaire, fendillé et unisquamosum sont telles que la première est de toutes les formes eczémateuses la plus rebelle aux traitements ; dans la seconde, au moment où l'on croit le malade guéri, surgit une éruption nouvelle avec son cachet tout particul ier, de manière à faire le désespoir et du malade et du médecin. Quant à la troisième variété, elle a cela de particulier, qu'elle se reproduit sans cesse dans les mêmes limites et sous la même forme.
3° La division de l'eczéma en aigu et en chronique est la plus importante pour la thérapeutique, puisque l'état local devient le guide des moyens qu'il y a lieu de mettre en usage.
Quant aux divisions adoptées par les auteurs, elles se réduisent à celles-ci. Willan en décrit trois variétés : 1 ' Y eczéma simplex, 2° Veczema rubrum, 3° Xeczéma impétigineux. Les auteurs qui l'ont suivi ont décrit un eczéma aigu, un eczéma chronique en plus des précédents.
Description générale. — L'eczéma est le plus souvent précède1 clans son développement par une sensation de démangeaison dans la partie qui doit être affectée ; puis après plusieurs jours, et souvent sans cause apparente ou connue, il survient à la partie affectée une éruption vésiculeuse appréciable seulement pour un médecin, non appréciable pour le malade , et ce dans une surface donnée avec chaleur et démangeaison. Ces vésicules sont tellement rapprochées, qu'elles recouvrent toute la sur l'ace affectée. Sur ce nombre, que l'on peut porter à des milliers, une grande partie se crève et donne un suintement séreux ; une autre partie ne fournit pas de suintement ; la sérosité se résorbe , et la lamelle épidermique qui lui servait d'enveloppe s'applique sur le pertuis vasculaire ; puis de nouvelles vésicules apparaissent pour suivre la même marche; les vésicules primitivement développées, qui se sont ouvertes, continuant à fournir de la sérosité, et ainsi de suite jusqu'à ce que toute l'étendue de la surface qui doit être atteinte se trouve envahie et en plein suintement de sérosité. La limite de cette période de développement est de vingt-quatre h quarante-huit heures, et quelquefois plus. Une fois développé, l'eczéma, que nous supposons s'être montré avec une marche aiguë, continue à sécréter de la sérosité pendant un temps extrêmement variable, mais qui ne saurait avoir une durée précise, surtout dans les conditions où les malades sont généralement placés. Si, au contraire, un malade atteint d'eczéma se mettait à un régime alimentaire sévère , s'il se maintenait au repos, s'il employait des émollients à l'extérieur et à l'intérieur, l'eczéma arriverait bientôt à la période stationnaire, puis à la période décroissante dans un laps de temps qui serait à peu près uniforme pour tous. Toutefois l'ensemble de ces faits constitue ce que nous nommons la période ai(/uë.
Période stationnaire. — Généralement l'eczéma dure un laps de temps très long dans un état qui n'est ni la période aiguë, ni la période décroissante. Cela tient-il aux soins et à l'hygiène employés? C'est probable. 11 est si peu de personnes qui, pour
une maladie de la peau, veulent s'astreindre à briser avec leur manière de vivre et leurs occupations. Dans cet état, l'eczéma sécrète un jour, ne sécrète que fort peu le lendemain ; une certaine étendue paraît avoisiner la guérison , et deux ou trois jours après, elle est plus malade que le reste; puis sous l'influence des variations atmosphériques, le passage du temps sec au temps humide, on voit se réveiller une sécrétion abondante avec de vives démangeaisons , tandis que des conditions opposées venant à s'établir dans l'atmosphère, de moment en moment apparaissent à la circonférence de l'eczéma des furfures épidermiques se détachant, plus ou moins adhérents, c'est-àdire un état décroissant. Ainsi la période stationnaire est en core une période sécrétante, avec alternatives de retour à l'état aigu ou de tendance à l'état décroissant signalé par l'apparition de lames épidermiques.
Troisième période. — Elle se caractérise par la transformation de la sérosité en lamelles d'abord très petites, mais de plus en plus larges , au point d'acquérir l'étendue d'une pièce de 1 à 2 francs. Ces lamelles, qui ne consistent que dans un simple feuillet d epiderme, sont terminées à leur circonférence par un rebord d'épiderme libre, de la largeur de 1 à 2 millimètres, opaque et ressemblant un peu à de l'épiderme desséché, tandis que le reste de la surface de la lame épidermique est lisse , transparent et adhérent (voy. pl. I, fig. 2). Il résulte de ces faits que l'on peut mesurer pour ainsi dire les progrès d'un eczéma vers la guérison par l'étendue plus ou moins grande et l'adhérence de ces lamelles.
Ces trois périodes doivent être le guide du médecin à l'égard de la thérapeutique, qui ne peut être rationnelle qu'autant que l'on applique à telle ou telle période ses moyens appropriés. C'est d'après elles que nous établirons les principes de notre médication.
Description des espèces. — Les détails précédents s'appliquent à Y eczéma simplex; mais cet eczéma comprend plusieurs variétés : 1° Y eczéma amorphe ; 2° Y eczéma nummulaire; 3° Y ce-
zéma fendillé; h" Y eczéma unisquamosum ; 5° Y eczéma rubrum.
Nous n'avons rien à dire de Yeczéma amorphe, ou sans forme déterminée. C'est l'eczéma le plus communément observé. ]] varie dans sa forme comme dans son étendue. Il peut affecter une partie comme plusieurs parties du corps et il prend alors le nom d'eczéma général. Mais quelle que soit la multiplicité des points qu'il occupe, quelle que soit la dimension des plaques morbides qui le constituent, il ne peut jamais envahir la totalité de la peau de manière à occuper toute sa surface sans laisser des espaces de peau saine. Le pityriasis rubra, au con traire, peut atteindre uniformément toute la surface du corps sans exception, aussi la dénomination de pityriasis général lui est-elle bien plus applicable. Toutefois l'eczéma affecte, pour ainsi dire, des lieux d'élection : ainsi, il résulte des relevés que nous avons faits à cet égard que, sur 600 cas, les jambes sont atteintes 446 fois, les avant-bras 155, les cuisses 152, les bras 133, la figure 114, le cuir chevelu 86, les parties génitales 68, le cou 63, la poitrine 54, le ventre 50, le dos U5, etc.
L'eczéma nummulaire n'a été décrit nulle part. Nous l'avons observé pour la première fois sur un employé de la poste il y a cinq ou six ans; et depuis cette époque ayant été frappé de cette forme, nous avons eu l'occasion d'en voir plusieurs exemples par année. Ce qu'il a de remarquable, c'est moins sa disposition nummulaire que sa ténacité, et c'est la difficulté qu'on éprouve à la guérir qui nous a engagé à en faire une espèce particulière.
L'eczéma nummulaire a pour cachet spécial de se développer surtout à la surface des membres, et notamment des membres supérieurs, comme aussi à la surface du tronc ; il s'y montre par petites plaques qui prennent tout de suite l'étendue qu'elles devront avoir ; elles sont arrondies , de la largeur d'une pièce de 5 francs ou un peu plus; elles n'ont aucun bourrelet, ce qui les distingue de l'herpès ; leur circonférence est amincie et se perd avec le reste de la peau , comme dans l'eczéma ordinaire ; elles sont d'ailleurs avec rougeur, état ponctué de la
peau, démangeaison, sécrétion de sérosité. Elles exigent en général plusieurs mois pour leur guérison, et ne cèdent le plus souvent qu'à un ensemble demoyensplus ou moins énergiques.
Eczéma fendillé. — Cette espèce n'est pas plus décrite que la précédente, elle a cependant un cachet tout particulier; elle est ou primitive ou secondaire. Elle se montre par une plaque morbide siégeant ordinairement en avant des jambes, mais pouvant aussi se rencontrer aux cuisses et aux avant-bras. Au lieu d'observer une surface uniformément malade, on y trouve l'épiderme cassé en zigzag et fournissant dans ces cassures une sérosité plus ou moins abondante. Ces cassures se guérissent peu à peu dans l'espace de huit à dix jours ; puis, sans cause connue , il se produit une poussée de cassures nouvelles qui mettent le même temps à disparaître , et ainsi de suite durant un espace de temps plus ou moins considérable. Cette circonstance d'éruption eczémateuse successive fait souvent croire à la guérison , qui n'est qu'un état voisin d'une poussée nouvelle. Le cachet de cette espèce, c'est cette succession même qui donne à cette affection plus de durée que de coutume, en dehors de ce que la forme morbide peut avoir de particulier. D'ailleurs, cette éruption ressemble beaucoup à la poussée produite par les eaux, et notamment par les eaux sulfureuses.
