‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource]Chapitre 21 sur 77 · MÉDICATION ANT1NERVEUSE OU ANTIPAPULEUSE · texte numérisé non relu

MÉDICATION ANT1NERVEUSE OU ANTIPAPULEUSE

lement son émission; on peut en acquérir la preuve en sondant les malades.

Le traitement d'une maladie de peau parla liqueur de Fowler doit durer de deux mois, à deux mois et demi. La guérison se reconnaît à un phénomène que nous croyons avoir signalé le premier, au moins dans les affections squameuses: lorsque la médication arsenicale a été suffisamment continuée et convenablement administrée, la surface malade guérie se colore en brun, et la peau reprend toute sa souplesse. Cette tache brune est un fait capital ; elle prouve que le traitement est complet et la guérison aussi parfaite que possible. Il résulte, en effet, de nos observations que si, par une cause quelconque, la maladie récidive, ce qui est malheureusement trop fréquent dans les affections cutanées squameuses chez les ouvriers, c'est plutôt à côté de la tache et non sur la tache elle-même que reparaît la maladie; c'est du moins ce qui arrive le plus souvent. Ces taches, que j'appelle arsenicales, ne disparaissent qu'après huit ou dix mois. Cet effet est analogue à celui que produit l'administration du nitrate d'argent, avec cette différence que l'on peut expliquer la coloration dans ce dernier cas par l'action de la lumière, tandis que dans l'espèce il n'y a pas d'explication possible. Toujours est-il que la tache brune arsenicale remplace toute l'étendue de la surface antérieurement malade, et que, sauf la couleur, la peau y reprend sa consistance, sa souplesse, son épaisseur, sa texture et son état primitif.

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la liqueur de Fowler doit être suspendue dès qu'il survient un malaise quelconque, un dérangement soit du côté de l'estomac, de la poitrine, des membres, etc. Après trois, quatre, cinq jours de repos, on reprendra la solution à une dose moitié moindre que celle à laquelle on était déjà arrivé, en augmentant ultérieurement les doses de solution dans le rapport où on les avait commencées.

Sous l'influence de cette médication, il peut apparaître une éruption secondaire sur les taches arsenicales ou sur les parties de la peau où siège encore la maladie qui est en traitement. Elle consiste en quelques boutons rouges, isolés, papuleux, de la grosseur d'une lentille, qui se multiplient lentement. Ce phénomène , que nous

avons signalé le premier, est commun aussi à l'usage des pommades au goudron et aux alcalins. Si l'on continue alors l'emploi des arsenicaux ou de ces pommades, celle éruption l'ait des progrès. C'est donc une indication de cesser les uns et les autres. Si le médecin, trompé par une vaine apparence, croit au renouvellement ou a une recrudescence de la maladie qu'il traite, et qu'il veuille augmenter les doses d'arsenic ou de goudron, suivant qu'il emploie l'un ou l'autre, cette éruption intercurrente sera vivement exaspérée. Il devra cesser toute médication active, recourir aux émollienls, et en prolonger l'emploi, car la guérison exige un certain laps de temps. On pourrait aussi prendre cette éruption pour des papules syphilitiques, mais il n'en est rien. Enfin nous devons ajouter qu'il n'est pas rare de voir succéder une éruption papuleuse syphilitique dans le cours du traitement des affections squameuses sous l'influence des hains de vapeur et des pommades, et que le diagnostic en devient plus difficile en présence du développement des larges papules dont nous avons signalé l'existence.

Faut-il administrer indistinctement les arsenicaux chez toutes les personnes atteintes de maladies squameuses? Non, sans doute, car co traitement n'est pas sans inconvénients; il agit sur l'estomac et en général sur l'ensemhle de l'économie d'une manière fâcheuse, et tout malade qui l'a suivi s'en va plus ou moins amaigri, le teint jaunâtre et terreux. Il en résulte que tous les malades ne sont pas aptes à supporter cette médication, et qu'il faut un individu fort, doué d'une bonne constitution, d'une bonne poitrine, d'un estomac qui digère bien. En l'absence de ces conditions, on verra survenir de l'anorexie, de la répugnance, du dégoût pour la plupart des, aliments, et par suite un amaigrissement plus, ou moins prononcé.

