‹ Traité pratique des maladies de la peau [electronic resource]Chapitre 52 sur 77 · SCROFULES DE LA PEAU · texte numérisé non relu

SCROFULES DE LA PEAU

guéris, au moins quant à la cause première, peuvent transmettre à eurs enfants, d'une part cette cause, ce virus plus ou moins modifié, et si le tempérament de l'enfant le dispose à la scrofule, il en ésulte une maladie de forme composée dérivant de la scrofule et de a syphilis, que nous appelons scrofulo-sypkilide. Alors apparaissent ;hez ces enfants, non pas la maladie scrofuleuse avec ses formes impies, puis composées, mais d'une évolution régulière, mais bien les accidents qui ont à la fois un cachet de la scrofule et un cachet dé la syphilis, sans que ni l'une ni l'autre soient nettement dessinées au point de pouvoir dire : c'est de la scrofule, ou c'est de iî syphilis. Je donne à ces diverses formes d'accidents composées 'f nom de scrofulo-sypkilides de (a peau, et je les signale dans cet mvrage comme ne rentrant pas complètement dans l'histoire de lune ou de l'autre de ces affections.

Le peu de mots que nous venons de tracer suffisent pour faire sntir combien il nous sera difficile de dépeindre quelques-unes de «saflections. C'est plutôt par les différences qui peuvent exister ehtê les phénomènes de l'évolution ordinaire de la scrofule, quant à aspect, au siège surtout, aux résultats pathologiques qu'ils amèent, que l'on peut établir les nuances sur lesquelles nous appelons Jute l'attention des praticiens. La scrofule se montre dans le bas «epar le développement de ganglions au cou et des abcès; le cou, ! figure et le cuir chevelu sout le siège ordinaire de ces formes îrofuleuses auxquelles il faut ajouter les tumeurs blanches, la «algie et le mal de Pott. Il existe enfin, comme dernier accident e la scrofule, un état des os qui se manifeste par leur gonflement, mr carie et leur nécrose. Je ne nie pas que ces derniers accidents B puissent être dépendants d'une manière absolue de la scrofule, <ais je crois que bon nombre de cas doivent être rattachés à deux iuses : la scrofule et la syphilis.

Or, les scrofules de la peau dont je veux parler dans cet article ont Wlque chose «1(3 tout à fait anormal à cette marche; on n'y trouve >s cette succession de phénomènes que je viens de signaler. Si affection naît à la tête, elle se montrera au cuir chevelu par des

MM» beaucoup plus dures que les tumeurs gommeuses; ces ■meurs seront multiples, indolentes, finiront par s'abcéder ou don-

ner naissance à des abcès fistuleux au fond desquels on sent un os nécrosé. C'est ainsi que j'ai vu une jeune fdle de dix-huit ans, vierge de tout rapport avec des hommes, et qui portait sur le cuir chevelu quatre tumeurs de ce genre depuis plusieurs années. Elle n'avait pas les apparences très franches du tempérament lymphatique, mais elle avait été réglée fort tard ; elle était indolente, inactive, avait eu quelques légers ganglions engorgés au cou . Ces tumeurs s'abcédèrent dans plusieurs points, et dans des opérations successives on enleva des portions nécrosées de la table interne des os du « crâne. Cette malade était entrée dans divers services chirurgicaux où elle avait subi plusieurs extractions d'os, dont l'une d'elles avait mis à nu les membranes du cerveau ; nous lui fimes subir un traitement mixte. M. Nélaton dut lui enlever encore des portions d'os nécrosées ; mais nous ne pûmes pas la guérir complètement.

Nous avons eu dans nos salles un jeune garçon de dix-sept ans, qui a une'maladie analogue à la figure. Il a toute la physionomie d'un scrofuleux, et cependant il n'a jamais eu d'abcès au cou ; mais son nez est devenu malade sans être atteint d'un lupus. 11 s'y estformé une ulcération qui a marché lentement, mais qui a peu à peu détruit toutes les parties molles du nez, peau, membrane muqueuse et cartilages. Plusieurs ophthalmies scrofuleuses se sont déclarées, à la suite desquelles il existe une opacité complète de la cornée de l'œil droit.

Nous avons donné des soins à un enfant de quatorze ans, qui portait à quelques centimètres au-dessous de l'aine gauche et en dedans de la cuisse plusieurs tumeurs du volume d'une noisette à une noix, tumeurs qui ne se sont jamais abcédées, qui avaient pris une marche sans cesse croissante, et qui se sont terminées par résolution en laissant un tissu plus ou moins analogue à une cicatrice; mais ces tumeurs n'ont cédé qu'au traitement mixte dont nous parlerons plus loin, c'est-à-dire ayant pour éléments les antiscrofuleus et les antisyphilitiques. Cet enfant était lymphatique, mais il n'avail pas eu de ganglions engorgés au cou; et les tumeurs, quoique sf présentant sous la forme d'engorgements ou espèces de gros tubercules indolents, n'étaient nullement des lupus ; il y avait là ui

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il aspect tout à fait anormal qui ne dessinait pas une affection purement scrofuleuse.

J'ai soigné un garçon de dix-neuf ans qui affirme n'avoir jamais i«eu de maladie vénérienne, et qui depuis un an a le nez plus voluamineux que de coutume, avec tissu semi -engorgé, sans rougeur iluisante comme dans le lupus ; le nez a conservé sa forme, mais le tissu libre qui limite les deux narines s'est excorié, puis ulcéré, puis frangé et découpé, Un traitement mixte de trois mois l'avait guéri ; il voulut le discontinuer et sortir de l'hôpital , il a été obligé d'y rrentrer pour compléter sa guérison.

J'ai vu bon nombre de cas analogues chez des enfants jusqu'à I l'âge de quatorze, seize ou dix-huit ans, plus fréquemment à la nfigure et au cuir chevelu, assez souvent sur la longueur des membres et à leur partie interne principalement, et j'ai toujours considéré ces divers états comme n'étant autres qu'une transformation idu virus syphilitique des parents en syphilide scrofuleuse ou en scrofule syphilitique. Ce sont des faits qui méritent d'être étudiés, dont les auteurs n'ont pas encore tenu compte et qu'il est impossible de bien décrire encore peut-être.