Ec zema unisquamosum. — Sous cette dénomination, on désigne une variété très rare d'eczéma, qui a été indiquée pour la première fois par M. Levain, et qui a son siège à la racine du nez, entre les deux sourcils. Depuis quatorze ans je n'en ai observé qu'un seul cas, chez une maîtresse d'hôlel de la rue Croix-des-Petits-Champs. Elle avait cette affection depuis dixhuit mois. Dans cette espèce, une fois l'état aigu tombé, la sécrétion produite se transforme en une seule lamelle épidermique qui recouvre toute la surface du mal, tombe, et est remplacée par une nouvelle écaille au bout d'une huitaine de jours, et ainsi de suite. La maladie n'a guère qu'un centimètre de superficie. C'est en modifiant la surface malade par des eau-
térisations légères que je suis parvenu à obtenir la guérison.
h'vzeina rubrum. — Variété mal décrite par les auteurs , et qui mérite de fixer l'attention du médecin, Je dis mal décrite, parce qu'ils ont rattaché cette épithète rubrum à la couleur d'un rouge vif de l'éruption eczémateuse; mais à cette condition un eczéma simplex aigu serait un eczéma rubrum, et c'est ainsi que les dennatologistes modernes envisagent beaucoup d'eczémas: c'est une erreur. Il résulte des observations que nous avons faites à cet égard que la couleur rouge foncé n'est que le phénomène secondaire, mais toujours obligé, de l'eczéma ordinaire dans sa période aiguë, et non pas indispensable dans sa période de stase ou de décroissance. Ce qui caractérise X eczéma rubrum à nos yeux, c'est la manière dont naît l'éruption vésiculeuse jointe à la coloration intense qu'elle présente. Tandis que, dans Y eczéma simplex même le plus aigu, l'éruption vésiculeuse s'opère à la surface de la peau, sans amener aucun gonflement du derme, de manière que toute la surlace de l'eczéma soit sur un plan parfaitement égal et de niveau avec le reste de la peau; dans Y eczéma rubrum, c'est par plaques arrondies, ovoïdes, boursouflées, saillantes, agglomérées les unes à côté des autres, chacune d'elles de la largeur de 1 à 2 centimètres et en nombre indéterminé, de manière à former des groupes de bosselures très rouges et sécrétant en abondance de la sérosité. Ces groupes s'affaissent peu à peu, mais sans jamais disparaître complètement et en conservant toujours une certaine saillie même après la guérison; puis, dans le voisinage des premiers, apparaît une nouvelle série de groupes, de sorte que toute la surface antérieure de la jambe, car c'est presque constamment sur cette partie que se développe Y eczéma rubrum, finit par être bosselée dans toute sa surface. Or la maladie ne sécrète que là où apparaît une bosselure recouverte de vésicules et parfaitement dessinée d'ailleurs ; et comme leur récidive a lieu sans ordre, on distingue très bien ceux qui sont nouveaux de ceux qui sont anciennement développés.
Dans cette variété les démangeaisons sont plus vives, plus
incessantes, la chaleur est forte, la rougeur des plus marquées, le frottement est douloureux, le grattage impossible, tandis qu'il est agréable, quoique un peu cuisant, dans l'eczéma simplex. Enfin , dans cette variété l'état aigu persiste avec une grande intensité, rien ne l'apaise; les émollients ordinaires sont impuissants pour le combattre , et la durée de l'affection avec son acuité est souvent de deux à trois mois. Aussi réclame-t-elle un traitement particulier que nous ferons connaître.
Eczéma fugax. — Quelques auteurs modernes décrivent cette variété, qu'ils caractérisent par l'apparition et la disparition successive, et à intervalles plus ou moins éloignés. Pour moi , je ne connais rien de plus tenace qu'un eczéma, et je n'admets pas l'existence d'un eczéma fugax.
Eczémas localisés. — Tous les auteurs ont en général attaché une certaine importance à leur description spéciale. Ce sont en effet des eczémas à l'égard desquels nous allons fournir quelques détails particuliers présentant d'ailleurs ce caractère commun, qu'ils sont en général bornés à une surface très circonscrite ; qu'ils ont une ténacité très grande ; qu'ils sont très sujets à récidiver dans le même point ; qu'ils parcourent leurs périodes sans s'étendre, et qu'ils peuvent ainsi exister toujours sur la même surface pendant dix, douze, quinze et vingt ans.
Eczéma de la tète. — Cette maladie ne s'observe que dans l'enfance et dans les premières années de la vie, à moins qu'elle ne soit une suite de l'extension de l'eczéma des oreilles (voy. Eczéma des oreilles). C'est une de celles qui, par les mêmes motifs, sont désignées sous le nom de gourme. C'est Yacor mucifluus d'Alibert. Tantôt la tête des enfants fournit une crasse grasse qui se détache facilement ; tantôt cette crasse est au contraire fort adhérente. Ce sont deux variétés à'acor sébacé. Dans un troisième cas, la tête fournit du pus : c'est un impétigo. Dans un quatrième, elle donne du pus et de la sérosité : c'est un eczéma impétigineux ; enfin elle peut donner une sérosité plus ou moins visqueuse: c'est Y eczéma du cuir chevelu. Cette maladie, qui se montre dans les premiers mois de la vie, apparaît
ordinairement avec une certaine rapidité ; elle est précédée de quelques démangeaisons, puis tout à coup les cheveux de l'enfant paraissent mouillés, la peau a pris une teinte rosée ; et, si l'enfant a un an ou dix-huit mois d'existence, on le voit aussitôt, la tête étant à nu, porter ses deux mains au cuir chevelu pour se'gratter outre mesure, à un tel point que la mère ne peut faire cesser ces grattages. Dans quelques cas, la sécrétion est extrêmement abondante; la chevelure, les bonnets, sont traversés; tous les cheveux sont agglutinés et collés entre eux, malgré les soins de propreté. La maladie persiste ainsi fort longtemps, et elle persiste d'autant plus que le rôle du médecin doit se' borner à la mitiger, à la rendre moins incommode , mais qu'il ne doit pas chercher à la guérir, car il compromettrait la santé et quelquefois la vie de l'enfant. Elle ne réclame que des soins hygiéniques que nous ferons connaître en indiquant dans la thérapeutique de l'eczéma les inconvénients que peuvent entraîner dans quelques cas les moyens les plus simples.
Eczéma des oreilles. — Il est très commun chez la femme et très rare chez l'homme. Il se développe surtout à l'âge critique s'étendant ou dans la conque de l'oreille ou sur l'hélix, et envahissant peu à peu tout le pavillon, mais surtout en avant et fort peu en arrière. Or, Yintertrigo sécrétant des oreilles qui se montre à la même époque de la vie existe au contraire dans le ph d'union du pavillon de l'oreille avec la tête et en arrière Cet eczéma reste ainsi stationnaire pendant des années affectant quelquefois une seule oreille, mais le plus souvent les deux Cependant il peut, par des causes accidentelles, s'étendre au front et à la totalité du cuir chevelu; il devient alors fort rebelle. Contrairement aux autres eczéma, il augmente le volume du pavillon de l'oreille, et par sa persistance et sa Chronicité il tend à le doubler ou à le tripler dans l'état aigu
Eczéma de la racine du nez. - C'est Yeczema misquamosum dont nous avons parlé. (Voy. p. 238).
Eczéma du mamelon. - Il affecte h mamelon de l'un ou des deux seins, et ne s étend jamais au delà. Il se montre le plus
souvent à la suite de l'allaitement, et il n'est pas rare qu'il reconnaisse la syphilis pour cause, quoiqu'il puisse en être indépendant. Cette circonstance , que l'allaitement ou l'accouchement peuvent en être la cause déterminante, fait assez pressentir qu'on remarque cette maladie principalement vers l'âge de trente ans. Cependant on peut aussi la retrouver plus tôt, mais rarement dans un âge avancé. Quand elle s'observe plus tôt, c'est chez des jeunes filles de l'âge de quinze ans. Elle est tellement rare chez l'homme, que M. Rayer déclare ne l'avoir jamais vue. J'en ai observé d'assez nombreux exemples chez déjeunes garçons de douze à seize ans.
Eczéma du nombril. — C'est là essentiellement une maladie de l'enfance , plus commune aux jeunes filles qu'aux jeunes garçons. Elle affecte le nombril seulement, et elle y existe presque toujours sous la forme chronique, ne gagnant presque jamais en surface, et occupant le cul-de-sac de ces ombilics fort enfoncés dans les chairs. Mille causes amènent sa chronicité ; l'enfant et la mère ne s'en aperçoivent que par hasard. Il n'y a là qu'une démangeaison qui tout d'abord n'est pas incommode, et que les distractions de l'enfance font oublier. La pudeur de la jeune fille la fait reculer à avouer sa maladie quand elle s'en aperçoit. 11 faut qu'un suintement accidentellement fort vienne faire réclamer les soins du médecin. Cet eczéma , comme l'eczéma du mamelon chez les jeunes filles , est ordinairement essentiellement lié au tempérament lymphatique.
Eczéma de la vulve. — Il est propre à l'âge critique ; il succède quelquefois à l'intertrigo des aines ou au lichen. Dans son état aigu , il amène une cuisson et un épaississement des grandes lèvres avec démangeaisons qui sont incommodes pour la marche, et par la surexcitation qu'elles peuvent produire soit du côté du méat urinaire, soit du côté du clitoris. Cet eczéma a d'ailleurs une grande ténacité, et il est très difficile à guérir, attendu sa situation, la chaleur qui règne dans ces parties, el la difficulté de soins pour certaines femmes obèses.
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ÈC/.KMa, 243;
Eczéma des bourses. — Voici une maladie qui fait quclquelbis le désespoir et du malade et du médecin. Née vers l'âge de trente à trente-cinq ans, le plus souvent plus tard, elle envahit peu à peu la totalité de la peau qui constitue les bourses, et s'arrête à la limite de leur jonction avec la peau des aines et celle de la verge. Mais elle siège là avec persévérance, disparaissant, reparaissant sous l'influence des excès, de la marche, de la fatigue, de la sueur. Rebelle autant qu'il est possible de l'être, elle exerce une influence des plus fâcheuses sur le moral ; elle conduit à l'isolement, aux idées noires et quelquefois au suicide.— Elle épaissit peu à peu la peau ; suintant quelquefois à la manière d'une plaie; se desséchant dans d'autres cas pour produire des écailles épidermiques plus ou moins épaisses, que le moindre frottement rend parfois douloureuses; de sorte que la marche arrive à être enrayée et que le repos devient indispensable.
