MÉDICATION COMPOSÉE UU MIXTE
posées, et je sui^ heureux d'avoir été des premiers à entrer dans cette voie. Mais ce ne sont pas les médicaments composés que j'emploie. Ainsi prenant pour point de départ ce fait que l'iode est un antisyphilitique comme le mercure, on s'empresse de prescrire le proto-iodure de mercure, comme représentant les deux éléments et comme devant agir en vertu de l'iode qu'il renferme et du mercure qu'il contient, de même pour l'iodure de potassium et pour le bichlorure de mercure dont on fait une combinaison dans la pensée que ce sel agira par ses deux éléments, etc., et l'on ne réfléchit pas que ce sont là des combinaisons semblables à celles des acides et des bases dans lesquelles les éléments se neutralisent plus ou moins complètement. Quanta nous, nous mêlons les substances ensemble, nous les formulons clans leur état primitif de manière à ce qu'elles agissent isolément quoique mêlées , différence énorme et qui n'a pas de rapports avec ce que l'on fait aujourd'hui. Voici quelle est, à cet égard, notre manière de voir. Une substance donnée combattra avec avantage une maladie, mais elle ne la guérira pas toujours. Une autre, d'une nature différente, employée contre la même affection, amènera des résultats semblables. Toutes deux ont donc une certaine valeur. Nous nous sommes demandé si les deux substances réunies ne pourraient pas avoirplus d'action que lors de leur administration isolée, et l'expérience a confirmé nos prévisions. Mes premiers essais en ce genre ont é!é faits à l'égard des accidents syphilitiques secondaires et tertiaires; et, tandis que les praticiens donnaient d'abord le mercure, puis, en cas d'insuccès, l'iodure de potassium, j'administrais, il y a dix-huit ans environ! l'un et l'autre, et j'arrivais à ce résultat fort remarquable, qu'il me fallait des doses beaucoup plus faibles de ces deux agents réunis pour obtenir des guérisons plus promptes. C'est surtout à mon entrée à l'hôpital Saint-Louis, il y a dix-sept ans, que j'ai pu mettre cette idée en pratique sur une grande échelle. Pour les maladies syphilitiques j'ai associé les préparations mercurielles à l'iode, au fer, n l'arsenic, aux sudorifiques et à l'opium.
Bientôt j'ai étendu ces sortes d'associations à désaffections plus rebelles encore, les maladies scrofuleuses ; et tandis que l'on employait isolément l'iode, l'huile de foie de morue, les amers, les
antiscorbutiques, je suis arrivé à réunir ces substances en un traitement composé qui, depuis cinq ans, est suivi de succès si nombreux, qu'aujourd'hui je ne désespère d'aucun scrot'uleux, surtout d'aucune affection scrofuleuse de ta peau. Je vais poser ici les principes de ces médications composées dont, j'en suis sûr, les praticiens pourront tirer grand parti.
Dans les éruptions simples secondaires de la syphilis, je me borne à administrer les tisanes sudorifiques, l'iodure de potassium et le sublimé associé à l'opium. A-cet effet, je fais préparerune solution de 10 grammes d'iodure de potassium pour 500 grammes d'eau, dont je lais mettre une cuillerée à bouche dans une tasse de tisane sudorilique prise le matin et le soir. Une heure après, je fais prendre au malade le sublimé à l'état pilulaire, associé à l'extrait de gaïac et à l'opium, chaque pilule contenant de U à 6 milligrammes de sublimé, suivant l'âge et la force du malade; jamais je ne dépasse cette dernière dose: d'où il suit que le malade prend par jour 5 décigrammes d'iodure de potassium et 8 à 12 milligrammes de sublimé. Il est rare que je sois obligé d'interrompre le traitement à cause d'accidents. Jamais de salivation. Si l'anorexie survient, c'est par la concentration de la lisaue qui fatigue l'estomac, et non par les doses d'iodure ou de préparation mercurielle. Mais, dira-t-on, le sublimé de vos pilules va être transformé en iodhydrate de chlorure mercurique par l'iodure de potassium de la tisane; cela est vrai. Mais d'abord la décomposition va se faire dans l'estomac ou dans l'intestin au moment de l'absorption ; le sel qui en résultera sera soluble et facilement absorbé; ensuite il n'y aura peut-être que la dixième partie de l'iodure de potassium qui servira à la combinaison, les neuf dixièmes restant agiront comme iôdure de potassium. Voilà la différence énorme qui sépare nos formules de celles que je combats.
La même pen ée a encore fait naître l'engouement si fâcheux et si généralement partagé pour le proto-iodure de mercure; c'est la une substance dont la préparation n'est pas stable, elle n'est pas identique dans les pharmacies : aussi combien de fois ne donne-telle pas lieu à des accidents. Il suffit, en effet, qu'elle soit mal lavée pour qu'elle contienne, ou du sublimé, ou de l'iodure de potas-