Mais ce ne sont pas seulement des phénomènes spéciaux qui caractérisent cette forme particulière de scrofule de la peau, toutes des maladies sécrétantes peuvent être de nature scrofuleuse. J'ai fait ifaire le dessin de l'affection rare d'un jeune homme de quinze à idix-sept ans, qui était atteint d'un rupia circiné herpétiforme qui occupait le pied, la jambe, le genou et la cuisse gauche. J'ai décrit cette maladie dont j'ai vu d'autres exemples, sans qu'il y ait eu lieu de les rattachera la même cause, sous le nom de rupia herpétiforme, •herpès rupi forme (voy. Rupia); mais j'ai regardé ce cas particulier comme une affection syphilitique héréditaire, parce que les écailles de rupia étaient toutes proéminentes comme dans le rupia syphilitique; qu'il en avait tous les caractères, et qu'un traitement pareil dans cette direction a opéré la guérison complète, sans que nous ayons été obligé de rien appliquer à l'extérieur.

Il existait de plus un gonflement du tibia avec douleurs nocturnes, qui ne pouvait être que scrofuleux, s'il n'était pas syphilitique; et il n'était pas scrofuleux, car la constitution et le tempérament de

l'enfant étaient essentiellement nerveux. C'était donc là un principë syphilitique héréditaire qui s'était dessiné sous une autre forme, celle du rupia, à cause de la misère de l'enfant, et qui ne s'était pas montré à l'état de scrofule syphilitique, parce que le tempérament ne prêtait pas à cette forme morbide. Cet enfant était né de père et de mère inconnus ; il avait été élevé aux Enfants -Trouvés. On conçoit dès lors, par cet exemple, que si un enfant hérite de là syphilis de ses parents, et que cet enfant ait une prédominance lymphatique dans sa constitution, la syphilide puisse se déclarer à un âge donné sous la forme de scrofules cutanées qui diffèrent de l'affection scrofuleuse elle-même.

L' 'eczéma, Y eczéma impétigineux et -l'impétigo peuvent constituer à bon droit des scrofules de la peau. Ainsi les deux premières maladies ont leur siège aux oreilles et au cuir chevelu dans la généralité des cas de ce genre : or ce n'est en général qu'à un âge avance que l'eczéma siège sur ces parties. Ils entraînent un épaississement et un empâtement considérable de la peau ; ils donnent lieu à une sécrétion abondante ; la durée de ces maladies est fort longue, e\ elles ne peuvent être guéries qu'en modifiant complètement le tempérament et la constitution. Quant à l'impétigo scrofuleux, c'est surtout à la figure, au cou et sur le devant de la poitrine qu'il se montre.

Ces dernières formes morbides ne sont pour ainsi dire que des maladies de peau ordinaires, se reliant plus directement au tempérament de l'enfant. Il n'en est pas de même des précédentes, sur lesquelles j'avais appelé l'attention dans la première édition de cet ouvrage; elles réclament un traitement tout spécial. Je vais aujourd'hui chercher à retracer leurs caractères généraux. Depuis 1 première édition de cet ouvrage, j'ai fait recueillir les observations de plusieurs de ces malades, que j'ai même fait photographier, .le donnerai ci-après ces observations , qui peindront peut-être mieux qUe je ne le pourrais faire ces formes de maladies. Le siège de ces accidents est souvent à la figure , mais il peut se rencontrer au cou, à la poitrine, sur le dos, sur les membres; à la figure, elles affectent souvent le nez. Bon nombre de ces maladies ont été décrites sous le nom de lupus ; mais elles s'en distinguent : 1° en ce que R

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lupus tuberculeux amène toujours une hypertrophie du bout du Si nez ou du nez tout entier; or clans la serofulo-syphilide l'hypertroiphie est beaucoup moins prononcée. Dans le lupus la peau est lisse, ^violacée, unie. Dans la maladie qui nous occupe, elle est le plus -souvent légèrement ou quelquefois très rugueuse. Dans le lupus, le h bout du nez est surtout et d'abord affecté; dans la scrofulo-syphi- : lide, ce sont surtout les ailes, et sur les deux il y en a souvent une de respectée. Dans le lupus, il n'y a pas d'ulcération apparente; dans la maladie que nous signalons, les bords des ailes du nez ou de la partie hypertrophiée sont découpés dans une certaine étendue jiidu- côté des narines, la membrane muqueuse n'est pas généralement épaissie et malade, comme dans le lupus. Si l'on met à nu l'ulcération grisâtre que l'on observe, à l'aide de cataplasmes et icde lotions, on voit que la surface est parsemée de petites saillies iqui lui donnent un aspect fraisé, et que les bords de l'ulcère sont Maillés plus ou moins à pic.

. La maladie existe-t-elle à la figure, on aura une série de gros 'tubercules reposant sur un épaississement de la peau, avec ou sans :ulcération , de manière à rapprocher cela d'un lupus; ces phénomènes existeront au voisinage du nez, du menton, des sourcils, où •sur le côté des joues.

Je viens de guérir un enfant de huit ans qui portait ainsi des j hypertrophies de tissu énormes sur l'un des sourcils, sur l'angle gauche de la mâchoire, sur le moignon de l'épaule gauche, à la •partie interne et supérieure de la cuisse droite. Ce n'étaient pas de simples lupus, car cet enfant étant né dans les colonies, on l'avait considéré comme atteint de la lèpre. Plusieurs médecins dermatologistcs l'avaient traité en vain par l'huile de foie de morue, l'iodure de potassium et d'autres médicaments employés isolément; ma médication mixte en a fait justice. M. le docteur Depaul-Ader m'avait présenté cette jeune malade, sa cliente. Comme les parents étaient des colonies, on avait pris cette affection pour la lèpre.