Eczéma des jambes. — Je localise cette espèce , non pas que je la place tout à fait sur le même rang des eczémas locaux que je viens de décrire, mais à cause de la fréquence de cet eczéma dans ce point. Cette fréquence est telle que, dans mes relevés statistiques, je trouve l'eczéma des jambes 75 fois sur 100. Il est vrai de dire que certaines professions, les débardeurs de bateaux; certains états vasculaires, les varices - certaines maladies des jambes, les ulcères, y prédisposent. Aussi a-t-on fait une espèce à part de l'eczéma variqueux, qui exige un traitement spécial. C'est cependant pour nous encore une question de savoir si les varices prédisposent aux eczémas des jambes, ou si les eczémas des jambes ne prédisposeraient pas aux varices. Nous serions presque tenté d'admettre, d'après nos observations, la possibilité des deux faits : toujours est-il que l'on trouve presque autant de malades chez lesquels les varices ont précédé, que d'autres chez lesquels elles ont suivi l'eczéma Cette forme morbide n'a réellement d'intérêt qu'au point devue de la thérapeutique ; nous aurons soin d'en parler. Notons cependant cette circonstance, que tandis que l'eczéma non vari-
2kU PATHOLOGIE SPÉCIALE.
queux h son siège le plus général en avant et en dehors des jambes, l'eczéma variqueux a plus particulièrement son siège en dedans; cette circonstance tendrait à faire admettre cette variété comme toute spéciale et comme étant consécutive aux varices.
L'eczéma peut apparaître en été et en hiver : en été, c'est sous forme aiguë; en hiver, sous forme chronique. A cet égard, l'influence de la saison est absolue: ainsi j'ai vu bien souvent des élèves entrer dans mon service à la fin de l'été et se plaindre, après cinq ou six mois écoulés, de n'avoir pas pu observer un seul eczéma aigu. Ce n'est pas tout. Il est digne de remarque que l'eczéma aigu, né sous l'influence du printemps, tend à disparaître pour toujours quand il est nettement guéri, tandis qu'il est fréquent de voir l'eczéma chronique, né en automne, se guérir avec difficulté pendant l'hiver et être sujet à récidiver l'automne suivant.
Chaque âge a son cortège propre de formes eczémateuses. Ainsi Yachor mucifluus, ou dartre muqueuse d'Alibert, qui n'est que l'eczéma, appartient à l'enfance. Il n'est pas jusqu'aux sexes qui ne soient l'objet de la prédilection de certaines formes spéciales d'eczéma. Celui des oreilles et des mamelons semble fuir le sexe masculin et s'attacher de préférence à la femme. L'homme est à son tour plus spécialement condamné à l'eczéma des bourses, tandis que l'eczéma des parties génitales est assez rare chez la femme. Le prurigo de la vulve et l'intertrigo semblent tenir lieu de cette affection.
L'eczéma, comme les autres maladies, parcourt-il ses phases de développement, de marche, de terminaison, dans un temps donné ? 11 le ferait très probablement, si dès le début il était traité antiphlogistiquement et clans toutes les conditions d'hygiène et de repos nécessaires, sans que le malade cédât aux démangeaisons qui perpétuent cette affection. Mais il n'en est jamais ainsi. Nous ne saurions donc, à l'instar de quelques auteurs, dire qu'il parcourt ses périodes en six semaines ou deux mois. La chronicité, la durée de plusieurs mois, de plusieurs
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années, et quelquefois de longues années, est la condition moyenne de tous les malades atteints de cette maladie.
Sa terminaison naturelle est la résolution. Une maladie dont il se complique souvent chez les vieillards, et principalement en été, c'est le -purpura, qui exige alors une médication interne toute spéciale. (Voy. Purpura.)
A une certaine époque de la vie, l'eczéma devient un exutoire nécessaire qu'il faut savoir respecter, sa suppression pouvant entraîner des accidents très graves et quelquefois la mort. A cet égard, on ne saurait se faire une idée delà portée si grave de la suppression d'une surface eczémateuse même peu étendue chez quelques sujets. Voici ce que l'on observe alors. Que, par une exposition au froid au retour d'un bain , ou par toute autre cause analogue , une surface eczémateuse sécrétante cesse d'exister : et l'on voit apparaître l'ensemble des accidents que nous avons exposés avec quelques détails dans nos considérations générales sur les maladies de la peau (voy. p. 45). On se demande comment une maladie locale si légère a pu mettre ainsi les jours du malade en danger. De là la nécessité de respecter des eczémas très anciens chez les vieillards surtout, et chez les personnes asthmatiques ou ayant habituellement une respiration courte. Nous indiquerons plus bas le moyen de rappeler d'une manière efficace l'état eczémateux là où il existait. — Un état morbide général accidentel peut faire disparaître l'eczéma ainsi que toutes les autres affections de la peau, mais à la convalescence l'eczéma reparaît avec quelques bénéfices pour le malade, en ce sens que la maladie est moins intense. Toutefois le médecin commettrait une erreur si, en présence de la fièvre développée, de l'eczéma disparu, il annonçait la guérison radicale de l'affection cutanée, car il est d'observation que la convalescence de cet état général n'est réelle qu'à la condition que la maladie de la peau se montre de nouveau.
Causes de l'eczéma. — On peut sinon hériter d'une affection eczémateuse, au moins hériter de l'organisation qui favorise son développement. Rien n'est plus commun que de voir cette
maladie se perpétuer ainsi dans les familles. Cela tient peutêtre aussi à une sorte de préjugé très fâchéùï qui est encore aujourd'hui assez généralement répandu chez un grand nombre de médecins: c'est qu'il faut respecter une affection dâîtfêtfâe dans le jeune âge. Mais le préjugé ne se home pas là pour les jeunes filles. Par exemple, on ajoute: Attendez, lorsque la menstruation sera survenue, la dermatose disparaîtra. La menstruation arrive, et la maladie de la peau ne disparaît pas. Alors on se réjette sur le mariage, et à défaut du mariage sur la première grossesse. Le mariage arrive, il donne tort au médecin ; la grossesse seule justifie l'exactitude de ce pronostic si fâcheux , "mais cette justification n'est que momentanée : la dartre a disparu, pour reparaître si l'allaitement n'a pas lieu, et pour se montrer de nouveau après l'allaitement si la mère nourrit son enfant. Il en résulte que si 1 enfant tient essentiellement de l'organisation de la mère, celle-ci transmet et par la grossesse et par l'allaitement la disposition à une maladie dont elle était atteinte, et s'il tient du père, elle peut la transmettre par l'allaitement. C'est ce que nous avons établi dans nos considérations générales sur l'hérédité.
Mais l'eczéma peut dériver d'une foule de causes différentes, ét, il faut le dire, c'est l'une des maladies pour lesquelles la cause prédisposante, celle qui entretient et perpétue l'affection cutanée, nous est le plus souvent inconnue.
En médecine plus qu'en toute autre science, il faut être vrai, il faut être consciencieux ; c'est pour le médecin qui écrit le plus impérieux de tous les devoirs. Eh bien ! que l'on interroge les malades atteints d'eczéma sur la cause de leur maladie; que l'on explore les organes intérieurs pour savoir s'ils sont souffrants, je mets en fait que sur 100 cas d'eczéma on ne trouve pas 10 cas dans lesquels la cause réelle de l'affection sera dessinée de manière que l'on puisse diriger vers elle un traitement. Il y a plus, l'eczéma coïncide presque toujours avec l'état de santé général le plus parfait , et le plus grand nombre des malades vous disent qu'il» ne se sont jamais mieux portés
que depuis qu'ils ont cette maladie. Si, avant son développement, quelques uns avaient des digestions difficiles, un dérangement intestinal se répétant de temps à autre, tout cela a disparu depuis l'apparition de l'eczéma.
On trouve bien dans des cas plus nombreux la cause déterminante. L'eczéma aura succédé à la disparition momentanée des règles, à une suppression bémorrlioïdale, à l'âge critique chez la femme ; mais vous aurez beau rappeler les hémorrhoïdes ou rétablir la menstruation dérangée, vous ne guérirez pas l'eczéma. En un mot, vous acquerrez facilement la connaissance de la cause déterminante, mais vous arriverez difficilement à la cause prédisposante, à celle qui perpétue l'eczéma, à celle qu'il faut thérapeutiquement combattre; aussi les dermatologistes invoquent-ils alors des méthodes empiriques et des médications qui, dans la généralité des cas, comptent lê plus de succès. J'avouerai que pour mon compte je ne saurais rattacher l'eczéma à un tempérament bien nettement déterminé, mais à une prédominance de tempérament. La statistique à cet égard nous démontre une prédominance du tempérament lym* phatique ; car sur 542 eczémas, je trouve noté le tempérament lymphatique pour 175 cas; lymphatique et sanguin, 195 cas; lymphatique et nerveux, 53 cas: total, 423 cas de prédominance de tempérament lymphatique, lymphatico-sanguin, lymphatico-nerveux. Dans ces eczémas sont compris les eczémas impétigineux qui se rattachent franchement au tempérament lymphatique, ce qui augmente naturellement ces chiffres. Toujours est-il que cette liaison des eczémas avec une certaine prédominance lymphatique rend compte des bons résultats que l'on obtient des médications sulfureuses dans le traitement de cette maladie.
Mais de ce qu'en thèse générale on arrive difficilement à la cause de l'eczéma, il ne s'ensuit pas qu'on ne doive la chercher. C'est, au contraire, un motif pour mettre plus de soin dans l'investigation de tous les organes sous ce rapport. Que si, à l'aide de la statistique que nous avons dressée, noué examinons
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les liaisons qui peuvent exister entre l'âge , les professions, l'habitation, etc., et cette maladie, nous arrivons aux résultats suivants, inconnus jusqu'alors. Sur 581 cas : 162 eczémas développés de quinze à vingt-cinq ans, mais ce sont presque tous eczémas impétigineux ; 243 de vingt-cinq à quarante-cinq ans, et alors presque tous eczémas simples ; 80 de quarante-cinq à cinquante-cinq ; 66 de cinquante-cinq à soixante-cinq, et "30 de soixante-cinq et au delà. D'où il suit que l'eczéma impétigineux est essentiellement une maladie de la jeunesse. Que c'est surtout entre vingt- cinq et quarante-cinq que se montrent les eczémas francs ; qu'après cette période, il y a tout de suite une décroissance très grande, et enfin que leur manifestation est très rare au delà de soixante-cinq ans. Sur 319 cas les cochers, charretiers et journaliers figurent pour le chiffre le plus élevé,' 65, soit un quart ; pour les maréchaux, ferblantiers et mécaniciens, 51, soit un sixième; les tailleurs, couturières, revendeuses, et les menuisiers, ébénistes, tonneliers, charrons, pour 41 ou 43, soit un huitième environ. Les autres professions donnent des chiffres de peu de signification. — Nous trouvons une habitation malsaine, humide, notée 126 fois sur 582 cas. On voit que cette circonstance joue un rôle insignifiant dans le développement de cette maladie. Nous avons peu de documents sur la transmission, le genre d'individus sur lequel porte cette statistique, étant fort mal renseigné sur les antécédents delà famille.
