ONZIÈME GROUPE
Maladies exotiques.
Ce groupe comprend sept maladies dont les noms seuls justifient le rapprochement que nous avons' fait. Ce sont la pellagre, la lèpre, le pian d'Amérique, le molluscum, le frambœsia, le bouton d'Alep, la kéloïde et \aplique. Ce n'est pas à cause des analogies de caractères morbides que nous les avons réunies, mais parce que ce sont ordi nairement des affections étrangères à nos climats, ou tellement rares, que beaucoup de praticiens n'ont jamais occasion de les 1 observer durant le cours de leur pratique médicale. Cette seule 1 considération nous paraît péremptoire; mais nous devions faire i connaître les motifs qui nous avaient déterminé dans ce classement.
PlîLLAGRK.
On doit à Francesco Frapoli, médecin du grand hôpital de Milan, la première description de la pellagre, qui, en 1771, faisait des progrès effrayants dans la Lombardie. Mais, dès 1730, D. Gaspar Casai, médecin espagnol, observait les ravages que eau-
sait une maladie qui régnait dans les campagnes voisines d'Oviédo, et en donnait la description, sous le nom de mal de la rosa, dans un ouvrage sur les Asturies qui a été publié en 1762, après la mort de Casai. Cependant Thierry, médecin français, qui avait eu occasion de fréquenter Casai et d'observer cette maladie, en parla dès l'année 1755 dans le journal de Vandermonde. Sauvages la rangea parmi les lèpres [lepra asturiensis). Vingt ans plus tard, Antonio Rijati décrivait dans ses leçons une maladie qui régnait dans les États de Venise, et qu'il désignait sous le nom de scorbuto alpino. La pellagre de Lombardie, le mal de la rosa de l'Espagne, le scorbut alpin, étaient la même affection. Quelques années après, Francesco Zanetti signalait l'existence de la même affection dans les environs du lac Majeur. En 1784, on fonda à Milan un hôpital destiné à recevoir soixante pellagreux ; Strambio dirigea le traitement de ces malades. Plus tard, l'existence de la pellagre fut constatée sur la presque totalité du territoire du Piémont, et l'on s'assura qu'elle existait dans le royaume deNaples et dans la Grèce.
Jusqu'alors cette maladie à noms divers ne paraissait exister qu'au delà des Alpes; la France, à cet égard, était en pleine sécurité, lorsqu'en 1829 M. Hameau, delà Teste-de-Buch, lut à la Société royale de Bordeaux une notice sur une maladie qu'il observait depuis 1818 dans toute la vallée d'Arcachon; elle fut désignée sous le nom de maladie de la Teste. Bientôt MM. Gintrac et Bonnet en reconnurent l'existence dans les villages du nord de la Gironde. Enfin, en 1842, au retour d'un voyage en Italie, M. Roussel, alors élève interne de M. Gibert, à l'hôpital Saint-Louis à Paris, fut à même d'observer une maladie qui lui retraçait les caractères de ce qu'il avait vu au delà des Alpes. La maladie fut d'abord méconnue, on considérait l'affection locale comme une éruption érythémateuse ; mais bientôt un ensemble de symptômes généraux des plus graves ne put faire illusion plus longtemps, et M. Roussel n'hésita pas à en porter le diagnostic sous le nom de pellagre. Rien d'ailleurs de plus naturel après le voyage qu'il avait fait, comme aussi rien de plus naturel que l'erreur de M. Gibert en présence d'une maladie qu'il n'avait jamis vue, et dont on était loin de supposer l'existence dans nos climats. La femme atteinte de cette maladie succomba, et l'on ne
put constater que les désordres que la pellagre laisse ordinairement à sa suite.
Un an s'écoula sans que l'attention eût été éveillée par ce fait, lorsqu'un nouveau pellagreux entra dans le service de M. Gibert. Nous ne le vîmes pas ; mais il en tût parlé, et dès ce moment l'attention fut appelée sur cette affection. Aussi pûmes-nous à première vue reconnaître, à notre consultation publique de l'hôpital Saint-Louis, le troisième cas de pellagre qui fût observé à Paris, et que nous présentâmes à l'Académie. La maladie était encore à sa première période. Elle laissa subsister des doutes sur sa nature dans l'esprit de quelques médecins; mais durant les années suivantes, le même malade, reçu dans notre service à chaque printemps, parce qu'à chaque printemps l'affection faisait des progrès, vint confirmer notre diagnostic primitivement porté.
C'est en juillet 1843 que cet homme avait été montré à l'Académie, et c'est quelques jours après que M. Léon Marchand vint lire devant cette société un mémoire sur la pellagre des Landes, qu'il observait depuis six ans. Bientôt les faits se multiplièrent ; on reconnut que la pellagre était beaucoup plus communément répandue qu'on ne le pensait, et qu'elle pouvait se développer au voisinage de Paris même.
Il y a. dans la pellagre deux ordres de faits très distincts, qui doivent appeler l'attention : les phénomènes d'éruption, ou locaux, et les phénomènes généraux. Tout d'abord la pellagre débute par un érythème, un coup de soleil exerçant son influence sur les parties du corps habituellement découvertes, le dos des mains, le devant de la poitrine chez les individus qui portent habituellement la chemise ouverte, et ta figure. Mais les mains et la poitrine sont primitivement et le plus généralement affectées tout à coup. L'expérience apprend que le dos des mains est très sensible à l'impression solaire. Pour peu que l'on n'ait pas l'habitude du contact du soleil en pleine campagne, on y éprouve des sensations de picotement et de cuisson qui invitent ou à mettre des gants ou à reporter les mains derrière le dos. Dans un coup de soleil ordinaire, à la figure par exemple, il est rare qu'il ne survienne pas un état érythémateux accompagné de phénomènes du côté du cerveau, qui de la cépha- ,
lalgie peut être porté jusqu'au délire. Eh bien, dans la pellagre, s'il y a coup de soleil au début, il y a aussi prédisposition à le contracter. Les vignerons robustes , et suffisamment nourris , n'auront jamais de pellagre, ils pourront avoir un ou plusieurs coups de soleil ; mais un homme des champs, qui dans sa vie aura reçu plusieurs coups de soleil sans autres accidents que ceux qui résultent de cette sorte d erythème de cause externe, pourra être frappé d'un nouveau coup de soleil avec pellagre, s'il est depuis un certain temps dans des conditions de mauvaise alimentation, de misère , en un mot, s'il existe chez lui un état de prédisposition que nous croyons être dû à la mauvaise alimentation.
Ainsi la différence entre la pellagre et le coup de soleil consiste en ce que le coup de soleil peut être indépendant de tout phénomène général ; par contre, les phénomènes généraux, la maladie d'ensemble constituent essentiellement la pellagre, l'éry thème pellagreux n'étant que l'accident de la cause déterminante. Et tandis que dans le coup de soleil, s'il se montre des accidents généraux, ils ont la forme aiguë dès le début et se dissipent sans laisser de traces, dans la pellagre au contraire ces symptômes généraux sont le plus souvent très légers au début, ils persistent et ne décroissent que dans une période de plusieurs mois. Il y a plus : le pellagreux ne s'aperçoit probablement pas du premier coup de soleil qu'il reçoit, au moins dans les pays où la pellagre est endémique. C'est surtout d'après ce que nous avons observé a Paris que nous donnons une certaine importance à ce mode d'invasion, et cependant, chez plusieurs pellagreux que nous avons observés, le phénomène a été tellement marqué, que nous pensons être dans le vrai.
Quoi qu'il en soit, nous croyons devoir, pour la netteté de la description de cette maladie, distinguer, à l'instar des auteurs, trois périodes distinctes. La première, marquée par les phénomènes locaux auxquels viennent se joindre des symptômes encéphaliques et intestinaux très légers; la deuxième, où les phénomènes rachidiens se montrent, et la troisième, où se développent des symptômes encéphaliques les plus prononcés.
Strambio, qui nous a donné une des meilleures descriptions de la pellagre, la distingue en intermittente, rémittente et continue. Dans
la première espèce, il comprend les pellagres qui se traduisent par des phénomènes passagers, au printemps, durant cette saison, et [restent pendant neuf mois de l'année à l'état de disparition complète, pour se renouveler au printemps suivant, Dans la seconde, ou pellagre rémittente, les accidents sont plus graves au printemps ; ils diminuent notablement dans le reste de l'année, mais sans disparaître entièrement, pour reparaître au printemps suivant. Enfin, dans la pellagre continue, l'affection fait des progrès incessants, quelle que soit la saison. Ces périodes ne sauraient exprimer que des degrés de la même affection : la pellagre est une. C'est le propre de cette maladie de n'apparaître d'abord qu'au printemps, et de disparaître pour se montrer aux printemps suivants en progressant, de manière qu'il arrive un moment où il n'est plus possible de débarrasser complètement les malades des accidents soit cérébraux, soit intestinaux, qu'elle a fait naître, et alors se montre l'état continu. Il vaut donc mieux dire : pellagre au premier, au deuxième, iau troisième degré.
Le début de la pellagre est-il précédé de phénomènes généraux, ou les phénomènes généraux sont-ils consécutifs aux phénomènes locaux? L'opinion des auteurs est très variée à cet égard. La prédisposition à contracter le coup de soleil, qui est le phénomène apparent et sensible de l'affection, doit se manifester par quelques dérangements dans les fonctions nutritives. Aussi M. Briere de Boismont dit-il , probablement avec raison , que l'inappétence, le dégoût, les pesanteurs d'estomac, la sécheresse de la bouche, sont ! des signes précurseurs de cette maladie. Ces prodromes doivent ' cependant être très variables et de très peu d'importance, puisque la généralité des pellagreux déclarent qu'ils étaient en parfait état de santé lorsque l'affection s'est brusquement montrée avec ses symtômes extérieurs. Certains praticiens pensent qu'il peut exister des pellagres sans état érythémateux.
Le plus généralement apparaît à l'équiuoxc du printemps, sous l'influence de l'insolation, un état érythémateux du dos des mains et des pieds, aux avant-bras, au devant de la poitrine, et plus rarement à la figure, avec sensation de cuisson, plutôt qu'avec démangeaison. Cette sensation est constamment exaspérée par l'insolation.
Cet éry thème, qui peut avoir lieu par plaqués disséminées ou uni- i tormément répandues, n'est pas généralement accompagné de gon- • flement, on bien ce dernier n'est que passager ; le plus souvent, au contraire, la peau tend à s'amincir, en même temps que le tissu cellulaire sous-cutané perd une partie de son état graisseux dans .1 un espace de temps de douze, quinze ou dix-huit jours, de manière que la peau tende à se parcheminer et à brunir. La rou- • geur érythémateuse disparaît d'ailleurs sous la pression du doigt. Parfois il s'en détache, mais d'une manière lente, des écailles épidermiques; en même temps, le malade est frappé d'inappétence, de diarrhée, sentiment d'ardeur à la gorge ou à l'estomac; parfois aussi , au début, le malade a quelques vertiges et quelques étour- • dissements. Tous ces phénomènes sont loin de se produire instantanément au début; ils ne s'opèrent que d'une manière successive ! dans une période d'un mois à six semaines.
L'ensemble de ces symptômes cède peu à peu au régime , à i l'usage de quelques bains. La santé générale s'améliore durant la i saison chaude ; les forces renaissent au fur et à mesure que celle-ci décroît, et lorsque l'automne arrive, les malades se croient entière- •: ment débarrassés. Mais ce qui ne reprend jamais d'une manière complète, c'est l'embonpoint du dos des mains et des parties frap- -; pées d 'éry thème.
Au printemps suivant, retour des mêmes phénomènes, avec une intensité variable suivant le climat et le pays que le malade habite... Ainsi la marche de la pellagre dans le centre de la France ne sera jamais aussi rapide que dans la Lombardie, par exemple. . Mais à cette récidive les phénomènes des voies digestives sont plus ; marqués et déjà accompagnés de quelques vertiges. Leur ténacité est plus grande, la peau des mains est plus colorée, plus amincie, plus tannée.
Arrive le second degré de l'affection qui se dessine par des phénomènes locaux et des phénomènes généraux plus graves. Amincissement de plus en plus prononcé de la peau, état plus ou moins ■ parcheminé de ce tissu ; coloration brune; disparition complète du tissu graisseux ; état très dessiné des tendons qui se prolongent sur la face dorsale des mains. Aussi quelques auteurs ont-ils compare
I la peau des mains à celle des pattes de l'oie, d'où ils l'ont désignée J- sous le nom de peau ansérine. Écailles épidermiques plus marquées, mais adhérentes; elles ne tombent qu'à la fin du printemps; chez t quelques sujets, vésicules, phlyctènes, pustules ou croûtes.
Du côté de l'état général, éblouissements, vertiges, sorte d'état d'ivresse qui fait que le malade a une démarche vacillante et par- < fois des tendances à tourner sur lui-même. Passe-t-il de l'ombre iau soleil, il est tout à coup frappé d'étourdissements, et aussi rapidement que par la foudre. En même temps le malade perd toute sa l gaieté et son énergie; il arrive peu à peu à un état de tristesse véritablement effrayante. Chez beaucoup de malades se montre de la diplopie. Les nuits se passent sans sommeil, ou le sommeil est accomrpagné de rêves plus ou moins effrayants ; déjà se dessinent quelques douleurs vagues le long de l'épine, un commencement de vrachialgie. Quant aux fonctions digestives, elles s'accomplissent fort ■mal. Il y a peu d'appétit, de la diarrhée plus ou moins permanente. IPuis se montrent, suivant les individus, une série de phénomènes ■variables. Celui-ci éprouve dans le cerveau la sensation d'une meule ide moulin qui tourne; celui-là croit sentir les battements d'un marteau, ou entendre le son d'une cloche, le chant d'une cigale. Chez quelques-uns se montrent parfois le dégoût de la vie et la j pensée du suicide.
Dans un troisième degré de l'affection, la peau des parties atteintes estKlevenue réellement malade : elle se couvre de croûtes noirâtres ; m y naît des fissures et même quelquefois des ulcérations d'aspect sanieux, tout en se colorant de plus en plus, de manière que les iraains ressemblent un peu à celles des lépreux.
Les facultés intellectuelles se troublent de plus en plus et 's'affaissent ; la pensée du suicide devient dominante, et c'est toujours vers l'eau qu'elle est dirigée. La rachialgie devient convulsive ; elle entraine souvent Yopisthotonos , des contractions convulsives des muscles du cou latéraux ou postérieurs; un affaiblissement croissant de la circulation ; de Vamblyopie crépusculaire , des soubresauts partiels des muscles, des crampes, des spasmes cyniques; un utat douloureux de toute une moitié du corps que M. Roussel a désigné sous le nom A'hémiopalqie, et qui parait plus particulière-
ment se dessiner sur le côté gauche du corps ; une puanteur qui se répand autour des pellagreux qui tombent dans le délire; une diarrhée colliquative que rien ne peut arrêter; un amaigrissement en rapport avec" cet ensemble de phénomènes, Puis un état de démence continuel qui s'empare de ces malheureux et qui les amène à une sorte de stupidité. La face terreuse, à traits effilés, porte l'empreinte de la vieillesse. Des sueurs fétides se montrent, et les malades ne tardent pas à succomber soit à la diarrhée incessante, soit à des maladies intercurrentes, des états typhoïdes, la tuberculisation pulmonaire, une dysentérie, une hydropisie générale , ou le développement du scorbut, de là le nom de scorbut alpin que la pellagre avait reçu à Milan. Enfin, chez des sujets jeunes et vigoureux, le délire va jusqu'à la méningite, qui amène la mort.
Cette maladie parcourt ses périodes durant un espace de temps variable : huit, dix, vingt années. On a vu des pellagreux vivre soixante ans, au milieu des tourments physiques et moraux qu'entraîne une pareille affection. C'est ce que Calderini a observé à l'hôpital de Milan. Tel est l'ensemble des phénomènes locaux et généraux qui sont propres à la pellagre. Les observations que nous relatons à la fin de cet article donnent des exemples de cas de pellagre qui se sont présentés à notre observation à Paris. 11 est rare qu'il s'écoule une année sans que nous en observions un ou deux du même genre à l'hôpital.
Quant aux altérations pathologiques que l'on remarque à l'ouverture des corps, elles ne sont le plus souvent pas spéciales à la pellagre ; car c'est par des complications de maladies que la mort survient. Chez tous ou presque tous, altération du canal digestif que l'on peut rattacher à la gastro-entérite à forme plus ou moins aiguë; péritonite chez quelques malades; membranes du cerveau, arachnoïde et pie-mère injectées, infiltrées, adhérentes, épaisse» opalines ; augmentation dans la consistance du cerveau et de la moelle épinière; substance cérébrale et cérébro-spinale sablée. Chez quelques-uns absence complète de liquide.
