‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource]Chapitre 48 sur 77 · I GA£E · texte numérisé non relu

I GA£E

1 reux; le lendemain, l'angioleucite avait disparu ; les éruptions pus- 4 ! tuleuses ont rapidement cessé. » Or, je le demande, M. Bazin eût-il 0 i employé des frictions rudes à la pommade d'Helmerich en présence â (de pareils désordres chez un individu qui n'aurait pas eu la gale ? iiiOn verra plus loin que notre collègue, M. Hardy, s'arrête toujours m en pi'ésence des gales pustuleuses ou de celles qui, selon lui, sont 0 compliquées d'ecthyma. Il y a donc véritablement quelque chose 9 de spécial dans la nature des boutons de la gale, et il est vraiment |i pénible d'en être arrivé aujourd'hui à ce point de prouver la délimonstration d'une vérité reconnue par tous les médecins qui nous |. ont précédés dans les siècles passés.

Plusieurs médecins ont examiné à l'aide du microscope combien |de temps un acarus pouvait vivre dans un agent donné. Voici à Iquels résultats ils ont été conduits. Suivant M. Albin Gras, il vit a dans l'eau 3 heures; dans l'huile, 2 heures; dans une solution

■ d'extrait de Saturne, 1 heure; dans de l'eau de chaux, i/lx d'heure; 1:20 minutes dans le vinaigre, l'alcool à 20 degrés, ou une solution

■ de carbonate de soude ou de potasse ; 9 minutes dans le sulfure de Ipotasse; 7 minutes dans l'essence de térébenthine; h à 6 minutes lldans une solution concentrée d'iodure de potassium. Suivant lM. Hébra, Vacants vit 7 jours dans l'eau froide, 10 clans l'eau chaude ; ■il résiste plus ou moins longtemps à l'immersion dans le vinaigre, «'.dans l'urine de cheval, dans l'eau de chaux et de savon ; il vit 2 à k Ijourssur un verre où l'on a étendu de l'onguent napolitain. Il est ■tué plus ou moins rapidement dans une solution de sel commun, de Isublimé, d'arsenic, de sulfate de fer, de cuivre, de zinc, d'acétate de Iplomb, d'alun; dans l'acide pyroligneux, dans les huiles essentielles, dans l'huile animale de Dippel , une solution de potasse, de Igoudron ou d'iodure de potassium.

J'ai fait aussi un grand nombre d'expériences du même genre; elles m'ont conduit aux résultats suivants : Lïacarus vit de 10 à 12 'heures dans la graisse : cette expérience a été répétée deux fois. Des imaladesont été traités par l'axonge seule; la gale s'est momentanément arrêtée pour reparaître ensuite. L'acarus , plongé dans une décoction de staphysaigre, était encore vivant après 12 minutes. Il meurt en 8 minutes dans l'essence de térébenthine pure, et dans

un mélange d'une partie d'huile blanche et de trois parties d'huile de cade; en 5 minutes dans l'huile de cade pure; dans un temps variable entre 2 et 5 minutes, quand il est plongé dans une atmosphère où se volatilise soit de l'élher, soit du camphre. La mort arrive en 15 ou 20 secondes quand il est plongé dans la vapeur de chloroforme. Ces diverses expériences ont été faites pour chaque substance sur plusieurs acarus succesivement mis en contact. Ainsi, I parmi les substances sur lesquelles nous avons expérimenté, le chloroforme, l'éther et le camphre sont celles qui ont pour Yacarus les propriétés les plus délétères, mais ces agents agissent sur l'insecte, et il est très probable qu'ils n'agissent pas sur les œufs. Cet insecte présente des phénomènes particuliers quand il est plongé dans des liquides différents : ainsi, aussitôt mis dans l'huile de cade, il s'agite, paraît inquiet, étonné ; ses mouvements se ralentissent, les pattes postérieures deviennent immobiles; puis les pattes antéro-postérieures se roidissent, et enfin les pattes antérieures deviennent immobiles. Les pattes conservent la position allongée, les poils sont roides et parallèles aux pattes. Lorsque Vacant* est plongé dans la vapeur de chloroforme, les pattes postérieures se roidissent ; les pattes situées à leur extrémité sont plus ou moins fixes; puis les pattes antérieures deviennent roides, les ventouses qu'elles offrent à leur extrémité se dilatent énormément, puis elles s'affaissent parallèlement aux pattes postérieures.

Nous ne prétendons pas exposer ici tous les moyens préconisés contre la gale et que Biett a expérimentés au nombre de quarante et un, moyens auxquels il faut ajouter bon nombre d'autres qui ont été essayés il y a quelques années par notre collègue, M. Cazenave, à l'hôpital Saint-Louis ; nous nous bornerons à en indiquer les principaux. Le soufre en fumigation, les bains sulfureux, les lotions au sulfure de potasse de Dupuytren, et celles modifiées par Alibert; le linimentde Jadelot ayant pour base la même substance; celui de Valentin, au sulfure de chaux; la pommade soufrée, la pommade d'Helmerich, la pommade sulfo-alcaliné d'Alibert; les pommades ayant pour base une préparation mercurielle; la pommade citrine, au nitrate de mercure, la pommade de Werlhof au proto-chlorure de mercure ; la solution au nitrate de mercure; la quintescence anti-

flpsorique de Mettemberg ; les pommades ou les décoctions de staphysaigre, d'ellébore, de ciguë, de tabac; le chlorure de chaux; ■Iles acides sulfurique et nitrique étendus d'eau, le sulfate de zinc, ;le sublime en solution et en bains; et il y a quelques années les iidiverses eaux distillées aromatiques, la dissolution d'iodure depo- Ittassium, l'huile de cade, etc.

Comme on le voit, ce ne sont pas les agents médicamenteux qui :ont fait défaut, mais dans le traitement de la gale deux considérations doivent fixer le praticien : 1° le mode d'emploi; 2° le moyen. 'Autrefois et jusque vers 1825, et peut-être plus tard encore, quel ique fût l'agent que l'on employât, on en enduisait toute la surface (du corps des pieds à la tête, et l'on opérait des frictions sur la peau de manière à faciliter l'action du remède mis en usage. C'est ainsi qu'agissait Dupuytren à l'Hôtel-Dieu, et Alibert à l'hôpital Saint- ILouis. Peu à peu la force de la friction fut de plus en plus atténuée tet réduite à une onction. D'un autre côté, et notamment à l'époque où M. Cazenave a été chargé du service des galeux à l'hôpital Saint- 1 Louis, la friction fut de plus en plus restreinte aux parties qui paraissaient être le siège exclusif de l'acarus, c'est-à-dire aux mains et ■ aux pieds, et l'on assurait guérir la gale par ces frictions bornées. ( C'est en cet état, c'est-à-dire vers 1850, que M. Bazin, entrant à l'hôipital Saint-Louis et succédant à M. Cazenave dans le service des . galeux, conçut la pensée heureuse de revenir aux frictions généi raies ; c'était déjà un pas de fait pour assurer la guérison de la gale: on n'eût jamais dû s'en départir. Il eut de plus le mérite de i faire suivre aux galeux le traitement qui avait été préconisé par iHelmerich, et de l'adopter dans toute sa teneur, c'est-à-dire fric- ! tionner et nettoyer la peau dans un bain savonneux pour déchirer les vésicules de gale, et favoriser l'application de la pommade ; de faire ' ensuite avec la pommade préconisée par ce médecin trois frictions I par jour deux jours de suite, avec 30 grammes de pommade pour chaque friction, et devant le feu en hiver; puis de nettoyer la peau par un second bain savonneux, de sorte qu'en trois jours les malades furent guéris. Et comme précédemment la moyenne de séjour i des galeux à l'hôpital était de dix à onze jours, ce fut pour l'administration un véritable service rendu. La pommade d'IIelmerich,

qui depuis la connaissance de sa formule avait toujours été employée à l'hôpital Saint-Louis, était longtemps demeurée secrète. En février 1813, le docteur Burdin, de Paris, fit connaître sa compo- < sition et le mode de traitement du médecin hollandais {Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, février) ; il alla plus loin, en avançant qu'en faisant eu un jour quatre frictions précédées et suims d'une lotion avec la solution de savon noir, on pouvait obtenir la guérison de la gale en vingt-quatre heures. Dix malades ayant été soumis à ce dernier traitement par M. Biett, on a dû y renoncer" à cause des éruptions consécutives déterminées par la violente irritation de la peau. C'est qu'alors on ne disait pas qu'un malade était guéri de la gale, parce que tous les acarus étaient détruits, mais on' le regardait comme guéri quand on le faisait sortir de l'hôpital avec une peau saine et exempte de toute éruption.

M. Hardy, succédant plus tard à M. Bazin dans le service des galeux, chercha à résoudre un autre problème. On a vu que M. Bazin avait réduit le séjour des malades à trois jours dans l'hôpital. M. Hardy réalisa d'abord ce qu'avait avancé M. Burdin : les malades entraient à l'hôpital et en sortaient le lendemain ; puis il est arrivé à les faire rester deux heures dans un cabinet spécial de frictions, sans compter comme malades à Saint-Louis ; en un mot, il amena l'administration à supprimer le service des galeux. Sa méthode est celle de M. Burdin, ou mieux d'Helmerich, exécutée en deux heures: 1° Friction générale de tout le corps d'une demi-heure de durée avec du savon noir; 2" nouvelle friction d'une demi-heure avec la pommade sulfo-alcaline d'Helmerich, composée de:

Axonge 8 parlies.

Soufre 2 parties.

Sous-carbonate de potasse 1 partie.

3° un bain alcalin immédiatement après.

On voit que dans ces diverses phases de traitement réduit à une période de deux heures, d'une part, on est revenu à la friction générale, d'une autre part, à son mode d'emploi doux ou rude, et en troisième lieu à la pommade d'Helmerich. Or, je crois devoir insister sur les avantages et les inconvénients de ces trois choses

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l'qiii doivent être prises en grande considération dans le traitement li de la gale.

