LE PU ES
en bas : le premier, 8 millimètres; le deuxième, 6 millimètres; le troisième, lx millimètres. Celui qui avoisine l'arcade gauche est le plus volumineux : il a 12 millimètres. Tous ont de 1 à 11/2 millimètre d'élévation. — La joue gauche présente une élevure tuberculeuse , et par le loucher seulement ou constate cinq ù six tubercules. La région mentonnière est garnie de six tubercules; les supérieurs, plus volumineux, ont cinq et six millimètres de diamètre; le deuxième est le plus élevé. — 1" août. Deux jours après son entrée, M. Devergie fait la prescription suivante: décoction d'hydrocotyle, deux pilules, id. de 5 centigrammes; bains de vapeur; deux portions; côtelette. Trois jours après, trois pilules, puis quatre pilules quatre jours plus tard. Les bains de vapeur, que le malade se plaint de ne pouvoir supporter, sont remplacés par trois bains sulfureux par semaine. — 27 août. Le malade est pris de fièvre, céphalalgie, constipation. Orge, réglisse; bain simple, puis, le deuxième jour, bouteille d'eau de Sedlitz. — Le traitement est repris le Il septembre. Depuis cette époque , non-seulement il n'est survenu aucune amélioration jusqu'au 3 novembre, mais encore des tubercules se sont manifestés au nez et aux joues. Le malade déclare que la sensibilité des mains et des pieds est plus obtuse, quoique le gonflement œdémateux qui existait dans ces parties ne se soit pas montré de nouveau. — 8 novembre. Abandon de l'hydrocotyle asiatica, et traitement ci-après : huile de foie de morue, deux cuillerées; sirop antiscorbutique iodé, deux cuillerées; sirop composé d'iodure de fer, d'iodure de potassium , de bichlorure de mercure et de solution de Fowler, une cuillerée malin et soir ; tisane de noyer. Pendant le cours de ce traitement, l'hydrocotyle asiatica a élé donnée à la dose de 8 grammes par litre en infusion. On avait reconnu par des essais préalables que la décoction faisait perdre à la plante tout son principe aromatique : c'est l'extrait aqueux qui a élé donné à la dose de 35 centigrammes par jour, le malade n'ayant pas pu supporter une dose plus élevée. — Il y a une diminution notable dans le volume de l'espace cutané intersourcilier, dans celui du nez et dans celui des joues ; mais par opposition, il s'est développé sept ou huit tubercules du volume d'un gros pois, tant à la racine du nez que sur les joues et le menton. Ils sont rosés, plats à leur base. — La face est évidemment meilleure; la peau est rosée, injectée; elle n'a plus la teinte pâle et plombée qu'elle avait avant. La dose à laquelle on s'est arrêté quand les accidents sont survenus, était de Zi5 centigrammes par jour. Au moment où il éprouva de la gêne à respirer, il avait un certain trouble dans les idées, qui lui faisait perdre la mémoire des choses, qui causait un malaise et un affaiblissement général, sans qu'aucun organe fût particulièrement pris. — 12 décembre 1855. Depuis l'usage d'une pommade sur la figure, dans laquelle entraient 1 décigramme d'iode et 30 centigrammes d'iodure de potassium pour 30 grammes d'axonge, la peau s'est irritée, le tissu cellulaire s'est légèrement tuméfié, des lamelles d'épithélium cautérisé se sont formées sur les joues et sur le front. Néanmoins les tumeurs paraissent avoir un peu diminué,
elles se sonl d'abord limitées et circonscrites, puis elles ont un peu perdu de leur volume.
Lèpre tuberculeuse anesthésique et tuberculeuse. — Hydrocotyle asiatica. — M. Simonin (Charles-Félix), âgé de trente-neuf ans, négociant, est né à Chandernagor (Indes), qu'il quitta en 1825 ou 1826 pour entrer dans une école à Calcutta. Placé dans un bureau en 1833, il y resta jusqu'à 1853, époque à laquelle il quitta Calcutta pour se rendre à Paris, d'après l'avis des médecins du pays.
C'est en 1835 que la maladie fit son apparition par quelques taches rouges circulaires sur les cuisses et les fesses. On soumit M... aux préparations arsenicales deux mois après l'apparition de la maladie. Ce médicament porta une atteinte profonde à la santé; des taches larges se développèrent sur tout le corps. Ayant consulté un des premiers médecins de l'Inde, il lui fut prescrit de frictionner toutes les parties malades avec un Uniment dans lequel entrait de l'acide sulftirique, de l'esprit de....; les taches en furent améliorées, mais bientôt l'affection reparut avec plus d'intensité, accompagnée de douleurs générales. Il fut alors mis à l'usage interne d'une mixture dans laquelle entraient de l'acétate d'ammoniaque, del'éther sulfurique, du'sirop de gingembre et de l'opium. 11 en éprouva d'abord de l'amélioration, puis elle fut sans effet. Il fut remis à l'usage de l'arsenic, qui produisit, comme la première fois, les plus mauvais effets. Un autre médecin le mit à l'usage des alcalins et en obiint d'abord un bon résultat ; les carbonates de potasse et de soude furent successivement employés , puis la salsepareille. — Les médecins de l'Inde, convaincus que le climat était tout à fait contraire au malade, l'envoyèrent en Europe ; il vint à Paris en juillet 1852. Après quelques mois de séjour à Paris, il crut remarquer de l'accroissement dans son affection, et il eut recours aux soins de M. Cazenave, qui mit successivement en usage l'extrait alcoolique de strychnine, l'eau de Pullna, les eaux d'Enghien, la salsepareille, l'opium, l'extrait de quinquina, l'hydriodale de potasse, le rob Laffecteur, les tisanes amères,elc. (le tout à ce que m'a rapporté le malade). Ces divers traitements, employés pendant une période de trois ans environ, n'amenèrent pas de soulagement au malade. C'est alors que le malade vint réclamer mes soins,c'està-dire vers le mois d'octobre 1855. — C'était un homme d'un aspect hideux, représentant plutôt cinquante-cinq ans que trente-neuf, démarche vacillante et pénible, haleine forte ; il répandait assez d'odeur de tout le corps pour infecter mon cabinet dans l'espace de dix minutes. Il était dans un état cachectique, mangeant peu, etc., en un mot, d'une grande faiblesse. Quant aux symptômes lépreux, voici en quoi ils consistaient : La figure avait une phjsionomie bouffie ; elle était hypertrophiée, hérissée de tubercules disséminés sur toute sa surface, confluenls au nez, aux sourcils, les lèvres épaisses, les narines élargies ; la langue épaissie, la voix rauque et cassée; les mains et les pieds déformés, empâtés, remplis de crevasses et d'ulcérations creuses à