Que si l'on compare l'ensemble de ces phénomènes à ceux qui ont été signalés dans le scorbut alpin, le mal de la rosa des Àsturies, le mal de la Teste, ou pellagre des Landes, la pellagre des Landes,
la pellagre du Laurarjuais (département de la Haute-Garonne et de l'Aude), et celle observée dans le centre de la France, on trouve l'analogie la plus complète dans ces maladies, à des degrés divers suivant les pays.
Reste la question de la cause de cette singulière maladie, point à la recherche duquel s'est surtout attaché M. Théophile Roussel dans son excellent ouvrage sur cette affection {De la pellagre, Paris, 1845); elle nous conduirait à des détails intéressants, sans doute, mais inutiles au point de vue pratique. 11 a voulu rattacher exclusivement à l'alimentation par le maïs le développement de celte affection. 11 a été facile de prouver que la pellagre existait d'abord dans des contrées où l'on ne faisait pas un Usage habituel du maïs, mais encore qu'elle n'existait pas dans des pays où les habi- ' tants en faisaient un usage exclusif. Certes, l'alimentation doit entrer pour beaucoup dans le développement de cette affection, mais c'est la mauvaise alimentation, due d'ailleurs à d'autres causes débilitantes qui se rattachent aux divers actes de la vie et surtout aux positions sociales des individus.
Quant au traitement, c'est ici le cas ou jamais défaire une médecine des symptômes: c'est celle qui réussit le mieux. Rarement des émissions sanguines; un régime simple, doux, émollient, dans le cas de l'existence de phénomènes qui dénotent l'activité de la circui lation ou qui se rattachent à une surexcitation nerveuse. Sous ce i rapport aussi l'emploi des calmants, mais celui des opiacés à petite dose. S'attacher surtout à combattre la diarrhée, à soutenir les lorces du malade, mais autant avec les toniques proprement dits que par une nourriture succulente et en petite quantité.
Le 5 juillet 1843, un homme se présente à ma consultation : c'était le nommé Guéret (François), âgé de trente-quatre ans. Dès l'abord, à la vue de I ses mains, à l'aspect de sa physionomie et de son allure, que l'on me passe 1 expression, je diagnostiquai immédiatement une pellagre. Il était chanctierconduetcur déplâtre de Pantin à Paris, sans cesse sur la grande route, exposé - 1 ardeur du soleil. Fort d'ailleurs, très trapu, bien constitué et n'ayant jamais want personne dans une lutte, ainsi qu'il ledit. Sa vie est régulière; il boit, ma,s sans excès, sans jamais se griser ; il se nourrit parfaitement. Levé à trois Heures du matin, il charge son plâtre, mange un morceau et boit un verre de '«n ; il fait dans le cours de la journée trois repus de viande, et prend deux
ois de la soupe. Un jour, nous dit-il, j'étais endormi sur ma voiture, le dos étendu sur mes sacs de plâtre vides, exposé d'ailleurs à l'ardeur du soleil; je revenais à Pantin. Je suis tout à coup éveillé en sursaut par un vif sentiment de cuisson ; je porte mes mains à ma figure et je frotte en même temps le dos de mes mains ; j'éprouve des éblouissements, et j'arrive chez ma bourgeoise comme un homme ivre: je n'avais pas pris plus de vin que de coutume.
La nuit se passe agitée; le matin la figure est rouge, animée : j'avais reçu un coup de soleil.
Je garde plusieurs jours de repos. Cependant l'appétit ne revient pas ; je fus pris de diarrhée, ma démarche resta vacillante, les membres devinrent faibles, je perdis toute énergie.
Mais loin de se dissiper, l'espèce d'état d'ivresse dans lequel il se trouvait fit des progrès ; de temps en temps des éblouissements ; le passage de l'ombre au soleil était surtout marqué par un malaise instantané, qui le forçait à s'arrêter pour se maintenir sur le sol les deux jambes écartées. L'appétit était nul, aussi l'amaigrissement était survenu. Six semaines s'étaient ainsi écoulées dans des variations de bien et de mal, c'est alors qu'il fut admis dans notre service. La figure était rouge, animée, les yeux saillanis, très brillants et se rapprochant de l'expression d'un homme ivre ; les bras étaient sans cesse en mouvement comme dans l'état de demi-ivresse ; la parole brève, jelée avec abandon ; les réponses saccadées. Le dos des mains était d'un brun rougeàtre, la peau sèche, plissée, amincie et un peu parcheminée. 11 s'y montrait un sentiment de picotement et de cuisson qui devenait surtout très intense lorsque les mains recevaient l'ardeur du soleil. Quant à la poitrine, elle ne présentait aucune plaque érythémateuse ; mais il faut dire que cet homme tenait constamment sa chemise fermée par une agrafe au col.
Je montrai ce malade à l'Académie : c'était le troisième cas que l'on observait à Paris. Quelques-uns reconnurent avec moi la pellagre ; mais le plus grand nombre mit en doute ce diagnostic.
Le malade fut traité par la médecine expectante, et il sortit guéri au bout de six semaines, me promettant bien de changer d'état. Cependant il n'en fit rien, et le printemps suivant il fut repris des mêmes symptômes, mais plus intenses, et avec des phénomènes cérébraux plus marqués. — Quand de nouveau il crut changer de profession en se bornant à conduire des charrettes de charbon dans les rues de Paris, il fut peu incommodé le printemps suivant, et ne vint pas à l'hôpital; mais il s'y présenta l'année d'après avec des phénomènes cérébraux des plus marqués. Il ressemblait tout à fait à un homme ivre : sa démarche était vacillante ; il était quelquefois obligé de tourner plusieurs fois sur lui-même, en rejoignant le mur de la rue pour s'y appuyer. D'ailleurs toujours de la diarrhée. Les mains s'étaient de plus en plus desséchées, et l'amaigrissement général était plus marqué. Il sortit encore bien rétabli, mais il fallut un séjour de deux mois et demi à l'hôpital. Depuis celte
PELLAGRE. 737 époque je ne l'ai plus revu. A-t-il changé de pays ? cela est probable, car il est douteux que la pellagre lui ait fait défaut pendant plusieurs annéss et il serait certainement revenu me trouver. Il avait déjà un penchant au suicide par le dégoût de la vie que lui inspirait sa position.
Observation recueillie par M. Goié, interne de mon service. - Pellagre. Etat érythémateux de la face, sans altération des mains.— Le 16 juin 1847* un malade se présente à la consultation de l'hôpital Saint-Louis avec un faciès assez remarquable pour que M. Devergie, sans autre question préalable que celle de connaître la profession de cet individu, le reçût dans son service et portât immédiatement pour diagnostic: pellagre. JVous fûmes vivement impressionné de ce diagnostic, ainsi que les élèves présents à la consultation et nous recueillîmes bientôt les détails suivants sur ce malade, qui, durant son séjour à l'hôpital, fut examiné avec une scrupuleuse attention par un grand nombre de médecins et d'élèves.
•Delaunay. charretier, âgé de vingt-cinq ans, demeurant rue de la Bourrette, à la Villette, vit apparaître au printemps de 1845. sur chaque joue une. pet.te plaque rouge, irrégulière, qui augmenta de plus en plus en étendue au point de recouvrir bientôt les deux joues; il y avait en même temps au soleil et pendant les grandes chaleurs, une démangeaison vive qui, ainsi que la rougeur, diminuait lorsque le malade restait à l'ombre. Quelques symptômes généraux, mais peu intenses, tels que malaise, lassitude générale inappétence, etc., se remarquaient seulement de temps à autre. 11 n'existait donc alors aucun trouble digestif, aucun désordre cérébral bien marqués
Les chaleurs cessèrent et avec elles tout disparut. Cet homme jouit d'une bonne santé pendant l'hiver de 18/.5 à 1846, mais il éprouva au printemps de cette dernière année les mêmes symptômes que ceux précédemment énoncés. Bien que ces phénomènes, si l'on ajoute foi au rapport du malade aient dû être plus prononcés que la première fois, il n'y eut encore ni dés' ordre cérébro-spinal, ni trouble digestif assez intenses pour le forcer de quitter ses occupations habituelles.
Il en fut autrement celte année. Pour la troisième fois, la maladie éclata en affectant une marche bien différente de celle des années précédentes Les phénomènes cutanés, qui suaient jusqu'alors montrés à peu près seuls ne prirent pas un grand développement ; mais en revanche des troubles digestifs et cérébro-spinaux assez intenses se manifestèrent pour la première fois et vinrent éclairer le diagnostic.
De la plupart des causes que l'on puisse soupçonner en pareil cas, telles que la misère, une mauvaise alimentation, la consommation de céréales altérées, I excès de travail, une habitation malsaine, etc., il n'en est aucune qui au pu exercer son influence sur notre malade. Une seule cause occasionnelle mais la plus puissante de toutes, l'insolation, a paru agir dans ce cas • cet homme, en effet, obligé par sa profession de rester la plus grande panié du
#§g PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
jour dans les champs ou sur les roules, se trouve exposé à l'ardeur des
rayons du soleil.
Mais laissons de côté, pour le moment, l'éliologie et sa valeur dans ce cas relativement au diagnostic, et racontons ce que cet homme éprouva celte
3Tïïlé6
Ce iut seulement le 10 jnin que Delaunay fut pris au milieu de ses occupations, et sans cause appréciable, de violents maux de tête et d'éiourd.ssements L s ours suivants, il continua de travailler ; mais le 13 juin il ut obligé de quitter ses chevaux et sa voilure. 11 éprouvait alors un malaise général, de rabattement, delà tristesse, de l'éloignemcnt pour le travail; en même temps céphalalgie plus intense, étourdissements plus fréquents. Ces symptômes loin de disparaître, ne faisant qu'augmenter en intensité, il entra à 1 hôpital hamt-
Louis dans l'état suivant :
La figure revêt un cachet tout particulier ; elle est ama.grie, tiraillée, empreinte de tristesse mélancolique ou hypocondriaque, en même temps que Ls yeux sont brillants et comme saillants dans leurs orbites. La peau des joues, un peu amincie et sèche, présente çà et là des plaques d'un rouge brun, parsemées d'écaillés épidermiques adhérentes, qui tranchent d autant plus sur les parties voisines, que celles-ci offrent une teinte terreuse Cette couleur sombre des pommettes était accompagnée d'une sensation de chaleur, de tension et de prurit, surtout au soleil. Cependant la figure était amaigrie et
"Tpeau dfitste du corps, du dos des mains et des pieds, n'offrait aucune altération. A la paume des mains et à la plante des pieds, L'épidémie est jaune et très épais, ce qui rend la peau très épaisse et calleuse Quant à cette dernière altération, due sans doute à la profession pénible de notre malade, elle datait d'années antérieures à la maladie de la face.
On observait d'ailleurs de l'anorexie, de la soif; la langue était saburrale, blanchâtre au milieu, rouge écarlate à la pointe et sur les bjrds ; les lèvre? Lent rosées; les gencives, un peu tuméfiée., offraient à leur bord l,bie, près du collet des dents, un liséré d'un rouge vif; la sahve était plus abondante et de saveur salée ; enfin, quelques douleurs à l'épigastre et dans 1 abdomen, quelques garderobes liquides a de longs intervalles.
Malgré ces symptômes, le malade conservait de l'appétit, et celui-ci éta« assez dessiné pour qu'au quatrième jour de son entrée, ayant été m, à d» potages pour alimenis, il menaçât de sortir de l'hôpital s, l'on ne lui don ait pas à manger. D'ailleurs il était assez triste, abattu, la face hébétée, se plaignant de céphalalgie avec vertiges, amblyopie, rêvasseries pendant la nui . douleurs et fourmillements siégeant aux reins et le long de la colonne vert brate mais ne détendant pas aux extrémités ; faiblesse des membres, ma, en K chancelante, analogue à celle d'un homme ivre; crampes an es d igts et les pieds. La peau est douce, le pouls est un peu fréquent (S ); ans résislance. Le malade se plaint par-dessus .ou. de ses maux de têt*|
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son amaigrissement ne date que de huit jours. - Orge et chiendent pour tisane ; deux bouillons, deux soupes.
Le 19 juin, le malade a eu trois selles liquides dans la journée, un sommeil agité, rêvasseries pendant la nuit. La langue est sèche et rouge à la circonférence; malaise général, affaissement, mais pas de fièvre. - Riz gommé pour tisane; cataplasmes laudapisés sur l'abdomen ; lavements laudanisés • bouillons. *
Cet état se prolonge jusqu'au 21 juin, époque à laquelle le pouls se relève devient plus fréquent; de la sensibilité se montre à la pression du ventre' Aussi le malade, qui faisait l'objet de l'attention des élèves et des médecins qui assistent à la clinique de M. Devergie, était-il considéré par les unscomme un pellagreux, par les autres comme ayant une fièvre typhoïde. M. Devergie fait appliquer quinze sangsues à l'anus en recommandant de les faire peu couler. A partir de ce moment, il s'opère un changement et une amélioration progressive si notable, que toute pensée de fièvre typhoïde disparaît, et que chacun se range au diagnostic qui avait été primitivement porté.
En effet, le lendemain, plus de céphalalgie, langue un peu moins rouge pas de coliques, deux garderobes. '
Le 24, le malade n'a eu qu'une garderobe sans dévoiement, et l'appétit est si prononcé qu'il veut manger ; du reste, la peau est moite et la figure meilleure. M. Devergie lui accorde une portion.
Le 28 juin, on remarque que la sécrétion salivaire est diminuée et que là saveur salée n'existe plus, Enfin, il n'y a plus de diarrhée, plus de coliques • les douleurs de tète, du dos et des lombes, diminuent chaque jour avec la prostration. — Deux portions.
Le 2 juillet, l'amélioration est de plus en plus notable ; la figure bien quoique encore amaigrie; elle n'est plus aussi empreinte de mélancolie les traits sont épanouis. Le malade mange deux portions d'aliments et n'éprouve aucun malaise, aucun trouble digestif ou nerveux ; appétit excellent diees tions très bonnes, sommeil paisible. '
De tous les symptômes dont nous avons constaté l'existence à l'entrée du malade, deux seulement persistent encore aujourd'hui: ce sont la faiblesse dans les jambes et le liséré rouge des gencives.
Malgré cet état, on peut regarder comme complètement guéri le nommé Delaunay, qui sort de l'hôpital Saint-Louis le 10 juillet 18/.7, promettant d abandonner la profession de charretier.
