ANAT0M1E DE LA PEAU COMPARÉE A LA PATIIOLOGIE
pilles de la peau siègent principalement à la surface interne des membres ; si c'est le siège du lichen en général, ce n'est pas celui du prurigo, qui est toujours placé en dehors ; 2° que les papilles de la peau sont disposées par paires sur des lignes courbes et régulières ; rien de plus diffus que le lichen qui se montre par des élevures papuleuses disséminées, sans aucune régularité, sans aucune harmonie. Aflècte-t-il la forme de plaque, même état diffus des élevures papuleuses du lichen dans la plaque elle-même, et de plus la maladie présente toujours la forme parfaitement nummulaire; elle siège sur le dos de la main , à la partie externe des membres. Enfin, c'est surtout à la pulpe des doigts que l'on trouve le plus de papilles, et l'on ne voit jamais de lichen à la face palmaire des doigts , on en trouve fréquemment k la face dorsale. Je ne demanderai pas quel est l'élément anatomique de la forme tuberculeuse ; je me contente d'avoir démontré le peu d'analogie qu'il y a entre les papilles et les papules du lichen.
Quel est le siège de l'herpès à vésicules miliaires et de l'eczéma dans les diverses couches de la peau ? Du temps où l'on admettait l'existence du corps muqueux, on disait ce dernier malade à cause de l'état si superficiel de ces maladies et de leurs vésicules si ténues ; aujourd'hui nous sommes en présence de cinq maladies qui toutes ont la forme vésiculeuse : l'herpès, l'eczéma, l'herpès phlyeténoïde, le pemphigus, affections dans lesquelles les éléments morbides sont les mêmes (épiderme soulevé par de la sérosité de même nature), mais où la vésicule, à peine perceptible dans l'herpès, devient plus sensible dans l'eczéma, très visible dans l'herpès phlyeténoïde et acquiert des dimensions considérables dans le pemphigus. A part le diamètre de la vésicule, ces maladies semblent pareilles; toutes sont superficielles, toutes paraissent siéger dans le corps muqueux sans que le derme soit affecté. Avec les mêmes apparences, la maladie a un siège profond dans le zona, où sous la vésicule existe une fausse membrane dont la chute donne lieu à un ulcère qui laisse une cicatrice. Certes, avec de pareilles analogies morbides, comment ne pas admettre qu'il est un élément commun particulier de la peau qui soit affecté dans toutes ces maladies? Que si, en regard de ces affections Vésicuîeuses, nous plaçons les
72 PATHOLOGIE GÉNÉKALE.
maladies pustuleuses, nous observerons des phénomènes qui peuvent donner lieu à la même observation. La vésicule purulente de 1 eczéma impétigineux, la pustule de l'impétigo, celle de l'ecthyma, offrent entre elles la plus grande analogie, à différence d'intensité et de volume près ; seulement celle de l'ecthyma est plus profonde que celle de l'impétigo. Ce sont là des affections pustuleuses identiques, quant à l'aspect et quant à la proportion de la vésicule par rapport à l'engorgement de la pustule. Si c'étaient les seules pustules de la peau, on pourrait les considérer comme étant le résultat d'une inflammation du derme, et encore aurait-on à se demander pourquoi la même inflammation n'amène-t-elle jamais le pus dans l'eczéma, l'herpès et le pemphigus? Mais il est d'autres maladies pustuleuses de la peau qui n'ont aucune analogie avec les précédentes: ce sont l'acné, l'impétigo sycosiforme, le sycosis pustuleux. Dans ces variétés l'engorgement constitue les 9/10" du volume de la pustule, condition tout opposée aux premières dont les 9/10" sont formés par les vésicules. Objecter a-t-on que le siège de l'acné est dans les follicules sébacés? Mais le furoncle, mais le sycosis, n'ont plus le même siège. Ainsi, l'inflammation pustuleuse de la peau doit avoir aussi son siège tout particulier, ce ne saurait être le même tissu affecté que dans l'inflammation vésiculeuse non suppurante. Ce ne sont pas seulement les affections de la peau dites dartreuses que nous aurions pu citer ; les éruptions exanthémateuses nous en auraient encore fourni de nombreux exemples.
Ce sont ces considérations qui nous font dire que Breschet et Roussel de Vauzème avaient pris dans leurs recherches anatomiques une voie meilleure que ceux qui les ont suivis, en adoptant pour point de départ les fonctions de la peau, et en recherchant les éléments ou organes qui les accomplissent ; ils ont pu se tromper, mais leurs successeurs ont préféré fournir une anatomie qui ne rend pas compte ni de la physiologie ni de la pathologie de la peau.
L'inflammation du tissu doit être, suivant nous, le contrôle de l'anatomie de la peau, aussi bien et mieux peut-être encore que la physiologie; car les formes inflammatoires variées ne peuvent être que le résultat d'éléments, anatomiques différents enflammés. Ainsi se trouvent justifiés, à notre point de vue, les détails dans lesquels