‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource] (volume 2)Chapitre 53 sur 73 · MALADIE PÉDICULAIRE · texte numérisé non relu

MALADIE PÉDICULAIRE

Depuis longtemps on avait signalé le danger qu'il y avait à supprimer la maladie pédiculaire chez l'enfant. C'est avec surprise que l'on trouve cette assertion mise en doute par quelques auteurs modernes fort recommandables d'ailleurs. Pour nous, nous avons vu la mort survenir chez deux enfants, et cela dans l'espace de six à huit jours, pour avoir coupé les cheveux d'enfants atteints de maladie pédiculaire. Nous avons même vu des maladies graves surgir de cette même circonstance chez l'adulte. — On sait combien, dans les hôpitaux, les religieuses sont esclaves des soins de propreté ; lorsqu'elles reçoivent dans les salles des malades atteints de cette affection , elles s'empressent de s'opposer à la transmission en entourant le malade de tous les soins possibles de propreté. Le médecin prescrit-il la section d'une portion des cheveux, elles s'empressent, dans leur inexpérience de faire couper ras la totalité. Dès lors, cessation de la démangeaison, suppression de la sécrétion abondante qui en est une conséquence, refroidissement de la tête , répercussion de la maladie du cuir chevelu, et développement d'une affection cérébrale grave chez l'enfant, ou d'un état morbide général avec symptômes graves, sans qu'on puisse, dans quelques cas, préciser la nature de l'organe affecté pour l'adulte. Ce n'est qu'à force de rubéfiants ou de larges vésicants que l'on parvient à enrayer les accidents; heureux encore lorsqu'on y parvient.

Ce ne saurait donc être un fait douteux que les conséquences fâcheuses qui peuvent surgir de cette suppression. En thèse générale, s'il ne faut pas favoriser la formation des poux chez l'enfant, et encore est-il beaucoup de circonstances où cette production constitue la crise heureuse d'une maladie, au moins faut-il la respecter à son début et pendant une certaine période de temps. La seule condition qui exige impérieusement de faire cesser la maladie, c'est le cas où l'enfant en souffre réellement et où sa santé tend à en être altérée.

Alors on fait peigner peu à peu la tête de l'enfant; on fait brosser les cheveux pour en détacher le plus de lentes pos-

65fr PATHOLOGIE SPECIALE.

sible. On peut même faire couper la sixième ou la cinquième partie de leur longueur, et répéter cette opération tous les deux ou trois jours, en prenant le soin de faire couvrir la tête dans la proportion où ces sections en enlèvent le vêtement naturel. La section des cheveux est le moyen le plus puissant pour arrêter l'affection pédiculaire, parce que, avec les cheveux, elle enlève la production ultérieure des insectes; mais c'est aussi celui dont l'emploi est le plus difficile et le plus dangereux. Aussi, chez les jeunes enfants , faut-il lui préférer les soins ordinaires de propreté. Du moment que l'on diminue les poux, de quelque manière que ce soit, on est sûr de diminuer la maladie et les accidents qu'elle développe. Il ne me paraît pas nécessaire d'y ajouter d'autres agents, que je vais d'ailleurs faire connaître, à l'égard des adultes.

Pour ceux-ci, il estrare que l'affection ne se soit pas développée avec rapidité et avec énergie. La chevelure est presque toujours abondante; les cheveux sont agglutinés et intriqués les uns dans les autres. Chercher à les isoler serait un essai inutile, la section seule fait justice de cette difficulté ; c'est encore avec les mêmes précautions qu'il faut y arriver. Il faut de plus administrer des bains excitants , c'est-à-dire des bains sulfureux un peu forts , afin de porter une excitation vive sur la généralité de la surface de la peau. — Un peu plus tard on fait étendre de l'axonge, du saindoux ou de l'huile sur la tête : ce moyen seul suffit pour tuer les poux vivants, — On lave la tête tous les jours avec de l'eau alcaline contenant 10 grammes de carbonate de soude pour 500 grammes d'eau. — Enfin on arrive à l'emploi d'une pommade alcaline composée d'axonge, 30 grammes, et carbonate de potasse, k grammes. Les bains sulfureux doivent être employés même au delà du temps que dure l'affection.

C'est en changeant fréquemment le linge des malades atteints de prurigo pédiculaire, ou en leur faisant prendre d'une manière soutenue des bains alcalins ou savonneux, que l'on fait céder cette affection. Il n'est pas nécessaire d'employer des pommades. Mais il ne faut pas perdre de vue que la maladie a été

MALADIE PÊDICIJLÀIRË. 655

engendrée non seulement par la malpropreté, mais encore par la misère et les privations qu'elle entraîne à sa suite. 11 y a donc lieu de fortifier le malade, et par un bon régime alimentaire, et par une sage administration de toniques à l'intérieur, car on a presque toujours affaire à des vieillards.