Observation recueillie par M. Uipoll, interne du service. Ayrel ( Jac qnes) trente-deux ans, mesureur de charbon, né dans le département du Cantal; entré le 20 mai 1848, salle Saint-Louis, 6G. Tempérament nerveux sanguin, bonne constitution. Son père est vivant et bien portant; sa mère a succombé à une fièvre inflammatoire; lui-même jouit d'une excellente santrf •1 na jamais été malade. Il y a six ans, il a eu une blennorrhagie qû'i \ a
7uO PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
gardée pendant six mois, et qui a cédé aux balsamiques drastiques. Il y a douze ans qu'il exerce sa profession. Exposé aux ardeurs du soleil toute la journée, et le travail étant très fatigant, son appétit est toujours très vif; il mange bien, fait usage d'une nourriture saine et digère bien; il n'a jamais subi de privations sous ce rapport. 11 boit habituellement de un à trois litres de vin dans sa journée, quelquefois quatre; il porte très bien le vin, dit-il, il ne s'est jamais grisé. Son domicile présente toutes les conditions d'hygiène possibles ; ses vêtements de travail consistent dans une chemise dont les manches sont relevées au-dessus du poignet, et un gilet boutonné jusqu'au cou. L'année dernière, au mois de mai, il fut pris de diarrhée, de perte d'appétit, d'étourdissements; parfois il lui arrivait de marcher comme un homme ivre, en allant en arrière tandis qu'il voulait aller en avant; mais il n'a jamais remarqué que l'insolation ou l'exposition à l'ombre fussent pour rien dans la production de ces phénomènes. Il survint des douleurs vives dans la région lombaire, une lassitude générale. Bientôt il s'aperçut que le membre inférieur gauche perdait de sa force , cependant il pouvait encore marcher sans bâton; il se mit à l'usage de tisanes rafraîchissantes. Au bout d'un mois, il remarqua avec élonnement, un malin , après avoir lavé ses mains, que le dos de celles-ci ne présentait pas le même aspect que la veille. L'épiderme était desséché, gercé, et s'enlevait par écailles ; il fit alors des onctions avec le beurre de cacao. 11 éprouvait au siège du mal de très vives cuissons. Pendant une quinzaine de jours encore il continua son travail ; mais enfin, voyant que ni la diarrhée, ni ses douleurs, ni la faiblesse du membre, ni la gerçure des mains, ne subissaient d'amélioration, il se présenta à la consultation de l'Hôtel-Dieu. 11 fut admis dans le service de M. Roux, qui ne lui prescrivit que le repos et le régime; au bout de dix jours il sortit de l'hôpital dans le même état. Il alla alors consulter un médecin qui le soumit à l'usage de pilules purgatives dont il ignore la substance, et sous l'influence desquelles la diarrhée cessa complètement ; l'appétit revint, le membre reprit un peu plus de force, mais l'aspect des mains ne fut pas modifié. Il reprit son travail habituel. Peu de temps après la diarrhée avait reparu, il avait quatre ou cinq selles dans le jour ; la nuit se passait bien ; la faiblesse du membre était devenue tout aussi grande que précédemment. Quant aux mains, elles étaient toujours dans le même état; il continua néanmoins son travail sans faire aucun traitement, sans rien changer à son régime habituel. A cette époque il a vu se supprimer une transpiration journalière, générale, très abondante, aux pieds surtout : depuis elle ne s'est point rétablie. A la fin de l'été, quand le soleil a été un peu moins ardent, il lui a semblé que ses mains allaient mieux, mais ni la diarrhée, ni la faiblesse du membre ne diminuaient; cette dernière même subissait chaque jour de l'accroissement. 11 est cependant resté sans traitement, travaillant toujours, jusqu'au commencement de mal I8Z18. A celte époque, la maladie, qui avait, aux mains surtout, subi une modification sensible pendant l'hiver, a repris de l'intensité sous l'influence des
premières chaleurs. L'affaiblissement élant extrême, la maigreur très grande, l'appétit perdu, l'état des mains s'aggravant , il a cherché à entrer dans un hôpital : il a été admis le 8 mai à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Husson, qui a pensé avoir affaire à un état typhoïde. 11 l'a soumis à l'usage des bains sulfureux, a prescrit des cataplasmes sur le ventre, une tisane amère, des lavements et des purgatifs. Le cinquième jour, la diarrhée était supprimée, et la douleur lombaire, la faiblesse du membre diminuées. Le sixième jour, on a commencé à nourrir le malade; il est sorti le 19 mai. Cependant les douleurs lombaires, la faiblesse du membre semblant empirer depuis quelques jours avant la sortie du malade de l'hôpital, et l'état de ses mains finissant par l'inquiéter, il se présente à la consultation de M. Devergie, à l'hôpital Saint- Louis. Il est admis le 20 mai 1848. - État actuel II n'a pas de douleur de tête dans ce moment, mais il est sujet aux migraines; la vue est un peu affaiblie, l'ouïe est un peu dure du côté droit ; il y a de ce côté des tintements d'oreille; l'intelligence est assez nette, un peu lente; il dort bien, il est un peu triste ; il a souvent des fourmillements le long de la colonne vertébrale ; rien d'anormal du côté des gencives et de l'appareil salivaire, rien au cœur et aux poumons; le pouls est un peu lent, petit; il a bon appétit et' digère bien ; il est un peu amaigri; il éprouve sur le côté gauche de la région lombaire de très vives douleurs : qu'il soit couché, assis ou debout, elles sont égales le jour et la nuit ; une assez vive douleur se fait également sentir dans le creux poplité de la jambe gauche. Ce membre est faible, le malade le traîne en marchant, la pointe du pied en bas et un peu en dehors, de façon à broncher très fréquemment; il marche sans bâton cependant, mais il ne peut aller que très doucement. Lorsqu'il veut presser son pas, il est bientôt obligé de s'arrêter, car alors il sent ses jambes fléchir sous lui; son corps se couvre d'une sueur froide, il est pris de vertige, il va tomber en arrière; à ce moment la douleur devient tellement vive dans la région lombaire, que tandis qu'il s'appuie d'une main pour se maintenir debout, il porte vivement son autre main sur la région lombaire du côté gauche pour la soutenir. Sur le dos des deux mains également l'épiderme est desséché, comme parcheminé, brillant, fendillé, brisé çà et là en écailles soulevées sur les bords et au'arrache le malade. Quelques jours à peine après la chute de ces écailles, dit le malade, il s'en produit de nouvelles. Au-dessous le derme est légèrement injecté, assez pourtant pour trancher nettement sur la pâleur de la peau vo.sine. Cet aspect se remarque à partir d'un peu au-dessous de la racine des doigts, sur le dos des mains, jusque sur les poignets, à une hauteur de deux travers de doigt. Sur le bord interne et externe du dos des mains et de la face postérieure des poignets, la peau reprend son aspect normal. Cet état des mains ne provoque aucune douleur, aucune démangeaison. Rien de semblable ne se remarque sur aucune partie du corps, seulement à la face on aperçoit çà et là, dans quelques points circonscrits, une sorte de desquamation furfuracée, sans changement de couleur à la peau, sans modification de
Ih2 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPECIALES.
son épaisseur. — Prescription. Tilleul, bains simples, deux portions. Dans plusieurs points il s'est détaché des séries d'écaillés, dont la chute laisse à nu un nouvel épiderme très fin et d'apparence normale. L'injection dermique paraît diminuée, surtout dans les points où les écailles se sont détachées. Le malade est moins triste et a bon appétit.
26 mai. Le malade ce malin a de la fièvre ; il n'a pas d'appétit, la soif est vive, la langue blanche, piquetée : il y a des étourdissements qui rendent la marche impossible ; il y a un sentiment de froid extrême dans le genou gauche, céphalalgie violente sus-orbilaire et occipitale, douleur lombaire excessive. Deux bouillons. - 27 mai. Céphalalgie moindre, pas d'éblouissement, appétit, soif moins vive, froid à peine sensible dans le genou ; la fièvre est tombée ; hier soir, épistaxis abondante, quelques vésicules d'herpès se montrent sur la lèvre supérieure. Une portion. - 29 mai. Le malade est rétabli de son indisposition dernière; la desquamation des mains est presque terminée, il ne paraît pas devoir se former de nouvelles écailles épidermiques, le derme perd chaque jour sa coloration rouge -brun, la main semble être un peu engraissée ; un seul phénomène persiste à peu près au même degré, c'est la douleur lombaire et la faiblesse du membre; la sensation de froid diminue, l'état général est excellent. Tilleul , bain simple, douches de vapeur dans la région lombaire. Trois portions. — 3 juin. Les mains du malade ont repris à peu de choses près leur coloration et leur embonpoint normal ; quant à la desquamation, elle ne se reproduit pas. L'état général est bon, le malade a bon appétit, son membre reprend de la force, la douleur lombaire est moindre; le malade se plaint d'avaler difficilement, de souffrir de la gorge. Celle-ci, examinée, présente une légère rougeur. Constipation depuis quelques jours. — Même prescription, plus un gargarisme aluminé et purgation avec jalap. — 8 juin. L'aspect des mains est parfaitement normal, le fades a repris son expression habituelle; le malade est gai, il a bon appétit et digère bien, il a presque repris toutes ses forces; les douleurs lombaires sont à peine sensibles, il n'y a plus de sensation de froid dans la jambe, la lêté est parfaitement libre. - 9 juin. Le malade sort complètement guéri.
Lèpres avec hypertrophie :
Éléphantiasis des Grecs.
Éléphantiasis des Arabes.
Mal rouge de Cayenne.
Jambe des Barbades.
Andrum de Malabar.
Pedarthrocacc.
Scnki du Japon.
Labri-sulcium d'Irlande, ou chéilocace
Lèpres avec atrophie :
Lèpre anesthésique de l'Inde.
Lèpfe de Holstein.
Radesyge.
Mal de Crimée.
Lèpre des Hébreux.
Mal-mort.
Lèpre de France.
Jusqu'alors on a décrit isolément chaque espèce de lèpre sans chercher à les rattacher directement entre elles par des caractères
spéciaux communs à certaines variétés. M. Rayer a cependant commencé ce rapprochement en décrivant les unes à côté des autres les variétés qui ont entre elles de l'analogie et en formant ainsi plusieurs groupes. Je crois qu'on peut aller plus loin et dire que la lèpre est une maladie générale de l'économie, plus spéciale à certains pays, à certaines contrées qu'à d'autres, mais qui peut naître sous tous les climats. Je relaterai ici plusieurs exemples de lèpre française, qui a toujours une marche lente, chronique, menaçante pour la vie, et qui est caractérisée par les principaux phénomènes d'hypertrophie ou d'atrophie des parties malades , et dans lesquelles on observe l'existence de tubercules plus ou moins nombreux et plus ou moins volumineux , celle de taches ou décoloration de la peau avec insensibilité de la partie affectée, cette dernière condition se remarquant surtout dans la lèpre avec atrophie. Quant aux sécrétions, aux ulcérations et à la gangrène, elles ne se voient qu'accidentellement, et ne constituent pas un phénomène commun comme ceux que je viens de signaler.
Quoi de plus propre à jeter de la confusion que ces dénominations de lèpres par le pays où on les rencontre; elles ne laissent rien à l'esprit, elles n'apprennent rien. Certes la lèpre des Grecs, qui affecte principalement la figure, de manière à lui donner de la ressemblance avec le faciès du lion, se distingue de la lèpre des Arabes qui atteint spécialement les jambes; mais ces deux sortes de lèpres ne se relient-elles pas entre elles par les variétés qui amènent l'hypertrophie de la figure, des bourses, des seins, du ventre ou des membres; de même pour les lèpres avec atrophie, qui, au lieu d'augmenter le volume des parties, ne font que le diminuer progressivement au point d'amener l'émaciation, la maigreur générale. Nous croyons donc être plus logique en groupant sous ces deux chefs toutes les lèpres, et en établissant ensuite les différences qu'elles peuvent présenter entre elles.
Un autre inconvénient de la dénomination employée par les dermatologistes, c'est celui de l'aire croire que telle lèpre propre à un pays ne peut se montrer que dans ce pays-Là seulement. C'est là une erreur qu'il faut détruire, et puisqu'on observe assez fréquemment encore des lèpres en France , il est bien probable qu'il peut
Ilxlx PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
s'en rencontrer dans tout pays, sauf à réserver à certaines contrées le berceau de telle ou telle variété de lèpre.
Caractères des deux catégories de lèpres. — Hypertrophie des parties molles. — Ce phénomène est commun à toutes les lèpres de la première catégorie, mais l'augmentation de volume ne s'opère pas de la même manière dans chacune d'elles. Ainsi, dans l'éléphantiasis des Grecs, c'est par une hypertrophie du tissu cellulaire souscutané et par des tubercules, qui se montrent principalement au front, aux sourcils, que la maladie débute ; c'est par la multiplicité et l'augmentation de volume de ces tubercules, qu'il s'opère une prédominance des sourcils, en même temps que les joues, le nez et les lèvres prennent aussi de l'accroissement; mais c'est surtout le volume du front et celui des sourcils qui augmentent en même temps que la forme de ces parties est conservée ainsi que les rides ou plications naturelles qui s'y trouvent; de là l'enfoncement des yeux qui conservent leur volume, et la physionomie léonine que prend la figure. La peau, d'ailleurs, tout en devenant plus ferme, plus consistante, conserve une grande partie de sa souplesse. Le tissu cellulaire, tout en prenant de l'accroissement, ne s'engorge pas comme dans la lèpre des Arabes.
Dans celle-ci, ce sont principalement les membres abdominaux qui sont affectés. Ce ne sont plus des tubercules qui amènent l'accroissement de volume des parties, mais bien l'hypertrophie de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. En effet, les descriptions qui en ont été données par les observateurs français semblent empreintes de la pensée de la préexistence d'une phlébite à l'engorgement des jambes; mais, si cela se passe ainsi pour l'éléphantiasis des Arabes, que l'on peut observer sur des sujets d'origine française, il n'en saurait être de même pour la maladie prise dans la localité où elle est endémique. Le même antécédent ne saurait plus être invoqué pour la même affection qui se montrera aux seins, aux bourses ou au ventre. Il est vrai de dire que d'après les observations de Hendy, qui a décrit cette maladie sous le nom de jambe des Barbades, le début de l'affection peut prendre une forme aiguë, la peau devenir érythémateuse , des chapelets de ganglions sous-cutanés se dessiner le long de la pwtie interne du membre abdominal
affecté, en même temps que le tissu cellulaire se prend, et qu'il se manifeste un ensemble de phénomènes généraux, comme frissons, soif, malaise, efforts de vomissement, délire parfois et chaleur intense accompagnée de fréquence du pouls, bientôt suivie de sueurs prolongées, générales ou partielles; que ces phénomènes paraissent sous forme d'accès , à retours assez éloignés , qui peuvent varier de 3 à \k par an, ou se renouveler seulement au bout de sept ans. A cette seconde période, les ganglions lymphatiques de l'aine et du jarret, devenus plus volumineux, sont quelquefois sains et indo- . lents; mais ce qui caractérise cette espèce d'éléphantiasis, c'est suri tout le développement du tissu cellulaire et celui de la peau. Le i tissu cellulaire distend la peau outre mesuré en augmentant de ' volume dans des points très variables , et cependant en conservant <au membre des formes sphériques, douces, moulées, qui donnent i à la totalité des muscles Une conformation bizarre, et qui au tou- ( cher ne produit pas du tout la sensation de tubercules , comme [dans l'éléphantiasis des Grecs; d'une autre part, la peau, qui, I dans les premiers temps , pouvait être lisse , se recouvre bientôt de I lames épidermiques et d'écaillés grisâtres, alors que la peau s'épaisisit de plus en plus. Ces phénomènes se produisent d'une manière plus ou moins marquée dans Yandrum du Malabar ou éléphantiasis :des bourses. Dans ces diverses maladies, c'est aussi sous forme :d'accès qu'elle se montre, ordinairement tous les mois; il se fait une turgescence des bourses ou du pied, parties qui restent successivement de plus en plus engorgées. Dans l'affection du Japon, (désignée sous le nom de senki, maladie d'ailleurs très commune, qui attaque un adulte sur dix, après des phénomènes généraux, fé'bricitants et nerveux, il se montre sur la surface du corps une série de tumeurs , avec un engorgement prodigieux des sourcils chez l'homme, et avec un développement plus ou moins considérable de tubercules dans les grandes lèvres chez la femme.
Dans toutes ces affections il arrive une époque où, soit que la peau reste saine, soit qu'elle ait été malade, il se manifeste des points ou des espaces plus ou moins étendus, où ce tissu perd sa sensibilité quand on vient à le toucher ; circonstance qui semble établir une corrélation très directe avec la seconde variété de lèpre
que nous appelons tuberculeuse ou anesthésique. Ajoutons que des ulcérations se montrent çà et là sur les mains, les poignets et sur diverses parties des membres, de sorte qu'il arrive un moment où il y a fusion par les symptômes, des deux principaux genres de lèpre que nous avons cherché à grouper.
Atrophie des parties et anesthésie. — Toutes les lèpres comprises dans la deuxième catégorie ont ces deux caractères communs très nettement dessinés. Toutes se manifestent à la surface du corps et en dehors des phénomènes généraux qui constituent une maladie d'ensemble, par le développement de taches ou de décolorations de la peau, en général très limitées, avec insensibilité tellement prononcée, que l'on peut piquer ces taches avec une épingle sans que le malade en ait la conscience. Dans la lèpre désignée sous le nom de radesyge, elles débutent à la face et elles s'étendent ensuite à la surface du corps ; c'est le contraire dans la lèpre de Crimée (lèpre taurique ou lèpre des Cosaques); toute la surface du corps est couverte de ces taches qui débutent aux poignets, et sur le côté radial des avantbras, pour s'étendre ensuite de bas en haut, les mains seules exceptées. Il est vrai qu'elles sont accompagnées d'ulcères mous, plats, indolents; qu'elles prennent une teinte sombre et brunâtre. Ces tubercules et tumeurs augmentent légèrement d'année en année, de manière à se transformer en ulcères, qui eux-mêmes finissent pari amener la chute de toutes les phalanges des doigts; ces ulcères existent aussi bien aux joues, au palais, à la langue, qu'à la surface des membres; ils s'étendent à l'intérieur des fosses nasales et dattsj la trachée. C'est ordinairement dans une période de six ans que s'accomplissent ces faits, et la mort arrive avec les désordres con* comitants qui se manifestent du côté du tube intestinal.