Quand la maladie parait au cou ou à la poitrine, elle peut y affecter la forme de plaques de rupia, qui sont, comme tous les accidents syphilitiques,4, disposées en lignes courbes; mais la croûte ei] est sèche, et si ou la fait tomber, au lieu d'une ulcération ou

simple ou creuse, comme dans la syphilide, on a de nombreuses petites ulcérations reposant sur un tissu bombé, saillant, dur, empâté, comme dans la scrofule. Il n'est pas rare de voir le bout d'un sein atteint clans ce cas. En un mot, il y a là quelque chose de mixte qui dérive, de la scrofule et de la syphilis, et dont la lecture des observations suivantes donnera une meilleure idée que toutes nos descriptions.

Lupus syphilitique du nez. Photographié. — Baleman (Marie), trente-cinq ans, couturière, rue Godot-de-Mauroy, 39, premier arrondissement, née à Dunkerque ( Nord) ; mariée à Pelil (Adolphe). - Tempérament sanguin lymphatique. Bonne santé habituelle; n'a eu ni gourmes, ni ganglions engorgés dans sa jeunesse. Les parents, les frères et les sœurs se portent bien. La malade est bien réglée.— Mariée ù vingt-trois ans, elle s'aperçut bientôt d'un écoulement verdâlre qui la rendit assez malade et que lui communiqua son mari. Il dura neuf mois et laissa à sa suite des flueurs blanches habituelles. Depuis elle a eu des enfants dont deux se portent bien. Elle a fait une fausse couche par accident. Elle demeure à Paris depuis deux ans et peu de temps après son arrivée elle eut un érysipèle qui occupa la main et le bras gauche. On appliqua du collodion. Bientôt l'érysipèle reparut à la face et laissa sur le lobule du nez un pelit bouton. Il y a de cela huit mois. — Ce bouton devint pustuleux, il s'ouvrit et laissa échapper du pus. D'autres se formèrent bientôt sur les ailes du nez ; et sur la joue, au-dessus du sillon naso-labial, parut un tubercule dans l'épaisseur de la peau. Pendant ce temps le nez se tuméfiait, rougissait et la rougeur s'étendait aux environs. — 10 avril 1856. A l'entrée de la malade on constate que le nez a un volume double du volume normal, il est tuméfié dans toute son étendue. Sa couleur est d'un rouge brun foncé, ne se fondant pas avec la couleur de la peau voisine. Cette rougeur occupe non-seulement le nez sur toute sa surface, mais encore la partie médiane de la lèvre supérieure, la sous-cloison, et au côté gauche du nez une large plaque déforme trapézoïde depuis la paupière inférieure jusqu'au sillon naso-labial. Toutes ces surfaces sont épaissies, saillantes au-dessus de la peau saine voisine par des bords irréguliers comme festonnés, rugueuses, comme hypertrophiées, ce qui se voit très bien au niveau du bord libre des ailes du nez. Elles présentent un état mamelonné rndimentaire, des cicatrices et des petites ulcérations. La peau, en même temps qu'elle est épaissie, est aussi plus rude nu'à l'état normal et le doigt .encontre ça et là quelques petits tubercules dont le sommetest rugueux. Des tubercules un peu plus gros, ulcérés ou noffl siègent également sur les bords des surfaces roulades et dispersés sur le nez. Toute la surface rouge est Couverte de squames minces et de croûtes jauîtres ou blanchâtres plus ou moins sèches et adhérentes. Il y a maintenant plus d'exhalation de liquide, mais il a été très abondant, séro-purulent, et les

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i croûtes étaient alors plus épaisses, elles tombaient et étaient remplacées rapiklement. La muqueuse n'est pas malade et n'a jamais été atteinte. — Toutes i ." ces parties malades n'ont jamais causé de douleurs, de démangeaisons, ni de chaleurs; B.... a toujours mouché beaucoup. Maintenant la sécrétion de la pituitaire a encore augmenté et est devenue plus épaisse. La gorge a toujours été saine. Maux de tête fréquents. — Prescription: salsepareille, sirop sudorifique ; huile de foie de morue; Vin de gentiane ; sirop composé. — 15 mai. Le nez a repris son volume normal ou à peu près. Les mamelons sont :moins volumineux. On ne sent plus de tubercules dans la peau. Les surfaces sont toujours rouge sombre, mais elles ne sécrètent plus et il n'y a presque plus de croûtes. La peau est encore un peu épaissie, mais cependant elle ne fait presque plus de saillie au-dessus des parties saines. C'est surtout 1 la lèvre supérieure que l'amélioration est notable. La, ainsi que sur la joue, ta rougeur disparaît lorsqu'on presse .avec le doigt. — h juin. L'amélioration continue. La surface du nez et de la partie malade de la joue prennent tous Iles jours un aspect plus lisse et plus normal. Les tubercules ou mamelonsont aresque disparu. Croûtes et suintement nuls. La rougeur de la lèvre supérieure i disparu. L'intérieur du nez a toujours des croûtes; injections chlorurées nu vingtième. — 29 juin. Les progrès de la guérison sont manifestes. Nez à oeine plus volumineux qu'auparavant, rougeur diminuée. A la place des mamelons existent de légères cicatrices du volume d'une tête d'épingle; les bord3 des ailes du nez, non plus que la cloison, n'ont subi la moindre perte de substance.