L eczéma se lie en général à une bonne constitution, car sur 530 cas nous trouvons signalée une constitution médiocre dans 66 cas seulement.— La gale est notée 205 fois sur 469 individus. C'est une proportion assez considérable; peut-on la regarder comme une prédisposition? Ce chiffre nous paraît insuffisant pour nous prononcer à cet égard, mais une proportion de près de moitié est cependant un chiffre qui doit appeler l'attention, car il est loin de l'état ordinaire. Parmi les individus qui pour une maladie ; quelconque ont recours à l'hôpital, c'est-à-dire parmi les ouvriers, il n'y en a pas la moitié qui gagnent la gale.
La date de l'invasion de l'eczéma chez les malades traités à
l'hôpital donne une idée de la durée de cette maladie et de sa ténacité. De moins de 1 mois, 19 ; de 1 à 2 mois, 28 ; de 2 à 6 mois, 106 ; de 6 mois à 1 an, 51 ; de plus de 1 an, 292 ; de plus de 10 ans, 57; de l'enfance, 8 : total, 561 malades. Non pas que l'eczéma eût constamment existé, ces diverses époques ne comprenant que la date de la première invasion, mais on en voit de 15, 20 et 30 ans de durée. Ce que notre statistique offre de bien remarquable et ce qu'elle enseigne d'une manière bien évidente, c'est que l'eczéma débute ou en été ou en hiver ; on verra d'autres maladies qui ne se montrent qu'au printemps ou à l'automne. Printemps, 60 cas; été, 127 ; automne, 28 ; hiver 169, sur un total de 384 : ce qui donne 296 cas pour l'été et l'hiver, et 88 seulement pour le printemps et l'automne. Enfin, par rapport aux formes composées de cette maladie, la statistique nous donne les résultats ci-après : 205 eczémas impétigineux, 101 eczémas lichénoïdes, \k eczémas psoriasiformes, et h eczémas herpétiformes, sur un ensemble de 600 cas.
Diagnostic. — Les caractères tout particuliers que je me suis attaché à spécifier au début de cet article me paraissent suffisants pour distinguer cette affection de toute autre. L'herpès à vésicules très ténues ne sécrète plus après quelques jours ; d'ailleurs sa forme circinée le distingue toujours de l'eczéma à configuration mal arrêtée. Dans l'herpès phlycténoïde et le zona, les vésicules seront beaucoup plus grosses ; mais il est une maladie non vésiculeuse qui a souvent été la source d'erreurs: c'est le pityriasis rubra. Ici rougeur de la peau, démangeaison, sécrétion séreuse. Mais le pityriasis rubra est généralement d'un rouge plus foncé que l'eczéma ; sa surface morbide est nettement tranchée d'avec la peau saine ; elle n'est pas ponctuée de points rouges quand elle sécrète, et quand elle ne sécrète pas, elle se recouvre de lamelles épidermiques ou écailles qui se détachent à chaque instant des surfaces malades. Le suintement qu'il fournit est plutôt une sueur qui empèse le linge, mais sans le tacher en gris noirâtre comme la sérosité de l'eczéma. Quant a 1 eczéma impétigineux, il donne une sérosité purulente qui se
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transforme en croûtes adhérentes dont la nature est facile à reconnaître.
Pronostic. — L'eczéma ne constitue jamais un danger sérieux pour l'existence, mais il en a un plus grave ait point de vue de son opiniâtre persévérance. Sa ténacité est telle qu'il n'est pas possible d'en prévoir la durée, et quand il disparaît, rien n'assure qu'il ne reviendra pas recommencer ses éternelles périodes. Toutefois ce fâcheux, pronostic s'adresse surtout aux personnes qui, par position sociale ou par toute autre cause, ne peuvent consacrer un temps suffisant à une parfaite guérison ; loin d'offrir d'ailleurs une ténacité proportionnelle à son étendue, il semble au contraire que plus il est circonscrit et restreint, plus il résiste à nos médications.
Thérapeutique. — La thérapeutique de l'eczéma doit être locale et générale ; elle doit tenir compte, sous les deux rapports, de la période aiguë, stationnaire ou décroissante de l'eczéma, de sa forme chronique, de ses causes, des modifications à apportër suivant la forme morbide elle-même, suivant la partie affectée, l'âge du sujet, et enfin elle doit correspondre au point de vue général de ce que j'appelle l'empirisme du traitement de l'eczéma. C'est sous tous ces rapports que je vais exposer les faits qui concernent ce paragraphe.
Toutes les fois que l'eczéma se présente sous une forme aiguë, l'état général doit tout d'abord préoccuper le médecin. Il est des cas où cet état aigu est tellement prononcé, qu'il y a lieu dé pratiquer une émission sanguine, soit par la saignée, soit par les sangsues à l'anus ; mais il faut alors qu'il y ait un état de pléthore assez marqué. C'est surtout au printemps que l'on aura occasion d'employer cette médication. A l'intérieur, les tisanes acidulées, rafraîchissantes ; diminution notable des aliments, que l'on fait prendre peu substantiels. Ce régime général doit être suivi tant que dure la période aiguë. Localement, et lorsqu'une rougeur vive accompagne l'eczéma, qu'il existe un sentiment de chaleur et de cuisson, il est un moyen qui, dans la saison chaude, nié réussit à merveille pour faire tomber l'état aigu : ce sont des
irrigations d'eau d'abord tempérée, puis rendue fraîche, que l'on emploie une ou deux fois par jour durant une heure à une heure et demie chaque fois. Voici comment je fais pratiquer ces irrigations, et je suppose qu'il s'agit d'une jambe malade, siège le plus ordinaire de l'eczéma. On élève un seau plein d'eau à 60 centimètres au-dessus de la partie affectée; à ce seau on ajoute un robinet ou une cannelle de bois; je fais attacher à ce robinet une bande que je divise en deux lanières à sa partie inférieure. Le membre est placé horizontalement sur une toile cirée disposée en gouttière, pour faire écouler l'eau dans une terrine placée auprès du lit du malade. Les choses ainsi disposées , on écarte les deux lanières de la bande de manière à étendre ses deux chefs, l'un en haut, l'autre en bas de la jambe; on ouvre un peu le robinet , et le liquide s'écoule sur toute la surface malade. J'obtiens de ce moyen que j'ai employé la première fois pour combattre Y eczéma rubrum, des résultats fort remarquables. L'inflammation cède rapidement et ramène en quelques jours l'eczéma aigu à sa période stationnaire. Mais il ne peut être employé qu'en été, sur des personnes en bon état de santé et chez lesquelles on n'a pas à craindre l'influence d'une réfrigération. Au surplus, on peut modifier son emploi et dans la température de l'eau et dans la durée de l'écoulement.
Quant aux applications locales permanentes, elles peuvent être aqueuses, mucilagineuses ou pulvérulentes. A cet égard, l'expérience apprend, sans qu'on puisse le reconnaître à l'avance, que tel eczéma à l'état aigu se trouvera fort mal des émollients aqueux ; qu'alors les corps pulvérulents calmeront parfaitement l'état aigu, et vice versé. C'est une première observation à faire. Il est constant qu'un cataplasme, fùt-il placé dans les meilleures conditions, peut singulièrement augmenter et l'inflammation de l'eczéma et son étendue , tandis que la poudre d'amidon va faire céder l'état inflammatoire avec une rapidité extrême. Tel eczéma ne pourra jamais supporter un corps gras, fût-ce lé plus onctueux, 61 il se trouvera très bien des corps liquides émoi-
lients, résolutifs ou autres. J'ai signalé ce fait d'observation depuis plusieurs années : il a une utilité réelle au point de vue thérapeutique. Les compresses d'eau de sureau, d'eau de guimauve, les cataplasmes, notamment ceux de fécule de pomme de terre bien lavée, car les cataplasmes de farine de graine de lin sont presque toujours moins tolérés ; la poudre d'amiclon tamisée mise en couclie légère , enfin les bains généraux émollients (voy. Formulaire, Bains) : telle est la médication générale et locale propre à combattre l'état aigu , et dont il ne faut pas se départir avant qu'il soit détruit. On peut y joindre l'usage de quelques laxatifs.
Période d'arrêt ou stationnaire . — Il y a lieu de continuer encore le traitement émollient pendant quelque temps et jusqu'à l'apparition des furfures adhérents ; mais c'est à cette époque qu'il faut commencer le traitement général au point de vue de la cause prédisposante. Existe-t-il quelque liaison de l'état eczémateux avec le tempérament lymphatique , prescrire les sulfureux, les ferrugineux (voy. Médication sulfureuse) et les amers. L'eczéma est-il le reflet de quelque irritation gastrointestinale? la combattre par des moyens appropriés. Y a-t-il eu suppression d'un exutoire habituel , le rétablir, mais sous une forme qui ne ramène pas l'eczéma, et à cet égard un cautère est moins propre à développer cette maladie qu'un vésicatoire.