Dans la lèpre anesthésique de l'Inde, au contraire, ces décolorations très bien circonscrites de la peau se montrent aux mains & aux pieds, quelquefois le long des membres, et çà et là sur le tronc, mais beaucoup plus rarement. Elles sont insensibles, accompagnée* seulement de quelques ganglions engorges, 1res rarement disséminés sur le trajet des vaisseaux, aux aisselles et aux aines. Elles sofll bientôt accompagnées d'un amaigrissement qui donne aux doigts ai aspect effilé. Plus tard ces parties deviennent comme engourdies pai
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le froid; puis des gerçures dures et sèches se forment à la paume des mains et à la plante des pieds; une matière squameuse et furfuracée est disposée sous les ongles, les soulève, les décolle, les ronge, les atropine, et détermine même leur ulcération. Cet état des I ongles dans les lèpres très discrètes peut même exister uni avec faiblesse d'un membre, au début de la maladie. Plus tard la peau I devient plus malade, se gerce sur les avant-bras et y reste écail- 1 leuse, elle finit par se détacher en lambeaux sans tuméfaction ni I douleurs, et dans cet état les individus qui sont atteints deviennent iun sujet d'horreur pour tous ceux qui les entourent. C'est parla l diarrhée et la dysentérie que périssent ces individus.
La lèpre des Hébreux (saraat) présente des phénomènes assez ranalogues. Moïse, dans ses lois sur le discernement de la lèpre i (chap. XIII et XIV du Lévitique), indique les signes auxquels les i prêtres hébreux peuvent les reconnaître. Ces signes sont : taches I blanches, allant en s'accroissant à ce point que, lorsque l'individu I était tout à fait décoloré, on le considérait comme atteint de lèpre | pure ; tumeurs blanchâtres sur diverses parties du corps, ces taches et tumeurs entraînant la décoloration ou la chute des cheveux. Quant au mal-mort (malum mortuum), observé ait moyen âge, il consistait, d'après Jean de Vigo, en des ulcérations des jambes et des bras, allant en s'accroissant; et en de l'insensibilité la plus complète, au point de pouvoir les inciser sans que le malade s'en aperçût.
A ces divers caractères locaux des lèpres, il faut ajouter dans toUs ces cas un ensemble morbide qui est tantôt sous forme aiguë dès le début, le plus souvent sous forme chronique, qui laisse dans l'économie une empreinte de faiblesse de plus en plus marquée, et finit par amener une mort plus ou moins lente. Chose remarquable, toutes fês lèpres qui portent une certaine atteinte à la figure exercent une influence assez marquée sur la voix; elle la rend rauque, profonde, ct lyPe de <;ctte altération se l'ait principalement observer dans IVIéphautiasis des Crées. Il faudrait détailler chaque espèce de lèpre pour décrire leur mode d'être et suivre leur marche et leur terminaison; nous ne saurions entrer dans ces détails que ne comporte pas notre ouvrage et que M. Rayer a reproduits avec tant de soin dans le sien.
La distinction que nous venons d'établir entre les deux formes i principales de la lèpre, celle avec hypertrophie, celle avec atrophie, est bonne surtout pour l'étude, elle ne saurait exsister d'une manière absolue pour tous les cas de lèpre. C'est surtout pendant les premières années qui coïncident avec le développement des états, lépreux que l'on peut observer ces deux formes d'une manière ! tranchée : mais plus tard, dans la lèpre anesthésique ou avec prédo- • minance de taches, d 'hypertrophie des parties affectées, on voit : surgir des tubercules, des engorgements ou hypertrophies des parties malades et des ulcérations; de même aussi les phénomènes opposés semontrent dans le cas contraire. Il faut néanmoins . convenir que dans les lèpres des divers pays il y a en général prédominance d'un symptôme, soit des taches, soit des tubercules, soit de l'hypertrophie des parties, soit des ulcérations.
Mais il est un fait sur lequel nous devons spécialement appeler l'attention, c'est que les deux espèces de lèpres, celle avec hypertrophie, celle avec anesthésie et atrophie, peuvent naître dans nos climats, et les cas n'en sont pas très rares ; nous avons pu en observeri quelques exemples. MM. Andral, Larrey, Rayer, etc., en ont rap porté plusieurs. M. Bergeron a fait de l'éléphantiasis du scrotum i le sujet de sa thèse inaugurale. Du ixe au xvie siècle, on comptait en France, comme en Europe, un grand nombre d'hospices destinés aux lépreux. A une époque beaucoup plus rapprochée de nous, Vidal, Valentin et Fodéré, l'ont vu aux Martigues et à Vitrolles. Delpech cite la maladie comme étant commune dans le Roussillon; il en est de même des plaines de l'Aragon; mais M. Rayer se posej la question de savoir où la maladie a pris primitivement naissance.
Pour moi, je suis convaincu qu'elle peut naître sans avoir été importée ou transmise par des parents à leurs enfants et petitsenfants. Voici au surplus quelques exemples de lèpres, parmi ceux que nous avons observés, et dont le cachet ne saurait être douteux;* sauf le fait suivant, qui m'a paru être une éléphantiasis partielle dm cuir chevelu.
Éléphantiasis du cuir chevelu. — Mademoiselle X..., âgée de dix-huil ans, habitant une ferme dans le département de Seine-et-Oise (Franxeville), lieu sain, d'ailleurs sans humidité, me fut adressée par le docteur Charaudet.
file 13 avril 1850. Il me demandait mon avis sur une maladie du cuir chevelu, l.avec invitation d'en établir le diagnostic et le traitement.
Cette jeune fille, très grande, très forte, bien constituée, avait les appa- I rences de la santé ; seulement elle offrait, quoique colorée, les caractères du litempérament lymphatique , peau blanche, cheveux blonds, assez d'embonriipoint ; étant plus jeune, elle avait eu des glandes au cou, et des poux s'étaient |imontrés dans ses cheveux. Réglée à l'âge de quatorze ans, la menstruation a | été parfaite depuis cette époque , les fonctions digestives s'exécutent bien; rien i d'anormal dans l'état des organes.
Il y a trois ans ses cheveux étaient longs et bien venus, lorsqu'elle crut Mentir que la peau de la partie postérieure de la tête s'épaississait; elle y faisait jpeu d'attention; mais par une gradation insensible, elle devint de plus en ri-plus pâteuse, épaisse, sans douleurs, sans démangeaison; peu à peu quelques Bplicatures légères se dessinèrent; elles devinrent de plus en plus profondes
en même temps que le cuir chevelu formait bourrelet à leur voisinage. Ces ijplicatures sont aujourd'hui au nombre de cinq, trois du côté droit et deux Idu côté gauche ; elles sont disposées de haut en bas parallèlement, semilielliptiques; deux d'entre elles, les plus déclives, tendent à prendre la forme
d'un S. La peau qui les sépare offre une saillie très notable, produite par une «sorte d'empâlement qui occupe le tissu cellulaire et la peau ; cet empâtement rest assez souple au toucher, quoique plus dense que le tissu graisseux. Dans
les plis se trouvent des cheveux poussés très serrés les uns contre les autres, Ide manière à dessiner des mèches qui ont le trajet des sillons. Ces cheveux
sont parfaitement sains et paraissent plutôt plus forts que moi us forts que les «antres; la peau n'est pas adhérente au périoste; on déplace ces plicatures j avec assez de facilité.
I H y a quelques mois cette jeune fille ayant consulté le docteur Charaudet, jil prescrivit diverses pommades, et notamment une dans laquelle entrait le ideutonitrate de mercure. Cette pommade amena de la douleur, ce fut la seule que la malade ressentit depuis l'origine de sa maladie.
La peau elle-même paraît lout à fait saine; le tissu cellulaire sous-cutané ^paraissait hypertrophié comme dans l'éléphantiasis.
Lèpre tuberculeuse d'origine française. — Marchand (Henri), âgé dé quarante-trois ans , laboureur, né à Vorly (Cher) ; admis à l'hôpital Saint- Louis, le 16 septembre IShU, et couché salle Saint-Louis, n» 18, service de M. Devergie.
Ce malade arrive de son village, qu'il a quitté pour la première fois, afin de venir se faire traiter à Paris. Son père vit encore et se porte bien ; sa mère était chélive, souvent malade; elle est morte fort jeune, emportée par une maladie rapide. Il a un frère et une sœur qu'il n'a jamais vus malades; il est marié et père de trois enfants bien portants, dont le plus jeune a sept ans. Personne dans sa famille n'est sujet aux maladies de la peau ; jusqu'à ces der-
750 PATHOLOGIE ET THÉlt APKUTIQUE SPÉCIALES.
nières années il jouissait lui-même d'une fort bonne santé, et passait, dit-il, pour un bon ouvrier; il ne sait pas ce que c'est que la vérole.
Il a toujours babité les champs; sa maison élait assez saine, mais située dans une contrée peu fertile, marécageuse. Comme tous les paysans du Berry, il vivait de pain d'orge et de seigle, auxquels on mêlait un peu de froment pendant les bonnes années; il ne mangeait de viande que fort rarement, et c'était ordinairement du porc salé. La famille, du reste, ne souffrait pas de la misère, et il n'élait pas plus pauvre que ses voisius.
11 y a environ cinq ans, il ressentit pour la première fois de la démangeaison au cou, puis aux bras, puis aux jambes. Des boutons se montrèrent sur ces parties, puis disparurent, laissant quelques écailles à leur place, mais rien de cette disposition noire et sèche qu'on observe aujourd'hui: le visage restait sain.
11 y a trois ans une tumeur se forma à l'aine droite, et acquit en deux ou trois mois le volume d'un œuf de pigeon; il n'y avait pas de rougeur, pas de douleur vive, mais le malade ressentait dans son membre une lourdeur insu* lite. Bientôt de nouvelles grosseurs se formèrent dans les deux aines ; elles ne. suppurèrent pas, ne rougirent pas la peau, mais apportèrent une certaine gène dans la marche ; après six ou huit mois de durée, elles finirent par diminuer de volume, mais ne disparurent jamais complètement.
En même temps que ces tumeurs suivaient leur cours, le malade aperçut I sur ses bras et sur ses cuisses d'aulres tumeurs de nature tout à fait différente. Celles-ci, au nombre de cinq ou six, avaient déjà le volume d'un ha-? ricot, lorsqu'il y fit attention ; elles étaient rouges, assez dures, ne causaient ni gêne ni douleur; leur nombre s'accrut en peu de mois jusqu'à douze ou quinze, dont quatre ou cinq sur le visage.
Pendant environ deux ans ces tumeurs persistèrent ainsi ; les unes grossis- ■ sant jusqu'au volume d'une noix, les autres disparaissant et étant remplacées! par de nouvelles. Cependant la santé restait bonne, l'appétit persistait, lorsqu'il y a près de dix-huil mois il survint de l'amaigrissement, du trouble dans les digestions et biénlôt un affaiblissement, tel que le travail devint tout' à fait impossible.
Pendant ces quinze ou dix-huit derniers mois, le malade est resté dans sa. chaumière, à la charge de la famille, comme il dit, et faisant le travail d'uni enfant de dix ans; ne souffrant pas du reste, mangeant un peu sans en être incommodé, mais ayant de temps à autre une diarrhée qui durait cinq ou six: jours et augmentait rapidement son état de faiblesse. A la peau, l'éruption cl la disparition des tumeurs continua, leur volume était surtout énorme pendant l'hiver ; elles laissaient en guérissant un état écailleux, mais aucuue ne suppura, aucune ne se creva.
Le malade s'était habitué peu à peu à cet état, et attendait sans demander: aucun secours. Mais pendant le dernier mois la faiblesse et la maigreur ayant beaucoup augmenté, il se décida à consulter un médecin, lequel, sans
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prescrire aucun iruilenieul, lui conseilla de venir à Paris se présenter à l'hôpital Saint-Louis.
A son entrée il est dans l'état suivant :
La maigreur est extrême, les yeux sont caves, le regard éteint, les pommettes saillantes et recouvertes d'une peau jaune-serin, unie, fortement appliquée sur les os. Le sujet est faible, fatigué au moindre effort, ne serre la main qu'avec une force très médiocre; il est très inquiet de n'avoir pas pu venir à pied du chemin de fer d'Orléans , car il marche encore d'un pas assez ferme et se lient assez droit.
11 n'éprouve jamais d'oppression, jamais de battement de cœur, n'est pas enrhumé, ne crache pas. Le bruit respiratoire s'entend parfaitement normal dans toute l'étendue des deux poumons; il n'y a pas eu de diarrhée depuis quelques jours ; le malade se sent assez d'appétit, n'éprouve pas de soif vive, urine naiurellement.
Depuis plus de six mois , il n'a pas eu d'érection et n'a pas désiré approcher sa femme ; il était cependant avant sa maladie fort porté au coït.
Son intelligence est saine ; il s'exprime même fort nettement et demande i avec insistance combien il faudra de temps pour le guérir ; mais sa voix est i rauque, d'un timbre dur et pénible a entendre, quoiqu'il n'éprouve ni gêne i ni douleur, soit en parlant, soit en avalant. L'inspection de l'arrière-gorge ne i montre, au reste, aucune lésion appréciable.
Les paupières sont rouges et à peu près complètement dépourvues de cils. I Dans toute l'étendue de la tête, les cheveux sont rares, courts, lanugineux ; 'le front et les tempes sont complètement cbauves ; des écailles blanches, sèches, dures, couvrent le cuir chevelu et les sourcils.
Sur le visage, les mêmes écailles dures, sèches, adhérentes, sont disposées sans ordre ; elles abondent surtout dans les favoris, qui sont restés assez bien fournis. Sur le front, on voit quatre tubercules rosés, durs, ayant chacun environ lx à 5 lignes de diamètre et 1 ligne \ de saillie.
Sur les bras, la peau est uniformément écailleuse et noirâtre ; les mains, Ifflii oll'rent un état analogue , mais porté à l'extrême , ont assez l'aspect dû dos d'une écrevisse crue. Cet élal s'est développé peu à peu , sans éruption vive. Getle disposition est interrompue de temps en temps par des espaces de peau blancs, non écaillcux, se terminant par fusiun avec les parties voisines ; et l'on se demande si c'est là de la peau encore saine ou bien une altération particulière. La sensibilité est, du reste, parfaitement conservée sur ces points, Les bras et les avant-bras sont en outre le siège de tubercules de divers volumes, rosés et recouverts d'un épidémie léger et lisse. Le plus gros de tout le corps existe sur l'avant-bras gauche, vers le milieu de sa face palmaire ; il a environ 15 lignes de diamètre et 6 lignes de saillie ; il est très régulièrement demi-sphériquc ; il est, comme les autres, rosé, ferme, solide, sans fluctuation. Sur la paroi antérieure de l'aisselle du même côté, se voient
plusieurs autres tubercules, dont un a 10 lignes, et deux autres de 7 à 8 lignes de diamètre.
Sur les cuisses , sur les jambes , sur le dos des pieds, sur la poitrine, sur les épaules, on remarque pareillement : 1° cet état rude, squameux et brunâtre de la peau ; 2° ces espaces arrondis , mal limités , où la peau est d'un blanc de cire, lisse et sans aucune altération de sensibilité ; 3° des tubercules peu saillants, répandus ça et là, ayant le volume de pois, de haricots, etc.
La peau du ventre est très brune, très dure, très écailleuse ; son épiderme semble fendillé, et est hérissé de rugosités comme au dos des mains ; mais jamais il n'y a eu de tubercules sur cette partie, non plus que sur les fesses, sur la plante des pieds, ni sur la paume des mains. On sent dans les deux aines des engorgements volumineux, durs, sans trace de fluctuation, qui existent depuis plusieurs années, dit le malade; il n'y a aucune cicatrice à leur niveau.
Prescription. — Bain , deux portions.
13 septembre. — Le malade a pris trois bains prolongés qui n'ont rien changé à l'état de la peau ; il mange ses deux portions, se lève dès le matin, et est descendu quelques moments dans la cour ; mais , presque toujours, il reste assis dans la ruelle de son lit.
22. — Diarrhée depuis deux jours ; on cesse les bains ; riz gommé pour boisson, crème de riz ; lavement amidonné.
