‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 52 sur 73 · PLIQUE · texte numérisé non relu

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se dissimule mieux d'ailleurs. — Il est remarquable que le système pileux pousse blanc sur tous les tissus à cicatrice. — Quant au traitement, avouons notre impuissance la plus complète à cet égard.

Plique, trichoma.

On a donné ce nom à une maladie des cheveux et des poils qui est endémique en Pologne, et qui s'y est montrée vers l'année 1285. Cette affection, très commune à cette époque, est devenue de plus en plus rare ; aujourd'hui elle n'affecîe guère que les gens malheureux et malpropres.

Cette affection est précédée de prodromes ou symptômes généraux qui consistent dans du malaise, de l'anorexie, de la fièvre, céphalalgie et douleurs du cuir chevelu, vertiges, envies invincibles de dormir, douleurs dans les orbites , opbthalmie, fièvre ; puis se déclare alors une sécrétion gluante au cuir chevelu qui se développe plus tard aux cheveux mêmes; ceux-ci deviennent douloureux à un tel point, que4e moindre mouvement qu'on leur imprime suffit pour causer de la douleur. Alors les cheveux peuvent se disposer de trois manières différentes : 1° en mèches de cheveux agglutinés et pendantes, plus ou moins longues et flexibles : c'est la plique mâle ou multiforme ; 2° s'intriquer les uns dans les autres sans disposition spéciale : c'est la plique femelle ou vulgaire, plique en masse ; 3° acquérir une croissance et un allongement tout à fait disproportionné au point de ressembler à une queue de cheval : c'est la plique à queue. Mais ce ne sont pas seulement les cheveux qui peuvent être atteints, les poils de la barbe, ceux des aisselles, du pubis, prennent quelquefois une croissance hors de toute proportion, puisque le professeur Kaltschmidt, à Iéna, conservait dans son' cabinet une pièce anatomique représentant le pubis d'une femme dont les pods avaient pris un assez grand accroissement pour pouvoir faire le tour du corps. En même temps les ongles s'épaississent et noircissent.

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La maladie dure ainsi plusieurs mois ou plusieurs années. Dans la généralité des cas, elle s'étend peu à peu, et des cheveux à l'état normal remplacent la chevelure malade ; c'est alors qu'il suffit de couper tous ceux qui sont atteints de la maladie, • pour en être tout à fait débarrassé.

Quant au traitement, on ne connaît que les soins de propreté qui puissent utilement diminuer la durée de cette affection . Ici comme dans la maladie pédiculaire que nous venons de décrire. , la section prématurée des cheveux entraîne les plus grands dangers et compromet l'existence de celui qui en est atteint ; ce qui vient à l'appui des préceptes que nous avons donnés quant au traitement propre à guérir la maladie pédiculaire.

Maladie pédiculaire, phthiriasis.

On donne cette dénomination à une affection de la peau qui, en dehors des phénomènes morbides cutanés, donne lieu à la production de trois insectes différents : le pediculus capitis, le pediculus corporis, et le pediculus pubis. Les deux premiers sont généralement désignés sous le nom de poux de la tête et du corps ; le dernier, sous le nom vulgaire de morpion. Ces trois insectes sont considérés par de Geer, Linné, et d'autres naturalistes, comme n'étant que des variétés du même genre. Mais si l'on a égard à la forme de chacun d'eux, et notamment à celle du pediculus pubis, à son siège tout spécial et toujours constant, à son siège à la base de chaque poil, dont il ne s'éloigne jamais, au mode de piqûre et de sensation douloureuse qu'il produit, on est porté à en faire une catégorie à part; ajoutons qu'il est loin de pulluler à l'instar des poux, et de donner naissance aux sécrétions morbides que les poux déterminent. Nous donnerons donc une description à part de l'affection à laquelle se rattache \e pediculus pubis, et nous réserverons la dénomination de maladie pédiculaire pour l'affection dans laquelle il se produit des poux, soit sur la tête, soit sur le corps. Quant aux caractères communs à ces insectes , ce sont les

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suivants: Insectes aptères, à corps aplati avec enveloppe coriace, diaphane à son centre; téte distincte, ovale ou triangulaire, avec petit mamelon charnu renfermant un petit suçoir ; deuxantennes, deux, petits yeux ronds; corselés, presquecarrés ; six pattes grosses et d'une égale longueur. Ils sont ovipares, leurs œufs portent le nom de lentes ; les mâles ont le bout de l'abdomen arrondi, tandis qu'il est échancré chez les femelles, qui n'ont pas d'aiguillon.