croules sèclies et noirâtres; de nombreuses ulcérations étaient disséminées sur les bras, les cuisses et les jambes ; des taches ou décolorations existaient ça et là, le tout avec perle plus ou moins complète de la sensibilité ; d'ailleurs très peu d'appétit ; faiblesse générale très grande. En présence de son passé et des nombreuses médications qu'il avait subies, ayant d'ailleurs mon attention appelée sur Phydrocolyle, vu l'essai que j'en avais déjà fait sur un aulre malade, je n'hésitai pas à prescrire ce médicament, en tisane et en extrait alcoolique, par pilules de 25 milligrammes, en commençant par deux et progressant tous les trois à quatre jours d'une pilule. Il buvait de plus deux à trois verres de tisane. 11 était à peine arrivé à cinq ou six pilules par jour, c'est-à-dire à 15 centigrammes, lorsqu'il fut pris d'accidents qui durent me faire renoncer à l'emploi du médicament. Toutefois pour arriver, cinq à six semaines s'étaient écoulées, et pendant ce laps de temps il était survenu une amélioration très notable dans la santé. Le teint plombé de la figure avaitpris une coloration plus naturelle. L'empâtement des tissus avait diminué; les mains étaient moins gonflées ; les plaies s'étaient généralement cicatrisées. — Mais à cette dose de 15 à 20 centigrammes d'extrait par jour, le malade fut pris de vertiges, d'anorexie, de malaise et de sensibilité dans la région épigastrique , de prostration générale des plus marquées; il était comme un homme ivre et pouvait à peine marcher; il ne mangeait plus. Cet état de prostration et d'affaissement se soutint pendant fort longtemps, et ce ne fut guère que deux mois après que nous pûmes revenir aux mêmes moyens. Ajoutons que, dans cet espace de temps, le malade perdit à peu près ce qu'il avait gagné et qu'il s'amaigrit considérablement. — Le même traitement fut repris, mais il ne put être supporté, même à faible dose. Nous dûmes en cesser totalement l'usage. On ne saurait se faire une idée de l'état dans lequel cette médication l'avait mis. Il faut dire que ce malade, qui avait pris un grand nombre de médicaments, était devenu d'une impressionnabilité extrême; et l'expérience nous a démontré plus lard qu'il ne pouvait supporter qu'à très faible dose tout agent un peu actif. — Afin de compléter celle observation, j'ajouterai que je soumis le malade h ma médication la plus composée, un sirop dans lequel entraient l'iodure de fer, l'iodure de potassium, le bichlorurede mercure et la solution de Fowler. Il en est déjà résulté une amélioration assez sensible. — J'avais eu le soin de le laisser pendant deux mois sans médication, l'usage du fer excepté, et je me bornais à le soumettre à une bonne alimentation.— Mais bientôt l'estomac se faligua de cette médication composée. Quelques ulcérations se renouvelèrent ; je suspendis encore tout trailcmcnt, puis j'abordai l'usage du bichlorure de mercure seul, et à dose très fractionnée, clans du sirop sudorifique. Sous l'influence de ce traitement, il y eut des progrès rapides vers la guérison. La ligure devint excellente, les forces se rétablirent, l'appétit revint, les plaies disparurent, les tubercules diminuèrent. 11 put vaquer à ses occupations de négociant; il, alla même faire un voyage en Angleterre. 11 en revint très bien ; en un mot,
il s'est opéré un changement très notable dans son état. — Voulant profiter de la saison, je l'ai envoyé à Bagnères-de-Luchon.
Lèpre anesthésique, taches, ganglions et tubercules. — Hydrocotyle asialica. — (Narration du père.) Mon fils est venu au monde fort et vivace. 11 annonçait alors avoir une constitution, sinon robuste, au moins bonne en i apparence et réunissant les conditions voulues pour permettre d'espérer un développement normal. Ces espérances n'ont pas été trompées jusqu'à l'âge de six à huit mois. A cette époque, une nourriture insuffisante, conséquence de changements assez fréquents de nourrices et de moyens d'alimentation artificielle, jointe aux difficultés d'une dentition pénible, ordinaires d'ailleurs dans le pays, occasionna divers accidents (diarrhée, langueur, prostration), dont on triompha à la longue par des moyens variés ordonnés par le docteur Lhermitte, et exécutés avec persévérance. (Bains de gélatine, bains fortifiants , lait d'ânesse , nourriture artificielle très légère , et substances médicales, en petite quantité, qui ne me reviennent pas à la mémoire.) Cette première époque critique franchie, l'enfant se porta assez bien jusqu'à l'âge de deux ans, où un nouveau travail de dentition apporta d'autres troubles dans son économie. Ces seconds phénomènes, en conservant certaines analogies avec les premiers, affectèrent toutefois un caractère assez différent pour qu'il en soit fait mention. Des symptômes nerveux se produisirent particulièrement, consistant en convulsions générales, mais peu développées, et douleurs assez fréquentes dans les mâchoires. La difficulté d'alimentation dans un pareil état fut alors doublée par la perte d'appétit et un extrême dégoût : il en résulta naturellement un grand amaigrissement et une déperdition de forces, qui furent d'une nature inquiétante , circonstances fâcheuses, qui fuient combattues par des moyens appropriés, longuement étudiés et péniblement appliqués, associés à des changements d'air varié aux campagnes.
