M)\ PRINCIPES GÉNÉRAUX DE THÉRAPEUTIQUE
conslilulion; qu'il s'agisse du mercure, du fer, du phosphate de chaux, de l'arsenic, de l'huile de foie de morue, de l'iodure de potassium, du vin de quinquina, ne manquez jamais, avant votre prescription, d'interroger la langue, la bouche, l'estomac, l'intestin. S'il y a de l'inappétence, de la dyspepsie, de la diarrhée, de la constipation, un état saburral, bilieux, gardez-vous de rien prescrire en fait de ces médicaments ; ils ne seraient pas mieux supportés les uns que les autres ; ils aggraveraient les troubles gastro-intestinaux, et par suite la maladie qu'ils sont appelés à guérir.
L'inopportunité de l'administration des médicaments est tout aussi dangereuse que leurs doses exagérées, et que le mauvais choix qu'on en fait. C'est cette inopportunité qui produit souvent les accidents, desquels résulte l'aversion des malades pour tels et tels médicaments, aversion fondée, du reste, mais imputable, bien moins au médicament lui-même, qu'à l'ignorance, ou à l'incurie du médecin qui l'a prescrit à contretemps, et contre toutes les règles d'une saine thérapeutique.
Dans le traitement de toutes les maladies quelles qu'elles soient, dont les lésions cutanées sont tes caractères extérieurs et symptomatiques, vous aurez encore à donner la plus sérieuse attention à l'hygiène des malades, à leur genre de vie, à leur habitation, à leur nourriture. Le succès de la médication la mieux comprise sous le rapport du choix, et des doses des médicaments, dépend souvent du milieu dans lequel se trouve le malade, et de l'ensemble des conditions qui constituent son existence habituelle.
PRINCIPES GÉNÉRAUX DE THÉRAPEUTIQUE 30o
Vous aurez beau comballro la syphilis par la mérlicalion la plus convenable relativement au choix des médicaments, aux doses que vous formulerez, et aux soins que vous mettrez à ne les administrer qu'à bon escient, vous ne la guérirez pas et votre médication échouera, si le malade est mal nourri, mal logé, livré à la débauche, à l'ivrognerie, ou astreint à un travail trop pénible. Les meilleurs médicaments pris dans de pareilles conditions sont mal digérés, mal assimilés. La syphilis, est un empoisonnement général qui affaiblit la constitution, use et dégrade les forces, épuise la vitalité; or, si le malade déjà débilité par la maladie, reste soumis à des conditions hygiéniques débilitantes par elles-mêmes, il ne les supportera pas impunément ; sa santé générale en sera gravement atteinte, les médicaments ne produiront plus leurs effets curalifs, ils apporteront un trouble de plus aux fonctions physiologiques, et toute réaction salutaire deviendra impossible. Yoilà comment il se fait, que dans un grand nombre de cas, la syphilis semble
incurable; voilà comment, malgré un traitement, d'une durée interminable, elle amène trop souvent le malade à la prostration, à l'émaciation, à la tuberculose pulmonaire ou à des accidents ulcéreux, osseux et viscéraux auqucls il succombe.
Ce que nous venons de dire pour la syphilis s'applique en tout point au traitement des diathèses herpétique et scrofuleuse, ainsi qu'au traitement de tous les états cachectiques. La cessation de tout travail, le repos, et une hygiène nelaissant rien à désirer, sont le plussouventdes conditions indispensables pourle succès de lamédication
OUIBOUT, PEAU. 20
:tof; PuiKCiPEs (jékéiialx dk théhapeltiqle
Los soins à donner au malade, à sa sanlé générale, à sa coiisLilulion, soins qui doivent être donnés concurronimenL avec ceux que réclame la maladie, ne consislenlpas seulement à instituer une hygiène irréproehalile à tous égards, ils comprennent encore l'usage des médicaments indiqués par les états pathologiques généraux et locaux, observés en dehors de la maladie principale. Aussi quelle que soit cette maladie principale, syphilis, iierpétis, scrofule, en outre du mercure, de Fiodure de potassium, des iodiques, de l'arsenic, prescrivez dans les cas d'anémie, du fer, de l'huile de foie de morue, du vin de quinquina ; dans les cas, au contraire, de pléthore sanguine, de tempérament hilioso-sangiiin, prescrivez des boissons délayantes, dépura tives, laxatives. (k's deux traitements marchant de pair et simultanémont, remplissant chacun une indication différente, mais également positive, se compléteront l'un par l'autre, el se prêteront comme un mutuel et réciproque appui, dans l'action curative qu'il s'agit de réaliser.