26. — La diarrhée continue ; il y a eu hier huit selles liquides exhalant une odeur extrêmement fétide, putride. Les urines sont rendues naturellement, sont claires, sans odeur. La faiblesse est grande; le malade ne peut plus quitter son lit. Lavement avec dix gouttes de laudanum.
29. — Hier, dix selles toujours très fétides ; le malade peut à peine répondre; mais il est plein d'espérance, et assure ne pas souffrir.
Mort le 1" octobre, à cinq heures du matin.
Autopsie. — La peau a une coloration un peu moins foncée que pendant t la vie ; les tumeurs sont un peu affaissées, moins saillantes ; elles ont complètement perdu leur couleur rosée, et offrent la teinte cadavérique ordinaire Plusieurs tubercules incisés offrent tous la même disposition suivante : la limitation est fort brusque, fort nette ; mais la tumeur adhère à la peau am-n biante, et il est impossible de l'en séparer. Sa couleur est grisâtre, uniforme, sans aucune vascularisation ; sa texture est résistante, comme lardacée, sans aucune disposition fibreuse ; elle ne donne aucun liquide, soit qu'on la presse, soit qu'on la racle avec le tranchant du bistouri ; elle ne se laisse déchirer: que très difficilement ; elle est recouverte d'une couche d'épiderme impossible à enlever. On ne reconnaît en aucun point les autres parties constituantes de la peau. Dans tous les points où il n'y a pas de tubercule, le derme n'a éprouvé aucune altération ; le tissu sous-cutané est aussi intact et 5 peu près complètement dépourvu de graisse.
La mâchoire étant sciée, la bouche, le pharynx, le voile du palais, sont
LÈPRES. 75g
examinés avec soin; le larynx est détaché et ouvert ; les poumons sont enlevés et incisés en plusieurs points : toutes ces parties sont saines et n'offrent rien à noter. Le cœur est petit, mon, flasque ; il contient, ainsi que l'aorte des caillots abondanls, fort adhérents , grisâtres, analogues à de la gelée de' pomme.
Le foie est foncé en couleur, plutôt petit que gros, résistant, et difficile à déchirer. Incisé, il laisse écouler une quantité de sang fort épais et noir La coupe est uniformément brune , sans mélange de jaune ; la vésicule est gorgée de bile ; la rate est suine. Les reins n'ont de nolable qu'une rougeur assez marquée. L'estomac est rélraclé, sa cavité est rétrécie ; la muqueuse forme des phs nombreux, couturés, régnant en divers sens. L'intestin grêle est mince, son calibre est fort étroit, mais la muqueuse est saine. La muqueuse du côlon est en tous les points épaissie, tomenteuse, d'un rouge assez foncé • mais, ça et là , on voit des plaques plus saillanles, d'un rouge plus fort et comme he-de-vin. Le rectum.à sa partie supérieure, est uniformément rouge violacé, et la muqueuse est très épaisse. En outre, il existe à cette partie un grand nombre d'ulcérations nettement arrondies , ayant de 1 à i lignes de diamètre, à bords découpés à pic, comme avec un emporte-pièce - les bords sont adhérents, durs, tandis que le reste de la muqueuse est flasque Les plus larges de ces ulcérations ont environ trois quarts de ligne de profondeur; toutes se posent sur un fond dur, résistant, d'un jaune soufré, qui ne disparaît que difficilement par le grattage, et qu'un filet d'eau même assez fort ne peut enlever. La partie inférieure du rectum redevient saine. L'encéphale n'offre rien à noter.
La peau des deux aines étant incisée, on tombe sur des ganglions engorgés disposés en chapelet, non adhérents entre eux, enveloppés d'une coque" fibreuse, dont on les sépare facilement. Incisés alors, ils se présentent avec une consistance dure, partout la même, de couleur grisâtre, et sillonnés de stries fibreuses, sans arrangement particulier; dans l'aine gauche, un de ces ganglions a environ un pouce de diamètre, et plusieurs autres ont de 6 à 10 lignes.
Les deux bras sont détachés, et l'on pousse dans les artères brachiales une injection d'essence de térébenthine mêlée d'un peu de suif fondu, et colorée à l'aide du vermillon. La dissection des parties injectées est faite le lendemain L'injection n'a pas été suffisamment pénétrante, surtout au bras gauche • même au bras droit, on ne la trouve dans la peau qu'en de rares arcades assez déliées et d'une élendue assez grande. En aucun point, ces arcades ni aucun filet Injecté ne pénètrent dans les tumeurs nombreuses examinées pour les rechercher : en certains endroits, ces filets cessent brusquement, et les arcades sont interrompues au point où commencent ces tubercules. On ne saurait donc rien conclure d'une manière absolue de l'absence de l'injection dans les parties malades.
7©j£ PATHOLOGIE ET TlHÎRAPËOTIQUE SPÉCIALES.
• Nous avions, il y a peu de temps, dans nos salles un homme du département de l'Eure , qui avait une lèpre tuberculeuse avec hypertrophie affectant le front, le nez et les doigts. Nous joignons à ces faits trois exemples de lèpre que nous avons aussi observes, et nous plaçons immédiatement celle d'une lèpre anesthésique du département de l'Indre.
Lèpre tuberculeuse anesthésique. — Paparati , vingt-huit ans, négociant, constitution bonne, tempérament biloso-nerveux , né à Melelin (Lesbos) ; il séjourne chaque année six semaines à peu près dans son pays ; le reste de l'année, il le passe à Constanlinople, où le retiennent ses affaires. Son père et sa sœur jouissent d'une excellente santé ; sa mère est morte à la suite d'une couche ; aucun d'eux n'a été touché par son affection, pas plus que ses aïeux et ses parents éloignés. Le lieu de sa naissance est distant de douze Heuesde quatre villages entièrement et exclusivement remplis de lépreux; jamais il n'a eu de communication avec eux. Les premières taches qu'il a offertes à la peau se sont développées, il y a six ans et demi, à la parue postérieure de l'avant-bras droit , à la partie postérieure et interne du poignet gauche, et plus tard à la face. Ces taches se sont montrées sans influence de causes 'à lui appréciables. Toutefois, dans son pays et à Constanlinople, les personnes de sa profession font abus de substances alimentaires très stimulantes et alcooliques. Les taches qui parurent les premières prirent un accroissement lent, et leur développement s'accompagna de l'éruption de nouvelles taches, mais moins grandes; il avait même déjà quelques tubercules, mais fort peu prononcés, quand, il y a deux ans et demi, il fut atteint d'une blennorrhagie qui fut traitée par des bains et des potions dont il ne connaît pas la nature ; il ajoute qu'un autre médecin lui prescrivit, un peu plus tard, contre cet écoulement , qui n'avait pas complètement disparu , de l'acide arsénieux , dont il ne peut préciser la dose ; il en a pris peudant treize jours dans du lait. Pendant ce traitement, les taches, qui primitivement se développaient avec assez de lenteur, prirent une marche plus rapide ; les légers tubercules déjà existants s'accrurent et se multiplièrent ; tout resta alors dans l'état stationnaire. Mais, deux mois plus lard, il lit. comme traitement dv li lèpre, usage d'une préparation mercuriellc qu'il ne peut définir, qui fut continuée pendant vingt-cinq jours, et suivie d'un accroissement des tubercules et des taches. On cessa alors cette médication, qu'on lui conseilla de reprendre plus tard, et les accidents restèrent slalionnaires. 11 demeura alors quatre mois sans traitement, prit de nouveau le mercure , sur l'indication d'un médecin italien, pendant quinze jours : nouveaux accidents, nouvelle suspension.
H lit alors usage de l'iodure de potassium pendant cinquante jours, il ne sat» à quelle dose. Ce traitement avait été précédé de quatre purgalions et de quatre saignées dans l'espace d'un mois. L'iodure de potassium fut porté à
LÈPRES. • T «1 des doses de plus en plus élevées ; o„ y joignit p** de piruIes La MÉ ne lit qu'augmenter, les forces s'amoindrirent. Le traileten 'r suspendu, et ftp* ^ .rente jours de repos ; i, amena de no'av aux ac dents, qu, déterminèrent son médecin à l'envoyer à Paris
c^dèahï>:!enle; 1P1S " "T"-**' *» éprouvé d'accidents du i cote de la gorge ni de douleurs ostéocopes.
«rôtira ï S f V°iem dCS tUb0rCn,es diss^inés, de différente*: gio seuis, offrant une coloration f.uve et une sensibilité presque nulle dans' quelques-uns, complètement nulle dans d'autres. Les plus an-dessus des sourcils, à la joue droite et au menton , ceux de la jo e g ucne présentent moms de volume, et la peau y conserve a peu près nZZZ normale : quelques tubercules même, dans ce point 'son' mu t à ft ttZS cutanés et ne peuvent être perçus qu'au toucber. Les bras sont le s g 1 acbes fauves disséminées, insensibles ; lorsqu'on les altaque avec une Le le malade n'éprouve aucune douleur ; il ressent seulement la pression nui se» transmet aux parties sous-jacentes à la peau. Sur la face port/ri uTd , a3 droit N V01ent des cicatrices, traces d'ulcérations qui ont été 1 su te d'an hmm de pommades douées ,,'une grande énergie, mais de ! t ZI £ pas été ressentie par le sujet. L'affection , de ce côté, se termine JSmZ
m STRSTT^ ■ r obliquant vèrs Ie peiit doigt * ~
est atteint. A 1 avant-bras gauche, les taches sont plus rares, disséminées et d ns leurs mtervaUes la sensibilité se conserve a l'état nôrmal. A part 2 postérieure, inférieure, interne de l'avant-bras gauche, existe une tach* large fortement colorée , qui se lie à un épaississement de la pea danTce point, e le est d'une insensibilité absolue. Les cuisses et les jamb ^on L semées de taches analogues, insensibles ou moins sensible qu ,'é ta 2mal ; a peau . au-dessous d'un certain nombre , est indurée et tuber eus Des tubercules profonds , sous-cutanés , forment comme dés chape) m-" h partie postérieure des jambes, ils ont un volume assez considérable • ia'p a
T es recouvre n'a poinl subi «w*-*- ^ sont do /é
xqmse sensibilité. I.a pression exercée sur la partie inférieure d anZ ; du malade y détermine de .a douleur. Les pieds et.les mains se gon en * U nemen, , e Ie gonflement (Uspai,n de môme ^ ^ S "
satisfaisant, l'appétit est bon, les fonctions s'exécutent bien
Lèpre tuberculeuse. - Gautier, quarante-neuf ans , manouvrier (départent de I ndre, Son père n'a jamais eu d'affection cutanée, est ZStSZan,e-neu ans ; sa mère es. morte à vingt-quatre ai,s, d'un purpura ; un f èrtr 4^ même ht que lui est faible, mais a la peau saine ; un autre frère et une sceui d un second lit sont fa ible* aussi, mais sains du côté de l'organe niiané • cinq enfanta dont il est le père, et sa femme, jouissent d'une san.é parfaite'
1 endant toute sa vie, il a fait un usage a peu près exclusive l'alimentationvégétale el des boissons aqueuses.
Atteint de variole à l'âge de quatorze ans , il était soumis déjà depuis sa plus tendre enfance à des démangeaisons perpétuelles, qui s'exaspéraient lorsqu'il se livrait à quelque exercice violent, ou sous l'influence des variations atmosphériques. Ces démangeaisons et leurs exacerbations offraient leur maximum d'intensité pendant l'été, à l'époque des fortes chaleurs, et alors elles étaient portées si loin, qu'elles forçaient le malade à exercer des frictions sur les diverses parties du corps, mais principalement sur sa poitrine ; toutefois, à cette époque, elles n'existaient ni à la tête, ni à la face, ni aux extrémités; elles s'amoindrirent même sur les autres parties pendant l'accroissement du sujet, sans pourtant disparaître complètement, en sorte qu'ellesse perpétuèrent
quoique avec une moindre intensité, jusqu'à l'époque à laquelle commença à se dessiner d'une manière nette et tranchée l'affection qu'il porte aujourd'hui. En mars 1841, apparurent au front, au-dessus de la région sus-orbilaire, de petits tubercules plombés, delà grosseur d'une forte lentille, dont le nombre est évalué à vingt ou vingt-cinq par le malade. Le développement de ces tubercules, en tout analogues à ceux qu'il porte aujourd'hui sur sa poitrine, fut suivi de l'apparition au front de la démangeaison qui jusque-là avait respecté cette partie. Cette première poussée resta d'abord stationnaire sous le rapport du nombre et du volume. En juin 1842 , une nouvelle poussée donna naissance à une série nouvelle de tubercules de même dimension et de même coloration, disséminés dans les intervalles qui séparaient les premiers; ceux-ci prirent alors un développement plus considérable. Par trois ou quatre nouvelles éruptions successives , ils envahirent le front et les sourcils ; dans ce dernier point, ils prirent un développement rapide et devinrent promptement confluents. 11 y a quinze mois environ, la maladie, toujours successivement envahissante , attaqua les autres parties de la face, d'abord les joues et les oreilles, puis le nez et le menton. Le malade fit alors une tentative pour s en débarrasser, et s'appliqua pendant une demi-heure un masque de chaux éteinte : sous l'influence de ce moyen, dit-il, il vit complètement disparaître sa maladie : les tubercules se détachèrent en eschares brunâtres, et il eut, pendant quelques jours, l'espoir d'une guérison parfaite ; mais le soulagement fut passager, car, trois jours après, nouvelle poussée générale de tubercules là où ils avaient été détruits, avec marche plus rapide celte fois dans leur développement; enfin, la tuberculisation se propagea bientôt plus loin, gagna le cou, puis la poitrine, le dos, les épaules, les bras; aujourd'hui, elle atteint le ventre et ne paraît pas devoir s'arrêter là.
État actuel. - L'appétit est bon , les | fonctions digestives s'accomplissent régulièrement ; la peau offre une teinte légèrement jaunâtre. Le malade dit que, sans souffrir beaucoup, il a pourtant subi un amaigrissement notable. La musculation est effectivement peu développée ; les tissus présentent une mollesse assez prononcée ; toutes les parties du corps, sauf les pieds, les mains et le cuir chevelu, sont le siège d'une démangeaison qui est plus prononcée là où existent les tubercules. La poitrine, le dos. les épaules et les
LÈPUES. 757
bras représentent l'affection ù son premier état de développement. C'est un semis de tubercules très rapprochés et quasi confluents sur la poitrine, plus rares et disséminés sur le dos et les autres parties. Chaque tubercule offre une teinte grise comme ardoisée ou plombée , élastique et comme résistant sous la pression du doigt ; il égale en volume un petit pois. Là où la maladie paraît se limiter, les tubercules sont plus rares et offrent moins de volume. A la face, la maladie a grandi, et, bien qu'on y retrouve la lésion élémentaire tout à fait caractérisée, les tubercules, en général, y ont un volume beaucoup plus considérable que sur les autres parties : on en voit au menton, au front, qui ont déjù dépassé le volume du plus gros pois ; à mesure qu'ils s'accroissent, ils semblent se détacher plus nettement de la peau qui leur sert de base. Très durs au menton, bien qu'offrant une certaine, élasticité, ils sont, au contraire , assez dépressibles au front, et donnent à la pression la sensation d'un tissu fongueux à mesure qu'ils croissent en volume. Jusqu'à la teinte que nous venons d'indiquer, le teinte grise primitive qu'ils offraient d'abord se transforme en une coloration rouge plus ou moins vive. Le nez , l'extrémité droite de la lèvre supérieure, sont le siège de deux tubercules énormes, qui paraissent dus à la fusion d'un certain nombre, et dont la surface , lisse et polie, mais un peu brunâtre , est sillonnée de rameaux vasculaires, veineux, multiples. C'est surtout aux sourcils que la maladie présente son plus complet développement : ils sont le siège de deux demi-arcs tuberculeux faisant saillie d'un centimètre et demi environ et se réunissant vers la racine du nez; ils sont formés par la juxtaposition de gros tubercules devenus confluents à leur base, de manière à ne former plus qu'une tumeur aplatie de haut en bas, et couchée en travers sur les sourcils. Celle tumeur est parcourue verticalement et transversalement par des sillons profonds qui donnent à sa surface un aspect mamelonné, et qui indiquent la limite primitive des tubercules actuellement réunis entre eux; les mamelons, gros, rouge foncé, bruns, et même quelquefois presque noirs, sont festonnés au-dessous de l'épiderme aminci qui les revêt par une arborisation veineuse très riche. Cette masse offre une dureté caractéristique et comme squirrheuse.