Ceci posé, je crois que les auteurs modernes ont l'ait trop bon marché de la maladie qui nous occupe, tandis que les anciens y attachaient une grande importance.

Il est peu d'affections qui, au point de vue des soins à donner à l'enfance, intéressent plus le médecin. Quoique beaucoup plus commune chez l'enfant, elle peut se rencontrer assez fréquemment dans tous les âges de la vie; mais alors, tantôt elle affecte le cuir chevelu, tantôt le corps.

Elle ne parait pas naître des mêmes causes, suivant qu'elle siège sur ces diverses parties. Dans l'enfance, quelle que soit la propreté dont les enfants sont entourés , il n'est pas rare de voir surgir tout à coup, durant la convalescence d'une maladie ou "après quelques prodromes de malaise , d'inappétence , de lassitude générale, une quantité considérable de poux à la tête.

Si, au contraire, c'est la surface du corps qui est le siège de la maladie, alors la malpropreté, la misère avec toutes ses conséquences, l'ont presque toujours déterminée.

Certes, cette maladie peut se transmettre d'un enfant à un autre enfant , et même quelques dermatologistes très recommandables la considèrent comme ayant toujours cette origine. Telle n'est pas notre manière de voir ; et sans repousser cette transmission qui doit avoir lieu dans beaucoup de cas, nous considérons la maladie pédiculaire de l'enfance comme pouvant être très fréquemment spontanée dans des conditions données de tempérament, de constitution et de vie sociale de l'enfant.

Cette spontanéité, nous l'admettons aussi à l'égard de l'adulte et du vieillard, par cette coïncidence, signalée d'ailleurs par tout

le monde, de la maladie pédiculaire avec la malpropreté et la misère. En cela, nous partageons la manière de voir des auteurs les plus anciens, et les idées plus récemment émises à ce sujet' par Moronval, autrefois médecin de l'hôpital Saint-Louis.

Il est peu d'insectes qui pullulent avec une aussi grande rapidité et en aussi grand nombre. L'observation que nous avons rapportée (page 409) est une preuve évidente de ces deux conditions de développement, en même temps qu'elle démontre la possibilité d'une spontanéité d'origine dans les conditions que nous avons signalées plus haut.

Tous les dermatologistes ont insisté sur cette génération si considérable de poux à la surface de la peau dans quelques cas. Il en est qui ont été plus loin, et qui ont admis la production de ces insectes dans l'épaisseur de ce tissu sous forme de poches ou tumeurs qui se crèvent et mettent au dehors une véritable fourmilière d'insectes. Lieutaud va plus loin encore, et cite les cas d'autopsies qui ont démontré non seulement l'existence de ces poches sous le cuir chevelu, mais encore sous les membranes du cerveau et dans la propre substance de cet organe; en sorte que les poux pourraient s'introduire plus loin que lepulex penetrans, qui se loge constamment dans l'épaisseur de la peau, et qui est pourvu d'organes propres à opérer cette pénétration. Presque tous les auteurs modernes nient ou mettent en doute l'existence de ces poches, et nous ne saurions aller aussi loin que Lieutaud à cet égard ; mais nous avons été à même d'observer ces sortes de productions exceptionnelles , nous avons vu ces tumeurs remplies de myriades de poux: nous nous en expliquons difficilement la formation, mais nous en admettons l'existence sans rien préciser sur leur siège. Se sécrète-t-il une humeur qui se concrète pour former les parois d'une sorte d'enveloppe? La ponte des lentes est-elle sousépidermique? C'est ce que nous ne saurions déterminer ; mais quant aux tumeurs pédiculaires, nous les avons vues.