Quelquefois, ainsi dans certaines lésions cutanées de la syphilis, dans certaines éruptions symptomatiques de troubles gastrites, le traitement général suffit à lui seul pour amener la guérison ; mais dans l'immense majorité des cas, il faut, par un traitement local spécial, soigner la lésion cutanée, on môme temps que la maladie dont elle est le symptôme. Ce traitement local externe doit varier autant que varient les lésions cutanées, soit par leur constitution anatomique, soit par la forme aiguë ou chronique, sous laquelle elles se présenlonl, soit par leur degré d'extension, et par le siège qu'elles
PRINCIPES GÉ.NÉUAUX DE TllÉRAf EUTIQUE 307
occupent ; il est donc impossible de formuler des principes généraux relatifs au traitement externe des maladies de la peau. En parlant, dans une prochaine conférence, des lésions cutanées en particulier, nous indiquerons le traitement qui convient à chacune d'elles.
Après ces considérations générales, abordons maintenant, d'une mauière sommaire, le traitement de chacune dos diathèscs, qui sont représentées par des lésions symptomaliques spéciales sur la peau ; nous verrons ensuite ce qui a rapport aux autres affections cutanées, quelle que soit leur nature.
DIX-NEUYIÈME CONFÉRENCE
SypMlis Traitement de la diathèse .
Dans toute la période secondaire, aussitôt la constatation do l'induration cliancreuse, et pendant toute l'évolution des lésions cutanées précoces et tardives, disséminées et en groupes, donnezle protoïodure de mercure, une pilule par jour, chaque pilule ainsi que nous Tavons déjà dit étant composée de :
Proloïodure d'hydrargyre . 0,03
Extrait d'opium 0,01
Extrait de gentiane 0,10
autant que possible, faites prendre cette pilule le matin à jeun, une heure avant le premier repas.
Dans la période des lésions secondaires tardives, en groupes, si quelques ulcérations superlîcielles commençaient à se produire, il serait bon, pour avoir une action curative plus sûre et plus prompte, de joindre l'iodure de potassium au protoïodure de mercure. On donnerait le matin, une pilule hydrargyriquc et l'après-midi, un gramme ou deux grammes d'iodure do potassium dans 30 grammes de sirop d'écorces d'oranges amères. Ou bien on remplacerait ces deux médicaments pris isolélémenl, par le sirop de Gibort ; on en donnerait deux
traitement de la syphilis
grandes cuillerées par jour, une le malin, dans un verre d'eau, une heure avant le premier repas, et la seconde, l'après-midi.
La même médication s'appliquerait encore utilemeni au traitement des lésions papuleuses et tuberculeuses, en groupes, secondaires, tardives, serpigineuses, ulcéreuses on non ulcéreuses, squameuses ou non squameuses.
Si pendant l'une ou l'autre de ces périodes, il survient des névralgies, des myalgies, des arthralgies, des céphalées, des iritis syphilitiques, le mercure devient insuffisant ; associez-lui l'iodure de potassium ; donnez alors, le matin, une pilule de protoïodure, et l^aprës-midi, un, deux ou trois grammes d'iodure de potassium dissout dans le sirop d'écorces d'oranges amères : ou bien faites prendre à la fois le mercure et l'iodure de potassium, sous la forme du sirop de Giberl : chaque cuillerée à soupe de ce sirop contient :
Riiodure de mercure, 0, 01
Et iodure de potassium 0, 50
Faites prendre deux cuillerées par jour de ce sirop, une, le matin, et une, dans l'après-midi, dans un verre d'eau, une heure avant le repas.
Les accidents tertiaires, ulcéreux, gommeux, osseux, viscéraux, sont justiciables de l'iodure de potassium (de 2 à 4 grammes par jour en deux doses).