Nous avons peu de chose à dire de la maladie pédiculaire du pubis. Tout le monde sait sa marche : elle est ordinairement bornée aux parties génitales , mais elle peut s'étendre à tout le corps. Chose remarquable , c'est sa forme immédiate qui fait que des malades attendent souvent fort tard poiuvse faire traiter ; notamment les personnes d'une vie régulière, et qui couchent par hasard dans un lit d'auberge, y contractent cette affection. Chacun sait qu'il suffit de quelques frictions d'onguent mercuriel simple et de bains d'eau pour l'arrêter immédiatement et la guérir. Dans le cas où l'on ne voudrait pas se servir de cet onguent , pour des motifs puisés dans des conditions de position sociale , on pourrait avoir recours à des bains de sublimé.

Dans ces trois formes morbides, nous ne saurions trop recommander de faire changer les vêtements des malades , ou au moins de les faire nettoyer, lessiver et passer au soufre.

Maladies des ongles.

Il n'entre pas dans le catlre que nous nous sommes tracé de décrire ici toutes les maladies des ongles; il ne s'agit que de faire connaître celles qui rentrent clans le cadre de la dermatologie. Déjà, à l'occasion du psoriasis, nous avons fait l'histoire de l'ongle squameux ou atteint seul de cette affection ; nous nous bornerons donc ici à une énumération plutôt qu'à une description.

On appelle onyxis, onglade, toute inflammation de l'ongle, de la matière de l'ongle ou de la peau qui la tapisse. Il existe un onyxis de cause externe, provenant de piqûres, de contusion ou de toute autre cause du même genre. Une autre variété constitue ce que l'on nomme Yongle rentré dans les chairs, ou onyxis latéral. Puis viennent les formes A' onyxis de cause interne, telles que les onyxis eczémateux, scrofuleux, syphilitique et charbonneux ou gangréneux. Nous renvoyons donc, pour ce qui regarde celles de ces variétés qui nous concernent , aux maladies que nous avons décrites en général , et qui se trouvent localisées dans ces points circonscrits'.

Viennent ensuite : 1° la chute des ongles, qui peut dépendre de l'inflammation de leur matière, survenue à la suite d'une cause externe, ou d'une chute toute spontanée analogue à l'alopécie ; 2° l'accroissement exagéré de ces organes, comme nous l'avons indiqué dans le psoriasis, et quelquefois sans maladie de peau générale. Dans d'autres cas, c'est la racine de l'ongle qui se découvre, et l'ongle se déchausse ainsi peu à peu ; il finit par tomber. Parfois ils prennent une disposition, une conformation tout à fait vicieuse {ficus unguium). Parfois aussi il survient un ongle supplémentaire. S'ils deviennent très arqués, ils constituent Vunguis adancus d'Hippocrate , état propre aux

MALADIES DES ONGLES. 6f)7

phthisiques. On donne le nom de flores unguium aux taches blanches qu'ils présentent. Dans quelques cas de paralysie ils ont pris cette teinte générale.

Ainsi qu'on peut le voir par cette énumération, la plupart de ces altérations rassortent de la pathologie générale ; ou elles constituent des infirmités incurables ; nous ne pensons donc pas devoir nous y arrêter.

Productions naturelles et accidentelles de la peau

Changement de. couleur. - Lorsque ces changements dans la couleur de la peau se montrent à la naissance, ils rentrent dans la catégorie des nœvi pigmentaires. Telles sont d'abord les taches café au lait qui peuvent porter sur un point quelconque de la surface de la peau des enfants nouveau-nés , et que l'on considère comme le résultat d'envies non satistaites pendant la grossesse de la mère. Leur étendue , l'intensité de leurs couleurs sont très variables. Ces taches sont indélébiles. Dans quelques cas, elles sont foncées, d'une teinte brune ou même bronzée; dans d'autres circonstances, c'est une teinte bleuâtre tout à fait semblable à celle que produit sur la peau l'explosion de la poudre ; tantôt ces taches diminuent avec l'âge; tantôt elles restent stationnâmes ou elles augmentent. On peut les faire disparaître en modifiant le corps muqueux par l'application de vesicatoires que l'on met en suppuration ; mais la nuance qui en résulte est quelquefois plus désagréable que la tache elle-même.

En fait de colorations accidentelles et maladives, nen n'est plus curieux que le cas de coloration accidentelle en bleu de la majeure partie de la figure et du cou, rapporté par Billard dans un mémoire sur la cyanopathie cutanée [Arch. génér. de med., t XXVI p ù53) Il s'agit d'une personne de seize ans, bien resiée qui vit peu à peu apparaître cette affection. Chose remarnuable la peau suintait et laissait suinter cette couleur , que i on pouvait enlever avec un mouchoir, et dont on retrouva des traces dans du sang qu'elle vomit à plusieurs repr.ses. Cette maladie ne céda qu'à l'usage des alcalins.

En fait de coloration ab ingestis , on sait que l'usage longtemps prolongé du nitrate d'argent à l'intérieur, fait naître une lelnte ardoisée de la peau, effet qui se produit aussi sur les membranes muqueuses.

Page 1