La sensibilité paraît exagérée dans une partie des tubercules, pris surtout parmi les plus volumineux; pourtant il en est qui semblent frappés d'anesthésie quasi complète là où régnent les tubercules à leur état primitif; la sensibilité est à peu près normale, et même en certains endroits diminuée.
Le malade, pendant le bref séjour qu'il a fait à l'hôpital, a été soumis à l'usage de l'iodure de potassium ; mais l'efficacité du traitement n'a pu être convenablement appréciée. Il sort sur sa demande, le 3 juin 1845.
Lèpre anesthésique occupant la face, le cou, les aines, le ventre et le dos. — Le nommé Jean Lallemand, soixante-quatre ans, cultivateur. Entré le 2 janvier 1854, à l'hôpital Saint-Louis, n° 22 salle Saint-Louis. Le malade qui fait le sujet de celte, observation est d'un tempérament sanguin lymphatique,
VJSS PATBOLOUIIÎ ET TIIKUAI>I1UTIQUE SPÉCIALES.
court, gros cl trapu. L'aspect général que présente ce sujet frappe tout d'abord, de manière à ne point permettre de confondre la maladie qu'il porte avec aucune autre: aussi vais-je essayer d'en esquisser d'une manière générale la physionomie, avant d'entrer dans les détails des régions pathologiques qui se trouvent sur lui. — Il faut vous représenter un homme à face plissée, plus large que longue, empreinte d'un air d'hébétude et de stupidité qui eet aussi le résultat de la dégradation de l'intelligence que l'on observe chez tous les sujets atteints île lèpre ; sur laquelle se voient au front, aux paupières, aux joues, aux lèvres et au menton une série de masses tuberculeuses, dont le diamètre longitudinal varie de 2 à k quatre centimètres et qui sont rangées suivant la direction des plis de la peau. Insensibles au plus haut degré,
,ces tubercules sont, réduis, les uns d'un diamètre plus petit, lisses, ayant fine couleur rouge fauve, et siègent au cou et au-devant du sternum ; d'autres
. plus gros, plus âgés, déprimés à leur centre, donnent au toucher la sensation de lipomes encore petits, sont livides, et en certains points, au front, à la joue
, gauche, ils sont ulcérés et laissent écouler un liquide jaune sale et poisseux, auquel succèdent des croûtes noirâtres fortement adhérentes. Cet ensemble de tubercules soit isolés, soit agglomérés, donne à la peau de ce malade l'aspect du plastron tuberculeux de quelques pachydermes, et à sa face la ressemblance la plus parfaite et l'expression de l'fgnama tuberculata de Lau-
■ renti. — Entre ces masses tuberculeuses la peau est ridée, épaissie, blafarde.
, Puis, si l'on vient à découvrir successivement le malade, on rencontre une série moniliforme. L'étiologie paraît assez difficile à établir : il ne semble pas avoir contracté cette maladie, car peu nomade, il ne s'est jamais éloigné de son département, jamais il n'a eu de maladies vénériennes et s'est toujours bien porté; c'est seulement à la suite d'un érésypèle dont il fut atteint, il y a quatre ans, que cette maladie s'est déclarée : ainsi donc développement de cette maladie sans contagion, spontanément; sous le rapport de l'hérédité, nous ne trouvons chez aucun de ses parents qui l'ont précédé dans l'échelle généalogique ni lèpre, ni affection vénérienne chez son père et sa mère, etc. Un fait fort remarquable vient confirmer les idées de non-contagion émises par les
i auteurs modernes et principalement par Fernel et par Forest: ce malade a tout le temps cohabité avec sa femme sans que celle-ci ait été atteinte en aucune manière de cette affection.
Lèpre tuberculeuse. — Dréard, soixante-huit ans, cultivateur (Yonne). Entré, le 23janvier 185/|, à l'hôpital Saint-Louis, n° 23 salle Saint-Louis, mort le XI mars 18o4. Ce malade, d'un tempérament sanguin lymphatique, grand, maigre, n'ayant eu aucune maladie antérieure, a été atteint de l'affec- . lion qu'il porte, il y a seulement quatre ans. Voici les seuls antécédents qu'il a été possible, de recueillir : l'étiologie et le point de départ de la maladie sont assez obscurs ; ainsi le malade dit n'avoir eu aucune maladie vénérienne et n'en avoir pas vu de trace dans sa famille; l'interrogation du maladfi, du
LÈPBJ8S.
reste, n'en démontre point. Sons le rapport de l'hérédité, point de maladies analogues sur les parentsqui l'ont précédé. L'habitation du malade ne paraissait ni malsaine, ni sale; sa nourriture était bonne. Enfin, sous le rapport de la contagion, rien d'analogue, ni sur ses parents ou ses sœurs avec lesquels le malade se trouvait en contact ; rien non plus de semblable dans la localité ; il n'a jamais quitté son pays. Cette maladie est survenue, il y a quatre ans, à la suite d'une rougeur érythémateuse générale, qui a envahi le corps de la partie supérieure vers la partie inférieure, et à la suite de laquelle se sont développées sur quelques points du corps des saillies rouges, qui bientôt ont un peupàli, puis se sont agglomérées et ont fait prendre à la peau l'aspect chagriné et tuberculeux que nous lui voyons aujourd'hui. Ces tubercules sont plus nombreux à la face antérieure du Ironc et à la face interne des membres. Leur volume varie depuis la grosseur d'un pois jusqu'à celui d'une noisette. Les plus petits sont moins colorés que la peau qui les entoure et qui est brune; les plus gros sont rougeàtres ou bleuâtres : ils ont une base large, sont généralement assez rapprochés les uns des autres et, ainsi agglomérés, ils donnent à la peau un aspect mamelonné qui la fajl ressembler à une peau de chagrin dont les granulations seraient volumineuses et inégales. De ces luber- , cules, il en est, et ce sont les plus volumineux, qui sont profondément ulcérés ; l'ulcération est profonde, la peau est décollée sur les bords dans l'espace d'un millimètre, livide et frangée sur les bords; le fond en est gris et rugueux, il semble voir un petit cratère, et si l'on prend l'empreinte de la cavité ulcérée, elle forme un cône a base plus large, correspondant au fond de l'ulcération à sommet tronqué plus étroit. Les croûtes qui se forment en quelques points sont d'un gris noirâtre. Ces ulcérations, peu nombreuses, se rencontrent çà et là sur toutes les parties du corps, Une vaste plaque ulcéreuse et sanguine, formée par la réunion de plusieurs tubercules ulcérés, occupe les deux tiers externes de la cuisse droite et a son plus grand diamètre suivant l'axe du membre ; ces ulcérations ont l'aspect qu'offrent ces excoriations que l'on voit sur la peau des chevaux que le harnais a déchirée. On dirait qu'un emporte-pièce y a taillé d'une manière irrégulière une série de trous qui, s'élant réunis, forment un bord irrégulièrement découpé. Enfin, au centre, se trouvent par-ci, par-là des points qui ne sont pas encore ulcérés et qui forment desîlois violacés; le fond de cette vaste ulcération est rougeâtre et donne une sanie roussâtre d'une odeur infecte: tel est l'aspect que présente le malade. Depuis qu'il est atteint de celte maladie, il a maigri d'une manière notable ; de temps en temps, il a un peu de diarrhée qui cesse facilement, mais cependant se montre plus rebelle depuis quelque temps. Il sent ses forces s'affaiblir, les cheveux tombent également depuis quelque temps; du reste point d'autres symptômes généraux. Comme symptômes locaux, poinlde douleurs, point de démangeaisons, les sueurs sont moins abondantes, c'està-dire que la peau est généralement sèche et moins sensible. En effet, les tubercules sont pour la plupart insensibles, ce qui n'a duré que quelques
jours, car ù peine le malade a t- il été en traitement que la sensibilité est devenue moins obtuse. Depuis le ^0 janvier jusqu'au 7 février, affaiblissement notable des tubercules, rétrécissement des ulcérations, tendance générale à la cicatrisation. Depuis le 7 février, le malade a senti ses forces diminuer de plus en plus ; il fut pris d'une diarrhée fétide et éprouva des borborygmes, des coliques sourdes, jamais aiguës; le pouls est devenu faible, petit, lent; la langue pale d'abord, puis sèche ; le ventre mou, indolent; la peau a pris généralement une température peu élevée, puis elle devint sèche, la face jaune bislre ; les yeux s'excavèrent, etc. Le malade tomba dans le marasme le plus complet. Durant tout ce temps, il fut soumis à la médication antidiarrhéique complète, opiacés, astringents, lavements au carbonate de plomb, carbonate de soude à 1 décigramme, acétate de plomb c. deux décigrammes. Ilien ne peut l'arrêter pendant les huit derniers jours. 11 se manifesta un subdelirium qui ne le quitta plus jusqu'à son dernier moment. Pendant que ces phénomènes se passaient du côté du tube digestif, il s'en passait d'analogues du côté de la peau. Les tubercules non ulcérés semblaient s'être affaissés, les bords de ceux qui étaient ulcérés semblaient s'être affaissés, de telle sorte que les ulcérations paraissaient moins profondes, on aurait dit qu'elles s'étalaient. Elles devinrent blafardes comme le sont les ulcères chez les sujets alteintsdediarrhée chronique; puis se recouvrirent de croûtes noires, sanguines, peu adhérentes, légères, comme l'est la croûte noire qui se forme sur la surface desséchée de certaines tourbes noires; en frappant dessus, elles donnent la même sensation que fait éprouver un corps léger, spongieux et desséché ; enfin une eschare gangréneuse se formait sur le grand trochanter droit, mais elle était superficielle et peu profonde. Face : tubercules peu nombreux et non ulcérés. Autopsie: la peau est moins colorée que pendant la vie ; elle semble amincie et plissée longitudinalement comme si on l'avait tirée et allongée par ses deux extrémités. L'enveloppe cutanée, le tissu adipeux sous-cutané a disparu presque complètement. Les tubercules sont un peu affaissés, légèrement décolorés ; la peau dans les intervalles est brunâtre. Les tubercules sont arrondis, leur diamètre varie, en procédant du plus petit au plus gros de 5 à 15 millimètres, leur épaisseur au centre est de 3 à 10. Le tissu cellulaire sous-cutané est parfaitement sain. Le tissu musculaire est plus dense qu'à l'ordinaire, plus fortement coloré en violet. Si l'on vient à fendre les tubercules, ils crient sous le scalpel, comme se fend le tissu fibroplaslique ; fendus, on voit que la lésion occupe exclusivement l'épaisseur de la peau, elle présente l'aspect suivant : hypertrophie générale du tissu fibreux de la peau aux points où se trouvent les tubercules ; intégrité parfaite de ce tissu dans leurs intervalles. — Division des tubercules en trois couches colorées différemment en ces trois points : 1" couche profonde ayant 1 millimètre d'épaisseur avec sa coloration normale; 2' noyau central gris ardoisé éclairé, d'aspect lardacé, ayant 3 millimètres; 3' couche superficielle de 1 millimètre, vascularisée, rouge et recouverte par une couche d'épiderme
fortement adhérente. Les tubercules ulcérés et ramollis présentent le môme aspect ; mais la substance centrale ardoisée a envahi la couche vasculaire superficielle, et la vascularisation de son côté a fait des progrès vers la substance centrale qui, coupée, présente un aspect sablé mélangé de rouge et de gris. La coupe de la portion ulcérée représente un cône à base tournée vers la partie profonde de la peau, à sommet tronqué plus étroit, racorni vers la face superficielle de la peau. Tel est l'aspect que présentent ces différents tubercules non ulcérés; puis à leur période d'ulcération, du côté des autres organes, voici ce que l'on observe : muqueuse des neuf dixièmes supérieurs du tube digestif dans un état parfait d'intégrité. Seulement, dans les deux derniers tiers du côlon on trouve des ulcérations tantôt arrondies, tantôt serpigineuses, n'occupant que la muqueuse ; en tout semblables à celles de la peau et d'autant plus nombreuses qu'on s'avance vers le rectum, recouvertes d'une exsudation membraniforme analogue à celle qui recouvre les ulcérations cutanées ; ce n'est qu'au niveau de l'S iliaque que la muqueuse se trouve tellement vascularisée dans la portion supérieure, c'est à peine si un cercle rougeâtre les entoure, leur fond est rose. — Du côté des poumons, rien ; du côté du cœur, rien ; du côté du foie, cet organe a son volume normal, mais il est très dense, la substance rouge prédomine, sa surface est rugueuse, irrégulière et comme chagrinée par la substance jaune qui est devenue plus dense, la vésicule est remplie de bile et un peu distendue ; du côté des autres organes, rien de remarquable.
Observation de lèpre tuberculeuse dans sa période la plus
avancée.
