‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource]Chapitre 47 sur 77 · I 0ALE · texte numérisé non relu

I 0ALE

Quelques jours après, la peau du malade était complètement revenue à I l'état normal, elle ne présentait pas le plus petit bouton ; la santé était ex- I cellente.

Je le gardai jusqu'au 12 juillet; aucune nouvelle éruption n'avait reparu. | Je pus donc croire que la guérison était définitive, et lui accordai son exeai Ce malade, comme le précédent, était placé dans mou service, sans rapport par conséquent avec des galeux. Toutefois, comme au moment où la gale s'est déclarée, il descendait an promenoir, et que les galeux ne sont séparés des autres malades que par une barrière à hauteur d'appui, nous avons dû le questionner sur ses rapports possibles avec cette sorte de malades. Il nous a déclaré n'en avoir eu qu'une seule fois, le temps seulement d'acheter un morceau de pain de l'un d'eux. Une porte est donc ouverte à l'hypothèse de la transmission de la gale par cette voie... Il n'a même pas touché la main du galeux, il a reçu le pain qu'il lui a acheté.

Pour nous, c'est un fait de gale disparue, pendant vingt-trois jours, disparition qui, du reste, a eu lieu dans les deux cas sous l'influence d'une affection .générale de l'économie. L'observation que nous rapporterons avec détail en i faisant l'histoire de la phthiriase donne un exemple de disparition de la gale pendant cinq semaines.

Nous allons à ce sujet rapporter sommairement une observation aussi curieuse qu'inexpliquée encore, recueillie par M. le professeur Boeck, médecin d'hôpital à Christiania, et qu'il a communiquée à M. Cazenave.

Chez une jeune fille âgée de quinze ans, très maigre, très pâle, non encore réglée, on a constaté à la paume des mains et dans l'intervalle des doigts la présence de croûtes de 2 à 3 lignes d'épaisseur, d'une couleur blanche ou plutôt «rise, adhérentes a la peau et formées d'une masse si compacte, qu'on peut y couper comme dans l'écoree des arbres. Les doigts sont fléchis et les tentatives qu'on fait pour les redresser lui causent des douleurs. Les ongles sont dégénérés, 1res épais et noueux. On trouve des croûtes analogues à la face dorsale des pieds, dont les ongles sont aussi altérés, aux coudes, aux fesses, à la partie postérieure des cuisses et sur le dos. Il y en a jusque dans le cuir chevelu, qui est très dégarni. Si l'on détache ces croûtes, la peau qu'elles recouvrent apparaît rouge, humide et un peu inégale. Toute la surface cutanée présente une rougeur érylhémateuse ; aux jambes, on voit des taches non saillantes d'un brun rougeatre; a la face postérieure des bras, on rencontre plusieurs vésicules, enfin des pustules se montrent ça et là aux extrémités. La santé générale de la malade était évidemment altérée. Incertain de la nature du mal, M. Boeck a examiné les croûtes au microscope, et il a reconnu qu'elles étaient constituées par une masse compacte d'acarus, ou

entiers, ou brisés, d'oeufs, d'excréments. Des expériences ont été faites sur des croûtes prises de tous les points du corps, et elles ont donné des résultats identiques, c'est-à-dire qu'on n'y a trouvé exclusivement ou que des acarus ou que des débris d'acarus.

Malgré les recherches les plus assidues, les plus attentives, M. Boeck n'a jamais pu trouver un seul sarcopte vivant n i un seul sillon. Cependant il n'hésita pas à diagnostiquer une nouvelle forme de gale. Si le diagnostic avait pu être douteux, il aurait été singulièrement facilité par les résultats rapides et multipliés de la propriété contagieuse de cette affection. En effet, pendant son séjour à l'hôpital, la petite malade communiqua la gale à un grand nombre de personnes, même parmi celles qui ne la touchaient pas habituellement.

La chute des croûtes fut suivie d'une amélioration sensible qui dura trois semaines environ ; puis une éruption de vésicules se manifesta sur tout le corps et même au visage ; elle était accompagnée d'un prurit très violent. Il fut impossible de trouver des sillons distincts ; mais on vit bientôt se former de nouvelles croûtes. En les examinant au microscope, M. Boeck distingua deux lamelles : l'une supérieure, de couleur claire, et consistant seulement en des cellules d'épithélium ; l'autre inférieure de couleur grisâtre, contenant des sarcoptes; d'où M. Boeck conclut que les croules ont été formées sous l'épiderme. Pendant cette poussée, la santé de la malade s'altéra de nouveau; elle eut de la fièvre. Traitée par les frictions partielles et successives avec l'onguent de Vienne, elle guérit enfin. Les cheveux ont repoussé, les ongles sont revenus à l'étal normal ; mais surtout l'air d'hébétude remarquable chez celte jeune fille a complètement disparu.

M. Boech, en communiquant cette observation à M. Cazenave lui a envoyé des fragments de croûtes recueillis chez la malade. La coupure de ces croûtes est lisse, unie, dense comme celle d'une substance cornée ; si l'on en examine au microscope une parcelle, délayée, on la trouve formée d'une multitude énorme d'acarus entiers ou de débris d'acarus, d'œufs, etc., sans aucun mélange appréciable d'une matière résultant de l'inflammation. M. Lanquettn a répété ces expériences et a obtenu les mêmes résultats, en constatant que ces sarcoptes sont bien ceux de la gale.