Affection syphilitique du nez. Photographié. — Poulain (Madeleine), vingtsix ans, rue de Grenelle, 148, dixième arrondissement, née a Cliailly lès-Sunery : Moselle) ; fdle. —Tempérament lymphatique bilieux. La malade n'indique ■oeun antécédent syphilitique chez ses parents et ses frères ou sœurs. Elle -issure n'avoir eu jamais de maladies vénériennes et même n'avoir jamais eu ie rapports sexuels. Ses règles sont peu abondantes et irrégulières, difficiles. Ou reste, santé générale bonne ; elle a eu des glandes au cou dans sa jeunesse; ntelligence obscure et bornée. — Il y a deux ans, elle s"aperçut qu'à l'intéieur du nez, qui jusqu'alors était parfaitement sain, poussait un petit bouton lu volume d'une tôle d'épingle. Il était situé sur l'aile du nez à droite, plus iaut que le bord libre, mais cependant à portée du doigt, car il occasionnait les démangeaisons, et la malade grattait et le faisait saigner. Il n'a pas fourni le pus, mais presqu'en même temps que parut ce boulon, le bord libre delà farine droite suppura. Peu après le boulon guérit. La rougeur et la sécrétion lu pus s'étendirent alors du bord libre à la peau du nez, dans une largeur l environ deux ou trois centimètres à droite et à gauche, jusqu'à la moitié de

a circonférence de la narine. Trois mois après le début de la maladie, P

'int à Saint-Louis, chez M. Devcrgie, pour se faire soigner.- Au bout de trois noisde trailemeut, elle sortit. Son nez était revenu à son volume normal, il

ne suppurait plus, mais était encore rouge (le traitement se composait d'huile de foie de morue, vin de gentiane, sirop d'iodure de fer et bains sulfureux). — Cet état de santé dura un an. Après ce temps la maladie recommença par le bord libre de l'aile du nez à droite et s'étendit, mais plus loin que la première fois. Le nez reprit un volume considérable, hlle rentra à l'hôpital. — 27 mars 185(3. A son entrée, on constate une augmentation considérable du volume du nez, il a doublé de volume, il est rouge, élargi, couvert de croûtes et de boutons et une plaque malade comme la peau du nez couvre une partie 1 de la joue à droite. Sur le nez l'affection occupe le bord libre delà narine j droite, de la cloison et d'un quart du bord libre de la narine gauche. Sur le ; dos du nez existe une zone malade de trois centimètres de hauteur et qui monte de la partie gauche à la partie droite où elle atteint presque l'angle de l'œil, occupant ainsi l'aile du nez de ce côté. Sur la joue l'affeciion occupe un parallélogramme dont une base a l'étendue de la maladie sur l'aile du nez et l'autre une ligne d'environ trois centimètres. Toutes ces surfaces sont recour • vertes de croûtes jaunâtres, peu épaisses, de pustules grosses, indurées à leur t base, ressemblant à des tubercules situés dans la partie superficielle de la peau et se distinguant des tubercules de lupus franc par leur volume et la sensation qu'ils donnent au doigt. Leur sommet est recouvert d'une croûte plus dure que celle qui occupe les intervalles; elle est noirâtre, adhérente, ressemblant au sommet des tubercules de la syphilide cornée. Quelques-uns des boutons ne sont pas pustuleux mais simplement papuleux, et ont aussi le sommet dur des premiers. La saillie de tous ces boutons est peu considérable. Leur volume varie de celui d'une tête d'épingle à celui d'une lentille. Entre ces boutons existent les croûtes molles, jaunâtres, dont nous avons parlé et enfin un fond rouge sombre d'une couleur très foncée, assez nettement limité au nez, mais se continuant peu à peu sur la joue avec la coloration de la pommette. Ce fond est suintant, mais d'une façon presqu'insensible, lisse, exhalant une odeur désagréable, ne présentant pas d'injection en vaisseaux distincts, mais des fentes on gerçures au bord libre de la narine droite; là la sécrétion du pus séreux est manifeste. L'intérieur de la narine droite est tapissé de croûtes dans l'étendue de deux centimètres. La gauche est saine. Toutes ces parties sont le siège de picolements qui augmentent à 1 air et deviennent assez désagréables. — Prescription : Huile de foie de morue, de 20 à 80 grammes; vin de gentiane, /|5 grammes; sirop composé, Zt5 grammes (iodure de fer, de potassium, iode, bichlorure d'bydrargyre, solution de Fowler) ; salsepareille avec sirop sudorifique pour tisane ; quatre portions. — 15 avril. La rougeur a un peu diminué. Le volume du nez est moins considérable. Même traitement. — 5 mai. La rougeur s'efface de plus en plus: du rouge foncé, elle a passé au rose en quelques endroits, et même au rose très tendre sur la joue, dans le sillon qui la sépare du nez. La limite entre la peau saine et la peau malade est moins tranchée. Il ne reste plus de véritables pustules, mais des boutons papuleux. Plusieurs se sont aplatis et quelques-uns ont

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l 'perdu leur sommet corné. Les surfaces malades sont à peine suintantes, moins tendues, moins dures. Le volume du nez a diminué sensiblement, quoique l'aile droite soit toujours épaissie comparativement à l'aile gauche. Plus de ipicotements; santé générale bonne. — 10 juin. Plus de suintement, ni de croûtes. Les papules qui ont succédé aux pustules s'affaissent et ont toules perdu leur sommet corné. Les surfaces malades ne sont plus tendues, luisantes, imais ont peu de rougeur. Légères cicatricules sur la place qu'occupaient les pustules. Pas de perte de substance aux bords des ailes du nez ou à la cloison, mais l'aile droite est plus relevée et non parallèle à la gauche, ce qui peut tenir à la tension résultant de l'hypertrophie qui subsiste. — La malade est •légèrement indisposée, fièvre, abattement, etc.; diète, suspension du traitement. — 21 juin. Santé générale bonne; reprise du traitement. — 8 juillet. L'amélioration continue ses progrès. Rougeur et gonflement presque nuls, •Fin juillet, guérison.