Lèpre tuberculeuse. — Buchy (Antoine), entré le 19 avril 1854, salle Saint-Louis, n° 60, âgé de vingt-huit ans. ancien marin, né dans l'Ile de la Réunion (Inde), est atteint depuis huit ans d'une lèpre tuberculeuse anesthésique. — [.'affection occupe la face et les membres supérieurs. La base du front, les arcades sourcilières et le menton sont couverts de tubercules blanc-jaunâtre, lisses, durs, irréguliers, confluents par leur base, séparés entre eux par des sillons sinueux et profonds qui donnent à la peau de ces parties un aspect mamelonné. Sur les oreilles, les joues et au voisinage des commissures Jes lèvres, tubercules agglomérés et ouverts ne formant plus qu'un ulcère ou plutôt une réunion de petits ulcères à circonférence arrêtée; mais on trouve disséminées au pourtour de ces plaies un grand nombre de petites éminences sous-épidermiques.isolées cldifféremmcnt circonscrites, qui rappellent la forme morbide de l'affection. Le bord libre des paupières est dépourvu de cils et couvert de tubercules. — hes lèvres épaisses, tuberculeuses; la bouche déformée continuellement ouverte; la langue envahie par les tubercules est dure, marronnée et d'une couleur violette très foncée. Le nez, couvert d'éminences tuberculeuses, porte à sa face supérieure un ulcère
large, profond et sanieux, dont l'étendue est à peu près de deux à trois centimètres carrés. Toutes les parties envahies par la maladie sont dépourvues de poils, sillonnées par de nombreux capillaires sanguins et privées de sensibilité. — Aux membres supérieurs, tubercules semblables à ceux de la face, isolés ou réunis en petit nombre sur les bras, agglomérés en grand nombre à la partifi postérieure de l'articula lion du coude, disséminés sur les avantbras niais plus nombreux que sur les bras, très confluents à la face dorsale des phalanges, lesquelles sont déformées, volumineuses au niveau des articulations et profondément endommagées par la maladie, Un grand nombre de ces tubercules, recouverts par un épiderme aminci, plus ou moins ulcéré, laissent couler une sanie purulente qui nécessite plusieurs pansements par joui'. — L'ensemble du malade est affreux. Qu'on se figure un homme aveugle, d'une maigreur extrême, la peau livide, terreuse et lâchement appliquée sur les muscles atrophiés, les orbites profondes, les yeux d'un blanc mat, pen mobiles et imparfaitement recouverts par les paupières; la face longue, maigre, couverte d'un masque dégoûtant de tubercules, d'ulcères et de concrétions purulentes; la bouche continuellement beauté; la voix rauque, sourde -et profonde ; la tète peu mobile sur un cou très long ; les bras décharnés recouverts d'ulcérations; les mains déformées; les doigts couverts de plaies suppurâmes; enfln une odeur fétide qui s'exhale de toute sa personne, et l'on comprendra que cet homme, sorte de spectre hideux, soit un objet d'horreur pour tous ceux qui l'approchent. — Voici les détails que nous avons pu rassembler sur les antécédents du malade. Élevé à Calcutta et à Pondichéry ■ (Indoustan). il entra dans Ja marine h l'âge de dix-neuf ans ; d'une constitution i robuste, il supporta sans peine les fatigues des longs voyages maritimes. Dans i sa jeunesse, pas de scrofules, pas de maladies graves. Son père et sa mère vivent encore et jouissent d'une bonne sanlé ; ses frères et sa soeur n'ont i jamais été malades : personne dans sa famille n'est atteint de maladie de la peau; son père a eu la gale il y a quinze ans, à bord d'un navire où l'équipage tout entier était atteint de cette affection. Son hygiène a toujours élc bonne, il n'a jamais éprouvé de chagrins ni de privations. Comme tous les marins, il a été exposé aux intempéries des saisons et à des variations de température assez notables. — A vingt-un ans il quitta l'Inde en parfaite santé, revint en France, séjourna quelques mois à Marseille et vint ensuite habiter Saintes (Charente -Inférieure) où il contracta la vérole en i8/i7, maladie qui ne fut pas traitée. — Le malade se portait bien quand, un jour d'hiver, ayant été fortement impressionné par le froid, il s'exposa devant un ! grand feu et ressentit anssilôl une vive démangeaison à la figure el immédiatement apparut une éruption considérable, de tubercules, gros comme des lentilles, durs, mamelonnés, sans coloration autre que celle de la peau, disséminés sur la face, principalement au front, au menton, sur les sourcils et les pommettes des joues. La démangeaison disparut d'elle-même et les tubercules conservèrent leur aspect primitif pendant près d'une année. Traitement
ferrugineux, bains de Uarègcs, incision des tubercules, pas d'amélioration. —Le malade vint à Paris dans le service de M. Cazenave, qui le traita par la ^strychnine et l'huile de foie de morue ; mais, loin de se modifier sous l'int ifluence de celle médication, l'affection continua sa marche : au bout de six j mois, nouvelle poussée de tubercules, les premiers s'ulcèrent et l'état du j-malade devient des plus alarmants. Après un séjour de plus d'un an, il quitta \ l'hôpital pour y rentrer bientôt se livrer aux soins de M. Gibert. Cette fois I on le soumit aux antiscorbutiques et aux mercuriaux; amélioration apparente ! pendant quelque temps, mais bientôt récidive de la maladie avec plus d'intenl-sité que jamais; les ulcérations se multiplient, la tuberculisalion envahit les membres supérieurs qui jusque-là étaient restés sains. La cornée se couvre lide taches blanches opaques -et le malade est réduit à une cécité complète idans l'espace de quelques mois. 11 quitta le service et resta en province sans [.faire aucun traitement. — Aujourd'hui il se présente dans le service de ML Devergie dans l'état où nous l'avons décrit il y a un instant. Nous ajouterons seulement qu'en outre de la période fort avancée de la maladie, les forces jsont épuisées, les ganglions sous-maxillaires engorgés, et qu'il existe des (troubles très grands du côté de la digestion : une diarrhée abondante qui jidiire depuis plus d'un an, L'appétit est cependant assez bien conservé. — •Traitements. Le malade a d'abord été soumis au traitement suivant: tisane sudorifique, six pilules de Vallet, pansement avec du cérat simple, une portion. Ce régime, continué jusqu'au premier mai; n'a produit aucun effet; la f suppuration était toujours abondante et les ulcères se multipliaient. A cette époque M. Devergie a fait remplacer le cérat simple par un cérat au sulfate, j de 1er (0,50 pour 30 gr.) ; et voici dans quel état nous retrouvons le malade Me premier juin, c'est-à-dire un mois après remploi du cérat au sulfate de fer : — La faiblesse est toujours très grande, pas d'appétit; la voix excessivement faible, une toux quinteuse, des crachats blancs, visqueux, d'une expectoration difficile; la diarrhée dure toujours. Mais d'un autre côté l'affection cutanée (s'est beaucoup modifiée : sur le front il ne reste plus de traces de tuberculesles sourcils sont beaucoup moins volumineux, on n'y trouve plus ces nombreuses ulcérations que nous y avons décrites ; la surface des joues commence à se débarrasser, les ulcères que l'on y remarque encore sont réunis les uns aux autres et disposés de manière à représenter un polygone très irrégulier dont la surface est occupée par des masses blanches, lisses, inégales, sous1épidermiques, qui semblent formées par la réunion d'un certain nombre de tubercule» à leur première période. La guérison semble marcher du centre » fe périphérie. Sur les autres parties de la face, les ulr.éralions ont presque toutes disparu et le petit nombre que l'on y retrouve encore, ne sécrète plus "ne sanîe aussi abondante. L'ulcère de la face dorsale du nez est moins prolond ci présente quelques bourgeons charnus qui font espérer la cicatrisation prochaine. Sur les bras on ne retrouve plus que de larges tache» brunâtres, '"•^iilières, qui sont les derniers vestiges des ulcéraiions que nous avions
764 PATHOLOGIE ET THÉUAPEUTlQUiî SPÉCIALES.
signalées. Les phalanges sont presque entièrement guéries et les articulations des doigts beaucoup moins volumineuses. Enfin l'état de la peau s'est beaucoupi amélioré et nous sommes frappés chaque jour des progrès rapides de las cicatrisation. Plus tard ce malade fut pris d'une diarrhée que rien ne put arrêter, et il succomba après huit à dix mois de séjour à l'hôpital. Ce fut lufi qui nous fit connaître les publications faites par M. Boileau dans le Journab des Colonies. La mort survint avant que nous ayons pu nous procurer le remède expérimenté par ce médecin.
Que dire maintenant du traitement ? On sait que toutes les res sources de l'art sont impuissantes à guérir cette affection, mêmei lorsqu'elle a pris naissance en France : énumérer par conséquent les moyens qui ont été employés, c'est tracer la série des médications les plus énergiques et les plus actives que l'on préconise or-' dinairement contre les maladies de la peau, et cela fort inutilement,! puisqu'elles sont connues de tout le monde. Soutenir le malade combattre les symptômes que l'on peut atteindre, sans nuire à li santé, telle doit être la première idée du médecin. Il est difficile f rester spectateur oisif d'une maladie aussi grave et aussi pénible : aussi faut-il tenter l'effet de quelques agents puissants en raison de l'in-: tensité de la lèpre et du tempérament et de la constitution de l'in-: dividu ; mais ce qu'il y a lieu de faire surtout dans l'intérêt du man lade, c'est de prescrire une hygiène bien entendue et un régime alimentaire aussi fortifiant que possible.
Telle était la manière dont nous nous exprimions dans la prêt mière édition de cet ouvrage. Depuis cette époque, le hasard nom a mis à même de donner nos soins assidus à plusieurs lépreux, & de vérifier jusqu'à quel point telle ou telle médication peut ètr« plus utilement employée. Et d'abord il est constant que les médica tions mixtes ou composées sont plus efficaces que les médicationi simples. Ainsi l'administration simultanée de l'huile de l'oie de morue, des amers et d'un sirop dans lequel entrent les prépara, tions de fer, l'iodûre de potassium, le bichlorure de mercure et L solution de Fowler, en petites doses, m'a amené à des résultats for remarquables et a singulièrement amélioré la position des lépreux en arrêtant les progrès de la lèpre. Chose remarquable et dont i faut que le praticien se pénètre, c'est que les lépreux ne supporter) que des closes très peu élevées des médicaments, qu'ils sont surexci
«tés par les doses ordinaires d'iodure de potassium, ou de fer, ou
■d'arsenic, ou de mercure.
En avril 1854, je reçus dans mon service, à l'hôpital Saint-Louis, de malheureux jeune homme dont je viens de retracer l'histoire; il lavait déjà été traité par mes collègues Cazenave et Gibert, mais sans ■succès, pour une lèpre tuberculeuse de l'Inde. Ce jeune homme, qui lavait une certaine instruction, m'informa un jour que l'on avait publié dans un numéro du Journal des Colonies les bons résultats obtenus par M. le docteur Boileau, de l'île Maurice, sur lui-même et sur un certain nombre de lépreux , de l'usage de Y hydrocotyle asiatica. Je fis immédiatement , au ministre de la marine , la demande d'une certaine quantité de cette substance sous diverses formes, et je reçus, très peu de temps après, de l 'hydrocotyle à l'état :de feuilles, d'extrait aqueux et d'extrait alcoolique, le tout préparé là la pharmacie du gouvernement à Pondichéry.
Quelque empressement que Son Excellence ait mis à acquiescer là ma demande, ces préparations arrivèrent trop tard pour les utiliser en faveur du jeune marin qui m'en avait indiqué l'efficacité présumée. Singulièrement amélioré d'abord par la cicatrisation des nombreux ulcères qui recouvraient toute la surface du corps, il isuccomba à un épuisement et à un amaigrissement général, dernier degré de cette terrible affection.
Mais le hasard mit bientôt à ma disposition trois malades atteints de la lèpre : un à "hôpital, Grec d'origine; deux en ville. Celui de l'hôpital était atteint d'une lèpre tuberculeuse éléphantiasique, développée à la figure et plus tard aux mains, aux pieds et sur le corps. Même forme, mais plus ancienne et plus avancée sur un des deux lépreux de la ville, et chez lui ulcérations assez nombreuses sur les mains, les pieds, les membres et le corps. Quant au troisième malade, c'était un jeune enfant de onze à douze ans, qui m'a été amené de l'île Bourbon par ses parents pour recevoir mes soins. La lèpre chez lui consiste principalement dans l'existence de taches ou décolorations de la peau, avec perte de sensibilité (lèpre anesthésique), dont quelques-unes étaient entourées d'une auréole brunâtre. Quelques petits tubercules s'ob?ervaient çà et là sur le corps : et à la figure
766 pathologie et thérapeutique spéciales.
Or, il résulte des laits consignés dans le Journal des Colonies par M. Boileau, et dans un Mémoire publié en 1853 par M. LépmJ pharmacien de première classe de la marine, sur l'hydrocotyle asiatica, que cette plante a été employée pour la première fois par M. le docteur Boileau, de l'île Maurice, sur lui-même, qui était atteint de la lèpre, et essayé plus tard aussi par lui sur une soixantaine de lépreux. Depuis, plusieurs médecins à Pondichéry, à Port-Louis, à Madras, ont expérimenté les effets de cette plante. Les résultats obtenus n'ont pas toujours été les mêmes quant au degré d'efficacité de rirydrocotyle asiatica ; et je remarque que plusieurs d'entre eux. l'ont administré en même temps que d'autres agents aussi très actifs.
Je ne veux pas émettre dans cette note une opinion définitive sur l'hydrocotyle comme médicament. Il faut laisser au temps à se prononcer sur ce nouvel agent thérapeu tique ; mais comme je l'emploie depuis plus d'une année, comme il a développé sous mes yeux sur plusieurs malades des effets toxiques qui m'ont obligé à en suspendre l'usage, j'ai voulu faire connaître les résultats de mes premiers essais, qui sont les premiers qui aient été faits en France.
Employant pour la première fois un agent queje ne connaissais pas, et ayant à ma disposition environ 500 grammes seulement de la plante, je ne crus pas devoir me servir de l'bydrocotyle en sirop, comme le recommande surtout M. Boileau, non plus qu'en poudre. J'avais d'ailleurs à ma disposition une grande quantité d'extrait aqueux et d'extrait alcoolique qxii devaient me représenter les éléments d'un sirop, et que je pouvais donner en pilules.
Je m'arrêtai donc à l'usage d'une tisane et d'un extrait. Cet» plante étant très aromatique, je fis faire pour essai de la tisane par infusion et de la tisane par décoction. Je m'aperçus de suite que dans la décoction, on perdait tout le principe aromatique de la plante : je n'employai pas cette préparation, et je m'arrêtai à l'usage de l'infusion. Quanta la dose, le goût et la force de la tisane, aidé de son influence sur l'estomac de mon premier malade, me guidèrent seuls; car dans son Mémoire M. Boileau n'a fait connaître aucune dose. J'appris plus tard, par le Mémoire de M. Lépine, que la poil dre était préférée, et qu'on la donnait au plus à 50 centigrammes, dose que beaucoup de malades ne pouvaient même supporter.
Pour moi, j'ai commencé par une infusion de la plante non pulvérisée, à la dose de 15 grammes pour un litre d'eau, que j'ai dû i réduire par l'usage à 8 grammes. A cette dose mes malades l'ont ! généralement , bien tolérée, à raison d'un litre par jour, excepté le I lépreux adulte de la ville. Il est vrai qu'il était dans un tel état de (débilité, que tous les médicaments, quels qu'ils lussent, devaient être considérablement fractionnnés pour son estomac.
Plus tard j'ai été conduit, en raison de la propriété essentiellement aromatique de la plante, à remplacer l'extrait aqueux par ! l'extrait alcoolique, que je crois beaucoup plus actif. L'analyse chiimique, dont je donnerai tout à l'heure quelques indications, conduit naturellement à cet emploi.
Le malade lépreux que j'avais à l'hôpital était un homme bien iconstitué, dans la force de l'âge, d'une santé très peu altérée par la rçaaladie. Je le mis le premier à l'usage journalier de la tisane et de ipilules d'extrait aqueux de 5 centigrammes, en commençant par lune et augmentant d'une pilule tous les cinq jours, c'était le 1er août 1855. Arrivé à sept pilules par jour, il fut pris de phénomènes très remarquables, et tout à fait semblables à ceux que produisent les •poisons narcotico-âcres : étourdissements, éblouissements, regard incertain, plus ou moins fixe, vacillation des membres, physionomie plus ou moins analogue à celle de l'ivresse, malaise général, anorexie, affaiblissement, démarche incertaine, céphalalgie, tendance au sommeil.
■ Cet état ne fut pas passager chez notre malade, malgré la suspension des médicaments; il dura cinq à six jours, en perdant peu à peu de son intensité, mais en laissant une prostration des forces m'y persista, et un dégoût pour les aliments qui fut assez prononcé pendant une quinzaine de jours.
Le malade sortit de là assez amaigri, mais il reprit bientôt son 'traitement.
Quant à l'action du l'hydrocotyle sur Vétal lépreux, il fut peu marqué. Le malade y gagna cependant une diminution notable de I empâtement des mains et de la figure, de sorte que les tubercules en devinrent plus saillants, car ils n'avaient pas perdu de leur volume. 1 ^ arcades sourcilières et le nez se trouvaient moins volu-
mineux. Mais il s'était développé quatre ou cinq tubercules, et la sensibilité des mains était plus obtuse, au dire du malade. C'est alors qu'étant arrivé au 3 novembre, le traitement fut cessé. Le malade avait supporté 20 centigrammes d'extrait alcoolique par jour dans cette seconde période du traitement.
Ce phénomène d'intoxication dut me rendre plus circonspect à l'égard des lépreux de la ville auxquels je donnais des soins. L'un d'eux , homme de quarante ans, vint me trouver après avoir reçu sans succès les soins de M. Cazenave pendant dix-huit mois. Il était hideux à voir, affaibli, à parole lente, à voix cassée. Sa maladie était beaucoup plus ancienne. (Je donnerai plus tard l'observation détaillée de ces divers malades.) Je le mis à l'usage de l'hydrocotyle en tisane et en pilules d'extrait alcoolique de 25 milligrammes chacune, en débutant par une pilule et augmentant d'une tous les quatre jours. Dans les premiers temps de l'emploi du médicament, le malade annonçait se trouver mieux, mais il avouait qu'il en avait été ainsi toutes les fois qu'il' changeait de remède, et il en avait pris de toute sorte. Cependant cette amélioration dans l'état général ne fut pas de longue durée, et je dois néanmoins dire qu'une grande partie des ulcérations qu'il portait avaient paru.se cicatricer ; arrivé à 5 pilules par jour, c'est-à-dire à 25 centigrammes d'extrait alcoolique d'hydrocotyle, il fut pris de tous les accidents observés sur le premier malade, et comme ce dernier était beaucoup plus gravement atteint de la lèpre, et dans une période plus avancée; que d'ailleurs il était déjà très affaibli, ces effets de l'hydrocotyle i asiatica le jetèrent pendant six semaines dans un état de prostration i extrême. C'était d'ailleurs la similitude la plus complète entre les deux malades quant aux effets toxiques, et il ne saurait exister | aucun doute à cet égard.
Chez le jeune enfant D..., je ne dépassai pas la dose de h pilules d'extrait alcoolique à 25 milligrammes chacune. Mais après six i semaines de son usage et de celui de la tisane, dont il prenait jusqu'à trois verres par jour, ne voyant aucune amélioration survenir, remarquant, d'ailleurs, que l'enfant perdait l'appétit elles forces, je dus abandonner son emploi. Les effets à la fois nuls, et plutôt fâcheux comme influence générale, furent appréciés par les parents
eux-mêmes, qui m'engagèrent à supprimer l'usage d'un moyen dont ils avaient cependant entendu vanter l'efficacité à l'ileBourbon.