De toutes les médications générales dont l'expérience a consacré les bons effets, celles par l'iodure de soufre, et le soufre en nature, l'orme pyramidal et l'arsenic, comptent le plus de succès. L'iodure de soufre a été préconisé pour la première fois par le docteur Escobar , médecin espagnol ; nous l'employons souvent et nous le donnons à la dose de 5 à 10 centigrammes par jour. Cette substance est très altérable à l'air, et ainsi décomposée elle est sans effet; c'est une circonstance dont il faut, tenir compte, car ce médicament est peu employé en médecine, et il est commun de le trouver chez les pharmaciens à l'état de décomposition. C'est aussi pour obvier à cet inconvénient que je formule les pilules d'une manière toute spéciale, qui
permet de les conserver; je les lais encore envelopper pour plus de sûreté. (Voy. Formulaire, art. Pilules.) Je commence par une pilule matin et soir avec une tasse de tisane amère ; j'augmente d'une pilule tous les six jours, de manière à arriver à quatre pilules par jour. — La médication par l'orme pyramidal avait été totalement abandonnée depuis cinquante ans, et cependant ce médicament, vanté dans les siècles précédents comme étant propre à combattre les maladies cutanées, eut une grande vogue. J'ai voulu savoir s'il justifiait réellement sa réputation, et il y a six ans, après des essais très probants à cet égard, j'ai donné la formule d'un sirop que j'emploie principalement lorsque avec l'eczéma il y a prédominance du tempérament lymphatique. 11 y a dans l'orme une énorme quantité de tannin uni à une matière mucilagineuse abondante, celle-ci est inutile. M. Crosnier, pharmacien à Paris, suit pour les préparations de mon sirop un procédé qui en opère la séparation sans nuire en rien à la composition de la matière extractive de l'écorce d'orme Voici en quoi il consiste : On fait macérer 500 grammes d'écorce dans un litre d'alcool, on laisse pendant quarante-huit heures en contact ; on décante l'alcool, puis on fait avec l'écorce et de l'eau une décoction. On distille l'alcool pour en obtenir la matière extractive qu'il a enlevée à l'écorce et on la réunit au décoctum que l'on amène à l'état sirupeux pour faire 1000 gram. de sirop. C'est probablement en raison du tannin que cette écorce agit. (Voy. Formulaire, Sirop d'orme.) Je fais prendre ce sirop par cuillerées à bouche, une le matin, une le soir; j'augmente tous les trois jours d'une cuillerée à bouche par jour, de manière à arriver jusqu'à six cuillerées, trois le matin, trois le soir, dans une tasse de tisane amère. Ce traitement doit être administré pendant six semaines à deux mois. Quant à la médication arsenicale, comme elle est plus spécialement applicable aux affections squameuses, nous renvoyons ses formules et son mode d'administration à l'histoire de ces affections. (Voy. Psoriasis.)
Période décroissante. — Dans cette période de l'eczéma déjà.
'-56 Pathologie spéciale.
la médication générale qui a été prescrite commence à agir, car ce n'est jamais qu'après quinzejours ou trois semaines qu'un médicament interne rellète ses ell'ets à l'extérieur ; il y a ici deux indications spéciales à remplir : emploi des résolutifs sur l'eczéma, dérivation par les purgatifs sur le canal intestinal. Eu hiver, où les purgatifs sont facilement supportés, je purge mes malades affectés d'eczéma deux fois la semaine; mais chaque fois une purgation douce, deux à trois verres d'eau de Sedlitz à 30 grammes, suivant les sujets. Je préfère dans ce cas les purgatifs salins à tous les autres. L'huile de ricin débarrasse l'intestin sans stimuler la membrane muqueuse; les purgatifs drastiques ont pour beaucoup de personnes l'inconvénient d'amener une constipation souvent opiniâtre après leur emploi. Tout cela est d'ailleurs soumis aux idiosyncrasies.
Quant aux résolutifs à mettre localement en usage, c'est ici le lieu de rappeler la remarque que nous avons faite à l'égard des eczémas qui ne peuvent supporter les corps gras. Dans la période aiguë on les remplace par l'amidon en poudre , mais dans la période décroissante il est très difficile de trouver des résolutifs pulvérulents. A cet égard nous ne connaissons que la poudre de tan et celle de vieux bois. Nous avons souvent fait des essais dans le but d'associer l'alun , l'oxyde de zinc à ces poudres , afin d'augmenter leur action, mais quelle que soit la dose qu'on y incorpore , quelque tamisé que soit l'alun , on ne peut pas empêcher qu'il se trouve à nu et directement en contact avec la surface eczémateuse, et là où se trouve la molécule d'alun ou d'oxyde de zinc, elle est irritante au lieu d elre résolutive, parce qu'elle n'est pas enveloppée, comme cela a lieu dans une pommade. Nous sommes descendu à 1/3000" d'alun dans de l'amidon, et nous sommes arrivé par ces mélanges ou à des résultats nuls quand ils étaient trop étendus, ou à des résultats fâcheux comme trop irritants.
Dans ces sortes d'eczémas nous remplaçons des résolutifs pulvérulents par des résolutifs aqueux : l'eau vinaigrée, excellent sédatif et résolutif calmant les démangeaisons; l'eau alunée,
l'eau saturnée, la solution de sublimé (voy. Formulaire, Lotions, à l'alun, n° 2 ; au vinaigre, n° 1 ; au sous-acétate de plomb, n° 1 ; au bidhlorure d'hydrargyrè, n° 2). Les lotions à l'alun etau sousact tate de plomb sont moins actives que la lotion au sublimé. On peut d'ailleurs essayer l'emploi des unes et des autres pour juger de celle qui réussit le mieux. Le plus généralement nous nous servons d'une solution d'alun ou de sous-acétate de plomb au 300e et d'une solution de sublimé au 2500e. Ce qu'il faut surtout prescrire, c'est de faire laver les linges ou les renouveler ; par suite de l'évaporation de l'eau, ils se chargent de sels, et ils finissent par contenir une solution très concentrée au lieu d'une solution faible.
Lorsque l'eczéma ne reçoit aucune influence désagréable des corps gras , on peut alors varier les pommades, dans la composition desquelles on fait entrer deux sortes de substances propres à remplir deux indications différentes : 1° la résolution de l'eczéma; 2" la cessation de la démangeaison. Sous le premier rapport, on incorpore à l'axonge l'oxyde de zinc ou la ealamine , qui n'est autre chose que l'oxyde de zinc naturel, le tannin, le sous-nitrate de bismuth, le sous-acétate de plomb, mais on y ajoute comme moyen sédatif le camphre ou le chloroforme ; tous deux calment en effet la démangeaison d'une manière marquée, mais le second plus encore que le premier. 11 est vrai que l'effet du chloroforme est moins soutenu que celui du camphre. (Voy. Formulaire, Pommades, à ces diverses substances.)
Quelques praticiens , .et j'avoue que dans certaines circonstances je suis de ce nombre, emploient l'huile de cade et le goudron en pommade. Mais ces pommades sont généralement trop actives quand il s'agit d'un eczéma qui parcourt simplement ses périodes ; elles deviennent utiles lorsqu'il s'agit d'eczémas anciens où la sensibilité de la peau permet le contact de moyens modificateurs résolutifs, mais assez excitants, quoiqu'ils oient employés à très faible dose. C'est surtout dans la variété d'eczéma psoriasiforme qu'elles réussissent. (Voyez à cet
égard nos formules, Pommades à ces deux substances, ir 1 pour chacune d'elles.)
Quand l'eczéma suit une marche décroissante progressive, on peut arriver à la guérison à l'aide de ces seuls moyens; mais on la favorise singulièrement par l'emploi de l'huile de cade préconisée par M. Serre, d'Alais, et que nous avons le premier essayée sur une grande échelle. {Bulletin de thérapeutique, février 1849.) Il faut à cet égard observer trois conditions essentielles : 1° L'huile de cade doit être pure; or, dans le commerce on délivre fréquemment de l'huile distillée de goudron au lieu d'huile de cade. Nous avons reconnu que, quoique produisant un bon effet, cette huile avait moins d'efficacité que l'huile de cade. L'odeur peut tromper des personnes peu exercées, mais la couleur ne saurait induire en erreur. L'huile de cade, en apparence brune, est d'un reflet rouge vif par la lumière; l'huile de goudron est noire et d'un reflet brunâtre. A Paris même , sur vingt pharmaciens il y en a quinze qui délivrent de l'huile distillée de goudron pour de l'huile de cade. 2° Elle ne doit être employée que tous les trois jours. 3° Il faut l'étendre sur la surface malade, mais essuyer aussitôt avec du coton sec, de manière qu'il reste appliquée la couche la plus faible possible d'huile. A cet égard, l'expérience nous a appris qu'en plus grande proportion l'huile de cade devenait excitante.
Mais ce moyen n'est bon que dans la période de résolution et pour terminer l'eczéma. Employé plus tôt, on joue quitte ou double, on guérit ou l'on exaspère, et dans ce dernier cas on transforme un eczéma qui se serait terminé plus tard en quelques jours en un eczéma chronique rebelle, difficile à guérir ensuite. Il est bon de savoir que l'effet essentiel de cette huile c'est de supprimer la sécrétion morbide ; de Là le danger de son usage dans la période aiguë et dans tous les cas où l'on a à craindre quelque répercussion.
C'est ici le lieu de parler de quelques agents préconisés dans ces derniers temps comme propres à guérir très rapidement même l'eczéma aigu. D'abord je n'aime pas tout moyen qui
supprime brusquement une sécrétion cutanée, quelle qu'elle soit ; cette pratique a l'inconvénient grave de compromettre dans certains cas la santé et la vie des malades. C'est une véritable, ou au moins ce peut être une véritable répercussion que l'on opère; ensuite ces moyens n'ont pas l'efficacité qu'on leur a donnée, et comme peu de médecins savent établir d'une manière précise le diagnostic d'une maladie de la peau, je crains bien qu'il n'ait été commis quelque erreur h cet égard. Quoi qu'il en soit, on a proposé le collodion dissous dans l'éther et la dextrine dissoute dans l'alcool, ces deux substances étant étendues par couches sur la surface eczémateuse deux ou trois fois par jour. Aussitôt étendu , l'alcool ou l'éther s'évapore , et la peau se trouve enduite d'une couche gommeuse très dure qui enferme la jambe du malade comme dans une botte , la serre et la comprime. Il n'y a rien d'exagéré dans cette narration. Voici une expérience que M. Demarquay a faite pour la première fois, et que tout le monde peut répéter. Que l'on applique autour d'un doigt ou autour du poignet sain une couche de collodion sous forme de bracelet, et qu'on la laisse sécher clans l'immobilité, la constriction deviendra bientôt tellement forte, que l'on sera obligé de dissoudre immédiatement le collodion pour éviter la douleur qui en résultera.