Une autre remarque à faire dans l'usage de cette médication, c'est que l'arsenic doit être dosé suivant la force du malade. Chez tel individu, 12 gouttes de solution de Fowler produiront autant d'effet que 16 chez un autre. Un homme délicat, faible, quoique jouissant d'une bonne santé, sera influencé par une dose inférieure d'arsenic, laquelle sera sans effet notable sur un sujet robuste, vigoureux. Nous avons cru remarquer que les femmes supportent au moins aussi bien l'arsenic que les hommes.

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Enfin, le régime dos malades soumis à l'arsenic doit être réglé avec soin. Ils devront s'abstenir do toute espèce d'aliments acides, de ragoûts épi ces, etc., et taire usage principalement de viandes rôties et de légumes. De plus, an début de la médication, on diminuera la dose des aliments, du pain et de la viande surtout, afin de pouvoir ensuite donner l'alimentation ordinaire lorsque le malade •sera habitué à l'arsenic. L'eau (érrée aux repas est un auxiliaire favorable.

Quels sont les effets immédiats et successifs de l'arsenic sur la maladie cutanée? Supposons qu'ils s'agisse d'un psoriasis et qu'on le traite exclusivement par les préparations arsenicales Un psoriasis est généralement constitué par des plaques disséminées, et sur ces I plaques sont des écailles recouvrant des surfaces rouges au niveau desquelles la peau est épaissie. Si l'arsenic seul guérit ce psoriasis, ce qui arrive souvent ces. écailles épidermiques tombent d'abord pour être remplacées par d'autres moins épaisses; la peau diminue aussi d'épaisseur ; la couleur rouge tend à devenir moins foncée ; bientôt il ne se forme plus de plaques, et la peau cesse d'être proéminente; elle devient lisse et revêt sa coloration brun grisâtre. Cette couleur brune arsenicale se montre quelquefois lorsque la peau n'a pas encore, aux points qui étaient malades, la môme souplesse que sur les parties saines; alors la guérisori n'est pas assurée, il faut continuer encore jusqu'à ce qu'on ait obtenu cette souplesse de la peau.

Un dernier mot sur l'emploi des préparations arsenicales. Si vous avez affaire à une affection squameuse, un psoriasis, par exemple, qui ne date que d'un ou deux ans, vous pouvez espérer de le guérir par la liqueur de Fowler. Mais si le psoriasis remonte à dix o.u quinze ans, l'arsenic sera presque toujours impuissant à opérer la guérison de l'affection d'une manière radicale; vous devez même renoncer à son usage, si le malade a été déjà traité par cet agent médicamenteux, car sa constitution finit se ressentir plus ou moins <lc la première médication, et ce ne serait pas sans danger qu'on y recouvrait encore. Çpntentez-Yous^lors d'un traitement externe.

Qe quelques autres médications employées dans les affections squayeuses. - L'une d'elles a pour base I antimoine. <> métal fournit

THÉHAPEUT1QUE GÉNÉKALE.

peu de composés pharmaceutiques, ou du moins les uns sont peu solubles, et, partant, peu actifs ; les autres sont caustiques et ne peuvent être administrés à l'intérieur. Le plus usité et le plus actif, c'est l'émétique; mais on sait qu'il est difficile de l'administrer sans provoquer le vomissement. On le donne cependant dans les maladies de la peau de la manière suivante : tous les matins le malade prend 25 milligrammes de tartre stibié avec 2 grammes de crème de tartre entre deux confitures, en même temps qu'il boit un peu d'eau. Cette médication provoque souvent, les premiers jours, quelques nausées, mais la tolérance s'établit en général assez promptement en ce sens que les vomissements cessent ; cependant il est rare que le malade n'ait pas une ou deux garderobes par jour, ce qui prouve que le médicament est peu absorbé. On donne cette ■ préparation aussi longtemps que l'arsenic, c'est-à-dire deux oui trois mois, et quelquefois elle guérit quand l'arsenic a été impuissant : c'est même seulement alors qu'il convient de l'employer, car la méthode antimoniale généralisée réussit peu. Nous l'avons souvent mise en usage; les succès que nous en avons obtenus sont assez peu nombreux pour que nous ne la préconisions qu'à défaut de succès des préparations arsenicales. On ne peut l'administrer qu'à des sujets forts, bien constitués et chez lesquels il n'existe pas d'affection intestinale chronique ou même de susceptibilité des intestins.