Cette seconde révolution, plus menaçante, que la première, s'apaisa peu à peu, et l'on vit le malade reprendre assez de santé et de vigueur. L'état de l'enfant s'améliora ainsi jusqu'à l'âge de quatre ans ; il ne se manifesta point de phénomènes particuliers autres que ceux qui s'observent habituellement dans l'enfance, c'est-à-dire qu'il eut à subir des indispositions accidentelles passagères, telles que petites fièvres, occasionnées tantôt par des refroidissements, tantôt par la présence de vers intestinaux, cl autres causes peut-être que je ne saurais indiquer. J'insiste sur ce point, parce que ces diverses indis- ■ positions ne parurent jamais sérieuses et cédèrent tout aussi facilement que les pareilles éprouvées par d'autres enfants.
L'enfant, étant dans sa cinquième année, prit la rougeole, qui régnait alors I épidémiquement. La maladie n'ayant offert aucun caractère sérieux , il on guérit parfaitement. Quelques jours après qu'il était entré en convalescence, prenant l'air dans le jardin après le coucher du soleil, il se plaignit d'avoir froid. On le rentra aussitôt, et l'on prit toutes les précautions possibles pour
rappeler la chaleur. Mais dons la nuit même il se déclara un accès de fièvre suivi d'autres accès successifs à des heures déterminées, affectant ainsi un caractère intermittent. La fièvre persista pendant une vingtaine de jours, et ne céda qu'à la suite de l'emploi du sulfate de quinine. Ce fut donc un choc d'un nouveau genre, mais assez rude, qu'eut à soutenir la constitution de l'enfant. Les forces se réparèrent cependant avec les soins et le temps, et tout semblait faire présager un retour à la santé assez satisfaisant. De cette période à la dernière que je vais tracer, il ne s'est manifesté rien d'extraordinaire dans l'état général. Des indispositions passagères encore survinrent, et eurent leur cours d'une manière franche et normale. L'enfant subissait alors des influences épidémiques, en suivant toutes les phases de la même manière, que ceux de son âge atteints comme lui. Mais à la suite de ces secousses, il lui est resté un peu de langueur, de la nonchalance, dont il sortait cependant volontiers pour les jeux et exercices de son goût. A part les moments d'oisiveté dans le milieu du jour, à cause de l'excès de chaleur, l'enfant se plaisait particulièrement aux promenades à pied et à cheval, aux chasses, qu'il suivait sans efforts apparents et avec une vivacité qui semblait accuser une force musculaire assez satisfaisante. Néanmoins elle ne s'est jamais développée comme on l'eût désiré. Tout annonçait alors qu'il serait d'une constitution délicate, mais sèche. Il n'a jamais eu d'embonpoint proprement dit, l'alimentation étant restée chez lui un point difficile à atteindre, à cause du défaut d'appétit et de la propension au dégoût. C'est dans cette période que des taches blanches, circonscrites à. leur début, apparurent aux jambes. Soumises, en l'absence du docteur Lhermitte, à un autre médecin, elles n'éveillèrent aucune inquiétude. Elles étaient attribuées à un défaut de circulation qui devait disparaître avec l'âge et à l'aide d'un régime tonique. Les taches ne disparurent point, mais ne prirent pas non plus des proportions remarquables. Elles étaient encore à peu près dans l'état primitif lorsque l'enfant fut atteint d'une angine couenneuse grave, qui faisait alors de nombreuses victimes. Il en guérit parfaitement bien. 11 lui en était resté seulement une petite surdité, phénomène qui parut d'autant plus naturel qu'il s'observait également chez d'autres. Mais bientôt des douleurs se firent sentir dans une oreille ; elles devinrent de plus en plus vives et intolérables. A celte époque le docteur Lhermitte était en France. Le docteur auquel je confiai mon fils lui fit appliquer des sangsues à la tempe. Le sang coula en abondance avant qu'on pût l'étancher, et tellement que le malade éprouva des syncopes. A dater de cette époque, les divers symptômes observés prirent un caractère plus alarmant. Les taches (blanches comme du lait) se multiplièrent et se circonscrivirent d'une auréole couleur cuivrée. Malgré ce travail vers la peau, l'enfant ne fut pas abattu, lin régime tonique, des bains froids d'eau de rivière et de mer furent indiqués et suivis ; moyens qui, s'ils n'attaquaient pas le mal directement, en empêchaient au moins les progrès. Ce ne fut que plus tard, lorsque des taches cuivrées, dont quelques-unes avec indurations, paru-
rent isolément sur les bras et sur les jambes, que M. Lhermilte, de retour de France, jugea à propos d'employer divers moyens. Ce traitement opéra visiblement sur les taches, en particulier par ramollissement des indurations; mais c'est de ce moment que la plus grande prostration des forces a été remarquée , d'autant plus que le manque d'appétit et le dégoût rendaient l'alimentation très difficile. Dans ces circonstances, le voyage de France fut résolu, 'l'ont traitement avait cessé plusieurs jours avant l'embarquement et pendant tout le voyage , pour n'être repris qu'à Paris sur les ordonnances de M. Devergie. La traversée fut très bien supportée ; l'enfant avait repris de l'activité. Mais à cinq ou six jours des côtes de France, l'enfant fut pris de fièvre accompagnée d'une éruption un peu plus intenses que celles observées par M. Devergie lui-même.
L'indisposition s'annonça d'ailleurs peu de jours avant par une nonchalance qui ne s'était pas observée pendant la traversée, reniant ayant mené une vie aussi active que possible pour le peu d'espace qu'offre le pont d'un navire. La fièvre, tombant la nuit, reparaissait le lendemain dans l'aprèsmidi. Elle dura ainsi dix à quinze jours, jusqu'à Nantes, où elle fut coupée par l'emploi du sulfate de quinine à très petites doses. En même temps, il se manifesta une éruption qui affecta à peu près toutes les parties du corps, consistant en petits boulons rouges, ou plutôt roses, les uns très éloignés des autres. Le médecin de Nantes qui vit le malade dit que de semblables affections s'observaient alors.