Scrofule syphilitique de la peau. — Pagot (Catherine), soixante-cinq ans (Aube), entrée le 11 février 1 85Zi, morte le 11 ayril 1854, à la suite d'une pneumonie terminée par suppuration. — La malade, d'un tempérament lymphatique, a perdu il y a vingt-cinq ans. — Elle a toujours été bien portante, n'a jamais eu aucune maladie antérieure. — La maladie qu'elle porte occupe l'extréimité nasale, les deux narjnes et se prolonge un peu sur la joue droite. — Voici l'aspect que la malade présente à son entrée à l'hôpital : une croûte épaisse, rugueuse, irrégulière à sa surface, à bords légèrement contournés vers la peau, arrondis, recouvre une altération de même étendue et qu'elle nous cache. En dehors de cette croûte se voient des lissus ayant l'aspect ramolli dans une étendue de 3 millimètres, à couleur rouge sombre, peu sensibles et n'offrant . point une hypertrophie notable. Cette lésion et les croûtes qui la recouvrent |:en forme de couvercle occupent le nez, le bord libre des narines et la joue droite. En un point du nez la croûte soulevée et cassée lajsse voir dans un espace fort rétréci un bord dentelé qui lui sert de limite et un fond gris mamelonné; enfin, en dehors de la commissure buccale se voit une croûte de même aspect, grande en tout comme une pièce de 20 centimes fortement adhérente et nummulaire. — Il y a huit ans que la malade porte cette affection; elle ne se rappelle point avoir eu ni affection scrofuleuse ou syphilitique et ne peut dire si elle en a vu quelques traces chez ses parents. Le début en a été marqué par une série de petits boutons que la malade compare aux pustules de la variole, qui ont percé sans donner presque de pus, puis se sont ulcérés, ont donné lieu à une sécrétion sanieuse roussâtre, et enfin à des croûtes qui à plusieurs reprises sont tombées. Deux ans après l'invasion de la maladie, les ulcérations ont été cautérisées avec un fer ronge, puis pansées avec une pommade dont la malade ne peut dire le nom, mais qui était jaune et cuisait. Une année plus tard, elle a été cautérisée avec de l'acide azotique. A cette époque, de nouvelles ulcérations sont survenues au cou, aux lèvres, et se sont

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cicatrisées. Enfin, à Troyes, elle a encore été cautérisée à l'acide azotique; mais jamais de traitement interne. — Entrée à Saint-Louis le 11 février, la malade fut soumise au traitement suivant : Huile de foie de morue, vin de gentiane, sirop composé. Du 11 février au 11 mars, point de changement bien notable, couleur moins obscure, affaissement léger des tissus, les croûtes commencent à se détacher. — Du 11-26 mars, chute de la croûte qui recouvre la joue, qui laisse voir un espace rouge lie de vin clair, recouvert par un épiderme mince qui paraît presque transparent et sous lequel les tissus semblent encore ramollis. — Le 5 mars, la malade est prise de frissons, de pneumonie. — Le 11, elle est morte d'une pneumonie terminée par suppuration; pendant ces quelques jours la coloration avait complètement disparu, la peau même semblait déprimée en cet endroit. Le même phénomène s'était produit pour le nez, et la croûte qui le recouvrait était peu adhérente.

Scrofule syphilitique héréditaire ayant son siège à l'extrémité du nez et autour des narines. — Le nommé Helluin (Félix), vingt-deux ans, serrurier, entré le 5 janvier 1854, à l'hôpital Saint-Louis, n° 70 salle Saint-Louis. Le sujet porte l'affection dont il est atteint depuis dix-huit mois ; elle consiste en une dégénérescence de nature scrofuleuse occupant l'extrémité nasale : le tissu est rouge violacé, ramolli, et s'ulcère au niveau du bord tranchant des narines. Ces ulcérations forment une espèce de feston dont les bords sont taillés à pic et se recouvent de croûtes jaunâtres. Le traitement antérieur, qu'il avait subi et qui est le même que celui d'à présent, avait amélioré son état. Sorti trop tôt, il y a deux mois, les mêmes accidenls se sont manifestés de nouveau. Lemalade a tout l'aspect des scrofuleux : peau blanche et blafarde ; blépharoconjonctivite chronique; santé d'une apparence chélive. Le malade n'a jamais eu de maladies vénériennes, mais sa mère en a eu ; de ses deux sœurs, une seule a eu quelques manifestations scrofuleuses ; du reste, le malade n'a eu, dans son enfance, qu'une impétigo du cuir chevelu. Depuis quelque temps, il commence à perdre ses cheveux; les désordres dont le nez du malade est le siège sont peu douloureux, et aux environs on ne trouve point d'engorgement ganglionnaire. (Huile de foie de morue ; vin de gentiane ; sirop composé; bains sulfureux.) De jour en jour la coloration a diminué; les tissus se sont affaiblis et les bords, aujourd'hui cicatrisés, sont minces et presque tranchants. 26 mars, décoloration successive des tissus, amincissement, encore une légère ulcération à gauche. Sorti guéri le 6 avril 1854.

Scrofule syphilitique héréditaire. — Nez. — Pannetur (Léonard), vingtcinq ans, journalier (Nièvre). Entré, le 2 mars 1854, à l'hôpital Saint-Louis, n° 80 salle Saint-Louis, le malade, d'un tempérament lymphatique, scrofuleux, porte son mal depuis dix ans. Il lui est survenu à la suite d'une chute, qui a déterminé une plaie profonde dont on voit encore la trace sur la partie latérale droite du nez. Le malade a eu des manifestations scrofuleuses, gan-