Depuis huit à dix mois que je recherche les effets thérapeutiques de Yhydrocotile asiatica dans la lèpre et clans d'autres maladies, je ne l'ai appliqué qu'une seule fois au traitement du psoriasis. Cinq semaines seulement sont écoulées depuis son usage, et j'en obtiens chez ce malade une amélioration notable; ira-t-elle jusqu'à la guérison , c'est ce que je serai à même de faire connaître à l'article Psoriasis. (Voyez cette maladie.)

Médications externes très usitées dans les affections squameuses. — Goudron. — Huile de cade. — Le goudron est un des moyens les plus propres à faire disparaître les affections squameuses ; aussi estil très fréquemment employé. Il ne procure que des guérisons superficielles. Les malades ne sont que blanchis, ainsi qu'ils le disent, et la récidive est presque inévitable dans un délai assez court. Il faut autre chose qu'une médication topique pour obtenir une guérison

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i un peu durable. 11 faut, par un traitement interne, imprimer à toute ! l'économie une modification profonde, afin de détruire, s'il est possible, la cause inconnue de ces éruptions cutanées. Cependant le médecin est heureux, dans un très grand nombre de cas, et lorsque l'état général du malade ne permet pas un traitement interne, d'avoir à sa disposition un agent aussi puissant que le goudron. Voici comment on l'administre. On commence par une pommade au 20e de son poids de goudron, puis au 10°; après un mois, six semaines, on la fait préparer au 5e. Chez quelques malades on arrive à se servir de parties égales de goudron etd'axonge,etmême du goudron pur dans des cas de psoriasis très anciens.

Par l'action de ces pommades, largement étendues, l'épiderme se ramollit, les écailles tombent, la peau épaissie devient plus mince ; puis, s'il s'agit d'un psoriasis nummulaire ou circiné, c'est le centre qui guérit le premier ; s'il est diffus, c'est le contraire. L'usage de la pommade au goudron peut provoquer, ainsi que nous l'avons dit, les mêmes éruptions secondaires que l'arsenic; on doit alors y renoncer et employer les bains simples, la pommade blanche, c'est-à-dire la graisse pure, etc. Le traitement ordinaire par le goudron dure de six semaines à deux mois et demi. Si en même temps qu'on emploie le goudron à l'extérieur, on donne l'arsenic intérieurement, il faut moins de temps pour obtenir la guérison. Le traitement sera encore plus efficace si l'on y joint, trois fois par semaine, des bains de vapeur à une température simplement suffisante pour faire transpirer le malade. Mais avec l'association du traitement interne au traitement externe on a des guérisons moins sûres.

J'ai voulu savoir si le goudron pouvait guérir les affections squameuses par son administration à l'intérieur. Je me suis servi d'un sirop préparé par M. Dublanc qui , à l'aide d'une certaine manière d'opérer, obtient un sirop très chargé de goudron. Ma tentative a eu lieu chez une jeune fille qui était atteinte de psoriasis de date assez récente, et qui se trouvait par conséquent dans les conditions les plus favorables de guérison. Or je n'ai rien obtenu, et l'arsenic a fait justice de sa maladie. L'action du goudron est donc toute locale. Elle a pris par jour jusqu'à 80 centigr. de goudron. L'huile de cade produit les mêmes effets que le goudron. Elle est

Ui2 THKP.APEOTIOUE CÉNÉliAI.K.

employée dans les mémos conditions et a même dose ; cependant à l'égard de celle-ci nous avons remarque qu'il fallait souvent débuter par des pommades moins fortes.

Nous avons reconnu, l'un des premiers, que cette huile guérissait aussi bien que le goudron. Quelques médecins, frappés des bons effets de ce médicament a l'extérieur, ont eu la pensée de l'administrer à l'intérieur sous forme pilulaire ; mais en même temps qu'ils le donnaient intérieurement, ils le prescrivaient aussi à l'extérieur, de sorte qu'ils se sont fait illusion. J'ai en vain cherché à obtenir la guérison des affections squameuses par l'administration intérieure et seule de cette huile ; j'ai dû renoncer à son emploi de cette manière et la regarder comme inutile.