Il résulte de ces faits, dont nous donnons les observations détaillées ci-après, que l'hydrocotyle asiatica ne nous a pas fourni de résultats réellement utiles chez les trois malades sur lesquels nous l'avons employé, tant à l'hôpital qu'en ville; que sous son influence, cependant, la guérison d'une partie des ulcérations chez l'un des malades a paru s'opérer, et que l'état d'engorgement de la figure et des mains chez le malade de l'hôpital a paru diminuer. Je dis a paru, car ces résultats ont été très temporaires, et nous nous demandons, surtout en ce qui concernait V empâtement des tissus, si cet effet est le résultat de l'action thérapeutique de l'hydrocotyle asiatica, ou si la secousse et l'amaigrissement consécutifs aux effets toxiques du médicament n'ont pas été pour quelque chose dans ce genre de résultat obtenu. Ajoutons que, pendant le traitement par cet agent, il est survenu un certain nombre de tubercules.
Mais il ressortait évidemment de ces observations : 1° que l'hydrocotyle asiatica était une substance très active; 2" qu'elle devait surtout ses propriétés à des principes volatils et à des principes principalement solubles dans l'alcool; 3° qu'à une dose assez faible, elle était vénéneuse à la manière des poisons narcotico-âcres.
Or, M. Lépine, cà la page 25 de son Mémoire, s'exprime ainsi : « Nous pouvons assurer que l'hydrocotyle asiatica n'exerce aucune » action délétère sur l'économie. »
D'une autre part, il regarde la vellarine comme le principe actif de l'hydrocotyle asiatica. Tout en considérant l'œuvre de M. Lépine comme très exacte en fait d'analyse, il fallait nous procurer de la vellarine pour en étudier les effets. Nous avons donc prié M. Lefort, pharmacien à Paris et chimiste habile, de répéter les expériences analytiques de M. Lépine et de les contrôler au burin. Il s'occupe de ce travail depuis deux mois, et voici à quel résultat il a été conduit jusqu'à présent. La minime proportion de vellarine qui existe dans l'hydrocotyle asiatica, 1 pour 100 suivantM. Lépine, 1 pour 300 suivant M. Lefort, a porté M. Lefort à penser qu'une autre substance partage ou possède les propriétés actives de la planle. Ce serait,
suivant lui, la résine verte. 11 croit que la résine brune de M. Lépine n'est autre que la résine verte; de là les effets plus marqués sur l'économie des préparations obtenues au moyen de l'alcool. Aussi allons-nous administrer à nos malades la teinture. M. Lefort poursuit ses recherches; il en fera connaître les résultats.
N'ayant pas d'autres lépreux sur lesquels je pusse essayer l'hydrocotyle asiatica, j'ai recherché si cette substance pourrait être de quelque efficacité clans le traitementd'une maladie rebelle, l'eczéma. Cinq malades, dont je donne ici l'observation, ont été traités par ce médicament en tisane et en pilules d'extrait alcoolique. J'ai dû suspendre tout traitement chez l'un des malades, à son début, par suite de causes accidentelles ; mais chez les quatre autres l'hydrocotyle a été employé régulièrement et seul, sans aucune application notable de pommade à l'extérieur et sans bains médicamenteux. Dans un cas , et lorsque l'affection était tout à fait voisine de la guérison, j'ai terminé la maladie par l'usage de pommade de sulfate de fer; mais j'ai tenu à soumettre uniquement ces malades à l'influence de l'hydrocotyle, afin que l'on pût mieux apprécier ses effets.
Les eczémas pour lesquels je l'ai mis en usage sont des eczémas localisés, en général très rebelles. Il a amené la guérison dans les' quatre cas et dans un espace de temps assez court; c'est donc là un résultat remarquable : le médicament n'a développé aucun accident, soit du côté de l'estomac, soit du côté de la santé générale. La dose, chez ces malades, n'a pas dépassé 25 centigrammes d'extrait alcoolique par jour, en débutant par 25 milligrammes et augmentant tous les trois ou quatre jours de 25 milligrammes, plus trois à quatre verres d'une tisane préparée par infusion , avec 1x0 centigrammes de plante desséchée pour 1,000 grammes d'eau.
L'expérimentation d'un médicament nouveau étant toujours longue, quand elle est prudemment et consciencieusement faite, j'ai tenu à publier ces premiers résultats, afin d'appeler l'attention des médecins sur ce nouvel agent thérapeutique, comme aussi pour les engager à essayer son influence dans les maladies autres que celles de la peau. Je vais d'ailleurs, de mon côté, poursuivre mes tentatives dans d'autres formes de maladies cutanées.
LÈPItES. 771
Voici les observations d'eczéma dans lesquelles ce médicament a été essayé.
Obs !, Eczéma chronique général. — La nommée L....$ âgée de cin quante et un ans, a déjà été traitée trois fois à Saint-Louis de trois atlaques d'eczéma qui avait envahi une grande partie du corps ; c'était chaque fois après un accouchement. Aujourd'hui, 6 mars 1856, elle revient demander les secours de la médecine. La tête est couverte de croûtes jaunâtres et est le siège d'une sécrétion abondante qui se sèche et roidit les linges. Les oreilles, les tempes , une partie des joues, le milieu de la poitrine , les mamelons , le nombril , le pourtour des parties génitales sont le siège de plaques rouges, couvertes de croûtes peu épaisses et qui exhalent de la sérosité. Quelques plaques peu larges et disséminées se rencontrent sur les bras et les jambes, mais se rapprochent là du psoriasis quant à l'aspect. La rougeur est intense partout, les démangeaisons sont très vives, excepté aux membres. Prescription : chicorée, deux pilules iodure de soufre, bain de vapeur, glycérine au tannin , en application sur les parties malades, trois portions.
Le 25 mars, la maladie a augmenté d'intensité ; la rougeur, la sécrétion, la démangeaison, n'ont pas diminué, et les plaques se sont élargies. On abandonne le traitement et on adopte le suivant: infusion d'hydrocotyle asiatica, 8 grammes par litre ; une pilule d'hydrocotyle, et augmenter d'une pilule tous les cinq ou six jours, jusqu'à six pilules; chaque pilule contient un demi-grain d'extrait alcoolique ; bains simples.
Le 11 mai, la malade est presque entièrement guérie : les membres, le tronc, les oreilles , la face, sont à l'état normal, et la peau est entièrement nettoyée ; la démangeaison a disparu ; sur la tête seule existent encore quelques pellicules minces qui reposent sur un fond dont la teinie est naturelle. L... demande sa sortie.
Obs If. B... est d'un tempérament lymphatique, ses règles sont irrégulières. Entrée le 10 avril 1856. Depuis deux ans, la tête est couverte de pellicules blanches ; il y a six mois, les oreilles devinrent malades, et un eczéma franc ne tarda pas à envahir le cuir chevelu, les oreilles, les tempes et le front. Prescription : infusion d'hydrocotyle ; deux pilules d'extrait alcoolique d'hydrocotyle ; augmenter jusqu'à six par jour ; bain de vapeur ; saindoux ; couper les cheveux ras.
Le 12 mai, amélioration sensible; la rougeur a diminué ainsi que la sécrétion de sérosité. On ajoute au traitement, tous les jours, 45 grammes de sirop d'iodure de fer.
Le 1" juin , on a suspendu pendant quelques jours le traitement, et il est repris aujourd'hui. La malade avait éprouvé des douleurs dans le dos et l'estomac ; elle accusait un sentiment de constriction sur le front qui a complètement disparu, et un mal de gorge caractérisé par un chatouillement dés-
agréable ; il y a de la constipation , qui n'existait pas auparavant ; les bains simples sont remplacés par des bains alcalins.
Le 13 juin, la sécrétion de sérosité a cessé ; les squames ne se reforment plus aux. tempes ni aux oreilles; la tôte seule présente encore quelques croûtes sans rougeur. Continuation du traitement à l'hydrocotyle ; on y ajoute de la pommade au sulfate de fer pour terminer et faire disparaître les dernières traces de la maladie. Enfin, le 25 juin, la malade sort complètement guérie.
Obs. Il F. B , soixante-cinq ans, entre le 12 juin 1856 dans la salle Saint- Thomas, hôpital Saint-Louis. Depuis dix-huit mois, elle est tourmentée par un eczéma au bas-ventre et à la vulve. Après avoir été guérie chez M. Gibert, elle voit sa maladie reparaître aux oreilles, au front, au cuir chevelu. Les règles ont cessé depuis dix-sept ans. Chagrins et misère. Le front, les tempes, les pommettes, le cou , les joues, les oreilles, le cuir chevelu, sont le siège d'une rougeur intense et de démangeaisons accompagnées de chaleur. Il y a des squames minces , sans hypertrophie de la peau ; la sécrétion séreuse , après avoir été abondante, n'existe plus qu'aux oreilles. Prescription : infusion d'hydrocotyle; une pilule, et augmenter jusqu'à six, d'extrait alcoolique à un demi-grain par pilule ; bains simples; trois portions.
Le t/i août, B sort guérie; il n'y a plus ni démangeaisons, ni formation
desquames; les oreilles sont redevenues souples, et il n'existe plus qu'une rougeur rosée sur quelques points , notamment au front , aux tempes et au cou. Aucun trouble , aucune sensation qu'on pourrait rattacher à l'action du médicament n'a été accusée par la malade. Les pilules d'extrait ont manqué pendant environ huit jours, et cela a été la seule interruption de traitement.
Obs. IV. L...., âgée de vingt-neuf ans, est d'un tempérament lymphatique ; ses paupières portent encore les traces d'une bléphari le chronique intense ; ses règles sont normales. Il y a trois ans, le front, les oreilles et le cuir chevelu se couvrirent de squames minces et suintèrent de la sérosité au printemps et à l'automne ; elle se traita par des bains de vapeur, de l'axonge et des tisanes amères. Puis survint un érysipèle à la suite duquel les cheveux tombèrent; elle entra alors à Saint-Louis, salle Saint-Thomas.
Le 19 juin 1856, le cuir chevelu et les oreilles sont rouges, la peau est œdématiée ; elle laisse couler une sérosité purulente qui se concrète en croûte assez épaisse. La tête est presque nue. Démangeaisons modérées ; le front est rouge, ainsi que toute la face. Prescription : infusion d'hydrocolyle ; une à six pilules d'extrait alcoolique ; bains de vapeurs ; quatre portions. Dès le 8 juillet, la démangeaison a complètement disparu ; vers cette époque, les pilules , étant venues à manquer, sont suspendues pendant une dizaine de jours.
Le \h août, le fronlet la face ont repris leur coloration normale, les oreilles
ne sécrètent plus ou presque plus ; le cuir chevelu a encore des squames , niais minces et se détachant facilement ; les cheveux repoussent.
L...., trente-six ans, tonnelier, est un homme de bonne constitution, tempérament sanguin ; il a un eczéma revêtu de squames sèches, adhérentes ; la peau est encore épaisse ; il y a de temps en temps des poussées caractérisées par une exhalaison de sérosité. Les plaques existent sur les membres , qui sont envahis en grande partie depuis quatre mois; le début remonte à cinq ans ; démangeaisons vives, rougeur, chaleur.
A son entrée, le 20 avril 1856, on lui donna tisane de chicorée, saindoux, bains simples.
Le 20 avril, on essaye le traitement par l'hydrocotyle, l'état le plus aigu ayant disparu ; tisane d'hydrocotyle ; une pilule a six d'extrait alcoolique ; saindoux.
Le 12 mai, les démangeaisons ont presque entièrement disparu, et la maladie semble marcher vers la guérison ; mais celte marche est lente; il y a de
la diarrhée, de l'inappétence. On cesse l'hydrocolyle. L reste souffrant
jusqu'au 22 mai , époque à laquelle on revient aux amers et aux pommades résolutives, qui terminent la guérison après deux mois de traitement.
Lèpre avec hypertrophie traitée par l'hydrocotyle. — Démétrius (Éthagène), trenlc-lrois ans, né à Samos, professeurde langues, tempérament lymphatique ; son père, sa mère, ses frères et sœurs n'ont élé atteints d'aucune maladie de la peau et n'ont jamais eu, pas plus que lui, aflirme-t-il, de rapports avec les lépreux, dont le nombre est assez considérable à Samos. 11 a eu, à l'âge de vingt ans, quelques attaques de rhumatisme. Jamais ni blennorrhagie ni chancres. En 1840, il quitte Samos pour se rendre à Cyrrha (pays où l'on ne voit point de lépreux). Pendant son séjour dans cette ville, il prend à plusieurs reprises des pédiluves froids qui suppriment une transpiration habituelle et très abondante. Peu après, il s'aperçoit de gêne respiratoire ; une dyspnée opiniâtre le tourmente pendant tout l'hiver de 1840, hiver qui se termine pour lui par une pleurésie qui le force à garder le lit près d'un mois. Peu après son rétablissement, il commence a éprouver dans les deux pieds des douleurs avec fourmillements et engourdissements. Ces phénomènes augmentent en 1842 et 1843 en même temps que se montre un peu d'amaigrissement des extrémités; il quitte Cyrrha en 1843, revient â'.camos et éprouve de l'engourdissement dans la main droite, puis, près de dix mois après, dans la main gauche. Il dit bien qu'en même temps que ces phénomènes se passaient la peau de ces parties devenait plus sèche, un peu rugueuse, et se couvrait de temps à autre de quelques écailles. lin 1845, les pieds et les mains étaient notablement amaigris, engourdis, consomment couverts de furfures. La santé se conserva bonne, à part les phénomènes précédents; l'appétit conservé, pas de diarrhée, plus de dyspnée, jamais de battements de cœur; il ne toussait pas, ne souffrait pas des yeux. En 1849 apparaissent sur la face antérieure cl
774 PATHOLOGIE ET THBIVA'PIÎUTIQUE SPÉCIALES.
sur le bord radial de l'avant-bras les premières taches; eu même temps il en voit quelques-unes à la partie inférieure externe de la jambe, taches brunâtres, mais pas de taches décolorées. Peu après il voit survenir les premiers tubercules, d'abord trois ou quatre aux pieds; quelques mois après apparut celui que porte à la base le deuxième espace inlermélacarpien de la main gauche. C'est vers le commencement de l'année 1850 qu'apparurent les tubercules que l'on observe à la région intersourcilière et à la joue gauche. De 1850 à 1853, les taches se multiplient sur les deux avant-bras, sur les jambes ; quelques-unes apparurent à la cuisse droite, en même temps l'insensibilité augmente un peu, sans jamais devenir complète. Souvent le malade n'avait pas conscience, dit-il, des saillies ou dépressions des objets qu'il prenait dans sa main gauche. En 1853, il se rend à Uypote pour y prendre les eaux minérales sulfureuses. La peau reste squameuse aux membres inférieurs et aux mains, et la légère teinte bistre de la peau commence à devenir plus complète. La transpiration des mains et des pieds reste nulle, malgré les bains. — 28 juillet 1855. A son entrée à l'hôpital, le malade ne présente pas d'altération notable de la santé; la maigreur est peu marquée, les forces sont diminuées et accusent de la fatigue au moindre exercice; il éprouve souvent des crampes dans les membres inférieurs et serre la main avec peu de force; il plie et étend difficilement les doigts. Les fonctions respiratoires et circulatoires s'exécutent librement, l'appétit est conservé, la soif n'est pas vive; il est souvent constipé, n'a jamais de diarrhée. La physionomie du malade n'est pas altérée, mais on est frappé dès l'abord d'une légère bouffissure de la face qui lient au tissu cellulaire sous-cutané; elle est surtout marquée à la face, aux lobules des oreilles, qui sont devenus volumineux. — Des tubercules de couleur fauve occupent t'espace intersourcilier, la joue et le menton ; quelques taches, mais peu marquées, existent sur le front. Les bras à la partie inférieure, les avant-bras dans toute leur étendue , les jambes et les cuisses montrent des taches fauves, disséminées, de grandeurs diverses, plus nombreuses dans les régions externes et postérieures de ces parties. La peau des membres inférieurs est très légèrement écailleuse, farineuse comme dans une ichthyose très légère. Un seul tubercule saillant se irouve à la main gauche, à la base du deuxième espace interosseux, sur la face dorsale; il a 12 centimètres de diamètre et lait une saillie de 3 centimètres environ au-dessus du niveau de la peau. Sur les jambes et les cuisses on voit des tachtfs et des tubercules disséminés sur les faces externes et antérieures. La partie moyenne des deux cuisses présente quelques tubercules à peine saillants au-dessus du niveau de la peau. Sur toutes ces parties, taches et tubercules, de même que sur le reste de la peau, la sensibilité est diminuée; on peut, en piquant avec une épingle, s'assurer que nulle part l'insensibilité n'est complète. — La mensuration des tubercules de la face donne les chiffres suivants : à la région intersourcilière il existe sept à huit tubercules dont cinq plus saillants; trois plus rapprochés de l'arcade sourcilière droite et presque superposés, de haut