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lîj. glions, abcès, et il lui reste encore autour du cou quelques ganglions formant m un chapelet peu saillant. Point d'antécédents syphilitiques chez le malade m dont l'intelligence est bien obtuse, et ne peut rendre compte de l'état de santé Il ou de maladie de ses parents ; le malade a eu la gale il y a trois ans et l'année Il dernière, et enfin un érysipèle au mois de février 185/|. Le nez est aplati à sa l| partie moyenne, globuleux et élargi vers son extrémité; sa coloration est d'un n\\ rouge tendre et la consistance de la peau un peu moins molle que dans le Il lupus ordinaire; les os paraissent augmentés de volume, et une ulcération, qui a profondément creusé l'aile droite du nez et un peu moins l'aile gauche, règne sur tout le bord libre, et occupe environ cinq millimètres Il en hauteur la muqueuse nasale. Du reste des croûtes légères, jaunâtres, la Il recouvrent, et parfois, les mucosités que le malade rend acquièrent une Il odeur fort désagréable. La sécrétion qui se forme à la surface de l'ulcération m est sanieuse et jaunâtre. Depuis que ce malade a mal au nez l'œil droit est le i\ le siège d'une ophthalmie chronique scrofuleuse. Jamais dans les parties mail lades le sujet n'a éprouvé de sensations, jamais de chaleur, jamais de dou- |l leurs ; ce n'est que depuis peu qu'il sent un peu de céphalalgie et des picoi tements dans le cuir chevelu. Depuis deux mois, il s'est formé à la joue droite i un tubercule peu coloré au centre, dur, insensible, du volume d'un gros pois, entouré d'une auréole rouge sombre semblable pour sa coloration à celle Il des bosses voisines malades, que le malade a traversé il y a quelque temps Il avec une épingle. Ce tubercule occupe l'épaisseur de la peau seulement. 4 — 25 mars. Depuis son entrée, point de changement notable encore. Seulei ment il y a une coloration un peu moins foncée des tissus malades. 11 a été ■ soumis au traitement suivant : huile de foie de morue ; sirop composé ; vin i de gentiane. —26 mars-22 mai. Un peu de diminution dans le volume des J parties molles, qui sont un peu moins ramollies, un peu moins colorées à la ; périphérie. Touché tons les trois jours avec la solution d'azotate d'argent au dixième. — Depuis le 22 mai jusqu'au mois de décembre, le malade n'a plus fait d'autre traitement que son huile de foie de morue ; vin de gentiane ; sirop composé. Son élat est bien meilleur. Les tissus sont moins gros ; la coloration lie de vin, moins sombre, n'occupe plus que l'extrémité nasale. Enfin 1 le malade a acquis un certain degré d'embonpoint ; cependant le tubercule de la face persiste encore.

Scrofules syphilitiques (juillet 1856). — Forme spéciale. — Mlle ***, qui m'a été adressée par le docteur Cornet, de Gray, est atteinte, depuis 1850, d'une affection toute spéciale. Elle a vu se développer, d'abord vers le haut de la cuisse, des rougeurs avec indurations globuleuses, arrondies, dont la peau s'est recouverte de squames très larges et très discrètes, paraissant formées par une seule lamelle épideimique, à bords légèrement détachés, sans que la lamelle se sépare de la peau. La rougeur était d'ailleurs plutôt rose que d'un rouge sombre. Les plaques s'élargissaient peu à peu ; le tissu sous-cutané

666 PATHOLOGIE ET THÈHAPEUT 1QUK SPÉCIALES.

s'endurcissait; les vaisseaux lymphatiques s'engorgeaient; quelques ganglions s'incluraient. Tout d'abord, il s'est montré une de ces plaques qui a suivi des périodes d'accroissement et de décroissement clans un laps de temps très long, sans amener aucune perturbation dans la santé générale. Mais avant la terminaison de la première plaque, il s'en esf manifesté une seconde au-dessous, et ainsi de suite en longeant toute la partie interne du membre, de manière à s'étendre aujourd'hui au cou-de-pied. Chaque plaque, en se guérissant, i sans avoir été accompagnée de plaie, de sécrétion, ou de croûte, a laissé un tissu analogue à une cicatrice, et une peau blanche décolorée, ganglionnée au toucher, à forme ronde et d'une étendue de 5 à 7 centimètres. Entre les plaques guéries, le trajet des vaisseaux lymphatiques est resté engorgé, parsemé de petits ganglions indurés. Mais la maladie n'a jamais monté; elle a toujours descendu ; de sorte que le pli de l'aine est parfaitement libre et exempt de tout ganglion. — Aujourd'hui, 1G juillet, la maladie, à l'état aigu en ce qui est visible, consiste dans une surface de peau, espèce de lanière de 5 à 6 centimètres de largeur, qui sort de huit travers de doigt au-dessous du genou pour gagner le cou-de-pied, où elje s'arrèle. EUe est là sous la j forme d'une rougeur rosée, avec ces apparences de squame de /i à 6 centimètres de hauteur sur 2 à 3 de largeur, à bords légèrement détachés, longeant toute la face interne du tibia. La peau sur l'os est très amincie et comme parcheminée, l'os lui-même est malade en ce sens que la surface qui, ordinairement est en dos d'âne, ou plate, est creuse à l'instar d'une gouttière visible à l'œil, et par conséquent très appréciable au toucher; la peau, dans tous les points malades, n'a pas perdu de sa sensibilité. La marche amène un peu de fatigue, mais Mlle *** fait cependant encore de longues courses sans être incommodée. — D'ailleurs, aucun antécédent d'accident scrofuleux dans l'enfance. Constitution forte, mais lymphatique ; excellente santé ; menstruation régulière. Elle a été formée à quinze ans, ce qui n'a amené aucun changement dans l'état de la maladie. — Traitement composé.

Rupia scrofuleux et syphilitique de la poitrine. Photographié. — Bodct (Laurenline), dix-sept ans, couturière, rue Amelot, 5Zi, huitième arrondissement, née à Argenton (Indre) ; fille. — Tempérament lymphatique. Les parents jouissent d'une bonne santé. Ses frères ou sœurs ont eu des glandes au cou et des abcès scrofuleux, mais ils sont guéris. La scrofule est commune dans le pays qu'elle habitait. — R.,.. n'est pas encore réglée, elle a eu des • > flueurs blanches il y a environ un mois, mais elles ont duré quelques jours seulement et ont disparu sans laisser de traces. Il n'y a pas eu de rapports sexuels, pas d'affections syphilitiques, l'hymen existe, la gorge est saine. Il y a environ dix ans, parurent sur le cou des glandes qui d'abord dures devinrent bientôt fluctuantes et furent ouvertes par un médecin. La suppuration ne tarit pas et il se forma des ulcérations recouvertes de croûtes. Ces ulcérations s'établirent au cou il y a sept ou huit ans. Il y a trois ans, c'est-

SCHOFULO-SYPHILIDES DE LA PEAU.