Cette observation; si remarquable, si importante et si concluante, ne vient-elle pas fort à propos confirmer jusqu'à l'évidence les do* trines que nous venons d'émettre? La jeune lillc se présente ave, une forme spéciale de gale que l'on dirait aujourd'hui compliquée fie rupin. Elle est singulièrement améliorée par le tr|

tement de la gale au point de recouvrer la santé, lorsqu'une nouvelle éruption vésiculeuse se fait à la peau. C'était une réapparition de la gale ; on n'avait pas trouvé de sillons une première fois, on n'en découvre pas plus dans la seconde éruption, mais il se fait dans les deux cas pour l'acarus ce qui se passe dans la maladie pédiculaire générale et exagérée dont nous rapporterons un exemple en faisant l'histoire de la phthiriase, c'est-à-dire des espèces de poches renfermant des myriades d'acarus, à l'instar de ces poches décrites par les anciens pour la maladie pédiculaire.

Concluons des discussions dans lesquelles nous venons d'entrer : 1 0 Que la gale peut être une maladie spontanée ; 2° Que si Vacarus coïncide constamment avec le gale, la théorie de son existence peut tout aussi bien admettre l'insecte comme produit morbide que comme cause morbide et agent de transmission.

Est-ce à dire pour cela que toutes les gales soient spontanées, et que l'acarus n'en soit pas le mode habituel de transmission ? Évidemment ce serait tomber dans l'absurde. Si j'invoque le fait de spontanéité, ce n'est que pour en signaler la possibilité ; car nonseulement l'acarus peut transmettre la gale, comme le pou, le prurigo pédiculaire, mais encore ce mode de transmission est infiniment le plus commun. Mais si l'acarus transmis d'un individu à un autre peut développer la gale, rien ne prouve que les produits de sécrétion de l'atmosphère du galeux, les vêtements imprégnés de cette atmosphère ou des produits de sécrétion de la gale ne puissent pas la faire naître.

La conséquence principale, au point de vue thérapeutique, que nous croyons devoir tirer de cette exposition de faits, c'est qu'il y a lieu, contrairement aux usages établis aujourd'hui, de traiter non pas seulement l'acarus, mais bien la gale tout entière ; de la traiter comme toute autre éruption cutanée, c'est-à-dire d'après une thérapeutique d'ensemble, et non pas d'après une thérapeutique toute locale; et cela est si vrai que malgré la date assez récente du traitement de la gale en deux heures à l'hôpital Saint-Louis, mon honorable collègue, M. Hardy, qui est arrivé à limiter ainsi la durée du traitement, fait deux parts de galeux. La gale canine, ou Hohénoïde, est traitée en deux heures; mais la gale pustuleuse,

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dite ecthymatoïde, et la gale aqueuse, ou phlycténoïde, sont traitées pendant huit jours par les émollienls, puis par des frictions douces. Ainsi, on est forcément arrivé à des préceptes que nous avons cherché à faire prévaloir il y a plusieurs années. {Bulletin de thérapeutique, t. XXXII, 1847. )

11 faut ajouter que définir la gale une maladie caractérisée par un seul phénomène, la présence de l'acarus à la surface de la peau, n'est pas absolument rationnel ; il faut y ajouter le développement d'une éruption à forme populeuse, vésiculeuse ou pustuleuse. Aussi l'individu qui n'aurait qu'un ou deux acarus avec un ou deux sillons sur la peau de tout le corps, serait considéré comme ayant la gale, d'après les idées du jour; pour moi, ce serait un individu qui aurait deux acarus, mais qui n'aurait pas la gale.

La gale est une éruption cutanée qui a pour caractères essentiels deux choses : 1° une éruption à la peau ; 2° des acarus ou insectes spéciaux renfermés dans des sillons. Cette maladie a en effet son évolution, sa marche, ses lieux d'élection où existent des boutons, comme toute autre affection cutanée. De ce que l'on trouvera un pou sur le corps d'un individu, s'ensuit-il qu'il aura une maladie pédiculaire? Évidemment c'est confondre une partie avec le tout; car il suffit dans ces deux cas d'enlever l'insecte pour qu'il n'y ait pas maladie ; tandis que si par des moyens convenables on parvenait à enlever tous les insectes de la gale et les œufs qu'ils auraient produits, il resterait encore à la peau l'éruption cutanée qu'il faudrait guérir, et qu'il faut d'autant plus guérir que c'est dans les boutons que se font sentir les démangeaisons aussi bien que dans les sillons. Ce n'est pas le long des doigts où régnent le plus de sillons que se grattent seulement les galeux, c'est aussi et peut-être plus à la racine des doigts et dans leur intervalle qu'ils opèrent leur grattage et qu'ils écorchent les boutons, qu'on y rencontre plus ou moins nomhreux.

Cachet de l'éruption. — E! le affecte trois formes différentes : forme populeuse, lichénoïde, dite canine; forme pustuleuse, ou ecthymatoïde ; forme vésiculeuse, aqueuse ou herpétique. La forme la plus commune, c'est la forme lichénoïde. Elle est caractérisée par une papule dans le genre de celle du lichen, mais qui s'en distingue en ce

que le sommet de la papule est terminé par une petite vésicule remplie d'une sérosité citrine que l'on peut faire écouler en pressant entre l'extrémité des ongles le sommet de la papule, ou en excoriant le bouton. Dans la gale canine, quelle que soit la partie atteinte, ce sont des papules à sommet vésiculeux qui se montrent.