La friction limitée à une ou plusieurs parties du corps est mauivaise, parce que des acarus et des boutons peuvent être disséminés isur toutes les parties, et qu'il est important de les atteindre ; c'est là tune des conditions les plus essentielles du traitement de la gale. Quant à l'intensité des frictions, depuis quatre ans on les prescrit très i fortes, non pas pour détruire les vésicules des boutons, mais pour déchirer les sillons épidermiques et atteindre les acarus et leurs [pontes disséminées dans le trajet des sillons. Cette friction forte a sses inconvénients ; elle excorie les boutons, elle les irrite, elle irrite lia peau saine, et sans parler de ce que j'ai vu, elle fait naître, d'après Biett, des éruptions secondaires. Ce sont ces éruptions secondaires qui ont engagé ce médecin à les abandonner. Pour nous, qui m'avons pas dans notre service des galeux, ou qui n'en avons qu'au- •tant que nous désirons en prendre, nous avons été' à même d'observer assez souvent des éruptions secondaires provenant du traiterment de la gale en deux heures. En voici un exemple que nous lavons fait recueillir.

Gale guérie en un jour, et suivie d'une éruption de forme eczémateuse. — ILallement (Edmont-César), âgé de vingt et un ans, marié, est d'un aspect extérieur qui annonce la force et la santé. Sa peau blanche et fine, et un certain ^embonpoint dans les formes, indiqueraient un tempérament lymphatique. Il •est employé comme garçon de magasin dans une imprimerie, où il a pour loccupation de transporter des fardeaux de papier.

Comme antécédents pathologiques le malade se souvient, vers l'âge de huit .ou neuf ans, d'avoir eu ce qu'il appelle des gourmes, des croûtes dans la tête. 1 Ces croûtes n'avaient pas produit d'alopécie. Il n'a jamais eu ni ophthalmie, nni engorgements ganglionnaires, ni maladies de peau.

Après la guérison d'une amygdalite, il y a de cela près de deux mois, il est iallé chez son oncle pour passer quelques jours à la campagne, et comme il ia couché dans le lit d'un ouvrier de son oncle, il suppose trouver dans ce Efait la cause de l'éruption qui s'est manifestée quelques jours après.

Pendant six semaines à partir de cette époque, il a gardé en effet une éruption caractérisée par des boulons disséminés sur la surface du corps, •ornais en très petite quantité, sauf au niveau des poignets et de l'intervalle des doigts où ils existaient en assez grand nombre. Ces boutons étaient, les uns transparents, les autres jaunâtres; le malade dit que par la pression il en

faisait sortir des gouttelettes de liquide, quelques-unes limpides, d'autres opaques et jaunâtres. — Au bout de six semaines il s'est présenté à la consultation de M. Hardy, qui a diagnostiqué la gale et qui l'a soumis à son traitement. — Le malade, après une friction faite avec du savon noir, suivie immédiatement d'un bain simple qui a duré une demi-heure, a été soumis, après le bain et pendant un quart d'heure ou vingt minutes, à une friction générale avec la pommade sulfo- alcaline.

Renvoyé immédiatement, il est allé le lendemain prendre un bain simple. Cinq ou six jours plus tard, le malade s'apercevait qu'une éruption survenue, subitement occupait ses deux avant-bras. En même temps des vésicules se formaient dans l'intervalle des doigls. — Examiné le 8 décembre, jour de l'entrée du malade clans la salle Saint-Louis, l'éruption, considérée quant à son siège et à son aspect, présente les caractères suivants:

La face interne des avant-bras étant presque intacte, leur face externe ou dorsale est recouverte, presque dans son enlier et sans intervalle sain, de lamelles peu épaisses et un peu ridées, ressemblant à celles qui sont le résultat de la sécrétion eczémateuse, quand l'épideime n'a pas été détaché. On n'y observe pas de suintement, il y a plutôt actuellement un certain état de sécheresse. Au niveau du poignet, c'est au contraire à la face, antérieure qu'on j trouve ces lamelles presque croùteuses, présentant du reste les mêmes caractères. La face dorsale des mains, au niveau de la région métacarpienne, est complètement intacte, mais les intervalles des doigts des deux mains, dans toute leur étendue et le bord cubital de la main droite, sont recouverts d'une exsudation séreuse abondante, et présentent une multitude de vésicules qui laissent suinter ce liquide.

M. Hardy, au contraire, considère ces éruptions comme étant très rares et cédant à quelques bains simples. Pour moi, et à l'instar de Biett, je m'en préoccupe beaucoup. Je dis qu'elles sont et doivent être plus fréquentes qu'on ne le pense; que les ouvriers y font peu attention, et que c'est créer une prédisposition fâcheuse à la peau pour l'avenir.

Ces frictions fortes ne conviennent pas d'ailleurs à tout le monde et à tous les âges. Voici une note textuelle que notre collègue M. Bouvier, de l'hôpital des Enfants, nous a remise et que nous croyons très important de reproduire: « J'ai Lâché d'introduire à l'hôpital des Enfants le traitement de la gale en deux heures. J'ai été obligé d'y renoncer : 1° difficultés de faire pratiquer des frictions soit avec le savon, soit avec la pommade, d'une manière exacte, générale et assez rude, sur des enfants plus sensibles que les adultes, qui eux-

•Jmêmes ressentent dans ce cas des douleurs plus ou moins vives; 1 12° récidives observées assez souvent sur des enfants traités ainsi, ou même frictionnés plusieurs fois {toujours de la même manière ) et t ramenés à l'hôpital par leurs parents; 3° fréquence extrême chez I îles enfants de pustules d'impétigo ou d'ecthyma, de vésicules d'eczéma avec inflammation vive, qui s'opposaient au traitement expé- !. ditif de Saint-Louis. Ce traitement ayant été quelquefois appliqué h (et plus souvent par méprise des gens de service ) dans des cas semblables, il en est résulté des maladies cutanées aiguës, de vives douleurs, de grandes excoriations, la fièvre, et le tout a été fort long à v ,guérir; k° enfin, dans quelques cas où cet état inflammatoire n' existait pas avant le traitement, celui-ci l'a provoqué, et les éruptions consécutives, sans être aussi graves que dans le cas précédent, ont été

I ( également longues à guéru\ » Mais il y a plus, notre collègue Hardy,

en médecin prudent, a abandonné son traitement en deux heures ;pour les gales pustuleuses. 11 fait entrer les malades à l'hôpital, et i il les traite pendant quatre ou cinq jours par les émollients avant

d'employer les sulfureux.

Ainsi se trouve justifié, pour les enfants au moins, ce que nous

> i disons depuis quelques années contre le traitement trop prompt et

> ; trop énergique de la gale. Je conçois que les administrateurs des

I I hôpitaux aient un grand intérêt à adopter une pareille thérapeu- II tique. Je comprends qu'il en soit ainsi pour les militaires, gens | jeunes, vigoureux, bien portants; mais pour les femmes, pour les i gens du monde, de structure plus irritable, c'est un traitement 1 qu'il faut modifier.

Depuis la publication de la méthode employée par notre honorable collègue Hardy, les médecins des hôpitaux civils l'ont adoptée,

l| et surtout les médecins du service militaire. En Belgique, M. Vleminckx a étendue cette méthode à toute l'armée et il déclare qu'il a éteint la gale dans l'armée belge. Nous exposerons plus loin son mode de traitement, un peu différent de celui de l'hôpital Saint- Louis. Mais nous établissons une grande différence entre la pratique civile et la pratique militaire, et nous avons publié dans la Gazette

i médicale (mars 1856) un article sur la thérapeutique de la gale, qui traduit toute notre pensée, et dont nous extrayons les passages sui-

bOa PATHOLOGIE Eï THÉRAPEUTIQUE SPECIALES.

vants comme formant le complément de la thérapeutique de la gale. Et d'abord, qu'est-ce que la gale?

Aux yeux de la généralité des médecins que nous avons nommés, la gale ne consiste que dans la présence de l'acarus sur le corps de l'homme, de sorte que, comme le dit M. Vleminckx, si l'on connaissait d'une manière certaine tous les points où peuvent se loger les acarus sur le corps, il suffirait d'aller les y détruire mécaniquement pour guérir la gale.

Cela est très bien pour le médecin armé de son microscope, mais pour le malade et le commun des médecins, il y a deux choses dans la gale : Y acarus, et Y éruption. Lorsque l'on aura tué mécaniquement Y acarus, on n'aura pas tué l'éruption. Vous répliquerez que l'éruption se guérira toute seule ; je le veux bien dans certains cas, mais dans bien d'autres non! Vous dites à un soldat : Va-t'en, tu es guéri : bene sit. Mais l'homme du monde, le malade civil vous répond : Je ne suis pas guéri, puisque j'ai le corps couvert de boutons.

J'admets que vous vous débarrassiez du malade civil comme du soldat. En combien de temps toute éruption galeuse va-t-elle cesser? Est-ce dans les deux jours, ou dans les deux heures, ou dans les cinq minutes de votre traitement propre à guérir la gale? Non. Ce sera en six, huit ou dix jours, et quelquefois en trois semaines ou un mois, malgré les soins les plus éclairés et non pas en abandonnant le malade à lui-même. Aussi lorsque Biett, Alibert et d'autres ont fixé à huit ou neuf jours la moyenne de la guérison de la gale, ils comprenaient dans ce laps de temps la guérison de l'éruption ; et lorsque les galeux étaient admis à l'hôpital, ils n'en sortaient qu'avec une peau nette et sans boutons. Ceci demande quelques développements.

Aujourd'hui l'éruption galeuse, qui d'ailleurs est toujours l'éruption d'autrefois, n'a pas chez tous les individus le même caractère. Aussi les acaricideurs purs disent-ils qu'il n'y a pas d'éruption galeuse, mais que la gale, qui n'est autre chose que l'insecte luimême, peut se compliquer d'éruption papuleuse ou vésiculeuse ou pustuleuse, c'est-à-dire de lichen, d'impétigo, d'ecthyma, d'eczéma, etc.