S'il s'agit d'un enfant h la mamelle, faites prendre à la nourrice, tous les jours une pilule de protoïodure, quand l'enfant ne présente que des lésions secondaires : mais s'il en est aux accidents tertiaires, donnez à la nourrice
m^lTEMENT DE L.\ SYPHILIS 311
l'iodui-e de potassium ; l'enfant absorbera un lait mcrcuriol et iodo-potassique. Vous pouvez y ajouter des frictions tous les jours, sur les parois latérales du tronc, avec 2 ou 3 grammes d'onguent napolitain double.
Le traitement antidiatbésique doit être continué pendant un temps très long, un an, deux ans quelquefois, et même davantage. Il faut le continuer bien après la disparition des lésions cutanées, et des pléiades ganglionnaires, cervicales et inguinales. Il est bon de l'interrompre pendant quelques jours, de temps en temps, pour que l'estomac se repose. Lorsque tout accident cutané ganglionnaire ou autre, a disparu depuis longtemps, depuis deux mois par exemple, on peut cesser le traitement; mais tout en regardant le malade comme guéri, il faudra, pendant trois ou quatre ans, au printemps et à l'automne de cliaque année, lui faire suivre de nouveau, le traitement, pendant un mois environ, à chaque saison.
No manquez pas, pendant toute la durée de ce traitement spécifique de soigner, en même temps, la constitution du malade. S'il est pléthorique, bilieux et sanguin, donnez-lui des boissons dépuratives, alcalines, diurétiques et purgatives. S'il est anémié et lymphatique, donnez lui du fer, du vin de quinquina, de gentiane, du sirop de phosphate de chaux, de l'huile de foie de morue, de la poudre de viande, de l'hémato-pulvine ; faites-lui .prendre, à chacun des trois repas, deux ou trois cuillerées à café, de l'une, ou de l'autre de ces deux poudres, qui sont des reconstituants de premier ordre.
Quelle que soit la constitution du malade, placez-le
:m2 traitement de la syphilis
dans de bonne conditions d'hygiène ; soignez son alimentation; défendez-lui tout excès, de travail, de fatigue, do plaisir ; faites tout ce qu'il faut pour entretenir la santé générale dans le meilleur état possible. N'oubliez pas que les maladies générales diathésiques, aussi bien que leurs lésions cutanées symptomatiqucs, se guérissent d'autant mieux, que la santé, que la constitution sontmeil- Icures. La syphilis est d'autant plus grave, vous devrez porter sur elle un pronostic d'autant plus sérieux, qu'elle sera entrée sur un terrain plus mauvais. La syphilis développée sur la scrofule, constitue un état des plus graves, presque toujours incurable, et dont l'aboutissant habituel est, trop souvent, la phlhisie pulmonaire.
Traitement des lésions extérieures de la syphilis.
La plupart des lésions cutanées de la syphilis se guérissent, sans traitement local, et sous la seule influence du traitement diathésique ; ainsi les lésions maculeuses, les roséoles précoces et circinées tardives, les syphilides papuleuses, tuberculeuses, squameuses, scrpigineuses, se résolvent et disparaissent progressivement, par le seul fait de la médication hydrargyrique. Il faut entretenir, avec soin les fonctions physiologiques de la peau, par des bains émollients tièdes, qui favorisent les fonctions de la peau, et l'élimination des principes morbides, par les sécrétions cutanées : mais il faut bien se garder d'imiter la conduite de ces médcins ignorants, ou sans raison, qui prescrivent, en pareil cas, des bains
TllAITEMENT DE LA. SYPHILIS 3i;i
alcalins, ou sulfureux. Ces bains excitants et irritants, congestionnent la peau, et donnent une plus vive impulsion aux proliférations morbides qui se développent à sa surface.