Rust rapporte qu'il fut appelé en consultation auprès d'un enfant mâle, âgé de treize ans, qui portait sur la tète une très

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grosse tumeur pour laquelle un grand nombre de remèdes avaient été inutilement employés. Cette tumeur, peu élevée, mollasse, sans fluctuation, n'offrait aucune trace d'inflammation. Le malade, qui était dans un état cachectique, se plaignait seulement d'une démangeaison insupportable dans l'intérieur de la tumeur. On y pratiqua une incision : il en sortit une immense quantité de petits poux blancs ; elle ne contenait rien autre chose, et le malade guérit rapidement. G. Heberden, d'après Ed. Wilmot, a cité un cas semblable. Bernard Vallentin rapporte l'histoire d'un homme qui, à l'instar du fait que nous avons relaté p. k09, avait des démangeaisons insupportables sur la peau , et dont tout le corps était recouvert de petits tubercules analogues. Ces petites tumeurs furent incisées : il n'en sortit ni sérosité, ni sang, ni pus ; mais elles contenaient une si grande quantité de poux de diverses grosseurs, que le malade faillit en mourir de frayeur. Eh bien , c'est en présence de tels faits que l'on a mis en doute la spontanéité des poux. Ainsi, M. Rayer se demande si ces tumeurs n'étaient pas formées par des follicules cutanés, dilatés, dans lesquels des pediculi auraient pénétré et s'y seraient reproduits.

Mais tout le monde rattache à la malpropreté et à la misère le développement des poux ; personne-ne peut nier leur manifestation spontanée chez certains enfants , ou chez des jeunes gens et même des adultes , durant le cours des maladies graves, et alors même que ces enfants sont entourés des plus grands soins de propreté : il y a donc là une cause toute spéciale qui nous est inconnue, et qui donne lieu à cette fécondation spontanée ; car ces enfants, comme ces adultes, ne sont pas en contact avec d'autres enfants qui soient atteints de maladie pédiculaire.

Mais il y a plus, ce n'est pas seulement pour la tète que j'admets la spontanéité de cette maladie, je dis qu'elle a lieu aussi pour le corps. J'ai eu l'occasion de recueillir à cet égard un grand nombre de faits. Malheureusement ils ne se rattachent pas à des individus sur la propreté et les contacts desquels j'aie

toujours pu compter; mais j'en ai vu surtout que je ne puis pas considérer comme étant dans les mêmes conditions. Il s'agit, par exemple, d'un homme de trente-sept ans, marié, ayant plusieurs enfants; vivant et couchant constamment avec sa femme, et qui, pour la troisième fois, était atteint d'une maladie pédiculaire du corps. Son père, chose remarquable, avait comme lui été assez souvent sujet à la même affection ; le développement de celle-ci était précédé de malaise général, de lassitude, d'anorexie, à la suite desquels se montrait une démangeaison à la peau avec un picotement, et en quelques jours des poux en proportion assez notable se manifestaient. D'ailleurs, pourquoi ce qui se produit à la tête ne se produirait-il pas sur le corps ?

Nous le répétons donc, la maladie pédiculaire, soit de la tête, soit du corps, peut être spontanée. Je sais que les entomologistes ne sauraient admettre une pareille manière de voir ; mais il faut se rendre à l'évidence des faits, malgré les théories et les observations que l'on peut puiser dans une étude approfondie de l'histoire naturelle.

La maladie est le plus souvent fort discrète, et c'est surtout le cas où elle a été contractée d'enfant à enfant ou d'adulte à adulte ; car alors elle ne présente pas les mêmes phénomènes. Ainsi lorsqu'un enfant se coiffe d'un bonnet qui contient un ou plusieurs poux, ceux-ci s'attachent aux cheveux ; ils donnent lieu à des pontes successives , et les poux se disséminent peu à peu à toute la surface de la peau, en y déterminant des démangeaisons, à la suite desquelles surviennent de légères érosions , par suite de grattages. L'enfant n'en est pas autrement incommodé ; la peau n'en est pas autrement malade. Lorsque, au contraire, l'affection naît spontanément, il se montre des démangeaisons d'abord ; puis la peau sécrète bientôt une humeur très visqueuse qui agglutine tous les cheveux, les rend collants, plastiques, humides à un tel point que, à la première vue , on reconnaît la maladie pédiculaire de la tête. Chose remarquable, il y a toujours une seule portion du cuir chevelu qui est affec-