{ ' Pour le malade et pour les médecins qui appellent la présence de J Tacarus sur le corps de l'homme une maladie, c'est-à-dire la gale, Bil y a deux choses : Vinsecte avec sessillons, Yéruption qu'il développe mou qui se développe. Je dis d'abord pour le malade, car tant que iil'acarus existera seul, la gale n'existera pas pour le malade, et le iiimaladene viendra pas réclamer les soins du médecin. 11 pourra réprouver quelques démangeaisons, mais elles seront passagères et [insuffisantes pour appeler son attention.

Pour le médecin: à part quelques médecins spéciaux qui se sont rattachés à l'étude de la gale par position ou par nécessité, ou qui cen font l'objet de recherches, il n'y aura pas de gale pour la généralité d'entre eux.

D'où la conséquence, que pour l'ensemble des malades et des imédecins, il n'y a pas de gale sans éruption dans la pratique de la i médecine. Pour eux la maladie se compose de deux choses presque inséparables : l'insecte et l'éruption galeuse. Le malade n'est i réellement guéri que lorsque la peau est nette et rendue à son état i normal. Or quand on dit aujourd'hui qu'on l'on guérit la gale en « deux heures, en une demi-heure , en cinq minutes, on peut trai duire cette locution en ceci : que l'on détruit en deux heures, en i une demi-heure, en cinq minutes, les insectes de la gale et les œufs i qui les accompagnent, rien de plus, rien de moins. Or autrefois on i disait qu'une friction opérée mettait le galeux à l'abri de toute in- ! fection. Helmerich prétendait guérir la gale en vingt-quatre heures. ' Tout cela revient au même, rien n'est changé depuis.

Ainsi la véritable méthode acaricide consiste dans la friction gé- > : nérale. Elle n'est pas de date récente : elle remonte à Helmerich. On s'en est éloigné à tort , on y est revenu à raison ; mais cette friction » ; générale ne tue que l'insecte, elle ne guérit pas le bouton ou la complication galeuse, comme on voudra l'appeler. Mais comme aux yeux ( du malade il n'y a de guérison qu'à la condition que l'éruption de la gale a disparu et que la peau soit saine, je ne saurais dire que la gale est guérie en cinq minutes ou en une demi-heurq.

L'objection à ce raisonnement est bien simple aux yeux des partisans de ce mode si court de traitement : Ne vous occupez pas de l'éruption, dira-t-on, elle guérira seule : sublatâ causa, tollitur efjec-

tus. Voilà justement où nous ne sommes plus d'accord, et ce que nous allons discuter tout à l'heure. Mais auparavant, voyons s'il ne reste rien à dire sur ce traitement en deux heures ou en une demi, heure.

Est-il applicable à toutes les formes de gale? Est-il applicable à tous les individus ? Est-il applicable à tous les âges?

A ces trois questions, ma réponse est négative. Tl est constant, et ce fait est adopté par tous les médecins, que, dans les cas où la galè est à forme pustuleuse, ou, si l'on veut, compliquée d'ecthyma ou d'impétigo, il faut, pendant quatre ou cinq jours, s'attacher à fairè tomber l'irritation par des bains émollients, l'amidon à l'extérieur ou des onctions avec le saindoux. 11 en est de même si la forme vésiculeuse est très dessinée (gale aqueuse); aussi ces sortes de malades sont-ils reçus à l'hôpital Saint-Louis comme par le passé, pour y être traités ultérieurement à l'aide d'une pommade d'Helmerich plus faible. Ils font ordinairement un séjour de huit, dix, ou douze jours à l'hôpital.

Ce traitement en deux heures n'est pas applicable à tous les individus, et c'est ici que j'aborde le second point de vue sous lequel je veux envisager la question. Remarquez que tous les médecins qui en préconisent les résultats, tous ceux qui viennent confirmer l'excellente réforme, il faut bien le dire, que notre honorable collègue M. Hardy a introduite à l'hôpital, sont en général des médecins militaires. Or le soldat et l'ouvrier constituent une catégorie d'individus d'une bonne organisation en général, habitués aux vêtements plus ou moins forts, rudes, ou à étoffes grossières, dont la peau, en un mot, par ses contacts habituels, est peu impressionnable, peu sensible. Aussi supporte-t-elle facilement ces frictions capables de déchirer un sillon , frictions au savon noir, puis de la pommade d'Helmerich, etc.

Il n'en est plus de même d'une personne du monde, ou d'une femme qui naît et qui vit dans une autre atmosphère. J'ai fait ressortir cette différence capitale, et j'ai prouvé, par le témoignage dés médecins de la prison de Saint-Lazare, que, pour les filles publiques même, il avait fallu renoncer à ce traitement, à cause des éruptions secondaires qu'il développait.

' Ce que je viens de dire se rattache à plus forte raison à la ques- [tion d'âge. Chez les enfants et les jeunes gens, on surexcite la peau iavec un pareil traitement, et l'on a dû y renoncer à l'hôpital des ïEnfants.

D'où la conséquence que le traitement en' deux heures d'après lies méthodes préconisées, et contre lesquelles personne ne réclame, i doit subir des modifications en raison des trois circonstances que ije signalais plus haut.

Dans la pratique civile, le médecin a donc deux choses à traiter : l'acarus et l'éruption galeuse.

J'ai eu l'occasion de signaler quelles pourraient être les conséquences ultérieures de cet abandon de l'éruption à elle-même. J'ai prouvé, par la statistique, combien était fréquente la gale comme I antécédent des affections cutanées eczémateuse et lichénoïde ; et je ime suis demandé si les frictions fortes, telles qu'elles ont été préconisées, ne seraient pas la source d'éruptions ultérieures ou cause (prédisposante de maladie de la peau dont le malade pourrait diffi-

< cilement se débarrasser. Il y a déjà quelques années que j'ai posé

< cette question. Le temps seul pourra, la résoudre ; mais en présence i de la ténacité que présentent les éruptions secondaires nées de frici tions fortes, et dont les exemples ne sont pas rares dans notre ser- ■ vice à Saint-Louis, où nous ne recevons que des galeux traités en 1 deux heures et atteints de ces sortes d'éruptions, je me demande si, I partant de ce fait, il n'y a pas un grave inconvénient à abandonner ; à elle-même l'éruption galeuse après une première friction, et s'il

n'est pas beaucoup plus rationnel de ne quitter un galeux qu'alors i que la peau est rentrée dans l'état naturel. Je crois que tous les praticiens sages partageront ma manière de voir à ce sujet. D'où je conclus que guérir la gale en deux heures, en une demi-heure ou cinq minutes, ce n'est avoir fait que la moitié du chemin.

J'arrive maintenant à la partie qui a trait aux moyens mis en usage. On sait qu'à cet égard les agents propres à opérer la guérison de la gale sont tellement variés et tellement nombreux, qu'on serait tenté de dire qu'il estpeu d'agents médicamenteux un peu actifs par leur nature qui ne puissent opérer cette guérison. Le temps a consacré l'usage des sulfureux, et la généralité des praticiens s'y

arrête encore aujourd'hui. Parmi les composés de ce genre, la pommade d'Helmerich, à formule moins énergique que celle donnée par son auteur, est encore préférée aux autres préparations, parce qu'elle est d'un emploi plus sur.

Elle est cependant irritante de sa nature, en raison de la base alcaline qui en fait partie, la potasse. En effet, et nous avons eu le soin d'appeler l'attention des praticiens sur ce point, le sulfure à base de potasse est plus irritant que le sulfure à base de soude, et celui-ci beaucoup plus irritant que le sulfure à base de chaux. Aussi M. Vleminckx a-t-il fait faire un véritable progrès à la thérapeutique de la gale en remplaçant le sulfure de potasse par le sulfure de chaux, qui doit donner lieu bien moins fréquemment à des éruptions secondaires. L'agent est d'ailleurs à l'état liquide; il a son action plus directe sur la peau, et sur l'acarus par conséquent.

Toutefois, je doute que, s'il est sans inconvénient pour le soldat et l'ouvrier, il puisse en être de même pour les femmes et les individus d'un âge peu avancé de la vie. Leur peau, fine et impressionnable, en recevra une influence irritante plus ou moins marquée. Mais comme le sulfure préparé d'après la formule qui à été donnée par M. Vleminckx peut être étendu d'eau ou mêlé à un corps gras à l'instar du sulfure de potasse, c'est à cet agent que noai sommes porté à donner la préférence.

Dans la pommade d'Helmerich, il n'y a que peu ou point de sulfure formé. Le mélange de la fleur de soufre et du carbonate de potasse se fait à froid dans Taxonge, de sorte que le sel de potasse agit avec toute son énergie. La lotion de Dupuytren (sulfure de potasse) a été généralement reconnue comme étant trop irritante ; il y a donc lieu de lui préférer le sulfure de chaux. Il ne faut d'ailleurs que 70 à 1 00 grammes de ce sulfure pour la friction de tout le corps. Je l'ai expérimenté sur des galeux chargés d'éruption, et je n'ai pas sensiblement augmenté les boutons coïncidant, quoiqu'ils fussent moitié aqueux, moitié purulents.

Afin d'atténuer les effets du sulfure calcaire sur la peau, j'ai fait faire plusieurs mélanges atténuants. Le sulfure de chaux s'associe en toute proportion avec la glycérine, et cette dernière substance l'enveloppe suffisamment pour le préserver pendant un certain

GALE. 60g

Il temps d'une décomposition notable; c'est une préparation fort ■«.commode, l'odeur exceptée. L'axonge s'y unit facilement dans la .iiproportion de 30 grammes de sulfure pour 50 d'axonge; mais aussitôt que l'on a dépassé cette proportion, ce n'est plus qu'avec une ^peine extrême, et en ajoutant le sulfure goutte à goutte, que l'on ^parvient à solidifier le liquide. On peut aller ainsi jusqu'à parties égales de l'un et de l'autre; mais il est difficile d'aller au s .delà.