Vous ménagerez avec soin, les croûtes durupia, de la syphilide pustulo-crustacée, dercctliyma, qui recouvrent^ comme des opercules, les ulcérations sous-jacentes, et les mettant ainsi à l'abri de tous les contacts extérieurs favorisent, par cela même, leur cicatrisation. Mais si ces ulcérations, de même que les ulcérations g'ommeuses, sont à nu, exposées à tous les contacts extérieurs, recouvrez-les de sparadrap de Vigo ; ou bien pensez-les, avec du vin aromatique, avec de la teinture d'iode, avec de l'alcool camphré , avec de la poudre d'iodoforme, en un mot, avec tous les agents susceptibles de modifier avantageusement un ulcère malin, et de développer en lui; en réveillant une vitalité normale, un principe cicatriciel. Ag-issez de même pour le chancre induré infectant, et pour le chancre mou non syphilitique.
Si l'une de ces ulcérations se phagédéniso, traitez-la de la même manière ; ayez soin de varier les topiques ; et, quelquefois, ce qui vous réussiralemieux, en pareil cas, ce seront les émoUients les plus simples, les cataplasmes de fécule de pommes de terre, la râpure de pommes de terre fraîches, et do carottes.
Les tubercules muqueux sont doués d'une telle vitalité proliférante, que pour réprimer leur puissance végétative, vous devi-ezles cautériser, à plusieurs reprises, avec le nitrate d'-argent, quelquefois môme avec le
:îli TllXITEMENT 1)E LA SYPHILIS
iiilrale aoide do mercure, ou avec l'acide cliromiquc L'iritis syphililiquo c.sl d'uue telle gravité, elle est accompagnée d'une inflammation si violente, que, au traitement général, vous devrez toujours joindre un Iraitcment local antiplilogistique et i-évulsif; ainsi prescrire plusieurs applications de sangsues, ou de ventouses scariliées et de vésicatoires, à la nuque et à la tempe, du côté malade, et tenir l'œil couvert d'applications émolli entes et résolutives.
Nous avons prescrit souvent, dans les nombreux cas (l'iritis syphilitique, que nous avons traités à l'hôpital Saint-Louis, trois ou quatre applications successives de six à huit sangsues, sur la tempe du côté malade ; et, après les sang-sues, quatre, cinq ou six vésicatoires, occupani successivement toute la surface temporale, ou bien la imque et les parties latérales du cou. Chaque émission sanguine, et chaque vésicatoirc ont toujours été suivis d'une amélioration facile à constater.
Nous avons soin de tenir l'œil malade fermé, au moyen d'un grand cataplasme de fécule de pommes de lerre, appliqué froid ; nous recommandons aux malades de ne pas lire, et de ne pas écrire, les deux yeux étant solidaires l'un de l'autre, et l'usage attentif du bon œil, produisant, par conséquent, un retentissement, une cougestion active, et une fatigue dans l'œil malade. Alin d'éviter les atrésies plus ou moins complètes, qui nécessiteraient l'opération de la pupille artificielle, les synéchies, les adhérences vicieuses de l'iris congeslionné, et tuméfié, avec les divers milieux de l'œil, nous avons soin de tenir constamment la, pupille dans sou
ÏU.VITEMENT DE LA SCROFULE 3i;i
plus complet degré de dilatation possible, en instillant, deux fois par jour, dans l'œil, deux ou trois goullos du collyre suivant :
Eau (lisL 1 o gr.
Sulfate neutre (ralropine . , ocentigr.
En même temps, nous ne nég ligeons pas le traitement de la diathèse ; nous faisons prendre, au malade, le matin, une des pilules suivantes:
Pi'Otoïodure (l'hy(lrarg3'i"e . . 0,03
Exirait d'opium 0,01
Exfrait de gentiane .... 0,10
et, l'après-midi, deux, trois, et jusqu'à quatre grammes d'iodure de potassium, dans 123 grammes de sirop d'écorce d'oranges amères.
Ce double traitement, local et général, nous a toujours réussi, et nous ne saurions trop le recommander. Nous avons employé, avec succès, la même médication, pour les tumeurs gommeuses, qui se développent, assez fréquemment, dans l'épaisseur de l'iris.
Scrofule.
Traitement de la diathèse.
Si l'iode, dans le traitement de la scrofule, n'a pas 'efficacité du mercure et de l'iodure de potassium, dans e traitement de la sypbilis, du moins, son emploi est l'une incontestable utilité; et M. Boinet a eu raison le le préconiser. Il doit faire la base du traitement géléral de cette diathèse. Nous le prescrivons sous plu-