La gale pustuleuse, ou ecthymatoïde, a pour caractère l'apparition dans les mêmes parties de boutons purulents, plats, variant en largeur depuis un grain de chènevis jusqu'au diamètre d'une lentille, bouton formé dans ses neuf dixièmes d'une vésicule purulente qui s'ombilique vers le deuxième ou le troisième jour de son développement, c'est-à-dire qu'il se forme au centre de la pustule un petit point noir comme dans l'ecthyma. Mais dans la gale, la pustule n'a pas ordinairement de base inflammatoire aussi dessinée que dans l'ecthyma. Il n'y a pas non plus, comme dans cette maladie, une certaine uniformité de volume ; les pustules de la gale sont très variables sous ce rapport : à côté d'une grosse pustule vont se trouver trois, quatre petites pustules, et faisant contraste avec la pustule principale. Chaque pustule dure huit à dix jours, se guérit et fait place à une autre, et ainsi de suite durant des mois entiers, et en offrant toujours les mêmes caractères. Quant à la gale dite aqueuse ou phlycténoïde, elle se dessine par le développement dans les mêmes points d'élevures qui se recouvrent aussitôt de vésicules très proéminentes, du volume d'un grain de millet ou de chènevis, et quelquefois même plus grosses La sérosité y est limpide, très transparente, citrine; elle ne devient pas opaque, et cette forme de gale peut ainsi conserver ses caractères pendant toute sa durée.

On aurait tort de croire cependant que la forme éruptive soit si nettement tranchée chez les galeux. On peut trouver réunis chez le même individu, des papules, des vésicules, des pustules, Il est même assez peu commun que ce ne soit pas ainsi. Mais il est très commun de trouver chaque forme éruptive dessinée nettement, en ce sens que la masse des boutons a l'une des trois formes indiquées.

Nous ne faisons pas de chacune de ces formes trois gales de nature différente. Nous pensons que cette diversité de forme lient

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à la différence de tempérament, la gale canine ou lichénoïde étant essentiellement liée au tempérament nerveux; la forme pustuleuse au tempérament lymphatico-sanguin, et la forme aqueuse au tempérament lymphatique. Nos observations nous conduisent à considérer ces trois formes comme pouvant être essentiellement primitives. Plusieurs de nos confrères croient, au contraire, que la gale est dès l'abord toujours papuleuse, que ce n'est que par des causes accidentelles qu'elle devient aqueuse ou pustuleuse, et ils regardent par conséquent ces formes comme des complications; nous ne saurions partager de pareilles idées. On va même plus loin aujourd'hui, et l'on considère l'éruption comme un épiphénomène, comme une addition de lichen, d'herpès, d'ecthyma ou d'eczéma aux divers sillons qui contiennent l'acarus et comme une sorte de complication de la gale. Ce sont là de ces idées que j'appelle exagérées et que rien ne justifie, si ce n'est une théorie, celle qui ne voit dans la gale qu'un insecte indépendant des désordres qui l'accompagnent.

Mais il y a plus, cette éruption a sa période d'évolution, son siège spécial ; elle se fait avec méthode, affectant régulièrement des parties similaires de chaque côté du corps, ne se montrant jamais sur certaines d'entre elles. En présence d'une telle régularité, comment ne pas voir là une sorte d'éruption du genre des éruptions exanthémateuses et que le hasard ne saurait faire naître? Comment ose-t-on donc la rattacher à la piqûre capricieuse d'un insecte !

Les premiers boutons qui se montrent se développent aux mains et aux pieds, dans l'intervalle des doigts, à leur origine et à leur jonction avec la face dorsale ; puis viennent les poignets, le pli des bras, le creux des aisselles, le jarret, le ventre, la verge chez l'homme, le bout des seins chez la femme, les fesses, la poitrine ; la figure est toujours respectée, ainsi que la partie externe des membres et le dos. On verra plus loin que l'acarus atteint d'autres parties où il se loge dans des sillons qu'il se creuse. Mais dans les gales qui durent depuis plusieurs mois, toutes les parties du corps peuvent être atteintes par l'éruption, sauf la figure qui est toujours respectée, à moins qu'il ne se montre, sous des conditions de malpropreté, du

'dit n et du prurigo, ainsi qu'on l'observait chez cet homme des ois dont je retracerai l'observation dans l'histoire de la phthiriase t qui était infecté de toute manière. L'évolution de la gale a lieu de ette sorte pour l'àgc de l'adolescence, mais chez les jeunes enfants, e sont principalement les fesses qui sont atteintes. On a attribué ette circonstance à l'habitude des mères ou des nourrices de porter es enfants à nu sur leurs bras ; c'est là une erreur : l'éruption a .eu de la même manière à un âge un peu plus avancé et lorsque 3S enfants marchent seuls. C'est ce que l'on peut voir à l'hôpital des infants.

Peut-il exister une éruption sans sillons d'ucarus? En thèse généale, l'un et l'autre coïncident entre eux. Il y a plus, les partisans les idées d'aujourd'hui diront qu'il est plus commun de rencontrer les galeux n'ayant que des sillons sans éruption, qu'une éruption lans sillons. Il y a deux ans, j'ai guéri un monsieur qui arrivait les Pyrénées et qui en voyage avait contracté la gale ; j'eus beaucoup le peine à découvrir un sillon à l'a verge, et cependant j'étais déjà ixé sur la nature de la maladie en raison de la forme même Je l'éruption. Il y a sept ans environ un de mes collègues de l'hôpital m'appela en consultation, ainsi que M. Rayer, pour un magistrat qu'il avait guéri d'une éruption lichénoïde à deux reprises différentes, et qui avait vu récidiver sa maladie. A l'inspection de l'éruption, nous pensâmes que ce mônsieur était affecté de la gale. Un traitement dans ce sens fut institué d'un commun accord entre nous tous; or nous ne faisions pas reposer notre diagnostic sur la présence de sillons, mais sur celle de l'éruption. Ce n'est pas que je prétende qu'un pareil jugement soit aussi sûr que dans les cas où l'on extrait un acarus du sillon qui le renferme; je veux seulement faire voir que cette éruption est souvent tellement prédominante et caractéristique qu'à sa vue seule on peut juger la maladie, lorsque l'on a quelque habitude de l'observer.