Or, voici ce qui arrive pour l'eczéma : l'enveloppe de collodion s'oppose à la sortie de la sérosité ; la peau se tuméfie; le peu de sérosité sécrétée passe à l'état purulent, et forme sous le collodion une surface suppurante dans laquelle la peau est plus profondément affectée, de sorte que nous avons dû renoncer à ce moyen.
Tel est le traitement de l'eczéma dans ses conditions les plus simples, en y ajoutant l'usage que l'on peut faire de bams rendus légèrement résolutifs vers la fin du traitement. (Voy. Formulaire, Bains alunés.) Mais, d'une part, nous avons signalé des formes spéciales plus rebelles ; d'une autre part, 1 eczéma se présente le plus souvent au médecin avec une marche chronique, parce que les malades tard en I trop à réclamer
des soins, et que d'ailleurs on a pu voir que l'eczéma débutait ainsi dans certaines saisons de l'année. Nous allons faire connaître cette thérapeutique spéciale sous forme de propositions.
Lorsque l'eczéma est général, en ce sens qu'il en existe des plaques plus <>u moins larges sur les diverses parties du corps, il réclame essentiellement une médication générale interne. Les bains généraux émollients, résolutifs, et surtout les bains de vapeur à une douce température, doivent aussi jouer un grand rôle clans le traitement. Il est quelquefois utile de modifier la vitalité du tissu par des bains excitants, tels que les bains alcalins ou les bains sulfureux. (Voy. Formulaire, Bains.)
L'eczéma nummulaire, qui est toujours disséminé, réclame les mêmes moyens, et vers la fin du traitement il faut en général toucher deux ou trois fois, à quatre ou cinq jours d'intervalle, les surfaces malades avec la solution de nitrate d'argent n° 1. (Voy. Formulaire.) Nous appliquons ce dernier précepte a Y eczéma unisquamosum et à tous les eczémas localisés, notamment celui du mamelon , du nombril et des bourses.
L'eczéma du cuir chevelu est essentiellement lié au très jeune âge. Il veut être respecté pendant fort longtemps ; il ne réclame que des soins de propreté, des lotions de sureau, de guimauve, de graine de lin; il ne faut pas couper les cheveux ; ne mettre de cataplasmes que pendant un temps fort court et souvent même s'en abstenir. Nous avons vu nombre d'accidents , et des accidents cérébraux surtout, survenir par l'application intempestive de moyens de ce genre ; c'est assez dire que nous proscrivons toute pommade résolutive. Il y a plus, quand 1 eczéma tend naturellement à décroître, il est convenable de purger l'enfant par des minoratifs très doux et de lui appliquer un vésicatoire au bras. Il faut dans cette maladie que le médecin soit sourd aux instances des parents et qu'il ne cède pas aux désirs d'une mère qui craint de voir la figure de son entant envahie par cette maladie. C'est là un exutoire naturel dont il faut se borner à enlever l'intensité.
Veczema rubrum veut essentiellement l'emploi des irrigations
lic/.HMA. 259 d'eau froide que nous avons conseillées; mais avant de les mettre en usage, il faut s'assurer que le malade les supportera sans aucun inconvénient.
Dans les formes très rebelles, et en général elles sont limitées à une surface peu étendue, il ne faut pas craindre de modifier entièrement la vitalité du tissu morbide. Il semble en effet que dans ces sortes de cas la maladie est devenue un second état de nature. Les charlatans réussissent dans ces circonstances beaucoup mieux que les médecins. D'abord on ne va les trouver qu'après avoir épuisé les ressources de la médecine, et ils n'emploient jamais que des moyens qui causent une surexcitation de la partie malade, qui en change la vitalité. Ici c'est une pommade à l'oxyde rouge de mercure; là une pommade qui a pour base le sulfate de cuivre, comme la pommade de Kunkel.; ailleurs ce sont des lotions et frictions alcalines. Un moyen de ce genre nous a été proposé comme étant employé avec beaucoup de succès par M. Hébréard, de Berlin, chargé du service des maladies de la peau. Il consistait à frictionner tous les matins la surface eczémateuse avec une solution alcaline au quart de carbonate de potasse. Cette friction se faisait avec la main trempée dans cette solution. Le malade éprouvait de la cuisson, la peau rougissait, sécrétait d'abord de la sérosité, puis fournissait une pluie de sang. Nous avons comparé les résultats de ce traitement sur les mêmes malades atteints d'eczéma aux deux jambes avec l'emploi de l'huile de cade, et l'avantage est encore resté à l'huile.
U est un moyen que nous employons depuis sept ans (Bulletin de thérapeutique, mars 1846) et que nous avons appliqué aux eczémas variqueux plus spécialement, et qui nous réussit à merveille : ce sont des bandages dextrinés. Nous ne mettons autre chose sur la surface eczémateuse qu'une compresse trempée dans une solution aqueuse contenant 125 grammes de dextrine pour 1000 grammes d'eau sans addition d'alcool. (Voy. Formulaire, Lotions.) On trempe une bande roulée de k a 5 centimètres de largeur dans cette liqueur, et on l'applique
méthodiquement comme un bandage roulé ordinaire; on l'arrose ensuite et on laisse sécher peu à peu. La partie malade doit être contenue et non pas serrée ; une fois sèche, on ne renouvelle ce bandage que quand il s'élargit et que les bandes tendent à se défaire, c'est-à-dire vers le quatrième ou le cinquième jour. Le malade peut prendre quelque exercice, il n'a pas besoin de bains, et la guérison est en général très prompte.
Un autre moyen que je mets en usage dans un cas assez analogue, c'est celui des ulcères eczémateux, c'est-à-dire dé ces eczémas des jambes au centre desquels existe une ulcération. Je les fais panser avec des bandelettes de diachylon circulairement appliquées , comme dans le bandage anglais , depuis le bout du pied jusqu'au-dessus de la surface eczémateuse; ces bandelettes sont étroites et se superposent régulièrement.
Eczémas composés.
Nous en avons admis quatre espèces : impétigineux, licliénoïde, lier péti forme, psoriasi forme. Nous aurions dû peut-être renvoyer l'histoire de ces eczémas à celle de Yimpétigo, du lichen, de Y herpès et du psoriasis, car il faut connaître ces quatre maladies pour voir les points de contact que la forme eczémateuse peut avoir avec elles. Mais l'eczéma impétigineux est tellement lié à l'eczéma quant à ses causes, sa forme, sa terminaison et sa thérapeutique, que nous faisons ici une exception à son égard.
Eczéma impétigineux. — Cette forme d'eczéma est aussi commune que l'eczéma simple, et tandis que celui-ci affecte de préférence l'adolescence, l'âge adulte, l'eczéma impétigineux se montre plus souvent dans l'enfance ; c'est même, en fait de maladies de la peau, une des plus communes à cet âge.
Cette forme morbide composée débute avec ses caractères de forme complexe : elle apparaît comme l'eczéma, avec une rougeur ponctuée de points plus foncés et des vésicules peut-être un peu plus larges, qui sécrètent aussitôt de la sérosité purulente ; mais celle-ci, au lieu de s'écouler limpide, en mouillant les
ECZEMA ÎMI'ETIGINEUX. 261
linges qui recouvrent la surface malade, a une grande tendance à se concréter et à former des croûtes d'un gris jaunâtre qui ne sont pas franchement jaunes comme les croûtes d'impétigo. Contrairement à l'eczéma, il n'est pas accompagné d'autant de démangeaisons ; et tandis que dans l'eczéma il est des malades qui ne peuvent pas résister h cette sensation, dans l'eczéma impétigineux il en est peu qui s'en plaignent d'une manière très notable. Ajoutons que l'eczéma n'affecte en général qu'une surface très limitée sur un point donné du corps, tandis qu'il n'est pas rare de voir l'eczéma impétigineux beaucoup plus disséminé. L'eczéma gagne peu en surface, en étendue ; X eczéma impétigineux offre une tendance opposée, et il n'est pas rare de voir des enfants qui en ont la presque totalité du corps recouverte. Enfin l'eczéma impétigineux affecte la peau plus profondément que V eczéma simplex, aussi la voit-on un peu épaissie et ne plus être tout à fait de niveau avec la peau saine. C'est qu'elle se rapproche des affections pustuleuses qui ont en général un point de départ plus profondément situé.
Cette maladie est très commune en automne et en hiver. L'eczéma paraît plus souvent en été. Elle a une période aiguë généralement moins longue, et en arrivant à la 'période stationnais elle forme des croûtes plus ou moins épaisses. Enfin l'eczéma impétigineux est plus facile à guérir que l'eczéma simple.
Il est peu de maladies où le tempérament lymphatique ne puisse être plus indiqué comme cause prédisposante et comme entretenant cette affection. A cet égard, la statistique nous démontre cette prédominance de tempérament : j'appelle toute l'attention des médecins sur cette circonstance. Ce doit être, suivant nous, la base du traitement général qu'il y a lieu de mettre en usage.
Notons maintenant quelques particularités de détail. Nous avons dit que l'eczéma impétigineux était très fréquent dans le jeune âge, c'est alors une des croûtes de lait. Il envahit la totalité ou une partie seulement du cuir chevelu; dans cet état il reste souvent stationnaire , produisant des croûtes épaisses et
262 v.miOLouiE spéciai.k.
sèches qui tombent de temps en temps et qui finissent par amener la chute des cheveux. Avec l'âge, et quand l'enfant prend du développement, ces croûtes tombent peu à peu et ne sont pas sensiblement remplacées. Il en est cependant de limitées qui restent là indolentes pendant trois, quatre, six et sept ans. Nous avons vu Une croûte de ce genre que la mère avait conservée à sa pétite fille jusqu'à l'âge de neuf ans, sur le côté du front et à la naissance des cheveux, qui en étaient tombés. Cette croûte était si ancienne qu'elle avait fait une dépression considérable qui constituait une véritable difformité. Nous la fîmes détacher à l'aide d'un cataplasme et la peau se trouva presque saine.