Il fallut donner du repos à l'enfant avant d'entreprendre le voyage de Paris. Débarqués le lZt avril, nous sommes arrivés le lJ mai à Paris. Le 10 je soumettais la note du docteur Lhermitte à M. Devergie, qui examina le malade dès le lendemain. Après quelques jours de repos, de promenade et de vie régulière, l'enfant fut soumis à un traitement général. Tel était alors l'état du malade, qu'il s'offrit aux yeux de M. Devergie dans les conditions suivantes : qu'on se figure un enfant débile, amaigri, au teint jaune et bouffi ; d'une assez grande faiblesse, timide à l'excès, d'une nature indolente, avec des muscles grêles et amaigris ; la peau d'une teinte bistre, sur les membres inférieurs principalement, et çà et là des taches d'un centimètre de diamètre, blanches, mais entourées le plus souvent d'une auréole d'un jaune verdâtre plus ou moins foncé; quelques ganglions rares au creux des jarrets, le long de la partie interne des cuisses et aux aines; le dos des mains empâté, la figure à traits arrondis, contrastant avec la maigreur générale; quelques petits tubercules aux oreilles, au sommet du menton ; la voix très voilée, et une impressionnabilité très grande au froid. Je mis le malade à limite de foie de morue depuis une jusqu'à deux cuillerées par jour, deux cuillerées de vin de gentiane et deux cuillerées d'un sirop dans lequel entraient l'iodure de fer, de potassium, de mercure, et la solution de Fcwlcr, mais dans des proportions moindres que pour un adulte. Iiau ferrée aux repas; régime substantiel; bains salins et sulfureux. Sous l'influence de ce traitement, tous les symptômes
BOUTOIN d'aL.EP. 781
furent arrêtés et amoindris; les forces reparurent ù un tel point, qu'il put faire de la gymnastique et arriver à la force des enfants de son âge. Plus tard, je le mis à l'usage de Yhydrocotyle asialica, mais sans aucun résultat. Une année s'écoula avec des intermittences de traitement, tantôt Piodure (.'e potassium seul, tantôt l'usage d'un sirop mercuriel. L'enfant fut conduit aux eaux de Bagnères-de-Luchon dans l'été de 185G; il en revint très bien portant comme état général , mais avec une progression considérable dans le développement d'une série de petits tubercules lenticulaires, notamment sur la figure. Quant à ce qui restait des taches, elles avaient entièrement disparu avec l'insensibilité qui les accompagnait.
Bouton d'Alep.
La maladie désignée sous ce nom sévit sur l'universalité des habitants des contrées où elle trouve les conditions de son développement; elle n'épargne pas certains animaux domestiques, tels que le chien et le chat ; sa cause serait, suivant M. Willemin, parfaitement connue et facilement évitable, toutes circonstances fort rares dans l'histoire des endémies.
M. le docteur Willemin s'est trouvé favorablement placé pour étudier et observer cette maladie, dont il a tracé la description. 11 a passé un mois dans la capitale de la Syrie; il a trouvé des médecins instruits qui, par suite d'un long séjour dans le pays, ont pu lui fournir des documents nombreux et précieux ; il a vu un très grand nombre de malades; il a pu recueillir soixante observations détaillées ; il a dessiné les principales formes de la maladie ; il s'est livré à de nombreuses recherches microscopiques ; il a tenté, sur seize individus, l'inoculation du bouton; il a recueilli de l'eau du fleuve dont l'usage est, selon lui et selon plusieurs autres médecins, la cause de cette étrange affection, et c'est dans ces conditions et avec ces chances heureuses qu'il a rédigé un mémoire dont M. le docteur Amédée Latour a fait un extrait très substantiel dans un journal, l'Union médicale, auquel nous empruntons les faits qui suivent.
Le nom de boulon d'Alep est une expression vicieuse, non-seulement parce que le mot bouton est un mot vague qui ne peut indiquer le véritable caractère de l'affection de la peau, mais encore parce que cette maladie se rencontre ailleurs qu'à Alep, dans tous les villages des environs baignés par le Coïq, fleuve d'Alep, àAntab,
où ce fleuve prend sa source; ailleurs encore, à Orfa, Diarbekir, Mossoul, Bagdad, etc.
A Alep même, le bouton attaque s«?js exception tous les indigènes. C'est principalement dans la première enfance que la maladie apparaît. 11 est rare qu'un enfant né à Alep, de père et mère alepins, ait atteint sa septième année sans avoir eu le bouton. Quant aux étrangers, M. Willemin cite des exemples qui prouvent qu'ils peuvent rester indemnes de la maladie, malgré un séjour à Alep de treize et de quatorze ans. Un médecin, M. le docteur Tomasini, est dans ce cas. D'après un relevé de dix observations, la maladie s'est déclarée chez des étrangers après une durée de séjour qui a varié entre un mois et trois ans.
Mais, fait singulier qui, du reste, n'est pas sans analogue dans la science, M. Willemin cite des cas authentiques qui prouvent que la maladie peut se développer chez des étrangers, plus ou moins de temps après qu'ils ont quitté Alep. L'auteur rapporte six observations dans lesquelles on voit la maladie apparaître un mois et demi, un an, deux ans, trois ans, et jusque trente-cinq ans après le départ d'Alep.
M. Willemin a voulu rechercher quel est le tempérament qui prédispose le plus les étrangers à contracter la maladie, ou qui la rend plus grave chez les indigènes ; il croit être arrivé à ce résultat, que c'est le tempérament lymphatique.