Si la gale de nos climats a eu diverses formes, toutes en général très mitigées, il n'en est pas de même de la gale des pays chauds, celle de l'Inde et de l'Afrique, par exemple. Bontius a décrit dans son ouvrage De medica Indorum, lib. III, .cap. 17, celte maladie sous le nom (VhèrpèS ou d'tmpéti^O indien. Les Indiens lui donnent

le nom de courap, synonyme de gale. Il signale la difficulté que l'on a à la guérir. Bateman a eu l'occasion d'observer cette éruption chez des adultes et des enfants arrivant de l'Inde ; l'éruption était très abondante, très étendue, elle gagnait même la figure ; la peau, d'une couleur plus foncée et d'un aspect plus sale, était tapissée de taches impétigineuses considérables et de papules. Cette gale est très contagieuse et résiste à beaucoup de médicaments (Bateman, 251). J'ai été appelé à traiter plusieurs officiers d'Afrique atteints de cette maladie, qui se sont présentés à moi avec de grosses papules disséminées sur les membres, et qui donnaient lieu à des démangeaisons horribles.

Quant aux caractères distinctifs des diverses formes de boutons d'avec les autres maladies de la peau, il est facile de les établir. Le bouton papuleux de la gale a ses lieux d'élection, l'intervalle desJ doigts, les poignets, les plis des bras, les aisselles, se dessinant dansd chacune de ces parties sans se joindre entre elles par une succession, déboutons, comme dans le lichen diffus; le lichen est formé par des papules sans vésicules; la papule de la gale est toujours vésiculeuse et fournissant un suintement séreux que ne donne pas let lichen, à moins que, passé à l'état chronique et datant de plusieurs; mois ou de plusieurs années, il soit devenu eczémateux. Quand le bouton de la gale est pustuleux, il a pris isolément tous les caractères de la pustule d'ecthyma, sans que, dans cette dernière affec-i tion, la pustule présente un engorgement inflammatoire beaucoup^ plus marqué que dans la gale où il n'existe presque pas ; mais l'ecthyma n'a pas le siège des pustules de la gale, et puis il y a dansi ces pustules galeuses une telle irrégularité de forme et de volume,' qu'un peu d'habitude dirige facilement le praticien dans le dia-i gnostic. Cependant on peut s'y tromper, si, dans quelques circonstances, on ne tient compte que de la pustule. Quant à la galet aqueuse ou phlycténoïde, il me paraît impossible de la confondre, avec l'herpès phlycténoïde qui se montre ordinairement par groupes de vésicules sur des parties qui ne sont pas celles où siège l'éruptioni de la gale.

Avant d'aborder le second caractère de la gale, celui qui se déduiti de la présence de Yacarus, je crois devoir parler des boutons de

\seudo-gale. Cette affection n'a été signalée par personne, que je ache ; elle se montre souvent au printemps chez les personnes qui ni été atteintes de la gale, et font croire à ces gales mal guéries on t les malades se plaignent assez souvent. Cette éruption est toudih's très discrète et consiste clans quelques rares petits boutons lailiaires très durs au toucher, hérissant la peau, blancs, quoique ee contenant pas de pus, arrondis et très légèrement acuminés, terminés par une vésicule excessivement petite : ces petits boutons, par >e grattage, deviennent le siège d'une cuisson vive et presque douloureuse. Ils affectent ordinairement le voisinage du poignet, sur es côtés du pouce et même auprès du dos du poignet. Ce n'est pas me éruption confluente, ce sont un ou denx boutons espacés placés i distance, mais très résistants sous le doigt. Si l'on ne gratte pas :e bouton, il s'éteint et il est rare qu'il en vienne plus d'un second ou d'un troisième ; mais les boutons se multiplient si les grattages des malades les irritent. Ce n'est toujours qu'aux mains qu'on les i>bserve.

Deuxième caractère delà gale;acarus et sillons. — Entrevu maisnon décrit par Aben-Zohar, médecin arabe, qui pratiquait en Espagne, ;'insecte de la gale ne fut réellement connu qu'au xvie siècle ; car il ;e trouve indiqué dans les ouvrages d'Ambroise Paré. Mouffet en a te premier donné une description assez exacte en indiquant les sil- >ons qu'il creuse et la manière de l'en extraire; et Hauptmann est néanmoins le premier dont les observations microscopiques aient 'ourni des indications un peu minutieuses sur sa situation et son organisation. En 1637, Cestoni, sous le pseudonyme de Bonomo, a •éellement précisé son rôle physiologique et pathologique dans la ?ale. A partir de cette époque, l'histoire de Vacants est essentiellenent rattachée à celle de la gale. Mais peu à peu, dans les siècles suivants, l'acarus n'appelle plus l'attention des médecins et il finit par tomber dans l'oubli, à un tel point qu'à la doctrine de l'acarus somme cause essentielle de la gale, Hahnemann parvint à faire prévaloir les anciennes idées humorales sur cette maladie, en vertu desquelles la gale est considérée comme une éruption générale née d'une cause aussi générale qu'elle. On va jusqu'à perdre les moyens de retrouver l'acarus, et Alibert et Biett, tout en rappelant son exis-