Afin de faciliter le mélange, j'ai fait ajouter k grammes de chaux ^délitée au mélange de 50 grammes de sulfure et de 50 grammes ^d'axonge, maisje n'ai rien obtenu. Quoiqu'il en soit, ce mélange est i Jd'une action douce et efficace. Je l'ai employé dans des gales pustuleuses compliquées même de rupia , ainsi que dans des gales a'.vésiculeuses, et je n'en ai retiré aucun effet irritant. Mais il ne faut [«s'adresser qu'au sulfure de chaux préparé d'après la méthode de M. Vleminckx, et non pas au sulfhydrate de sulfure de chaux, qu |.'est un épilatoire un peu irritant de la peau. Nous donnerons plusi J Join la formule de la préparation de ce sulfure.

On pourrait donc, en raison des âges, ajouter le sulfure de chaux «oit à de la glycérine, soit à de l'axonge, en le dosant ainsi qu'il suit, pour guérir la gale sans surexciter la peau. Ainsi, pour les individus habitués par leur position et leur état à aides contacts qui rendent la peau peu excitable, se servir sans crainte |lde sulfure de chaux pur ; pour les hommes du monde en général, faire un mélange à parties égales de glycérine ou de graisse avec Me sulfure de chaux; employer pour les femmes un tiers de sulfure ^ contre deux tiers d'excipient graisseux , et ramener le mélange au |uart pour les enfants.

J'attache une grande importance aux sulfures, parce qu'ils ont 3ertainement une action plus sûre que tous les mélanges de soufre; ■ 3e qu'il faut éviter, c'est qu'ils ne soient pas irritants pour la peau. Toutefois, il ne faut pas se dissimuler qu'ils ont, par l'odeur qu'ils 'épandent, un inconvénient très grave ; mais du moment que l'on mtre dans la voie des sulfureux, c'est du moins au plus. Un grand hvantage des sulfures, c'est de pouvoir faire laver immédiatement e malade après une demi-heure de contact avec ces préparations.

La généralité des individus qui veulent tenir caché le traitement de la gale pourront se rendre dans un établissement de bains , ou trouver pendant une heure un local dans lequel ils exerceront leur friction et leur lavage. J'insiste sur ce fait, parce que ce sont deux conditions très importantes : 1° celle d'agir avec un agent essentiellement toxique pour l'acarus, de manière à le détruire dans ! un court espace de temps; 2° de se servir d'un toxique qui n'irrite j pas la peau de manière à ne pas surexciter les boutons de la gale, et surtout à ne pas faire naître d'éruption secondaire.

Voici la formule du sulfure de chaux telle que cette matière est préparée en Belgique ; les proportions restent les mêmes, les chiffres seuls sont ramenés à des unités décimales.

if. Fleurs de soufre 20 grammes.

Chaux vive , 10 grammes.

Eau 155 grammes.

Portez à l'ébullition en opérant constamment le mélange, et faites bouillir jusqu'à ce que la combinaison soit parfaite. Passez à l'élimine. On obtient environ 100 grammes de liquide, qui sont plus que suffisants pour opérer la solution la plus complète et la plus étendue de tout le corps.

Après les sulfures alcalins, vient la pommade d'Helmerich. Sa composition est la suivante :

Fleur de soufre 20 grammes.

Carbonate de potasse *0 grammes.

Axonge • • • 80 Srammes*

ou, d'après Helmerich:

Axonge. ™ Srammes-

Fleur de soufre 8 g™es.

Carbonate de potasse * grammes.

Ainsi formulée, cette pommade est essentiellement irritante pour la peau ; on y a même renoncé à l'hôpital Saint-Louis, et l'on a réduit de' moitié la fleur de soufre et le carbonate de potasse.

Cependant, malgré cette atténuation, elle excite encore assez la

peau pour faire naître des éruptions secondaires, malgré des fric- : fions modérément fortes. Comme je le disais tout à l'heure, cet effet I tient au carbonate de potasse qu'elle renferme, et qui s'y trouve à I l'état presque libre. Aussi je ne prescris jamais de pommade d'Helimerich sans remplacer ce sel par le carbonate de soude, qui est 1 beaucoup moins actif.

Au point de vue de la gale, quels sont. les. éléments actifs de cette ipommade, puisque le soufre et le sel de potasse ne s'y trouvent pas .à l'état de combinaison. Je crois que le soufre est réellement l'éléiraent toxique de l'acarus; que le carbonate dépotasse peut aussi exercer une action , mais cette action est probablement mixte : irritante pour l'acarus et dissolvante de 1 epiderme des sillons. Sous ce double rapport, on comprendrait l'efficacité constante de cette pommade dans le traitement de la gale. D'ailleurs, il faut bien le idire, si le soufre n'y est pas à l'état de sulfure, il est là dans une corte de combinaison toute particulière, en vertu de laquelle le (joufre perd sa couleur jaune-serin pour prendre une nuance jaune (•ougeâtre bien moins prononcée.

Quel peut être l'avantage de la friction au savon noir qui précède i l'hôpital Saint-Louis l'emploi de la pommade d'Helmerich, et qui l£ aussi employée dans le traitement belge? Le savon noir est à oase de potasse; il est très caustique; il a pour but de nettoyer la beau, surtout chez les ouvriers; il agit aussi sur 1 epiderme des liions; il le ramollit et le prépare à se laisser pénétrer par la lubstance toxique pour l'insecte.

. H serait Partant possible qu'il fit plus. Le docteur Debout nous fiait, il y a quelque temps, qu'ayant été chargé d'un service miliare de galeux, il avait trois fois contracté la gale, et que pour la uérir il ne s'était jamais servi que de frictions savonneuses.

Nous pensons qu'à l'aide des lotions au sulfure de chaux, les tions, et surtout les frictions savonneuses, peuvent être supprimes dans la généralité des cas où la peau est propre, et que touurs un bain alcalin d'une demi-heure de temps suffirait pour les | replacer ; c'est d'ailleurs ce qui se fâif en Belgique. ! Le docteur Bourguignon a donné deux nouvelles formules pour

traitement de ta gale. Dans l'une, il s'agit d une préparation dans

laquelle la glycérine remplace l'axonge de la pommade d'Helme-

rich. Elle est ainsi formulée :

Gomme adragante * gramme.

Sous-carbonate de potasse 50 grammes.

Soulre 100 grammes.

Essences de lavande, de citron, de navette,

de girofle, de canelle, de chaque. ... 1 gramme.

Glycérine 200 grammes.

pour une friction.

11 formule son traitement comme il suit : un bain savonneux, une friction le soir ; un bain simple le lendemain matin, une seconde friction le soir; un troisième bain le lendemain matin.

Faisons d'abord remarquer que dans cette glycérine d'Helmerich la dose cl u sel de potasse constitue le quart de la préparation, ce qui double l'alcalinité de la liqueur. Puis quel est l'avantage de ces additions d'essences? est-ce pour masquer l'odeur de la pommade? Mais si elle ne sent plus le soufre, elle sentira bien fort les essences.

Quant à la seconde formule, les essences sont en proportion quatre fois plus grande; il est vrai qu'il n'y entre plus de carbonate de potasse, mais simplement du soufre. Cette dose d'essence est-elle basée sur les expériences que notre collègue, M. Cazenave, a faites des eaux distillées dans le traitement de la gale? Cela est probable. Mais j'avouerai que les guérisons dans ce cas ont été souvent incer taines La seconde formule donnée par M. Bourguignon réussira donc à cause du soufre qu'elle renferme, puisque la pommade soufrée guérit parfaitement la gale ; mais elle sera si aromatique, qu'elle incommodera les femmes un peu nerveuses et les enfants. Voici quelle est cette seconde formule :

Jaunes d'œufs n° 2

Essence de lavande j» grammes.

— de citron 5

— de navette 5

— de girofle ' 4

de cannelle "

Gomme adragante 2

Soufre bien broyé 100

Glycérine 200 .

350 grammes.

I Que dirai-je du traitement tout récent de MM. Duzard et PU] on ?

On place le malade sur un tabouret assez élevé pour qu'il se trouve i plus haut que l'opérateur. On enveloppe la tête d'un vaste cornet I de papier évasé par le haut, de manière que le malade ne soit pas i incommodé par l'odeur de l'agent thérapeutique, et qu'il respire un I ; air un peu pur. On promène sur toute la surface de la peau un pin- 3| i ceau de blaireau ou de charpie humecté de liquide, et l'opération est i terminée en cinq minutes. Seulement il faut que le malade soit

I placé dans un espace bien ventilé. Après trente-six heures écoulées, un bain simple. Quant au liquide, il se compose de 12 grammes de

I I chlorure de soufre dissous dans 100 grammes de sulfure de car- )j I bone. Tout ce que l'on peut dire de cette médication, c'est qu'elle j i constitue le traitement d'été de la gale, car il serait difficile de remplir ces conditions en hiver. On le conçoit d'ailleurs parfaitement

ï i en présence de l'odeur infecte qu'exhalent les substances employées. Après avoir passé en revue, et apprécié à ce que nous croyons I être leur juste valeur, les méthodes et les agents employés ou préiconisés aujourd'hui dans le traitement de la gale, nous serions i incomplet si nous ne formulions pas une thérapeutique d'ensemble ! telle que nous la concevons.

1° La peau doit être propre pour se trouver dans les conditions iles plus favorables à l'application d'un topique; un bain avec 500 grammes de savon blanc remplit parfaitement ce but. C'est assez dire que tout autre savon peut être mis en usage soit dans le ibain, soit à l'état de lotion pour nettoyer la peau.