à-dire peu avant son arrivée à Paris, des tumeurs apparurent sur la partie antérieure de la poitrine, s'abeédèrent et s'ouvrirent spontanément. Elles donnèrent lieu à des ulcérations recouvertes de croûtes semblables à celles du cou. Enfin, il y a trois mois, à la suite d'un coup, le sein droit devint douloureux, et après des abcès superficiels, il se forma les mômes ulcérations. Tout cela n'influait en rien sur la santé générale. — 19 mars 185'J. A son entrée, on constate que la partie antérieure du cou, de la poitrine et le sein droit sont le siège d'ulcérations recouvertes de croûtes d'un jaune noirâtre, épaisses, adhérentes. Au pourtour existe un cercle inflammatoire d'un rouge intense dont le tissu est épaissi, dur, comme cela a lieu dans (es engorgements scromleux. Ces croûtes, éloigqées de 5 à 6 centimètres les unes des autres, présentent une disposition générale en arcs de cercle constitués chacun par trois ou quatre de ces croûtes. Entre les plaques du cou on remarque des cicatrices anciennes, froncées et qui sontdes traces de scrofules guéries. Les plaques croûteuses rappellent par leur aspect les croûtes de rupia, mais elles n'ont pas été précédées de la lésion qui caractérise celte maladie. Voici du reste avec plus de détails la position de ces plaques et leur aspect. — Les plaques du cou ou sous-maxillaires occupent, la première l'angle de la mâchoire à droite, la deuxième la moitié de l'espace qui sépare le menton de, l'angle de la mâchoire à droite, la troisième occupe la partie médiane d'une ligne qui unirait l'angle de la mâchoire et le niveau de la clavicule à gauche. — Des cicatrices blanches, irrégulières, déprimées, unissent ces deux dernières plaques et se prolongent jusqu'à l'oreille et au bord antérieur du trapèze à gauche. Les plaques sternales forment un arc de cercle ouvert en haut. Les deux plaques supérieures occupent les extrémités internes des clavicules, l'inférieure le sternum un peu au-dessus de son extrémité supérieure. — Les plaques du sein peuvent aussi être rattachées au même système de courbes; elles occupent l'une la partie supérieure, une autre la partie médiane, deux la partie inférieure, la dernière la partie externe au niveau du bord inférieur du museje grand pectoral. — Toutes ces plaques sont constituées par une surface dont le milieu est une ulcération recouverte d'une croûte et les bords par un cercle rpuge et inflammatoire. Les croûtes sont épaisses, noirâtres, brunâtres et jaunâtres, proéminentes, dures, adhérentes, inégales. L'ulcération est peu profonde, sécrète une sérosité purulente abondante qui sort au pourtour des croûtes et se concrète en partie pour les former. La couleur de la plaie est grisâtre, il n'y a pas de véritables bourgeons charnus. Chacune des ulcérations est entourée, comme nous l'avons déjà dit, par un cercle rouge, sombre dont la teinte foneéediminuc à mesure qu'on s'éloigne de la croûte. — Quelques-unes des croûtes, entre autres celle de la partie médiane du sternum, reposent sur Sjne partie tuméfiée, légèrement fluctuante; il paraît que cet état était commun à toutes les plaques au début. Enfin dans la paroi pectorale de l'aisselle droite, existe depuis un mois nue tumeur ganglionnaire fluctuante que la malade compare aux tumeursde début des plaques que nous voyons, — Les plaques sont

le siège de démangeaisons assez vives, et les tumeurs, avant leur ulcération, causent des élancements et des douleurs diverses fort désagréables. La forme du sein a été profondément modifiée; il est ratatiné, diminué, le mamelon a disparu. L'autre sein au contraire est volumineux. — Prescription : Houblon; huile de foie de morue, de 20 à 80 grammes; vin de gentiane, de '20 à /|0 grammes; sirop composé, h 5 grammes (iodurede fer, de potassium, bichlorure de mercure, solution de Fowler) ; quatre portions. — 15 avril. Quelques étouffements et maux de tête, qui semblent indiquer l'approche de la menstruation. Les plaques sont à peu près dans le même état que lors de l'entrée, il n'y en a pas de nouvelles. La petite tumeur de la partie supérieure du sternum a un peu augmenté; celle de l'aisselle, après avoir augmenté, semble diminuer. Quelques croûtes sont tombées par accident et se reproduisent avec rapidité. La surface des ulcérations est plus rouge, plus saignante, composée de bourgeons charnus et plus élevée au-dessus de la surface de la peau saine. La coloration de la circonférence n'a pas éprouvé de grands changements. — Depuis l'entrée de la malade, il s'est formé à la jambe droite, vers la partie inférieure et postérieure, une petite eschare au milieu d'une partie enflammée et cela consécutivement à un coup que la malade se serait donné peu de jours avant son entrée. Aujourd'hui la partie inférieure des deux jambes présente en outre de l'éry thème noueux à un degré très marqué. Sonexisience remonte à trois semaines environ. — Prescription : Même médication ; quelques cataplasmes sur la jambe et sur le sein malade, mais ils sont mal supportés. — 5 mai. Le cercle rouge qui environne les croûtes a généralement diminué d"intensiié et de largeur. Les croûtes du sein se sèchent et ont meilleur aspect ; celles du sternum sont toujours soulevées par une suppuration sanieuse abondante. — 28. On fait tomber une des croûtes du cou avec un cataplasme ; pansement avec le cérat créosoté. — 3 juin. La cicatrisation commence sur l'ulcération pansée à plat. Les autres croûtes l'amincissent et il y a moins de suppuration. L'état général est meilleur. — 18. On a fait tomber toutes les croûtes du cou, et déjà la première est cicatrisée grâce au cérat créosoté et à de légères cautérisations avee l'azotate d'argent. — 8 juillet. La guérison est opérée.