tence, restent impuissants à en donner la preuve matérielle. Galès,. pharmacien de l'hôpital Saint-Louis, prétend le retrouver, et, par une insigne imposture, montre à la commission de l'Institut nom- 1 niée pour vérifier le fait, la mite du fromage. Les choses en resté- J vent à ce point jusqu'en 1834, où un étudiant corse, M. Renucci, '< assistant à la consultation d'Alibevt, qui déclinait la possibilité où j l'on était d'extraire Vacants, s'offrit de faire en sa présence ce qu'il avait vu exécuter par les malheureux de son pays. M. Renucci enleva en effet en présence de ce médecin plusieurs acarus, et, à partir ; de ce moment, l'acarus fut étudié de nouveau, notamment par j M. Raspail : la même année, en 1835, par M. Albin Gras, et plus tard par plusieurs dermatologistes français ou étrangers ; enfin, en 1852, M. Bourguignon a publié un traité entomologique et pathologique de la gale de l'homme, où il suit les diverses phases d'évolution et de reproduction de l'insecte.

Quant à Y acarus en lui-même, il offre les caractères suivants: 11 est d'un volume tel qu'on le voit parfaitement à l'œil nu en lé plaçant à l'extrémité d'une épingle; là on l'aperçoit exécuter des mouvements qui ne laissent aucun doute sur son existence; mais il arrive souvent qu'enlevé de l'extrémité du sillon en hiver, il est engourdi par le froid et ramassé, pelotonné et immobile ; il suffit de l'approcher un peu du feu pour lui voir exécuter des mouvements fort rapides d'ailleurs : aussi parcourt-il un espace assez étendu dans un temps très court sous le champ du microscope. Voici sa description sommaire : (voy. planche demicrocraphie.)

Acarus. — Insecte d'un tiers de millimètre en longueur et d'un quart en largeur; couleur blanchâtre rosée ; il a une face dorsale et une face ventrale; la première plus ou moins arrondie, suivant que l'insecte est plus ou moins plein: la tête ou les organes de manducation occupe une extrémité du corps et l'ouverture anale l'autre; les patles sont au nombre de huit, quatre en avant et de chaque côté delà têle ; quatre en arrière. Toutes prennent naissance à la face ventrale. Les pattes antérieures sont terminées par un long tube armé d'une ventouse, et les postérieures par un long poil. Ces appendices sont les principaux organes de la progression.

L'enveloppe extérieure du corps est continue dans son ensemble. On ne trouve pas de thorax distinct de l'abdomen. Le corps n'est qu'une cavité où sont contenus les organes de la nutrition. Des appendices de diverses espèces

GA.bE. 589 occupent la lace dorsale; ils sont destinés à la progression en prenant point l'appui • ils sont durs, cornés, et sous de faibles grossissements ils représentent des'poils Celte lace est sillonnée par des rides ou plicaturcs qui se détendent quand l'acarus se gorge de liquide. Derrière la naissance des pattes antérieures et au-devant de la pièce sternale se trouve une fente transversale par où s'opère la ponte; aussi celte fente manque-t-elle aux acarus femelles qui ne l'ont pas accomplie ; cependant il y a encore doute à cet égard ; car il existe 5 la région anale une ouverture qui en est voisine.

' L'œuf est un corps ovoïde régulier ayant une extrémité un peu plus arrondie que l'autre. Ce n'est qu'après dix jours d'incubation que l'insecte est formé ; le onzième jour l'insecle fait effort pour sortir de son enveloppe ; 1 œuf se fend transversalement ou longitudinalement pour lui donner passage. La larve ou insecte nouveau-né n'a que six pattes, et il jouit cependant de plus d'agilité que l'acarus à huit paltes. Ce n'est que l.uit ou dix jours après 1 éclosion qu'il est pourvu de ses huit pattes. (Voir pour plus de détails l excellent

ouvrage de M. Bourguignon sur la gale, Traité de la gale de l homme, 1852. )

Sillon de la gale. - On désigne ainsi des galeries ou canaux que se creuse Vacarus dans l'épaisseur des lames du derme, en soulevant les lames épidermiques les plus superficielles, à la manière de la marche d'unehaupe dans la terre ; ces acarus déposent leurs œufs dans ces galeries ou sillons. Chaque sillon a une longueur qui varie entre 2, 3 ou 5 millimètres ; il est rare qu'ils aftecteut une ligne droite ; le plus souvent ils sont contournés et arqués et quelquefois disposés en S; la surface externe du sillon est garnie d'aspérités épidermiques et, suivant quelques observateurs, d un ou deux points noirs qui indiquent la sortie passagère de l'acarus. Mais ce qui doit surtout fixer l'attention, c'est le point de départ du sillon et son extrémité terminale, ainsi que ce qu'il contient.