Mais quand l'eczéma impétigineux débute vers l'âge de cinq à sept ans à la tête, il n'est pas rare de le voir envahir la figure, le corps, les membres, de manière que ces enfants soient recouverts d'une croûte séro-puridente sécrétant plus ou moins, et qui les rend hideux d'aspect; très souffrants, parce qu'ils ne peuvent exécuter de mouvements sans arracher une portion de ces croûtes : ainsi c'est là une affection fort douloureuse, et qui dans certains cas n'est pas sans dangers. La suppuration abondante qui se montre alors affaiblit l'enfant ; la souffrance lui enlève l'appétit , et si l'on ne calme cet état par des soins bien entendus, on peut avoir parfois un résultat fâcheux.
Cette affection a de la tendance à passer à l'état chronique ; elle, ne suit d'ailleurs pas une marche absolument uniforme : mais quand l'eczéma impétigineux est traité rationnellement, il a beaucoup plus de tendance à guérir que l'eczéma. Cela tient à sa forme morbide ; on verra, en effet, que l'impétigo, affection pustuleuse et purulente de laquelle l'eczéma impétigineux se rapproche, suit en général une marche régulière et se guérit facilement. Mais si l'eczéma impétigineux affecte la forme chronique primitivement, ou s'il est mal soigné au début, il se perpétue à la manière de l'eczéma.
Les moyens locaux sont en fait de thérapeutique à peu près les mômes que ceux indiqués pour l'eczéma ; mais les résolutifs
PITYRIASIS KUBRA . 263
sont mieux tolérés. On peut aussi employer avec avantage les pommades à la Heur de soufre. (Voy. Formulaire, Vomwms). Il en esl de même à l'égard des bains sulfureux légers. Quant au traitement interne, c'est ici le cas de prescrire les amers, les antiscorbutiques , le soufre à l'intérieur, le fer, le sirop d'orme pyramidal (voy. Formulaire, ces diverses préparations), et une alimentation substantielle. Les bains de vapeur conviennent peu dans le traitement* de cette maladie;. il en est de môme des préparations arsenicales, qui doivent en général être proscrites.
'Eaux minérales. — Nous n'avons pas fait mention d'eaux minérales quand nous avons traité de l'eczéma : c'est ÉjÛ'à part les eaux de Louesche, nous en connaissons peu qui le guérissent. 11 n'en est pas de même de l'eczéma impétigineux : toutes les eaux sulfureuses en procurent en général la guérison quand la maladie a une forme chronique. Celles des Pyrénées sont surtout recommandées par nous pour deux motifs : le premier est dans leur nature, le second est dans le climat qui modifie très heureusement la constitution. Ces eaux ne doivent être prises à l'extérieur qu'en bains , les douches exaspéreraient inutilement le mal, et en boissons à l'intérieur ; il faut toujours commencer par des eaux coupées ou par des sources faibles. A défaut des eaux de Baréges, Cauterets, Bagnères-dc-Luchon, nous conseillerons Enghien ou même Aix-la-Chapelle. Quant à Aix en Savoie, la manière dont on les y administre cause souvent plus de mal que de bien. On n'y a affaire, en général, qu'à des rhumatisants, et l'on y prend des bains beaucoup trop chauds et trop énergiques.
Pityriasis rubra.
Je place auprès de l'eczéma l'histoire de ce'te maladie, à cause des difficultés de diagnostic qu'elle présente et de sa grande analogie de forme avec cette affection. Cette ressemblance est si frappante, que tous les jours il se commet des erreurs à cet égard par des personnes habituées a voir des maladies de la peau .
D'une autre part, les dermatologistes ont presque passé sous silence cette maladie, et cependant c'est la seule affection qui, avec le psoriasis aigu, puisse envahir à la fois toute la surface de la peau du corps de l'homme. Ce sont les motifs puissants qui m'ont fait séparer le pityriasis rubra aigu de l'histoire des diverses espèces de pityriasis. Il n'y a d'ailleurs aucune analogie de forme et de traitement entre les variétés de pityriasis alba, versicolor, nigra, et le pityriasis rubra aigu.
Cette maladie ne se montre guère que vers l'âge de quarante à quarante-cinq ans, c'est-à-dire vers l'âge critique et au delà ; on l'observe plus souvent chez la femme que chez l'homme.
Elle apparaît à la peau indistinctement sur une partie quelconque du corps , mais principalement à la partie antérieure du tronc et à la partie interne des membres. C'est par une rougeur à forme érythémateuse qu'elle se montre. Mais cette rougeur a cela de particulier qu'elle est dès l'abord vive et foncée, uniformément colorée et à bords très arrêtés, de manière à faire contraste sur ses bords avec la peau saine. Puis la rougeur s'étend et prend une couleur plus foncée, la peau s'épaissit, devient humide, et il se forme des squames épidermiques qui se détachent au moindre frottement. Il y a sensation de chaleur, de cuisson, de démangeaison même. Peu à peu, et dans un espace de temps assez court, la rougeur s'élargit , le suintement augmente, les lames épidermiques deviennent de plus en plus larges et continuent de se détacher.
Si l'éruption cutanée est un peu forte , on voit en quelques jours une large surface de la peau envahie, et il n'est pas rare que dans un espace de temps variable entre quinze jours et un mois toute la peau soit malade, depuis le sommet de la tête jusqu'à l'extrémité des pieds. C'est la seule affection qui puisse ainsi envahir toute la surface de la peau sans laisser d'espace où celle-ci soit saine. De sorte qu'en raison de la rougeur, de l'épaississement de la peau et du léger gonflement du tissu cellulaire, le malade semble avoir pris du volume, et est aussi uniformément rouge qu'il est possible de l'être. Alors aussi la
PITYRIASIS HUBH.V. 265 peau donne lieu à une exsudation semblable à de la sueur ; cette exsudation est assez abondante pour que le malade change de chemise deux ou trois fois dans la nuit. Mais cette sorte de sueur, tout en empesant le linge, ne le colore pas en gris noirâtre, ainsi que le fait la sérosité de l'eczéma. Il se forme aussi quelques lames épidermiques très minces qui se détachent en assez grande abondance durant la nuit. Plus tard et lorsque la sudation a diminué, lorsqu'elle a été remplacée par des lamelles épidermiques, il n'est pas rare de voir des malades qui, le matin, ramassent dans leurs draps de quoi remplir un, deux et même trois litres de ces squames. Et cependant quelques uns de ces malades ont encore transpiré pendant la nuit ; mais il faut que toute la peau soit entreprise et que l'affection dure depuis un mois ou six semaines.
On comprend tout de suite qu'une maladie dans laquelle on trouve la peau enflammée, sécrétante, avec chaleur et démangeaisons, puisse être confondue avec l'eczéma. Voici quelles en sont les différences. Dans l'eczéma, la peau est rouge, mais d'un rouge plus vif, et cette rougeur, quelque intense qu'elle soit, se perd insensiblement avec la peau saine ; dans le pityriasis, cette rougeur est nettement tranchée d'avec la couleur naturelle de la peau. La rougeur peut envahir la totalité de la peau dans le pityriasis rubra ; jamais dans l'eczéma général la totalité de la peau n'est affectée, il reste toujours des portions de peau saine. Dans l'eczéma, la peau n'est pas sensiblement épaissie; elle l'est toujours dans le pityriasis rubra; le tissu cellulaire souscutané est un peu tuméfié. La démangeaison est beaucoup moins vive dans cette dernière affection, mais elle est remplacée par une chaleur brûlante et très sensible à la main. La sécrétion n'est pas non plus la même : tandis que l'eczéma fournit une sérosité qui tache le linge en gris roussàtre et l'empèse, le pityriasis rubra donne une sorte de sueur qui empèse le linge, mais qui ne le salit pas sensiblement. Dans l'eczéma, à sa dernière période, il se forme des écailles épidermiques, mais seulement à sa période décroissante. Dans le pityriasis
266 PÀTËÔLÔGiE SPÉCIALE.
rubra aigu, ces écailles se produisent même dans les premiers jours de la maladie; elles ne sont pas adhérentes, on les enlève comme oil veut ; elles se détachent par les mouvements des malades clans le lit, tandis que dans cette troisième période de l'eczéma elles adhèrent' dans les dix-neuf vingtièmes de leur surface et paraissent à pehlfe détachées à leur circonférence : on ne saurait d'ailleurs les enlever sans causer de la douleur âlix malades. Enfin la peau n'est pas ponctuée, piquée de points rouges et sécrétants dans le pityriasis rubra aigu , ce qui s'observe dans l'eczéma aigu.
Ces caractères explorés avec soin établiront des différences notables entre ces deux maladies dont le diagnostic exige quelque soin. • Celte maladie est aussi tenace et quelquefois plus difficile à guérir que l'eczéma ; quand elle a fait de grands progrès, quand elle a envahi la plus grande surface du corps , elle sécrète et donne des lames épidermiques pendant des mois entiers : il en résulte que la formation de cette production morbide affaiblit les forces du malade, l'amaigrit en même temps que la ténacité de l'affection porte atteinte à son moral et à ses forces digestives. Il est aussi très commun de voir se montrer de la diarrhée qui vient concourir au même résultat. C'est surtout chez les personnes âgées que cet épuisement se fait sentir.
Et puis, quand la maladie diminue, quand la guérison parait prochaine , il n'est pas rare de la voir récidiver avec plus ou moins d'intensité. Il y a plus, il est rare qu'elle se termine sans récidiver durant le cours de son traitement.