Efficacité des traitements composés. — M. X a eu une première

gonorrhée il y a , qui a durée six mois, puis trois autres de trois à quatre

mois de durée. — La deuxième, il y a quinze à dix-huit mois. — Jamais de traitement antisyphilitique pour les guérir. — Resté douze ans sans aucun indice vénérien. — Marié depuis treize à quatorze ans. — 11 y a cinq ans, fissure à l'anus, sans cause appréciable. — A la même époque, apparition d'une roséole syphilitique. — Tisane de Feltz et pilules de proto-iodure. - M. x a pris ces pilules pendant trois mois, puis l'iodure de potassium. — Neuf ou dix mois après le développement de la roséole, M. Cazenave

SCROFULO-SYPHILIDES DE LA PKAtî. 669

■envoie le malade aux eaux de Kreuznaçh. Il y avait alors quelques lâches à i a pommette gauche, au sourcil et au front. Elles disparurent par les eaux. — ûeuxième et troisième années, à Kreuznaçh, et pendant ces deux ans, usage Je vingt-cinq à trente bouteilles de rob Boyveau-Laffecleur. — Il y a deux ans, téveloppement de quelques tubercules au menton. — Il y a quatorze mois, i la joue droite et au dos. — Il y a un an, M. Menière attaque ces tubercules par la cautérisation au deuto-nitrate, acide de mercure. Quarante-cinq à cinquante cautérisations. Les tubercules avaient en partie disparu au menton et i la partie inférieure de la plaque de la joue droite. — [1 y a quatre mois !t demi , je suis appelé à voir le malade avec M. Hervez de Chegoin, son

nédecin ordinaire. — M. X est un homme très impressionnable, d'un

empérament lymphathique, nerveux. Il est désespéré de son état, au hoint que lui viennent quelquefois des pensées de suicide. Allié à une femme charmante, père de quatre enfants, à la tête d'une grande maison commerciale, possesseur d'une grande fortune, il a tout pour être heureux, et dans if.es conditions, il pleure de désespoir en présence d'une maladie rebelle à des Taitements de cinq ans de durée. — Voici son état : Sur le dos, au niveau de j'angle inférieur de l'omoplate, existe une surface de 5 cenlimètres de long jur 2 de large, de forme ovalaire, épaissie, rougeâtre, indurée, à tissu lardacé, lîtsur laquelle se trouvent deux points ulcérés elliptiques, d'un 1/2 à 1 centimètre de large, ayant un mauvais aspect. - Sur la joue droite, au voisinage de l'aile du nez, mais tout à fait indépendants de cet organe, six à sept tubercules groupés, dont deux d'entre eux sont recouverts de croûtes et donnent un léger uintement. Ces tubercules figurent une plaque ovalaire un peu ellipsoïde ; Js sont indolents, mais durs, rouge-violacés, lisses et coniques ; sur le devant lu menton, dans la barbe, une série de tubercules analogues, coupés ça et là joardes cicatrices provenant de cautérisations assez profondes. Ici, comme à a peau du dos, quelques croûtes d'un jaune grisâtre et de mauvais aspect. - La gorge est sans ulcération, mais légèrement rougeâtre ; les cheveux ne ont pas tombés; pas de douleurs nocturnes. —L'ensemble de ces tubercules innonce, par leur aspecl, la physionomie à la fois scrofuleuse et vénérienne.

*)• x avait eu des glandes au cou étant jeune. — Je n'hésitai pas à

liagnostiquer la nature syphilitique et proposai le traitement composé de : Tisane sudorifique, huile de foie de morue, eau ferrée aux repas, sirops d'iodure le fer, de potassium, de mercure, d'arsenic; un bain sulfo-salin par semaine, hen à l'extérieur. — Après deux mois, ce qui était ulcéré était cicatrisé, 1 y avait affaissement très notable des tubercules, f- A trois mois, il ne resait de la plaque de la joue que quelques petites productions circulaires de

>eu d'importance.— A quatre mois, tout avait disparu. — ,1'envoie M. X

» Bagnères-de-Luchon pour contrôler sa guérison tout en continuant son trai-

icment. — Celui-ci n'a jamais été interrompu, M. X a même engraissé,

il il a continué son travail d'affaires , très occupé depuis sept heures dû malin jusqu'à six du soir, ne prenant que deux heures pour se promener après

670 PATnOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

le déjeûner et après le dîner. — Revenu de Bagnères, la guérison s'est entièrement soutenue depuis quinze mois.

Ce traitement a pour but d'atteindre, et la syphilis, et la scrofule à la fois. Nous prescrivons aux enfants qui en sont atteints, d'une part l'huile de foie de morue associée au vin de gentiane, d'une autre part un sirop dans lequel entrent pour 500 grammes, 2 grammes d'iodure de fer, 6 à 8 grammes d'iodure de potassium, 1 décigramme de bichlorure de mercure et 1 gramme 5 décigrammes de solution de Fowler. L'huile de foie de morue n'est d'ailleurs portée qu'à la dose de trois à quatre cuillerées au plus par jour. Le sirop est donné d'abord par dose d'une demi-cuillerée matin et soir, et plus tard à celle d'une cuillerée à bouche : je varie la dose suivant l'âge ; j'ajoute à ce traitement la tisane de noyer ou celle de houblon.

• Les idées que nous Venons d'émettre ne semblent-elles pas expliquer les succès que l'on a obtenus de l'usage des mercuriaux dans le traitement de la scrofule ? Pour moi toutes les fois que celle-ci est arrivée à produire des gonflements, des caries ou des nécroses ■ des os, je n'hésite pas à prescrire ces préparations. Les malades supportent d'ailleurs très bien cette médication si complexe. Je puis affirmer que plus j'entre dans cette voie, plus mes convictions deviennent fortes et ma confiance entière. Les Anglais nous ont d'ailleurs devancé. Chose importante à signaler, c'est que bon nombre de ces malades peuvent suivre ce traitement sans entrer à l'hôpital, en leur procurant les médicaments et tout en se livrant d'une manière modérée, soit â leur éducation, soit à leur état.

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