2° Trois conditions doivent diriger le médecin dans le mode de i traitement et dans le choix du moyen : l'état social de l'individu, l son âge, la forme de la gale. L'homme de la campagne, le soldat, I l'ouvrier, supporteront sans inconvénients le sulfure de chaux pur; il suffira de l'étendre sur la peau, principalement dans les parties l où siège le plus souvent l'acarus, les mains et les pieds, la partie interne des membres, le ventre, la verge chez l'homme, le voisinage des mamelles et le mamelon chez la femme, sans négliger toutefois le reste de la surface du corps, la figure exceptée.

Mais il ne faut jamais employer de frictions très fortes. Ces frictions ont été recommandées dans le but de déchirer les sillons pour

iîH PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

mettre à nu la ponte des acarus. Ce sont ces frictions qui sont l'origine de toutes les éruptions secondaires quelquefois si rebelles, et nous ne saurions trop nous ('lever contre cet usage.

Quelle nécessité y a-t-il d'ailleurs de guérir la gale en une seule friction? Je la comprendais pour le soldat et l'ouvrier, je la comprends moins pour toute autre classe de la société. D'ailleurs la lotion aqueuse de sulfure de chaux pénètre '.facilement l'épidémie, et elle ne nécessite pas ces déchirures de sillon, après un bain savonneux préparatoire à la lotion. Les agents excipients graisseux imprègnent moins bien la peau , mais ils ont l'avantage de moins irriter.

C'est ainsi que la condition sociale de l'individu, en autorisant sans aucun inconvénient une seconde friction, vient naturellement apporter un changement dans les prescriptions du médecin. Quoi qu'il arrive, après une seule friction, le sujet galeux ne peut pas transmettre la gale ; tous les acarus libres sont tués ; la ponte des œufs et leur éclosion sont assez modifiées pour être retardées.

Chez la femme, et à plus forte raison chez l'enfant, le choix du moyen est très important; les doses des agents doivent être réduites à moitié ou au quart: l'effet en sera le même, et la peau ne deviendra pas le siège d'éruptions secondaires.

Quant à la forme de la gale, ou ce que l'on veut appeler aujourd'hui la complication de la gale, il y a à cet égard, comme je l'ai décrit trois états de boutons, généralement très distincts, et qui se montrent sur les individus en raison de leur tempérament et de l'ancienneté de la maladie ; de là ces dénominations de gales papuleuse, aqueuse ou vésiculeuse et de gale pustuleuse. Ces formes sont généralement assez dessinées pour que l'on puisse prévoir la nature de l'éruption secondaire qui se manifeste à la peau après une friction trop forte: du lichen par centaines de papules dans la première espèce, un état eczémateux dans la seconde, des furoncles ou des abcès dans la troisième.

C'est la gale papuleusequi supporte la médication la plus active; après elle, la gale aqueuse, et ensuite la gale purulente. A l'égard de celle-ci, il est toujours sage de calmer l'irritation de la poau au préalable, et ce pendant deux ou trois jours, à l'aide de bains émoi-

I lients et d'onctions avec le saindoux. Ce sera placer tout d'abord i l'individu qui en est atteint dans des conditions de transmission à j .peu près nulles, car les corps gras seuls font périr les acarus, ainsi h que je m'en suis assuré, mais ils n'atteignent pas leur ponte. D'aili . leurs, dans la forme pustuleuse de la gale, il y a beaucoup moins ' i d'acarus que dans les autres, et partant moins de danger de transit mission.

C'est assez dire que l'agent insecticide que l'on emploiera vers il le troisième jour doit être extrêmement doux, et qu'il faudra re- ; i courir plusieurs jours de suite à son emploi, plutôt que faire courir j .au malade le risque de voir surgir une série de furoncles ou tout i autre accident secondaire.

3° Une fois l'insecte et sa ponte détruits, la gale n'est pas guérie; Kelle ne l'est qu'à la condition que la peau est exempte de toute it espèce d'éruption, et qu'elle est rentrée dans son état naturel. Les llbains répétés tous les jours, bains simples, bains émollients; les applications de saindoux ou de cold-cream tous les soirs sur la suriface de la peau , principalement où existe l'éruption; l'absence de atout grattage, de tout vêtement de laine, voilà les moyens qui conduiront à la guérison. Quelque bien entendus que soient les soins, il faudra toujours huit à dix jours pour obtenir ce résultat;, et à nos i ;yeux le médecin est blâmable au point de vue de l'avenir, qui nous ■ji est encore inconnu, de ne pas parfaire la guérison de la gale< en

I I présence de cette maladie qui se chiffre pour une proportion si considérable, comme antécédent, principalement dans les affections ; i eczémateuses et lichénoïdes.

Reste la question de vêtements. Il est toujours sage d'en changer i entièrement, et de faire passer au soufre ou à l'étuve ceux que le i malade portait.

L'étuve suffisamment chauffée suffit à faire périr l'acarus ; elle offre l'avantage de n'exercer aucune action décolorante des vêtements.

En résumé, nous n'avons pas eu en vue de critiquer aucun des progrès que l'on a fait subir au traitement de la gale, mais au milieu de la multiplicité des moyens et des méthodes, il était peut-être nécessaire de poser quelques préceptes de thérapeutique ; c'est ce que nous avons cherché à faire dans cette note.

Maladie pédiculaire, phthiriasie.

On donne cette dénomination à une affection de la peau, qui, en dehors des phénomènes morbides cutanés, donne lieu à la produc-^ tion de trois insectes différents : le pediculus capitis, le pediculus corporis, et le pediculus pubis. Les deux premiers sont généralement désignés sous le nom de poux de la tête et du corps; le dernier, sous le nom vulgaire de morpion. Ces trois insectes sont considérés par de Geer, Linné, et d'autres naturalistes, comme n'étant que des • variétés du même genre. Mais si l'on a égard à la forme de chacun d'eux , et notamment à celle du pediculus pubis, à son siège tout spécial et toujours constant, à sa situation à la base de chaque poil, dont il ne s'éloigne jamais, au mode de piqûre et de sensation douloureuse qu'il produit, on est porté à en faire une catégorie à part; ajoutons qu'il est loin de pulluler à l'instar des poux, et de donner naissance aux sécrétions morbides que les poux déterminent. Nous donnerons donc une description à part de! l'affection à laquelle se rattache le pediculus pubis, et nous réser-' verons la dénomination de maladie pédiculaire pour l'affection dans laquelle il se produit des poux , soit sur la tête, soit sur le corps.

Quant aux caractères communs à ces insectes, ce sont les suivants : Insectes aptères, à corps aplati avec enveloppe coriace, diaphane à son centre ; tête distincte, ovale ou triangulaire, avec, petit mamelon charnu renfermant un petit suçoir; deux antennes, deux petits yeux ronds; corselets, presque carrés; sil pattes grosses et d'une égale longueur. Ils sont ovipares, leurs œufs portent le nom de lentes; les mâles ont le bout de l'abdomen arrondi, tandis qu'il est échancré chez les femelles, qui n'ont pas d'aiguillon.

Ceci posé, je crois que les auteurs modernes ont fait trop bon marché de la maladie qui nous occupe, tandis que les an* ciens y attachaient une importance un peu trop grande peutêtre.

Il est peu d'affections qui, au point de vue des soins à donner à

q 'enfance, intéressent plus le médecin. Quoique beaucoup plus commua' chez l'enfant, elle peut se rencontrer assez fréquemment dans jious les âges de la vie; mais alors, tantôt elle affecte le cuir cheleelu, tantôt le corps.

Elle ne parait pas naître des mêmes causes, suivant qu'elle siège ur ces diverses parties. Dans l'enfance, quelle que soit la propreté lont les enfants sont entourés, il n'est pas rare de voir surgir tout i coup, durant la convalescence d'une maladie ou après quelques ; «rodromes de malaise, d'inappétence, de lassitude générale, une i quantité considérable de poux à la tête.

Si, au contraire, c'est la surface du corps qui est le siège de la i maladie, alors la malpropreté, la misère avec toutes ses conséi piences, l'ont presque toujours déterminée.

Certes, cette maladie peut se transmettre d'un enfant à un autre I iinfant, et même quelques dermatologistes très recommandables la considèrent comme ayant toujours cette origine. Telle n'est pas lotre manière de voir , et sans repousser cette transmission qui doit i ivoir lieu dans beaucoup de cas, nous considérons la maladie pédi- I i;ulaire de l'enfance comme pouvant être très fréquemment sponanée dans des conditions données de tempérament, de constitution i et de vie sociale de l'enfant.

Cette spontanéité, nous l'admettons aussi à l'égard de l'adulte et j lu vieillard , par cette coïncidence, signalée d'ailleurs par tout le : nonde, de la maladie pédiculaire avec la malpropreté et la misère. iln cela , nous partageons la manière de voir des auteurs les plus i anciens, et les idées plus récemment émises à ce sujet par Moronl./al, autrefois médecin de l'hôpital Saint-Louis.

Il est peu d'insectes qui pullulent avec une aussi grande rapidité et en aussi grand nombre. L'observation que nous rapporterons i îi-après, est une preuve évidente de ces deux conditions de développement, en même temps qu'elle démontre la possibilité d'une lîpontanéité d'origine dans les conditions que nous avons signalées plus haut.

Tous les dermatologistes ont insisté sur cette génération si consi- ! dérablc de poux à la surface de la peau dans quelques cas. 11 en est qui ont été plus loin, et qui ont admis la production de ces insectes

dans l'épaisseur de ce tissù sous l'orme de poches ou tumeurs qui se crèvent et mettent en dehors une véritahle fourmilière d'insectes. Lieutaud va plus loin encore, et cite les cas d'autopsies qui ont démontré non-seulement l'existence de ces poches sous le cuir chevelu, mais encore sous les membranes du cerveau et dans la propre substance de cet organe ; en sorte que les poux pourraient s'intro-i duire plus loin que le pvlex penctrans, qui se loge constamment dans l'épaisseur de la peau, et qui est pourvu d'organes propres 1 opérer cette pénétration. Presque tous les auteurs modernes nient ou mettent en doute l'existence de ces poches, et nous ne saurions aller aussi loin que Lieutaud à cet égard ; mais nous avons été à même d'observer ces sortes de productions exceptionnelles, nous avons vu ces tumeurs remplies de myriades de poux : nous nous en expliquons difficilement la formation, nous en admettons cependant l'existence sans rien préciser sur leur siège. 8e sécrète-t-il une humeur qui se concrète pour former les parois d'une sorte d'enveloppe? La ponte des lentes est-elle sous-épidermique? C'est ce que nons ne saurions déterminer ; mais quant aux tumeurs pédiculairesj nous les avons vues.