Les partisans des doctrines modernes sur la gale ne parlent que d'un seul mode de formation du sillon par une ouverture ou embrasure de l'épiderme sur un point quelconque des surfaces latérales des doigts, du poignet, de la verge, etc., lequel sillon se termine par un cul-de-sac faisant une petite saillie blanchâtre transparente ; c'est à ce point transparent que réside l'acarus ; e t il suffit de déchirer avec une épingle la petite cuticule qui le recouvre pour le retirer avec la pointe de l'épingle. Il est bien vrai qu'à la verge, au bout des seins, à la face latérale des doigts, où les boutons de la gale soni 1res rares, on no retrouve que des sillons de ce genre. En 1834,

M. Albin Gras décrivit les diverses variétés des sillons, il signala encore d'autres dispositions : 1" Au centre des vésicules un petit point d'où part jusqu'à la circonférence une ligne ombrée de noir et droite; à partir de cette ligne, la naissance d'un sillon du genre de ceux que nous venons de décrire, et à l'extrémité de ce sillon l'acarus. Cette disposition n'est pas très rare. Depuis, quelques observateurs et M. Piogey entre autres, ont signalé des papules à cheval sur un sillon ou un sillon dépassant la papule par ses deux extrémités. Cela se voit à la verge, par exemple ; il admet même deux espèces de sillons sous ce rapport : une première espèce superposée à la vésicule ou sillons intra-épidermiques ; la seconde surmontant une papule due à l'épanchement de la lymphe plastique dans le réseau du derme, devenant alors le siège d'élancements intolérables par suite de l'irritation incessante des papilles nerveuses ; ces sillons sont alors sous-épidermiques. Ce qu'il est très commun de voir, ce sont des sillons isolés, sans vésicules ni papules, qui siègent le long des faces latérales des doigts, sur la verge et à l'extrémité du sein des femmes.

On peut déduire de la première disposition, celle où le sillon prend naissance à la vésicule, deux conséquences : ou que la naissance de la vésicule a été spontanée, qu'elle a engendré un acarus, lequel acarus occupait primitivement le centre de la vésicule, s'en est échappé par la ligne ombrée de la vésicule pour se creuser ensuite une galerie intra-épidermique, déposant d'ailleurs ses ovules dans le trajet du sillon, et cela est d'autant plus rationnel que l'acarus se trouve toujours à la partie la plus éloignée de la vésicule. Cette doctrine a été professée pendant longtemps ; on a même décrit et compté les ovules qui se trouvaient dans la vésicule. Aujourd'hui, et d'après les nouvelles recherches microscopiques de M. Bourguignon, d'après surtout les idées professées depuis deux ou trois ans sur la nature de la gale, on raisonne ainsi qu'il suit : le bouton ou la vésicule de la gale est un accident; il est causé par la piqûre de l'acarus venu du dehors en s'introduisant dans la peau pour se creuser son sillon. Mais il y a une objection à faire à cette hypothèse, objection qui n'est pas sans valeur. Si c'est à la piqûre de l'insecte qu'il faut attribuer le développement des boutons, il semble

iaturel que le nombre des boutons soit en général proportionné au ombre des insectes, de sorte que là où l'on trouve le plus d'acauus, on trouve aussi plus déboutons. Eh bien, c'est le contraire : es boutons sont rares aux mains et aux pieds, plus rares à la verge, nuls ou presque nuls aux mamelons chez les femmes, nuls ou tout i fait nuls au menton; or c'est dans ces parties que l'on trouve le blus d'insectes. Par contre, les boutons sont très nombreux sur 3 ventre, les fesses, les aisselles, les jarrets, et là on rencontre si ueu d'acarus que tous les observateurs ont signalé ce fait. Ce qui end bien mieux compte de ces faits, c'est d'admettre avec nous et ivec tous les auteurs qui nous ont précédé, qu'il existe une érupion galeuse, régulière; ce qui est en rapport avec l'époque du développement de la gale après son incubation, la localisation réguière des boutons, les lieux d'élection qu'ils occupent, la simultanéité lie leur développement dans les membres et sur les mêmes points à ta fois; de supposer qu'il est certains boutons vésiculeux qui engendrent des acarus, comme dans la maladie pédiculaire où la génération des poux ne peut être contestée suivant nous; comme iussi dans le fait cité par M. Boeck, où la génération spontanée des ■carus ne saurait être mise hors de doute. Quoi qu'il en soit, on voit im'en présence de faits si divers et d'opinions si contestables, il y a lieu de ne pas adopter d'une manière absolue toutes les opinions mises depuis plusieurs années, et d'attendre que des recherches Mus approfondies viennent donner aux praticiens une satisfaction iomplèteà cet égard.

Bornons-nous donc à dire qu'il existe clans la gale deux espèces de sillons : les uns rattachés directement à la vésicule, les autres tout à fait indépendants des vésicules; les premiers ayant principalement leur siège dans les intervalles interdigitaux et aux poignets, les seconds sur les faces latérales des doigts, à la verge chez l'homme 3t aux mamelons chez la femme. On a cherché à expliquer cette différence de siège chez l'homme et chez la femme en disant que l'homme porte très fréquemment ses mains à la verge, et que les mains transmettent ainsi l'acarus à cette partie. Mais d'abord estce que les femmes portent fréquemment les mains à l'extrémité de leurs seins? Ensuite, il est constaté par M. Bouguignon que l'acarus

,)J- PATHOLOGIE ET THÉRAPEL'TIOl E SPÉCIALES.

à la verge a précédé ou accompagné la présence d'un acarus sur la: main. En vérité, s'il est bon d'expliquer, il faut le faire avec réserve, car les explications sont souvent peu fondées. Bornons-nous donc}] enregistrer les faits.