La période décroissante est toujours annoncée par la diminution de la sécrétion et de la chaleur : l'une et l'autre cessent, mais la production épidermique continue. Aussi existe-t-il deux périodes distinctes dans cette affection: celle de l'acuité, celle de décroissance. Dans la période d'acuité le malade brûle dans son lit, il ne peut supporter qu'un drap, même en hiver ; aussi .•este-t-il avec beaucoup d'avantage pendant deux ou trois heures dans le bain sans en être affecté.
Si le pronostic du pityriasis rubra n'est pas en général grave,
IMTYUIASIS IU'BRA. 267
ir peut l'être chez les personnes débilitées et âgées ; mais il est fâcheux en raison de la persistance de l'affection d'une part, de l'autre en raison de l'une de ses complications. Sous le premier rapport on peut dire que lorsque l'on ne saisit pas le moment où l'aflec'.ion entre en voie de résolution, pour favoriser cette période par des moyens appropriés, on risque fort de la voir passer à l'état chronique; et ce ne sont plus alors des mois pendant lesquels elle persiste, ce sont des années, durant lesquelles les malades sont clans des alternatives de mieux et de mal, heureux quand l'appétit se soutient, quand la nutrition s'opère ; quand ils ne sont pas très impressionnés par la saison froide ; qu'il ne s'établit pas de répercussion, qu'il ne se montre pas de diarrhée; car alors celle-ci est difficile à arrêter, l'amaigrissement survient, le moral perd de sa vigueur, le malade se débilite peu à peu, s'affaisse et finit par succomber.
En fait de complication, il en est une des plus graves, c'est le cas où le pityriasis rubra se transforme en pemphigus. On en trouvera deux exemples à la fin de cet article. Les cas n'en sont pas aussi rares qu'on pourrait le penser. C'est surtout sous des influences morales pénibles que cette complication survient, et alors elle entraîne toutes les fâcheuses conséquences du pemphigus. On voit alors la maladie prendre un tout autre aspect. Ce n'est ni le pityriasis rubra proprement dit ni le pemphigus; on ne s'aperçoit pas des larges bulles qui peuvent se développer ; la sécrétion qui s'établit n'est plus franchement séreuse comme dans le pemphigus : c'est une sécrétion muqueuse, filante, d'une odeur fade, nauséabonde, qui se transforme en larges écailles beaucoup plus épaisses que celles du pityriasis, et forme des espèces de croûtes squameuses qui se détachent dans de larges surfaces et mettent à nu le corps muqueux d'un rouge foncé, lubrifié de mucosités. En même temps le malade devient très impressionnable au moindre froid, et suivant que la sécrétion est plus ou moins abondante, il en résulte un amaigrissement proportionné. On comprend dès brs quelle gravité Vient s'ajouter à l'état préexistant ; les jours du malade Font
souvent uns en danger, et quoi qu'il arrive, la maladie a toujours une longue durée.
Quant au traitement, les bains prolongés et répétés tous les jours , durant la période aiguë du pityriasis rubra ; l'usage du saindoux appliqué plusieurs fois par jour sur la peau, car il ne faut guère songer à des cataplasmes , à moins que les surfaces affectées ne soient suffisamment limitées ; l'amidon en poudre, les tisanes rafraîchissantes, tels sont, avec les bains de vapeur dans quelques cas, les seuls moyens à employer jusqu'à ce que la période aiguë soit tombée.
A cette époque, on peut, si les forces du malade le permettent, employer à l'intérieur les préparations arsenicales. Je ne connais que cette médication capable de vaincre l'affection ; mais dans beaucoup de circonstances on en est réduit à soutenir, au contraire , les forces des malades et à employer des moyens externes.
C'est avec l'huile de cade ou le goudron que l'on peut composer des pommades utiles. (Voy. Formulaire, Pommades, n° 1 de ces deux substances.) Il faut y joindre les bains alunés d'abord ; puis, lorsque l'irritation est fortement tombée, que la maladie est à son déclin, prescrire les bains de sublimé à h gram. d'abord, et en augmentant tous les trois ou quatre bains de 2 grammes , de manière à arriver à 8 grammes. Il n'y a pas lieu de craindre des accidents mercuriels : la peau enflammée n'absorbe que peu ou point. Enfin, on se trouve bien de l'usage de l'huile de cade , promenée tous les deux ou trois jours sur les surfaces malades, à la condition de n'y laisser que l'huile qui , après le frottement avec du coton sec , peut rester adhérente. Voici les deux exemples de pityriasis pemphigoïde dont je parlais tout à l'heure.
La nommée H..., âgée de soixante et un ans, est entrée dans notre service le 3 février 1853. Elle avait depuis trois ans un ulcère de peu d'étendue à la jambe, 4 5 millimètres environ, mais suppurant constamment. Il y a deux mois et demi, cet ulcère a cessé brusquement de fournir du pus. Quelques jours après, en même temps qu'un état de malaise général, il s'est manifesté des rougeurs à la peau sur diverses
PITYRIASIS UUlilU.
parties du corps avec chaleur, démangeaison , sécrétion , et formation d'écaillés squameuses. Elle prit peu de soin de son état, qui fit des progrès constants, et à son entrée à l'hôpital on voyait toute la peau avoisinant les parties génitales , le dedans des cuisses, la majeure partie de la surface du ventre, l'intervalle des seins, quelques portions du cou, le pourtour de l'ulcère de la jambe droite, le pourtour d'un vésicatoire qu'elle avait mis au bras gauche, tout cela atteint de rougeurs foncées à limites très tranchées, recouvertes de larges écailles moitié libres, moitié adhérentes. C'était un -pityriasis rubra assez étendu sans être général. Le vésicatoire qui avait été prescrit à la malade était devenu, comme l'ulcère, un centre de fluxion autour duquel le pityriasis avait pris siège. Des pommades avaient d'ailleurs été employées, mais elles avaient exaspéré le mal. — En cet état, nous prescrivîmes une tisane amère, quelques ferrugineux, de l'amidon en poudre sur les surfaces malades. — Vers le quatrième jour de l'entrée, la malade est prise de diarrhée, puis de fièvre à forme intermittente, mais sans stades bien nets et bien tranchés. Cependant le sulfate de quinine arrête la périodicité, mais n'arrête pas complètement la fièvre, ainsi que l'état général de fatigue, de courbature, l'anorexie, etc. Il se développe alors deux érysipèles : l'un dans presque toute l'étendue de la jambe ulcérée, il est léger, se guérit promptement ; l'autre à l'avant-bras gauche et au bras, dans le voisinage du vésicatoire. Cet érysipèle est avec larges phlyclènes ; on le saupoudre d'amidon, il se guérit comme le premier, mais en même temps toute sa surface prend les caractères du pityriasis rubra. — Durant cet espace de temps, de dix à douze jours, pendant lequel un état général fébrile s'est montré, le pityriasis rubra que portait la malade à son entrée a changé de nature. Toutes les surfaces affectées se sont étendues en même temps qu'elles ont sécrété un fluide visqueux d'une odeur fade et nauséabonde ; de sorte qu'au lieu de squames, ce sont des croûtes squameuses qui se détachent dans une large surface, ce qui laisse à nu le corps muqueux suintant, et donne çà et là, tantôt dans un point, tantôt dans un autre, naissance à des sécrétions nouvelles sous forme bulleuse, mais dont les bulles, qui se rompent aussitôt, ont pour enveloppe les squames préexistantes. — Peu à peu l'état général s'est amendé, mais cette femme est vouée par le fait de cette complication à une maladie, et plus longue, et plus grave, dont l'observation suivante présente le tableau.
Au numéro 12 de la salle Saint-Louis est couché le nommé M..., âgé de cinquante-deux ans; il est entré à l'hôpital le 17 juin 1852. Peu intelligent, il rend mal compte de ses antécédents. Sa maladie remonte d cinq ans; il a été fort longtemps traité à l'hôpital de Reims par des bains et des pommades, mais sans succès. Arrivé à Saint-Louis, il portait un pityriasis rubra qui occupait la presque totalité du membre supérieur et inférieur, la plus grande partie du tronc et la figure. Amaigri d'ailleurs par cette affection de longue durée, par un séjour prolongé dans un hôpital ; offrant clans son ensemble peu de force, peu
PATHOLOiiK SI' liCIAI.Ii.
de résistance, je me bornai à un traitement fortifiant, ayant pour base les ferrugineux et le quinquina. Son corps fut saupoudré d'amidon ; il ne prit que peu de bains, car il était très impressionnable au froid. Durant les deux premiers mois, il fut pris à deux ou trois reprises de diarrhée. Vers la fin du troisième mois un état fébrile général se montra, durant lequel son affection, qui ne suintait plus et ne donnait plus que quelques squames rares, prit brusquement un accroissement rapide, et donna lieu aux phénomènes du pemphigus avec celte odeur nauséabonde et cette sécrétion muqueuse qui caractérise cette affection. Depuis celte époque, le malade a eu des intervalles de mieux et de mal, et aujourd'hui, Ier mars 1 853, il est encore recouvert de ces squames croûlemes mélange de pityriasis et do pemphigus, sans que d'ailleurs la maladie se soit étendue. Elle s'est même guérie dans une parlie de sa surface
Voilà donc, clans ces deux cas, une complication qui ne conslilue pas à mes yeux une forme composée primitive comme la généralité des formes composées que je décrirai. Mais c'est là une des complications du pityriasis rubra dont les auteurs cpii m'ont précédé n'ont pas parlé et que j'ai tenu à faire connaître; elle exige d'ailleurs le même traitement.
Herpès (tpnuv, ramper), ignissacer, — erysipelas pustidosum, — zona repens, — zona serpiginosus, — feu de saint Antoine, — dartre phlycténoïde, — herpès phlycténoïde, — ringworm, anneau herpétique, — herpès circinatus, — olophlyctide miliaire, — herpès iris.
Herpès a vésicules extrêmement