Rust rapporte qu'il fut appelé en consultation auprès d'un enfant mâle, âgé de treize ans , qui portait sur la tête une très grosse tumeur pour laquelle un grand nombre de remèdes avaient été inutilement employés. Cette tumeur, peu élevée, mollasse, sani fluctuation, n'offrait aucune trace d'inflammation. Le malade, qui était dans un état cachectique, se plaignait seulement d'une démanl geaison insupportable dans l'intérieur de la tumeur. On y pratiqua une incision : il en sortit une immense quantité de petits poux blancs ; elle ne contenait rien autre chose, et le malade guérit rapidement. G. Heberden, d'après Ed. Wilmot, a cité un cas sein* blable. Bernard Vallentin rapporte l'histoire d'un homme qui, des faits que nous avons cités, avait des démangeaisons insuppor* tables sur la peau, et dont tout le corps ("tait couvert de petits tubercules analogues. Ces petites tumeurs furent incisées : il n'en sortit ni sérosité, ni sang, ni pus; mais elles contenaient une si grande quantité de poux de diverses grosseurs, que le malade faillit en mourir de frayeur, Eh bien , c'est en présence de tels faits que l'on

mis en doute la spontanéité des poux. Ainsi, M. Rayer se demande ces tumeurs n'étaient pas formées par des follicules cutanés, ilatés, dans lesquels des pediculi auraient pénétré et se seraient ■produits?

Tout le monde rattache à la malpropreté et à la misère le déveppement des poux; personne ne peut nier leur manifestation

; >ontanée chez certains, enfants, ou chez des" jeunes gens et même 3S adultes, durant le cours des maladies graves, et alors même ae ces enfants sont entourés des plus grands soins de propreté : il a donc là une cause toute spéciale qui nous est inconnue, et qui

! Dnne lieu à cette fécondation spontanée ; car ces enfants, comme îs adultes, ne sont pas en contact avec d'autres enfants qui soient iteints de maladie pédiculaire.

I Mais il y a plus, ce n'est pas seulement pour la tête que j'admets

é spontanéité de cette maladie, je dis qu'elle a lieu aussi pour le irps. J'ai eu l'occasion de recueillir à cet égard un grand nombre B faits. Malheureusement ils ne se rattachent pas à des individus if la propreté et les contacts desquels j'aie toujours pu compter ;

pais j'en ai vu surtout que je ne puis pas considérer comme étant ans les mêmes conditions. Il s'agit, par exemple, d'un homme e trente-sept ans, marié, ayant plusieurs enfants , vivant et coulant constamment avec sa femme, et qui, pour la troisième fois, ait atteint d'une maladie pédiculaire du corps. Son père, chose jmarquable, avait comme lui été assez souvent sujet à la même Section ; le développement de celle-ci était précédé de malaise snéral , de lassitude, d'anorexie, à la suite desquels se montrait ne démangeaison à la peau avec un picotement, et en quelques Mrs des poux en proportion assez notable se manifestaient. D'ail- Mirs pourquoi ce qui se produit à la tête chez l'enfant dans le jeune ge ne se produirait-il pas sur le corps? Nous avons donné des soins à une dame qui habitait un château,

. t qui couchait dans une alcôve à deux lits : son mari occupait le eèbnd lit. Deux ou trois fois par an, quelque soin qu'elle prit 'elle-même, malgré des soins hebdomadaires, elle était prise de la laladie du corps, que son mari ne contractait pas. Elle avait porté js précautions assez loin pour faire changer à chaque atteinto

de poux, non-seulement ses draps et ses couvertures, mais encore ses matelas.

Voici deux observations du même genre.

Maladie pédiculaire spontanée. — Madame veuve Thénard, trente-sept ans. Tempérament lymphatique sanguin, santé débile, maladies et incommodités fréquentes. Rien de notable du côté des organes génitaux ; l'estomac est capricieux; les digestions' sont lentes et capricieuses; la langue est fendillée, j La malade est mal nourrie et loge dans un appartement humide et peu aéré.

Au printemps, elle était sujette à des boutons et à des démangeaisons ; cette année les boutons furent plus nombreux. Il y a trois mois parut une " éruption de papules causant des démangeaisons vives sur la partie supérieure du dos, sur les épaules, la partie supérieure de la poitrine, dans les aisselles.'! Quelques jours après, parurent des poux en petite quantité, qui ne gagnaient jamais le cuir chevelu ni le pubis et la partie inférieure du corps. La malade lesrdélruisait, et tous les jours en tuait quatre ou cinq qui semblaient sortir à la peau ; mais leur apparition ne cessait pas. L'éruption revêtit les caractère» du lichen mêlé au prurigo. La tête est saine, sans croûtes ni parasites. Là! malade ne peut indiquer aucun mode de contagion ; elle n'a fréquenté per- I sonne qui fût infecté, etc. Bien plus, elle couche avec sa fille, âgée de dix-huit ans ; cette jeune fille a trouvé sur son corps quelques poux, qui ne se sont pas reproduits, qui ne lui ont pas causé de démangeaisons et qui n"ont amené aucune éruption, aucune papule. — Prescription. Chicorée, bains sulfureux. 27 mars. La malade se représente à la consultation; les poux n'ont pas complètement disparu , mais personne n'a été infecté par son contact.

Maladie pédiculaire. — Moque t Benoist, quarante-trois ans. courtier de commerce, rue du Cloître-Notre-Dame, 10, neuvième arrondissement, né à Viviers, Aisne; veuf. — Tempérament sanguin. Bonne santé habituelle. Il y a vingt-trois ou vingt-quatre ans il eut des chancres et un écoulement. — Il y a un an, à la suite de fatigues et de contrariétés, il eut une éruption de prurigo et de lichen accompagnée de poux. 11 fut traité à Saint-Louis chez M. Cazenave par des bains alcalins et des pilules d'aconit et de taraxacum. Il sortit guéri au bout d'un mois. — Cette année, les poux reparurent en même temps que des papules de lichen et de prurigo. Comme l'année dernière, il ne peut indiquer aucune source de contagion, si ce n'est un chien qui couche habituellement sur son lit. Il n'a communiqué les parasites à personne quoiqu'il ait eu des rapports intimes avec plusieurs individus. Les poux n'ont gagné ni la tête, ni la barbe, ni le pubis. Ils n'étaient pas en grande quantité, il semblait au malade qu'ils sortaient de la peau. Du reste il se lient propre, change de linge deux ou trois fois par semaine, et prend fréquemment des bains. — 20 mars 1856. L'éruption et les démangeaisons occupent le ventre, les jambes, les épaules et surtout la partie interne des cuisses. Elle affecte la

MALADIE PÈMCULAIRE. 621

rmedu lichen mêlé au prurigo. — Prescription. Bains sulfureux; sirop lulfureux; pommade soufrée à un gramme pour trente. — 12 avril. Il existe itncore quelques traces de lichen et de prurigo aux cuisses et au ventre. Les lémangeaisons ont diminué. Les poux ont disparu dès la deuxième semaine lu séjour. — 15. Exeat; guéri.

Nous le répétons donc, la maladie pédiculaire, soit de la tête, îoit du corps, peut être spontanée. Je sais que les entomologistes ne .sauraient admettre une pareille manière de voir ; mais il faut se cendre h l'évidence des faits, malgré les théories et les observations que l'on peut puiser dans une étude approfondie de l'histoire naturelle.

La maladie est le plus souvent fort discrète, et c'est surtout le cas où elle a été contractée d'enfant à enfant ou d'adulte à adulte ; car alors elle ne présente pas les mêmes phénomènes. Ainsi lorsqu'un enfant se coiffe d'un bonnet qui contient un ou plusieurs poux, ceux-ci s'attachent aux cheveux; ils donnent lieu à des pontes successives, et les poux se disséminent peu à peu à toute la surface de la peau, en y déterminant des démangeaisons, à la suite desquelles surviennent de légères érosions , par suite de grattages. L'enfant n'en est pas autrement incommodé ; la peau n'en est pas autrement malade. Lorsque, au contraire , l'affection naît spontanément, il se montre des démangeaisons d'abord; puis la peau sécrète bientôt une humeur très visqueuse qui agglutine tous les cheveux, les rend collants, plastiques, humides à un tel point que, à la première vue, on reconnaît la maladie pédiculaire de la tête. Chose remarquable, il y a toujours une seule portion de cuir chevelu qui est affectée, à moins que la date du mal ne soit ancienne. ! Les poux se répandent bien sur la totalité des cheveux, mais le foyer du mal, qui est unique ou multiple, est très nettement circonscrit. 11 en résulte des mèches plus ou moins considérables de cheveux agglutinés d'une part ; d'une autre part, les poux, en se disséminant et en abandonnant le foyer d'origine, déposent, au fur et ;i mesure du trajet qu'ils parcourent, des lentes sur les cheveux, en sorte que ces derniers sont recouverts sur leur longueur de petits points grisâtres, arrondis, qui bientôt deviendront des insectes. La peau elle-même est excoriée, suintante, croûteuse ; le derme est à

nu, et, dans quelques cas même, il y existe des ulcérations grisâtres de mauvais caractère.

La maladie est très fréquemment bornée à la tête. Willan prétend même qu'elle ne s'étend jamais au delà; c'est une erreur. Cependant, il faut le dire, ce n'est pas ce qui a lieu le plus généralement.