Abordant l'examen des caractères particuliers du boulon. M. Willemin expose qu'il est difficile d'en donner une idée qui s'applique à tous les cas; car, ainsi qu'il le fait remarquer plus loin, cette affection peut revêtir, même dans sa première manifestation, des formes très diverses, déterminées, sans doute, le plus souvent par la constitution propre du sujet, ou par la maladie dont il est atteint.
« Cependant on peut dire, ajoute l'auteur, qu'en général le bouton d'Alep est constitué par un ou plusieurs tubercules qui se manifestent le plus communément à la face ou aux extrémités. Le tubercule apparaît d'abord sous la forme d'un bouton de la grosseur d'un pois ou d'une fève, le plus souvent indolent et accompagné de peu de rougeur. Le développement en est lent; il emploie plusieurs mois à doubler ou à tripler de volume et à passer au ramol-
bouton d'alep. 783
lissement. Quand cette nouvelle période est arrivée, il se forme, à sa surface, une croûte quelquefois humide et facile à détacher, le plus souvent sèche et fortement adhérente. Celle-ci tombe soit spontanément, soit arrachée par le malade ; mais elle ne tarde pas à se reformer, pour se détacher de nouveau, et ainsi de suite, jusqu'à ce que, l'inflammation ayant diminué, une nouvelle croûte se forme et persiste jusqu'à la guérison.
» Pendant toute cette période, quand la croûte est tombée, ou, cequi est plus commun, lorsqu'elle s'est crevassée et séparée en plusieurs fragments, on aperçoit au-dessous d'elle un fond en général lisse, uni, tantôt au niveau des téguments voisins, tantôt et généralement plus bas. Ce fond est dépourvu de bourgeons charnus, tels que nous les observons dans les plaies ou les ulcères ordinaires. Le liquide qui en suinte a rarement le caractère d'un pus bien lié; il est le plus souvent séreux ou séro-purulent, parfois très limpide, et presque toujours inodore ; dans un ou deux cas seulement, j'ai appris qu'il exhalait une odeur fétide. Cette lymphe est très plastique ; aussi, comme je l'ai dit, la croûte ne tarde-t-elle pas à se reformer.
» Lorsque la période de cicatrisation est arrivée, à l'ulcération croûteuse succède un tissu inodulaire, de teinte d'abord rosée, qui pâlit ensuite. Quelquefois elle doit à un dépôt abondant de pigment une coloration brunâtre ; j'en ai observé deux ou trois cas. Une fois formée, la cicatrice, dont les bords sont plus ou moins irréguliers, dont la surface est généralement au niveau des téguments, quelquefois un peu plus profonde, la cicatrice ressemble assez exactement à celle que laisse une brûlure ; elle est indélébile. Ajoutons, enfin, que la durée moyennè de la maladie est d'une année à peu près. »
Quant au siège, la maladie se développe presque exclusivement à la face et aux extrémités. Elle est aussi plus grave dans le premier cas que dans le second, et celui-ci se rencontre plus fréquemment chez les étrangers que chez les indigènes. A la face, c'est plus particulièrement le milieu de la joue et souvent les deux joues, le côté du nez, la paupière supérieure, le front, qui en sont atteints ; aux avant-bras, c'est l'extrémité inférieure, plus spécialement le poignet,
et toujours à la face dorsale; c'est également à la face externe de l'avant-bras, de même à la jambe; au pied c'est encore le dos du membre qui est exclusivement le siège de la maladie. M. Willemin ne connaît pas un seul cas de bouton développé sur le tronc.
Quant au tissu anatomique envahi par le bouton, c'est originairement, dit M. Willemin, le tissu cellulaire sous-cutané. Après y être longtemps renfermée, l'affection s'étend au tissu même de la peau, qu'elle finit par perforer et ulcérer. Sans nier que les cartilages soient quelquefois attaqués, comme le lui ont dit les habitants et les médecins du pays, M. Willemin n'a pas vu de cas semblables, pas plus que la destruction complète des paupières et de l'œil, dont on lui a aussi rapporté des exemples.
« Pour le nombre des boutons, il est très -variable : les gens du pays nomment le bouton mâle, quand il est unique ; femelle, s'il est multiple (distinction parfaitement oiseuse) : c'est le dernier cas qui est le plus commun. Mais il n'est pas exact de dire qu'un tubercule unique est plus grave que chacun de ceux qui forment une agglomération On a parlé d'individus atteints de 60 boutons et plus.
Durant mon séjour à Alep, il était question d'un religieux d'Antab qui en aurait eu à la fois 75. Je ne l'ai pas vu. Mais j'ai pu visiter le neveu de l'évêque grec, un Chypriote âgé de dix-sept ans, quia été attaqué de la maladie huit mois après son arrivée. La rumeur publique lui attribuait, si je ne me trompe, 40 boutons; il en avait 15, présentant la plupart, il est vrai, des dimensions insolites. Une jeune dame d'origine allemande en a eu 21 . — On en observe le plus ordinairement 2, 3 ou 4. »
Quant à l'étendue du bouton, ou plutôt de l'ulcère qui succède au ramollissement du tubercule, elle est encore très variable. M. Willemin en a mesuré qui avaient jusqu'à 4 et 5 centimètres de diamètre. Mais il cite d'autres cas assez nombreux de jeunes filles d'Alep, qui portent simplement à la lèvre, sur la joue ou sur l'avantbras, de petites cicatrices arrondies de la grandeur d'une pièce de 50 centimes, à peine plus pâles que les téguments voisins, dont elles atteignent presque le niveau.