Mais il est une circonstance que je ne peux passer sous silencei en présence de cette régularité et dans l'éruption de la gale et dans! le développement des sillons dans des parties régulièrement atteintes par l'acarus: c'est celle de l'infection. Évidemment elle< n'est pas toujours la même, elle n'a pas toujours lieu, comme on l'a vu par le relevé de M. le docteur Bjdard, autrefois interne du; service de M. Hardy, par les mêmes contacts, et il faut bien le dire,, nous savions depuis longtemps qu'elle devait s'opérer par des contacts différents. Or, qu'un individu contracte la gale par les pieds, par une poignée de mains ou par une partie quelconque du corps,, ce ne sera pas sur cette partie que l'on trouvera le plus d'acarus,. on n'en trouvera même souvent pas, mais les boutons et les sillons* se montreront avec la même régularité sur les divers points du corps; où ils siègent ordinairement, quel que soit le point de départ de; l'infection. 11-faut donc admettre qu'un acarus déposé par exemple à la fesse d'un individu adulte s'éloigne bien vite de cette partie,, parce qu'il ne doit pas l'attaquer ; s'il se trompe de route et qu'iL gagne la face, arrière, la figure ne serait jamais atteinte, si ce: n'est depuis quelque temps où l'on trouve des acarus au menton, ?naisi pas plus haut; -puis il devra nécessairement se rendre à l'un des poignets ou aux doigts d'une main, pour y développer des boutons \ ou y tracer des sillons, et à peine a-t-il commencé son œuvre à une I main qu'il lui faut bien vite gagner l'autre, en remontant vers l'épaule, traversant la poitrine et gagnant l'autre membre supérieur jusqu'à l'autre main, pour y développer les mêmes phénomènes, à moins que, servi par un heureux hasard, l'acarus ne sai-J sisse le moment d'un contact des doigts pour faire une traversée i bien plus directe et bien plus courte. Tout cela est pénible à écrire sérieusement, mais enfin il faut bien faire ressortir toutes ces invrai-i semblances.

Mais il y a mieux, depuis la découverte de l'acarus mâle pan M. Lanquetin, élève externe de l'hôpital Saint-Louis, il arrive ceci:

; GAlE- 593

1 que l'acarus mâle ne peut tracer de sillon ; qu'il se borne à se ca-

her humblement sous une petite lame épidermique; qu'il est d'ailleurs d'un volume beaucoup plus petit et ne reproduit rien puisqu'il ne fait que féconder la femelle; en sorte que vous pouvez peut-être avoir sur le corps, pendant une dizaine d'années, un ou plusieurs acarus mâles ou la gale mâle sans vous en apercevoir, sans avoir de boutons, ou même le signe exclusivement distinctif de la gale, le sillon sans lequel, au dire des partisans des idées toutes modernes, on ne peut pas affirmer qu'un individu soit atteint de la -gale! Vous en serez quitte pour vous gratter quelquefois lorsque cet unique parasite changera de localité ! On peut encore courir la chance de ne gagner qu'un acarus femelle non fécondé, mais alors ;gardez-vous de vous approcher d'un mâle! Heureuses créations modernes que ces gales d& mâles ou de femelles non fécondées qui ne sont pas des gales !

En résumé, on voit que les caractères de la gale se déduisent de deux circonstances principales l'éruption avec ses caractères de boutons de trois sortes différentes, et les lieux d'élection de leur développement; 2° les sillons, à la condition que de l'une. de leurs extrémités on retire l'acarus, car on pourrait prendre pour un sillon une petite excoriation linéaire de l'épiderme, par une épingle, une aiguille, un coup d'ongle, ces sillons ayant comme les boutons' leur ilieu d'élection. Nous ajouterons que si, dans la généralité des cas, lil es', très facile de reconnaître la gale même en l'absence de constatation d'acarus, c'est cependant une des maladies de la peau dont 'le diagnostic, dans certaines circonstances, peut offrir le plus de Idifficultés. On ne saurait croire que d'erreurs ont été commises, et •les personnes qui ont occasion de l'observer tous les jours peuvent s'y méprendre par défaut d'une attention suffisante. C'est qu'en effet, chez l'enfant, les boutons papulo-vésiculeux de la gale sont infiniment petits; que l'on peut prendre un lichen pour de la gale, et réciproquement; que dans un âge beaucoup plus jeune, lorsque l'enfant est à la mamelle, le strophulus peut ressembler â la gale. Le lichen et le strophulus affectent souvent les mains et les poignets. Ce n'est qu'à l'aide du caractère vésiculeux des boutons et <J,e l'existence des sillons que l'on apprécie par le secours d'une

loupe de trois à quatre grossissements, que l'on arrive à un diagnostic précis. Une circonstance importante à noter au point de vue du diagnostic de la gale chez les enfants, c'est l'existence de nombreux boutons de gale aux fesses, ce qui n'a pas lieu chez l'adulte.

Mais là où le diagnostic est beaucoup plus difficile, c'est le cas d'une gale papuleuse ancienne à laquelle viennent se joindre, sous l'influence des grattages réitérés , des éruptions accidentelles de lichen et de prurigo; alors l'éruption de la gale se confond avec elles, et la maladie perd le cachet d'ensemble qui lui est propre. L'existence bien avouée d'un sillon lève toute espèce de doutes à cet égard.

J'arrive maintenant aux données que nous a pu fournir la statistique au point de vue de la gale considérée comme antécédent des autres maladies de la peau. — Eczéma. Sur 469 malades inscrits, le • chiffre de la gale, comme antécédent, s'élève à 205, c'est-à-dire après i de la moitié des individus dont nous possédons l'observation. — • Lichen. Sur 103 exemples, la gale figure comme antécédent pour 36 cas. — Psoriasis. 59 sur 134 exemples recueillis. — Impétigo. C'est encore là une des affections cutanées où l'on trouve plus de cas de gale comme antécédent ; ainsi, la proportion est de 78 cas sur 142 impétigos, c'est-à-dire que plus des deux tiers des individus affectés d'impétigo dont nous avons recueilli les observations comptaient la gale dans leurs antécédents. — Herpès. 17 exemples, 10 cas de gale comme antécédent.— Prurigo. 16 antécédents sur 28. —RupiaAI fois sur Mcas.-Ecthyma. 8 sur 12.— Pityriasis. 10 sur 17. — Enfin, sur 1,150 maladies de peau, quelle qu'en soit la nature,, 449 malades comptaient la gale comme antécédent.