Le goudron et l'huile de cade ne peuvent guérir qu'à la condition d'être employés très largement ; il faut que le malade conserve longtemps la même chemise et les mêmes draps, afin qu'il reste constamment dans une atmosphère de goudron ou d'huile.

Il n'est pas très rare de rencontrer des cas de psoriasis ou de lèpre vulgaire qui, loin de se guérir, sont au contraire exaspérés par le goudron et l'huile de cade; alors les pommades alcalines, celle au précipité blanc à la dose de U grammes pour 30 d'axonge, produisent quelquefois les meil eurs résultats. La pommade au précipité blanc a néanmoins un inconvénient: c'est que si on l'emploie sur une large surface, elle est absorbée en quantité notable et produit une salivation d'autant plus abondante que la pommade reste longtemps sur la peau, car l'absorption continue, même après qu'on a cessé d'en faire usagé, si l'on ne prend pas soin de taire laver la peau au savon noir aussitôt que les accidents se montrent. Chez ces malades il faut se hâter de donner des bains de Baréges, des bains alcalins ou savonneux.

Ajoutons que les pommades, quelles qu'elles soient, ne guérissent qu'à la condition de graisser largement, non-seulement les plaques malades, mais toute la peau. Le malade doit coucher longtemps avec la même chemise et les mêmes draps. Ceci est désagréableen hiver; car, indépendamment de la mauvaise odeur qu'ils répandent, les chemises, les draps, sont toujours froids, la graisse étant un bon conducteur du calorique. En outre, les pommades ta-

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filent le litige : les taches de gtHiflttlil ne sont jamais enlevées à la lessive. Enfin, un malade graisse" de goudron ou d'huile de câde fëbànd autour de lui une forte odeur de ces substances, et il lui devient difficile d'aller dans le monde pendant foule la durée de son traitement ; ce qui fait souvent repousser l'emploi de ces agents.

Enfin, ces divers moyens externes ne peuvent être mis en usage sans le concours de bains; les bains de vapeur, quand le malade peut les supporter, et, à défaut de ces bains, les bains alcalins.

Au surplus nous indiquerons avec soin l'ensemble de cette thérapeutique spéciale, quand nous ferons l'histoire de chacune de ces maladies.

Quand un malade a été guéri d'une affection cutanée de ce genre, il importe, pour le mettre à l'abri des récidives, qu'il se soumette à unliygiène convenable. Les auteurs, moins pénétrés que nous peut-être de l'importance des préceptes hygiéniques, ou peu confiants dans leur efficacité, n'ont pas, à notre avis, assez insisté sur ce point. Nous sommes convaincu, pour notre compte, que, dans la classe aisée surtout, on peut, a l'aide d'un traitement prophylactique, éviter souvent le retour d'une malade cutanée. Voici les moyens (pie nous conseillons de mettre en usage contre les affections squameuses.

Si c'est en hiver, le malade prendra un bain de vapeur par semaine. S il n'a pas la facilité de prendre des bains île vapeur, il les remplacera par des bains savonneux ou des bains alcalins. De plus, le soir en se couchant, et une l'ois par semaine, il se graissera la peau avec du saindoux. Quand la saison le permettra, on devra faire usage de quelques moyens hydrolliérapiques Ainsi, le matin, (1rs que le malade est éveillé, on le fait placer pieds nus dans un baquet de quelques centimètres de profondeur seulement; à côté de lui, une large cuvette remplie d'eau à la température ordinaire di' la chambre et une forte éponge. Il promène cette éponge largement mouillée sur son corps des pieds vers le ventre, des mains vers la poitrine; il mouille la poitrine et le ventre ; puis il fait couler de l'eau le long du dos, en exprimant l'éponge derrière le cou. Tout cela doit être fait dans l'espace de quelques secondes. Le malade

s'essuie rapidement avec une serviette rude, s'habille et fait une course pour provoquer la réaction.

C'est par ces moyens fort simples qu'on entretient les fonctions de la peau, et, en les continuant durant longtemps et en revenant souvent, il est rare qu'on voie survenir une récidive.

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