A côté delà forme type dont il a été donné la description, tubercule dur, rosé, indolent, auquel succède une croûte épaisse, entourée
BOUTON d'alep. 735 d une auréole d'un rouge plus ou moins vif, présentant, quand elle s'est détachée, un fond lisse et uni, d'une coloration variable, sorte d'ulcère dont les bords élevés, inégaux, offrent une disposition tuberculeuse caractéristique, ces tubercules varient depuis la grosseur d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'une petite lentille, ce qui n'empêche pas les bords de l'ulcère de se relier ordinairement par une pente insensible avec le fond ; à côté, disons-nous, de ces caractères généraux et en quelque sorte pathognomoniques du bouton d'Alep, très importants pour le diagnostic, M. Willemin a observé un grand nombre d'autres formes qu'il indique avec soin, car, dit-il, il n'est pas une maladie de la peau dont le bouton d'Alep ne puisse emprunter les caractères. Ainsi, il l'a vu prendre une forme semblable à celle de l'impétigo, de l'ecthyma, de l'acné, de l'eczéma, de l'herpès circiné, du cancer épithélial, de quelques dermatoses syphihtiques. Mais à travers ce masque étranger emprunté à la constitution des malades ou à la diathèse, il reste toujours quelques signes qui permettent de reconnaître la nature primitive de la maladie.
Quant à la marche de la maladie, son lent développement, sa période d'augment et de décroissance : la saillie du bouton s'affaisse peu à peu ; la plaque colorée qui lui succède pâlit par le centre ; de sorte que, parfois, le milieu du cercle est déjà revenu à une teinte presque normale, quand subsiste encore la bordure de petits tubercules dont il a été question; et ceux-ci, contigus d'abord, finissent par se séparer, par suite du retrait de quelques-uns d'entre eux.
Du reste, pendant toute la durée de la maladie, la santé générale ne semble nullement altérée, et la maladie débute sans prodrome et sans mouvement fébrile.
Quant à la durée, son nom arabe, qui veut dire bouton d'un an, exprime bien ce qui se passe dans la généralité des cas. Cependant
WllIemin & vu ou on lui a rapporté des cas où l'évolution de la maladie s'était faite tantôt dans sept ou huit mois, tantôt dans plusieurs années.
En général, le bouton d'Alep ne récidive pas. Cependant M. Willemin rapporte plusieurs cas qui prouveraient, contrairement à
l'assertion des auteurs, que le bouton contracté à Orpha ou à Bagdad ne préserve pas de celui de Mossoul ou d'Alep et réciproquement, quoique la maladie soit dans ces différents lieux identique. Néanmoins, dit M Willemin, on ne voit pas à Alep un individu prendre deux fois le bouton, ou du moins le bouton tel qu'il vient de le décrire. Il est vrai qu'il existe dans cette même ville un second exantbème qui semble être la miniature du premier, et qu'on observe surtout chez les personnes lymphatiques affaiblies, exanthème ayant d'ailleurs le même siège géographique, la même durée, les mêmes caractères anatomiques, mais ne constituant, en définitive pour l'auteur qu'une seconde et moins puissante manifestation de la maladie. 1 Cette similitude des deux exanthèmes paraît avoir échappé jusqu'ici à tous les observateurs. Les habitants eux-mêmes attribuent ce second exanthème à la piqûre du cloporte. M. Willemin a fait de vains efforts pour détruire cette croyance. En présence d'une famille entière, il a mis un cloporte sur son bras, et, quoique a la pression il ait senti une sorte de piqûre déterminée par le bord tranchant de la carapace de l'animal , inutile de dire qu'aucune éruption n'est survenue. C'est avec raison, du reste, que l'auteur insiste sur l'identité de ces deux exanthèmes, car il serait bien extraordinaire, en effet, ainsi qu'il le fait remarquer, que le même pays présentât deux exanthèmes spécifiques différents.
Pian d'Amérique , frambœsia , yaws, micosis d'Alibert.
Le pian, ou frambœsia de Willan, que l'on observe principalement à Saint-Domingue, à la Guadeloupe, au Brésil, à la Jamaïque, est considéré comme identique avec une autre affection désignée sous le nom de yaws, qui existe principalement dans les Indes occidentales et notamment dans le royaume de Guinée. Cependant, i y a dans' le début de ces deux affections des différences assez tranchées • ce qui les a fait rapprocher ainsi , c'est que , dans toutes deux à une certaine période, il se montre à la peau de petites tumeurs fongueuses, rouges, granulées, ressemblant à une framboise.
La maladie n'est pas exclusive à ces climats d'une manière absolue Raulin a décrit, sous le nom de pian de Nérac, une affection
BOUTON D'ALEP. 7g7
epidémique qui a régné dans le département de Lot-et-Garonne en 1752, et qui a de l'analogie avec celles que l'on nomme yaws. Biett a eu dans ses salles une affection tuberculeuse du genre du pian, chez une jeune fille française. J'ai traité et guéri une demoiselle du département de l'Allier, qui avait des tubercules nombreux de pians sur la figure et le cou, ce qui prouve que les maladies étrangères à nos climats peuvent aussi s'y montrer spontanément, mais accidentellement, il est vrai; c'est d'ailleurs ce que nous faisions observera l'occasion de la lèpre. Voici quelle est la physionomie de ces deux maladies.
Dans l'une et dans l'autre , l'affection cutanée est précédée ou non de symptômes généraux : faiblesse, lassitude générale amaigrissement, anorexie, etc.; puis, dans le pian, apparaît à la 'surface un nombre plus ou moins considérable de petites taches ou boutons rouges, sur diverses parties du corps, avec fièvre, douleurs dans les membres et dans les os. Ces symptômes diminuent d'intensité, et le malade entre alors dans la seconde période de la maladie ; alors aussi l'éruption caractéristique se manifeste sous trois formes différentes: 1- des gros pians ou pians blancs, 2° des petits pians, 3" des pians rouges.
Les pians blancs sont quelquefois aussi larges que la main ; leur chair est fongueuse et blafarde ; il s'en écoule une humeur épaisse et sameuse. Lespetits pians sont rouges, beaucoup moins fongueux et sans sécrétion marquée. Les pians rouges constituent, à proprement parler, le frambœsia, par leur couleur et leur volume; ils se développent très lentement , mais ils représentent la forme la plus grave de la maladie; l'un d'eux, plus considérable que les autres, s'excorie , s'ulcère , prend un mauvais aspect, se guérit très difficilement , et constitue ce que l'on nomme la mère pian ou marna , pian.