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tée, à moins que la date du mal ne soit ancienne. Les poux se répandent bien sur la totalité des cheveux , mais le foyer du mal, qui est unique ou multiple, est très nettement circonscrit. 11 en résulte des mèches plus ou moins considérables de cheveux agglutinés d'une part; d'une autre part, les poux, en se disséminant et en abandonnant le foyer d'origine, déposent, au fur et à mesure du trajet qu'ils parcourent, des lentes sur les cheveux, en sorte que ces derniers sont recouverts sur leur longueur de petits points grisâtres, arrondis , qui bientôt deviendront des insectes. La peau elle-même est excoriée, suintante , croûteuse ; le derme est à nu, et, dans quelques cas même, il y existe des ulcérations grisâtres de mauvais caractère.

La maladie est très fréquemment bornée à la tête. Willan prétend même qu'elle ne s'étend jamais au delà; c'est une erreur. Cependant, il faut le dire, ce n'est pas ce qui a lieu le plus généralement.

Il est rare que la production des poux à la surface du corps se borne à causer des démangeaisons et des excoriations par suite du grattage; elle y fait naître encore des papules, dont le malade arrache le sommet : de là la forme morbide désignée sous le nom de prurigo pédiculaire. Est-ce une variété du prurigo dans laquelle les poux ne seraient que secondaires , ou au contraire une forme inhérente à la présence des poux? C'est une question que plusieurs auteurs n'ont pas hésité à résoudre dans le premier sens ; mais, pour nous, nous croyons que le prurigo, lorsqu'il se montre à la peau avec les caractères qui lui sont propres, est primitif; que les poux n'ont été que secondaires et gagnés d'individu à individu par accident. De sorte que dans le prurigo pédiculaire (voy. cet article) il y a deux choses: les papules de prurigo avec leurs caractères distinctifs et leur siège; tandis que dans la maladie pédiculaire proprement dite, on ne voit que des excoriations de peau sécrétant de la sérosité et ne donnant pas de sang, et çà et là des papules fournissant la même sécrétion : ce n'est plus d'ailleurs le même siège, la maladie pédiculaire existe tant en avant qu'en arrière,

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et le prurigo n'affecte que les parties postérieures. C'est là ce qui nous a fait mettre en doute l'existence du prurigo pédiculaire, que nous regardons plutôt comme un prurigo avec complication de poux contractés en couchant avec un individu qui en était plus ou moins couvert, ou dans des draps qui en contenaient dans leurs plicatures; car les poux se logent ordinairement dans les vêtements.

Le pediculus pubis se distiugue nettement par sa forme des deux autres ; il a pour cachet aussi d'adhérer fortement à la peau, de s'y implanter à la base des poils, et de ne dépasser les limites des parties génitales que pour se porter à la base des poils qui peuvent se trouver disséminés à la surface du corps.

Abandonnée à elle-même, la maladie pédiculaire de la tête est, pour l'enfant et pour l'adulte même, une source puissante d'incommodités; elle surexcite le système nerveux, elle amène l'insomnie, l'agitation, bientôt l'inappétence et l'amaigrissement; de sorte que si l'on continuait à respecter les poux, l'enfant pourrait tomber dans une sorte de marasme.

Mais cette affection peut, dans certaines maladies graves, être considérée comme une solution critique très avantageuse de la maladie. Il faut donc savoir la respecter jusqu'au point de ne pas nuire à l'enfant. En se reportant à l'observation que nous avons rapportée (page 409), on comprendra dans quel état doit être un individu atteint d'une maladie pédiculaire générale; et l'on expliquerait, jusqu'à un certain point, comment Hérode, Sylla, Ennius, Philippe II roi d'Espagne, ont pu succomber à cette maladie portée à un tel degré.

Ces détails une fois établis, abordons la thérapeutique de cette maladie pédiculaire. En général, rien n'est plus facile que de couper court à cette affection. Mille moyens l'enrayent et la guérissent: aussi importe-t-il moins au médecin de connaître ces moyens que de savoir juger s'il y a ou non opportunité à enrayer le mal. Nous allons nous attacher à poser d'abord ces principes en isolant chacune de ces affections, puisqu'elles se rattachent réellement à des âges différents.

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