Il est rare que la production des poux à la surface du corps se borne à causer des démangeaisons et des excoriations par suite du grattage; elle y fait naître encore des papules, dont le malade arrache le sommet: de là la forme morbide désignée sous le nom de prurigo pédiculaire. Est-ce une variété du prurigo dans laquelle les poux ne seraient que secondaires, ou au contraire une forme inhérente à la présence des poux? C'est une question que plusieurs auteurs n'ont pas hésité à résoudre dans le premier sens; mais, pour nous, nous croyons que le prurigo, lorsqu'il se montre à la peau avec les caractères qui lui sont propres, est primitif ; que les poux n'ont été que secondaires et gagnés d'individu à individu par accident. De sorte que dans le prurigo pédiculaire (voy. cet article) il y a deux choses : les papules de prurigo avec leurs caractères distinctifs et leur siège, tandis que dans la maladie pédiculaire proprement dite, on ne voit que des excorations de peau sécrétant de la sérosité et ne donnant pas de sang, et çà et là des papules fournissant la même sécrétion: ce n'est plus d'ailleurs le même siège, la maladie pédiculaire existe tant en avant qu'en arrière, et le prurigo n'affecte que les parties postérieures. C'est là ce qui nous a fait mettre en doute l'existence du prurigo pédiculaire, que nous regardons plutôt comme un prurigo avec complication de poux contractés en couchant avec un individu qui en était plus ou moins couvert, ou dans des draps qui en contenaient dans leurs plicatures; car les poux se logent ordinairement dans les vêtements.

Le pedicu lus pubis se distingue nettement par sa forme des deux autres insectes ; il a pour cachet aussi d'adhérer fortement à la peau, de s'y implanter à la base des poils, et de ne dépasser les limites dos parties génitales que pour se porter à la base des poils qui peuvent se trouver disséminés à la surface du corps.

Abandonnée à elle-même, la maladie pédiculaire de la tête est,

pour l'enfant et pour l'adulte même, une source puissance d'incomi modités ; elle surexcite le système nerveux, elle amène l'insomnie, l'agitation, bientôt l'inappétence et l'amaigrissement ; de sorte que si l'on continuait à respecter les poux, l'entant pourrait tomber dans une sorte de marasme.

Mais cette affection peut, dans certaines maladies graves, être considérée comme une solution critique très avantageuse de la ma- .ladie. Il faut donc savoir la respecter jusqu'au point de ne pas nuire à l'enfant. En se reportant à l'observation à laquelle nous avons fait allusion déjà deux fois, on comprendra dans quel état doit être un individu atteint d'une maladie pédiculaire générale ; et l'on expliquerait, jusqu'à un certain point, comment Hérode, Sylla, Ennius, Philippe II roi d'Espagne, ont pu succomber à cette maladie portée à un tel degré.

, Ces détails une fois établis, abordons la thérapeutique de cette imaladie pédiculaire. En général, rien n'est plus facile que de couper court à cette affection. Mille moyens l'enrayent et la guérissent: aussi importe-t-il moins au médecin de connaître ces moyens que de savoir juger s'il y a ou non opportunité à enrayer le mal. Nous allons nous attacher à poser d'abord ces principes en isolant chacune de ces affections, puisqu'elles se rattachent réellement à des âges différents.

Depuis longtemps on avait signalé le danger qu'il y avait à supprimer la maladie pédiculaire chez l'enfant. C'est avec surprise que l'on trouve cette assertion mise en doute par quelques auteurs modernes fort recommandâmes d'ailleurs. Pour nous nous avons vu la mort survenir chez deux enfants, et cela clans l'espace de six à huit jours, pour avoir coupé les cheveux d'enfants atteints de maladie pédiculaire. Nous avons même vu des maladies graves surgir de cette même circonstance chez 1 adulte. — On sait combien, dans les hôpitaux, les religieuses sont esclaves des soins de propreté; lorsqu'elles reçoivent dans les salles des malades atteints de cette faction, elles s'empressent de s'opposer à la transmission en endurant le malade de tous les soins possibles de propreté. Le médecin prescrit-il la section d'une portion des cheveux, elles s'empressent, dans leur inexpérience, de faire couper ras la totalité. Dès

lors, cessation de la démangeaison, suppression de la sécrétion abondante qui en est une conséquence, refroidissement de la tête, répercussion de la maladie du cuir chevelu, et développement d'une affection cérébrale grave chez l'enfant, ou d'un état morbide général avec symptômes graves, sans qu'on puisse, dans quelques cas, préciser la nature de l'organe affecté pour l'adulte. Ce n'est qu'à force de rubéfiants ou de larges vésicants que l'on parvient à enrayer le? accidents ; heureux encore lorsqu'on réussit.

Ce ne saurait donc être un fait douteux que les conséquences fâcheuses qui peuvent surgir de cette suppression. En thèse générale, s'il ne faut pas favoriser la formation des poux chez l'enfant, et encore est-il beaucoup de circonstances où cette production conr stitue la crise heureuse d'une maladie, au moins faut-il la respecter à son début et pendant une certaine période de temps. La seule con' dition qui exige impérieusement de faire cesser la maladie, c'est le cas où l'enfant en souffre réellement et où sa santé tend à en être altérée.

Alors on fait peigner peu à peu la tête de l'enfant ; on fait brosser 1 les cheveux pour en détacher le plus de lentes possible. On peuti même faire couper la sixième ou la cinquième partie de leur: longueur, et répéter cette opération tous les deux ou trois jours, en prenant le soin de faire couvrir la tête dans la proportion où ces sections en enlèvent le vêtement naturel. La section des cheveux est le moyen le plus puissant pour arrêter l'affection pédiculaire, pavée que, avec les cheveux, elle enlève la production ultérieure des insectes: mais c'est celui dont l'emploi est le plus difficile et le. plus dangereux. Aussi, chez les jeunes enfants, faut-il luipréterev les soins ordinaires de propreté. Du moment que l'on diminue les poux, de quelque manière que ce soit, on est sûr de diminuer la maladie et les accidents qu'elle développe. Il ne me paraît pas nécessaire d'y ajouter d'autres agents, que je vais d'ailleurs faire connaître, à l'égard des adultes.

Pour ceux-ci, il est rare que l'affection ne se soit pas développée avec rapidité et avec énergie. La chevelure est presque toujours abondante ; les cheveux sont agglutinés et intriqués les uns dans les autres. Chercher à les isoler serait un essai inutile, la section

MALADIE PÉD1CULAIRE. 625

!' seule fait justice de celte difficulté ; c'est encore avec les mêmes précautions qu'il faut y arriver. 11 faut de plus administrer des bains I excitants, c'est-à-dire des bains sulfureux un peu forts et même ,des bains de vapeur, afin de porter une excitation vive sur la .généralité de la surface de la peau. — Un peu plus tard on fait étendre de l'axonge, du saindoux ou de l'huile sur la tête: ce moyen seul suffit pour tuer les poux vivants. — On lave la tête :tous les jours avec de l'eau alcaline contenant 10 grammes de carbonate de soude pour 500 grammes d'eau. — Enfin on arrrive à l'emploi d'une pommade alcaline composée d'axonge, :30 grammes, et carbonate de potasse, 2 grammes. Les bains sul- I fureux doivent être employés même au delà du temps que dure l'affection.

C'est en changeant fréquemment le linge des malades atteints de , prurigo pédiculaire, ou en leur faisant prendre d'une manière sou- I tenue des bains alcalins ou savonneux, que l'on fait céder cette I affection. Il n'est pas nécessaire d'employer des pommades. Mais il ■ ne faut pas perdre de vue que la maladie a été engendrée non- ! seulement par la malpropreté, mais encore par la misère et les privations qu'elle entraîne à sa suite. Il y a donc lieu de fortifier le malade, et par un bon régime alimentaire, et par une sage administration de toniques à l'intérieur, car on a presque toujours affaire ià des vieillards.

Nous avons peu de chose à dire de la maladie pédiculaire du pubis. Tout le monde sait sa marche : elle est ordinairement bornée aux parties génitales, mais elle peut s'étendre à tout le corps. Chose remarquable, c'est sa forme immédiate qui fait que des malades l attendent souvent fort lard pour se faire traiter ; notamment les personnes d'une vie régulière, et qui couchent par hasard dans un lit d'auberge, y contractent cette affection. Chacun sait qu'il suffit de quelques frictions d'onguent mercuriel simple et de bains d'eau pour l'arrêter immédiatement et la guérir. Dans le cas où l'on ne voudrait pas se servir de cet onguent, pour des motifs puisés dans des conditions de position sociale, on pourrait avoir recours à l'onguent citrin ou à des bains de sublimé.

Dans ces trois formes pédiculaires, nous ne saurions trop recom-

mander de faire changer les vêtements des malades, ou au moins de les faire nettoyer, lessiver et passer au soufre.

Je terminerai l'histoire de la phthiriase par une observation fort remarquable que j'ai citée plusieurs fois dans cet article.