On a de plus rattaché à cette maladie diverses productions morbides consécutives, telles que les guignes, ou excroissances de chair qui se montrent à la paume des mains , au bout des doigts, à la plante des pieds; 2" les crabes, ou excroissances blanchâtres sur les mêmes parties ; 3° les saouaouas, ou épaississement de la peau de la plante des pieds et de la paume des mains ; 4° enfin, le mat aux os,
ou douleurs ostéocopes ambulantes, avec tuméfaction des os spongieux, des exostoses, la carie, etc. On conçoit qu'avec de tels symptômes, certains auteurs aient pu considérer cette maladie comme étant de nature syphilitique : la physionomie de la maladie désignée sous le nom d'yaws est différente. Les prodromes sont à peu près les mêmes , langueur, faiblesse, douleurs dans les articulations et fièvre ; apparition d'une sorte dépoussière blanche, farineuse, avant l'éruption ; quelques jours après, apparition sur la peau, et notamment sur le front, de taches semblables à des piqûres de puce ou à de petites papules. Accroissement de ces phénomènes pendant huit à dix jours, après lesquels se forment des croûtes qui cachent un pus sanieux et mal élaboré. Ces sortes de pustules croissent en nombre ainsi qu'en largeur, et prennent la dimension de 1 à 2 centimètres ; si on les enlève, on aperçoit un ulcère de mauvais aspect. Ce n'est qu'après un, deux ou trois mois, et quelquefois plus tard, que se montre l'état fongoïde, encore est-il souvent précédé de plusieurs éruptions à ulcère croûteux du genre de ceux que nous venons de décrire, et ces tubercules fongueux sont-ils presque tous ulcérés. Ils occupent principalement la face , les aines , les aisselles, la marge de l'anus et les grandes lèvres de préférence. Comme dans le pian, il existerait toujours une pustule plus large qui constituerait la mère pian ou répondrait à ce que l'on désigne sous ce nom dans le pian d'Amérique. Enfin, ces malades sont sujets aussi à des douleurs nocturnes, à des gonflements dans, les os et à des ulcérations
dans le pharynx.
On voit, par cette description succincte, qu'il existe beaucoup
d'analogie entre Vyaws et le pian d'Amérique, la forme seule diffère ;
aussi pourrait-on dire avec quelque raison qu'il existe deux espèces
de pians, le pian non ulcéreux, ou frambœsia, pian d'Amérique, et le
pian ulcéreux, dit yaivs.
C'est de cette dernière variété qu'il faut rapprocher l'épidémie de
pian de Nérac qui a eu lieu en 1752. Les sujets qui en étaient atteints commençaient à maigrir, puis il survenait des pustules au visage, à la bouche, au cou, aux fesses et aux cuisses. Les enfants à la mamelle en étaient les premiers atteints ; ils communiquaient cette maladie a leur nourrice par la succion des seins, et bientôt
bouton d'alep. 789 l'infection devenait générale chez ces dernières. D'abord à l'état de pustules dures et calleuses, la maladie passait à l'état de pustules croùteuses, et, plus tard , plus ou moins largement ulcérées. Les pustules et les ulcères se réunissant bientôt , compromettaient les jours de ces petits malades, dont quelques-uns succombèrent.
Chez le malade de Biett, l'affection était entièrement tuberculeuse ; elle occupait principalement la partie interne et inférieure des cuisses, où les tubercules, réunis en cercle, formaient une espèce de bourrelet comme fongueux, fort adhérent aux parties sousjacentes et entouré de tous côtés de cicatrices qui avaient succédé à d'anciens tubercules ; quelques-uns se rencontraient aussi sur le dos et sur la face dorsale du pied. Voici maintenant le fait que j'ai été à même d'observer.
Mademoiselle D...., âgée de dix-huit ans, est réglée seulement depuis une année ; sa bisaïeule était une créole de la Guadeloupe; sa grand'mère est née à Nantes, elle est allée dans les colonies, elle s'y est mariée, et y est restée peu de temps, pour revenir en France ; sa mère est née dans le Bourbonnais. Jamais maladie semblable n'a été observée dans la famille. 11 y a cinq ans, apparition d'un bouton au-dessus de l'œil gauche et sur le sourcil; plus tardai en apparut un deuxième sur le lobule de l'oreille gauche, et successivement à des intervalles j)lus ou moins éloignés : un troisième au milieu du front, un quatrième sur le sourcil droit, un cinquième à la joue gauche, un sixième sur l'aile droite du nez ; plusieurs autres au menton, au voisinage de la bouche, et près de l'un des deux angles de la mâchoire inférieure ; puis l'autre oreille s'est prise ; de nouveaux tubercules se sont formés et groupés à côté des premiers.
Ces tubercules sont d'un rouge sanguin , se décolorant par la pression ; ils font à la peau une saillie de 25 millimètres , en forme de bourrelet. Quand ils sont rassemblés en plaques , leur surface est hérissée çà et là de petits points blanc jaunâtre, qui paraissent contenir du pus sous-épidermique ; mais, quand la malade excorie ces surfaces, il ne s'en échappe que du sang en quantité plus ou moins grande. Les diverses tumeurs sont nettement circonscrites, de sorte que l'on passe brusquement de la peau malade à la peau
790 PATHOLOG1K ET TUÉUAPEUT1QUË SPÉCIALES.
saine; leur coloration ressemble à celle de la framboise. Tous les tubercules n'ont pas, cependant, cet aspect aussi dessiné : il en est de pâles et de flétris; ajoutons que leur surface est hérissée généralement d'aspérités qui donnent à ces tumeurs l'aspect de ce fruit.