On voit par ces chiffres que les faits justifient, en apparence au moins, cette opinion des gens dù monde, à savoir, qu'ils doivent à! la gale contractée antérieurement la maladie cutanée dont ils ontJ été primitivement affectés.

Quant à la marche de l'affection elle est incessante, comme toutes les maladies avec productions végétales ou animales, ainsi la teigne, le prurigo pédiculaire. Aussi il est des contrées de l'Espagne et de la Corse où la gale est pour ainsi dire endémique. Les enfants

contractent la gale de leurs parents peu de temps après la naissance, et la conservent toute leur vie; le grattage devient une habi- I tude, un besoin; et cette habitude est d'autant plus arrivée à l'état i de nécessité qu'elle se reproduit à des heures plus ou moins fixes et journalières; c'est en effet au moment où se développe la chaleur I du lit que la démangeaison se montre, démangeaison à laquelle cède d'autant mieux le malade qu'elle est accompagnée d'une sensation agréable, ce qui n'a pas lieu dans le lichen et le prurigo. Toute élévation dans la température du corps suffit pour la réveiller : ainsi l'exposition au soleil, au feu.

Le pronostic de la gale n'est jamais fâcheux, ce n'est qu'une maladie incommode ; mais lorsqu'elle est conservée pendant des mois et des années, elle devient une habitude et un besoin de grattage qui finit par être nécessaire à la santé de l'individu qui en est atteint semblable en cela à toutes les affections de la peau avec démangeaison. Or, à l'égard de toutes ces maladies, on observe que leur brusque disparition par une cause quelconque, alors même qu'elles ne fournissent aucune sécrétion, comme le prurigo avec ou sans papules, la maladie pédiculaire, celle des poux devenue générale, est suivie d'accidents très graves en raison de l'âge, du développement de certains organes, de leur état de maladie et de la prédisposition du sujet. Chez l'enfant, la suppression des poux de la tête donne lieu à des fièvres graves dans lesquelles le cerveau est plus ou moins affecté ; à l'âge viril, c'est presque toujours la poitrine qui se prend avec des congestions pulmonaires moitié séreuses moitié sanguines, qui menacent incessamment la vie des malades' Or, si ces accidents ont lieu par la suppression du prurigo sans papules, c'est-à-dire sans aucun phénomène morbide à la peau autre ,que la démangeaison, les mêmes accidents ne peuvent-ils pas se montrer dans les mêmes conditions à l'égard de la gale, et surtout à l'égard de la gale suppurante ? et dès lors est-il sage, est-il rationnel de guérir la gale en deux heures, quelle que soit l'ancienneté de la maladie ? N'y a-t-il pas lieu d'établir quelques réserves par rap~ port à certains cas particuliers de gale ? Voilà ce que nous ne cessons de répéter depuis les innovations introduites dans ce traiteon conçoit qu'ayant le plus souvent affaire à des sujets

ment,

jeunes, vigoureux, durs à. la fatigue comme au mal, ces accidents n'aient pas souvent lieu, mais ils se produisent chez des individus dans des conditions opposées, dans l'enfance, dans l'âge viril et dans la vieillesse.

La gale, sous le rapport du pronostic, doit être envisagée à un autre point de vue. La statistique que nous avons donnée de la gale comme antécédent démontre, à n'en pas douter, qu'elle doit prédisposer aux affections cutanées qui sont accompagnées de démangeaisons. Il faut donc, sous ce rapport, guérir les galeux aussitôt que possible, pour qu'ils ne contractent pas l'habitude des grattages; mais il faut les guérir à l'aide de moyens incapables de faire naître de ces éruptions elles-mêmes auxquelles la gale prédispose. On fait aujourd'hui tout le contraire, et il est peu de galeux qui sortent de ces frictions sans présenter dès le jour suivant des papules de lichen que des bains peuvent faire disparaître, mais que les ouvriers, peu soigneux d'eux-mêmes, ne traitent pas.

Eh bien ! je n'hésite pas à prédire que dans dix ou quinze ans on verra naître des affections cutanées chez bon nombre de ces individus mêmes que l'on guérit si rapidement aujourd'hui.

Thérapeutique. - 11 y a peu de maladies pour lesquelles on ait proposé plus de moyens de guérison que pour la gale : c'est qu'en effet les acarus meurent facilement sous l'influence de médicaments astringents ou excitants, et que ces mêmes moyens guérissent aussi très rapidement l'éruption de la gale. Or, c'est encore une remarque • à faire sur la nature des boutons de la gale : s'ils étaient purement I et simplement des éruptions de lichen, d'eczéma ou d'ecthyma,, venant comme on le dit, compliquer la gale, comment guériraientils par 'des agents médicamenteux qui, lorsque ces maladies sontl seules ne font qu'exaspérer ces éruptions? C'est encore là unej objection sérieuse à faire aux doctrines du jour. Voici, par exemple, un fait rapporté par M. Piogey, un des partisans de la doctrine, 1 « Un malade du service de M. Bazin, chez lequel la gale était compliquée d'impétigo, d'ecthyma, de furoncles, dangioleucite avec «ronflement des ganglions axillaires et impossibilité de fléchir les doigts fut traité par trois frictions générales rude». Sous l'influence de cette médication, les ganglions axillaires étaient moins doulou-

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