B..., âgé de irente-huit ans, né de parents misérables, a joui d'une excellente santé jusqu'en l8Zi2, -eù il fut pris de douleurs rhumatismales de peu de durée. Peu de temps après , quoique père de huit enfants, il se livre à la vie la plus déréglée, passant les nuits dans les bois voisins du village qu'il habitait, vivant de pain noir et de légumes crus qu'il pouvait dérober, ayant d'ailleurs des rapports avec toutes les ouvrières d'une blanchisserie voisine, alors qu'elles le suivaient de gré ou de force. — Écoulement uréthral et chancre. Peu après, développement de petits boutons pleins d'eau entre les doigts, se multipliant d'une manière successive aux poignets, au pli des membres et causant de la démangeaison : c'était la gale. Entré à l'hôpital de Bernay. Le médecin s'occupe d'abord du traitement de la blennorrhagie et des chancres. Un jour, après avoir pris une potion nouvelle, que le malade a considérée comme étant plus énergique que de coutume, l'écoulement diminua tout à coup, ainsi que le gonflement du prépuce; mais en même temps il fut pris d'un malaise général avec céphalalgie in-s tense... ; puis, tout son corps devint le siège d'une démangeaison beaucoup plus vive que celle de la gale, et, dans l'espace de vingt-quatre heures, il aperçut à la peau des milliers de poux. Il n'en avait jamais eu auparavant. En vingt-quatre heures aussi disparurent tous les boutons de gale. Telle était alors son affreuse position qu'il se grattait jusqu'à s'excorier la' peau; et* au lieu de sang, c'était une malière roussâtre et infecte qui s'écoulait. Gettg matière, en se concrétant, donnait naissance à des croûtes hideuses. Sa chemise, imprégnée de l'humeur qui s'échappait, aurait pu, dit-il, tenir droit comme un pieu, après avoir été séchée. Les poux pullulant d'une manière effrayante, et la peau devenant de plus en plus malade, le médecin de Bernay l'engagea à se rendre à Paris pour être traité à l'hôpital Saint-Louis. 11 y arriva après vingt jours de marche, mendiant de ferme en ferme la nourrit ture et le coucher.

Le 2 janvier 18fr3, je le reçus dans mon service.

Il était à peine dans son lit, que déjà draps, rideaux, meubles voisins, étaient envahis par des milliers de poux ; il fallut l'isoler, l'entourer d'alèses que l'on étendit sur le sol, et les renouveler souvent.

Ses cheveux, longs et touffus, étaient agglutinés entre eux par une madère collante et humide qui suintait de sa tête. Sur les mèches de ses cheveux agglutinés et dans leurs intervalles, on découvrait des fourmilières d'insecies dans un mouvement continuel. La face antérieure de son cou présentait une large excoriation rouge, sécrétante, infecte et brûlante. Derrière chacune de

-ses oreilles, dans les plis des ailes du nez, dans celui qui sépare le menton de la lèvre inférieure, suintait avec cuisson une humeur collante et d'une odeur repoussante. Les sourcils étaient tombés; à leur place un produit furifuracé grisâtre garnissait l'arcade orbitaire. Les bords libres des paupières étaient très rouges, chroniquement enflammés et presque entièrement déipouillés de leurs cils.

Il faut avoir vu cette hideuse figure aux yeux chassieux cl enfoncés dans ■ les orbites, aux pommettes saillantes, aux joues creuses, incessamment parcourue par des milliers de poux, et surmontée de la coiffure animée et mouvante que j'ai décrite, pour s'en faire une idée exacte.

Le sujet était dévoré par une faim vorace; mais il n'avait pu jusqu'ici que itrès difficilement la satisfaire, et de plus il était absolument privé de som- :meil. Ainsi s'explique sa maigreur.

L'aspect du reste de son corps n'était pas moins remarquable.

Sur les différentes faces du tronc et des membres étaient disséminées de inombreuses plaques élevées au-dessus du niveau des intervalles de peau restée saine. Ces plaques, de formes irrégulières, de dimensions très variables (de 2 à 6 ou 7 centimètres de diamètre), étaient isolées ou se touchaient et se confondaient par leurs bords. Elles étaient brunâtres ou violacées, iridées, rugueuses et recouvertes d'un produit squameux peu abondant. Leur ensemble si considérable donnait une apparence zébrée ou tigrée à la surface du corps du malade. De distance en distance on voyait de petites élevures ■rosées ou plutôt d'une teinte spéciale, sous forme de petits boutons isolés ou plus on moins rapprochés, présentant à leur sommet et à leur circonférence de petites lamelles épidermiques.

Sur ces plaques et dans leurs intervalles, des insectes parasites circulaient en foule. Je n'ai pas vu que les poux qui se promenaient sur le tronc fussent différents de ceux qui fourmillaient sur le cuir chevelu.

Mais ce que j'oubliais de mentionner, ce sont d'autres plaques humides et coûteuses (véritables tumeurs), entremêlées aux précédentes, sur toute la surface du corps, en nombre considérable, et qui constituaient de véritables nids a poux. C'étaient ces plaques qui fournissaient l'humeur sanieuse et Infecte qui empesait la chemise du malade au point, comme il le disait énergiquement, qu'elle aurait pu se tenir droit comme un pieu.

Je me gardai bien de débarrasser rapidement cet homme des innombrables poux qui le dévoraient ; je permis cependant, dès les premiers jours, qu'on lui donnât quelques bains alcalins, et peu à peu, mais peu à peu seulement, qu'on coupât les cheveux : d'abord le quart de leur longueur, puis la moitié^ puis les trois quarts, puis presque ras.

Lorsque les cheveux furent en grande parlie coupés, ou put voir, sur différents points du cuir chevelu, mais principalement a la région occipitale, de petites tumeurs arrondies, sortes de végétations qui servaient comme de entres, tic quartiers généraux aux légions pouilleuses qui habitaient la tûte.

g28 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

Quand le nombre des poux fut considérablement diminué par ces soins très simples, on s'occupa de leur destruction définitive ; mais on y procéda lentement et par portions. La pommade employée à cet effet fut d'abord de l'axonge fraîche. Puis on la rendit alcaline, et elle fut alors composée ainsi qu'il suit : axonge, 30 grammes; carbonate de potasse, 2 grammes ; plus tard encore on porta la dose de carbonate de potasse à U grammes.

Les excoriations étaient pansées simplement ; le malade commença alors a goûter un peu de repos; son appétit continuait à être bon.

A mesure que les poux étaient détruits, les végétations du cuir chevelu s'affaissaient, le suintement des excoriations diminuait. On ne négligea pas de dériver sur le tube digestif par des purgatifs, et en même temps on fit pratiquer une saignée pour dissiper une congestion encéphalique qui menaçait. Ainsi s'améliorait chaque jour l'état du malade ; mais en même temps son appétit diminuait. Ce ne fut que dans le commencement de février que l'affection pédiculaire fut entièrement enrayée.

A peine avait-elle disparu, qu'on vit de grosses pustules apparaître avec un prurit considérable, entre les doigts, sur le dos des mains, et sur les faces antérieures des poignets, ainsi que des boutons vésiculeux au pli des bras, aux jarrets, sur le ventre. Il n'y avait pas de doute que ce ne fut une gale pustuleuse. La pommade d'Helmerich, aidée de bains sulfureux, en fit I justice au bout de quelques jours.

Durant le traitement de cette gale secondaire, le malade fut pris de dou- • leurs rhumatismales semblables à celles qu'il avait éprouvées au commencement de 18ZH,et probablement cette fois par suite de refroidissement au sortir des bains sulfureux; elles ne furent pas très vives, mais résistèrent avec opiniâtreté anx bains de vapeur dirigés contre elles.

Cependant les plaques squameuses de la peau, que nous reconnûmes alors.pour être de nature syphilitique, n'étaient modifiées qu'en ce sens qu'elles, étaient maintenant dépouillées de leurs squames.

Vers le milieu de mars, d'autres symptômes secondaires de vérole, bientôt, accompagnés de symptômes tertiaires, éclatèrent avec une extrême violence.

Les tibias, en particulier, devinrent le siège de douleurs intolérables, aussi- 1 vives, du reste, le jour que la nuit. On sentait ces os très notablement et très irrégulièrement gonflés sous les doigts qui les exploraient.

Des pustules plates furent constatées au pourtour de l'anus, et bientôt une magnifique végétation, d'aspect granuleux et humide, se développa dans le sillon menlo-labial.

On commença alors le traitement antisyphilitique. 11 y avait à peine quen ques jours qu'il était commencé, que, sur les faces antérieures et latérales de chaque jambe, on vit une tache ecchymotique noirâtre apparaître et lentement s'étendre, pour recouvrir enfin presque toute la hauteur des deux jambes. En même temps les gencives se ramollissaient, les dents s'ébranlaient dan-

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leurs alvéoles, et une odeur infecte s'échappait de la cavité buccale. Il n'avait pas encore été administré de mercure.

Un scorbut des plus graves était donc venu compliquer l'état morbide déjà si complexe de notre malheureux patient.

Des citrons à sucer, les ferrugineux, les toniques, le vin de Collioure, arrêtèrent et guérirent cette affection.

Alors un traitement antisyphilitique put être entrepris, il avait pour base le mercure et l'iodure de potussium.

Il serait trop long de décrire toutes les phases décroissantes par lesquelles sont passés les différents symptômes de tous ces étals morbides qui se confondaient. Ainsi, pour le scorbut, les différentes teintes des vastes ecchymoses développées aux jambes, l'état de plus en plus ferme des gencives, etc.; pour la vérole, l'affaissement progressif des syphilides dont la teinte s'est peu à peu modifiée, l'affaissement aussi, puis la disparition des végétations contre lesquelles, outre le traitement général, on employa des applications mercurielles locales.

Sans doute, la marche vers la guérison a été lente, puisque ce n'est que le 2k juillet que le malade a quitté l'hôpital, et qu'il en est sorti encore peu robuste ; mais il était parfaitement guéri de toutes ces affections successives.

Je passe ici beaucoup de détails sur le malade, que j'appelais Y homme des bois, ainsi que tous les divers traitements qu'il a subis. Cette observation, si intéressante sous tant de rapports, a été relatée dans son ensemble dans la thèse de l'un de mes élèves les plus distingués, M. lé docteur Faget. Je ferai remarquer, en terminant, que ce malade est constamment resté couché et isolé des autres, qu'il n'a marché que durant la dernière quinzaine de son séjour à l'hôpital, et qu'il était placé dans mon service, où il n'existe jamais de galeux.

Acné punctata. — Nous avons décrit cette maladie en faisant l'histoire de l'acné; nous ne la rappelons ici que parce qu'on y a découvert la présence d'un insecte qui a de l'analogie avec celui de la gale. (Voy. Acné.)

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