C'est en mars 1850 que j'ai commencé le traitement de cette affection. Cette jeune fille était d'un tempérament lymphatique sanguin. Elle a été mise à l'usage de l'huile de foie de morue mêlée à du sirop d'iodure de fer et aux pastilles soufrées. Elle recevait tous les deux jours des douches sulfureuses sur les tumeurs ; celles-ci étaient enduites d'huile de cade tous les trois jours ; des ablutions générales d'eau froide sur tout le corps tous les matins en été. Sous l'influence de ce traitement , j'obtins un affaissement gradué des tubercules, et, au bout de trois mois, lorsqu'ils étaient réduits à un très petit volume, j'ai commencé une cautérisation partielle à l'aide du caustique de Canquoin. J'ai obtenu ainsi, par l'ensemble de ces moyens, dont l'emploi a été prolongé pendant cinq mois, une guérison parfaite et exempte de cicatrices à la figure, si ce n'est dans deux ou trois points très circonscrits où la malade avait arraché les croûtes.
A la description sommaire que nous avons faite de Yyaws et du pian d'Amérique, nous ajouterons que c'est principalement chez les nègres malpropres et mal nourris que se développe Yyaivs. Cette affection est contagieuse ; elle ne peut être communiquée qu'une seule fois chez l'homme. La maladie, quant au traitement, est livrée aux seuls efforts de la nature, unis à une bonne alimentation. On a préconisé aussi l'usage du soufre, des préparations mercurielles et des sudorifiques. C'est aussi et surtout aux pommades mercurielles, aux préparations mercurielles à l'intérieur alliées aux sudorifiques, que l'on attribue le plus de succès dans le traitement du pian, qui est aussi contagieux, mais que l'on peut avoir plusieurs fois. — J'ai eu dans mes salles , à l'hôpital , un homme qui avait contracté le pian en Amérique. Il me montra une cicatrice assez semblable a celle d'un rupia, qui existait vers le tiers inférieur d'un tibia, et qui avait été surmontée d'une petite tumeur que le malade assimilait a une framboise.
KÉLOÏDE.
KÉLOÏDE.
Entrevue d'abord par Retz et désignée par lui sous le nom de dartre de graisse, cette maladie n'a réellement été bien décrite que par Alibert, qui en a admis deux espèces, d'après les formes sous lesquelles elle pouvait se présenter : kéloïde cylindracée, ou tumeur étendue en longueur; kéloïde ovalaire, ou tumeur ramassée sur elle-même et sans prolongements.
Le siège de cette affection est le plus ordinairement sur le sternum ou au bas du sternum et en travers de la région épigastrique. Ce siège, s'il est le plus commun, n'est pas exclusif de toute autre partie du corps. La tumeur se développe sans cause connue, aussi bien sur une plaque de cicatrice de brûlure que sur une peau tout à fait saine; elle se montre par un petit noyau charnu ne produisant aucune sensation, sans changement de couleur à la peau, seulement avec une sorte d'induration des chairs. Le noyau charnu fait peu à peu des progrès, mais d'une manière très lente, et prend alors dans sa forme deux dispositions différentes : l'une cylindrique, avec des espèces de prolongements de même forme qui s'étendent en se digitant, en même temps que la peau se plisse en travers sur la surface de ces cylindres ; tandis que dans l'autre variété, au lieu de gagner en longueur, la tumeur s'élargit dans tous les sens; elle prend une forme irrégulièrement quadrilatère, à bords renflés et inégaux, tout en envoyant cependant de sa circonférence quelques prolongements irréguliers en forme et en étendue. Ainsi, dans cette maladie, il existe une sorte d'hypertrophie, avec induration du tissu de la peau, sans aucune sensation, avec des progrès extrêmement lents, au point que presque tous les malades, en général, prêtèrent garder ces tumeurs plutôt que de se soumettre à aucun traitement; elles acquièrent d'ailleurs un petit volume, celui d'un très petit œuf au plus , et cela après un grand nombre d'années. Il faut ajouter qu'on ne les guérit pas, et qu'elles ne portent aucune atteinte à la santé.
Molluscum; mycosis fongoides d'Alibert; élevures folliculeuses de
Rayer.
Il existe une grande divergence d'opinions parmi les auteurs sur ce que l'on doit désigner sous le nom de molluscum, dénomination primitivement adoptée par Bateman, qui le premier a bien décrit deux variétés de cette maladie. Alibert a évidemment décrit sous le nom de mycosis fongoïde une sorte de pian ou d'yaws. 11 en est de même de la maladie décrite par Bontius, car il est question de l'ulcération consécutive à presque toutes les tumeurs. Quant à Bateman, il a décrit deux espèces de molluscum, celui qui est contagieux; et celui qui n'est pas contagieux. Le premier n'est autre chose que l'acné tuberculoïde dont nous avons donné la description (voy. Acné tuberculoïde), et dont nous avons rapporté un exemple de transmission douteuse de l'enfant à la mèrè; mais à l'égard de cette transmission ou contagion, les faits cités par Bateman et Rayer ne sauraient laisser de doute. On a fait dans ces derniers temps revivre cette maladie sous les noms de tumeurs d'ecdermoptosis, d'acné varioli forme, d'acné tuberculeuse ombiliquée ; mais il faut bien reconnaître que tout ce que l'on a écrit à ce sujet se trouve dans les traités de Bateman et de M. Rayer.
Quant au molluscum non contagieux, il consiste dans le développement sur diverses parties du corps, et notamment à la face de tubercules nombreux, de peu de sensibilité, se développant avec lenteur, et dont le volume varie depuis la grosseur d'une vesce jusqu'à celle d'un œuf de pigeon. Ces tubercules contiennent une matière athéromateuse ; leur forme est diverse, quelques-uns sont sessiles, globuleux ou aplatis; quelques autres présentent un pédoncule. Leur accroissement n'est lié à aucun dérangement fonctionnel interne; ils ne sont disposés, ni à s'enflammer, ni à s'ulcérer; mais ils subsistent pendant toute la vie. Ils ne demandent aucun traitement. En présence de ces considérations et de ces faits, je crois qu'il faut réserver le nom de molluscum seulement à cette dernière maladie.